Les 2 et 3 mai 2026, Fally Ipupa investit le Stade de France pour célébrer vingt ans de carrière. Deux concerts exceptionnels, dont un ajouté après complet, qui consacrent une trajectoire artistique majeure et une reconnaissance à l’échelle mondiale.

Les grandes scènes consacrent les artistes. Certaines les installent dans la durée, d’autres marquent un basculement. Les deux concerts de Fally Ipupa au Stade de France, les 2 et 3 mai 2026, relèvent clairement de la seconde catégorie. Pensé comme une célébration de ses vingt ans de carrière, l’événement s’est imposé d’emblée comme un moment charnière. La première date affichant complet, une seconde a été ajoutée. Le signal est net : l’artiste congolais dépasse désormais le cadre diasporique pour s’inscrire dans une logique de très grande échelle.
Depuis ses débuts, Fally Ipupa a construit une trajectoire singulière, à la croisée des influences. Héritier de la rumba congolaise, il en a conservé les structures mélodiques et l’élégance, tout en les hybridant avec des sonorités urbaines contemporaines. Cette capacité d’adaptation lui a permis d’élargir progressivement son public, bien au-delà des frontières africaines. Ses collaborations internationales et ses tournées à guichets fermés ont consolidé ce positionnement.
Mais ce qui distingue Fally Ipupa, au-delà du répertoire, c’est la scène. Le chanteur s’y impose comme un performeur complet, maîtrisant à la fois la voix, le corps et la mise en espace. Cette dimension spectaculaire explique en grande partie l’ampleur de l’attente autour des concerts du Stade de France. L’événement n’est pas seulement musical : il relève de la performance totale, pensée comme une expérience collective.
Une consécration à haute portée symbolique
La double date du Stade de France ne constitue pas uniquement un succès individuel. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large : celui de la montée en puissance des artistes africains sur les grandes scènes internationales. En remplissant l’une des enceintes les plus emblématiques d’Europe, Fally Ipupa contribue à redéfinir les hiérarchies culturelles. La musique africaine n’est plus cantonnée à des circuits spécialisés ; elle s’impose dans les lieux centraux de l’industrie du spectacle.
Cette reconnaissance s’accompagne d’une dimension symbolique forte. L’artiste incarne une forme de réussite qui dépasse le champ musical. Son engagement en faveur de la jeunesse et de la culture, régulièrement mis en avant, participe à construire une figure publique qui dépasse celle du simple chanteur. À travers lui, c’est aussi une certaine image du continent africain qui se projette : dynamique, créative, tournée vers l’avenir.
Le choix du Stade de France inscrit l’événement dans une logique de monumentalité. Les deux soirées sont présentées comme une célébration, presque une mise en récit de vingt années de carrière. Une manière de transformer un concert en moment d’histoire, pensé pour durer dans la mémoire collective.
Reste la scène, ultime juge. C’est là que se joue la promesse. Si l’artiste parvient à traduire sur scène l’ampleur symbolique de l’événement, ces deux dates pourraient bien s’imposer comme un tournant. Non seulement pour sa carrière, mais pour la visibilité globale des musiques africaines.
Informations pratiques
Artiste : Fally Ipupa
Dates : 2 et 3 mai 2026
Lieu : Stade de France, Saint-Denis
Horaires : début de soirée (18h–20h selon date)
Particularité : deuxième date ajoutée après complet du premier concert
Objet : célébration des 20 ans de carrière
« Le 13e Round » : quand l’amour monte sur le ring
Dans Le 13e Round, Mohamed Ali Nahdi signe un drame intime et puissant où la maladie d’un enfant bouleverse une famille. Un récit sobre et poignant sur la lutte, la dignité et la solidarité face à l’épreuve. En salles.

