Libye - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/libye/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Fri, 06 Feb 2026 17:48:05 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Libye - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/libye/ 32 32 Série Epstein-Afrique (3). Libye : les milliards et la guerre https://mondafrique.com/a-la-une/serie-epstein-afrique-3-libye-les-milliards-et-la-guerre/ https://mondafrique.com/a-la-une/serie-epstein-afrique-3-libye-les-milliards-et-la-guerre/#respond Tue, 10 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146557 L’affaire Epstein ressemble à un tonneau des Danaïdes : chaque jour apporte son lot de révélations. Dans le cadre de sa série Afrique, Mondafrique observe aujourd’hui les échanges sur la Libye, qui prennent une résonance particulière replacés dans le contexte de l’époque. Leur publication coïncide avec l’assassinat de Saïf al-Islam, ce qui souligne une fois […]

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L’affaire Epstein ressemble à un tonneau des Danaïdes : chaque jour apporte son lot de révélations. Dans le cadre de sa série Afrique, Mondafrique observe aujourd’hui les échanges sur la Libye, qui prennent une résonance particulière replacés dans le contexte de l’époque. Leur publication coïncide avec l’assassinat de Saïf al-Islam, ce qui souligne une fois de plus la dimension tragique du destin de ce pays.

Chasse au trésor

En février 2014, au moment du déclenchement des troubles en Ukraine, Jeffrey Epstein écrit à son ami Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien : « Avec l’explosion des troubles civils en Ukraine, en Syrie, en Somalie et en Libye, et le désespoir de ceux qui sont au pouvoir, n’est-ce pas parfait pour vous ? » Ce message est l’illustration parfaite d’un cynisme décomplexé, qui voit d’abord des opportunités en or dans les crises géopolitiques, le chaos et la misère du monde.

Selon les documents publiés par le Département de la Justice américain (DOJ) en février 2026, l’intérêt d’Epstein pour la Libye est antérieur à la guerre de 2011. Des e-mails de 2010 montrent des discussions autour de prêts libyens provenant de la Libye et chiffrés en milliards de dollars à destination de Dubaï, impliquant le banquier anglais basé aux Émirats arabes unis Terence Allen et le prince Andrew.

Autour des fonds libyens, un casting international

L’histoire ne dit pas si ces projets ont abouti, mais l’appétit d’Epstein pour ce pays, lui, n’a pas faibli. En mars 2011, alors que Kadhafi est encore au pouvoir, la création du Conseil national de transition et du groupe des « Amis de la Libye », soutenus notamment par la France de Nicolas Sarkozy, s’accompagne d’une résolution du Conseil de sécurité gelant les avoirs libyens à l’étranger. Ces montants sont alors estimés à plus de 80 milliards de dollars.

Trois mois plus tard, en juillet 2011, l’associé du prédateur sexuel et financier, Greg Brown, lui adresse un e-mail décrivant des opportunités financières et juridiques liées au « chaos politique et économique » libyen. Il y est question d’identifier et de récupérer des actifs gelés qualifiés de « volés », avec des commissions à la clé. Brown évoque des discussions avec des cabinets d’avocats internationaux rémunérés au résultat ainsi que l’appui possible d’anciens membres du MI6 britannique et du Mossad israélien pour tracer ces fonds.

Le courriel estime à 80 milliards de dollars les avoirs gelés dans le monde, dont 32,4 milliards aux États-Unis, et avance que les montants réels pourraient être trois à quatre fois supérieurs en fonds souverains détournés. Il évoque des perspectives de gains de plusieurs milliards via des commissions de 10 à 25 % sur 5 à 10 % des sommes récupérées. Il souligne aussi l’enjeu de devenir partenaire privilégié de la Libye pour la reconstruction, estimée à au moins 100 milliards de dollars, en rappelant les réserves énergétiques du pays et son taux d’alphabétisation élevé.

On ignore l’issue de ces projets

Une nouvelle fois, l’histoire ne dit pas sur quel trésor cet aréopage a fini par mettre la main. D’autant, qu’ils n’étaient pas les seuls à chasser les fonds libyens. Tout ce que la planète compte comme escrocs, barbouzes, cabinets d’avocats s’y sont essayés.

Pour preuve, d’autres documents publiés eux en 2019, relient Sidney Blumenthal, conseiller d’Hillary Clinton, dans des démarches de récupérations « d’actifs pillés » à la Libye auxquelles Epstein aurait également participé. Des correspondances du financier prédateur mentionnent un projet de déplacement en Libye via Malte pour discuter de ces sujets, sans précisions de date.

Quinze ans après la guerre de l’OTAN et la chute de Kadhafi, le pays est toujours en proie au chaos, un désordre qui arrange bien des intérêts. Tant que le pays reste fragmenté et divisé, l’État n’est pas en mesure d’exiger la restitution de ses avoirs. Les milliards continuent de dormir ailleurs, d’y produire des intérêts et de susciter des convoitises.

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Une foule monstre pour les obsèques du fils de Kadhafi https://mondafrique.com/politique/une-foule-monstre-se-rassemble-a-bani-walid-pour-les-obseques-du-fils-de-kadhafi/ https://mondafrique.com/politique/une-foule-monstre-se-rassemble-a-bani-walid-pour-les-obseques-du-fils-de-kadhafi/#respond Sat, 07 Feb 2026 05:13:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146694 De nombreuses photos et vidéos attestent de la présence, ce vendredi, de milliers de personnes pour accompagner Saïf Al-Islam Kadhafi, l’héritier politique du colonel Kadhafi, à sa dernière demeure, au cimetière de Bani Walid (ouest), berceau de la tribu Ouarfalla loyale à la famille, à 170 km de la capitale. Sur les images, on peut […]

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De nombreuses photos et vidéos attestent de la présence, ce vendredi, de milliers de personnes pour accompagner Saïf Al-Islam Kadhafi, l’héritier politique du colonel Kadhafi, à sa dernière demeure, au cimetière de Bani Walid (ouest), berceau de la tribu Ouarfalla loyale à la famille, à 170 km de la capitale. Sur les images, on peut voir de nombreux drapeaux verts, la couleur du régime renversé en 2011, et des Libyens de tous âges et toutes allures. 

Saïf Al-Islam, assassiné par un commando le 3 février dans sa maison de Zintan, au-nord-ouest du pays, a été inhumé à coté de son grand-père et de son frère Khamis, commandant d’une unité d’élite de l’armée, sans doute tué par une frappe de l’OTAN en août 2011 lors du soulèvement qui a conduit à la chute du régime.

De Syrte à Bani Walid, bataille Est-Ouest

Le premier souhait de la famille était d’inhumer Saïf al-Islam à Syrte, la ville natale de son père, mais Syrte se trouve dans la partie orientale du pays placée sous l’autorité du général Khalifa Haftar. Ce dernier ne s’y est pas opposé formellement mais il a fixé des exigences très strictes – interdiction de toute manifestation de deuil, prohibition de l’affichage de photos ou de slogans liés à Saïf al-Islam et limitation de la période de condoléances à trois jours. Ces conditions ont été rejetées par la famille, a indiqué Aqila Dalhoum, membre de l’équipe de Saïf Al-Islam citée par l’agence de presse APA. Après « une position jugée favorable des habitants de Bani Walid », la décision a donc été prise d’organiser les obsèques dans cette ville située côté ouest, où résident plusieurs membres de la famille Kadhafi. Le ministre de l’Administration locale du Gouvernement d’unité nationale (GUN) basé à Tripoli, Abdulshafi Al-Joufi, a officiellement écrit au maire de Bani Walid pour lui demander de faciliter les procédures logistiques nécessaires à l’enterrement, suite à une requête formelle de la famille et à des instructions émanant du chef du gouvernement, poursuit APA.

Cérémonie d’hommage le 6 février à l’aéroport de Bani Walid.

« La date et le lieu de l’inhumation ont été décidés d’un commun accord par la famille », avait indiqué jeudi sur Facebook Mohamed Kadhafi, demi-frère de Saïf al-Islam, annonçant les funérailles « après la prière du vendredi ». Ce choix, qui « témoigne de notre respect » pour Bani Walid et ses habitants, est un « signe de reconnaissance pour leurs convictions », avait ajouté l’aîné des fils Kadhafi.

Alors que des photos et des noms des suspects de l’assassinat commencent à circuler sur les réseaux sociaux libyens, semblant impliquer tour à tour les deux exécutifs rivaux, de très nombreuses personnes rendent hommage à celui qui fut, pour elles, un symbole de constance et de loyauté, incarnant un dernier espoir d’unité nationale. «La loyauté ne se répand pas par l’argent et ne vient pas avec la menace, les armes et le pouvoir», écrit ainsi un internaute. Un autre ironise, à l’approche du 15e anniversaire de «la glorieuse révolution de février» qui a chassé Kadhafi du pouvoir, sur le bilan de ses réalisations : fracture du pays, spoliation du pétrole, pauvreté et tutelles étrangères. Les conditions de sa mort, l’arme à la main, comme son père et deux de ses frères – Khamis et Moatassem – sont aussi louées comme une preuve de bravoure et d’honneur. 

 

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Mali : hommage à Saïf al-Islam du fils de Moussa Traoré https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/mali-hommage-a-saif-al-islam-du-fils-de-moussa-traore/ https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/mali-hommage-a-saif-al-islam-du-fils-de-moussa-traore/#respond Wed, 04 Feb 2026 19:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146497 Cheick Boucadry Traoré a réagi dans nos colonnes à la mort de Saïf al-Islam qu’il qualifie, ainsi que Mouammar Kadhafi, de « véritables amis du Mali ». Nous publions ici son texte.  C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Saïf al-Islam. Le peuple libyen a perdu un dirigeant précieux en la personne […]

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Cheick Boucadry Traoré a réagi dans nos colonnes à la mort de Saïf al-Islam qu’il qualifie, ainsi que Mouammar Kadhafi, de « véritables amis du Mali ». Nous publions ici son texte. 

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Saïf al-Islam. Le peuple libyen a perdu un dirigeant précieux en la personne de Saïf et a besoin de force morale pour surmonter cette tragédie.

Il était un homme politique exceptionnel dont toute la vie a été consacrée au service de sa nation. Lui et son père étaient de véritables amis du Mali et ont déployé de nombreux efforts pour améliorer les relations bilatérales et hisser les deux nations au niveau d’un partenariat stratégique.

Nous garderons un souvenir précieux de cet homme remarquable. Nous exprimons nos plus sincères condoléances à sa famille et à ses amis. Nous leur souhaitons, ainsi qu’à tout le peuple libyen, le courage nécessaire pour faire face à cette perte difficile et irréparable.

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De l’assassinat du fils de Kadhafi au risque d’une reprise de la guerre https://mondafrique.com/a-la-une/mort-du-fils-de-kadhafi-lombre-dune-guerre-en-approche/ https://mondafrique.com/a-la-une/mort-du-fils-de-kadhafi-lombre-dune-guerre-en-approche/#respond Wed, 04 Feb 2026 13:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146475 Les réactions polarisées à sa mort, à Zintan, dans le cadre d'une exécution ciblée, attestent des risques élevés de relance du conflit dans un pays au bord du gouffre.

