Afrique - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/afrique/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 10 Mar 2026 18:36:41 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.3 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Afrique - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/afrique/ 32 32 Jann Halexander en concert à La Camilienne avec Cœur Canari le 13 mars https://mondafrique.com/loisirs-culture/jann-halexander-en-concert-a-la-camilienne-avec-coeur-canari/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/jann-halexander-en-concert-a-la-camilienne-avec-coeur-canari/#respond Wed, 11 Mar 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148384 Chanteur, auteur et performeur à la plume acérée, Jann Halexander poursuit son exploration musicale entre confidences personnelles et regards sur le monde. Le 13 mars prochain, il présentera à Paris Cœur Canari, un concert inspiré de la chanson éponyme extraite de l’album Libreville Confidentiel, né de son récent séjour au Gabon. Souvent surnommé le « […]

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Chanteur, auteur et performeur à la plume acérée, Jann Halexander poursuit son exploration musicale entre confidences personnelles et regards sur le monde. Le 13 mars prochain, il présentera à Paris Cœur Canari, un concert inspiré de la chanson éponyme extraite de l’album Libreville Confidentiel, né de son récent séjour au Gabon.

Souvent surnommé le « Jacques Brel gabonais », l’artiste s’est fait connaître par des titres marquants comme C’était à Port-Gentil, Le poisson dans mon assiette ou encore Rester par habitude. Des chansons qui mêlent ironie, mélancolie et poésie, dans une écriture incisive qui lui vaut depuis plus de vingt ans un public fidèle.

Pour cette soirée, Jann Halexander sera entouré de plusieurs musiciens : Bertrand Ferrier au piano et à la clarinette, Sébastyen Defiolle à la guitare et Naïma aux percussions. La chanteuse Charlotte Grenat participera également au concert en tant qu’invitée.

Coeur Canari

Entre chansons, confidences et fragments de récit – notamment issus de son livre Cœur Canari, journal de son retour au Gabon natal – l’artiste promet une performance où l’intime se transforme en moment de partage avec le public.

Informations pratiques

Date : 13 mars 2026
Lieu : Théâtre La Camilienne
Adresse : 12 rue des Meuniers, 75012 Paris
Ouverture des portes : 19h30
Concert : 20h
Réservations : 06 16 13 98 32 / BilletReduc / Weezevent

 

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L’Europe face à Trump : miroir inversé d’une histoire coloniale https://mondafrique.com/international/leurope-face-a-trump-miroir-inverse-dune-histoire-coloniale/ https://mondafrique.com/international/leurope-face-a-trump-miroir-inverse-dune-histoire-coloniale/#respond Mon, 09 Mar 2026 05:15:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148306 Il y a dans la relation entre l’Europe et les États-Unis, telle qu’elle s’est exprimée avec une brutalité particulière sous la présidence de Donald Trump, une familiarité historique qui nous trouble. Non pas une simple crise diplomatique ou un désaccord conjoncturel, mais la réactivation d’un schéma ancien : celui d’un centre qui protège, finance et […]

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Il y a dans la relation entre l’Europe et les États-Unis, telle qu’elle s’est exprimée avec une brutalité particulière sous la présidence de Donald Trump, une familiarité historique qui nous trouble. Non pas une simple crise diplomatique ou un désaccord conjoncturel, mais la réactivation d’un schéma ancien : celui d’un centre qui protège, finance et organise, tout en exigeant obéissance, alignement et dépendance. Ce schéma, l’Europe l’a longtemps imposé à l’Afrique. Elle en fait aujourd’hui l’expérience, sous une autre forme, dans sa relation avec Washington.

Par Hamada AG AHMED, expert humanitaire et analyste

Tout commence, symboliquement et matériellement, avec le plan Marshall. Présenté comme un geste de reconstruction altruiste après 1945, il fut aussi le socle d’une architecture de dépendance durable. L’aide américaine, conditionnée, orientée et politiquement encadrée, arrima l’Europe occidentale à l’économie, à la monnaie et à la stratégie sécuritaire des États-Unis. La reconstruction industrielle, la libéralisation des échanges, l’intégration progressive dans un espace atlantique dominé par le dollar et garanti militairement par l’OTAN n’étaient pas de simples choix techniques : ils instituaient une hiérarchie. L’Europe renaissait, mais sous tutelle stratégique.

Dans le même temps, l’Europe gérait la fin formelle de ses empires coloniaux en Afrique. La décolonisation, souvent négociée plus que réellement émancipatrice, s’est accompagnée de la mise en place de dispositifs sophistiqués de continuité de contrôle. Accords de coopération, préférences commerciales, dépendance financière et monétaire, assistance technique : le vocabulaire changeait, les rapports de force demeuraient.

Le Fonds européen de développement (FED), créé en 1957, puis les politiques aujourd’hui portées par la Direction générale des partenariats internationaux (DG INTPA), ont structuré une relation où l’aide remplaçait l’administration directe, sans remettre en cause l’asymétrie fondamentale. L’Afrique devenait partenaire, mais dans un cadre défini ailleurs, avec des priorités, des conditionnalités et des instruments conçus en Europe.

Le sort d’un allié subordonné 

Le franc CFA incarne, à lui seul, cette continuité post-coloniale. Présenté comme un outil de stabilité monétaire, il a surtout fonctionné comme un mécanisme de discipline économique et de dépendance structurelle. Parité fixe, centralisation partielle des réserves, arrimage à une monnaie extérieure : autant d’éléments qui ont limité les marges de manœuvre budgétaires et industrielles des États africains concernés. La souveraineté monétaire y était nominale, jamais pleine.

C’est précisément ce type de rapport que l’Europe a commencé à percevoir dans son propre lien avec les États-Unis, lorsque Donald Trump a cessé d’enrober la relation transatlantique du vernis multilatéral traditionnel. L’Europe, soudain sommée de « payer sa part » pour l’OTAN, menacée de droits de douane, exposée à l’extraterritorialité du droit américain et aux sanctions unilatérales, a découvert ce que signifie être un allié subordonné. Le langage employé par Trump, transactionnel, brutal, hiérarchique, rappelait moins celui d’un partenaire que celui d’une puissance tutélaire parlant à une périphérie jugée dépendante et ingrate.

La domination monétaire joue ici un rôle central. Le dollar, monnaie de réserve mondiale, structure les échanges transatlantiques et place l’Europe dans une situation de vulnérabilité comparable, toutes proportions gardées, à celle des pays de la zone CFA. Les entreprises européennes, y compris lorsqu’elles commercent hors des États-Unis, restent exposées aux sanctions américaines dès lors que leurs transactions passent par le dollar ou le système financier américain. Les tensions récurrentes autour de la parité euro-dollar ne sont pas de simples fluctuations de marché : elles traduisent un rapport de force. Un euro faible renchérit les importations énergétiques, alimente l’inflation et réduit l’autonomie stratégique européenne, tandis que la Réserve fédérale américaine, à travers ses choix de taux, influence directement les économies européennes sans responsabilité politique à leur égard.

La fiction du partenariat égalitaire 

De la même manière que l’Europe justifiait sa présence en Afrique par la stabilité, le développement et la sécurité, les États-Unis ont longtemps justifié leur leadership sur l’Europe par la protection et l’ordre international. Mais lorsque cette protection devient conditionnelle, coûteuse et instrumentalisée, la fiction du partenariat égalitaire s’effrite. L’Europe se retrouve confrontée à une réalité qu’elle connaît bien : celle d’un système où les règles sont écrites par le plus fort, où la dépendance est présentée comme un bienfait, et où toute velléité d’autonomie est perçue comme une ingratitude ou une menace.

L’ironie de l’histoire est cruelle. L’Europe, qui peine encore à regarder lucidement son héritage colonial et les mécanismes post-coloniaux qu’elle continue d’entretenir en Afrique à travers ses politiques de coopération et de développement, se découvre à son tour enfermée dans une relation asymétrique. Non pas colonisée, mais structurellement contrainte. Non pas dominée par la force, mais par les normes, la monnaie, la sécurité et le droit.

Ce miroir inversé devrait être un avertissement. Tant que l’Europe continuera à penser ses relations extérieures, qu’elles soient africaines ou transatlantiques, en termes de dépendance organisée plutôt que de souveraineté partagée, elle restera vulnérable aux mêmes logiques qu’elle a longtemps imposées. L’enjeu n’est pas de rompre avec les États-Unis, pas plus qu’il n’est de rompre avec l’Afrique. Il est de refonder ces relations sur une autonomie réelle, assumée et réciproque. L’Europe sait, mieux que quiconque, ce que coûte une indépendance inachevée. Elle en voit aujourd’hui le prix sur son propre continent.

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Rocé en concert au New Morning le 11 mars https://mondafrique.com/loisirs-culture/roce-en-concert-au-new-morning-le-11-mars/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/roce-en-concert-au-new-morning-le-11-mars/#respond Sun, 08 Mar 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148265   Le 11 mars 2026, le rappeur franco-algérien Rocé investit la scène du New Morning à Paris. Entre hip-hop engagé, influences soul-jazz et mémoire afro-diasporique, l’artiste y présentera les titres de son sixième album studio, « Palmier ». Le 11 mars 2026, le New Morning à Paris accueillera Rocé pour un concert attendu qui marque […]

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Le 11 mars 2026, le rappeur franco-algérien Rocé investit la scène du New Morning à Paris. Entre hip-hop engagé, influences soul-jazz et mémoire afro-diasporique, l’artiste y présentera les titres de son sixième album studio, « Palmier ».