Dans une cité populaire de Tunis, Mallassine, la vie suit son cours jusqu’à ce qu’elle bascule. Kamel, ancien champion de boxe, a rangé les gants pour mener une existence modeste mais stable auprès de sa femme Samia et de leur fils Sabri. L’enfant, fasciné par le passé sportif de son père, rêve de monter à son tour sur le ring. Mais un accident à l’école agit comme un révélateur brutal : Sabri est atteint d’une tumeur maligne.
À partir de ce moment, le film se resserre autour d’un combat qui n’a plus rien de sportif. Kamel et Samia se retrouvent confrontés à une réalité implacable : trouver les moyens financiers et médicaux pour soigner leur fils. Dans ce parcours semé d’obstacles, le film évite soigneusement les pièges du pathos. La mise en scène privilégie la retenue, laissant les gestes et les silences exprimer ce que les mots peinent à dire.
Porté par un trio d’acteurs convaincants — Afef Ben Mahmoud, Helmi Dridi et le jeune Hedi Ben Jabouria — le récit trouve son équilibre entre émotion et justesse. Chaque personnage incarne une facette de la lutte : la détermination, la peur, mais aussi une forme de dignité silencieuse. Une scène résume à elle seule l’esprit du film : Kamel se rase la tête pour accompagner son fils dans l’épreuve de la chimiothérapie. Un geste simple, mais chargé de sens.
Une société en creux
Au-delà de l’intime, Le 13e Round esquisse un portrait sans concession de la société tunisienne contemporaine. Le film met en lumière les défaillances structurelles du système de santé : services saturés, accès difficile aux soins, coûts prohibitifs des traitements. À cela s’ajoute le poids social des quartiers populaires, où précarité et insécurité compliquent encore la gestion de la maladie.
Kamel et Samia ne disposent ni de réseaux d’influence ni de ressources financières suffisantes. Leur combat devient alors celui de milliers de familles confrontées aux mêmes obstacles. Sans discours démonstratif, le film montre comment ces contraintes façonnent les trajectoires individuelles. La maladie n’est pas seulement une épreuve médicale, elle est aussi sociale.
La boxe, omniprésente en filigrane, fonctionne comme une métaphore évidente mais efficace. Le ring n’est plus un espace de compétition, mais une image du combat quotidien. Chaque démarche administrative, chaque attente à l’hôpital, chaque recherche d’argent devient un round supplémentaire. Et dans ce combat, il n’y a ni arbitre ni règles équitables.
Dans la lignée de La Guerre est déclarée, le film revendique une dimension profondément humaniste. Il ne cherche pas à édifier, mais à montrer. À travers cette histoire, c’est la capacité des individus ordinaires à faire face à l’extraordinaire qui est mise en avant. Sans héroïsation excessive, le film rend hommage à une forme de courage quotidien.
Le 13e Round s’impose ainsi comme une œuvre sobre, mais marquante. Un film qui touche sans forcer, et qui rappelle que certains combats se livrent loin des projecteurs, dans l’intimité des familles.
Informations pratiques
Titre : Le 13e Round
Réalisation : Mohamed Ali Nahdi
Avec : Afef Ben Mahmoud, Helmi Dridi, Hedi Ben Jabouria
Genre : Drame
Sortie : En salles
Durée : Environ 1h30
Public : Tout public (thématique sensible)
« Cet art » : Abdelali Lahlou dissèque les illusions du monde artistique
Avec Cet art, Abdelali Lahlou propose une plongée critique dans les coulisses de la création. Un recueil incisif qui interroge la place de l’artiste entre exigence, marché et quête de sens.

Dans Cet art, Abdelali Lahlou choisit la forme brève pour explorer un territoire vaste : celui de la création artistique contemporaine. Publié aux éditions Les 3 Colonnes, ce recueil de nouvelles s’inscrit dans une tradition critique qui refuse de séparer l’art de ses conditions d’existence. Loin d’un simple exercice littéraire, le livre fonctionne comme une série de variations autour d’une même question : que reste-t-il de l’art lorsque celui-ci se trouve pris dans les logiques du marché ?
Chaque texte met en scène des figures liées au monde artistique — créateurs, intermédiaires, observateurs — confrontées à des tensions récurrentes. Le doute, d’abord, qui traverse le geste créatif. Mais aussi les compromis, les stratégies, les renoncements. À travers ces récits, Abdelali Lahlou ne cherche pas à construire une intrigue continue. Il privilégie une succession de situations, parfois ironiques, souvent lucides, qui dessinent un paysage fragmenté.
Ce choix formel n’est pas anodin. Il reflète un monde où les repères sont instables, où la valeur artistique se négocie autant qu’elle se construit. Les nouvelles avancent par touches, laissant apparaître une réalité où l’art est soumis à des logiques qui le dépassent. La spéculation, les effets de mode, les faux-semblants constituent l’arrière-plan de ces histoires. L’auteur ne les dénonce pas frontalement, mais les expose avec une précision qui suffit à en révéler les mécanismes.
L’écriture accompagne ce mouvement. Elle oscille entre une tonalité lyrique et une forme d’acidité. Cette tension donne au texte sa singularité. Le langage ne cherche pas l’effet, mais l’ajustement. Il s’agit moins de convaincre que de faire apparaître. Cette retenue renforce l’impact des situations décrites, en évitant toute surcharge démonstrative.
Une critique de l’art comme système
Au-delà des récits, Cet art propose une réflexion plus large sur la place de la création dans les sociétés contemporaines. L’auteur s’intéresse moins aux œuvres qu’aux conditions de leur existence. Qui décide de la valeur d’un travail artistique ? Selon quels critères ? Et au bénéfice de qui ? Ces questions traversent le recueil sans jamais être formulées de manière théorique.