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De l’héritier réformateur plein de promesses au paria menaçant, le parcours tortueux de Saïf al-Islam Kadhafi résume les contradictions libyennes. C’est la fin d’un symbole. Les réactions polarisées à sa mort, à Zintan, dans le cadre d’une exécution ciblée, attestent des risques élevés de relance du conflit dans un pays au bord du gouffre.  

La scène, décrite par des sources proches de l’entourage familial, est celle d’un assassinat politique ciblé. Mardi 3 février 2026, vers 14h30, quatre assaillants masqués font irruption dans une résidence de la périphérie de Zintan, dans l’ouest de la Libye. Les caméras de surveillance sont neutralisées, les gardes mis hors d’état de nuire. Un échange de tirs éclate dans le jardin. Quand le silence revient, Saif al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien Guide et figure à la fois honnie et adulée, gît, mortellement touché. Son geôlier devenu son protecteur dévoué, Ahmed el-Ajmi el-Atri, est légèrement blessé. Les agresseurs disparaissent.

Photo circulant sur les réseaux représentant Saïf al-Islam immédiatement après sa mort. La djellaba blanche apparaît aussi sur d’autres photos un peu ultérieures du cadavre.

Célérité inhabituelle de l’enquête

L’annonce de sa mort, dans la soirée, a envoyé une onde de choc à travers un pays déjà fracturé, ravivant les fantômes du passé et menaçant de réduire à néant des processus politiques fragiles. Le bureau du procureur général, Sedig Essour, a réagi avec une célérité inhabituelle, dépêchant sur place une équipe complète d’enquêteurs et d’experts. Dans un communiqué détaillé publié à l’aube du 4 février, il a confirmé la thèse de l’assassinat par « projectiles mortels » et promis une enquête rapide. Cette réactivité témoigne de la dangerosité politique extrême d’un dossier qui plonge ses racines dans des décennies tumultueuses d’histoire libyenne.

Très récente photo circulant sur les réseaux sociaux de Saïf al-Islam en prière chez lui, à Zintan.

Pour comprendre le choc que représente cet acte, il faut remonter le fil de la vie de l’homme qui en a été la cible. Né le 25 juin 1972 dans le complexe militaro-politique de Beb al-Azizia à Tripoli, Saif al-Islam, deuxième fils de Mouammar Kadhafi et de sa seconde épouse Safia Farkash, a très tôt été projeté sur le devant de la scène. Après des études d’architecture en Libye, il obtient un doctorat en économie à la London School of Economics en 2000 un diplôme dont la légitimité fut ensuite contestée à cause des diverses donations libyennes dont a bénéficié l’université. Sans formation militaire, il reçoit le grade de commandant et prend, en 1998, la tête de la Fondation Kadhafi pour le Développement.

Un héritier qui tente de moderniser le système 

C’est par cette fondation qu’il bâtit sa réputation d’interlocuteur international et de médiateur. Tour à tour, il négocie la libération d’otages allemands aux Philippines (2000), contribue au règlement financier et politique de l’attentat de Lockerbie, œuvre à la libération des infirmières bulgares accusées d’avoir contaminé des enfants au VIH à Benghazi (2007), et joue un rôle dans les négociations secrètes aboutissant à l’abandon du programme d’armes de destruction massive de la Libye en 2003.

Du vivant de Mouammar Kadhafi.

En interne, il se présente comme le visage de la modernisation, portant le projet « Libye de demain » (Libya al-Ghad) qui promet une nouvelle constitution, une économie diversifiée et une ouverture relative. Il parvient même à faire nommer le réformateur Choukri Ghanem au poste de Premier ministre. Mais ses ambitions se heurtent au mur des conservateurs du régime et à l’autorité absolue de son père. Son discours critique de 2008 provoque la fermeture de sa chaîne de télévision. Nommé coordinateur du Comité populaire général en 2009, il devient officiellement la deuxième figure du régime, mais sans pouvoir réel sur un système verrouillé.

2011, la guerre « jusqu’au dernier homme »

Le tournant décisif survient en février 2011. Alors que la révolution éclate, beaucoup espèrent qu’il choisira la conciliation. L’espoir est de courte durée. Le 20 février, face aux caméras, l’héritier réformateur se mue en porte-parole de la répression. Il promet que son père « combattra la révolution jusqu’au dernier homme » et menace : « Nous nous battrons jusqu’au dernier homme, à la dernière femme, à la dernière balle. » Qualifiant les membres du Conseil national de transition d’« ordures », il enterre son image d’ouverture. La Cour pénale internationale émet un mandat d’arrêt contre lui en mai 2011 pour crimes contre l’humanité.

Capturé en novembre 2011 près d’Oubari, il est emprisonné à Zintan, ville qui le protège et refuse de le livrer. Un tribunal libyen le condamne à mort par contumace en 2015, un verdict critiqué par l’ONU pour son manque d’équité. Sa libération en juin 2017 par la brigade Abou Bakr al-Siddiq, proche du maréchal Khalifa Haftar, reste entourée de mystère. Son gardien, Ajmi al-Atiri, devenu son protecteur, déclare alors : « La majorité des Libyens regrette l’ancien régime. Saif al-Islam jouera un rôle clé pour unifier la Libye. » Une alliance tacite avec Haftar est évoquée.

L’éclipse puis le retour : tensions avec Haftar

Pendant près de dix ans, il maintient un silence relatif, avant de refaire surface en juin 2021 dans une interview au New York Times. Le ton n’a pas changé : les révolutionnaires sont des « terroristes, démons et idiots », les Printemps arabes une erreur commise par des « Arabes stupides ». Il ne renie rien du règne paternel, ne concédant que de légers « écarts » dans les années 80. Il dépose sa candidature à la présidentielle en novembre 2021, mais elle est rejetée à cause de ses condamnations pénales, avant d’être rétablie par un tribunal de Sebha, illustrant la bataille juridique autour de son statut.

Les années qui suivent le voient manœuvrer dans un paysage de plus en plus hostile. Après les inondations meurtrières de Derna en septembre 2023, il fustige « l’effondrement de l’État post-2011 » et la corruption des gouvernements. Le printemps 2024 marque la rupture publique avec son ancien protecteur putatif Khalifa Haftar. Des milices de Zintan, pourtant pro-Haftar, annoncent leur soutien à Saïf al-Islam. En réponse, Haftar fait arrêter Ali Bousbayha al-Hasnawi, un chef tribal et médiateur pro-Kadhafi, provoquant des protestations dans le Sud. La photo d’un Saïf al-Islam souriant, levant le pouce devant les montagnes de Zintan, en juin 2024, apparaît alors comme un défi.

C’est dans ce contexte de tension extrême que le drame se noue. Dans les jours précédant l’assassinat, des personnalités de Zintan, comme Abdallah Naker, réclamaient publiquement son arrestation. Selon ses partisans, ses déplacements entre le djebel Nefoussa et la région d’Al-Hamada, axe stratégique vers le sud et les frontières algérienne et tunisienne, étaient étroitement surveillés. Les forces de Haftar auraient resserré « un étau » autour de lui, tentant à plusieurs reprises de le capturer. Quelques jours avant sa mort, son avocate libanaise révélait qu’il craignait d’être « liquidé » par le maréchal.

Un choc et des réactions polarisées

Les accusations ont fusé immédiatement après l’annonce de son décès. Le camp des partisans de Kadhafi et son équipe politique ont pointé du doigt sans ambages des « milices militaires relevant de Khalifa Haftar ». L’analyste politique Abdessalam al-Rajhi a estimé que cette accusation n’était pas une surprise, citant un ancien commandant de Zintan, Ibrahim al-Madani, qui affirmait dans une vidéo avoir reçu l’ordre explicite d’assassiner Saïf al-Islam. « Le camp d’Al-Rajma craignait ses déplacements dans le Sud, où il dispose de soutiens », a déclaré Rajhi, évoquant les arrestations de dizaines de ses partisans et la mise à l’écart d’Hassan al-Zadma, responsable sécuritaire dans le Sud, pour ses contacts supposés avec Kadhafi.

En face, les dénégations ont été tout aussi fermes. La 444e brigade, faction affiliée au gouvernement d’unité nationale dans l’ouest, a nié toute implication, affirmant ne pas être déployée à Zintan. Le silence a été la règle du côté des institutions officielles : le gouvernement d’unité nationale, le Conseil d’État suprême, la Chambre des représentants de Tobrouk n’ont pas commenté. Le camp de l’Est, de Haftar au gouvernement parallèle d’Osama Hammad, est resté muet. Seul Mohamed Bayaou, chef de l’Institution libyenne des médias affiliée à l’Est, a brisé ce silence, de façon glaçante, en qualifiant la mort de Saïf al-Islam de « délivrance pour lui et peut-être pour le pays », rejetant la responsabilité sur ses conseillers.

Pour certains analystes, les motivations sont à chercher dans un calcul politique froid. Les intérêts de Khalifa Haftar et du chef du gouvernement de Tripoli, Abdelhamid Dbeibah, auraient convergé pour écarter un rival encombrant. Sa base de soutien, même réduite, parmi les nostalgiques de l’ancien régime et certaines tribus du Sud (Wirfalla, Zintan), faisait de lui un obstacle électoral potentiel pour les deux hommes. D’autres, comme l’ancien membre du Conseil national de transition Mahmoud Chamam, évoquent des « marques d’appareils extérieurs », qui auraient pu chercher à semer un trouble profitable à certaines puissances étrangères.

Un avenir plus incertain que jamais

L’assassinat survient à un moment critique. La Libye est engagée dans de fragiles pourparlers parrainés par l’ONU, avec des consultations à Tunis, Paris et d’autres capitales, dans l’espoir d’établir une feuille de route électorale. L’envoyé spécial des Nations unies Hanna Tité doit justement présenter son bilan devant le Conseil de sécurité le 18 février. La mort violente d’une personnalité aussi chargée de symboles risque de tout compromettre.

Les observateurs redoutent trois conséquences majeures. Premièrement, un creusement des divisions communautaires et régionales. Ali al-Sallabi, conseiller du Conseil présidentiel pour la réconciliation, a immédiatement mis en garde contre la réouverture de « la plaie du tribalisme et du régionalisme ». Deuxièmement, une entrave au processus électoral. Si Saïf al-Islam n’était pas le favori, sa présence dans l’équation politique contraignait ses rivaux et offrait une voix, certes controversée, à une partie de l’électorat. Son élimination modifie brutalement les calculs. Enfin, le risque d’un cycle de violence est réel. Son équipe politique a averti que ce crime « ne passerait pas inaperçu », laissant craindre des représailles de la part de ses partisans tribaux ou des milices qui le soutenaient.

Face à ce péril, des appels à la raison et à la justice se font entendre. Des figures comme l’ancien président du Conseil d’État suprême Khaled El-Mechri et le conseiller de Saïf al-Islam Abdallah Othman ont exigé une enquête « urgente et transparente ». « Le meurtre en dehors de la loi est un crime injustifiable », a martelé al-Mechri.