Le 11 mars 2026, le New Morning à Paris accueillera Rocé pour un concert attendu qui marque une nouvelle étape dans le parcours de l’un des rappeurs les plus singuliers de la scène francophone. L’artiste franco-algérien y présentera les titres de son sixième album studio, Palmier, un projet qui prolonge et transforme son rap engagé en y introduisant des textures plus lumineuses, aux accents soul et jazz.

Depuis ses débuts, Rocé s’est imposé comme une figure à part dans le paysage du hip-hop français. Rappeur, compositeur et violoniste, il a bâti une œuvre attentive à la mémoire musicale des diasporas africaines et aux histoires politiques qui traversent ces héritages. Son travail mêle réflexion historique, recherche sonore et écriture poétique, dans une approche où le rap devient à la fois espace d’expression artistique et outil de transmission.

Avec Palmier, Rocé poursuit cette démarche en explorant une palette musicale plus ample. L’album tisse des liens entre hip-hop, soul et jazz, tout en conservant la dimension narrative et engagée qui caractérise son œuvre. Instruments acoustiques, textures orchestrales et mélodies fluides composent un univers sonore où l’histoire, l’art et le rythme se répondent.

Parmi les collaborations marquantes du disque figure notamment la chanteuse Natacha Atlas, dont la voix apporte une dimension supplémentaire à ce dialogue entre influences musicales. L’album s’inscrit ainsi dans la continuité d’un travail de recherche et de transmission que Rocé développe depuis plusieurs années autour des circulations culturelles afro-diasporiques.

 

Rocé

Un trio entre hip-hop, soul et jazz

Sur scène, Rocé défendra ce nouvel album dans une formation en trio qui promet une expérience musicale dense et organique. À ses côtés, la saxophoniste Nathalie Ahadji et la DJ Juicy Fruit accompagneront sa voix sur des arrangements mêlant improvisation jazz, textures soul et rythmes hip-hop.

Cette configuration permet à Rocé de proposer un concert à la fois intime et puissant, où la parole, la musique et le rythme se répondent en permanence. Le saxophone de Nathalie Ahadji apporte une dimension mélodique et expressive, tandis que Juicy Fruit construit un paysage sonore où se croisent samples, beats et textures électroniques.

L’ensemble crée une atmosphère musicale qui oscille entre la douceur de la soul et la précision rythmique du hip-hop. Les influences évoquées par l’artiste situent d’ailleurs cet univers à la croisée de deux figures majeures : la sensualité musicale de Sade et la rigueur rythmique du rap de Rakim.

Au fil de ses projets, Rocé a développé une approche singulière du hip-hop, nourrie par les archives sonores, les musiques diasporiques et les traditions musicales afro-atlantiques. Son travail de recherche autour des voix et des musiques oubliées s’est notamment exprimé à travers plusieurs projets consacrés aux archives du rap et de la musique noire francophone.

Cette dimension historique traverse également ses concerts, où le rap devient un espace de dialogue entre passé et présent. Sur scène, les textes de Rocé se déploient dans un univers musical ouvert, où les influences se croisent sans hiérarchie entre tradition et modernité.

Le concert du 11 mars au New Morning s’inscrit ainsi dans la continuité d’un parcours artistique exigeant, où le rap se nourrit de multiples héritages musicaux. Entre engagement politique, exploration sonore et mémoire culturelle, Rocé propose une musique qui interroge les histoires collectives tout en restant profondément ancrée dans le présent.

Informations pratiques
Lieu : New Morning, Paris
Date : 11 mars 2026
Artistes :Rocé – voix : Nathalie Ahadji – saxophoneJuicy Fruit – DJ

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Guerre en Iran : « Au-delà des préjugés, voir les intérêts! » https://mondafrique.com/international/guerre-en-iran-au-dela-des-prejuges-voir-les-interets/ https://mondafrique.com/international/guerre-en-iran-au-dela-des-prejuges-voir-les-interets/#respond Sat, 07 Mar 2026 05:44:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148210 Dans un propos sur la guerre en cours contre l’Iran déconstruisant idées reçues et préjugés, l’ancien Premier ministre du Tchad Albert Pahimi Padacké invite à un regard lucide centré sur les propres valeurs et intérêts du continent, en se projetant au-delà des fantasmes immédiats pour définir un positionnement autonome et raisonné.   Par Albert Pahimi […]

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Dans un propos sur la guerre en cours contre l’Iran déconstruisant idées reçues et préjugés, l’ancien Premier ministre du Tchad Albert Pahimi Padacké invite à un regard lucide centré sur les propres valeurs et intérêts du continent, en se projetant au-delà des fantasmes immédiats pour définir un positionnement autonome et raisonné.
 

Par Albert Pahimi Padacké

Albert Pahimi Padacké.

Déconstruire les préjugés religieux

Cette guerre n’est ni civilisationnelle ni religieuse. N’oublions pas qu’il y a plus de chrétiens en Iran ( 400 000 à 800 000, selon les sources), qu’en Israël (180 000). Deux idées reçues structurent aujourd’hui de nombreux positionnements dits et non dits africains.

La première consiste à soutenir, consciemment ou inconsciemment, Israël au nom d’une prétendue proximité « judéo‑chrétienne », comme si l’État d’Israël se battait pour défendre le christianisme. C’est historiquement et théologiquement faux. Israël est associé à l’histoire du christianisme et non à son actualité. Israël est un État-nation, fondé sur un projet sioniste et non chrétien. La communauté chrétienne ne représente que moins de 2 % de la population, largement inférieure à la communauté musulmane d’Israël, 21 %.

Israël est donc factuellement plus musulman que chrétien. La tradition orthodoxe juive, ne prône t-elle pas le crachat sur les chrétiens ? Le réflexe de certains chrétiens africains qui lisent la guerre au Proche‑Orient comme la simple actualisation de récits bibliques, témoigne davantage d’un imaginaire religieux fantasmé que d’une analyse factuelle.

La politique derrière la religion 

La seconde illusion est symétrique : soutenir l’Iran au nom d’une fraternité islamique ou d’une solidarité « arabo‑musulmane ». Là encore, la confusion est profonde. La révolution islamique de 1979 en Iran souvent invoquée est d’abord un projet politique de conquête et d’exercice du pouvoir par les mollahs, et d’exportation d’une idéologie politique, qui instrumentalise une doctrine religieuse chiite pour justifier une stratégie d’influence régionale, de Bagdad à Beyrouth, de Sanaa à Gaza, au détriment de la doctrine religieuse sunnite. Il est autant conçu contre le sionisme que contre le sunnisme.

Aussi, il faut dire que l’Iran n’est pas un pays arabe, comme beaucoup peuvent le penser, mais perse. Les Arabes n’y représentent que 2 % à 3 % de la population. Se ranger derrière Téhéran par réflexe identitaire, c’est donc confondre solidarité religieuse et calcul géopolitique d’une puissance moyenne en quête de profondeur stratégique, d’abord contre l’Arabie saoudite et les monarchies du Golfe, eux-mêmes non moins musulmanes.

Dans les deux cas, Israël comme l’Iran mobilisent la religion pour légitimer des objectifs éminemment politiques : sécurité, influence, contrôle des routes énergétiques, recomposition des alliances régionales. L’Afrique, si elle veut se penser comme acteur et non comme terrain de jeu, doit refuser de se laisser enfermer dans ces récits, faits de préjugés et des idées reçues, qui chatouillent notre ignorance commune et entretiennent nos illusions.

Un conflit lointain, des impacts immédiats pour l’Afrique

La guerre au Proche-Orient n’est pas un simple spectacle télévisé pour les sociétés africaines. Elle produit déjà au moins quatre types d’effets.

D’abord, un choc énergétique. Toute escalade impliquant Israël, l’Iran et les pays du Golfe pèse sur les cours du pétrole et du gaz, renchérit les importations africaines et aggrave les déficits des États dépendants des hydrocarbures et des produits importés. Pour des économies déjà fragilisées par la dette et l’inflation, chaque flambée au détroit d’Ormuz se traduit par moins de marges budgétaires pour la santé, l’éducation ou la sécurité intérieure.

Ensuite, un risque de conflits par procuration. Les grandes puissances qui s’affrontent et leurs alliés régionaux cherchent des relais politiques, militaires et médiatiques sur le continent. Israël a développé, depuis des années, une diplomatie de sécurité et de renseignement avec plusieurs pays africains, en particulier en Afrique de l’Est et en Afrique centrale. L’Iran, de son côté, mène une offensive diplomatique soutenue vers des États en rupture avec l’Occident, notamment dans le Sahel et en Afrique australe. Le risque est réel de voir l’Afrique redevenir un espace de rivalités externalisées, où se croisent instructeurs, conseillers militaires, livraisons d’armes et campagnes de désinformation, via la toile bleue.

Troisièmement, un enjeu de cohésion interne. Le conflit attise des clivages religieux et identitaires à l’intérieur même des sociétés africaines, entre communautés chrétiennes et musulmanes, entre courants sunnites et chiites, entre élites laïques et mouvements politico-religieux. Sur fond de crise sociale, cette polarisation silencieuse peut fragiliser des États déjà confrontés au terrorisme, aux coups d’État et aux sécessions. Il faudra communiquer intelligemment pour éclairer nos populations sur les enjeux et aller au-delà des idées reçues. Dieu n’est pas l’objet de cette guerre d’intérêts géostratégiques.

Enfin, un enjeu diplomatique. Le continent est loin d’être monolithique. On observe un camp ouvertement pro‑iranien, un camp proche d’Israël, et un large centre qui prône prudence et désescalade. L’Union africaine, pour sa part, multiplie les appels à la retenue et au respect du droit international, sans toujours parvenir à transformer cette posture en stratégie commune.