Le regard porté par Abdelali Lahlou se distingue par sa position interne. Lui-même engagé dans une pratique artistique, il observe ce milieu de l’intérieur. Cette proximité donne au livre une forme de crédibilité particulière. Les situations décrites ne relèvent pas de la caricature, mais d’une expérience vécue ou observée. Cela se traduit par une attention aux détails, aux gestes, aux discours qui structurent ce monde.
Le recueil met également en lumière une tension centrale : celle entre vocation et reconnaissance. D’un côté, une exigence personnelle, souvent solitaire. De l’autre, un système qui valorise la visibilité, la rentabilité, la conformité à certaines attentes. Entre les deux, les personnages tentent de trouver une place. Certains s’adaptent, d’autres résistent, d’autres encore disparaissent.
Sans céder au pessimisme, Cet art laisse apparaître une forme de désenchantement. L’art n’est plus présenté comme un espace protégé, mais comme un champ traversé par des forces contradictoires. Cette lucidité n’exclut pas une certaine nostalgie : celle d’un rapport plus direct, plus sincère à la création. Mais cette nostalgie reste en arrière-plan, jamais érigée en solution.
En choisissant la forme du recueil, Abdelali Lahlou évite toute conclusion définitive. Il propose plutôt une série de fragments qui invitent à la réflexion. Le lecteur est laissé face à ces situations, libre d’en tirer ses propres conclusions. C’est sans doute là que réside la force du livre : dans sa capacité à interroger sans imposer.
Informations pratiques
Titre : Cet art
Auteur : Abdelali Lahlou
Éditeur : Les 3 Colonnes
Genre : Recueil de nouvelles
Parution : mars 2026
Pagination : environ 104 pages
Prix indicatif : 13,50 €
Robyn Orlin et Phuphuma Love Minus à la Cité de la musique
À la Cité de la musique, Robyn Orlin réunit Camille et le chœur sud-africain Phuphuma Love Minus dans une création hybride. Une performance où les voix africaines occupent une place centrale autour de l’eau.

Sur scène, l’équilibre est volontairement instable. Avec « We wear our wheels with pride… », Robyn Orlin propose une création qui mêle musique, danse et performance dans un dispositif ouvert. Présenté du 4 au 7 mai 2026 à la Salle des concerts de la Cité de la musique, le spectacle s’impose d’abord par la présence du chœur Phuphuma Love Minus.
Issu de la tradition de l’isicathamiya, ce chant a cappella né en Afrique du Sud, le groupe apporte une densité sonore et visuelle singulière. Les voix s’entrelacent avec précision, portées par une rigueur collective, tandis que les déplacements prolongent le chant dans une économie de gestes. Cette esthétique, à la fois structurée et épurée, constitue l’un des socles du spectacle.
Face à eux, Camille évolue dans un registre plus libre. Elle chante, parle, danse, se déplace au milieu d’une scénographie mouvante faite d’étoffes. Elle revisite notamment À la claire fontaine, intégrée à un ensemble de « chansons aquatiques » qui ponctuent la performance. Le dialogue entre ces deux univers — collectif et codifié d’un côté, plus instinctif de l’autre — donne sa dynamique à l’ensemble.

La question de l’eau traverse la création sans jamais être traitée de manière frontale. Ressource vitale, enjeu écologique, motif poétique, elle apparaît comme une problématique universelle, dont certaines réalités africaines rappellent l’acuité. Le spectacle avance par fragments, par variations, sans chercher à imposer un discours.
Entre héritage et expérimentation
Ce projet s’inscrit dans la continuité de la collaboration entre Robyn Orlin et Camille, amorcée au début des années 2010 avec Ilo Veyou. Leur nouvelle création assume un format hybride, revendiqué comme « débridé », qui refuse toute narration linéaire. Les ruptures, les contrastes et les superpositions structurent la progression du spectacle.
Dans ce dispositif, le chœur Phuphuma Love Minus occupe une place centrale. Plus qu’un accompagnement, il constitue un point d’ancrage, à la fois musical et scénique. La tradition de l’isicathamiya, transposée ici dans un contexte contemporain, dialogue avec d’autres formes sans se diluer.

