Burkina Faso - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/burkina-faso/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Fri, 30 Jan 2026 08:25:57 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Burkina Faso - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/burkina-faso/ 32 32 Burkina: une purge dans une armée à bout de souffle https://mondafrique.com/limage-du-jour/burkina-faso-nouvelle-purge-dans-une-armee-a-bout-de-souffle/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/burkina-faso-nouvelle-purge-dans-une-armee-a-bout-de-souffle/#respond Thu, 29 Jan 2026 05:42:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146034 Depuis l’extradition de l’ancien président et putschiste Paul-Henri Sandaogo Damiba, le 17 janvier, une vague d’arrestations ciblées a éclairci les rangs des officiers. Cette purge vient affaiblir un peu plus une armée déjà épuisée par dix années de guerre contre les groupes armés djihadistes. La purge L’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba, soupçonné d’être l’instigateur d’un […]

Cet article Burkina: une purge dans une armée à bout de souffle est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Depuis l’extradition de l’ancien président et putschiste Paul-Henri Sandaogo Damiba, le 17 janvier, une vague d’arrestations ciblées a éclairci les rangs des officiers. Cette purge vient affaiblir un peu plus une armée déjà épuisée par dix années de guerre contre les groupes armés djihadistes.

La purge

L’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba, soupçonné d’être l’instigateur d’un complot visant à renverser son successeur à la fin de l’année 2025, a agi comme un détonateur. Dans les jours qui ont suivi, plusieurs sources ont évoqué une série d’arrestations et d’enlèvements visant des officiers soupçonnés de proximité avec l’ancien chef de la transition. Dans un post publié sous le pseudonyme Henri Segbo, nom de plume en hommage au journaliste d’investigation Norbert Zongo, assassiné en 1998, l’auteur évoque « une purge méthodique déclenchée par l’extradition de Damiba, ciblant ses proches et anciens collaborateurs dans un climat d’omerta».

Selon plusieurs sources burkinabè, cette traque aurait déjà touché des figures de premier plan, dont le commandant Abdoul Aziz Korogo, ancien numéro deux du Régiment de sécurité présidentielle, et le lieutenant-colonel Mahamadi Bonkoungou, ex-directeur général de l’Agence nationale de renseignement. Plus récemment, le capitaine Thomas d’Aquin Ilboudo, commandant du centre d’instruction régional de la 4ᵉ région militaire de Dori et proche de Damiba en 2022, aurait été enlevé à son domicile par un commando venu de Ouagadougou. Autant d’opérations qui renforcent l’idée d’une épuration ciblée au sein de l’institution militaire.

Un climat de suspicion permanent

Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022, les tentatives de coups d’État, réelles ou supposées, se sont multipliées. Toutes ont été déjouées par les services de sécurité dirigés par le capitaine Oumarou Yabré. Après chaque annonce de complot avorté, de nombreuses arrestations dans les rangs de l’armée ont suivi. Résultat : une institution progressivement décapitée de ses meilleurs éléments. La peur de la dénonciation, l’autocensure et la méfiance mutuelle se sont installées durablement dans les casernes.  

Cette nouvelle crise interne survient dans une armée déjà à bout de souffle. Plus de dix années de lutte contre les groupes armés djihadistes ont laissé des traces profondes : pertes humaines importantes, fatigue extrême des troupes, syndromes post-traumatiques largement ignorés, sentiment d’abandon sur le terrain.

Un calme trompeur

Si depuis quelques mois, l’armée burkinabè connaît une relative accalmie sur le front, cela ne saurait être interprété comme un tournant décisif dans la guerre. Le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) dirigé par Iyad Ag Ghaly a choisi de concentrer l’essentiel de ses forces sur le théâtre malien. Selon une source sécuritaire burkinabè, « il est vrai que depuis trois mois, le front s’est calmé : il n’y a plus de grosses attaques, mais presque quotidiennement des accrochages de faible intensité, notamment contre des postes de Volontaires pour la défense de la patrie (supplétifs de l’armée),  avec un ou deux morts à chaque fois ». Mais pour ce contact de Mondafrique, ce n’est pas la seule explication : «Les FDS ne sortent plus de leur base. Il y a une sorte d’accord  tacite : tant que personne ne provoque l’autre, chacun évite l’affrontement ». Une attitude qui s’explique par la lassitude et le découragement des militaires.

Dans ce contexte, les purges actuelles risquent d’achever de fragiliser une armée déjà éprouvée, au moment même où elle aurait le plus besoin d’unité, de confiance et de stabilité pour faire face à une menace qui, elle, n’a pas disparu.

Cet article Burkina: une purge dans une armée à bout de souffle est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
https://mondafrique.com/limage-du-jour/burkina-faso-nouvelle-purge-dans-une-armee-a-bout-de-souffle/feed/ 0
L’Arbre à palabres : un hommage vivant à Sotigui Kouyaté (23 janvier) https://mondafrique.com/loisirs-culture/larbre-a-palabres-un-hommage-vivant-a-sotigui-kouyate-23-janvier/ Tue, 20 Jan 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145495 Le 23 janvier, sous l’arbre à palabres du Burkina Faso, Hassane Kassi Kouyaté rend hommage à son père Sotigui à travers des contes initiatiques vivants, entre mémoire griotique, humour, sagesse et dialogue avec le public. Sotigui Kouyaté Avec L’Arbre à palabres, Hassane Kassi Kouyaté rend hommage à son père Sotigui Kouyaté, figure majeure du théâtre […]

Cet article L’Arbre à palabres : un hommage vivant à Sotigui Kouyaté (23 janvier) est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Le 23 janvier, sous l’arbre à palabres du Burkina Faso, Hassane Kassi Kouyaté rend hommage à son père Sotigui à travers des contes initiatiques vivants, entre mémoire griotique, humour, sagesse et dialogue avec le public.


Sotigui Kouyaté

Avec L’Arbre à palabres, Hassane Kassi Kouyaté rend hommage à son père Sotigui Kouyaté, figure majeure du théâtre et du cinéma africains, originaire du Burkina Faso. Plus qu’un spectacle, il s’agit d’un voyage sensible dans l’univers du conte, tel qu’il se transmet depuis des générations sous l’arbre à palabres : un espace de parole partagée, de sagesse collective et de lien vivant entre les êtres, profondément ancré dans les traditions ouest-africaines.

Sur scène, Hassane Kassi Kouyaté convoque des récits initiatiques venus d’Afrique et d’ailleurs, mais dont les racines plongent dans l’imaginaire et la culture du Burkina Faso. Des histoires pleines d’humour, de poésie et de profondeur, portées par une parole incarnée, rythmée, attentive à l’écoute du public. Loin d’une narration figée, le conte devient un moment d’échange : les spectateurs sont invités à réagir, répondre, rire, parfois même à entrer dans le jeu. Cette interaction constante recrée l’atmosphère conviviale des veillées traditionnelles, où la frontière entre celui qui raconte et ceux qui écoutent s’efface.

Cet hommage prend tout son sens à la lumière du parcours singulier de Sotigui Kouyaté. Issu d’une grande famille de griots du Burkina Faso, il connaît une vie aux multiples visages : footballeur professionnel, capitaine de l’équipe nationale burkinabè, puis comédien à partir de 1966. Sa carrière artistique est marquée par des collaborations majeures, notamment avec Peter Brook dans Le Mahabharata, œuvre monumentale qui le fait connaître sur les scènes internationales. Au cinéma, il s’illustre dans de nombreux films, dont London River de Rachid Bouchareb, rôle pour lequel il reçoit l’Ours d’argent du meilleur acteur au Festival de Berlin en 2009. Sotigui Kouyaté s’éteint le 17 avril 2010, laissant derrière lui une œuvre traversée par la spiritualité, la transmission et le dialogue des cultures.

Le Mandapa, lieu emblématique des arts du monde à Paris, occupe une place particulière dans cette histoire. Sotigui Kouyaté y est venu à de nombreuses reprises, souvent entouré de sa famille, renouant avec l’art du conte et la tradition griotique burkinabè. C’est dans cette continuité que s’inscrit aujourd’hui Hassane Kassi Kouyaté, lui-même comédien, metteur en scène et conteur, et directeur depuis 2019 du Festival des Francophonies en Limousin.

En redonnant corps à la parole du conte, Hassane Kassi Kouyaté prolonge l’héritage de son père et rappelle, du Burkina Faso aux scènes européennes, la puissance de la transmission orale.

Cet article L’Arbre à palabres : un hommage vivant à Sotigui Kouyaté (23 janvier) est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine https://mondafrique.com/decryptage/trump-et-linterdiction-de-visas-business-et-rivalite-avec-la-chine/ Sat, 10 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145058 L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques. Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas […]

Cet article Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques.

Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas à de nombreux pays, dont plusieurs en Afrique. Le dispositif a été étendu en janvier 2026 avec l’ajout de nouveaux États. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger se voient ainsi placés sous interdiction totale de visas, tandis que d’autres, comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal, intègrent pour la première fois la liste des pays soumis à des restrictions partielles.

Officiellement, ces mesures sont justifiées par des impératifs de contrôle migratoire et de sécurité nationale. Officieusement, elles s’inscrivent dans une logique plus large de diplomatie transactionnelle. Plusieurs pays du continent, à l’instar du Congo Brazzaville, redoutant un bras de fer avec Washington, privilégient la négociation bilatérale pour tenter de sortir du dispositif. Ils font appel à des avocats et des lobbyistes installés à Washington, qui se font chèrement payer. S’engagent alors des tractations qui dépassent largement la question des visas : ouvertures aux entreprises américaines, coopération stratégique, accès aux matières premières et aux minerais critiques. Bien entendu, en toile de fond, l’objectif principal de la Maison Blanche consiste à contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent.

D’autres pays, à l’inverse, ont opté pour une réponse plus ferme, fondée sur la réciprocité. C’est le cas du Tchad, soumis à une interdiction complète de visas depuis 2025, ainsi que des trois pays de l’Alliance des États du Sahel. Cette ligne de conduite n’est pas sans créer un certain embarras à Washington, qui cherche parallèlement à préserver son influence et ses coopérations sécuritaires afin de ne pas abandonner à d’autres puissances une région jugée stratégique.

Cet article Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Burkina, Ibrahim Traore installe sa famille au pouvoir https://mondafrique.com/politique/ibrahim-traore-la-famille-au-pouvoir/ Tue, 30 Sep 2025 00:36:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=103705 Après un énième complot déjoué contre sa personne il y a quatre jours, et l’arrestation de militaires et de civils soupçonnés de vouloir sa perte, Ibrahim Traoré s’en remet plus que jamais au cercle de sa famille proche pour continuer de gouverner le Burkina Faso d’une poigne de fer.

Cet article Burkina, Ibrahim Traore installe sa famille au pouvoir est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Le chef de  la junte, Ibrahim Traoré s’en remet plus que jamais au cercle de sa famille proche pour continuer de gouverner le Burkina Faso d’une poigne de fer.
Par Serigne Délaya

Il se dit héritier de Thomas Sankara, lève le poing gauche et psalmodie quelques slogans révolutionnaires. Les panafricanistes nostalgiques du grand leader burkinabè l’ont vite reconnu comme tel. Et pourtant, inutile de gratter longtemps pour se rendre compte non pas des différences mais des contradictions profondes entre les deux hommes. La conception du pouvoir de Thomas Sankara n’a rien à voir avec celle du capitaine Ibrahim Traoré, dit IB. Le premier a refusé d’associer les siens à la gestion du pouvoir. Le second ne fait que ça.

Autour d’IB, dans l’ancienne bâtisse coloniale au quartier Koulouba de Ouagadougou qui fut longtemps le siège de l’autorité – jusqu’à la construction, début 2000, de l’immense et moderne palais de Kosyam – c’est la famille qui règne.

L’aîné, Inoussa Traoré, a été dès l’accession au pouvoir de son frère nommé « Haut Représentant » du Président, un poste non prévu officiellement mais qui fait de son titulaire un vice-président de fait, avec des rôles officiels désormais connus. Le frère cadet Kassoum Traoré n’a, lui, officiellement, aucune fonction. Mais son petit bureau attenant à celui du Président ne désemplit pas, selon les assidus du palais.

L’homme de cabinet  
Inoussa Traoré, le grand-frère du Président

Les frères Traoré se sont bien partagé les rôles. L’aîné épaule le Président dans les fonctions politiques. Il dirige un shadow cabinet, qui réunit régulièrement les poids lourds du gouvernement pour délibérer sur les dossiers difficiles et préparer les décisions présidentielles:  De Tambela, Premier ministre jusqu’en décembre 2024, Basolma Bazié, ministre de la Fonction Publique, Emmanuel Ouédraogo, ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, et le général Kassoum Coulibaly, ministre de la Défense, par ailleurs oncle de la fratrie.

L’un des dossiers auquel le Président de la transition tenait particulièrement était celui de la maîtrise de la justice. Il vient d’y parvenir sans coup férir par une révision constitutionnelle qui remet les procureurs sous la coupe du ministre de la Justice. En effet, avec  l’insurrection de 2014, le Burkina Faso avait osé une réforme audacieuse de la justice. Tous les magistrats, y compris les procureurs, échappaient à la tutelle du ministère, situation inédite en Afrique. Des juges qui n’obéissent pas : cela n’était plus supportable pour le capitaine Ibrahim Traoré qui veut mettre tout le Burkina au pas. La réforme de la Constitution lui permet désormais de dicter ses volontés aux juges et de légaliser les enlèvements de dissidents qui commençaient à devenir problématiques pour le régime.

Inoussa Traoré est aussi l’interface du capitaine avec les hommes d’affaires et les partenaires spéciaux du pays. Il a installé pour cela un ministère des Affaires étrangères bis. En août 2023, à l’insu d’Olivia Rouamba, la ministre des Affaires étrangères de l’époque, il a établi des documents diplomatiques à l’intention du Prince saoudien, pour une visite officielle qui vit Inoussa Traoré bombardé « Haut Représentant » du Président de la transition. Agacés, les services de la ministre avaient complaisamment fait fuiter l’information. Inoussa Traoré en avait été fortement contrarié et s’est vengé à travers la publication de photos compromettantes de Mme Rouamba. Depuis cet épisode, la ministre se savait en sursis. Le 18 décembre, alors qu’elle était en visite officielle en Serbie, elle a appris  son limogeage du gouvernement.

L’homme de la rue
Kassoum Traoré, le petit frère

Inoussa Traoré fait et défait les ministres. Son jeune frère, Kassoum, lui, gère la rue. Il anime et entretient une myriade d’organisations de la société civile que les Burkinabè appellent les « Wanyiya », du mot d’ordre de ralliement des partisans du capitaine, mobilisés en continu depuis le mois de septembre 2023. Les projets de coup d’état réels ou imaginaires déjoués ne se comptent plus. Les Wanyiyans, au moins autant que les militaires, sont la base sociale du pouvoir du capitaine IB. 

Le 1er octobre 2022, alors que la victoire n’avait pas encore choisi clairement son camp et que le rapport de force militaire était largement en sa défaveur, le capitaine Traoré, inconnu de la majorité des Burkinabè, lance le premier mot d’ordre contre la France. Il accuse les soldats français de la Force Sabre, stationnés à Kamboisin, d’avoir donné refuge au lieutenant-colonel Damiba que ses camarades et lui tentent de renverser. Cette stratégie fut payante :  des milliers de jeunes perfusés à la nouvelle idéologie panafricaine anti-française prennent d’assaut les rues de la capitale et font tomber le lieutenant-colonel Damiba, contraint de signer sa lettre de démission. Depuis lors, les partisans d’IB, arbitres décisifs du coup d’Etat, n’ont plus quitté les rues. Ils ont même rebaptisé le rond-point des Nations Unies, dans le centre de Ouagadougou, en rond-point Ibrahim Traore. Ils se sont organisés en associations et en fédérations, comme celle des leaders panafricains dirigée par le radical Mohamed Sinon, arrêté et emprisonné par la suite pour avoir appelé au meurtre de journalistes et accusé la gendarmerie de sabotage de la lutte antiterroriste. Ces associations poussent comme des champignons. Elles vivent – largement – des subsides que distribue Kassoum Traoré, qui évolue entre les deux principales villes du pays, Ouagadougou ( la capitale politique) et Bobo Dioulasso (la capitale économique) pour veiller sur les mobilisations, régler les querelles de personnes et satisfaire les nombreuses doléances financières des nouveaux «entrepreneurs politiques». Parmi eux, figurent parfois des aventuriers qui ont disparu avec la caisse. Mais ce sont les risques du métier et le jeune Kassoum Traoré semble plutôt bien s’en débrouiller jusqu’ici.

Le militaire  
Le général Kassoum Coulibaly, l’oncle du Président

Promu général de brigade au dernier trimestre 2023, Kassoum Coulibaly était jusqu’à l’avènement de son neveu un officier sans relief, connu plutôt pour ses frasques sur les réseaux sociaux sous le surnom de « Coul Kass ». Nommé ministre d’Etat en charge de l’armée dès le premier gouvernement d’Ibrahim Traoré, il a pour mission de maîtriser les officiers supérieurs. Ces derniers n’ont toujours pas digéré d’être placés sous les ordres d’un capitaine, n’étant pas issu, de surcroît, de la prestigieuse école militaire des enfants de troupe, le Prytanée militaire du Kadiogo (PMK). La mission de l’oncle du Président était initialement de tenir les officiers supérieurs en laisse jusqu’à ce que le capitaine ait repris l’armée en main, ce qui semble désormais accompli. Les principaux commandements ont été ramenés au grade de capitaine et la création de nombreuses brigades d’intervention rapide (BIR) ont permis de noyauter les anciennes structures de l’armée. Ainsi, les officiers supérieurs ont été désactivés et progressivement neutralisés. Le dernier acte de ce processus est l’arrestation dimanche de l’ancien chef d’état-major de la gendarmerie, le lieutenant colonel Evrard Somda, accusé d’avoir joué un rôle dans le dernier complot en date.