Vers un positionnement africain fondé sur les intérêts

Face à ces dynamiques, quel devrait être le cap de l’Afrique ? Ni alignement sentimental sur Israël ni sur l’Iran, mû par des préjugés religieux fantasmés et hors-champ. L’enjeu n’a rien de religieux. L’enjeu est de définir un positionnement autonome et raisonné, fondé sur trois principes.

Le premier est la primauté du droit international et de la protection des civils. Les sociétés africaines, qui ont payé le prix fort des guerres civiles, des interventions extérieures et des déplacements massifs de populations, ne peuvent pas accepter la banalisation des crimes de guerre d’où qu’ils viennent. Or, le silence de l’Union africaine face aux massacres des civils Iraniens par les mollahs est une faute historique, qui la rend inaudible aujourd’hui. Soutenir les mécanismes multilatéraux – Nations unies, Cour internationale de justice, diplomatie préventive – devrait être un réflexe, non un calcul conjoncturel.

Le deuxième principe est la défense des intérêts économiques et sécuritaires du continent. Cela suppose de diversifier les partenariats énergétiques, de réduire la dépendance aux importations de pétrole et de gaz du Moyen-Orient, et de peser davantage dans la régulation des flux commerciaux et financiers liés à cette région. Cela implique aussi de refuser que des acteurs extérieurs importent leurs rivalités sur le sol africain via des bases, des milices ou des accords de sécurité opaques.

Le troisième principe est l’affirmation d’une diplomatie africaine collective. L’Afrique ne doit pas être seulement un réservoir de voix à l’Assemblée générale de l’ONU ou un marché pour les drones et les technologies de surveillance israéliennes, turques, chinoises ou iraniennes. Elle doit parler d’une voix plus cohérente sur les crises majeures qui menacent la paix et la sécurité internationales, non pour « choisir un camp » entre Tel‑Aviv, Washington et Téhéran, dans leur unilatéralité, mais pour rappeler que le seul camp légitime est celui de la paix, du droit et de la dignité humaine. Tout ce dont les belligérants actuels ne sont pas porteurs avérés.

Se défaire des illusions et passions importées qui faussent notre lecture des faits

Le moment est venu pour les intellectuels, les médias et les responsables africains de mener un travail de pédagogie politique. Il faut expliquer que les préjugés religieux sont de fausses boussoles dans la lecture contemporaine des rapports de force d’intérêts internationaux.

Il faut montrer que derrière chaque oppression et chaque discours de « défense des opprimés » se cachent des intérêts politiques et stratégiques précis, qu’il s’agisse de conserver le pouvoir, de sécuriser un détroit, de contrôler une route énergétique ou d’encercler un rival régional, mais jamais de défendre une religion et moins encore les peuples opprimés, comme je l’ai exprimé dans ma dernière tribune : « LE SANG DE L’IRAN, LE SILENCE DU MONDE » dans Nouvelle Revue politique du 17 février 2026.

Dans cette guerre, Israël joue sa survie, les USA tentent de freiner la montée en puissance de la Chine à travers ses sources de ravitaillement énergétiques au Venezuela et en Iran… La véritable question pour l’Afrique n’est pas : « Qui a raison, d’Israël ou de l’Iran ? », mais : « Que gagne ou que perd le continent à s’aligner sur l’un ou l’autre ? »

Tant que cette interrogation restera occultée par les passions importées et les illusions identitaires hors sol, l’Afrique demeurera un simple objet de la guerre au Proche-Orient. Le jour où elle se décidera à regarder ce conflit avec ses propres lunettes, celles de ses intérêts et de ses peuples, elle cessera d’applaudir depuis les gradins pour devenir, enfin, un acteur de sa propre histoire et du monde.

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Notre semaine culturelle débute avec Africapitales 2026 à Paris https://mondafrique.com/loisirs-culture/notre-semaine-culturelle-6-au-15-mars-2026/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/notre-semaine-culturelle-6-au-15-mars-2026/#respond Fri, 06 Mar 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148083 Des scènes de la Goutte d’Or aux planches d’Accra, l’Afrique culturelle se déploie cette semaine en archipel vivant. Conakry s’invite à Paris avec Africapitales, les réalisatrices du Maghreb prennent l’écran au Chaplin Denfert, la Fashion Week Africa rallume les silhouettes, tandis que Rocé et Jann Halexander portent, chacun à leur manière, une mémoire diasporique en […]

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Des scènes de la Goutte d’Or aux planches d’Accra, l’Afrique culturelle se déploie cette semaine en archipel vivant. Conakry s’invite à Paris avec Africapitales, les réalisatrices du Maghreb prennent l’écran au Chaplin Denfert, la Fashion Week Africa rallume les silhouettes, tandis que Rocé et Jann Halexander portent, chacun à leur manière, une mémoire diasporique en mouvement.


Du 6 au 15 mars 2026, Africapitales consacre sa cinquième édition à Conakry. Dix jours de spectacles, expositions, rencontres littéraires, cinéma et concerts investissent la Goutte d’Or et plusieurs lieux parisiens pour célébrer la vitalité culturelle guinéenne.

Africapitales

Du 6 au 15 mars 2026, le festival Africapitales met Conakry à l’honneur. Après Bamako, Kigali, Cotonou et Dakar, la capitale guinéenne devient, le temps de dix jours, le centre d’une programmation pluridisciplinaire déployée entre le Lavoir Moderne Parisien, l’Institut des Cultures d’Islam, la Fondation Lucien Paye, FGO-Barbara, Le Louxor, La Scène Barbès et plusieurs structures partenaires du nord parisien.

Initié par la compagnie Graines de Soleil et porté par Khalid Tamer, Africapitales se définit comme une « hyper-rencontre » entre artistes africains, diasporas et publics européens. L’ambition est claire : créer des circulations durables entre capitales africaines et Paris, favoriser la diffusion d’œuvres contemporaines et interroger les récits culturels à l’œuvre sur le continent.




Cette édition 2026 s’inscrit dans un contexte particulier : en octobre 2025, Conakry a intégré le Réseau des villes créatives de l’UNESCO dans la catégorie Littérature. Une reconnaissance qui souligne la vitalité d’une scène marquée par l’oralité, les traditions griotiques et les dynamiques contemporaines du livre, notamment autour des 72 Heures du Livre.

Dix jours pour parcourir la scène guinéenne

La soirée d’ouverture, vendredi 6 mars, se déploie entre le Lavoir Moderne Parisien (LMP) et l’Institut des Cultures d’Islam (ICI). Au programme : inauguration officielle, vernissage des expositions, puis veillée de conte à l’ICI avec Petit Tonton et son spectacle Hirdhè, avant un temps musical au LMP.

Les arts visuels occupent une place centrale durant toute la durée du festival. La photographe suisse-guinéenne Namsa Leuba présente deux séries, The Kingdom of Mountains et Ya Kala Ben, explorant hybridité culturelle, rituels et esthétiques contemporaines. À ses côtés, l’artiste Mélissa Diallo expose un travail plastique autour des questions de mémoire et d’identité. Le Lavoir Moderne Parisien est transformé par la scénographie du collectif guinéen Scénoraba, qui investit l’ensemble du théâtre en espace immersif.

La littérature est à l’honneur samedi 7 mars à la Fondation Lucien Paye, avec une journée consacrée à Conakry ville créative en littérature. Deux tables rondes interrogent l’histoire du livre en Guinée, les politiques culturelles et les perspectives contemporaines. La rencontre est organisée en partenariat avec L’Harmattan Guinée.

Africapitales

La musique se déploie sur plusieurs scènes. Samedi 7 mars à FGO-Barbara, Queen Rima et Niariu incarnent la vitalité d’une nouvelle génération. Queen Rima, figure majeure du dancehall féminin guinéen et lauréate du Prix Découvertes RFI, partage l’affiche avec Niariu, artiste franco-guinéenne aux accents Afro R&B. Un autre concert est prévu vendredi 13 mars au Poulpe avec Mamady Diabaté.

Le théâtre et la performance occupent également une place importante. Les 10 et 11 mars, Hakim Bah présente 8 novembre, une lecture musicale autour de la mémoire politique guinéenne, accompagnée par Victor Pitoiset. Le 14 mars, la conférence performée Une histoire panafricaine, portée par Elara Bertho et Armand Gauz, revient sur la présence de Miriam Makeba et Stokely Carmichael en Guinée à la fin des années 1960, mettant en lumière les circulations intellectuelles et militantes du panafricanisme.

Africapitales

Le conte traverse le festival avec Petit Tonton, figure majeure de la transmission orale. Outre Hirdhè, il propose le spectacle Ingratitude le 8 mars au LMP, ainsi qu’un atelier conte dans le cadre du Café des enfants organisé avec Home Sweet Mômes.

Le cinéma guinéen bénéficie d’un focus spécifique. Le 12 mars au Louxor, projection de Au cimetière de la pellicule de Thierno Souleymane Diallo, en présence du réalisateur, suivie d’un débat. Le 14 mars au LMP, Il va pleuvoir sur Conakry de Cheick Fantamady Camara est présenté, suivi d’un atelier Ciné-Cercle organisé par le collectif Mind the Gap.

La danse est représentée par un atelier de danse guinéenne animé par Aïssata Kouyaté, le 7 mars à FGO-Barbara, ouvert à tous les niveaux. L’écriture trouve sa place avec un atelier animé par Hakim Bah le 14 mars à la Bibliothèque de la Goutte d’Or.

