Trump inflige un camouflet à Alger

La décision du Maroc d’établir des relations diplomatiques avec Israël, en contrepartie de la reconnaissance par Washington de la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental, reste une victoire en demie teinte pour le Royaume et un camouflet pour les généraux algériens.
 
Une chronique de notre correspondante à Alger, Louise  Dimitrakis
 
Avant de quitter l’arène internationale, l’éléphant Trump a soufflé très fort sur le brasier qui couve depuis plus de quarante ans  entre les deux pays  frontaliers, l’Algérie et le Maroc. Sa décision de Trump n’est actuellement qu’une déclaration sur laquelle son successeur, Jo Biden, peut revenir au profit d’un règlement par les Nations Unies. Encore que le Maroc reste un allié historique et fidèle aux Etats-Unis. Le président Biden ne prendra sans doute pas le risque de froisser Mohamed VI, alors que ce dernier est en passe de renouer ses liens diplomatiques avec l’Etat d’Israël, constant allié des Etats Unis. 
 
Pour sa première et dernière intervention dans les affaires du Maghreb, Trump a fait du Trump. Expert en politique des faits accomplis et de la terre brûlée, le président sortant a pris le risque de raviver les tensions régionales pour mieux torpiller les médiations diplomatiques promises par son futur successeur.
 
Le New-York Times résume les incertitudes à venir: « la décision du président Trump met les Etats-Unis en désaccord avec l’opinion publique mondiale et menace de transformer le conflit en guerre ouverte ». La position du grand quotidien américain est renforcée par l’interview de Sarah Yerkes, membre du programme Moyen-Orient du « Carnegie Endowment for International Peace » qui saluait il y a peu la réussite du Roi du Maroc devenu un leader incontournable au niveau africain. Or la même déclare aujourd’hui que la décision de Donald Trump de soutenir la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental « est susceptible de compromettre gravement les relations entre les Etats-Unis et l’Algérie ».
 
 
Demie victoire pour le Maroc
 
 
Le deal de Mohammed VI avec le président américain sortant, mauvais perdant et de notoriété publique islamophobe, place le Maroc dans le guère  cercle des derniers soutiens de Donald Trump, en compagnie d’Israël, des Emirats-Arabes, du Bahrein, et du Soudan… 
 
 
Le dernier coup de force du souverain marocain ne risque-t-il pas d’élargir le mouvement de sympathie pour la cause des indépendantistes sahraouis ? Jusqu’à présent les nombreux mouvements pro-palestiniens d’Alger à New York en passant par l’Europe, ne se sentaient pas obligés de soutenir le Polisario. En donnant l’impression de troquer la cause palestinienne pour récupérer son Sahara, le Maroc donne de la consistance aux arguments de son ennemi l’Algérie qui prétend défendre l’auto-détermination des opprimés du colonialisme, qu’ils soient palestiniens ou sahraouis. 
 
Sur le plan intérieur, le royaume chérifien aurait aussi quelques soucis. L’analyste algérien Abed Charef estime que le Maroc joue gros:  « Le régime marocain ne peut occulter trois  éléments. D’abord, le sentiment et la réaction de la rue marocaine, ensuite, l’impact de cet accord sur les institutions marocaines, gouvernement, parlement, partis, totalement ignorées dans une décision majeure conclue sans consultations ; enfin, la réaction des islamistes marocains, d’obédience Frères Musulmans, qui dirigent actuellement le gouvernement, et qui semblent être totalement hors du coup »
 
Un échec pour les généraux algériens
 
Jusqu’à présent la diplomatie algérienne pouvait donner l’impression que le pays était incontournable pour régler les conflits régionaux. Aujourd’hui, l’Algérie n’a plus de véritable doctrine diplomatique, alors que les Affaires Etrangères algériennes avaient traditionnellement une solide réputation au sein des institutions internationales.
 
La dernière sortie de Trump reste un camouflet pour le haut commandement militaire algérien. Le site algérien « Algérie Patriotique », bien introduit au sein de l’appareil militaire algérien,  s’inquiète : «  l’Algérie est ainsi coincée entre un voisin à l’ouest qui offre à Tel-Aviv l’opportunité d’officialiser sa présence en Afrique du Nord et de s’y enraciner, une Libye morcelée et en proie aux convoitises de puissances étrangères qui se livrent une guerre par procuration, et un Sahel pris en étau entre les groupes terroristes et l’armée française ». 
 
A tout vouloir contrôler, les généraux algériens se retrouvent bien seuls face aux crises multiples que traverse le pays : « Avec l’Algérie paralysée par l’absence de son président, le Conseil de sécurité de l’ONU qui a échoué à nommer un émissaire pour le Sahara occidental et les dernières semaines qui lui restent avant l’arrivée à la Maison-Blanche de Joe Biden, bien plus sensible aux droits de l’homme que Donald Trump, Mohammed VI disposait d’une fenêtre de tir rêvée pour réaliser ce deal », résume dans le Point le chercheur Hasni Abidi. 
 
« Une misérable transaction »
 
Le quotidien algérien El-Watan dénonce une « misérable transaction ». Pour le journal pro-sahraoui, le grand vainqueur de cette nouvelle donne est Benyamin Netanyahu et  le grand vaincu, le peuple palestinien. « Les Arabes, eux, ont perdu leur âme et leur dignité » conclu El Watan
 
Selon enfin l’agence de presse britannique Reuters, les États-Unis négocient depuis plusieurs mois la vente de quatre drones « M-9B Sea Gardians » pour le Maroc. Ces drones, fabriqués par General Atomics, ont une portée de plus de 11 000 kilomètres. Autorisée par le Département d’état américain, cette vente doit encore être validée par le Congrès. Cet accord pourrait être la première vente de drones du Président Donald Trump. 
 
 Le Maghreb brille des mille feux de détresse.

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