En dehors des membres de sa famille, le capitaine Ibrahim Traoré n’a confiance en personne. Il se méfie même du capitaine Oumarou Yabré, directeur général de l’Agence Nationale des Renseignements (ANR), le plus médiatique des 13 capitaines auteurs du coup d’Etat qui l’a porté au pouvoir le 30 septembre 2022. De temps en temps, les proches d’IB font circuler contre lui des rumeurs pour le fragiliser et le jour venu, pourquoi pas, le faire tomber.   

Le plus riche homme d’affaires du pays dans le collimateur
Mahamadou Bonkoungou

La stratégie avec les opérateurs économiques est la même. Le plus influent d’entre eux, Mahamadou Bonkoungou, le patron du puissant groupe EBOMAF, vient d’en faire les frais. Bien qu’on lui prête la trésorerie du coup d’Etat de septembre 2022, la première fortune du pays est devenu un homme à abattre. Même s’il semble avoir beaucoup moins lu que son maître Thomas Sankara,  IB a peut-être retenu la maxime de Machiavel :  « si tu es cause que quelqu’un devienne roi, tu cours à ta perte ».

Toujours dans le cadre du démantèlement, dixit le communiqué du gouvernement publié jeudi, «d’un réseau de déstabilisation du Burkina Faso», le directeur de cabinet de Bonkoungou a été placé aux arrêts en même temps que plusieurs militaires. Prosper Bassolé est par ailleurs le cousin de l’ancien ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré, Djibril Bassolé, installé en France, auquel on prête maints complots.

Les services de communication du groupe EBOMAF, qui s’active du BTP à l’aéronautique et la banque, ont immédiatement lâché Bassolé, affirmant dans un communiqué qu’il était poursuivi « comme citoyen ordinaire et non comme directeur de cabinet de EBOMAF ». N’empêche, cet empressement n’a pas suffi à masquer la tension qui s’est désormais installée entre l’homme d’affaires et le capitaine. 

Quand le lieutenant-colonel Damiba qu’il avait soutenu en janvier 2022 a commencé à lui échapper, le richissime entrepreneur s’est rapproché des jeunes capitaines qui gravitaient au sein de l’organe militaire. C’est Bonkoungou, semble-t-il, qui appelle son ami le Président bissau-guinéen Cissoko Emballo et lui passe le capitaine Ibrahim Traoré, alors chef du régiment d’artillerie de Kaya, pour décrire un Damiba qui ne les écoute plus. Cet appel téléphonique aurait été passé début septembre, quelques jours avant le putsch. Tout naturellement, quand le capitaine Ibrahim Traoré réussit son coup d’Etat, EBOMAF en devient le parrain. Les premiers marchés d’armes lui sont confiés. Sa banque IB-Bank bénéficie courant avril 2023 d’une faveur rare : une garantie souveraine exceptionnelle de plus de 250 milliards de francs CFA pour servir de caution pour l’achat de drones militaires turcs. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Au regard des difficultés financières de l’Etat burkinabè et pour ne pas exposer sa banque, EBOMAF, aussitôt la loi votée, fait marche arrière. Il renonce à la garantie souveraine et suscite la création de sociétés minières turques qui seront désormais les cautions de l’Etat burkinabè pour l’industrie d’armement turque. Ces nouvelles sociétés minières se voient confier les gisements mythiques de manganèse de Tambao pour une bouchée de pain. Le capitaine, qui a besoin des drones turcs pour livrer sa guerre totale contre les terroristes, avale la couleuvre. Mais il en garde rancune à EBOMAF. Les livraisons de drones turcs ne suivent pas la cadence souhaitée par le Président, qui ne parvient pas à contourner l’homme d’affaires très proche du Président turc. Les drones arrivent à Ouagadougou selon la règle « payé-livré ». Ces acquisitions grèvent dangereusement les fragiles finances du Burkina Faso, malgré la création d’impôts nouveaux sur presque tous les produits du quotidien.

Depuis l’arrestation de son directeur de cabinet le 14 janvier dernier, les hostilités entre l’homme d’affaires et le Président sont déclarées. Celui dont l’empire doit beaucoup à Blaise Compaoré pourra-t-il rebondir ou devra-t-il s’incliner ? Impossible à ce jour de le prédire.

   

Cet article Burkina, Ibrahim Traore installe sa famille au pouvoir est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Burkina, ces groupes armés qui massacrent des civils https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/burkina-ces-groupes-armes-qui-massacre-des-civils/ Mon, 15 Sep 2025 07:18:36 +0000 https://mondafrique.com/?p=138700 Deux groupes armés islamistes ont tué plusieurs dizaines de civils lors de trois attaques distinctes dans le nord du Burkina Faso depuis le mois de mai. Depuis le début de leur insurrection au Burkina Faso en 2016, les groupes armés islamistes ont, à plusieurs reprises, attaqué et déplacé de force des dizaines de milliers de civils. Le […]

Cet article Burkina, ces groupes armés qui massacrent des civils est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Deux groupes armés islamistes ont tué plusieurs dizaines de civils lors de trois attaques distinctes dans le nord du Burkina Faso depuis le mois de mai. Depuis le début de leur insurrection au Burkina Faso en 2016, les groupes armés islamistes ont, à plusieurs reprises, attaqué et déplacé de force des dizaines de milliers de civils. Le gouvernement cible de plus en plus les civils lors de ses opérations de contre-insurrection.


(Nairobi, le 15 septembre 2025) – Deux groupes armés islamistes ont tué plusieurs dizaines de civils au cours de trois attaques distinctes dans le nord du Burkina Faso depuis mai 2025, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Ces attaques ont violé le droit international humanitaire, et sont susceptibles de constituer des crimes de guerre.

Un groupe armé lié à Al-Qaïda, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen, JNIM), a attaqué la ville de Djibo, dans la région du Sahel, le 11 mai, et le village de Youba, dans la région du Nord, le 3 août, tuant au total au moins 40 civils. L’État islamique au Sahel (EIS) a attaqué un convoi civil transportant de l’aide humanitaire vers la ville assiégée de Gorom Gorom, dans la région du Sahel, le 28 juillet, tuant au moins 9 civils.

« Les groupes armés islamistes au Burkina Faso sont responsables d’atrocités répétées contre les civils depuis 2016 », a déclaré 
Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités devraient assurer une meilleure protection de tous les civils en danger, enquêter sur les abus, y compris ceux commis par l’armée et les milices alliées, et juger les responsables lors de procès équitables. »

Depuis le début de leur insurrection au Burkina Faso en 2016, les groupes armés islamistes ont, à plusieurs reprises, 
attaqué et déplacé de force des dizaines de milliers de civils. Le gouvernement burkinabè, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en 2022, cible de plus en plus les civils lors de ses opérations de contre-insurrection.

Entre mai et août 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens par téléphone avec 23 personnes, dont 14 témoins d’abus et 9 activistes de la société civile, membres du système judiciaire, chefs communautaires, journalistes et membres de milices.

Le GSIM 
a revendiqué l’attaque du 11 mai sur Djibo, au cours de laquelle des centaines de combattants ont envahi une base militaire, saisi des armes et tué des dizaines de soldats. Les combattants sont entrés dans plusieurs quartiers de la ville, y ont exécuté au moins 26 civils et incendié des boutiques et des centres médicaux. Selon des témoins, les combattants ont ciblé des civils appartenant à des sous-groupes de l’ethnie peule, qu’ils accusaient d’avoir rejoint ou de soutenir les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des auxiliaires civils qui assistent les forces armées dans les opérations de contre-insurrection.

« Nous avons trouvé les corps, y compris ceux d’hommes très âgés, à l’intérieur ou à l’extérieur de leurs maisons », a raconté un homme de 56 ans. « Beaucoup ont été abattus d’une balle dans la tête. »

Le 3 août, le GSIM a attaqué le village de Youba et tué 14 civils, dont une femme et quatre enfants, dont deux sont morts après que des combattants ont mis le feu à une boutique dans laquelle ils s’étaient cachés. D’après les habitants, l’attaque visait à punir la communauté parce qu’elle n’avait pas respecté les ordres du GSIM de ne pas cultiver de cultures hautes qui, selon les combattants, gênaient leurs opérations.