Alors que les experts en balistique et médecine légale examinent la scène de crime de Zintan, une question plus vaste et plus sombre plane sur la Libye. Il ne s’agit plus seulement de savoir qui a tiré, ou si la ville qui abritait Saïf al-Islam depuis quatorze ans l’a finalement trahi. La question, désormais, est de savoir si les institutions fantomatiques du pays et la communauté internationale parviendront à empêcher que cet assassinat ne devienne le prélude d’un nouveau chapitre de chaos, anéantissant les derniers espoirs de consensus dans un pays épuisé par près de quinze ans de conflits.

 

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Saïf al-Islam, l’héritier politique de Kadhafi, tué en Libye https://mondafrique.com/a-la-une/saif-al-islam-lheritier-politique-de-kadhafi-tue-en-libye/ https://mondafrique.com/a-la-une/saif-al-islam-lheritier-politique-de-kadhafi-tue-en-libye/#respond Wed, 04 Feb 2026 10:24:46 +0000 https://mondafrique.com/?p=146459 Les sources divergeaient, à chaud, sur les circonstances et le lieu de la disparition du fils cadet de Mouammar Kadhafi, longtemps présenté, du vivant de ce dernier, comme son dauphin politique et resté en Libye après la révolution de 2011. Saïf al-Islam prétendait y jouer un rôle à nouveau. Il s’était présenté aux élections de […]

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Les sources divergeaient, à chaud, sur les circonstances et le lieu de la disparition du fils cadet de Mouammar Kadhafi, longtemps présenté, du vivant de ce dernier, comme son dauphin politique et resté en Libye après la révolution de 2011. Saïf al-Islam prétendait y jouer un rôle à nouveau. Il s’était présenté aux élections de 2021, reportées sine die et il continuait de représenter une menace pour ses rivaux, malgré une discrétion remarquable motivée par des raisons de sécurité. Mondafrique avait retracé son parcours dans un article publié en 2024, que nous republions ici. 

 

Capture d’écran d’une des dernières apparitions publiques de Saïf al-Islam (barbe poivre et sel, djellaba blanche et casquette de base-ball), qu a circulé sur les réseaux sociaux en juin 2024. A côté de lui, le jeune homme levant le pouce est le fils du chef de la milice de Zintan. Ahmed aurait été blessé lors de la mort de l’homme qu’il protégeait.

Enfance et formation

Saif al-Islam Kadhafi est né le 25 juin 1972 dans le complexe militaire de Bab al-Azizia à Tripoli. Il est le deuxième fils du colonel Mouammar Kadhafi et de sa seconde épouse, Safia Farkash. Après des études d’architecture en Libye (diplômé en 1994), il obtient un doctorat en économie à l’Université de Londres en 2000, bien que des doutes aient été émis sur la légitimité de son diplôme en raison de donations libyennes à l’université.

Bien qu’il n’ait jamais suivi de formation militaire, il reçoit le grade de commandant dans l’armée libyenne. En 1998, il prend la tête de la Fondation Kadhafi pour le Développement, une organisation caritative par laquelle il mène diverses activités et participe à des négociations politiques majeures.

Rôle politique et négociations internationales (2000–2011)

Saif al-Islam Kadhafi s’est impliqué dans plusieurs dossiers internationaux, renforçant son image de médiateur capable de résoudre des crises sensibles. Cela lui a valu une certaine popularité en Libye et à l’étranger. Parmi ses interventions marquantes :

  • Libération d’otages étrangers aux Philippines (2000)

À l’été 2000, il négocie avec le groupe Abu Sayyaf, qui détenait des otages allemands, et obtient leur libération contre une rançon de 25 millions de dollars.

  • Règlement politique et financier de l’affaire de Lockerbie

Il contribue à un accord coûteux concernant l’attentat du vol Pan Am 103, qui explosa au-dessus de Lockerbie (Écosse) en 1988, faisant 270 victimes. La Libye reconnaît sa responsabilité et verse 2,7 milliards de dollars d’indemnisation.

  • Résolution de l’affaire des enfants contaminés par le VIH

Entre 1998 et 2007, cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien sont accusés d’avoir délibérément infecté 393 enfants libyens avec le VIH à l’hôpital Al-Fateh de Benghazi. Condamnés à mort, ils sont finalement libérés après des pressions internationales et des négociations menées par Saif al-Islam, qui reconnaît les tortures subies par les accusés et les manipulations des enquêteurs libyens.

  • Abandon du programme nucléaire libyen (2003-2004)

En décembre 2003, après neuf mois de négociations secrètes avec les États-Unis et le Royaume-Uni, la Libye renonce à ses ambitions d’armes de destruction massive. Saif al-Islam défend cette décision, affirmant que le pays n’avait jamais possédé d’armes nucléaires mais seulement un programme de recherche.

  • Réformes limitées et « Libye de demain »(libya al ghad)

Porteur d’un projet de modernisation (« Libye de demain »), il propose une nouvelle constitution, une économie diversifiée et des droits humains renforcés. Il nomme même Choukri Ghanem, un réformateur, comme Premier ministre. Cependant, ses initiatives se heurtent aux conservateurs du régime, notamment après un discours critique en 2008 qui entraîne la fermeture de sa chaîne de télévision.

Malgré son influence, Saif al-Islam reste soumis aux volontés de son père. En 2009, il est officiellement nommé coordinateur du Comité populaire général, devenant ainsi la deuxième figure la plus puissante du régime – mais sans pouvoir réellement réformer un système verrouillé.

La révolution du 17 février 2011 et ses conséquences

• Un rôle controversé

Lorsque la révolution du 17 février éclate, tous les regards se tournent vers Saïf al-Islam après le discours de son père. Certains espèrent qu’il apaisera la colère populaire, tandis que d’autres prédisent qu’il restera fidèle à la ligne dure tracée par le Guide. C’est finalement cette seconde option qui se concrétise.

Le 20 février 2011, Saïf al-Islam apparaît à la télévision nationale, alternant menaces et promesses de réformes. Il déclare que son père « combattra la révolution jusqu’au dernier homme » et avertit : « L’armée rétablira l’ordre à tout prix. Nous ne lâcherons pas la Libye. Nous nous battrons jusqu’au dernier homme, à la dernière femme, à la dernière balle. »

Il accuse des exilés libyens d’avoir attisé les violences, tout en promettant un dialogue sur les réformes et des augmentations de salaires. Mais il n’hésite pas à menacer les révolutionnaires, qualifiant les membres du Conseil national de transition (CNT) d’«ordures» et déclarant : « Quand tout allait bien, j’étais un opposant et un réformateur. Mais quand les gens franchissent les lignes rouges, je les frappe avec ma chaussure, et je frappe leur père aussi. »

• Le procès : condamné à mort par contumace (2015)

En mai 2011, la Cour pénale internationale (CPI) émet un mandat d’arrêt contre lui pour crimes contre l’humanité. Capturé en novembre 2011 près d’Oubari, il est emprisonné à Zintan. La Libye refuse de le transférer à la CPI, et un tribunal libyen le condamne à mort par contumace en juin 2015 pour crimes de guerre et corruption, aux côtés de huit autres figures du régime.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU exprime alors de « vives inquiétudes », jugeant que le procès ne respectait « pas les normes internationales d’équité ».

• La libération : un mystère politique (2017)

Le 12 avril 2016, son avocat annonce sa libération, bénéficiant d’une « amnistie générale » décrétée par le Parlement de Tobrouk. Mais les autorités locales démentent. Finalement, en juin 2017, la brigade Abou Bakr al-Siddiq (pro-Khalifa Haftar) le libère après cinq ans de détention.

Son gardien, Ajmi al-Atiri, déclare à France 24 : « La majorité des Libyens regrettent l’ancien régime, même ceux qui l’ont combattu. Saïf al-Islam jouera un rôle clé pour unifier la Libye. »

La veille de sa libération, le président du Parlement, Aguila Saleh, appelle à « libérer tous ceux détenus sans preuve », dans un discours perçu comme un soutien indirect à Saïf al-Islam. Des rumeurs évoquent alors une alliance secrète entre lui et Haftar, renforcée par le soutien public d’Ahmed Gaddaf al-Dam, un cousin éminent des Kadhafi au maréchal.

• Un retour qui trouble les équilibres

Pour de nombreux observateurs, la survie de Saïf al-Islam malgré sa condamnation à mort est un signal politique fort. Soutenu par des tribus (comme les Warfalla et les Al-Zintan) et des milices, il pourrait jouer à nouveau un rôle majeur.

La Russie, notamment, plaide pour son inclusion dans le processus politique. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, déclare à Sputnik : « Saif al-Islam doit faire partie de la solution. Personne ne devrait être exclu des élections. » À l’inverse, les États-Unis et le Royaume-Uni y sont fermement opposés. Sa réapparition ravive le spectre de l’ancien régime. Pour ses partisans, il incarne une stabilité perdue ; pour ses détracteurs, un retour à l’autoritarisme. Quoi qu’il en soit, son retour brouille les cartes en Libye – et au-delà.

Le retour politique et la candidature aux élections (2021–2024)

  • Candidature à la présidentielle de 2021

Après dix ans de disparition, Saïf al-Islam Kadhafi rompt le silence en juin 2021 lors d’une interview exclusive à Zintan avec le journaliste américain Robert F. Worth (The New York Times). Il explique avoir volontairement disparu : « J’ai passé dix ans loin des Libyens. Il faut y retourner pas à pas, comme une danseuse effeuilleuse. »

Ses propos reflètent une position inchangée depuis 2011 : aucun regret envers la révolution, qualifiant les manifestants de « terroristes, démons et idiots » et critiquant les printemps arabes : « Les Arabes stupides ont détruit leurs pays. » Il ne remet pas en cause les 40 ans de règne de son père, admettant seulement que « certaines politiques socialistes des années 80 ont peut-être dévié», mais ajoutant qu’il les a corrigées. Il défend même « le Livre Vert », affirmant que « des idées occidentales comme les référendums ou l’actionnariat salarié en sont inspirées. »

Le 21 novembre 2021, il dépose sa candidature à la présidentielle à Sebha, mais la Commission électorale la rejette trois jours plus tard, invoquant « des condamnations pénales » (Article 10 de la loi électorale) et « l’absence de certificat de bonne conduite » (Article 17). Le 2 décembre, un tribunal de Sebha annule cette décision, relançant l’espoir de ses partisans.

  • Manœuvres politiques

Saïf al-Islam accuse les « élites au pouvoir d’avoir saboté les élections ». En décembre 2022, il dénonce « des disputes artificielles pour exclure des candidats gênants » et propose un report de la présidentielle au profit de législatives, afin « d’éviter une nouvelle guerre civile». Son avocat, Khaled Zaidi, publie en janvier 2023 une initiative détaillant cette solution, soulignant « l’urgence de sauver la feuille de route et de respecter la volonté de 2,5 millions de Libyens ».

Évolutions récentes (2023–2024)

  • Prise de position après les inondations de Derna (septembre 2023)

Il attribue la catastrophe à « l’effondrement de l’État post-2011 », dénonçant « des budgets volés et des gouvernements corrompus »« Les Libyens paient pour des conflits absurdes entre des dirigeants sans légitimité », déclare-t-il, soulignant « l’absence totale d’institutions capables de gérer les crises ».

