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Notre semaine culturelle débute avec Mansfarroll à Paris



Entre Avignon, Conakry, Lomé, Bruxelles et Paris, notre agenda culturel hebdomadaire met en lumière une scène africaine plurielle. Festivals, salon du livre, concerts et initiatives culturelles dessinent un espace en mouvement, entre continent et diaspora. Des 72 Heures du Livre à la FI2L, d’African Culture aux projets musicaux comme África Sí, ces événements interrogent création, transmission et circulations culturelles dans un contexte marqué par le numérique et les recompositions artistiques.


Le 17 avril, au Studio de l’Ermitage, le percussionniste cubain Mansfarroll présente África Sí, son troisième album. Un projet qui remonte aux racines des musiques afro-cubaines et explore, par la scène, les circulations entre Afrique et Caraïbes.

Le 17 avril à Paris, Mansfarroll investit la scène du Studio de l’Ermitage pour présenter África Sí, son troisième album, sorti le 10 avril. Compositeur et percussionniste cubain installé en France depuis 2002, il propose ici un projet centré sur les circulations musicales entre l’Afrique et Cuba, dans une approche directe, sans détour théorique.

Le point de départ est historique. Les musiques afro-cubaines prennent forme dans les traditions africaines transportées vers les Amériques. À Cuba, ces rythmes sont transformés, réinterprétés, puis diffusés à nouveau. Ce mouvement de va-et-vient structure África Sí. L’album ne juxtapose pas des influences, il travaille sur leurs continuités.

Le répertoire traverse plusieurs registres : rumba congolaise et cubaine, high-life ghanéen, tumba francesa, bikutsi, changüí ou bembé. À ces bases s’ajoutent des éléments jazz, intégrés sans rupture. L’ensemble reste construit autour des rythmes afro-cubains, qui servent de point d’ancrage.


Racines en mouvement

Sur scène, cette démarche se traduit par une formation élargie. Percussions, cuivres, piano, contrebasse et voix structurent l’ensemble, avec des instruments comme la kora ou la flûte pygmée. Un quatuor à cordes complète le dispositif, introduisant une autre texture sans modifier l’équilibre général.

Autour de Mansfarroll, plusieurs musiciens expérimentés : Irving Acao au saxophone, Jorge Vistel à la trompette, Julien Chirol au trombone, Patrick Bebey aux instruments traditionnels ou encore Tunde Jegede à la kora. Les voix d’Aude Publes et de Monika Kabasele organisent une partie du répertoire. L’ensemble fonctionne comme un collectif, sans mise en avant individuelle.

Le projet s’inscrit dans un parcours déjà dense. À Cuba, Mansfarroll joue avec Maraca y Otra Visión ou Síntesis. En France, il collabore avec des musiciens issus du jazz et des musiques du monde, parmi lesquels Chucho Valdés, Ibrahim Maalouf, Angélique Kidjo ou Mory Kanté. Il participe aussi à des événements à forte visibilité, dont les cérémonies des Jeux olympiques de Paris 2024.

Avec África Sí, il recentre son travail. Moins accompagnateur, plus directeur artistique, il construit un projet personnel autour des rythmes qu’il pratique depuis ses débuts. Sa méthode reste empirique : partir de la percussion, des structures rythmiques, et construire à partir de là.

Le concert du 17 avril prolonge cette logique. Il ne s’agit pas d’une simple présentation d’album, mais d’une mise en situation. La scène permet d’articuler les différentes influences, de tester leur cohérence et de travailler les dynamiques de groupe.

Le Studio de l’Ermitage, habitué aux musiques du monde et au jazz, offre un cadre adapté. La configuration de la salle permet une écoute précise, nécessaire pour un projet où les interactions rythmiques jouent un rôle central.

Avec África Sí, Mansfarroll propose une lecture actuelle des liens entre Afrique et Caraïbes. Le projet repose sur des structures identifiables, mais retravaillées dans un cadre contemporain. L’ensemble avance sans effet démonstratif, en s’appuyant sur la cohésion du groupe et la circulation des rythmes.


