Best of Mali (7/10) Assimi Goïta prépare son troisième coup d’Etat 

KATI, MALI-06 SEPT, 2020: Le colonel Assimi Goïta à la cérémonie en hommage aux 10 soldats tués le 4 septembre. (picture by Véronique de Viguerie/Getty Reportage)

Investi président de la transition et chef de l’Etat du Mali hier lundi, le colonel Assimi Goïta, officier rompu à la tactique du rapport de forces, n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Il se donne donc les moyens de rempiler en 2022. 

« Jamais deux sans trois », dit la sagesse populaire. Le colonel Assimi Goïta a fait son premier coup d’Etat en août 2020 contre le président Ibrahim Boubacar Keita. Il en a fait un second le 24 mai contre le président Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane. Bien au-delà des arguments officiels peu convaincants de rectification d’une transition qui commençait à être dévoyée, le second coup d’Etat de l’ancien commandant des forces spéciales maliennes s’inscrit dans un agenda caché, où un troisième coup d’état est prévisible. 

 Une alliance hétéroclite

Derrière les décisions de suspension du Mali de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, suivie de celle de l’Union africaine, de la Francophonie, se cache l’effet de surprise voire l’aveu d’impuissance. L’instance sous régionale, tout comme le reste de la communauté internationale, n’ont pas réussi à imposer à la junte militaire malienne le principe d’une seconde transition dirigée par un civil.

Goïta savait bien que le timing de son second coup d’Etat rendait cette exigence irréaliste, si l’on veut exiger la fin de la transition en mars 2022, tel que convenu lors du renversement d’IBK. Après avoir franchi cet obstacle, Assimi Goïta déroule tranquillement le reste de sa stratégie. Sa décision de porter son choix sur Choguel Maïga, un des piliers du Mouvement du 5 juin/Rassemblement des forces patriotiques (M5/RFP) procède d’un savant calcul. Tant pour la poursuite de la transition que pour l’après-transition.

Le soutien de l’Imam Dicko

Outre le fait d’être la figure emblématique du mouvement qui a renversé IBK, Choguel est un vétéran de la vie politique malienne, qui a servi les chefs d’Etat malien de Moussa Traoré à Assimi Goïta en passant par Amadou Toumani Touré ( ATT) et IBK dont il fut ministre avant de devenir opposant irréductible. Cette longévité donne forcément un solide carnet d’adresses que Goïta entend capitaliser. Dans sa stratégie de faire avancer les pions pour l’après-transition, Assimi Goïta s’est également assuré le soutien de l’imam Dicko, autre fer de lance de la contestation qui a chassé IBK du pouvoir.

Bien que devenu plus discret ces derniers mois, l’imam Dicko garde une capacité considérable de mobilisation des foules. Sa présence aux côtés des militaires devrait être d’une grande utilité pour leur agenda caché. 

Calendrier électoral irréaliste 

Lors de sa prestation de serment, Assimi Goïta s’est engagé à respecter le délai de 18 mois de transition convenu avec la CEDEAO et le reste de la Communauté internationale (1). 

Au regard des énormes défis financiers, logistiques et techniques mais surtout de la dégradation de la situation sécuritaire, ce calendrier électoral est hors de portée de l’exécutif malien. Il l’était même s’il n’y avait pas eu le second coup d’Etat. Résultat, Assimi Goïta multipliera les promesses de respecter le délai de 18 mois de transition pour finalement amener la CEDEAO et le reste de la communauté internationale à se rendre à l’évidence en mars 2022.

Le chef de la junte bénéficiera alors au minimum d’une rallonge pour continuer à diriger la transition. Rien n’indique qu’avec la prolongation de la transition, le courant « souverainiste » M5/Dicko ne se battra pas pour faire sauter le verrou qui interdit aux autorités de transition dont son président d’être candidats aux élections qu’elles doivent organise.

Une sorte de troisième coup d’état?

(1) Annoncé en avril dernier, donc avant le coup d’Etat du 24 mai, le calendrier électoral prévoit l’organisation d’un référendum constitutionnel le 31 octobre prochain, les locales et les régionales le 26 décembre 2021 ; le premier tour de la présidentielle couplée aux législatives le 27 février 2022 et le second tour de la présidentielle le 13 mars. L’agenda électoral devrait s’achever par l’organisation du second tour des législatives le 20 mars 2022.

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