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Iyad Ag Ghali, le commandant en chef de l’attaque du Mali

Selon les informations de Mondafrique, Iyad Ag Ghali, le chef de la nébuleuse d’Al Qaïda au Sahel, a commandé en personne l’offensive complexe qui a coûté la vie au ministre de la Défense Sadio Camara et permis la reprise de Kidal, le bastion  touareg symbolique du nord. 

Celui que les Touaregs surnomment « le vieux » a supervisé une opération d’une audace et d’une ampleur inédites, visant simultanément au moins huit sites essentiellement militaires : Bamako, Kati, Senou, Mopti, Sévaré, Kidal, Bourem et Gao. Ce rôle témoigne de sa capacité tactique et de son autorité sur les milliers de combattants, affiliés à différentes katibas et membres de groupes indépendantistes. Une partie des attaques étaient des diversions destinées à submerger l’armée malienne, tandis que d’autres visaient des installations militaires stratégiques – la station de drones de Sévaré, par exemple. Les objectifs militaires principaux étaient la mort du chef de la junte et de ses camarades et la chute de Kidal.   

Le drapeau du Front de libération de l’Azawad flotte sur le fort de Kidal.

Dans une vidéo qui a largement circulé sur les réseaux sociaux, on entend Iyad Ag Ghali et Alghabass Ag Intallah (qui assume la responsabilité tournante du Front de libération de l’Azawad, FLA) commenter ensemble en tamachek la bataille de Kidal. Selon des sources du FLA, les combats du nord (Gao, Kidal, Bourem) ont été entièrement assumés par ce groupe, désormais beaucoup plus fort sur le terrain que celui d’Iyad Ag Ghali, malgré l’attachement de ce dernier à la région. Le FLA assure que l’offensive complexe de samedi est le fruit de trois ans de préparation et d’une coopération géographique : au nord, le FLA, et au centre et dans le sud, le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM) coiffé par Iyad. Les combattants russes d’Africa Corps, reclus dans l’ex camp de la MINUSMA une journée complète sans aucun appui de l’armée malienne sonnée par la violence de l’assaut de Kati, ont engagé des négociations en vue de leur reddition. Ils ont été désarmés et escortés vers Anefis, puis Gao. Les soldats maliens, y compris ceux du Groupement tactique interarmes 8 (GTIA 8) du général Elhadj Gamou, le gouverneur de Kidal – une vieille connaissance d’Iyad puisqu’il fut son bras droit dans la rébellion de 1990 – ont fait de même. Il était difficile à l’heure de l’écriture de cet article de savoir s’il s’agissait d’un repli tactique ou d’un retrait définitif. 

Une vie sous le signe des armes

Né en 1958 à Boghassa, dans la région de Kidal, Iyad Ag Ghali est actuellement le chef politique incontesté du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans, qui a succédé aux premiers groupes d’Al Qaïda au Maghreb islamique, dont les chefs et une partie des combattants étaient étrangers, surtout Algériens et Sahraoui. Il a construit une alliance solide avec son allié Amadou Koufa et l’armée peule de ce dernier, qui n’a cessé de s’étendre géographiquement. Du nord désertique du Mali, il a tissé progressivement une armée fluide et bien organisée, d’abord dans le delta central puis dans le Gourma et cherche désormais à s’enraciner dans l’ouest malien et le nord du golfe de Guinée. Beaucoup disent que le « succès » militaire d’Iyad repose sur cet axe scellé en 2017.

Avant d’être le chef djihadiste aux cheveux et à la barbe blanche aperçu sur de rares vidéos, Iyad Ag Ghali eut un parcours plus contrasté, le plus souvent placé sous le signe des armes. Arrivé au mitan des années 1970 en Libye, comme beaucoup de jeunes bergers de sa génération fuyant la sécheresse et la destruction des cheptels, il s’est formé militairement dans les camps libyens d’enrôlement de ses frères nigériens et maliens, puis a servi en Syrie, au Liban et au Tchad, sous le drapeau libyen. C’est dans ces années-là qu’il noue, selon certaines sources, ses premiers contacts avec les services de renseignement libyens et algériens. Un peu plus tard, en 1990, il prend la tête, non sans ruses, de la lutte armée touareg au nord du Mali avec le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA). Après la signature de l’accord de paix de Tamanrasset, Iyad endosse des missions plus discrètes dans les coulisses du pouvoir, déployant ses divers réseaux du septentrion. Beaucoup lui prêtent un rôle d’intermédiaire dans la libération d’otages d’Al Qaïda pour le compte d’Amadou Toumani Touré, le Président malien d’alors. Ses liens familiaux et politiques ainsi qu’un rapprochement avec l’islam salafiste à la fin des années 1990, sont autant d’atouts. 

Rééditer 2012

Mais le vrai basculement de la vie d’Iyad survient en 2012. Après l’échec de ses efforts pour faire avorter la nouvelle rébellion qui s’annonce, lancée par des soldats touareg de retour de Libye où le colonel Kadhafi est en train de perdre sa guerre contre l’OTAN, il crée son propre groupe, Ansar Dine, essentiellement composé d’anciens frères d’armes. Et il part à l’assaut des positions militaires maliennes en même temps que ses jeunes rivaux indépendantistes. L’armée malienne est mise en déroute et, très rapidement, les jeunes combattants du Mouvement national de libération de l’Azawad sont évincés par les groupes armés djihadistes, bien plus forts qu’eux militairement. L’occupation djihadiste du nord du Mali commence. Elle durera jusqu’aux bombardements français de l’opération Serval, en janvier 2013. Ensuite, Iyad passe dans la clandestinité. L’armée française le traque sans jamais parvenir à le trouver. Au contraire, en anéantissant une grande partie des chefs de groupe étrangers, elle libère la place pour le Malien. Patient, prudent, très politique et très renseigné, Iyad Ag Ghali conquiert peu à peu le commandement suprême. Il ne sera plus contesté. 

Ce week-end au nord du Mali, il a tenté de rééditer 2012, en tirant la leçon des erreurs du passé. Il a laissé les indépendantistes occuper le terrain et les médias, porté la guerre au cœur du pouvoir et s’est gardé de terroriser les populations par des pratiques moyenâgeuses. À Kidal, les soldats maliens n’ont pas été égorgés, contrairement à leurs camarades d’Aguelhoc en 2012. Iyad affirme avoir changé. Vouloir servir la paix. Il ne prend plus d’Occidentaux en otages. Seulement des Indiens et des Chinois. Que cherche-t-il aujourd’hui ? Une retraite tranquille ? Ou le pouvoir civil ?