Informations pratiques
Concert : Mansfarroll – África Sí
Lieu : Studio de l’Ermitage, 8 rue de l’Ermitage, Paris 20e
Date : vendredi 17 avril 2026
Horaire : 21h (ouverture des portes à 20h30)
Album : África Sí, sortie le 10 avril 2026
Réservations : studioermitage@gmail.com / www.mansfarroll.com

À Avignon, l’Afrique s’invite en partage

Pendant tout le mois d’avril, Avignon consacre une programmation dense aux cultures africaines. Expositions, ateliers, contes, musique et danse composent un parcours accessible et ancré dans le territoire. Une initiative qui privilégie la transmission, l’expérience et la rencontre avec les publics.

Déployée du 1er au 30 avril dans le cadre du dispositif Avignon Ville Monde, la deuxième édition de « En avril, l’Afrique s’invite à Avignon » s’inscrit dans une logique de diffusion culturelle de proximité. Loin des grands formats spectaculaires, la programmation privilégie des formats courts, gratuits et accessibles, disséminés dans plusieurs lieux de la ville. Bibliothèques, centres socio-culturels, salles municipales deviennent ainsi les relais d’un dialogue entre pratiques artistiques africaines et publics locaux.

L’ambition est claire : proposer une immersion progressive dans les cultures du continent africain, en croisant les disciplines et les registres. À travers des expositions, des ateliers, des lectures ou des performances, il s’agit moins de présenter un panorama exhaustif que de multiplier les points d’entrée. La diversité des formats permet d’alterner entre observation, participation et transmission directe.

Dans les bibliothèques d’Avignon, le cycle « Explorations africaines » constitue l’un des fils conducteurs de cette programmation. Tables thématiques, sélections d’ouvrages d’auteurs africains, découverte de musiques et mise en avant de contenus audiovisuels offrent un parcours accessible à tous les âges. L’accent est mis sur la circulation des récits, des imaginaires et des formes, dans une approche qui relie patrimoine et création contemporaine.

Masque africain et tissu wax

Cette tension entre héritage et création traverse également l’exposition « Métissages », présentée à la Maison des Projets. Porté par des élèves du lycée René Char, le projet s’articule autour du masque africain et du textile wax. À partir de matériaux recyclés et de motifs inspirés des traditions, les participants construisent un bestiaire visuel qui interroge les formes, les symboles et leur réinterprétation contemporaine. Photographies, installations et créations hybrides dialoguent dans un espace où la tradition devient matière à transformation.

La dimension pédagogique est ici centrale. L’exposition ne se limite pas à une présentation d’objets, mais s’inscrit dans un processus de création accompagné, où les élèves explorent les codes visuels et culturels pour mieux les détourner. Elle donne à voir une appropriation active, loin d’une approche figée ou muséale des cultures africaines.

Cette logique de transmission se prolonge dans les ateliers proposés tout au long du mois. L’initiation aux instruments d’Afrique de l’Ouest, animée par l’association Burkina Azza, offre une immersion directe dans les pratiques musicales mandingues. Percussions, balafon ou n’goni deviennent des outils de découverte, mais aussi de partage, dans une configuration où musiciens et participants échangent à égalité.

La danse africaine, proposée en initiation, repose sur une approche similaire. Le travail du corps, ancré dans le sol et porté par l’énergie collective, invite à une expérience sensorielle immédiate. L’atelier ne vise pas la performance, mais l’appropriation des rythmes et des dynamiques propres à ces traditions, dans un cadre ouvert aux débutants.

Une culture vécue

Le second axe fort de la programmation repose sur la mise en récit. Avec « Nos contes en ombres, voyage en Afrique », les organisateurs mobilisent la tradition orale comme vecteur de transmission. Les récits, issus de différentes régions du continent – du Maghreb au Nigeria, du Sahara à la Côte d’Ivoire – abordent les thèmes de la transmission, des origines, des relations entre humains et monde animal ou invisible.