Le festival s’ouvre aussi à la mode et à l’humour. Le 15 mars au LMP, Barbi Black présente un défilé en partenariat avec les étudiants du Master Industries Culturelles de l’Université Paris 8. Le même jour, à La Scène Barbès, l’humoriste Bappa Oumar joue L’Étranger, un spectacle autobiographique interrogeant les notions d’appartenance et d’identité.

Enfin, la gastronomie n’est pas oubliée : un repas solidaire guinéen est proposé le 14 mars à la ressourcerie Le Poulpe.

Au-delà de la diversité des disciplines, Africapitales #5 affirme une ligne cohérente : donner à voir la complexité historique et culturelle de Conakry, faire dialoguer héritage et création contemporaine, et offrir à la jeunesse guinéenne une scène de visibilité à Paris. Entre mémoire politique, scènes urbaines, arts visuels et littérature, le festival compose un panorama dense d’une capitale en mouvement.

Informations pratiques

Africapitales #5 : Conakry à Paris
Du 6 au 15 mars 2026
Lieux principaux : Lavoir Moderne Parisien (35 rue Léon, 75018), Institut des Cultures d’Islam (19 rue Léon, 75018), Fondation Lucien Paye (45 bis boulevard Jourdan, 75014), FGO-Barbara (1 rue Fleury, 75018), Le Louxor (170 boulevard Magenta, 75010), La Scène Barbès (11 rue d’Oran, 75018), Le Poulpe (4 bis rue d’Oran, 75018).
Programmation détaillée : www.lavoirmoderneparisien.com et africapitales.org
Certains événements sont gratuits, d’autres payants sur réservation selon les lieux.

 

Akwaaba Festival 2026 : Accra célèbre la culture ghanéenne 

Du 5 au 7 mars 2026, le National Theatre d’Accra accueille l’Akwaaba Festival 2026. Pendant trois jours, concerts, artisanat, gastronomie et traditions se rencontrent pour célébrer la vitalité culturelle du Ghana et la richesse de son héritage panafricain.

Akwaaba Festival

Du 5 au 7 mars 2026, la capitale ghanéenne vibrera au rythme de l’Akwaaba Festival 2026. Organisé au National Theatre d’Accra, cet événement culturel de trois jours promet de rassembler artistes, artisans, entrepreneurs culturels et passionnés autour d’une célébration vivante du patrimoine ghanéen et panafricain.

Pensé comme un espace de rencontre et de découverte, le festival met en lumière la diversité des expressions culturelles du Ghana. Musique, danse, arts visuels et gastronomie y dialoguent dans une programmation ouverte à tous les publics. L’objectif est clair : offrir une vitrine à la créativité locale tout en valorisant les traditions qui façonnent l’identité culturelle du pays.

Placée sous le thème « Welcome to Ghana », l’édition 2026 entend également accueillir un public international. En invitant visiteurs, créateurs et acteurs culturels venus d’horizons différents, l’événement se veut un lieu d’échanges où se croisent initiatives artistiques, savoir-faire artisanaux et expressions contemporaines.

Trois jours de culture, d’artisanat et de gastronomie

Durant ces trois journées, les visiteurs pourront découvrir une programmation riche mêlant concerts, performances artistiques et expositions. Des artisans et créateurs présenteront leurs œuvres à travers des stands consacrés à l’art et à l’artisanat ghanéens. Textiles traditionnels, accessoires et objets décoratifs permettront d’explorer l’esthétique et les techniques qui traversent les cultures locales.

Akwaaba Festival

La musique occupera également une place centrale dans le festival. Concerts et performances rythmeront les journées et les soirées, offrant un aperçu de la scène artistique ghanéenne et de ses influences multiples. Des formes musicales traditionnelles aux expressions plus contemporaines, la programmation reflète la diversité d’une culture en constante évolution.

Au-delà des arts visuels et de la musique, l’Akwaaba Festival mettra aussi à l’honneur la gastronomie locale. Un grand espace culinaire réunira boissons traditionnelles et spécialités issues des différentes régions du pays. Ce marché alimentaire permettra aux visiteurs de découvrir la richesse des cuisines indigènes, dans une atmosphère conviviale et festive.

L’événement vise également à soutenir les entrepreneurs culturels et les créateurs locaux. En réunissant artistes, artisans et acteurs économiques du secteur culturel, le festival offre une plateforme de visibilité et d’échanges. Il encourage ainsi la circulation des idées, des talents et des projets au sein d’un écosystème créatif en pleine expansion.

L’Akwaaba Festival 2026 est organisé par Ceejay Multimedia en partenariat avec la MUSIGA, l’Union des musiciens du Ghana. Ensemble, ces organisations souhaitent renforcer la place des industries culturelles dans le paysage artistique national et promouvoir les talents ghanéens auprès d’un public plus large.

Les inscriptions sont d’ailleurs ouvertes pour les exposants et les vendeurs souhaitant participer au festival. Artisans, créateurs et entrepreneurs peuvent ainsi rejoindre cette plateforme culturelle qui ambitionne de devenir un rendez-vous incontournable de la scène artistique locale.

 

Akwaaba Festival

En réunissant musique, arts visuels, artisanat et gastronomie, l’Akwaaba Festival se présente comme une célébration de la créativité et de l’héritage culturel du Ghana. Dans un contexte où les industries culturelles jouent un rôle croissant dans les économies africaines, ce type d’événement contribue également à soutenir les artistes et les producteurs culturels tout en renforçant les liens entre traditions et modernité.

Pendant trois jours, Accra se transformera ainsi en un espace de rencontres, de découvertes et de célébration culturelle, où le public pourra explorer la richesse et la vitalité des expressions artistiques ghanéennes.

 

Informations pratiques
Lieu : National Theatre, Accra (Ghana)
Dates : du 5 au 7 mars 2026
Organisation : Ceejay Multimedia, en partenariat avec la MUSIGA

 

À Paris, les femmes cinéastes du Maghreb prennent l’écran

Du 4 au 9 mars 2026, le cinéma Chaplin Denfert à Paris consacre un cycle aux réalisatrices du Maghreb. Projections, débats et rencontres accompagnent cette programmation qui met en lumière les voix féminines du cinéma nord-africain.

La Nouba des Femmes du Mont Chenoua

Chaque mois de mars, conférences, rencontres et manifestations culturelles rappellent les luttes et les avancées liées aux droits des femmes. En 2026, le cinéma s’invite à ces célébrations avec un cycle dédié aux réalisatrices du Maghreb. Intitulée « Femmes cinéastes des pays du Maghreb », cette programmation spéciale se déroule du 4 au 9 mars au cinéma Chaplin Denfert, dans le 14ᵉ arrondissement de Paris.

 

 

Organisé en marge de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, l’événement propose plusieurs projections accompagnées de discussions avec le public. L’initiative entend mettre en lumière les réalisatrices d’Afrique du Nord et rappeler leur rôle dans l’évolution du cinéma maghrébin.

Au programme figurent plusieurs films récents signés par des réalisatrices reconnues. Le cycle s’ouvre notamment avec La Mère de tous les mensonges, documentaire de la cinéaste marocaine Asmae El Moudir, qui interroge les mémoires familiales et collectives. La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania est également à l’honneur avec le court métrage Peau de colle et le long métrage La Belle et la Meute, film salué dans de nombreux festivals pour son regard sur les violences faites aux femmes.

 

La mère de tous les mensonges

La programmation se poursuit avec Aucune rue ne portera ton nom, court documentaire de Nadia Salem, ainsi que 10949 Femmes, documentaire de Nassima Guessoum consacré aux femmes engagées dans la guerre d’indépendance algérienne. Certaines projections seront suivies de débats animés avec la participation des réalisatrices, offrant au public l’occasion de prolonger la réflexion sur les thématiques abordées.

 

 

Créé en 2009 sous l’impulsion de l’association culturelle Coup de Soleil, le festival Le Maghreb des films s’est donné pour mission de promouvoir le cinéma maghrébin auprès du public francophone. Chaque année, ce rendez-vous parisien explore les dynamiques artistiques et politiques qui traversent les cinématographies d’Algérie, du Maroc et de Tunisie.

L’édition 2026 met particulièrement à l’honneur deux réalisatrices tunisiennes : Kaouther Ben Hania, figure majeure du cinéma contemporain, et Salma Baccar, pionnière du cinéma maghrébin. Ce choix reflète la volonté du festival de rappeler la contribution des femmes dans un secteur longtemps dominé par les hommes.

Des pionnières aux nouvelles générations

L’histoire du cinéma maghrébin s’est construite dans le contexte des indépendances nationales : 1956 pour le Maroc et la Tunisie, 1962 pour l’Algérie. Avant cette période, la production cinématographique dans la région relevait largement d’un cinéma colonial, réalisé principalement par des cinéastes européens et rarement par des créateurs locaux.

 

Aucune rue ne portera ton nom

Dans ce paysage dominé par les hommes, les premières femmes cinéastes du Maghreb apparaissent à la fin des années 1960. En Tunisie, Sophie Ferchiou devient la première Maghrébine à réaliser un documentaire avec Chéchia en 1966. Deux ans plus tard, Salma Baccar signe le court métrage L’Éveil et s’impose comme l’une des figures fondatrices du cinéma tunisien.

Salma Baccar poursuivra ce parcours en réalisant Fatma 75, considéré comme le premier long métrage signé par une cinéaste maghrébine. Son œuvre aborde déjà la condition féminine dans une société en transformation, marquée par les réformes progressistes mises en place en Tunisie après l’indépendance.

En Algérie, la romancière et cinéaste Assia Djebar marque un tournant en 1978 avec La Nouba des femmes du Mont Chenoua, film récompensé à la Mostra de Venise. Au Maroc, Farida Ben Lyazid devra attendre plusieurs années après son premier scénario pour réaliser en 1988 Une Porte sur le ciel, œuvre devenue une référence du cinéma marocain.

