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Madagascar : un nouveau Premier ministre atypique

Palais d'État d'Iavoloha, 15 mars, cérémonie d'investiture du Premier ministre choisi "pour son honnêteté", dixit le président de la Refondation.

Mamitiana Rajaonarison, un haut fonctionnaire issu du maintien de l’ordre et de la lutte contre la corruption, a été nommé à la primature dimanche en remplacement de Herintsalama Rajaonarivelo. Inconnu du grand public, l’heureux élu est un compagnon de longue date du président de la Refondation de la République (PRRM), le colonel Michael Randrianiriana, les deux officiers s’étant connus à la 23e promotion de l’Académie militaire d’Antsirabe. 

Par Daniel Sainte-Roche

Mamitiana Rajaonarison

Un professionnel de la lutte anti-corruption

Administrateur civil, Mamitiana Rajaonarison a servi comme officier supérieur dans la gendarmerie nationale après des formations à l’EOGN (École des Officiers de la Gendarmerie Nationale de Melun). Affecté dans un premier temps à Fianarantsoa, il a été muté à l’école de la gendarmerie nationale de Moramanga, avant de rejoindre en 2004 le Bureau indépendant contre la corruption (BIANCO), où il a débuté comme enquêteur principal avant de devenir responsable du département des enquêtes à Tananarive et à Tamatave. De 2018 à 2021, il a été placé à la tête de la branche du BIANCO à Tuléar.

En 2021, Andry Rajoelina le nomme directeur général du SAMIFIN (Service de renseignement financier), sur proposition de la société civile et des partenaires techniques et financiers. Il a occupé cette position jusqu’à sa nomination en tant que Premier ministre.

Qui suscite l’espoir de la société civile 

L’entrée de Mamitiana Rajaonarison dans l’arène politique n’a pas enthousiasmé l’opinion publique malgache mais la société civile s’est félicitée de sa nomination, souhaitant que le nouveau Premier ministre « apporte son expérience en matière de lutte contre la corruption et la criminalité financière, à un moment où le peuple attend une transparence accrue et une meilleure gouvernance dans les affaires nationales ».

Et de rappeler au passage que sous le mandat de Rajaonarison à la SAMIFIN, Madagascar a nettement amélioré sa notation auprès du GAFI (Groupe d’action financière, créé en 1989 lors du sommet du G7 à Paris), évitant ainsi une relégation de la Grande Île dans la « liste grise » des pays qui ne respectent pas les standards internationaux en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Lors des manifestations de septembre 2025 qui ont fait tomber le régime.

Mais doit encore convaincre 

Le citoyen lambda, quant à lui, reste dubitatif. Sous la présidence de Andry Rajoelina, de multiples allégations de blanchiment d’argent ont été étalées aussi bien dans la presse que sur les réseaux sociaux sans que le SAMIFIN ait daigné ouvrir la moindre enquête. Hery, membre de l’association estudiantine d’Ankatso, relève à ce propos : « Mamitiana Rajaonarison a occupé le poste de directeur général de SAMIFIN durant deux mandats successifs, mais apparemment il n’a pas pu détecter les nombreux mouvements de fonds frauduleux réalisés par Mamy Ravatomanga entre Madagascar et l’Île Maurice ».

Cet immobilisme jette le doute sur l’indépendance véritable de Mamitiana Rajaonarison et sa capacité à lutter contre la corruption des lors que des « gros poissons » proches du régime sont impliqués. « Fera-t-il le poids face aux très influents affairistes, comme Koufali Daya, et à la mafia indo-pakistanaise ? ». Ses actions seront certainement scrutées à la loupe par les participants au mouvement de septembre 2025, dont une grande partie commence à déchanter.

« On l’attend à l’œuvre », note avec intérêt un fonctionnaire au ministère de l’Économie. «Le nouveau Premier ministre a un profil atypique, qui peut être très intéressant dans le domaine bien précis de la lutte contre la corruption ». Mais, estime-t-il, la conduite des affaires de l’État nécessite une vision plurisectorielle.