Ces contes, adaptés pour un jeune public, s’inscrivent dans une mémoire collective où l’imaginaire joue un rôle structurant. La présence de figures comme Mami Wata, ou de récits étiologiques expliquant l’ordre du monde, souligne la richesse symbolique de ces traditions. Le prolongement en atelier de théâtre d’ombres permet aux participants de manipuler eux-mêmes les formes et de prolonger l’expérience par la création.

La littérature trouve également sa place dans cette programmation avec les temps de lecture « Midi-sandwich ». À travers des textes évoquant le Maghreb, le Machrek ou l’Égypte, ces rendez-vous proposent une traversée sensible entre voix, paysages et imaginaires. Le format, volontairement convivial, associe lecture et échange, prolongeant la découverte dans un cadre informel.

Enfin, la dimension artisanale est abordée avec l’atelier « L’art du bijou africain ». Encadrés par une créatrice inspirée des savoir-faire sénégalais, les participants réalisent des objets à partir de perles et de coquillages. Au-delà de l’aspect pratique, l’atelier met en lumière la symbolique des matériaux, des couleurs et des formes, inscrites dans des traditions spécifiques.

La programmation se conclut par un concert du groupe Burkina Azza, formation familiale originaire du Burkina Faso. Héritiers d’une tradition musicale transmise de génération en génération, les musiciens mêlent percussions et instruments à cordes dans un répertoire ancré dans les sonorités ouest-africaines. La place centrale accordée aux chants et aux chœurs confère à la performance une dimension collective et participative.

Dans son ensemble, l’événement privilégie une approche concrète et incarnée des cultures africaines. Plutôt que de les exposer à distance, il s’agit de les faire vivre, de les manipuler, de les écouter et de les pratiquer.

Informations pratiques

 Lieu: Avignon
 Dates: Du 1er au 30 avril 2026
 Tous les événements sont gratuits
 Lieux principaux :

– Réseau des bibliothèques d’Avignon
 – Maison des Projets, 106 rue de la Carreterie
– Complexe socio-culturel de la Barbière
– ESC Croix des Oiseaux
– MPT Marcelle Landou
– Bibliothèque Ceccano

 Événements clés

–  21 avril : contes et atelier théâtre d’ombres
–  22 avril : atelier instruments d’Afrique de l’Ouest
–  23 avril : initiation à la danse africaine
–  24 avril : lecture, atelier bijou et concert Burkina Azza

Réservations nécessaires pour certains ateliers (places limitées)

 

À Lomé, « Écrire le monde qui vient »

Les 24 et 25 avril 2026, Lomé accueille la 6e édition de la Foire internationale du livre. Placée sous le thème « Écrire le monde qui vient », elle s’impose comme un espace de création, de débat et de circulation des idées.

Les 24 et 25 avril, la capitale togolaise se transforme en point de convergence pour les acteurs du livre avec la tenue de la 6e édition de la Foire internationale du livre de Lomé. Organisée au Centre togolais des expositions et foires, plus connu sous le nom de CETEF Togo 2000, la FI2L poursuit sa montée en puissance dans le paysage culturel ouest-africain.

En quelques années, l’événement a su dépasser le cadre d’une simple foire pour s’imposer comme une plateforme d’échanges et de structuration du secteur du livre. Auteurs, éditeurs, enseignants, lecteurs et professionnels de la chaîne du livre y trouvent un espace commun où se croisent pratiques, réflexions et initiatives.

Le thème retenu cette année, « Écrire le monde qui vient », s’inscrit dans une dynamique globale. Il invite à interroger le rôle de la littérature face aux mutations contemporaines, qu’elles soient sociales, politiques ou technologiques. Dans un contexte marqué par des transformations rapides, la création littéraire apparaît à la fois comme un outil de compréhension et comme un espace de projection.

Portée conjointement par l’Association des écrivains du Togo et le CETEF Togo 2000, en partenariat avec le Club Le Littéraire, la FI2L entend renforcer les synergies entre les acteurs du livre au niveau national et régional. L’enjeu est double : soutenir la production locale tout en favorisant la circulation des œuvres et des idées au sein de l’espace ouest-africain.