  • Rupture avec Haftar (printemps 2024)

Les tensions éclatent publiquement lorsque des milices de Zintan (pourtant pro-Haftar) annoncent leur soutien à Saïf al-Islam, menaçant de « recourir à la force si on l’exclut des élections ». En réponse, Haftar fait arrêter Ali Bousbayha al-Hasnawi, chef d’un comité de réconciliation pro-Kadhafi, provoquant des protestations dans le Sud.

  • Dernière apparition (juin 2024)

On y voit Saïf al-Islam devant un paysage montagneux, semblable à la chaîne de Jubail, près de la ville de Zintan, à environ 150 kilomètres au sud de Tripoli. Le jeune homme qui lève le pouce à ses côtés, tenant Saïf al-Islam par les épaules, est le fils d’Al Ajmi Al-Atiri, le commandant de la brigade Abou Bakr al-Siddiq, son geôlier devenu son protecteur.Cependant, l’image semble partiellement altérée : le pouce de la main droite apparaît flou et certaines parties de l’arrière-plan peuvent avoir été modifiées pour empêcher une localisation exacte.

Au moment de la photo, le fils de Mouammar Kadhafi est considéré comme une menace pour les projets du général Khalifa Haftar et pour l’entrée de ses fils dans l’arène politique. En effet, depuis des mois, Saïf al Islam est soumis à une dure campagne de répression dans la région du Fezzan, au sud-ouest de la Libye. Les représailles comprennent l’arrestation de ses fidèles, dont un membre de son équipe politique et un notable du Fezzan, Ali Abou Sabiha, un homme de 80 ans. Cela a peut-être poussé Saïf à quitter le Fezzan et à limiter ses déplacements à Zintan, une région où il bénéficie d’une plus grande sécurité.

En avril 2024, peu après la démission de l’envoyé de l’ONU en Libye, le Sénégalais Abdoulaye Bathily, une colonne d’environ 200 véhicules armés a défilé dans les rues de Zintan, jurant fidélité à l’héritier politique du « raïs ».

« Nous, forces sociales, militaires et de sécurité de Zintan, affirmons notre soutien à la candidature de Saïf al Islam Kadhafi aux élections présidentielles, car il bénéficie d’un large soutien populaire, possède de fortes qualités de leadership, est sincèrement engagé envers la nation libyenne et possède de vastes atouts politiques », dit un homme dans la vidéo publiée mi-avril sur les réseaux sociaux des  nostalgiques de l’ancien régime, parlant au nom des « tribus Zintan ».

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Paris tente une médiation entre les frères ennemis libyens https://mondafrique.com/limage-du-jour/paris-tente-une-mediation-entre-les-freres-ennemis-libyens/ Fri, 30 Jan 2026 08:30:35 +0000 https://mondafrique.com/?p=146168 Ainsi, selon des sources françaises de haut niveau, une rencontre secrète a eu lieu à Paris sous le parrainage conjoint de la France et des États-Unis, réunissant deux délégations libyennes.

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C’est parfois dans le secret des salons du pouvoir que la diplomatie avance. Ainsi, selon des sources françaises de haut niveau, une rencontre secrète a eu lieu à Paris sous le parrainage conjoint de la France et des États-Unis, réunissant deux délégations libyennes représentant des camps traditionnellement opposés. L’une de ces équipes était dirigée par Saddam Khalifa Haftar, le vice-commandant de l’État-Major général, l’autre « team » ayant à sa tête Ibrahim Dbeibah, le conseiller du Gouvernement d’unité nationale.

Christophe Moncel.

Le but de cette tentative de conciliation était de relancer différents processus politiques capables d’unifier les institutions de l’État libyen, puis de former un gouvernement unifié.

Selon des sources françaises de Mondafrique, la rencontre s’inscrit bel et bien dans des démarches diplomatiques menées de concert par le couple américano-français. Ce qui montre que Paris et Washington continuent parfois de travailler en commun, ici pour trouver un consensus libyen. L’effort porte donc sur la nécessité d’établir ce fameux consensus entre les parties libyennes. Le travail diplomatique s’est concentré sur l’avenir et la nature des futures institutions politiques et l’attribution de leurs pouvoirs, l’objectif final étant d’examiner des options qui permettent de former un gouvernement unifié de nature à réduire la division entre l’Est (le commandant Haftar et ses partisans) et l’Ouest (les institutions loyales à Dbeibah).

Aguila Saleh sur le banc de touche

Cette rencontre parisienne a conduit à des progrès mais aussi laissé des désaccords. Ainsi les deux parties se sont entendues pour « mettre fin au rôle du président de la Chambre des représentants, Aguila Saleh, et l’écarter complètement dans le cadre d’un nouveau processus politique de transition nationale ». Sur ce point un calendrier a été établi.

Par ailleurs il a été convenu de réduire le rôle du Conseil présidentiel, et même de le limiter définitivement, avec la possibilité de le remplacer par un organe commun aux deux camps, ou, à défaut, de changer le président du Conseil et ses deux vice-présidents.

L’accord entre les deux parties indique, nous dit notre source, qu’il est maintenant possible d’examiner l’adoption de l’accord maritime conclu entre la Libye et la Turquie « dans le cadre d’un règlement politique englobant les intérêts des différentes parties ». En effet, jusqu’à présent, l’accord de 2019 entre le Gouvernement d’Entente Nationale et la Turquie, demeure, en Libye, un sujet de controverse interne quant à sa légitimité et à la nécessité de son approbation par le Parlement.

Restent certains points cruciaux évoqués lors de cette rencontre secrète. Selon nos informations, Saddam Haftar aurait refusé d’accepter une condition portant sur la fin de la présence de certaines personnalités au sein de grandes institutions souveraines de l’État (exigence posée par le parti de l’Ouest), comme préalable à l’approbation de tout accord politique. Ce refus refléterait la persistance du principal désaccord entre les parties, à savoir l’identité des personnalités appelées à diriger la prochaine phase de transition. Par ailleurs, selon la même source, Saddam Haftar exigerait l’obtention des deux-tiers des postes du futur gouvernement, y compris les ministères des Affaires étrangères, des Finances, de l’Intérieur et de la Défense, ainsi que la présidence et la direction des institutions de la Banque centrale, du secteur pétrolier et de l’investissement, le tout comme condition essentielle pour avancer vers toute solution politique globale.

 

 

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Le crash qui a décapité l’état-major libyen est hautement suspect https://mondafrique.com/international/decapitation-de-letat-major-libyen-en-turquie-dans-un-crash-hautement-suspect/ Tue, 27 Jan 2026 05:45:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145895 Entre défaillances électriques étonnantes et réseaux logistiques opaques, l’accident du Falcon 50 qui transportait le général Al-Haddad et une partie de l’état-major libyen fait l’objet d’une enquête approfondie des autorités turques et suscite des soupçons d’interférences extérieures. Par la rédaction de Mondafrique Le soir du 23 décembre 2025, les lueurs de l’incendie qui ont déchiré […]

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Entre défaillances électriques étonnantes et réseaux logistiques opaques, l’accident du Falcon 50 qui transportait le général Al-Haddad et une partie de l’état-major libyen fait l’objet d’une enquête approfondie des autorités turques et suscite des soupçons d’interférences extérieures.

Par la rédaction de Mondafrique

Le soir du 23 décembre 2025, les lueurs de l’incendie qui ont déchiré le ciel de Haymana, dans la périphérie d’Ankara, n’étaient pas celles d’un simple accident de l’aviation civile. La destruction de l’appareil Dassault Falcon 50 a emporté avec elle une architecture sécuritaire hyper sensible. À bord de l’avion se trouvaient le général de corps d’armée Mohamed Al-Haddad, figure de proue de l’état-major de l’Ouest libyen, et ses plus proches collaborateurs. Ce qui a pu faire croire, de prime abord, à une défaillance mécanique sur un appareil quadragénaire ouvre en réalité un arc de questions vertigineuses, là où les enjeux de renseignement international se disputent les restes du « gâteau libyen ».

Six minutes de « cécité » : anatomie d’une chute libre

La chronologie des faits, enregistrée par la tour de contrôle d’Esenboğa, défie les probabilités statistiques de la sécurité aérienne. Jusqu’à 20h31, le vol 9H-DFS s’inscrivait dans une routine parfaite à 32 000 pieds. L’alerte « Pan-Pan » lancée par le commandant signale alors une défaillance technique sérieuse, mais gérable. Pourtant, en moins de cent-vingt secondes, la situation bascule dans l’irréel.

À 20h33, l’activation du code d’urgence maximum « 7700 » précède un « black-out électrique total ». Sur un appareil Falcon 50, la redondance des systèmes est la règle d’or : les trois moteurs disposent de générateurs indépendants. Un obscurcissement simultané de tous les instruments de bord suggère une rupture systémique fulgurante, souvent incompatible avec une simple usure mécanique. À 20h38, l’avion disparaît des radars. Il ne s’agit pas d’un atterrissage d’urgence, mais d’une chute libre dépassant les 5 000 pieds par minute. Des témoins oculaires rapportent une dislocation de l’appareil en plein ciel avant l’impact, dispersant débris et restes humains sur un rayon de trois kilomètres. Les 8 occupants du jet, parmi lesquels 3 membres d’équipage dont deux Français, sont tués. Suicide mécanique ou intervention extérieure chirurgicale ?

Les liaisons dangereuses de Harmony Jets entre Lyon et Malte

Au cœur de l’enquête surgit une figure singulière : Pierre-Olivier Édouard. Cet ancien pilote français, fondateur de la société Harmony Jets, enregistrée à Malte en 2017, gère ses opérations depuis une succursale située à Lyon. Sa spécialité : « voler là où les autres ne vont pas ». Ce pragmatisme a séduit l’état-major de Tripoli mais soulève aujourd’hui une faille de souveraineté cinglante.

Le passif de la société interroge. En 2025, des rapports d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU ont pointé du doigt Harmony Jets pour des violations présumées de l’embargo sur les armes, faisant état du transport d’instructeurs militaires de la firme Irish Training Solutions (ITS) vers Benghazi — le fief de l’adversaire de l’Est. Comment le haut commandement de l’Ouest libyen a-t-il pu confier ses déplacements les plus stratégiques à un opérateur dont la flotte de cinq avions multipliait les rotations charter (47 vols recensés) entre l’Europe et des zones d’influence hostiles ?

Les trajectoires du Falcon 9H-DFS avant son ultime escale à Ankara dessinent d’ailleurs une cartographie troublante :

  • 15 décembre 2025 : Bruxelles – N’Djamena (Tchad)
  • 16 décembre 2025 : N’Djamena – Abou Dhabi (Émirats arabes unis)
  • 18 décembre 2025 : Abou Dhabi – Djouba (Soudan du Sud) puis Le Caire

Cette itinérance dans des hubs géopolitiques clés renforce l’idée que l’appareil était bien plus qu’un simple taxi aérien : un vecteur au cœur de réseaux d’influence poreux.