Dans une réponse du 15 août aux questions de Human Rights Watch, le Comité chariatique du GSIM au Burkina Faso a écrit que le GSIM « n’a jamais, et ne saurait jamais, viser intentionnellement des civils. Si certains prétendent que des exactions auraient été commises à Djibo, à Youba ou dans toute autre localité, il ne saurait s’agir que d’allégations dénuées de fondement, ou, tout au plus, d’incidents fortuits dus à des projectiles perdus, dont nous n’avons pas eu connaissance. »

Le 21 août, Human Rights Watch a adressé un courrier aux ministres de la Justice et de la Défense du Burkina Faso pour leur communiquer les conclusions de ses recherches et des questions, mais n’a reçu aucune réponse.

En juillet, l’EIS a attaqué un convoi civil escorté par des soldats et des milices burkinabè. Le convoi transportait des civils ainsi que de la nourriture et d’autres fournitures humanitaires destinées à la ville assiégée de Gorom Gorom. Des témoins et d’autres sources ont confirmé que le convoi ne transportait pas d’armes ou de matériel militaire.

« Je me souviens de la peur ressentie ce jour-là », a raconté un survivant âgé de 52 ans. « J’ai entendu de nombreux coups de feu et des cris. J’ai sauté du camion, je me suis accroupi les mains sur la tête et j’ai attendu mon sort. »

Toutes les parties au conflit armé au Burkina Faso sont soumises au droit international humanitaire, notamment à 
l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et au droit de la guerre coutumier. Le droit de la guerre interdit les exécutions sommaires, les attaques contre des civils et des biens à caractère civil, ainsi que le pillage, entre autres violations.

Cet article Burkina, ces groupes armés qui massacrent des civils est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Bras de fer au Mali autour de la fermeture d’une télévision privée https://mondafrique.com/decryptage/bras-de-fer-au-mali-autour-de-la-fermeture-dune-television-privee/ Wed, 27 Nov 2024 02:58:22 +0000 https://mondafrique.com/?p=122333 Le gouvernement malien semble en passe de reculer devant la spectaculaire mobilisation des médias de ce pays contre la suspension de la télévision privée Joliba, à la demande, chose inédite, des autorités du Burkina Faso. Joliba TV, connue pour son indépendance éditoriale, a été sanctionnée suite à la plainte, le 12 novembre dernier, du Conseil […]

Cet article Bras de fer au Mali autour de la fermeture d’une télévision privée est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Le gouvernement malien semble en passe de reculer devant la spectaculaire mobilisation des médias de ce pays contre la suspension de la télévision privée Joliba, à la demande, chose inédite, des autorités du Burkina Faso.

Joliba TV, connue pour son indépendance éditoriale, a été sanctionnée suite à la plainte, le 12 novembre dernier, du Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso, deux jours après un débat télévisé à l’occasion duquel l’activiste malien Issa Kaou N’Djim avait douté de la réalité de récentes tentatives de déstabilisation du pays voisin.  

Ces déclarations jugées « gravissimes » par la junte burkinabè ont envoyé leur auteur en prison dès le lendemain pour « offense commise publiquement envers un chef d’État étranger ».

La procédure administrative lancée parallèlement a, elle, abouti au retrait de la licence de Joliba TV, devenu effectif ce 26 novembre. Mais les média maliens, jaloux d’une liberté durement acquise par la lutte à l’orée des années 1990, ne se sont pas laissé faire.

Toutes les organisations socioprofessionnelles se sont mobilisées autour de la Maison de la Presse, qui a mené lundi une première tentative de négociation auprès de la HAC, demandant l’indulgence de l’instance de régulation. Les médias menacent, au cas où ces discussions n’aboutiraient pas, de rediffuser l’émission en cause pour contraindre la Haute Autorité à les suspendre tous.  

Une solidarité militariste menaçante pour la presse

«La Maison de la Presse et l’ensemble des organisations professionnelles des médias condamnent avec la dernière rigueur cette décision disproportionnée (et) exhortent la Haute Autorité de la Communication à reconsidérer sa décision. Face aux mesures extrêmes, (elles) se réservent le droit d’entreprendre toutes les actions qu’elles jugent nécessaires, y compris la diffusion synchronisée de l’élément incriminé par l’ensemble des médias maliens», écrit Bandiougou Dante, le Président de la Maison de la Presse, dans un communiqué du 23 novembre.

Les Maliens restent très attachés à la liberté de pensée, d’expression et de presse malgré la crise politique et sécuritaire qui ravage le pays depuis douze ans. Issus de la révolution du 26 mars 1991 qui a renversé le régime du général Moussa Traoré, les médias de ce pays, comme leurs frères de toute l’Afrique de l’Ouest, sont souvent en première ligne des tempêtes politiques. Le nouveau contexte militariste de l’Alliance des Etats du Sahel fait peser sur eux, on le voit à l’occasion de cette affaire, des menaces accrues. 

Dans les publications de presse de ces deux derniers jours, perce l’inquiétude d’une tentative de musèlement total des médias privés, à laquelle le Burkina Faso semble succomber malgré la sanctuarisation de la presse qui avait suivi l’assassinat de Norbert Zongo en 1998. La fermeture de Joliba serait «un précédent fâcheux dans l’histoire médiatique du Mali», écrit Sekou Tangara. Le Président de l’Union des Journalistes de la Presse libre africaine (UJPLA), de son côté, regrette «les menaces qui pèsent sur la liberté d’expression au Mali, au Burkina Faso et au Niger» et voit dans le retrait de la licence de Joliba «un recul de 30 ans pour la démocratie, la liberté d’expression et de presse au Mali.» Et de prédire : «aujourd’hui, c’est Joliba TV qui est ciblée, demain ce sera un autre média.»

«C’est ça la solidarité de l’AES ? Se liguer pour museler la presse au lieu de combattre efficacement les terroristes?», s’indigne Elhadji Ibrahima Thiam, sur sa page Facebook, dénonçant «une soldatesque galonnée réfractaire à tout son de cloche discordant».

Espérons que les négociations en cours permettront d’éviter le scénario du pire. Après tout, la mission première de la Haute Autorité de la Communication, selon l’ordonnance du 21 janvier 2014, est bien « de garantir et de protéger la liberté de l’information et de la communication, ainsi que de garantir et de protéger la liberté de la presse », tous droits également proclamés par la nouvelle Constitution du Mali adoptée en 2023.

Sur sa page Facebook, l’ancien Premier ministre Moussa Mara a fait part de sa profonde tristesse et d’une grande inquiétude. Il a invité le gouvernement à «oeuvrer à garantir les libertés de presse et d’opinion et à les protéger car, sans elles, aucune stabilité sociale, politique ou institutionnelle ne sera durable.»

Cet article Bras de fer au Mali autour de la fermeture d’une télévision privée est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Mali, le discours de vainqueur du chef djihadiste Hamadoun Koufa https://mondafrique.com/a-la-une/mali-le-dechryptage-du-chef-de-la-premiere-force-djihadiste-hamadoun-koufa/ Thu, 31 Oct 2024 17:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=121333 Interviewé le 23 octobre en arabe par le journaliste Wassim Nasr, le chef de la Katiba Macina, la première force djihadiste malienne, dresse les contours de la guerre qu’il mène depuis près de dix ans dans le delta central du Niger : alliés, ennemis, cibles, moyens. Pour décrypter le langage parfois allusif de l’émir issu […]

Cet article Mali, le discours de vainqueur du chef djihadiste Hamadoun Koufa est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Interviewé le 23 octobre en arabe par le journaliste Wassim Nasr, le chef de la Katiba Macina, la première force djihadiste malienne, dresse les contours de la guerre qu’il mène depuis près de dix ans dans le delta central du Niger : alliés, ennemis, cibles, moyens. Pour décrypter le langage parfois allusif de l’émir issu de la communauté peule, Mondafrique a fait appel au chercheur Boubacar Ba, du Centre d’analyse sur la gouvernance et la sécurité au Sahel, excellent connaisseur des dynamiques sécuritaires régionales. Ce dernier a écouté l’interview dans sa version audio en fulfulde, la langue peule, traduite de l’arabe par le porte-parole de Hamadoun Koufa, Mahmoud Barry.

Mondafrique : Qu’est-ce-qui vous a frappé, d’emblée, dans cette interview ?

Boubacar Ba : Hamadou Koufa parle à un moment où il pense avoir étendu son pouvoir, sa vision et son ordre politique dans une grande partie du pays, bien au-delà du delta central du Nger. C’est un discours de puissance. Cette interview est une réponse à l’Alliance des Etats du Sahel (AES) : à la vision sécuritaire des trois pays du Sahel central, il répond par un projet djihadiste régional cohérent, même s’il ne développe pas les situations du Burkina Faso et du Niger qui ne relèvent pas de sa responsabilité.

