Trafic des antiquités par Daesh : qui protège les intermédiaires ?

Depuis les destructions de trésors archéologiques dans le musée de Mossoul et la prise de Palmyre, des centaines d’articles sont consacrés au trafic d’antiquités par Daesh. Ces reportages passent sous silence un point essentiel : la complexité du marché de l’art.

En effet, aucun marchand d’art et même aucun collectionneur un peu sérieux (et donc fortuné) ne prendra le risque d’acheter un objet qui vient d’être volé, et qui est peut-être répertorié. Ces trésors doivent se faire oublier pendant cinq à dix ans, parfois plus, bien à l’abri dans des ports francs, en Europe et aujourd’hui en Asie. Ensuite, pour blanchir les antiquités, il faut confectionner de faux certificats, ou obtenir de vrais certificats de pays complaisants, en inventant, par exemple, l’histoire du grand-père diplomate ou officier, en poste à Beyrouth ou à Damas, et qui a acquis le bien dans le bazar.

Intermédiaires

« Or, entre Daesh et le futur acheteur, il faut obligatoirement un intermédiaire, une organisation criminelle puissante, qui a d’abord le cran de négocier avec les terroristes, puis qui a les moyens d’avancer l’argent, en attendant plusieurs années un retour sur investissement. Ces organisations internationales ne se comptent que sur les doigts d’une main », explique le colonel Ludovic Ehrhart, chef de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels, à la direction centrale de la police judiciaire.

Pour l’instant, aucun pays n’a souhaité traquer ces organisations criminelles, qui sévissent depuis des décennies, et alimentent souvent les plus grands musées du monde, ou ceux qui nous gouvernent. Des objets volés au musée de Kaboul trônaient au domicile d’une ancienne Premier ministre du Pakistan. Par ailleurs, Daesh n’a rien inventé. Avant lui, les taliban détruisaient les monuments intransportables – ce qui faisait monter les prix – pour mieux négocier ensuite les objets transportables. Des bouts de bouddhas de Bâmiyân se sont retrouvés ainsi dans les Ports francs de Genève. Peut-être s’ils trouvent-ils toujours ?