Une décapitation stratégique

L’onde de choc qui a suivi le crash n’est pas seulement humaine ; elle est structurelle. L’appareil ne transportait pas que le général Al-Haddad, mais ce que les observateurs décrivent comme le « cerveau » collectif de l’état-major de Tripoli. La liste des victimes révèle l’ampleur du vide creusé en un instant dans l’appareil sécuritaire libyen :

  • Mohamed Al-Haddad : plus qu’un chef d’état-major, cet officier formé à l’Académie militaire en 1987 était l’architecte du cessez-le-feu de 2020. Son rôle de médiateur entre les factions armées de l’Ouest et d’acteur du dialogue avec l’Est faisaient de lui un pivot indispensable de la stabilité précaire.
  • Al-Fitouri Ahmed Gribbil : commandant des forces terrestres et membre clé du Comité militaire 5+5. Sa disparition fragilise directement les efforts d’unification de l’armée nationale sous l’égide de l’ONU.
  • Mahmoud Al-Qatyoui : directeur de l’Organisme de fabrication militaire. Il était l’homme de l’autonomie de défense, supervisant les contrats sensibles et le développement des capacités de production locale.
  • Mohamed Diab Al-Asawi : conseiller stratégique et figure de proue de l’opération « Al-Bunyan Al-Marsous ». Expert en planification, il était chargé de réviser les accords de sécurité internationaux, notamment avec la Turquie.

L’élite militaire de Tripoli revenait d’une réunion marathon de six heures avec les hauts commandants turcs. Le timing, coïncidant avec la prolongation du mandat des forces turques en Libye, transforme cet accident en une « coïncidence » géopolitique hautement suspecte.

Tripoli a-t-il sacrifié sa souveraineté sur l’autel de la vétusté ?

Une question hante les chancelleries : comment le chef d’état-major d’un pays assis sur les plus grandes réserves de pétrole d’Afrique a-t-il pu voyager à bord d’un avion de quarante ans d’âge ? L’affrètement de cet appareil auprès d’une société privée, dont la maintenance est opérée à Lyon et l’équipage composé de nationalités hétérogènes (française et chypriote-grecque), constitue une violation flagrante des protocoles de « sécurité souveraine ».

En confiant leurs mouvements à un opérateur privé, les dirigeants libyens ont exposé leurs données de navigation et leurs secrets de déplacement à des regards étrangers, transformant le commandement militaire en une cible vulnérable dans un espace aérien saturé d’intérêts divergents.

Migration des boîtes noires et « grand jeu » diplomatique

L’affaire du « témoin silencieux » orange est entrée dans une phase de tergiversations internationales qui rappelle les heures les plus sombres de la guerre froide. Après avoir affirmé que les boîtes noires étaient intactes, Ankara a brusquement évoqué des dommages rendant l’analyse locale impossible et a indiqué chercher un « pays neutre » pour procéder à leur examen.  S’en est suivi un ballet diplomatique singulier :

  • Refus turc opposé à la France : bien que la France soit le pays constructeur (Dassault) et le lieu de maintenance, la Turquie lui a opposé une fin de non-recevoir, craignant une « politisation » des résultats ou la révélation de failles impliquant des réseaux français.
  • Défaillance allemande : Berlin a été sollicité avant de se retirer avec une froideur diplomatique inédite, invoquant un « manque de capacités techniques » — argument difficilement recevable pour la première puissance industrielle d’Europe.
  • Étape finale britannique : c’est finalement au Royaume-Uni que les enregistreurs ont été confiés pour analyse.

Ce retard, qualifié d’« énigmatique » par le président du Parlement libyen, Aguila Saleh, laisse planer l’ombre d’une négociation en coulisses pour « lisser » les conclusions d’un rapport potentiellement incendiaire.

L’hypothèse d’un sabotage

Pour les experts de l’aéronautique militaire, une panne électrique générale sur un Falcon 50 est difficilement imaginable. La conception même de l’appareil, avec ses trois réacteurs motorisés de manière indépendante, rend la probabilité d’une extinction totale quasi nulle sans une intervention malveillante. Trois pistes sérieuses se dessinent, dès lors, dans les cercles de renseignement :

  1. Le sabotage physique : l’implantation d’un dispositif de perturbation ou d’une micro-charge explosive dans les bus bars (barres omnibus), centres névralgiques de la distribution électrique.
  2. La cyber attaque de précision : bien que l’appareil soit ancien, ses systèmes de navigation modernisés par Harmony Jets sont vulnérables à un piratage à distance capable de fausser les données d’altitude et de verrouiller les commandes.
  3. L’explosion structurelle : les témoignages faisant état d’une dislocation en plein vol renforcent l’hypothèse d’un engin explosif placé dans une zone critique du fuselage, provoquant une décompression explosive immédiate.

Séisme à Tripoli et recomposition forcée du pouvoir

Sur le front politique, l’accident a provoqué un vide que le Conseil présidentiel s’est trouvé contraint de combler dans l’urgence. La nomination du général Salah Al-Namroush comme chef d’état-major par intérim, alors que les noms d’Osama Juili et Ahmed Boushama et  Abelbacet Marouane circulent déjà pour une succession permanente, illustre la fébrilité du camp de l’Ouest.

Cependant, c’est du côté de l’Est libyen que les réactions sont les plus scrutées. Les déclarations d’Aguila Saleh liant subtilement le crash aux accords maritimes turco-libyens suggèrent que cet événement pourrait servir de levier dans les négociations sur l’unification de l’institution militaire. L’accident survient d’ailleurs au moment où la Grèce, Israël et Chypre renforcent leur coopération militaire en Méditerranée, perçue comme un contrepoids direct à l’influence d’Ankara.

Le « témoin silencieux » et le mystère de l’hôtesse chypriote

L’enquête turque a pris, ces derniers jours, une dimension plus complexe. Tandis que les enregistreurs de vol étaient confiés à des laboratoires britanniques pour analyse, des informations relayées par plusieurs médias turcs évoquent l’audition, pour le moment sans suite, d’un membre d’équipage de nationalité chypriote-grecque. Aucune communication officielle n’est encore venue préciser la nature ou la portée de ces investigations.

Pourquoi cette membre d’équipage est-elle au centre d’une enquête coordonnée par le parquet d’Ankara ? Avait-elle accès à l’appareil durant les phases de maintenance ou d’escale ? La réponse à cette question, jointe aux analyses de trajectoire du vol 9H-DFS, pourrait transformer l’accident en une affaire d’état internationale impliquant plusieurs capitales méditerranéennes.

Un secret enterré dans les sables mouvants

Si le rapport britannique conclut à une simple « fatigue des matériaux », le dossier judiciaire pourrait se refermer à Ankara mais sans éteindre le soupçon dans la mémoire collective libyenne. La disparition de Mohamed Al-Haddad dans de telles circonstances demeure un échec retentissant dans la gestion des risques souverains de la Libye.

Ce drame, écrit avec du sang sur les nuages d’Ankara, apparaît comme le premier chapitre d’une nouvelle lutte d’influence. En Méditerranée, où les intérêts gaziers et militaires s’entremêlent, la vérité est souvent la première victime. Pour l’heure, elle reste confinée dans le mutisme d’une boîte orange en transit vers Londres, tandis que Tripoli tente de panser ses plaies dans un climat de méfiance généralisée.

 

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Un procès Sarkozy baclé et un témoin libyen clé, Souheil Rached, ignoré https://mondafrique.com/a-la-une/temoin-cle-des-largesses-de-kadhafi-souheil-rached-vit-desormais-en-egypte/ Mon, 10 Nov 2025 17:45:00 +0000 http://www.mondafrique.info/?p=3372 Le procès contre Nicolas Sarkozy qui avait débuté le lundi 6 janvier dans l’épais dossier d’un éventuel financement libyen des comptes de campagne de ce dernier s’zqt terminé par une condamnation brutale à cinq ans de prison ferme et par un placement en détention dans les semaines qui viennent sans attendre la prcédure en appel. […]

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Le procès contre Nicolas Sarkozy qui avait débuté le lundi 6 janvier dans l’épais dossier d’un éventuel financement libyen des comptes de campagne de ce dernier s’zqt terminé par une condamnation brutale à cinq ans de prison ferme et par un placement en détention dans les semaines qui viennent sans attendre la prcédure en appel.

Nicolas Sarkozy, sans surprise, a été mis en liberté, lundi 10 novembre, par la cour d’appel de Paris, sous un étroit contrôle judiciaire. Si sa détention a été « un cauchemar », l’audience, en visioconférence de la maison d’arrêt de la Santé, à Paris, a été pénible. Mais l’ancien chef de l’Etat, condamné à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l’affaire libyenne, a obtenu l’essentiel. Il est sorti de prison vers 16 heures, dans une voiture aux vitres teintées, escortée par deux motards.

Indépendamment de l’intime conviction que l’on puisse avoir sur les possibles frasques financières de Nicolas Sarkozy, les condamnations que vient de prononcer la justice française en première instance ne reposent que sur un faisceau de présomptions où les bonnes relations nouées entre Sarkozy et Khadafi, lors de l’arrivée au pouvoir du premier en 2007, jouent un rôle central.  Notons que la France n’est pas la seule alors à tendre la main aux Libyens . L’administration américaine très hostile au départ au régime libyen s’était elle aussi rapproché de la dictature libyenne tout comme l’ancien Premier ministre anglais, Tony Blair, reçu régulièrement par le Guide libyen lui même. 

Faute de tout versement direct avéré de  Mouammar Khadafi à l’ancien Président français et en l’absence de tout « pacte de corruption » que le Tribunal d’ailleurs n’a pas retenu, les magistrats se sont rabattus sur le délit d' »association de malfaiteur ». Or on connait le caractère élastique et approximatif de ce délit. Fautes de preuves irréfutables, l’accusation n’a pas fait dans le détail. Nicolas Sarkozy a oeuvré en faveur du rapprochement avec la Libye? Des intermédiaires de second rang mais proches alors de l’Élysée, dont notamment Ziad Takieddine ou Alexandre Djhouri, étaient en lien avec la Libye? Et ces dernier ont profité des bonnes relations Sarkozy/Khadafi pour toucher quelques largesses du guide libyen? C’est que l’ancien président, concluent les juges, était au coeur d' »une association de malfaiteurs » qui a organisé la distribution de largesses bien modestes au regard des dizaines de millions que Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir touché.  

Le mystérieux témoin épargné, Souheil Rached,

Mondafrique revient sur le mystérieux Souheil Rached, un agent de la Libye qui n’a jamais été entendu par la justice et qui fait partie pourtant des onze personnalités que l’ancien Président de la République et ses amis n’ont pas eu le droit de rencontrer depuis le début de l’instruction. Cet oubli est d’autant plus surprenant que ce représentant de Mouammar Kadhafi en France, au mieux avec Nicolas Sarkozy et ses proches, actif en Afrique francophone et très lié aux services français, est parfaitement au courant des relations entre le pouvoir français et le Guide libyen.