Ce projet est assis, selon lui, sur un ordre idéologique tiré de l’Islam, une gouvernance et un ordre politico-juridique. Cette dynamique de réponse aux Etats n’est pas nouvelle. On l’a déjà vue à l’oeuvre lorsque Barkhane puis le G5 Sahel ont vu le jour en 2014 et 2015 : Hamadoun Koufa et ses amis ont alors créé le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) avec une stratégie sahélienne et des branches autonomes. Maintenant qu’ils font la guerre aux armées nationales et aux Russes, les «moudjahidine» (terme utilisé par Koufa et ses combattants) ont créé une formule de recentrage du GSIM dans les trois pays, à travers une action coordonnée de la Katiba Macina, la Katiba Serma et la cadette burkinabè de la Katiba Macina, Ansaroul Islam. Ils se déploient surtout dans le centre et le sud du Sahel oriental ainsi que le nord et l’est du Burkina Faso. Au Niger, selon plusieurs sources, ils ont créé un  «mandiga»  ou Almantaqa (une entité régionale) qui couvre la région ouest de Tillabéri, jusqu’à la frontière du Bénin, dans la réserve transnationale du parc W. Koufa sous-entend qu’un émirat autonome est en train de  se construire dans ce pays après l’émirat du Mali et celui du Burkina Faso. Enfin, en réponse à une question de son intervieweur, il menace clairement les pays côtiers qui «oppriment et maltraitent leurs peuples.» Des attaques et des infiltrations des groupes apparentés à la Katiba Macina sont rapportées depuis des mois au Bénin, au Togo, au Ghana et au Burkina Faso.

Boubacar Ba

Mondafrique : Cette interview, c’est une sorte de leçon de guerre de l’ancien prêcheur du delta. Qui sont ses alliés ?

B.B.: En l’écoutant, on comprend qu’il s’appuie sur deux alliés essentiels : l’organisation faîtière, le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), commandé par Iyad Ag Ghali, qui est sa couverture dans le djihad global, et l’organisation soeur du Burkina Faso, Ansaroul Islam, à laquelle il rend un hommage appuyé.  

On dit parfois que «la force du cheval, c’est son sabot». Koufa est le sabot du GSIM, sa force de frappe principale. Et le GSIM assure l’articulation avec la vision globale d’Al Qaida. Les responsabilités de chacun sont décrites avec précision.

Mondafrique : Quelle est, selon Koufa, la source de sa légitimité et ses buts de guerre ?

B.B. : il pense qu’il est un envoyé de Dieu ; il est légitimé par l’Islam. Il n’est pas, dit-il, entré dans le djihad à cause du projet de code de la famille de 2009 au Mali, qu’il avait contesté à l’époque.  « Les problèmes et la tragédie des musulmans au Mali et dans d’autres pays musulmans sont plus importants et plus dignes de sacrifice» que les enjeux de personnes et de familles», dit-il. «Nous combattons pour restaurer la règle islamique dans notre pays (…) mise à mal par ces apostats qui usurpent la règle de Dieu par la force, l’injustice et la tyrannie.»

Mais à cette défense de l’Islam, il ajoute celle des communautés peules. En réponse à une question de Wassim Nasr sur le risque que les actions de Koufa feraient courir à ces groupes, Koufa ne répond pas, sinon pour dire que l’appel islamique a pour but d’unir et non de diviser. Cette communauté pastorale à laquelle il appartient, il estime qu’elle est aujourd’hui discriminée par les gouvernants dans sa pratique de l’Islam et dans son mode de vie. Mais il ne cantonne pas le djihad à ce groupe : «Les Peuls, comme d’autres races musulmanes, vivent en marge de la religion et du monde. Ils ont été privés de leur religion et de moyens de subsistance décents pendant un certain temps. (…) Au fil du temps et de l’adversité, les Peuls ont compris qu’il n’y avait aucun autre moyen de regagner leur droit de vivre honorablement sous la domination de l’Islam que par le djihad.»

Koufa pense ici, sans les préciser, aux droit pastoraux, à la transhumance, aux systèmes de production, aux conditions de vie. Dans le Macina, il a imposé son ordre sur tous ces sujets. Il a fixé un prix plafond aux gestionnaires des pâturages pour l’accès aux éleveurs venus des zones exondées.  Mais pour lui, le djihad va au-delà. Tous ceux dont les droits sont violés doivent y adhérer. Il glisse subtilement vers les autres groupes communautaires. L’homme qui a revendiqué l’attaque de l’école de la gendarmerie de Bamako, le 17 septembre, s’appelait Abou Houzeifa Al Bambari : le Bambara.  

Le delta intérieur du Niger vu par satellite en novembre 2007. Fin de saison des pluies. La végétation est luxuriante. On aperçoit le fleuve Niger au sud-ouest.

Mondafrique : Qui sont les ennemis de Koufa ?

B.B. : Les ennemis sont multiples. Il y a des Etats : ceux du Sahel mais aussi la France, l’Occident, la Russie. Il se montre plus critique envers la Russie qu’envers la France pour son action au Mali. Même si la France est fortement prise à partie, en fin d’interview, pour son action dans le djihad global. «Les crimes odieux commis par les mercenaires de Wagner et l’armée malienne ont accru la colère et le mécontentement du peuple car ils ont dépassé les crimes et les violations des Français (…)  contre des civils désarmés. Ces derniers n’ont pas fait ce que les Russes ont fait», dit Koufa dans son interview.

De façon très politique et un peu paradoxale, il récupère le dégagisme anti-français actuellement très fort au Sahel en attribuant à ses frères d’armes le mérite du départ de l’armée française de la région, même si ce puissant sentiment de rejet a conduit à l’arrivée au pouvoir des gouvernements militaires que le chef djihadiste combat par ailleurs.  «Il s’agit d’une victoire triomphale que Dieu nous a accordée. (…) C’est une revanche divine sur les dirigeants français qui se sont moqué de l’Islam (…) et ont soutenu ceux qui insultaient le Prophète de l’Islam Mohamed (…) Dieu a répandu dans le coeur des partisans et esclaves (de la France) le courage de se révolter contre elle, l’un après l’autre. (…) Ce qui a contraint la France à partir, brisée et humiliée.» S’éloignant du théâtre sahélien, Koufa s’offre le luxe d’y voir une «leçon pour la France» qui devrait «arrêter les injustices et les provocations à l’égard des musulmans en général et des musulmans africains en particulier (…) et leur montrer du respect.»

Mondafrique : l’autre grand ennemi, c’est l’Etat islamique. Les deux groupes divergent sur les cibles, les modes opératoires et la gouvernance.

B.B. : Pour Koufa, la guerre entre les deux groupes n’est pas de son fait. «Nous n’avons décidé de combattre cette secte égarée (…) qu’après avoir tout fait pour convaincre ses adeptes de suivre la vérité. (…) Malheureusement, nos appels sont restés vains car ils ont persisté dans leur égarement et se sont enorgueillis de leur puissance. Ils ont commencé à tuer des innocents sans discernement et à semer le désordre sur la terre», dit Koufa.

Il privilégie la litote, disant avoir été contraint «de les prendre par la main, de mettre fin à leur agression et d’endiguer leur méchanceté.» Après des années de durs combats, l’Etat islamique au Sahel a dû reculer devant les troupes du front constitué par la Katiba Macina, la Katiba Serma et Ansaroul Islam. La route du sud est désormais coupée. Le groupe se trouve confiné dans les régions de Menaka et Gao, au Mali, et de Tillabéri et Tahoua au Niger. Koufa s’en félicite, remerciant Dieu «de les avoir fait reculer dans des zones limitées.» Cependant, il affirme que «la porte des négociations pour résoudre les différends et régler les conflits est ouverte à tous ceux qui le veulent» et il reconnaît des «trêves locales et ponctuelles quand la situation l’exige.» Il refuse de répondre aux questions de Wassim Nasr sur les aspects communautaires du conflit entre les deux franchises djihadistes, qui recrutent toutes les deux largement dans les groupes peuls.

 

Capture d’écran vidéo 2021

Mondafrique: Koufa clarifie les cibles et les moyens employés par son organisation. Mais sa vision de la licéité des actions varie largement, au gré des situations. Qu’en dites-vous?    

B.B. : Koufa réaffirme dans cette interview que son groupe ne s’en prend ni aux ONG, surtout humanitaires, ni aux légitimités locales, ni, plus généralement, aux civils. «Les institutions humanitaires et les ONG ne font pas partie de notre stratégie», dit Koufa, sauf lorsqu’elles se mettent au service de ses ennemis. Plus généralement il affirme qu’il «ne fait pas partie de notre approche de la guerre de cibler des personnes innocentes ; nous combattons ceux qui nous combattent.» En effet, la majorité des actions menées ces derniers mois au Mali ont visé des cibles militaires. Mais il existe des exceptions. Que Koufa justifie. Quand des villages sont harcelés par les djihadistes, c’est pour de bonnes raisons, dit-il, et cela n’arrive qu’après «avoir épuisé tous nos efforts pour leur exposer nos arguments, leur répéter nos avertissements et avoir consulté les savants.»

