Côte d’Ivoire : Gbagbo pourra-t-il avoir sa revanche face à Ouattara ?

Désigné candidat du Parti des peuples africains (PPA-CI) pour l’élection présidentielle de 2025, Laurent Gbagbo espère maintenant se faire réinscrire sur la liste électorale de son pays et s’ouvrir la voie à une nouvelle bataille électorale avec Alassane Ouattara.

Par Bati Abouè

 

Ce serait le match retour le plus inattendu pour les deux hommes au vu des circonstances. Laurent Gbagbo, 79 ans en mai prochain, et Alassane Ouattara, 83 ans, ne se sont plus opposés depuis 2011 que par justice interposée dès la fin de la crise postélectorale qui vit le premier perdre le pouvoir et être enfermé à la CPI, tandis que le second arrivait enfin à sa fin en devenant président de la Côte d’Ivoire. Grâce à cette cour, le président ivoirien réussissait parfaitement à neutraliser son vieux rival. Mais vint l’acquittement de Gbagbo et là, Abidjan changea de stratégie en instrumentalisant un procès local de substitution qui condamna l’ex-président à 20 années de prison dans une affaire dite du casse de la Bceao.

Avec cette condamnation par contumace et en l’absence de ses avocats, la justice ivoirienne réussissait un tour de force qui mettait littéralement fin aux ambitions de Laurent Gbagbo de revenir un jour au pouvoir. Et même si l’ancien président ne s’avoua jamais vaincu, cela fonctionna plutôt bien en 2020. Laurent Gbagbo était déclaré inéligible et sa candidature rejetée. Pis, son nom disparaissait de la liste électorale quelque temps après. Mais ce nouveau coup dur qui devait signer la mort politique du président du PPA-CI ne l’a pas découragé. Puisqu’à 79 ans, l’ancien président ne renonça pas à se battre. C’est ce qu’il fit ce 6 mars en acceptant d’être le candidat de son parti pour l’élection présidentielle prévue le 30 octobre 2025.

« Je suis votre militant », assure Gbagbo en guise de réponse à la sollicitation du comité central du PPA-CI qui avait mis les petits plats dans les grands. Une fois cette étape franchie, le président du PPA-CI estime que ses militants doivent « maintenant tout faire pour que mon nom soit à nouveau inscrit sur la liste électorale », a-t-il averti. Mais, alors qu’une nouvelle tension remontait à Abidjan, le secrétaire général du parti Gervais Tchéidé tempérait vite les craintes en expliquant que son parti va proposer un dialogue politique au RHDP « pour éviter que la paix soit à nouveau troublée et que l’excellente ambiance qui a prévalu durant la Coupe d’Afrique des nations ne fonde comme beurre au soleil », précisait-il.

La rumeur Don Mello

Mais rien ne dit que les choses pourraient être longtemps sous contrôle. Car au PPA-CI, aucun plan B n’a été prévu au cas où l’ancien président n’obtenait pas gain de cause. Ces derniers mois, la rumeur Ahoua Don Mello s’était pourtant répandue comme une traînée de poudre. A 65 ans bientôt, le nouveau vice-président des Brics chargé des infrastructures stratégiques est perçu dans l’opinion comme un contrepoids de Tidjane , ancien directeur général de l’ex-Crédit Suisse qui venait de prendre la tête du PDCI à la mort d’Henri Konan Bédié. Mais il est difficile de mettre Gbagbo à la retraite et cette candidature pour le moins précipitée vise probablement à couper court à toute velléité de candidature au sein du PPA-CI.

Ahoua Don Mello n’a toujours pas commenté cette décision pour le moins illégale et, à certains égards, honteuse d’un point de vue des mœurs peu démocratiques qui ont court au PPA-CI, mais on imagine surtout sa déception. Car s’il devait attendre la prochaine présidentielle, l’ancien brillant directeur général du Bnetd aurait finalement 71 ans, et ne serait plus tout à fait jeune. Mais c’est bien à cela qu’il doit se résoudre au vu du contexte ivoirien et des rapports de force au sein du parti. Or dans ces conditions, il faut aussi s’attendre à ce que le PPA-CI n’ait pas de candidat en cas d’un nouvel échec.

Le président Ouattara n’est en effet pas du genre à s’embarrasser de fioriture et à faire la passe aux adversaires politiques, surtout lorsque cet adversaire s’appelle Laurent Gbagbo et qu’il pourrait être revanchard.