La programmation de cette 6e édition reflète cette ambition. Sur deux jours, une série d’activités ouvertes au public est proposée, articulant rencontres, formation et diffusion. Les échanges avec les auteurs occupent une place centrale, offrant aux lecteurs un accès direct à celles et ceux qui écrivent et publient.

Conférences et panels viennent structurer la réflexion autour des enjeux contemporains de la littérature. Ils permettent d’aborder des questions liées à la création, à l’édition, à la diffusion ou encore aux mutations des pratiques de lecture. Dans un environnement où le numérique redéfinit les usages, ces espaces de discussion prennent une importance particulière.

Les ateliers d’écriture et les master class constituent un autre volet essentiel de la programmation. Destinés à accompagner les auteurs émergents, ils offrent des outils concrets pour structurer un projet littéraire, affiner une écriture ou mieux comprendre les exigences du secteur éditorial. Cette dimension formative participe à la consolidation d’un vivier d’auteurs à l’échelle locale et régionale.

La FI2L accorde également une attention spécifique aux jeunes publics. Une journée dédiée aux scolaires vise à encourager la lecture dès le plus jeune âge et à créer un lien direct entre les élèves et le livre. Dans un contexte où les habitudes de lecture évoluent, cette approche apparaît comme un levier essentiel pour renouveler les publics.

À ces dispositifs s’ajoutent les cafés littéraires, les séances de dédicaces, ainsi que les expositions et ventes de livres. Autant de formats qui favorisent la proximité entre auteurs, éditeurs et lecteurs, et contribuent à faire de la foire un espace vivant, accessible et ancré dans les pratiques culturelles contemporaines.

Au fil des éditions, la FI2L s’est affirmée comme un outil de valorisation de la littérature togolaise, tout en s’ouvrant progressivement à des voix venues d’autres pays de la région. Elle offre aux écrivains émergents une visibilité précieuse, dans un environnement où les opportunités de diffusion restent limitées.

Cette 6e édition confirme cette trajectoire. En consolidant son positionnement régional, la foire participe à structurer un espace littéraire ouest-africain encore en construction. Elle favorise la mise en réseau des acteurs, la circulation des œuvres et l’émergence de nouvelles dynamiques éditoriales.

Dans un contexte où les industries culturelles africaines cherchent à se renforcer, la FI2L apparaît comme un rendez-vous stratégique. Elle ne se contente pas de célébrer le livre, elle contribue à en faire un vecteur de réflexion, de transmission et de projection vers l’avenir.

Événement : Foire internationale du livre de Lomé (FI2L), 6e édition
Lieu : Centre togolais des expositions et foires (CETEF Togo 2000), Lomé, Togo
Dates : 24 et 25 avril 2026
Thème : « Écrire le monde qui vient »
Public : ouvert à tous

 

À Bruxelles, l’African Culture Festival s’ancre dans le paysage culturel

Le 25 avril 2026, Bruxelles accueille une nouvelle édition de l’African Culture Festival. Né d’une initiative indépendante, l’événement s’impose comme un rendez-vous régulier des cultures africaines, entre musique, scène et visibilité des artistes de la diaspora.

Le 25 avril 2026, le Centre culturel Jacques Franck, à Saint-Gilles, accueille une nouvelle édition de l’African Culture Festival. À Bruxelles, l’événement s’inscrit désormais dans un calendrier culturel où les initiatives portées par les diasporas africaines gagnent en visibilité.

Le festival est lancé par l’artiste mauritanien Hamady Diop, connu sous le nom de Soldier Hems. Installé à Bruxelles, il crée African Culture avec un objectif précis : offrir une scène aux artistes africains en Europe. La première édition a lieu en 2014. Depuis, le projet s’installe progressivement.

La ligne est claire. Mettre en avant les cultures africaines à travers des formats accessibles : concerts, danse, théâtre, mode. Le festival ne se limite pas à la musique. Il rassemble plusieurs disciplines et vise un public large.

