La DGSE française dans le collimateur du pouvoir algérien

Quand ça va mal entre Alger et Paris, tous les projecteurs algériens se braquent sur les services de renseignement français notamment la direction générale de la Sécurité extérieure, à savoir la fameuse DGSE dirigée par l’ancien ambassadeur de France à Alger, Bernard Emié.

A chaque tension, à chaque mésentente ou incompréhension, des voix s’élèvent à Alger pour accuser, dénoncer et vilipender le patron de la DGSE française que l’ensemble des composantes régime algérien soupçonnent d’être à l’origine tous les blocages empêchant la France d’apporter un soutien franc ou infaillible à l’Algérie.

Les dirigeants algériens ont une profonde aversion pour la DGSE français et ses hauts responsables. Les leaders du régime algérien croit durement comme fer que la DGSE française œuvre régulièrement dans les coulisses pour contraindre Emmanuel Macron d’observer une certaine distance vis-à-vis du pouvoir algérien. La forte influence de Bernard Emié sur le locataire de l’Elysée et l’ensemble de l’establishment français empêche et dissuade la France de satisfaire toutes les principales attentes du pouvoir algérien. C’est pour cette raison que la visite d’Abdelmadjid Tebboune à Paris tarde à être officialisée.

Des contentieux anciens

L’hostilité des généraux algériens ne date pas d’aujourd’hui. Lors des années de la « sale guerre » (1992-1998) qui avait vu l’armée algérienne en quasi guerre civile avec les maquis islamistes, deux lignes étaient apprues au sein des services français: celle de la DST (contre espionnage), dirigée longtemps par un ami du pouvoir algérien, Yves Bonnet, qui soutenait la répression à l’oeuvre en Algéiie; celle de la DGSE (services extérieurs) qui soupçonnait les Algériens d’instrumentaliser des groupes islamistes pour organiser des massacres de villages algériens ou pour organiser l’enlèvement des moines de Tibérine.

Autant dire que les relations entre la DGSE et les militaires algériens n’étaient déja pas au beau fixe. 

Xavier Dreincourt, porte voix de la DGSE?

La semaine passée, l’ex-ambassadeur de France en Algérie, le célèbre Xavier Driencourt, a une nouvelle fois irrité les dirigeants algériens en publiant une note de conjoncture fortement détaillée appelant la France à suspendre le fameux Accord franco algérien du 27 décembre 1968 qui régit la circulation des personnes entre les deux pays en offrant des avantages précieux pour les migrants algériens s’installant sur le territoire français. L’ensemble des titres les plus importants de la presse française ont repris massivement l’appel de Driencourt à entamer un bras-de-fer avec Alger pour suspendre cet accord que l’Algérie considère comme un acquis historique.

A Alger, cette énième attaque en règle lancée par Xavier Driencourt est interprétée comme une nouvelle déclaration de guerre de la DGSE au pouvoir. Driencourt est considéré comme le porte-parole de la direction de la DGSE et de certains autres cercles sécuritaires ou diplomatiques de l’Etat profond en France. Des cercles totalement hostiles au régime algérien et à une relation privilégiée construite par Macron avec Alger. Aucun dirigeant algérien ne croit à la thèse du diplomate chevronné qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui essaie de faire bouger les lignes avec ses multiples interventions médiatiques volontairement engagées contre le régime algérien. A en croire les décideurs algériens, c’est Bernard Emié et ses collaborateurs ainsi qu’un ancien réseau de hauts responsables militaires et diplomates français qui alimentent Driencourt et le pousse à monter au créneau contre l’Algérie.

C’est dans ce contexte que les officines du régime algérien décident de riposter en préparant de nouveaux récits médiatiques fortement injurieux à l’encontre de la DGSE française. Complot ourdi avec les marocains et israéliens, soutien logistique aux opposants algériens exilés en France, manœuvres machiavéliques pour torpiller les intérêts algériens en Europe et en Afrique, la presse algérienne diffusera dans les jours à venir des contenus colportant des accusations gravissimes contre la DGSE française. Des articles préparés soigneusement dans les laboratoires des institutions sécuritaires et politiques du régime algérien qui seront par la suite « faxés » à toute la presse algérienne dont la mission qui lui a été assignée est de faire naître au sein de la population algérienne un nouveau sentiment de haine anti-française. Ce qui ne va guère apporter de la sérénité entre les deux pays liés pour toujours par des liens historiques et humains profonds.

Article précédentAmnesty International vent debout contre le pouvoir sénégalais
Article suivantLa Monarchie marocaine se porte bien!
Nicolas Beau
Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

1 COMMENTAIRE

  1. Je ne peux rentrer dans les affaires intérieures de la France-Arabie. Les services secrets des deux pays se connaissent, se fréquentent, Mecili a été le symbole de cette intimité qui dépasse la paperasse.
    Mondafrique est beaucoup plus informé des futurs articles donnés pour à paraitre, c’est plus que de l' »espionnage » c’est de partage neuronal qu’il s’agit.
    Il faut dire que les deux systèmes en crise, pour avoir la même matrice, ont besoin d’utiliser ce nationalisme de pacotille comme amuse-gueule politique.
    Mais le fond du problème reste légitime. Ce n’est pas aux français de subir les migrations comme externalité négative d’une « gestion » patrimoniale du pouvoir.
    La France a le droit de choisir ses migrants et l’Algérie n’a plus le droit de vivre de « solidarité » ni même de croire promouvoir l’islamisme en interne, quand cette culture problème dans les périphéries, où les moins Algériens souffrent la misère, quand les nababs achetaient les demeures de luxe des quartiers chic.
    La farce servie pendant des mois, sur la » mémoire » devenue un intercalaire politique et les échanges de ministres, une visite en fanfare étaient organisées pour finalement aboutir à cette mesquinerie de limiter les migrants algériens.

    A’ force de soutenir les dictatures arabes la France a fini par s’arabiser.

    Du reste, ce n’est pas seulement avec l’Algérie que les résultats de cette politique basée sur le soutien des régimes autoritaires d’Afrique francophone, il suffit de voire au sud du Sahara ce qui reste de ce grand bruitage. Plutôt que de dessiner un projet fonctionnel, la France joue l’antagonisme entre les régimes.
    Quel dommage, mais l’histoire est faite aussi d’occasions perdues.

Les commentaires sont fermés.