La mise en scène de Robyn Orlin prolonge cette logique. Fidèle à son approche, la chorégraphe privilégie un langage scénique fragmenté, où les registres se croisent sans hiérarchie stricte. La musique devient mouvement, le geste devient rythme, et la scène se transforme en espace de circulation.
Présentée à Paris, cette création témoigne enfin d’une dynamique plus large : celle d’échanges artistiques entre l’Afrique et l’Europe, où les influences ne se juxtaposent pas mais se confrontent et se transforment. Entre héritage et expérimentation, le spectacle propose une expérience sensorielle dense, qui interroge autant qu’elle capte l’attention.
Informations pratiques
Spectacle : We wear our wheels with pride and slap your streets with color… we said “bonjour” to satan in 1820
Conception, mise en scène : Robyn Orlin
Avec : Camille, Phuphuma Love Minus
Dates : du 4 au 7 mai 2026
Lieu : Salle des concerts, Cité de la musique, Paris
Billetterie : ouverture le 5 mai 2025 à 12h
Production : Damien Valette Prod, City Theater & Dance Group, La Filature – Scène nationale de Mulhouse, Philharmonie de Paris
Jocelyn Danga signe un premier roman percutant
Avec Né sur des pissenlits, Jocelyn Danga signe un premier roman incisif entre Kinshasa et Metz. Une trajectoire de déchéance et de résistance, portée par une langue vive, qui interroge la dignité, l’exil et les fractures sociales contemporaines.

Dans les rues de Kinshasa, la pluie n’annonce rien de bon. Muntu, professeur de philosophie, se rend à son lycée comme chaque matin. Mais les salles sont vides. L’absence des élèves agit comme un révélateur : celui d’un système éducatif à bout de souffle, rongé par la corruption et le désengagement. Déjà fragile, l’équilibre de Muntu vacille.
Le personnage central de Né sur des pissenlits incarne une figure familière : celle de l’intellectuel désabusé, confronté à une réalité qui contredit ses idéaux. Refusant de se résigner, il dérive dans Matongue, quartier emblématique et électrique de Kinshasa. C’est là qu’il retrouve John, ami ambigu et catalyseur de sa chute. Une nuit d’ivresse suffit à précipiter le basculement : humiliation publique sur les réseaux sociaux, réputation détruite, spirale incontrôlable.
Le roman ne cherche pas à atténuer la violence de cette déchéance. Il en explore au contraire les mécanismes avec lucidité. Chez Danga, la chute n’est pas spectaculaire, elle est progressive, presque banale. Elle s’inscrit dans un environnement où les repères s’effritent et où la précarité morale rejoint la précarité matérielle.
C’est dans ce contexte que surgit une issue improbable : un colloque à Metz. John propose à Muntu de s’y inscrire, à condition de détourner les fonds prévus pour financer le voyage. Le marché est douteux, mais Muntu accepte. Ce choix marque un tournant : celui d’un passage entre deux mondes, entre Kinshasa et l’Europe, entre espoir et compromission.
Une langue, une colère, un amour
La force du roman tient d’abord à sa langue. Jocelyn Danga puise dans l’argot kinois, mêlé à des éclats philosophiques, pour construire une voix singulière. Le texte oscille entre crudité et réflexion, entre ironie et désespoir. Ce mélange donne au récit une énergie particulière, à la fois brute et maîtrisée.

Mais au-delà du style, c’est la dimension affective qui donne sa profondeur au livre. Derrière la dérive de Muntu, il y a une motivation simple et universelle : offrir une vie meilleure à sa mère. Cet amour filial agit comme un moteur silencieux, parfois écrasé par les circonstances, mais jamais totalement éteint. Il humanise un personnage qui aurait pu sombrer dans la caricature.J
Le roman dessine également un portrait critique des sociétés contemporaines, sans discours appuyé. À Kinshasa, il montre les effets d’un système éducatif défaillant et d’un environnement urbain sous tension. À Metz, en creux, se profile une autre réalité, celle des illusions de l’exil et des promesses européennes souvent décalées par rapport aux attentes.
Né sur des pissenlits s’inscrit ainsi dans une tradition de récits de désillusion, mais s’en distingue par son ton. Danga ne moralise pas. Il observe, restitue, laisse les contradictions exister. Son regard reste proche de ses personnages, sans complaisance mais sans jugement.
Premier roman, mais écriture déjà affirmée, le livre impose une voix. Celle d’un auteur qui connaît ses terrains – Kinshasa, la migration, les marges – et qui les traduit avec précision. Entre rire et désespoir, il capte une génération prise entre aspirations et impasses.
Informations pratiques
Titre : Né sur des pissenlits
Auteur : Jocelyn Danga
Genre : Roman
Parution : Disponible en librairie
Origine de l’auteur : République démocratique du Congo
Distribution : Livraison 2 à 5 jours en France métropolitaine (frais limités à 4,90 €)





