Au fil des éditions, African Culture gagne en audience. Le public s’élargit, la programmation se structure. Le festival attire des artistes issus de différents pays africains et de la diaspora. Il devient un point de rencontre entre scènes locales et circulations internationales.

L’événement repose sur une logique simple : créer un espace de visibilité. À Bruxelles, de nombreux artistes évoluent en dehors des circuits institutionnels. Le festival leur permet d’accéder à une scène, de toucher un public, de construire un réseau.

Cette dimension collective est centrale. African Culture n’est pas construit autour d’une tête d’affiche, mais d’un ensemble. Les artistes partagent la scène et participent à une programmation pensée comme un tout.

Le projet s’appuie aussi sur une ambition plus large. Promouvoir les cultures africaines en Europe et renforcer leur présence dans l’espace public. Dans une ville comme Bruxelles, marquée par sa diversité, le festival trouve naturellement sa place.

Depuis sa création, l’événement suit une progression régulière. Chaque édition confirme son ancrage. Le festival attire un public fidèle, tout en touchant de nouveaux spectateurs.

La programmation 2026 s’inscrit dans cette continuité. Elle mise sur une diversité de performances et sur une présence scénique forte. L’objectif reste le même : donner à voir et à entendre les cultures africaines dans leur pluralité.

African Culture s’impose ainsi comme un rendez-vous identifié à Bruxelles. Un événement construit par des artistes, pour des artistes, avec une attention portée à la scène et au public.

Informations pratiques
Événement : African Culture Festival
Lieu : Centre culturel Jacques Franck
Adresse : Chaussée de Waterloo 94, 1060 Saint-Gilles, Bruxelles
Date : samedi 25 avril 2026
Initiateur : Soldier Hems (Hamady Diop)

 

À Conakry, les 72 Heures du Livre misent sur la jeunesse et le numérique

À Conakry, la 18e édition des 72 Heures du Livre, du 23 au 25 avril, place la jeunesse et le numérique au centre. Entre ambition culturelle et enjeux de développement, l’événement confirme son rôle structurant dans le paysage guinéen.

Au bord du lac Gbassikolo, à Conakry, le lancement officiel de la 18e édition des 72 Heures du Livre a donné le ton. Dans un cadre à forte charge symbolique, autorités, acteurs culturels et partenaires se sont réunis pour annoncer une édition tournée vers l’avenir, articulée autour d’un thème central : « Jeunesse et numérique : créativité, innovation et engagement ».

Depuis près de deux décennies, les 72 Heures du Livre se sont imposées comme l’un des principaux rendez-vous culturels de Guinée. Bien au-delà d’un salon littéraire, l’événement s’est progressivement structuré comme une plateforme de réflexion, de production et de diffusion des idées. Cette nouvelle édition entend franchir une étape supplémentaire en plaçant la jeunesse au cœur des transformations numériques et culturelles.

Dès l’ouverture, la commissaire générale Aïssata Kaporo Soumah a insisté sur la portée stratégique du thème retenu. Dans un pays où la population est majoritairement jeune, le numérique n’est plus un simple outil, mais un levier de développement. Encore faut-il en maîtriser les usages et en orienter les potentialités. Pour elle, l’enjeu est collectif : médias, institutions, acteurs éducatifs et culturels doivent contribuer à accompagner cette transition.

L’ambition affichée est claire : faire des 72 Heures du Livre un espace vivant, capable d’offrir des opportunités concrètes à la jeunesse. Écrire, créer, innover ne relèvent plus uniquement de la sphère artistique, mais participent d’une dynamique plus large, liée à l’émergence d’une économie culturelle en mutation.

Un levier culturel au cœur du projet national

La présidente du comité d’organisation, Diaka Camara, a prolongé cette lecture en rappelant que l’événement dépasse largement le cadre d’une manifestation littéraire. Elle le décrit comme une « aventure profondément guinéenne », où le livre agit comme un vecteur de transformation sociale. Dans son intervention, elle insiste sur la continuité d’une dynamique engagée lors des éditions précédentes, notamment celle consacrée à la puissance féminine.