Une même action peut être licite ou illicite en fonction de qui la commet et dans quel but. En somme, la fin justifie les moyens. Le même acte de guerre «peut, selon son auteur, être juste, à saluer ou à récompenser, ou erroné, à blâmer et désavouer.» C’est ainsi que Koufa justifie le blocus contre des villes par l’histoire du Prophète et de ses compagnons qui «assiégeaient parfois les ennemis dans des forteresses pendant de longues périodes et les chassaient de leurs pays vers des lieux où ils ne pourraient plus les menacer.» «En cela, ils avaient raison», insiste-t-il.

De même, il refuse de dénigrer les nombreuses exactions contre les civils commises par le groupe frère Ansaroul Islam, qu’il félicite au contraire pour sa guerre. «Nos frères du Burkina (…) ont atteint un haut niveau de Ribat (Garde) et de Djihad dans le Sahel. Et ils ont bien travaillé.» Pour Koufa, les actions du groupe sont licites puisqu’il réagit aux exactions commises par les volontaires de la patrie et punit les civils complices des forces de sécurité locales.  

Hamadoun Koufa, 2021

Mondafrique : que sait-on de la gouvernance de Koufa ?  

B.B. : Koufa se rapproche de la guerre par le droit islamique développée par les Talibans en Afghanistan. Il s’appuie sur le Coran, les hadith et la jurisprudence développée au fil du temps par ses juges islamiques dans les zones qu’il contrôle. Il est vrai que cette justice, perçue comme plus rapide et moins corrompue que la justice de l’Etat, est bien accueillie sur le terrain. C’est cette justice, d’ailleurs, qui a accéléré l’expansion territoriale de la Katiba Macina. La Katiba Macina a aussi prôné davantage de justice sociale et familiale et d’équité entre les communautés peules autochtones et allochtones. Depuis 2016, 2017, les ressources pastorales et les fruits de la location des pâturages dans le delta central du Niger  sont ramenés dans la cellule familiale, afin que personne ne soit laissé de côté.

Les éleveurs de la zone exondée, qui payaient un loyer pour faire paître leurs grands troupeaux dans la zone inondée, ont été entendus des chefs djihadistes du delta, souvent originaires de même communauté. Ils ont obtenu la baisse des loyers et un prix fixe pour l’accès aux bourgoutières, les pâturages situés sur les berges du fleuve. Ceci a créé des  frustrés parmi les gestionnaires des pâturages qui redistribuaient une partie de leurs gains aux services étatiques. Les dioros (ou jowro), (les propriétaires coutumiers des pâturages) se sont appauvris ces dernières années avec la baisse forcée des loyers. Ils sont mécontents de leur perte d’influence, y compris dans la famille. Mais ils ne peuvent rien faire. Certains disent même que désormais, l’hivernage fait trois pauvres : l’herbe (le pâturage), la carpe (le poisson) et le dioro. Koufa a cependant souhaité garder un certain équilibre. Il ne conteste pas que les pâturages appartiennent aux autochtones. Mais il prône une utilisation plus juste des ressources, au nom de l’Islam.

Mondafrique : l’intervieweur d’Amadou Koufa insiste beaucoup sur le dialogue. Amadou Koufa y est favorable mais pas sans conditions.

B.B. : C’est la question la plus intéressante aujourd’hui : faut-il, peut-on négocier avec eux? Koufa répond par l’affirmative. Je pense qu’au-delà de son discours un peu guerrier, il accepte qu’il y a une opportunité et une possibilité de dialogue mais il n’en clarifie pas les formes. Alors que le Mali s’engage dans l’élaboration d’une charte de paix, cette interview apparaît comme un appel au dialogue, certes, mais à condition qu’il soit conforme aux intérêts de l’Islam et des musulmans. Koufa est favorable au dialogue mais imprécis sur sa forme.

Il distingue aussi le dialogue politique de la trêve locale. Le dialogue politique relève d’Iyad et la trêve locale des acteurs locaux. Elle n’est pas forcément durable. Elle est conclue quand «la situation l’exige.»   

 

Cet article Mali, le discours de vainqueur du chef djihadiste Hamadoun Koufa est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Kémi Séba, figure de l’anti colonialisme au Sahel, aurait été arrêté en France https://mondafrique.com/politique/kemi-seba-un-funambule-au-sahel/ Tue, 15 Oct 2024 06:59:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=112448 Si l’arrestation de Kemi Séba, le célèbre panafricaniste, n’est pas encore rendue publique ni par les autorités ni par les médias français, elle tourne en boucle depuis quelques heures sur tous les réseaux africains. L’activiste et président de l’organisation Urgences panafricanistes Kémi Séba aurait été arrêté le 14 octobre alors qu’il déjeunait dans un restaurant du […]

Cet article Kémi Séba, figure de l’anti colonialisme au Sahel, aurait été arrêté en France est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Si l’arrestation de Kemi Séba, le célèbre panafricaniste, n’est pas encore rendue publique ni par les autorités ni par les médias français, elle tourne en boucle depuis quelques heures sur tous les réseaux africains. L’activiste et président de l’organisation Urgences panafricanistes Kémi Séba aurait été arrêté le 14 octobre alors qu’il déjeunait dans un restaurant du 15ème arrondissement. Les raisons de ces interpellations sont inconnues. En juillet 2024, Kemi Séba s’est vu retirer sa nationalité française, quelques semaines plus tard, les autorités nigériennes lui ont délivré un passeport diplomatique qui toutefois ne lui permettrait pas de séjourner en France sans visa.

L’activiste béninois Kémi Séba affiche résolument ses positions panafricanistes et anti françaises aux côtés des dirigeants militaires des trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel et un terreau favorable à ses idées dans toute la région. Depuis les luttes anticoloniales et indépendantistes du XXeme siècle, le mouvement panafricaniste porté par des intellectuels, artistes et militants, promeut l’émancipation du « monde noir » centré sur le continent africain.

Un portrait signé par Olivier Vallée.

 

Le monde yoruba organise ses divinités, que l’on retrouve dans le vaudou béninois, autour d’une figure mythique entre héros et bouffon, reliant le sacré au trivial, pas loin d’un désordre nécessaire à la vérité. Les anthropologues adoptent le terme de trickster pour définir ce Janus ce qui, en français, peut paraître péjoratif. Par de nombreux aspects, Kémi Séba, de culture fon et yoruba, joue de ces répertoires.

La consolidation de la trilatérale de l’Alliance des États du Sahel a donné au leader de l’afrocentricité une position d’allié institutionnel, formant quasiment la quatrième figure du panthéon des dirigeants militaires du Sahel, dans une sorte de carré d’as où il symbolise la force toujours oubliée des nations africaines, la jeunesse. Ces jeunes citadins ont été la base de la mobilisation contre les menaces militaires françaises au Niger et une masse de manœuvre au Mali que les colonels se sont employés à détacher du populaire imam Mahmoud Dicko.

Au Burkina Faso, le ralliement des élites civiles au régime d’Ibrahim Traoré reste équivoque. Pour certains, la société burkinabé reste encore engluée dans les formes coloniales et bourgeoises de son passé récent. L’activiste Hassane Bationo, connu sous le nom de Bationo de Kyon sur les réseaux sociaux, se réclame du soutien à la transition. Il s’est institué chef du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) de la communication. Le BIR de l’agit-prop est, pour lui, le complément idéologique des Forces de Défenses et de Sécurité et des Volontaires de la Patrie, vivier de la popularité du capitaine Traoré.

Au Faso, l’apparition dans les médias de Kémi Séba viendra donner un brevet internationaliste et moderne à la dynamique engagée de bouleversement des messages et des acteurs de la communication. Après la prise à partie de l’ancien colon, place au revivalisme des croyances ancestrales et des traditions culturelles africaines, en rupture avec l’héritage colonial du christianisme en Afrique, particulièrement notable au Faso.

Le socle kémitique

En 2002, Kémi Séba trouve son pseudonyme : « Étoile Noire » en medu netjer (égyptien ancien). Le propagandiste fait directement référence au kémitisme, grand prêtre de l’infusion lente de cette spiritualité dans la diaspora noire française. Les accusations d’antisémitisme ont eu raison de la Tribu Ka, le groupe qu’il avait fondé pour défendre la singularité du kémitisme. Au nom de l’antisémitisme, Gérald Darmanin, le ministre français de l’Intérieur, a demandé le retrait de la nationalité française de l’activiste né à Strasbourg.

