Le président soudanais al-Burhane, héritier de l’ex dictateur Omar el Bechir

La volonté du chef de la junte militaire, héritier de l’ancien dictateur évincé en 2019, de freiner à tout prix la transition vers une société civile, semble être la principale raison des affrontements actuels. Mohamed Hamdan Daglo, le chef des Forces de Soutien Rapide (FSR) et son principal adversaire, oeuvrait, ces derniers mois, pour rétablir l’état de droit au Soudan.

Abdel Fattah al-Burhane est accusé désormais par ses adversaires d’utiliser les moyens les plus brutaux pour se maintenir au pouvoir. Des bombardements de civils à la mobilisation d’anciens combattants de l’État Islamique. 

La crise a éclaté au sein du pouvoir entre le président al-Buhrane et Mohamed Hamdan Daglo, dit MHD, vice-président et chef des Forces de Soutien rapide

Depuis samedi, la capitale du Soudan, Khartoum, est plongée dans une spirale de violence qui a déjà coûté la vie à des dizaines de civils et fait des centaines de blessés, selon un réseau de médecins soudanais. Les habitants, privés d’eau et d’électricité, vivent au rythme des raids aériens et des tirs d’artillerie qui font trembler les immeubles, ainsi que des combats de rue aux armes automatiques.

Le conflit, qui couvait depuis des semaines, a dégénéré samedi en des affrontements armés qui se poursuivent jusqu’à présent. Alors que les FSR ont annoncé avoir pris le palais présidentiel et l’aéroport, l’armée régulière assure tenir le QG de son état-major, principal centre du pouvoir soudanais.

La transition civile en jeu

Alors que depuis plusieurs mois, l’ONU et une partie de la communauté internationale oeuvraient pour imposer une transition civile au Soudan (voir l’article ci dessous), une nouvelle crise a éclaté au sein du pouvoir entre le président al-Buhrane et Mohamed Hamdan Daglo, dit MHD, vice-président et chef des Forces de Soutien rapide. 

Deux jours après le début de la crise, HMD traitait le président en titre, dans un tweet, de « dangereux islamiste extrémiste qui bombarde des civils depuis les airs ». Il l’accusait également de poursuivre l’œuvre de l’ancien tyran, Omar el Béchir et de tout mettre en place pour empêcher la transition civile d’opérer au plus vite et de redistribuer le pouvoir.

 L’État Islamique en renfort

Menacés par l’armée ces derniers jours, les Forces de Soutien Rapide de Hamedti, et qui cherchent depuis de longs mois à sécuriser la transition politique, ont décidé de prendre le contrôle du Palais présidentiel, de l’aéroport de Karthoum et comptent prendre l’ensemble des bases militaires du pays. Depuis des semaines, les tensions montaient entre les deux hommes : MHD, qui cherche à se ranger depuis longtemps du côté des civils, accusant Al Buhrane de mettre en danger le pays en retardant toutes les dernières mesures qui auraient dû permettre de parvenir à un accord final il y a déjà plusieurs semaines.

Désormais, les FSR ont étendu leur contrôle et cherchent à mettre un terme au régime de l’ancien Président, jusqu’au commandement de l’armée et la maison d’Al Buhrane.

MHD a récemment accusé le Président de faire appel à des éléments d’Al Qaïda et de l’Etat islamique pour venir en aide à l’armée régulière pour essayer de défaire ses forces. Pire : Al Buhrane aurait récemment libéré de dangereux terroristes des prisons et des prisonniers du régime d’Omar El Béchir pour les envoyer combattre contre les FSR. Hamedti a appelé la Communauté internationale à réagir à ces dangereuses dérives du pouvoir.

Des avions de guerre à l’oeuvre

Depuis deux jours, l’armée régulière a utilisé des avions de guerre et balancé de l’artillerie lourde directement dans des zones résidentielles à forte densité de population. Du côté des FSR, elles affirment avoir abattu de nombreux avions de combats et pris possessions de 200 chars de combat pour les neutraliser. Les premières victimes du pouvoir sont désormais bel et bien les civils pris entre deux feux. On parle désormais de 97 morts. Des couloirs humanitaires ont été ouverts dimanche pour faciliter l’évacuation des civils au plus vite.

L’ensemble de la communauté internationale appelle au retour du calme. Les ministres des Affaires étrangères du G7 se réunissent au Japon et devraient évoquer la situation actuelle au Soudan. Le secrétaire d’Etat américain, Anthony Blinken, appelait à un « cessez-le-feu immédiat et un retour aux pourparlers ». Quand à l’Union Africaine, elle se rend dans le pays pour tenter de jouer le rôle de médiateur entre les parties. Il est en effet urgent de revenir au calme d’une part, mais de reprendre sur de nouvelles bases solides, le dialogue national et le processus de transition civile mis en danger depuis plusieurs jours.

Les Nations Unies encouragent l’avancée de l’Etat de droit au Soudan

 

 

 

 

Article précédentL’arrestation de Ghannouchi, le faux pas de trop
Article suivantBlanchiment, le Hezbollah se lance dans le marché de l’Art
Nicolas Beau
Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

1 COMMENTAIRE

  1. Ce que je dit pas cet article, c’est les alliances extérieures, des uns et des autres. Mais aussi et surtout, pourquoi ce timing: peut il y avoir un lien avec la confirmation de la base militaire russe?

Les commentaires sont fermés.