Son audition aurait permis d’éclairer utilement les coulisses de ce dossier complexe de financement politique. En privé en effet et lorsqu’il se confiait à son entourage, Souheil Rachel révélait la réalité des aides de Kadhafi à la classe politique française, de gauche comme de droite. « Onze millions, leur expliquait-il, ont été versés à Nicolas Sarkozy via l’Allemagne et en deux fois, sept millions puis quatre millions. Une dizaine de millions ont été donnés à une personnalité de gauche très en vue au Parti Socialiste ». Notons que l’ancien ministre libyen du pétrole, Choukri Ghanem, retrouvé mort noyé à Vienne, évoquait la somme de 6,5 millions versées par ses amis à Nicolas Sarkozy. On n’est pas loin des sept millions dont parle Souheil Rached dans ses confidences. La piste aurait mérité d’être creusée.

                                                                        Nicolas Beau

           Souheil Rached, le barbouze libyen qui en savait trop

Ancien photographe de presse au Liban, Souheil Rached aura été surtout dans sa jeunesse un militant courageux et déterminé du FPLP, l’organisation palestinienne de Georges Habache. C’est à ce titre qu’il rencontre, durant la guerre au Liban, les milieux de renseignement français ainsi que le colonel libyen Saleh Drouki, alors ambassadeur de Libye à Beyrouth.

Présenté à Tripoli au « Guide », le jeune Souheil débute une carrière brillante et foudroyante auprès de Moussa Koussa, qui est chargé, sous l’autorité directe de Kadhafi, de tous les dossiers sensibles à l’étranger. À ce titre, Koussa négociera avec les Anglais le dossier « Lockerbie », du nom de ce village écossais où un avion de la Pan s’écrase en 1988, victime d’un attentat meurtrier (270 morts) qui sera imputé aux Libyens. Apparemment, Moussa Koussa, adepte du double jeu, saura s’y prendre avec les services anglais. Durant la guerre franco-anglaise en Libye en 2011, ce proche parmi les proches de Kadhafi s’enfuit en Angleterre, porteur de ses secrets d’État; il y sera fort bien accueilli, avant de gagner l’Arabie Saoudite, où il séjourne.

De Paris à Bamako

Jusqu’à l’intervention en Libye en 2011, Souheil Rached, francophone et francophile, est l’homme qui connait le mieux les relations entre Tripoli et Paris, comme le raconte fort bien dans le livre « Sarkozy/Kadhafi, histoire secrète d’une trahison » (Le Seuil) la journaliste Catherine Graciet. Le domaine d’intervention de cet agent d’influence s’étend même en Afrique francophone. À l’époque, Kadhafi se veut le roi de l’Afrique sahélienne, où il déverse des dizaines de millions de dollars. Mais il s’agit de pays d’influence française. Souheil Rached déploie tout son talent pour rapprocher les hommes de Kadhafi, la diplomatie française et les chefs d’État africains, notamment au Mali et au Niger.

À Bamako encore aujourd’hui, cet homme de l’ombre est consulté par le président IBK. En revanche à Niamey, il n’est plus personna grata, car les militaires nigériens n’ont guère apprécié la façon dont il a mis en cause leur incompétence et leur corruption auprès du président nigérien Issoufou. Lors de son dernier séjour dans ce pays, il sera exfiltré par la DGSE française dès son arrivée. Les patrons de l’armée nigérienne voulaient lui faire la peau.

Bakchichs pour tous

Depuis peu, Souheil Rached séjourne au Caire où il joue un röle discret pour conseiller le pouvoir égyptien sur le dossier libyen. On peut imaginer qu’il est en phase avec son ancien patron, Moussa Koussa, qui, lui, est consulté par le régime Saoudien. À Riyad comme au Caire, on souhaite que l’ordre revienne en Libye et que les frères Musulmans soient définitivement chassés du pouvoir à Tripoli.

Fort habile, Souheil Rached a maintenu des liens étroits avec ses amis de la DGSE (services extérieurs) ou de la DGSI (contre espionnage), où il avait ses entrées. Ce qui explique que ses séjours parisiens aient toujours été discrets et protégés depuis que l’affaire du financement libyen a éclaté. À moins que les juges ne veuillent pas entendre un témoignage qui n’irait pas dans le sens de leurs à prioris. Ce qu’aurait à déclarer en effet ce témoin clé ne va pas dans le sens de ce qu’on entend généralement sur ce dossier, où seul Nicolas Sarkozy est mis en cause. En privé, Souheil Rachel n’hésitait pas à mettre en cause l’ensemble de classe politique française de gauche comme de droite.  » Onze millions, leur explique-t-il, ont été versés à Nicolas Sarkozy via l’Allemagne et en deux fois, sept millions puis quatre millions. Une dizaine de millions ont été donnés à une personnalité de gauche très en vue au Parti Socialiste ».

Cette version est à l’image du roué colonel Kadhafi, quarante deux années de rêgne, qui ne voulait jamais insulter l’avenir.

Quand Nicolas Sarkozy décida en 2011 d’intervenir en Libye

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Quand Nicolas Sarkozy décida en 2011 d’intervenir en Libye https://mondafrique.com/decryptage/nicolas-sarkozy-garde-a-vue/ Sat, 27 Sep 2025 03:20:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=17965 Mondafrique revient sur les conditions dans lesquelles l’ancien chef d’Etat Nicolas Sarkozy a décidé d’intervenir militairement en Libye en 2011.  Le 7 mars 2011, Nicolas Sarkozy convoque ses principaux ministres dans le solennel Salon vert de l’Élysée. L’ordre du jour de la réunion concerne « les flux migratoires en Méditerranée ». Ce jour-là, le chef […]

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Mondafrique revient sur les conditions dans lesquelles l’ancien chef d’Etat Nicolas Sarkozy a décidé d’intervenir militairement en Libye en 2011. 

Le 7 mars 2011, Nicolas Sarkozy convoque ses principaux ministres dans le solennel Salon vert de l’Élysée. L’ordre du jour de la réunion concerne « les flux migratoires en Méditerranée ». Ce jour-là, le chef de l’État précise pour la première fois les raisons de l’intervention en Libye. « Nicolas Sarkozy était très remonté, explique un des participants, on sentait que c’était vraiment lui qui voulait intervenir contre Kadhafi, même sans soutien international et quitte à affronter certains de ses ministres, dont notamment le Premier d’entre eux, François Fillon. » En début de réunion, Alain Juppé, alors patron des Affaires étrangères, résume l’opinion des principaux alliés de la France. « Les Américains ne sont pas très chauds, les Anglais peu pressés… » François Fillon renchérit : « Sans la participation américaine, ce serait de la folie de s’engager. » Nicolas Sarkozy l’interrompt. « Dans l’urgence et avec l’appui de la Ligue arabe et de l’Union africaine, une frappe chirurgicale franco-britannique en Libye est tout à fait envisageable. »

Et le chef de l’État enchaîne sur la nécessité d’organiser des « zones humanitaires » en Égypte et en Tunisie pour contenir un possible afflux de réfugiés lors de l’intervention. Peu lui importe que son fidèle Claude Guéant, alors ministre de l’Intérieur, émette quelques doutes sur la possibilité d’envisager de tels camps d’accueil. Son plan d’action ne souffre aucune réserve. «Kadhafi, insiste-t-ilencore, doit partir. »

Sarko le va-t-en guerre

Le Premier ministre Fillon tente une dernière sortie : « Sans les Américains, on va à la catastrophe. » « Je ne vois pas pourquoi, rétorque le président français, nous ne pouvons pas abandonner la population libyenne. » Le général Benoît Puga, chef d’état major particulier de Nicolas Sarkozy, fonction qu’il a conservée sous François Hollande, vient au secours du chef de l’État : « Compte tenu de la situation dégradée de l’aviation libyenne, dix hélicos, deux Mirage et six avions Stukai, nous pouvons facilement neutraliser les pistes de décollage. »

Rien ne semble pouvoir calmer les ardeurs guerrières de Nicolas Sarkozy contre le colonel Kadhafi. En mars 2011, les militaires français insistent pour intervenir au Mali, où les groupes djihadistes multiplient les prises d’otages. Les services français de renseignement ont localisé une réunion des principaux chefs d’Aqmi à Tombouctou. Il faut les « enfumer », sans autre forme de procès. La DCRI est sur la même position. Rien n’y fait. Nicolas Sarkozy leur prête une oreille distraite. Sa seule obsession reste la Libye.

Le 7 juillet 2011, un déjeuner a lieu entre les présidents français et nigérien, accompagnés de leurs principaux collaborateurs. Le Niger a quelque indulgence pour Kadhafi qui a généreusement aidé le régime. « Nous avons plaidé, le président Mahamadou Issoufou et moi, explique le ministre nigérien des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum, pour que l’on puisse trouver un compromis entre certains proches de Kadhafi plus ouverts et le Conseil national de transition pour faire cesser les hostilités. Mais Nicolas Sarkozy n’en voulait à aucun prix, il était buté sur ses positions. Les conseillers et les ministres présents n’étaient pas d’accord avec lui, cela se lisait sur leurs visages. Mais personne n’osait le contredire. » Nicolas Sarkozy veut aller jusqu’au bout de sa guerre contre Kadhafi.

Pourquoi le retournement soudain de Nicolas Sarkozy ? L’ancien président a-t-il cherché à faire table rase du passé et à oublier l’épisode extravagant de la réception à Paris à l’automne 2007 d’un colonel Kadhafi qui installait sa tente en face de l’Élysée ? À moins qu’il ne tentât de trouver une dictature de rattrapage pour bien montrer que lui aussi était en phase avec les soulèvements populaires du monde arabe ? En tout cas, Nicolas Sarkozy a été sensible aux conseils de son ami l’émir du Qatar, Cheikh Hamad Al Thani, qui voulait à tout prix cette guerre contre Tripoli. Ne serait-ce que pour conserver les 50 milliards de dollars que le régime de Kadhafi avait placés dans des banques de Doha à la belle époque et que l’émirat conserve aujourd’hui sans le moindre scrupule.

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L’incroyable histoire de la détention au Liban d’Hannibal Khadafi https://mondafrique.com/decryptage/lincroyable-histoire-de-la-detention-au-liban-dhannibal-khadafi/ Mon, 09 Jun 2025 04:31:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=135314 Bien qu’ayant seulement trois ans au moment des faits,  le fils de l’ex Guide libyen Mouammar Kadhafi, Hannibal Kadhafi, est accusé en raison de son rôle au sein du régime kadhafiste, de détenir des informations au sujet de l’enlèvement d’un imam libanais, l’influent religieux chiite Moussa Sadr. Détenu depuis dix ans au Liban sans preuve […]

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Bien qu’ayant seulement trois ans au moment des faits,  le fils de l’ex Guide libyen Mouammar Kadhafi, Hannibal Kadhafi, est accusé en raison de son rôle au sein du régime kadhafiste, de détenir des informations au sujet de l’enlèvement d’un imam libanais, l’influent religieux chiite Moussa Sadr. Détenu depuis dix ans au Liban sans preuve tangible, ll incarne les non-dits d’un dossier qui enflamme toujours Beyrouth, Tripoli et Téhéran

Les autorités libanaises l’ont détenu sans procès depuis son arrestation en décembre 2015, malgré des appels d’ONG telles que Human Rights Watch et de son avocat à obtenir sa libération .

