Après une escale en Égypte où il a inauguré une université de la francophonie, le président français, Emmanuel Macron, s’est rendu dimanche 10 mai au Kenya, à l’occasion d’un sommet Afrique-France intitul « Africa Forward, les 11 et 12 mai à Nairobi.
Coorganisé avec le président du Kenya, William Ruto cet événement est censé incarner le « partenariat renouvelé » avec le continent, appelé de ses vœux par le président français, neuf années après le le discours de Ouagadougou lors duquel il promettait de rompre avec les pratiques paternalistes et colonialistes du passé.
Il s’agit également du premier sommet de ce type organisé dans un pays d’Afrique anglophone, incarnant la volonté pour Paris d’élargir les partenariats au-delà de l’ancien pré carré français, alors que les liens se sont fortement tendus ces dernières années avec plusieurs de ses anciennes colonies, en particulier au Sahel, et se sont distendus avec le pré carré français en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal .
Une vision bien floue
Dans un entretien avec Jeune Afrique en 2020, le Président français, Emmanuel Macron, avait révélé ce qui serait sa vision de l’Afrique et des relations franco-africaines.C’est peu de dire que cet entretien n’a pas pas date, aussi médiocre que le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy sur ce continent africain qui ne serait « pas entré dans l’Histoire ».
Première source du malaise, Emmanuel Macron n’évoque jamais les peuples africains. Le Président français n’apprécie pas davantage qu’on l’interroge sur la démocratie ou le pluralisme, également hors sujet. Ce qu’il apprécie en Afrique, c’est la naissance de technocraties mondialisées, des diasporas riches et bien nées, des perspectives de business et les start-upers, comme ceux de la plateforme « Digital Africa». Le chef d’Etat français souhaite avant tout « impulser une nouvelle dynamique dans la relation économique qui unit la France et le continent. »
Emmanuel Macron aime les débats, quand il les organise et quand leur objet est culturel ou patrimonial. Il rend hommage à « l’ambition » de Felwine Sarr et au « talent » de la commissaire générale de l’exposition Africa 2020, N’Goné Fall.
Emmanuel Macron n’aime pas trop les vieux. Il croit au « changement générationnel», dont il se pense le meilleur exemple. Il n’a pas à proprement parler de vision. Les capitales africaines qu’il connait le mieux, ce sont Washington, Bruxelles et Bonn.
« Le renouvellement de génération »: une obsession
Il en appelle à « une nouvelle méthode », dont on ne voit guère les contours en lisant la longue dissertation livrée à Jeune Afrique. Il serait visionnaire en invitant « des personnes qui incarnent le renouvellement générationnel, y compris sur le plan politique » à côté des chefs d’Etat au prochain sommet France-Afrique. Un peu comme les plateaux télé lorsqu’ils font venir des téléspectateurs autour des invités politiques.
Mais qui seront ces jeunes pousses? Le conseil présidentiel pour l’Afrique qu’il avait créé au début de son quinquennat avec la même feuille de route, a vu une grand partie de ses membres démissionner et quelques survivants promus à des postes diplomatiques.
Une certitude, les opposants ne sont pas bienvenus dans une France qui est pourtant celle des droits de l’Homme et, croyait-on savoir, de la liberté d’expression. Ainsi l’Ivoirien Guillaume Soro, un des hommes politiques ivoiriens de premier plan et pourtant interdit d’élection présidentielle, est invité à prendre le large. Emmanuel Macron lui a fait savoir qu’il n’était plus le bienvenu en France. «Nous ne souhaitons pas qu’il mène des actions de déstabilisation depuis le sol français. »
Emmanuel Macron n’aime pas les débats qui s’enflamment. Il veut bien accueillir des personnes « qui seraient menacées chez elles ,» mais pas « des activistes qui cherchent à déstabiliser un pays. »
Quand Jeune Afrique interroge Emmanuel Macron sur la démocratie en Afrique, il revient sur le « renouvellement des générations », son idée fixe, et estime que ce renouvellement « est relativement en échec en politique ».
Le méchant complot russe et turc
La démocratie n’est pas un sujet. Emmanuel Macron ne voit pas quelle relation il pourrait y avoir entre le sentiment anti-français qui se développe en Afrique francophone et le soutien de Paris à des chefs d’Etat mal aimés et mal élus. Il ne voit pas du tout. C’est un complot. Une manipulation de la Russie et de la Turquie « qui jouent sur le ressentiment post-colonial. »
« Il ne faut pas être naïf sur ce sujet : beaucoup de ceux qui donnent de la voix, qui font des vidéos, qui sont présents dans les médias francophones sont stipendiés par la Russie ou la Turquie. »
Pour Emmanuel Macron, en somme, les Africains ne peuvent penser par eux-mêmes. Et quand ils pensent contre la France, c’est qu’ils sont « stipendiés. »
Pour Emmanuel Macron, on le répète, la démocratie est une question de génération. Pas de droits humains. Pas d’élection. Pas de troisième mandat. Alassane Ouattara, par exemple, est « totalement réceptif » à la question de l’âge du Président. « Il a lui –même hésité à introduire une limite d’âge dans la Constitution ! », s’exclame, encore impressionné, le Président français. Certes, il ne l’a pas fait mais qu’à cela ne tienne. « Il serait bon que le prochain président ait moins de 70 ans. »
Sur les troisièmes mandats, les élections truquées, les atteintes aux droits qui nourrissent la frustration des peuples, Emmanuel Macron « n’a pas à donner de leçons. » Tant mieux. Ce serait si embarrassant.
Tout juste, en trois lignes, estime-t-il que l’Afrique a intérêt « à construire les règles, les voies et les moyens pour avoir des rendez-vous démocratiques réguliers et transparents. » Qu’importe si ces règles, qui existent, sont violées, dans le silence ou sous les applaudissements de Paris.




