Aujourd’hui, une nouvelle génération de réalisatrices poursuit cet héritage en explorant des thèmes liés à la mémoire, aux identités et aux transformations sociales.

 

10949 Femmes

 

Malgré ces avancées, les femmes restent minoritaires dans l’industrie cinématographique africaine. Selon le rapport « Statistiques de l’industrie cinématographique africaine », publié en février 2026 par l’organisation Wifitalents, les réalisatrices représentent moins de 15 % des effectifs du secteur au Maroc. À l’échelle du continent, seulement 10 % des films produits sont réalisés par des femmes, tandis qu’elles ne constituent qu’environ 30 % des professionnels de l’industrie cinématographique.

 

 

Ces chiffres illustrent les inégalités persistantes dans un secteur encore largement masculin. Pourtant, les réalisatrices maghrébines se distinguent par des œuvres souvent marquées par des prises de position fortes et des regards singuliers sur les sociétés nord-africaines.

Le cycle proposé au cinéma Chaplin Denfert s’inscrit dans cette dynamique. En mettant à l’honneur les réalisatrices du Maghreb, il rappelle que le cinéma peut être un espace de réflexion sur les transformations sociales, les mémoires collectives et les aspirations à davantage d’égalité dans la région.

Informations pratiques
Lieu : Cinéma Chaplin Denfert
Adresse : 24 place Denfert-Rochereau, Paris 14ᵉ
Dates : du 4 au 9 mars 2026
Certaines projections seront suivies de débats avec les réalisatrices.

 

À Paris, la fashion Week Africa celebre la creativite du continent

Le 7 mars 2026, Paris accueille une nouvelle édition de la Fashion Week Africa Paris. Défilés, artisanat, performances artistiques et gastronomie se réunissent pour mettre en lumière la créativité africaine et les talents de la diaspora au cœur de la capitale.


Fashion Week Africa

Le 7 mars 2026, l’Espace MAS, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, accueillera une nouvelle édition de la Fashion Week Africa Paris, un événement dédié à la promotion des créateurs africains et des cultures du continent. Pensée comme une immersion dans l’univers de la mode africaine contemporaine, cette journée entend réunir designers, artistes et public autour d’un programme mêlant défilés, artisanat et performances artistiques.

Si Paris demeure l’une des capitales mondiales de la mode, les initiatives mettant à l’honneur les créateurs africains et afro-diasporiques s’y multiplient depuis plusieurs années. La Fashion Week Africa Paris s’inscrit dans cette dynamique, avec l’ambition de créer une plateforme de visibilité pour des talents encore trop peu représentés dans les circuits traditionnels.

Au cœur de l’événement figure le Grand Défilé Africain, présenté comme le moment phare de la journée. Des créateurs venus de différents horizons du continent et de la diaspora y dévoileront leurs collections, dans un dialogue entre traditions textiles et influences contemporaines. Wax, bogolan, kente ou encore broderies artisanales côtoieront ainsi des silhouettes modernes, témoignant de la vitalité d’une mode africaine en pleine transformation.


Fashion Week Africa

Au-delà des défilés, la manifestation se veut également un espace de rencontre et de découverte culturelle. Les visiteurs pourront explorer un univers mêlant artisanat, design, musique et gastronomie, dans une ambiance immersive inspirée des cultures africaines. L’événement entend ainsi dépasser le simple cadre d’un défilé de mode pour proposer une expérience culturelle plus large.

L’initiative s’inscrit dans le travail de structures et de collectifs engagés dans la promotion de la création africaine à Paris. À travers ce type de rendez-vous, leurs organisateurs cherchent à soutenir l’émergence de designers, d’artisans et d’entrepreneurs culturels issus du continent africain ou de sa diaspora.

La mode africaine connaît depuis plusieurs années une visibilité croissante sur la scène internationale. Des créateurs comme Imane Ayissi, Thebe Magugu ou Kenneth Ize ont contribué à faire entrer l’esthétique africaine dans les circuits de la mode mondiale. Dans ce contexte, des événements comme la Fashion Week Africa Paris participent à structurer des réseaux et à créer des espaces de rencontre entre créateurs, professionnels et public.

Installé dans le 13ᵉ arrondissement, l’Espace MAS accueillera ainsi, le temps d’une journée, une célébration de la créativité africaine contemporaine. Entre défilés, performances artistiques et rencontres culturelles, la Fashion Week Africa Paris entend offrir un aperçu de la richesse et de la diversité des expressions stylistiques venues du continent.


Informations pratiques:

Fashion Week Africa Paris 2026
Date : 7 mars 2026
Horaire : 11h – 18h
Lieu : Espace MAS, 10 rue des Terres-au-Curé, 75013 Paris
Tarifs :
10 € en ligne et 15 € sur place
Billetterie : dreamteamafrica.com/fashion-week-africa-paris

Rocé fait vibrer le New Morning le 11 mars

Le 11 mars 2026, le rappeur franco-algérien Rocé investit la scène du New Morning à Paris. Entre hip-hop engagé, influences soul-jazz et mémoire afro-diasporique, l’artiste y présentera les titres de son sixième album studio, « Palmier ».

Rocé au New Morning

Le 11 mars 2026, le New Morning à Paris accueillera Rocé pour un concert attendu qui marque une nouvelle étape dans le parcours de l’un des rappeurs les plus singuliers de la scène francophone. L’artiste franco-algérien y présentera les titres de son sixième album studio, Palmier, un projet qui prolonge et transforme son rap engagé en y introduisant des textures plus lumineuses, aux accents soul et jazz.

Depuis ses débuts, Rocé s’est imposé comme une figure à part dans le paysage du hip-hop français. Rappeur, compositeur et violoniste, il a bâti une œuvre attentive à la mémoire musicale des diasporas africaines et aux histoires politiques qui traversent ces héritages. Son travail mêle réflexion historique, recherche sonore et écriture poétique, dans une approche où le rap devient à la fois espace d’expression artistique et outil de transmission.

Avec Palmier, Rocé poursuit cette démarche en explorant une palette musicale plus ample. L’album tisse des liens entre hip-hop, soul et jazz, tout en conservant la dimension narrative et engagée qui caractérise son œuvre. Instruments acoustiques, textures orchestrales et mélodies fluides composent un univers sonore où l’histoire, l’art et le rythme se répondent.

Parmi les collaborations marquantes du disque figure notamment la chanteuse Natacha Atlas, dont la voix apporte une dimension supplémentaire à ce dialogue entre influences musicales. L’album s’inscrit ainsi dans la continuité d’un travail de recherche et de transmission que Rocé développe depuis plusieurs années autour des circulations culturelles afro-diasporiques.

 

Rocé

Un trio entre hip-hop, soul et jazz

Sur scène, Rocé défendra ce nouvel album dans une formation en trio qui promet une expérience musicale dense et organique. À ses côtés, la saxophoniste Nathalie Ahadji et la DJ Juicy Fruit accompagneront sa voix sur des arrangements mêlant improvisation jazz, textures soul et rythmes hip-hop.

Cette configuration permet à Rocé de proposer un concert à la fois intime et puissant, où la parole, la musique et le rythme se répondent en permanence. Le saxophone de Nathalie Ahadji apporte une dimension mélodique et expressive, tandis que Juicy Fruit construit un paysage sonore où se croisent samples, beats et textures électroniques.

L’ensemble crée une atmosphère musicale qui oscille entre la douceur de la soul et la précision rythmique du hip-hop. Les influences évoquées par l’artiste situent d’ailleurs cet univers à la croisée de deux figures majeures : la sensualité musicale de Sade et la rigueur rythmique du rap de Rakim.

Au fil de ses projets, Rocé a développé une approche singulière du hip-hop, nourrie par les archives sonores, les musiques diasporiques et les traditions musicales afro-atlantiques. Son travail de recherche autour des voix et des musiques oubliées s’est notamment exprimé à travers plusieurs projets consacrés aux archives du rap et de la musique noire francophone.

Cette dimension historique traverse également ses concerts, où le rap devient un espace de dialogue entre passé et présent. Sur scène, les textes de Rocé se déploient dans un univers musical ouvert, où les influences se croisent sans hiérarchie entre tradition et modernité.

Le concert du 11 mars au New Morning s’inscrit ainsi dans la continuité d’un parcours artistique exigeant, où le rap se nourrit de multiples héritages musicaux. Entre engagement politique, exploration sonore et mémoire culturelle, Rocé propose une musique qui interroge les histoires collectives tout en restant profondément ancrée dans le présent.

Informations pratiques
Lieu : New Morning, Paris
Date : 11 mars 2026
Artistes :Rocé – voix : Nathalie Ahadji – saxophoneJuicy Fruit – DJ

Jann Halexander en concert à La Camilienne avec Cœur Canari

Chanteur, auteur et performeur à la plume acérée, Jann Halexander poursuit son exploration musicale entre confidences personnelles et regards sur le monde. Le 13 mars prochain, il présentera à Paris Cœur Canari, un concert inspiré de la chanson éponyme extraite de l’album Libreville Confidentiel, né de son récent séjour au Gabon.

Jann Halexander

Souvent surnommé le « Jacques Brel gabonais », l’artiste s’est fait connaître par des titres marquants comme C’était à Port-Gentil, Le poisson dans mon assiette ou encore Rester par habitude. Des chansons qui mêlent ironie, mélancolie et poésie, dans une écriture incisive qui lui vaut depuis plus de vingt ans un public fidèle.