Des rumeurs annonçant sa libération au début mars 2025 ont été formellement démenties par son avocat, qui a affirmé qu’aucun changement dans son statut juridique n’était intervenu depuis 2017

Bechir Jouini, chercheur

Hannibal Kadhafi, âgé de 50 ans, refuse de finir oublié dans les prisons libanaises. Le fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a été arrêté au Liban en décembre 2015 après avoir été enlevé par un groupe armé, dont certains membres seraient liés à l’ancien député libanais Hassan Yaacoub.

Marié à la Libanaise Aline Skaf, Hannibal est détenu depuis dix ans sans motif légal valable, selon ses avocats, tandis que la justice libanaise l’accuse de « dissimulation d’informations » – un crime passible d’une peine maximale de trois ans – dans le cadre de l’affaire de la disparition de Moussa Sadr[1], chef spirituel de la communauté chiite libanaise et fondateur du mouvement Amal[2].

Les autorités libanaises n’ont pas réussi à punir le père, Mouammar Kadhafi, mort avant la révolution contre son régime en 2011. Vont-elles se venger sur le fils ? Quoi qu’il en soit, Hannibal Kadhafi insiste sur le fait qu’il n’avait que deux ans au moment de la disparition du religieux chiite et de ses deux compagnons en 1978.

Mais pourquoi cette affaire est-elle si importante pour la Libye, mais aussi pour d’autres pays comme l’Iran, la Syrie, l’Irak et l’Italie ?

Tout commence avec la présentation du chef de la délégation tripartite, dont plusieurs parties accusent la Libye de l’avoir fait disparaître ou de l’avoir liquidé : il s’agit de l’influent religieux Moussa Sadr. Né le 4 juin 1928 dans la ville iranienne de Qom, il a grandi dans une famille de savoir et de jurisprudence. Il fut l’un des premiers clercs à allier sciences religieuses et modernes. En 1954, après avoir obtenu des diplômes universitaires en sciences modernes, il se rendit à Najaf pour approfondir ses études religieuses. C’est là qu’il rencontra le cheikh Mohammed Yaacoub, qui deviendra son compagnon le plus proche (et qui l’accompagnera dans son voyage en Libye avant de disparaître avec lui).

Par la suite, il entama son activité religieuse depuis la ville libanaise de Tyr en 1959, avant d’être élu président du Conseil islamique chiite en 1969. Ses responsabilités ne cessèrent de croître, et il parcourut tout le Liban, rassemblant les efforts autour de ce qu’il considérait comme un projet politique unificateur de toutes les confessions. Ce projet se concrétisa en 1974 avec la création du « Mouvement des déshérités », qui rassemblait des personnalités libanaises de toutes les confessions. Il tenta, en unissant ces figures, de faire face à la guerre civile libanaise qui éclata en 1975, en menant plusieurs manifestations et sit-in qui ouvrirent la voie à la mobilisation pour la création du mouvement Amal.

L’imam Moussa Sadr soutint également la cause palestinienne et la résistance, tout en s’opposant à l’installation des Palestiniens au Liban et en critiquant les exactions de certaines organisations palestiniennes dans le pays.

À la même époque, les événements au Liban étaient influencés par le régime de Mouammar Kadhafi, l’un des principaux financeurs et soutiens de la guerre civile libanaise. Moussa Sadr tenta de contenir les conséquences de cette implication libyenne en ouvrant des canaux de communication avec les autorités libyennes, d’autant plus qu’Israël avait envahi le sud du Liban, rendant cruciale l’unité face à ce nouveau défi.

Il entama alors une tournée arabe, commençant par l’Algérie, où il rencontra le président Houari Boumédiène, qui lui conseilla de se rendre auprès de Kadhafi pour obtenir son soutien et mettre fin aux agressions contre le Liban. C’est ainsi que, le 24 août 1978, l’imam reçut une invitation officielle à visiter la Libye, remise par le chargé d’affaires libyen au Liban, Mahmoud Ben Kourra. Malgré les doutes et les craintes de son entourage, il partit à la tête d’une délégation comprenant le cheikh Mohammed Yaacoub et le journaliste Abbas Badr.

Cependant, des questions entourèrent cette invitation dès l’arrivée de la délégation en Libye : aucun responsable libyen ne les accueillit officiellement, seuls l’employé Hassam Milad et Ahmed Chhati, directeur du bureau des relations extérieures, furent présents. L’imam n’eut qu’une brève rencontre de quelques minutes avec Abdallah Senoussi, chef des renseignements libyens, ce qui attisa sa colère et le poussa à demander à partir, d’autant que son épouse était hospitalisée à Paris pour traitement. Pourtant, les autorités libyennes le firent patienter cinq jours avant la mystérieuse rencontre avec Mouammar Kadhafi.

La rencontre entre Kadhafi et l’imam .

Hussein Kanan, chef du bureau politique du mouvement Amal, témoigne dans une déclaration importante que Mouammar Kadhafi aurait proposé à l’imam Moussa Sadr un soutien illimité, déclarant : « La Libye, avec ses armes et ses ressources, est à ta disposition si tu combats les Maronites. » La réponse de l’imam fut un refus catégorique, ce qui provoqua la colère de Kadhafi, mettant fin à la réunion.

Après cela, les nouvelles de l’imam Moussa Sadr et de son compagnon cessèrent. Des manifestations éclatèrent au Liban, et il devint évident que sa disparition aurait un impact profond sur le Liban et d’autres pays liés à lui. Le 17 septembre 1978, la Libye publia un communiqué affirmant que Sadr et Yaacoub étaient partis soudainement en direction de l’Italie.

C’est alors que surgirent des récits contradictoires, entre démentis, confirmations et pistes de disparition suspectes. Voici les principales versions qui ont circulé depuis cette date jusqu’à récemment :

  1. Abd el Rahman Chalgham (ancien ministre des Affaires étrangères)

Abd el Rahman Chalgham a indiqué que Moussa Sadr avait besoin d’un soutien financier et militaire pour le mouvement Amal. Il a rencontré le président algérien Houari Boumédiène, qui n’a pas répondu à sa demande mais lui a conseillé de se rendre en Libye, recommandant Mouammar Kadhafi à son égard. Chalgham a mentionné que les assistants de Moussa Sadr et plusieurs de ses proches avaient tenté de l’en dissuader, mais il a pris le risque de s’y rendre. La rencontre avec Kadhafi fut houleuse, les deux hommes s’opposant sur plusieurs questions religieuses.

Selon les rumeurs libanaises, la rencontre s’est mal terminée, mais l’ancien ministre libyen des Affaires étrangères s’interroge sur l’existence réelle de divergences entre Sadr et le régime de Kadhafi, rejetant cette version. Il souligne que Kadhafi se considérait comme un descendant de Moussa al-Kadhim (un imam chiite) et que Moussa Sadr n’était pas opposé aux révolutionnaires, tels que définis par le système libyen.

Chalgham minimise également une autre version rapportée par Mohammed Ramadan, conseiller spécial de Kadhafi, selon laquelle le régime aurait tué Moussa Sadr via les officiers Faraj Bougala et Bachir Hamida, puis aurait chargé l’agent des renseignements Mohammed Al-Rahibi de jouer le rôle de Sadr et de voyager à Rome avec deux accompagnateurs.

Après la révolution libyenne du 17 février 2011, plusieurs corps d’opposants au régime de Kadhafi ont été retrouvés, dont celui de Mansour El-Kikhia, ancien ministre des Affaires étrangères[3], enterré dans une villa du quartier d’Al-Andalus. L’ancien Premier ministre libyen Mahmoud Jibril aurait déclaré à Chalgham que des recherches avaient été menées dans les lieux où Sadr était supposé se trouver, sans résultat. Le ministre italien de l’Intérieur, Fabbrizio, a fourni à Chalgham un dossier complet sur Moussa Sadr. Ce dernier a proposé la création d’une commission tripartite (Libye-Liban-Italie), mais les Libanais ont refusé.

  1. Abdessalam Jalloud (Premier ministre libyen à l’époque de la visite de Moussa Sadr)

Abdessalam Jalloud, l’une des figures majeures de l’ère Kadhafi avant de prendre ses distances en 1992 (puis de soutenir la révolution en 2011), a témoigné que Kadhafi convoquait habituellement le directeur des protocoles un mois avant les célébrations du 1er septembre[4] pour organiser les invitations. En 1978, Moussa Sadr fut invité, mais Jalloud affirme ne pas avoir été informé à l’avance.

Lorsqu’il apprit la disparition, il exprima son mécontentement et demanda à Kadhafi, lors d’un appel tendu, de révéler le sort des invités libanais. Kadhafi nia toute implication. Jalloud ajoute que Kadhafi aurait choisi un agent des renseignements ressemblant à Sadr pour le remplacer lors du voyage à Rome, une manœuvre qu’il qualifie de « maladroite ». Il explique que Kadhafi répétait que « la communauté chiite ne devait pas être dirigée par un chiite perse ».

  1. Ahmed Kadhaf al-Dam (responsable sécuritaire et cousin de Kadhafi)

Ahmed Kadhaf al-Dam nie toute logique derrière une éventuelle liquidation de Moussa Sadr par Kadhafi. Il souligne que le leader libyen avait des divergences avec ses pairs au Conseil de la révolution, mais n’a jamais éliminé l’un d’eux. Selon lui, Sadr n’était pas en opposition avec le régime et était même proche de lui.

Il s’interroge : pourquoi l’avoir fait venir à Tripoli pour le tuer alors que la Libye avait des groupes opérant au Liban ? Il conclut que ce mystère reste entier car certains ont intérêt à en faire un prétexte pour affaiblir la Libye, en punition de son soutien au Liban, à la Palestine et aux mouvements de libération.

Lors d’une visite à Téhéran sous Khatami, le président iranien lui demanda de servir de médiateur dans l’affaire Sadr. Il proposa une commission quadripartite (Iran, Syrie, Liban, Libye), avec Mohammad Baqer Abtahi (clerc iranien), Mohammad Nassif Khairbek (conseiller sécuritaire syrien) et Jamil El-Sayyed (directeur de la sûreté libanaise). Les réunions eurent lieu à Beyrouth et Genève, mais les efforts échouèrent en raison de l’opposition de Nabih Berri, chef du Parlement libanais et d’Amal[5].

  1. Aziz Oumar Chenib (colonel et ancien ambassadeur libyen en Roumanie et Jordanie)

L’ancien ambassadeur a affirmé que Kadhafi avait ordonné la liquidation de Moussa Sadr en 1978. Il détient une lettre importante pour la famille de Sadr, qu’il n’a jamais pu leur transmettre.

 

 

  1. Mohammed Abou Al-Qasim Al-Zouï (président du Parlement et ancien ministre de la Justice en Libye )

Al-Zouï a déclaré avoir vu Moussa Sadr et sa délégation descendre de l’avion le 31 août 1978. Étonné par l’absence de couverture médiatique, il ordonna une couverture, mais les journalistes ne les trouvèrent pas à l’hôtel.

L’ambassadeur mauritanien en Libye lui aurait confirmé avoir vu Sadr à l’aéroport. Al-Zouï a également vu les tampons italiens sur le passeport de Sadr, mais nie qu’Abdallah Senoussi ait été impliqué. Selon des sources internes, c’est Moussa Koussa (ancien chef des renseignements) qui aurait joué le rôle de Sadr lors du vol Tripoli-Rome.