Pour Kémi Séba, l’Egypte est « la matrice civilisationnelle de (notre) peuple, comme l’enseignait le professeur Cheikh Anta Diop ». (Voyage en Egypte, 2023)

Qu’est que le kémitisme ? « C’est un mouvement spiritualiste qui promeut le retour aux ‘sources’, c’est-à-dire aux valeurs et croyances ancestrales comme seules conditions pour la renaissance de l’Afrique », explique le professeur Bony Guiblehon, enseignant-chercheur au département d’anthropologie et de sociologie de l’université de Bouaké et spécialiste des religions. Mais cette version académique du kémitisme semble molle et restreinte face à sa réinterprétation actuelle. Kémi Séba va en effet plus loin, puisant aux origines qui rejettent les religions révélées et ancrent l’Afrique dans une généalogie sacrée et pharaonique. Cela lui permet « de tirer paradoxalement (ses) références autant dans la Bible que dans le Coran mais également aux divinités de l’Égypte antique ou encore aux rastafaris », poursuit le professeur Guiblehon.

Le sociologue sénégalais Abdou Khadr Sanogo complète en soulignant que le kémitisme était, à la base, un mouvement culturel qui cherchait à prouver l’interdépendance entre les peuples noirs d’un point de vue idéologique, linguistique et culturel. On pouvait alors l’assimiler au panafricanisme et même à la négritude.

Kémi Séba introduit ainsi la Kabbale dans son bricolage idéologique.

Cet assemblage reste flou sur son contenu en matière de panafricanisme. Pourtant, l’ensemble thématique qui se dégage parait beaucoup plus riche que la caricature qui en est faite par les influenceurs stipendiés et les oukases sécuritaires. Il offre aujourd’hui une vaste palette identitaire à Kémi Séba. En Afrique, il se met à disposition de nationalismes officiels qui le récupèrent avec l’étiquette souverainiste. Par étapes, on assiste au changement de registre et de niveau pour l’activiste français, longtemps la cible des organes réactionnaires de son pays et de ceux qui en faisaient le parangon de l’antisémitisme noir.

Des Black Panthers à la lagune du Dahomey

En 2006, Jeune Afrique le présente comme le « Farrakhan français ». C’est donner beaucoup d’importance à Farrakhan, patron de « Nation of Islam », car Kémi Séba a parcouru un chemin plus complexe que l’inventeur d’un Islam africain-américain qui connaît peu d’adeptes. Au contact des Africains-Américains qu’il rencontre, bien que se situant dans un autre imaginaire, Kémi Séba assimile que le puissant mouvement hip hop d’outre-Atlantique est sensible au discours de l’afrocentricité triomphante. On cite Tupac Shakur, Sista Souljah, X-Clan, Public Ennemy, Scar-Face, Shaquille O’Neil, Erykah Badu, Lauren Hill, Dead Prez, Capone N’Noriega, Black Lyrical Terrorist : des personnalités et des groupes écoutés, admirés, adulés, du secteur A de Niamey à Dakar Fann. Avec le rap, l’Égypte ancienne se métisse de violence, d’argent et de masculinité comme modes d’affirmation.

En meeting avec son mouvement « Urgences panafricanistes ».

Kémi Séba a 21 ans seulement lorsqu’il fonde le Parti kémite, rassemblement de Noirs afrodescendants, pour la revalorisation de la dignité noire, sans victimisation. Il dénonce le jeu des puissances occidentales qui, depuis la nuit des temps, pillent l’Afrique. Suit la Tribu Ka, déjà évoquée, dissoute le 28 juillet 2006 par Nicolas Sarkozy, première organisation noire interdite sous la Ve République. A sa sortie de prison, il écrit le « Politik Street Show », qu’il joue à plusieurs reprises au Théâtre de la Main d’Or. En 2009, il est recruté par Malik Zulu Shabazz, ex-bras droit de feu Khalid Abdul Muhamad, comme porte-parole de la cellule française du New Black Panther Party. La police française le suit de près et lui interdit de quitter le territoire. Cependant, il rejoint l’Afrique et, à partir de Dakar, s’active dans l’édition, la radio et les media sociaux, sillonnant les universités à l’invitation de ses sympathisants. Il appartient à la famille béninoise Capochichi, un nom prestigieux que l’on pourrait traduire par «chef puissant»  et trouve un cadre d’expression à Cotonou, le groupe de presse de la Gazette du Golfe. Kémi Séba y tient une chronique et ajoute à son portefeuille de combat le franc CFA. La part fon et yoruba de son système de pensée prend de l’importance, et d’Afrique, il s’adresse à la diaspora noire, surtout francophone.

La rupture nigérienne

Les coups d’État, et en particulier le renversement de Mohamed Bazoum au Niger, incitent les autorités béninoises à le rappeler à l’ordre après sa participation à la grande marche de soutien au régime du général Abdourahamane Tiani à Niamey en septembre 2023. Cette démonstration de solidarité survient quelques jours après le coup d’État du 26 juillet. Les autorités béninoises le visent en mettant en garde la presse et les usagers des réseaux sociaux contre toute «apologie des coups d’État». Le groupe de presse la Gazette du Golfe, qui comprend une télévision, une radio, un hebdomadaire et des plates-formes sur internet, est suspendu le 8 août 2023 dans ce contexte. Le bras de fer avec Patrice Talon commence. Il rebondit quand Kémi Séba se range du côté nigérien dans le conflit récent de la frontière entre les deux pays, s’inscrivant délibérément comme un acteur paraétatique dans une lutte autorisant la dénonciation de l’impérialisme français et des oligarchies africaines.

La propagande française veut, dans ce cadre, en faire un agent russe, ce qui est assez drôle quand on sait le nombre de Français blancs dont les revenus proviennent de Poutine. En réalité, il semble plutôt s’agir d’un opportunisme politique encouragé par l’effondrement de la Françafrique.

Photo de famille du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) en novembre 2023. Kémi Séba est en blanc, au centre.

Le piège de la consécration ?

Dans la sphère culturelle et intellectuelle, Kémi Séba est associé aux influenceurs, au rap, à la jeunesse et il ne suscite pas de sympathie de la part des autorités religieuses musulmanes. Le kémitisme autochtone existe ainsi au Mali et s’affirme outrageusement hostile à toutes les religions, dont l’Islam, sans s’attirer les foudres du nouveau pouvoir militaire. Malgré la tentative pour amalgamer Kémi Séba à la décolonialité, maladroitement esquissée par le gouvernement français et ses relais, il s’en distingue. La plupart des militants décoloniaux actuellement en vue, de Norman Ajari à Maboula Soumahouro et Rokhaya Diallo, se réfèrent davantage aux courants de pensées anciens et récents venus des Etats-Unis qu’à l’Afrique profonde. Ces intellectuels se penchent davantage sur W.E.Dubois et le mythe du retour à Afrique que sur l’utopie d’une Égypte nègre.

Leurs conceptions contemporaines – intersectionnalité, blanchité, queer, privilège blanc – ne font pas partie de la grille d’interprétation des activistes africains comme Kémi Séba. Pour l’économiste et écrivain sénégalais Felwine Sarr, le discours simpliste du trublion pointe de vraies questions, auxquelles il faut apporter des réponses de fond.  « Le doigt de Kémi, aussi grossier puisse-t-il nous paraître, pointe une lune qui existe bel et bien et un problème qui est réel : les rapports de domination économiques, politiques et militaires, qui font que, malgré des indépendances obtenues dans les années 1960 pour la plupart des nations africaines, la décolonisation est un processus qui est loin d’être achevé », disait Felwine Sarr au journal Le Monde le 28 août 2017. Si Kémi Séba ne se préoccupe pas de reconnaissance outre-Atlantique, Harvard et d’autres universités le comptent comme une des facettes des changements de l’opinion continentale, caraïbe et africaine-américaine. Il a critiqué le troisième mandat d’Alassane Ouattara et également Alpha Condé, qui le bannit alors de Guinée pour trois ans. Plus épineux, en mai 2021, il proteste contre les actions des forces militaires du Rwanda en République démocratique du Congo, y compris les viols et le pillage des ressources naturelles. 

Le panafricaniste de 42 ans qui doit rejoindre le Faso dans quelques heures est fondamentalement un tenant de l’afrocentricité. Celle-ci se dilue pourtant, peu à peu, dans l’énonciation de questions diverses comme le franc CFA ou la souveraineté, domaines où les intellectuels professionnels et les bureaucrates reprennent aisément la main. La proximité récente avec les responsables suprêmes des pays du Sahel ressemble à une consécration pour celui qui s’est découvert une nouvelle identité à l’âge de 18 ans. Cependant, avec les années et les honneurs, il lui sera de plus en plus difficile de marcher sur la ligne de crête entre la jeunesse africaine et le pouvoir des armes.