Pour cette soirée, Jann Halexander sera entouré de plusieurs musiciens : Bertrand Ferrier au piano et à la clarinette, Sébastyen Defiolle à la guitare et Naïma aux percussions. La chanteuse Charlotte Grenat participera également au concert en tant qu’invitée.

Coeur Canari

Entre chansons, confidences et fragments de récit – notamment issus de son livre Cœur Canari, journal de son retour au Gabon natal – l’artiste promet une performance où l’intime se transforme en moment de partage avec le public.

Informations pratiques

Date : 13 mars 2026
Lieu : Théâtre La Camilienne
Adresse : 12 rue des Meuniers, 75012 Paris
Ouverture des portes : 19h30
Concert : 20h
Réservations : 06 16 13 98 32 / BilletReduc / Weezevent

 

 

 
 

 

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L’Afrique craint les conséquences économiques de la guerre en Iran https://mondafrique.com/limage-du-jour/lafrique-craint-les-consequences-economiques-de-la-guerre-en-iran/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/lafrique-craint-les-consequences-economiques-de-la-guerre-en-iran/#respond Fri, 06 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148200 L’Union africaine, la CEDEAO et plusieurs chefs d’État ont exprimé leur inquiétude quant aux conséquences pour leurs économies de la guerre israélo-américaine en Iran. Un conflit prolongé pourrait fragiliser plusieurs pays du continent. La flambée du pétrole  Le premier impact concerne l’énergie. Les tensions au Moyen-Orient ont déjà fait remonter les cours du pétrole au-delà […]

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L’Union africaine, la CEDEAO et plusieurs chefs d’État ont exprimé leur inquiétude quant aux conséquences pour leurs économies de la guerre israélo-américaine en Iran. Un conflit prolongé pourrait fragiliser plusieurs pays du continent.

La flambée du pétrole 

Le premier impact concerne l’énergie. Les tensions au Moyen-Orient ont déjà fait remonter les cours du pétrole au-delà de 80 dollars le baril et ce n’est pas terminé. Certains analystes envisagent un baril à plus de 100 dollars. Or la plupart des pays africains importent leurs carburants. Une hausse du brut renchérit le transport, l’électricité et la production industrielle. Elle se répercute mécaniquement sur les prix à la consommation où l’énergie et l’alimentation représentent une part importante du budget des ménages.

 « L’Afrique subit déjà les conséquences de l’escalade du conflit au Moyen-Orient, avec des tensions sur les chaînes d’approvisionnement et une hausse des prix de l’énergie », a déclaré le Sud-Africain Cyril Ramaphosa

Inflation et pression sur les monnaies

La hausse des prix de l’énergie pourrait aussi accentuer les tensions inflationnistes. La plupart des pays africains paient leurs importations en dollars. Lorsque la facture énergétique augmente, la demande de devises progresse et les monnaies locales risquent de se déprécier. Cette pression renchérit encore le coût des importations et peut alourdir la dette extérieure libellée en dollars. Pour plusieurs économistes, un conflit prolongé pourrait ainsi peser sur la croissance et accentuer les fragilités de certaines économies africaines.

Perturbation des routes maritimes

Les inquiétudes portent également sur le commerce maritime. Le conflit menace des routes stratégiques comme le Détroit d’Hormuz, par lequel transite une part importante du pétrole mondial. La mer Rouge et le canal de Suez sont également des axes essentiels pour les échanges entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Toute perturbation dans ces zones peut entraîner une hausse des coûts du transport maritime, des retards de livraison et une augmentation des primes d’assurance. Certaines compagnies ont déjà instauré des surtaxes liées au risque de guerre sur les routes vers l’Afrique.

Un effet inégal selon les pays 

Les conséquences de la crise pourraient toutefois varier d’un pays à l’autre. Certains exportateurs de pétrole, comme le Nigeria, l’Angola ou l’Algérie, pourraient bénéficier temporairement de la hausse des cours grâce à des recettes d’exportation plus élevées. Mais la majorité des pays africains, importateurs nets d’énergie, verraient au contraire leur facture énergétique s’alourdir.

Le paradoxe africain

Alors même que l’Afrique est l’un des grands producteurs mondiaux de matières premières, elle reste aussi l’une des régions les plus vulnérables aux chocs internationaux. La raison en est simple : elle produit peu. La plus grande partie de ses ressources est exportée à l’état brut, tandis que le continent importe encore de nombreux produits transformés, carburants ou biens industriels.

Cette dépendance aux marchés mondiaux explique pourquoi les crises géopolitiques, même lointaines, se traduisent souvent par une hausse rapide des prix, une pression sur les monnaies et un ralentissement de la croissance. Autrement dit, même lorsqu’elle n’est pas directement impliquée dans ces conflits, l’Afrique en paie l’addition économique. Une donnée jamais prise en compte par ceux qui décident de la guerre ou de la paix… 

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« Ce qu’attend l’Afrique » : un continent au cœur du siècle https://mondafrique.com/loisirs-culture/ce-que-lafrique-attend-un-continent-au-coeur-du-siecle/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/ce-que-lafrique-attend-un-continent-au-coeur-du-siecle/#respond Thu, 05 Mar 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148072 À rebours des clichés et des discours catastrophistes, Benoît Chervalier propose dans Ce qu’attend l’Afrique une lecture nuancée des transformations du continent. Entre démographie, souveraineté et mutations économiques, son essai esquisse les contours d’un siècle où l’Afrique comptera davantage que jamais. Une chronique de Karim Saadi L’Afrique n’est pas un bloc homogène. Elle ne parle […]

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À rebours des clichés et des discours catastrophistes, Benoît Chervalier propose dans Ce qu’attend l’Afrique une lecture nuancée des transformations du continent. Entre démographie, souveraineté et mutations économiques, son essai esquisse les contours d’un siècle où l’Afrique comptera davantage que jamais.

Une chronique de Karim Saadi

Benoît Chervalier

L’Afrique n’est pas un bloc homogène. Elle ne parle pas d’une seule voix, ne partage ni une histoire unique ni un destin uniforme. Pourtant, dans les imaginaires internationaux, le continent continue souvent d’être appréhendé comme un ensemble monolithique, résumé en quelques images simplificatrices. C’est précisément contre cette vision réductrice que se construit Ce qu’attend l’Afrique, l’essai de Benoît Chervalier publié aux Éditions de L’Aube.

Ancien haut fonctionnaire, entrepreneur et enseignant à l’ESSEC, l’auteur s’appuie sur près de vingt-cinq années d’expérience professionnelle et sur un parcours qui l’a conduit dans plus de quatre-vingts pays, dont une quarantaine en Afrique. Son livre ne se présente pas comme une synthèse académique classique, mais comme une réflexion nourrie d’observations de terrain, d’échanges avec des responsables publics et privés, et de nombreuses années d’enseignement auprès d’étudiants venus du monde entier.

L’ouvrage part d’une question simple : qu’est-ce qu’être africain ? Derrière cette interrogation se dessine une réalité que l’auteur rappelle d’emblée : l’Afrique est faite d’une pluralité de trajectoires historiques, culturelles et politiques. Au milieu du XIXᵉ siècle, le continent comptait près de dix mille royaumes et structures politiques différentes. Cette diversité reste aujourd’hui l’une des clés de lecture indispensables pour comprendre les dynamiques contemporaines.

Une Afrique de paradoxes et de potentialités

L’un des mérites du livre est de cartographier les paradoxes qui traversent le continent. Benoît Chervalier montre comment certaines économies africaines demeurent prises dans un modèle d’extraction des ressources naturelles, sans toujours parvenir à intégrer les chaînes de transformation industrielle.

L’exemple du cacao est devenu emblématique : l’Afrique produit une part majeure des fèves mondiales mais reste marginale dans la fabrication du chocolat. De même, plusieurs pays africains disposent d’importants gisements de cobalt ou de lithium, indispensables aux technologies contemporaines, tout en étant peu présents dans la production des batteries électriques qui en dépendent.

Cette dissociation entre extraction et transformation constitue, selon l’auteur, l’un des défis majeurs du continent. Le véritable basculement ne résiderait pas seulement dans l’exploitation des ressources mais dans la capacité à développer des industries locales créatrices d’emplois et de valeur ajoutée.

La question démographique occupe également une place centrale dans l’analyse. Le continent africain est aujourd’hui le plus jeune du monde et sa croissance démographique est appelée à jouer un rôle déterminant au cours du XXIᵉ siècle. Certains chiffres donnent la mesure de cette transformation : chaque jour, il naît autant d’enfants au Nigeria qu’aux États-Unis et en Europe réunis.

Cette dynamique ouvre à la fois des perspectives et des défis considérables. Les systèmes éducatifs devront absorber des dizaines de millions d’élèves supplémentaires dans les prochaines années. Pour répondre à ces besoins, il faudrait construire des millions de salles de classe et former des millions d’enseignants.

Loin d’être seulement un défi, cette jeunesse peut aussi constituer une formidable réserve d’énergie économique et d’innovation. Plusieurs initiatives technologiques ou entrepreneuriales en témoignent déjà. L’exemple de la société tunisienne Instadeep, spécialisée dans l’intelligence artificielle et rachetée pour plusieurs centaines de millions de dollars, illustre cette capacité d’innovation qui émerge sur le continent.

Mais l’auteur souligne également les contraintes structurelles qui persistent : infrastructures énergétiques insuffisantes, disparités importantes entre pays, inégalités territoriales ou encore fragilités institutionnelles. Autant d’éléments qui expliquent pourquoi les trajectoires africaines resteront probablement diverses et contrastées.

