Sur les réseaux sociaux, de nombreux commentaires attribuent les récentes avancées de l’armée soudanaise à l’affaiblissement des Émirats arabes unis par l’Iran, Abou Dhabi étant considéré comme le principal soutien extérieur des paramilitaires. Mais cette lecture est simpliste.
Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre opposant l’armée régulière dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan aux Forces de soutien rapide (FSR), une puissante milice paramilitaire commandée par Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti et soutenue par les Émirats arabes unis.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes attribuent les succès militaires de l’armée aux frappes iraniennes contre les Émirats arabes unis. Ces derniers, affaiblis, n’auraient plus les moyens d’assurer la logistique des FSR, ce qui expliquerait les revers de ces dernières au Soudan.
Plusieurs éléments contredisent cette thèse. D’une part, la guerre en Iran n’a commencé que depuis quinze jours, ce qui est relativement peu pour provoquer une rupture d’approvisionnement. De plus, la milice d’Hemedti bénéficie encore de ressources importantes, notamment grâce au contrôle qu’elle exerce sur des territoires au Darfour et sur des circuits économiques informels liés à l’or.
Une série de victoires pour l’armée
D’autre part, les progrès de l’armée soudanaise ont commencé bien avant le début de la guerre en Iran, le 28 février dernier. Depuis plusieurs mois, les forces armées ont repris l’initiative sur plusieurs fronts. Fin janvier 2026, elles ont notamment desserré les sièges d’al-Dalanj et de Kadugli ; le 5 mars, elles ont repris la ville stratégique de Bara au Kordofan-Nord. Dans la foulée de ces succès, le 12 mars, Jort Est et le camp de Ballamo dans l’État du Nil Bleu tombaient entre leurs mains.
En réalité, l’affaiblissement relatif des FSR s’explique surtout par des dynamiques internes au conflit. Ce mouvement a perdu certains cadres militaires importants, dont Hamid Ali Abubakar, conseiller sécuritaire de Hemedti, tué dans une frappe de drone près de Zalingei le 1er janvier 2026. Des tensions et des divergences sont également apparues entre certains chefs tribaux au Darfour, avec à la clé de nombreuses défections de combattants.
En outre, après des affrontements mi-février entre des soldats de l’armée tchadienne et les paramilitaires soudanais à la frontière entre le Tchad et le Soudan, N’Djamena a décidé de fermer sa frontière, compliquant les routes d’approvisionnement de la milice.
Autrement dit, si l’armée soudanaise progresse sur plusieurs fronts, ces avancées s’expliquent avant tout par l’évolution du rapport de force sur le terrain soudanais, et non par les développements géopolitiques autour de l’Iran.































