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Iran: Narges Mohammadi, la Nobel de la paix en urgence vitale

Hospitalisée après une grave détérioration de son état de santé, Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023, serait désormais «entre la vie et la mort», selon ses soutiens. Son avocate alerte sur un danger imminent et réclame une prise en charge médicale urgente, hors du contrôle carcéral iranien.

Narges Mohammadi n’est plus seulement une prisonnière politique dont les soutiens réclament la libération. Elle est désormais, selon son avocate et plusieurs organisations de défense des droits humains, une femme dont la vie pourrait basculer à tout moment. La militante iranienne, lauréate du prix Nobel de la paix en 2023, détenue depuis décembre en Iran, a été hospitalisée en urgence après une dégradation brutale de son état de santé.

Le signal d’alarme est venu de ses proches, puis de son comité de soutien réuni à Paris. Selon un communiqué de sa fondation, Narges Mohammadi a été transférée début mai de la prison de Zanjan, dans le nord de l’Iran, vers un hôpital de la région après «deux épisodes de perte totale de conscience et une crise cardiaque». Pour ses soutiens, cette hospitalisation ne suffit pas. Ils demandent son transfert à Téhéran, où elle pourrait être suivie par son équipe médicale habituelle et recevoir des soins adaptés.

Mardi, lors d’un point presse à Paris, son avocate, Me Chirinne Ardakani, a résumé la gravité de la situation en des termes sans équivoque: «Nous n’avons jamais eu aussi peur pour la vie de Narges, elle risque à tout moment de nous quitter.» Elle a ajouté: «On ne se bat pas que pour sa liberté, on se bat pour que son cœur continue de battre.» Ces mots disent le changement de registre. Il ne s’agit plus seulement d’une campagne pour la libération d’une détenue d’opinion. Il s’agit d’une course contre le temps.

Une détention devenue menace vitale

Âgée de 54 ans, Narges Mohammadi est l’une des figures les plus connues de la défense des droits humains en Iran. Depuis plus de vingt-cinq ans, elle s’oppose à la peine de mort, dénonce la répression politique et critique le code vestimentaire strict imposé aux Iraniennes. Son engagement lui a valu plusieurs incarcérations, mais aussi une reconnaissance internationale majeure avec l’attribution du prix Nobel de la paix en 2023.

Ce prix, que ses enfants ont reçu en son nom alors qu’elle était emprisonnée, avait transformé son cas en symbole mondial. Mais cette notoriété n’a pas mis fin à la pression judiciaire ni à la détention. Arrêtée le 12 décembre à Mashhad, dans l’est du pays, après avoir critiqué les autorités religieuses lors d’une cérémonie funéraire, elle a été condamnée en février à six années de prison pour atteinte à la sécurité nationale, ainsi qu’à un an et demi d’emprisonnement pour propagande contre le système islamique iranien.

Depuis, ses proches décrivent une détérioration rapide de son état physique. Selon son avocate, Narges Mohammadi aurait perdu 20 kilos en prison. Elle éprouverait des difficultés à s’exprimer et serait aujourd’hui «méconnaissable» par rapport à son état avant sa dernière arrestation. Ces éléments renforcent l’inquiétude de ses soutiens, qui accusent les autorités iraniennes de ne pas lui garantir un accès suffisant à des soins spécialisés.

La situation est d’autant plus sensible que la militante reste placée sous surveillance, même lorsqu’elle reçoit des soins. Dans une déclaration lue lors de la conférence de presse, sa fille Kiana Rahmani a dénoncé une prise en charge «minimale» et un environnement médical toujours marqué par le contrôle. Les deux enfants de Narges Mohammadi, Ali et Kiana, vivent et étudient à Paris. Ils n’ont pas vu leur mère depuis plus de dix ans.

Leur absence physique auprès d’elle donne à cette affaire une dimension humaine particulièrement forte. Derrière le symbole politique, il y a une mère séparée de ses enfants depuis une décennie, une femme affaiblie, une militante qui continue de payer le prix de ses prises de position. Le prix Nobel n’a pas suspendu la répression. Il l’a seulement rendue plus visible.

Un test pour l’Iran et pour la communauté internationale

Pour les organisations mobilisées, le cas de Narges Mohammadi engage directement la responsabilité des autorités iraniennes. Amnesty International estime que sa vie est mise «en danger» par un refus délibéré de soins médicaux spécialisés, appropriés et fournis en temps utile. Sa secrétaire générale, Agnès Callamard, a rappelé que la militante, qualifiée de «détenue d’opinion», devait être transférée d’urgence dans un hôpital de Téhéran.

Le responsable Moyen-Orient de Reporters sans frontières, Jonathan Dagher, a lui aussi employé des termes très graves. Selon lui, Narges Mohammadi se trouve «entre la vie et la mort». Il a insisté sur l’urgence d’une réaction internationale: «Il faut agir avant que ce soit trop tard.» Cette formule traduit une crainte précise: celle de voir la militante rejoindre la liste des dissidents dont la détention a débouché sur une issue fatale.

Me Chirinne Ardakani a d’ailleurs cité deux précédents lourds de sens: Liu Xiaobo, dissident chinois et prix Nobel de la paix mort en détention médicale en 2017, et Alexeï Navalny, opposant russe mort dans une prison en 2024. Dans les deux cas, la mort en détention a suscité une onde de choc internationale, mais trop tard pour sauver les principaux intéressés. Le parallèle vise à faire comprendre que l’urgence médicale ne peut être dissociée du contexte politique.

À Paris, les soutiens de Narges Mohammadi demandent désormais une prise de position plus ferme du président Emmanuel Macron. Pour son avocate, la France ne peut rester au niveau des déclarations générales. «Nous attendons du président une position forte», a-t-elle affirmé, estimant qu’une telle demande n’avait rien d’excessif. La présence en France des enfants et du mari de la militante renforce encore l’enjeu diplomatique.

L’affaire place aussi les autorités iraniennes face à une contradiction difficile à masquer. En maintenant sous pression une lauréate du prix Nobel de la paix, dont l’état de santé est décrit comme critique, Téhéran prend le risque d’un scandale international majeur. Mais au-delà du symbole, c’est la question du traitement des prisonniers politiques qui se pose. L’accès aux soins devient ici un instrument de pouvoir: accorder, retarder, surveiller, déplacer, contrôler.

Pour Narges Mohammadi, chaque jour compte désormais. Ses soutiens ne demandent pas seulement une amélioration des conditions de détention, mais une prise en charge médicale urgente et indépendante. Ils craignent qu’une absence de décision rapide ne transforme une alerte en drame irréversible.

Son combat, depuis des années, était celui des droits fondamentaux en Iran. Aujourd’hui, il se concentre sur une exigence première: rester en vie.