L’Europe et l’Afrique face à un destin partagé

Au-delà de l’analyse économique et démographique, le livre explore aussi les relations entre l’Afrique et l’Europe. Benoît Chervalier insiste sur un point essentiel : les deux continents entrent dans une période où leurs destins seront de plus en plus étroitement liés.

Dans un contexte international marqué par la recomposition des équilibres géopolitiques, l’Afrique devient un acteur incontournable. Sa démographie, ses ressources naturelles, ses marchés émergents et son rôle dans les transitions énergétiques en font un partenaire stratégique pour de nombreuses puissances.

Pour l’Europe, cette proximité géographique et historique crée une relation particulière. Mais l’époque où certains pays européens pouvaient prétendre exercer une influence dominante sur le continent africain semble désormais révolue.

L’auteur souligne que la diversification des partenariats est devenue une réalité. Les pays africains multiplient les relations économiques et diplomatiques avec des acteurs variés : Chine, Turquie, Inde, États-Unis ou encore pays du Golfe. Cette pluralité d’alliances reflète une volonté croissante de souveraineté.

Dans ce contexte, la relation franco-africaine se transforme profondément. Les anciennes logiques de la « Françafrique » appartiennent désormais au passé, même si les héritages historiques continuent d’influencer les perceptions. L’auteur insiste sur la nécessité pour la France et l’Europe de repenser leurs partenariats sur des bases nouvelles : économiques, technologiques, scientifiques et culturelles.

L’un des axes centraux du livre concerne également l’évolution du modèle de coopération internationale. Benoît Chervalier plaide pour dépasser l’opposition traditionnelle entre aide au développement et commerce. Selon lui, l’aide ne peut être efficace que si elle soutient l’investissement, l’entrepreneuriat et la création d’emplois.

Cette idée s’inscrit dans un débat plus large sur les politiques de développement. L’auteur propose de distinguer clairement les logiques de solidarité – notamment dans les situations humanitaires ou climatiques – et celles relevant de l’investissement économique. L’objectif serait de favoriser un partenariat davantage fondé sur l’échange et la création de valeur.

À travers ces analyses, Ce qu’attend l’Afrique esquisse une vision nuancée de l’avenir du continent. L’auteur ne cède ni à l’optimisme naïf ni au pessimisme systématique. Il rappelle que les trajectoires africaines seront multiples et que tous les pays ne suivront pas la même voie.

Certaines économies pourraient connaître des transformations rapides, portées par l’urbanisation, les technologies numériques ou l’industrialisation. D’autres pourraient rester confrontées à des fragilités politiques ou institutionnelles plus durables.

Ce qui semble en revanche acquis, selon lui, c’est que l’Afrique occupera une place centrale dans les équilibres mondiaux des prochaines décennies. Les enjeux démographiques, climatiques, énergétiques et économiques du XXIᵉ siècle y convergent.

Une idée traverse l’ensemble du livre : l’Afrique ne peut être pensée qu’au pluriel. En rappelant la diversité de ses trajectoires, Benoît Chervalier invite à voir dans ce continent non une marge du monde, mais l’un de ses futurs centres de gravité.

Benoît Chervalier, Ce qu’attend l’Afrique, Éditions de L’Aube, 2025, 200 pages.

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Guerre en Iran: réactions africaines contrastées https://mondafrique.com/limage-du-jour/guerre-en-iran-reactions-africaines-contrastees/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/guerre-en-iran-reactions-africaines-contrastees/#respond Thu, 05 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148043 Quatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues. Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette […]

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Quatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues.

Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette fois, guère marqué les esprits.

Positions tranchées

Parmi les réactions les plus claires figure celle du Sénégal. Dakar a exprimé sa vive préoccupation face à l’escalade et condamné l’usage de la force, considéré comme une violation du droit international et une menace pour la souveraineté des États. Le gouvernement a appelé à un cessez-le-feu immédiat et au retour au dialogue. Le Premier ministre Ousmane Sonko a dénoncé une « liquidation du droit international», tout en alertant sur les conséquences économiques potentielles pour l’Afrique.

L’Afrique du Sud a également adopté une position ferme. Pretoria condamne explicitement une violation du droit international et rejette la notion de « légitime défense préventive », restant fidèle à sa diplomatie et à son positionnement au sein des BRICS.

Le Tchad a lui aussi réagi clairement en exprimant sa « profonde tristesse » après la confirmation de la mort du Guide suprême Ali Khamenei, en partageant la douleur du peuple iranien et réaffirmant l’attachement du pays aux principes de paix et de solidarité internationale. Puis, dans un second message, sûrement pour ne pas se mettre à dos les Émirats arabes unis, N’Djamena a condamné avec fermeté la riposte iranienne contre plusieurs pays du Golfe et a qualifié ces attaques d’« inacceptables ».

Le  Maroc, lui s’est rangé sans surprise du côté de Washington et de Tel Aviv. Rabat n’a formulé aucune critique des frappes américano-israéliennes et a exprimé sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes. Une posture attendue et cohérente avec son alignement sur les États-Unis et sur Israël depuis la signature des accords d’Abraham.

Le camp des prudents

Dans le camp des prudents, l’Union africaine a exprimé sa « profonde préoccupation » face à l’escalade et appelé à la désescalade, évoquant les risques pour la stabilité mondiale, les marchés énergétiques et la sécurité alimentaire. La CEDEAO a adopté un ton similaire, mettant en garde contre les conséquences économiques pour l’Afrique de l’Ouest. D’autres pays ont réagi de la même manière, comme le Ghana, la Sierra Léone ou la Côte d’ivoire.

L’étrange retenue d’Alger

Plus surprenante est la prudence extrême de l’Algérie. Alger s’est contentée de regretter l’échec des négociations menées à Oman et d’appeler à la retenue, tout en exprimant sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes, sans condamnation directe des frappes initiales. Une position qui tranche avec sa tradition diplomatique de non-alignement affirmé et ses bonnes relations avec Téhéran. La Tunisie s’est alignée sur son voisin.

Le silence bavard de l’AES

Enfin, le silence de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) reste l’un des faits les plus marquants. Un mutisme d’autant plus notable que ces trois pays ont développé une coopération militaire avec l’Iran, notamment dans le domaine des drones. Deux jours avant le déclenchement du conflit, le ministre burkinabè de la Défense se trouvait encore à Téhéran. Cette absence de réaction est parlante, elle signifie que les États de l’AES souhaitent ne pas remettre en cause leur récente reprise du partenariat entre Washington.

Au final, toutes les réactions, quelles soient prudentes ou silencieuses s’expliquent par la volonté de ne pas froisser Washington afin de ne pas subir les foudres de l’imprévisible Donald Trump.

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FGO-Barbara aux couleurs du Sahara et du Nil https://mondafrique.com/loisirs-culture/148032/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/148032/#respond Wed, 04 Mar 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148032 Le 6 mars 2026, FGO-Barbara accueille Tissilawen et Sulafa Elyas pour une soirée entre désert saharien et rives du Nil. Rock touareg et soufisme électro-pop dialoguent dans un concert placé sous le signe des circulations musicales africaines. Le vendredi 6 mars 2026, FGO-Barbara accueille une soirée placée sous le signe des circulations musicales africaines. À […]

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Le 6 mars 2026, FGO-Barbara accueille Tissilawen et Sulafa Elyas pour une soirée entre désert saharien et rives du Nil. Rock touareg et soufisme électro-pop dialoguent dans un concert placé sous le signe des circulations musicales africaines.



Le vendredi 6 mars 2026, FGO-Barbara accueille une soirée placée sous le signe des circulations musicales africaines. À l’affiche : le groupe touareg Tissilawen et la chanteuse soudanaise Sulafa Elyas. Deux univers, deux géographies, une même volonté de faire dialoguer héritage et modernité.

Originaire du Tassili N’Ajjer, au sud-est de l’Algérie, Tissilawen — pluriel de « Tassili » — est formé en 2008 à Djanet. Le groupe s’inscrit dans la lignée des grandes formations touarègues comme Tinariwen, Bombino ou encore Othmane Bali, tout en affirmant une identité propre. Leur musique puise dans le répertoire touareg traditionnel, porté par des guitares électriques aux accents blues, mais s’ouvre également au rock, au rap et au reggae.

Leur son, à la fois ample et hypnotique, repose sur des rythmiques répétitives et des mélodies ancrées dans le désert. Les textes évoquent l’identité, la transmission, l’exil et l’attachement au territoire. Comme nombre d’artistes touaregs contemporains, Tissilawen conjugue la mémoire collective et les réalités actuelles, inscrivant le blues saharien dans une dynamique globale. Sur scène, l’énergie des guitares dialogue avec la profondeur des voix, créant un espace sonore à la fois enraciné et ouvert.

En seconde partie de soirée, Sulafa Elyas propose une autre traversée. Chanteuse et oudiste soudanaise, elle s’est formée dès l’enfance dans un univers musical marqué par les traditions du nord du Soudan. Son travail s’inscrit dans une filiation soufie : une attention à la spiritualité, à la poésie et à la dimension intérieure du chant.

Installée à Paris, Sulafa Elyas enrichit aujourd’hui cette base patrimoniale d’influences électro-pop. Le oud, instrument emblématique du monde arabe, dialogue avec des textures contemporaines, des arrangements plus urbains, parfois minimalistes. Sa musique devient ainsi un espace de rencontre entre Khartoum et la scène parisienne, entre mémoire intime et création actuelle. Le résultat est une proposition sensible, où la voix demeure centrale, habitée, portée par une recherche d’équilibre entre fidélité et transformation.