  1. Mohammed El-Khaddar (ancien procureur de Tripoli)

El-Khaddar rapporte que l’avion libyen en provenance de Rome la première semaine de  septembre 1978 a été retardé de 30 minutes pour permettre à un agent des renseignements (probablement Mohammed Ali Al-Rahibi) d’embarquer. Ce dernier aurait joué le rôle de Sadr à l’hôtel Holiday Inn a Rome.

  1. Abdel Monem Al-Houni (ancien ministre et membre du Conseil de la révolution)

Al-Houni affirme que Sadr a été emprisonné à Tripoli, puis emmené à Syrte pour rencontrer Kadhafi. Espérant qu’il modifierait ses positions religieuses (qui avaient irrité Kadhafi), ce dernier ordonna sa liquidation lorsqu’il refusa de céder.

  1. Abd el Fattah Younès (ancien ministre de l’Intérieur et chef d’état-major en 2011)

Younès confirme que Sadr et ses compagnons furent tués quelques jours après leur arrivée en Libye par Sabri Al-Banna (Abou Nidal)[6], qui les enterra dans son jardin.

  1. La version italienne

Stefania Limenti (journaliste d’investigation) et Alessandro Politi (expert en sécurité) estiment que la version officielle libyenne n’est pas crédible. L’affaire pourrait être une opération internationale menée sur le sol italien.

  1. Habib Masoud (ancien gardien de prison)

Masoud a reconnu avoir gardé Moussa Sadr entre 1992 et 1994 dans une prison de Tripoli (rue Al-Nasr). Sadr bénéficiait de soins médicaux et de conditions décentes. Cependant, toute trace de lui disparut en 1995. En 2011, une inscription attribuée à Sadr fut découverte dans la prison d’Aïn Zara, confirmée par l’ancien détenu Moaz Bouhlega.

  1. La version américaine

En 1978, des responsables du Département d’État américain auraient informé la famille de Sadr qu’il avait été liquidé, avant de se rétracter. Le New York Times a évoqué une rivalité entre Sadr et l’ayatollah Khomeini, ainsi que des contacts secrets entre Sadr et le Shah d’Iran.

Andrew Cooper (universitaire à Columbia) estime que Sadr aurait pu changer le visage du Moyen-Orient s’il n’avait pas disparu[7].

  1. Ali Nouri Zadeh (chercheur iranien)
    Le chercheur iranien Ali Nouri Zadeh a révélé que l’entourage extrémiste de l’ayatollah Khomeini était responsable de l’élimination de l’Imam Sadr, afin de s’assurer le contrôle et la pérennité du pouvoir en Iran. Cela s’est concrétisé à l’été 1978 lorsque Sadr a disparu en Libye avec deux de ses accompagnateurs.

Le Dr. Ali Nouri Zadeh, ami personnel de Sadr et directeur d’un centre d’études spécialisé sur les affaires iraniennes à Londres, a expliqué que Sadr fut le premier à percevoir la menace que représentaient les extrémistes pour l’Iran à la fin des années 1970. Il avait engagé des contacts secrets avec le Shah Mohammad Reza Pahlavi, ce que Khomeini et son cercle ont découvert, les poussant à éliminer Sadr, considéré comme un obstacle à leurs ambitions. Cette opération fut menée en collaboration avec le régime de Kadhafi en Libye, alors en conflit avec le Shah.

Zadeh a précisé qu’il séjournait souvent chez Sadr à Beyrouth dans les années 1970 et était au courant des échanges entre ce dernier et le Shah. Une des lettres, interceptée à cause d’une trahison, serait parvenue à Khomeini au lieu du Shah, scellant le sort de Sadr. Selon Nouri Zadeh, Kadhafi n’a été qu’un exécutant dans cette affaire.

Les récits sur la fin de Sadr divergent : certains évoquent un assassinat en Libye, suivi d’un enfermement dans un cercueil en béton jeté en Méditerranée ; d’autres affirment que Kadhafi a dissous son corps dans de l’acide.

Nouri Zadeh mentionne également un sympathisant de Sadr, Moïn Zadeh, employé à l’ambassade d’Iran à Beyrouth, qui aurait remis une lettre de médiation destinée au Shah aux partisans de Khomeini (sans impliquer directement Khomeini, selon le chercheur). Parmi eux, Jalel Eddin Farsi et Mohammad Saleh al-Husseini, un Irakien d’origine iranienne, se seraient rendus en Libye pour convaincre Kadhafi de « faire disparaître » Sadr.

Enfin, Nouri Zadeh souligne que Khomeini, après la révolution, n’a jamais enquêté sur le sort de Sadr. Au contraire, des proches de Kadhafi dans l’entourage de Khomeini sont allés en Libye pour récupérer des fonds et des missiles Scud (40 unités), en échange de l’étouffement médiatique de l’affaire. Une campagne de diffamation contre Sadr a ensuite été orchestrée.

Un dossier au point mort : entre enjeux juridiques et humanitaires d’un côté, et considérations politiques et propagandistes de l’autre

Nul doute que le dossier de  Hannibal Kadhafi, fils du défunt colonel Kadhafi, détenu au Liban depuis décembre 2015, est entré dans une phase de stagnation. Plusieurs facteurs expliquent cette paralysie, notamment la situation particulière que traverse la Libye, marquée par des divisions politiques et des affrontements récurrents. À cela s’ajoutent la guerre en cours dans la bande de Gaza et au Liban, ainsi que les récents développements en Syrie.

Pourtant, Hannibal Kadhafi bénéficie d’un traitement « privilégié » dans sa cellule d’isolement, et sa famille ainsi que ses avocats lui rendent régulièrement visite. Malgré cela, Hannibal ne cesse de répéter qu’il est un « bouc émissaire, un otage et un prisonnier politique dans une affaire qui ne le concerne pas, puisqu’il n’était qu’un enfant au moment de la disparition de l’imam Moussa Sadr et de ses compagnons. »

L’organisation Human Rights Watch a qualifié sa détention d’« arrestation politique » et a maintes fois dénoncé son incarcération à Beyrouth, appelant les autorités libanaises à le libérer, d’autant plus qu’il est détenu depuis dix ans pour le seul crime de « dissimulation d’informations ». Pourtant, des déclarations du ministère libyen de la Justice avaient laissé entendre qu’il serait libéré – une information démentie par son avocat, Charbel Khoury, qui a affirmé :« La nouvelle de la libération de Hannibal Kadhafi est inexacte. »Il s’est dit surpris par la diffusion de telles informations sans confirmation officielle, précisant que la ministre libyenne de la Justice du gouvernement d’union nationale à Tripoli  Halima Abderrahmane avait récemment contacté son homologue libanais. Les deux parties se sont accordées sur une coopération concernant les dossiers de la disparition de l’imam Moussa Sadr et de l’arrestation de Kadhafi, afin de trouver une issue à ces deux affaires.

Khoury a également indiqué que des démarches avaient été entreprises ces deux dernières années, notamment auprès d’organisations internationales des droits de l’homme, ainsi que par le dépôt de plusieurs mémoires juridiques prouvant l’innocence de Kadhafi. Des demandes répétées de libération sous caution ont toutefois été rejetées.

Les autorités libyennes réclament à nouveau l’extradition de Hannibal : que veut la nouvelle Libye ? Et quelle différence entre Abdelhakim Belhaj et Al-Sedig Al-Sour ?

Des sources judiciaires libanaises ont révélé qu’à la fin du mois de mai 2025, elles avaient reçu une correspondance officielle du procureur général libyen Al-Sadiq Al-Sour, adressée au président du Conseil judiciaire libanais, le juge Suhail Abboud, au procureur général militaire, le juge Jamal El-Hajjar, et au juge d’instruction militaire Zaher Hammadeh.

Dans cette lettre, Al-Sour exige la libération immédiate de Hannibal Kadhafi, son extradition vers la Libye, son transfert vers un pays tiers ou son retour en Syrie, son pays d’asile. Il tient les autorités libanaises pour responsables des informations faisant état d’une détérioration de son état de santé.

Cette missive a déçu la partie libanaise, car elle intervient après des progrès tangibles dans l’enquête menée par la justice libyenne en coopération avec Hassan Chami, président du comité de suivi du dossier Sadr. Ce dernier a affirmé que Hannibal Kadhafi avait déclaré être prêt à fournir les informations demandées après sa libération et son départ du Liban – une preuve, selon Chami, qu’il détient bel et bien des éléments cruciaux dans cette affaire.

« Le système judiciaire libanais ne se discrédite-t-il pas lui-même en maintenant un homme en détention depuis dix ans sans que cela n’ait permis d’obtenir la moindre information utile à l’enquête ? », s’interrogent des observateurs.

Un dossier instrumentalisé ?

Certains analystes estiment que des parties prenantes cherchent à instrumentaliser la détention de  Hannibal Kadhafi à des fins politiques. Les espoirs reposent désormais sur le juge d’instruction militaire Zaher Hammadeh, dont on attend intégrité et transparence.

Pendant ce temps, Hannibal, incarcéré depuis dix ans à l’âge de 40 ans, vit derrière les barreaux. Il n’a aucun lien avec les agissements tyranniques de son père, et n’avait que deux ans au moment de la disparition de Sadr et de ses compagnons. Des rumeurs font même état de tentatives de le pousser au suicide…

Le Liban sous pression

La question se pose : le Liban, sous la présidence de Joseph Aoun, assistera-t-il à une intervention personnelle du chef de l’État pour obtenir la libération de Kadhafi ?

Quels sont les obstacles qui entravent sa libération ? (Difficulté de retirer le dossier transféré par décret gouvernemental au Conseil judiciaire ?)

De nombreux observateurs estiment que la détention de Kadhafi était avant tout un acte politique et un coup des services secrets de l’ancien régime syrien. La solution pourrait venir des canaux politiques ouverts entre Beyrouth et Damas, d’autant que sa détention prolongée ne sert en rien l’enquête principale, mais relève plutôt de la logique des milices en temps de guerre – une logique qui sape l’indépendance et l’intégrité de l’institution judiciaire. Il serait peut-être temps d’envisager une collaboration judiciaire commune, où chaque partie contribuerait à la recherche de la vérité, tout en laissant au juge d’instruction libanais une pleine liberté pour relancer la coopération avec la justice libyenne. Une idée doit prévaloir : la justice reste l’objectif suprême que tous doivent poursuivre.

[1] https://icibeyrouth.com/articles/1302465/moussa-sadr-une-vision-de-patria-libanaise-opposee-a-l-oumma-du-hezbollah

[2]  https://www.lesclesdumoyenorient.com/Amal-mouvement-chiite-libanais.html

[3] https://libyaobserver.ly/news/who-mansour-al-kikhia

[4] https://security-legislation.ly/latest-laws/constitutional-declaration-of-1969/

[5] https://www.lp.gov.lb/backoffice/uploads/files/CV%20President%20%20Berry%20En(2).pdf

[6] https://2001-2009.state.gov/s/ct/rls/rpt/fto/2801.htm

[7] https://www.mei.edu/profile/andrew-scott-cooper

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