Kemi Seba menacé de perdre la nationalité française

 

 

Cet article Kémi Séba, figure de l’anti colonialisme au Sahel, aurait été arrêté en France est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Les autorités burkinabè dénoncent un énième complot préparé au Niger https://mondafrique.com/politique/les-autorites-burkinabe-denoncent-un-enieme-complot-prepare-au-niger/ Wed, 25 Sep 2024 14:18:36 +0000 https://mondafrique.com/?p=119004 Dans une longue déclaration lue à la télévision nationale, le ministre burkinabé de la Sécurité, Mahamadou Sana, a fait état du démantèlement d’un vaste réseau qui s’apprêtait à déstabiliser la junte au pouvoir. Le même Mahamadou Sana a affirmé qu’ «un certain Serge Mathurin, journaliste nigérien d’origine ivoirienne (1)» avait joué un rôle logistique dans […]

Cet article Les autorités burkinabè dénoncent un énième complot préparé au Niger est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Dans une longue déclaration lue à la télévision nationale, le ministre burkinabé de la Sécurité, Mahamadou Sana, a fait état du démantèlement d’un vaste réseau qui s’apprêtait à déstabiliser la junte au pouvoir.

Serge Mathurin, journaliste nigérien d’origine ivoirienne, aurait été un des instigateurs du complot visant à renverser la junte militaire au pouvoir au Burina

Le même Mahamadou Sana a affirmé qu’ «un certain Serge Mathurin, journaliste nigérien d’origine ivoirienne (1)» avait joué un rôle logistique dans une série d’opérations avortées visant à déstabiliser le régime de Ouagadougou.Dès le 31 août, la femme nigérienne de Serge Mathurin avait lancé l’alerte, relayée plus tard par l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire et l’Union des journalistes de la presse libre africaine (UJPLA) également basée en Côte d’Ivoire. Le 18 septembre, le porte-parole du gouvernement ivoirien, Amadou Coulibaly, avait annoncé l’ouverture d’une enquête, disant n’avoir pas obtenu d’information auprès des autorités judiciaires du Niger. Or le journaliste se trouvait plutôt entre les mains de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure. la sécurité d’Etat. 

Le complot aurait été découvert au Niger, à l’occasion de l’arrestation, le 29 août dernier, de «deux individus suspects à un poste de contrôle à l’entrée de Niamey.»  L’interrogatoire de ces deux hommes a conduit les autorités nigériennes sur la piste du commandant Ahmed Kinda, ex-chef de corps des forces spéciales burkinabè et chef militaire supposé de l’opération clandestine, qui aurait été hébergé par Serge Mathurin. L’homme a été interpellé à la gare de bus de Niamey le lendemain.

Un melting pot tentaculaire

Il ne se passe pas un mois sans que la junte au pouvoir au Burkina Faso annonce avoir déjoué un complot fomenté parfois par des gendarmes, parfois par des militaires. Ces allégations, qui ne sont pas toutes infondées, prouvent qu’au sein des Forces de Défense et de Sécurité existent de nombreuses tensions, de multiples raisons de mécontentements, et/ou que beaucoup ambitionnent de prendre la place du capitaine Ibrahim Traoré.

Mais la dernière tentative de déstabilisation telle qu’elle a été révélée par le ministre de la Sécurité à la télévision est d’une toute autre nature. Il s’agit d’une entreprise tentaculaire dans laquelle se retrouveraient : des combattants de l’Etat islamique associés à des hommes politiques en exil en lien avec des « puissances occidentales », la Côte d’Ivoire et le Ghana ; deux ex ministres des Affaires étrangères, des journalistes, un colonel travaillant pour les Nations Unies en Centrafrique, des militaires et Paul-Henri Damiba, ancien président de la transition auteur du coup d’Etat qui a renversé le président Roch Marc Christian Kaboré. Tout ce beau petit monde travaillant de concert…

Le vrai, le faux, l’improbable et le possible…

Le ministre de la Sécurité promet de donner des preuves accréditant ses dires. Ses services disposeraient d’audio incriminant les personnalités dont les noms ont été jetés en pâture à la télévision nationale. Un officier de l’armée burkinabè, Ahmed Kinda a été arrêté au Niger dans le cadre de cette affaire. A-t-il parlé ? Son téléphone a-t-il révélé de funestes projets ? L’avenir le dira, mais d’ores et déjà plusieurs éléments indiquent que l’affaire tentaculaire se dégonflera comme une baudruche. D’une part, dans son allocution, Mahamadou Sana, déclare que la première étape du plan de déstabilisation était l’attaque de Barsalogho du 24 août dernier qui a fait des centaines de victimes. Or, cette attaque a été revendiquée par le JNIM.

Comment croire en tout cas que cet improbable regroupement  de journalistes, d’hommes politiques, de militaires, de marabouts, ait pu collaborer avec « 150 terroristes de l’Etat islamique qui devaient se diriger vers la zone de Sapouy puis remonter sur Ouagadougou en vue de prendre le palais présidentiel » le 29 août dernier, comme l’annonce le gradé burkinabè.

Au final que reste-t-il de ce salmigondis ? Tout porte à croire que les autorités burkinabè ont profité d’un fait réel et marginal pour se dédouaner de la responsabilité du drame terrible de Barsalogho et incriminer ceux qu’elles considèrent comme ses ennemis intérieurs comme extérieurs.

La présence d’un journaliste venu de Côte d’Ivoire dans ce mauvais peplum est un retour à l’envoyeur, puisque selon FR24, Abidjan aurait arrêté des Burkinabè qui tentaient de la déstabiliser ! Le fait que la presque totalité des noms cités à la télévision soient Peuls n’est pas non plus anodin, est-ce une manière de livrer une nouvelle fois cette communauté à la vindicte populaire ? Le Burkina Faso ne sort pas de l’ornière. 

(1) Le journaliste qui ne couvrait aucun sujet politique avait rejoint, au tout début des années 2000, Radio Horizon, puis le groupe Canal 3 où il présentait le journal télévisé et assurait la chronique sportive pour BBC en français. Serge Mathurin avait assuré récemment l’animation de la semaine culturelle organisée pour célébrer l’anniversaire du coup d’Etat ayant porté les militaires au pouvoir. 

Cet article Les autorités burkinabè dénoncent un énième complot préparé au Niger est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>
Le Bénin accueille 5.000 réfugiés burkinabè https://mondafrique.com/video/le-benin-accueille-5-000-refugies-burkinabe/ Mon, 22 Jul 2024 15:02:46 +0000 https://mondafrique.com/?p=115018 Face à la menace terroriste qui sévit au Burkina Faso, des milliers de Burkinabè ont cherché refuge dans les pays voisins. Le Bénin a récemment accueilli une nouvelle vague de réfugiés, témoignant de son engagement humanitaire et panafricaniste. Ce dimanche, lors d’une émission télévisée, Wilfried Léandre Houngbédji, intellectuel et porte-parole du gouvernement béninois, a annoncé […]

Cet article Le Bénin accueille 5.000 réfugiés burkinabè est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>

Face à la menace terroriste qui sévit au Burkina Faso, des milliers de Burkinabè ont cherché refuge dans les pays voisins. Le Bénin a récemment accueilli une nouvelle vague de réfugiés, témoignant de son engagement humanitaire et panafricaniste.

Ce dimanche, lors d’une émission télévisée, Wilfried Léandre Houngbédji, intellectuel et porte-parole du gouvernement béninois, a annoncé que 5 000 Burkinabè ont trouvé refuge dans le nord du Bénin. « Il y a à peine 48 heures, une vague de 5 000 Burkinabè est arrivée dans le nord du Bénin en quête de sécurité et de tranquillité », a-t-il précisé. Ce mouvement massif est attribué à la menace terroriste qui sévit dans leur pays. Malgré les récentes attaques verbales du capitaine Ibrahim Traoré, le Bénin a choisi de maintenir ses portes ouvertes aux réfugiés burkinabè. Des mesures ont été mises en place pour alléger leur souffrance. Le porte-parole du gouvernement a affirmé que ces réfugiés ne sont pas refoulés. « Ceux qui se déplacent ainsi recherchent la quiétude. S’ils avaient la quiétude chez eux, ils ne viendraient pas ici », a déclaré Wilfried Léandre Houngbédji.

Engagement panafricaniste

Le Bénin démontre ainsi son engagement envers le panafricanisme et la libre circulation des personnes et des biens au sein de l’espace CEDEAO. « Pour ces raisons, nous leur fournissons toute l’assistance humanitaire nécessaire afin que, lorsque les conditions seront réunies dans leur pays, ils puissent y retourner. Mais en attendant, qu’ils se sentent en sécurité et protégés comme les Béninois », a assuré le secrétaire général adjoint du gouvernement béninois. Ce n’est pas la première fois que le Bénin accueille une vague de réfugiés. En 2021, plus de 200 réfugiés burkinabè fuyant la menace terroriste avaient trouvé refuge dans la commune de Matéri, dans le département de l’Atacora, au nord-ouest du Bénin. Ils venaient de Yabtankouagou, dans la commune de Madjaouri au Burkina Faso.

Cet article Le Bénin accueille 5.000 réfugiés burkinabè est apparu en premier sur Mondafrique.

]]>