La programmation de cette soirée à FGO-Barbara met en lumière deux trajectoires artistiques distinctes mais convergentes. Tissilawen incarne la vitalité du rock touareg et la permanence d’une culture saharienne en mouvement. Sulafa Elyas explore les résonances du soufisme et les hybridations contemporaines de la scène diasporique.

Au-delà du simple concert, l’événement propose une cartographie musicale qui relie désert algérien et rives du Nil, traditions nomades et métropoles européennes. Une invitation à écouter comment les musiques africaines, loin de se figer, se réinventent en permanence, entre transmission et expérimentation.

Informations pratiques :

Lieu : FGO-Barbara, Paris
Date : Vendredi 6 mars 2026
Artistes : Tissilawen & Sulafa Elyas
Horaire : 20h00

 

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Sahel, la course aux satellites de surveillance https://mondafrique.com/a-la-une/sahel-la-course-aux-satellites-de-surveillance/ https://mondafrique.com/a-la-une/sahel-la-course-aux-satellites-de-surveillance/#respond Wed, 04 Mar 2026 05:01:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147998 Après la rupture de plusieurs pays du Sahel central avec les armées française et américaine, une grande course aux satellites de surveillance s’est engagée, avec de nouveaux acteurs. Mondafrique reprend ici, avec son autorisation, un article du Centre des Stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre 4s).  Par Paul Amara Ces outils – précieux […]

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Après la rupture de plusieurs pays du Sahel central avec les armées française et américaine, une grande course aux satellites de surveillance s’est engagée, avec de nouveaux acteurs. Mondafrique reprend ici, avec son autorisation, un article du Centre des Stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre 4s). 

Par Paul Amara

Ces outils précieux dans la lutte contre le terrorisme et les trafics de drogue, d’armes, d’or, de migrants, d’êtres humains, de cigarettes et de carburant foisonnent. Dès novembre 2023, le Mali signait un mémorandum d’entente avec l’entreprise russe Glavkomos, spécialisée dans les activités spatiales. Cet accord lui a permis d’améliorer la couverture Internet, des télécommunications, de la télévision et de la surveillance du territoire.  D‘autres pays lui ont emboité le pas, affichant des ambitions spatiales de plus en plus grandes. Ainsi envisagent-ils le lancement de satellites d’observation militaire, à plusieurs ou à titre individuel.

La surveillance militaire par satellite permet de détecter, en temps réel, des mouvements ennemis à plusieurs centaines de km à la ronde. Elle sert aussi dans l’observation continue des zones à risque, y compris dans les environnements hostiles et inaccessibles par voie terrestre. Elle facilite un suivi serré des équipements ennemis et réduit les risques humains, en permettant d’économiser les missions de reconnaissance dangereuses au sol. En survolant, plus ou moins discrètement et librement, l’espace, les satellites appuient les opérations militaires au travers d’activités d’observation, d’écoute et de communication. La visualisation par l’imagerie satellite militaire aide à localiser des camps terroristes, et d’agir en conséquence. Grâce à ces machines complexes, les armées du Sahel peuvent développer des réactions rapides face aux menaces djihadistes.

En 2026, les satellites fournissent des images de haute définition, quasiment en temps réel, assistées par l’intelligence artificielle (IA). L’interprétation de ces quantités de données est ainsi effectuée sans grand usage de l’intelligence humaine, facilitant de promptes réactions. Ce modèle de satellite de surveillance coûte, en moyenne, 300 millions d’euros. Maintenance et exploitation restent aussi onéreuses. Leur miniaturisation et leur lancement en grappes peuvent réduire ce montant jusqu’à 40%. Malgré tout, cela demeure un défi financier pour les pays du Sahel.

De nombreux pays africains se dotent de satellites espions

En cette année 2026, on estime à 410 le nombre de satellites espions en orbite, couvrant 93% de la planète. En 2020, les pays africains suivants avaient lancé des satellites : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Égypte, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maroc, Nigeria et Soudan. Pionniers, grâce à des décennies d’investissements stratégiques et de partenariats internationaux, l’Égypte et l’Afrique du Sud comptent, chacun, 13 satellites en orbite. Le Nigeria, avec 7 satellites, est un acteur clé en Afrique de l’Ouest. L’Algérie en possède six. Le Ghana a mis au point GhanaSat-1. Le Royaume du Maroc se montre leader, du fait de l’acquisition du satellite Mohamed VI A, d’une valeur de 500 millions de dollars. Officiellement, ce satellite évolue en vols stationnaires à des fins de télécommunications.

D’autres pays africains, surtout au Sahel, doivent coopérer avec ceux-là ou compter sur les partenaires internationaux, ou encore opérer avec des drones. Mais les capacités de surveillance et de traitement de données de ces derniers sont bien moindres que celles des satellites. En revanche, ces vecteurs aériens peuvent aussi attaquer. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont signé avec leur nouveau partenaire stratégique, la Russie, un accord de coopération spatiale à Bamako le 23 septembre 2024. Ce protocole a été paraphé avec Glavkosmos, filiale de l’agence spatiale russe, Roscosmos.Deux satellites sont au cœur de cette ambition. L’un sera dédié aux télécommunications et promet une meilleure couverture Internet ainsi qu’une diffusion amplifiée de la radio et de la télévision. L’autre sera consacré à l’observation terrestre. Grâce à ses capacités d’imagerie à haute résolution, il devrait être d’un grand secours dans la surveillance des frontières et la prévention des risques d’insurrection.

Un satellite russo-burkinabè? 

En janvier 2026, la Russie et le Burkina Faso ont commencé à envisager la construction d’un satellite de communication destiné à accélérer la transformation numérique du Faso : ouvrir la voie à des services de connectivité, de cartographie et d’alerte précoce. Devant être conçu pour couvrir la région du Sahel, le satellite aura aussi pour vocation de sécuriser les communications gouvernementales et de renforcer la résilience des réseaux en période de crise. Parallèlement à la coopération sahélo-russe, le Niger, de son côté, a entamé une collaboration avec la Chine pour acquérir de l’imagerie satellitaire. Il coopère également avec l’Italie, qui déploie des unités de collecte d’information, de surveillance et de reconnaissance. Le cadre de cet appui est la Mission de soutien italienne à la République du Niger (MISIN), forte de 350 à 400 soldats. Le Parlement italien a autorisé cette opération, depuis 2018, pour accroitre les capacités du Niger dans sa lutte contre les différents trafics et les menaces à sa sécurité. L’attaque terroriste de l’aéroport international Hamani-Diori, à Niamey, la nuit du 28 au 29 janvier 2026, a révélé que ce site ultrasensible se trouve sous surveillance satellitaire de l’entreprise américaine Ventor Tech, spécialisée dans l’information spatiale. 

En Libye, des avions et des satellites russes surveillent les positions de Daech, à l’est et à la frontière avec l’Égypte. En Mauritanie, fin septembre 2024, le ministère de la Transformation numérique et de la Modernisation de l’Administration a annoncé le lancement d’un projet stratégique visant à créer un programme spatial national pour les nano-satellites. Le pays veut se doter d’un système spatial souverain au service de la sécurité, de la surveillance et du contrôle, ainsi que pour étendre la couverture numérique à l’ensemble du territoire national. Au Soudan, les images satellites jouent un rôle important dans la mise en évidence des atrocités commises à El Facher. Ces images sont le seul moyen permettant de suivre la situation dans une zone inaccessible et avec un réseau de communication défaillant.

Survols des pays sahéliens

Le sous-équipement de l’Afrique de l’Ouest, et particulièrement du Sahel, permet à des puissances étrangères de les survoler librement. Le jour de la Noël 2025, sur initiative du gouvernement américain, des bombardements ont visé des combattants de l’État islamique (EI) dans l’État de Sokoto, Nigeria. La raison avancée est que le Nigeria laisserait se perpétrer un génocide et une persécution des chrétiens. Après des discussions entre les deux pays, il a été décidé un mois plus tard que les avions nigérians opèreraient eux-mêmes les frappes aériennes, sur la base d’images et de données collectées par des appareils américains de surveillance. De plus, c’est le Nigeria qui choisira les cibles et son armée recevra des États-Unis des drones, des hélicoptères, des plateformes aériennes puis des pièces détachées et des systèmes de maintenance indispensables à leur exploitation, des équipements commandés par le Nigeria ces cinq dernières années mais non encore livrés. Faute d’en disposer, le Nigeria mène sa guerre contre les djihadistes à travers une surveillance aérienne américaine, qui consacre sa dépendance stratégique.

Donald Trump a menacé le Nigeria de nouvelles frappes si jamais des chrétiens étaient encore tués. Le général John Brennan, du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), a déclaré dans une interview en marge de discussions entre Washington et Abuja que le Pentagone poursuivait une coopération militaire avec les trois pays de l’AES. Il a ajouté que les États-Unis continuaient de partager des informations avec le Nigeria car le changement de partenariat, en matière sécuritaire, était parfois risqué.

À l’issue d’une embuscade attribuée à l’État islamique au grand Sahel (EIS), dans l’ouest du pays, à Tillabéri, qui a occasionné la disparition de 135 membres de la Garde nationale, le Niger pris une décision majeure. Début mai 2025, il a mis fin aux accords de coopération en matière de renseignement avec la Russie et la Turquie, dénonçant la faiblesse opérationnelle des équipements et des techniciens fournis par les deux partenaires dans le domaine du renseignement numérique. En remplacement, le Niger a engagé une société marocaine. Mais l’accord a été rompu dans l’urgence après la révélation d’un lien indirect avec un prestataire privé français. Le Niger a ordonné immédiatement le démantèlement du dispositif. Les États-Unis sont donc revenus proposer leurs services.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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