Le thème de cette année s’inscrit dans une réalité démographique et sociale incontournable. En Guinée, près de 80 % de la population est jeune. Dans ce contexte, parler de numérique et d’innovation ne relève pas d’un effet de mode, mais d’une nécessité. La question n’est pas seulement technologique, elle est aussi culturelle : comment créer des espaces d’expression capables d’accompagner cette génération dans ses aspirations et ses pratiques ?

La dimension institutionnelle de l’événement renforce cette ambition. La gouverneure de la ville de Conakry, M’Mahawa Sylla, a mis en avant la récente désignation de la capitale comme Ville créative de l’UNESCO en littérature. Cette reconnaissance internationale marque une étape importante pour la Guinée, mais implique également des responsabilités. Elle suppose de renforcer les politiques de soutien à la création, à la lecture et à la production intellectuelle.

Dans cette perspective, les 72 Heures du Livre apparaissent comme un outil stratégique. En encourageant la circulation des idées, en favorisant les rencontres entre auteurs, lecteurs et professionnels, l’événement contribue à structurer un écosystème culturel encore en consolidation. Il participe également à inscrire Conakry dans des réseaux internationaux, où la culture devient un vecteur d’influence et de visibilité.

Le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a inscrit cette dynamique dans une vision plus large du développement national. Dans un discours à la tonalité symbolique, il a évoqué le lac Gbassikolo comme un miroir de l’identité guinéenne. Le choix de ce site pour accueillir l’événement ne relève pas du hasard : il incarne une volonté de lier culture, territoire et projection vers l’avenir.

Pour le ministre, faire du livre un pilier de cet espace envoie un message clair. La culture n’est pas périphérique, elle est au cœur du projet national. Cette orientation s’inscrit notamment dans le programme Simandou 2040, qui intègre désormais la dimension culturelle comme levier de développement. Dans cette configuration, la jeunesse est appelée à jouer un rôle central.

Déjà active, créative et connectée, elle constitue un moteur de transformation. Mais cette dynamique nécessite des cadres structurés, capables de canaliser les initiatives et de leur offrir des perspectives. C’est précisément l’un des objectifs assignés aux 72 Heures du Livre : créer un espace où les talents peuvent émerger, se rencontrer et se projeter.

Cette 18e édition revêt ainsi une dimension particulière. Elle intervient dans un moment charnière, marqué par une reconnaissance internationale et par des enjeux internes liés à la structuration du secteur culturel. En mettant l’accent sur le numérique, elle ouvre également une réflexion sur les nouvelles formes de création et de diffusion du livre.

Au fil des années, l’événement a évolué, s’adaptant aux mutations du paysage culturel et aux attentes des publics. 

Informations pratiques

Événement : 72 Heures du Livre – 18e édition
Lieu : Conakry, Guinée – lac Gbassikolo
Dates : du 23 au 25 avril 2026
Thème : « Jeunesse et numérique : créativité, innovation et engagement »
Ville invitée d’honneur : Forécariah

 

Touaregs, mémoire du désert : « Ressacs » arrive en salles le 6 mai

À l’occasion de la sortie en salles, le 6 mai, de Ressacs, une histoire touarègue d’Intagrist el Ansari, Mondafrique ressort sa chronique. Entre mémoire intime et histoire collective, le film explore l’exil et l’identité touarègue, dans un désert conçu comme archive vivante, en écho à Nostalgie de la lumière de Patricio Guzmán.

 

Certains films ne se contentent pas de raconter une histoire. Ils fouillent, creusent, exhument ce qui risquait de disparaître. Ressacs, une histoire touarègue d’Intagrist el Ansari est de ceux-là. Ce documentaire de 125 minutes ne se présente pas comme un simple récit historique sur les Touaregs, mais comme une lettre intime adressée par un père à son fils, une quête existentielle où l’intime et le collectif se rejoignent. Le réalisateur y explore les traces de son peuple, de sa famille, de sa propre enfance, à travers un voyage qui l’emmène de Nouakchott à Tombouctou, entre désert et exil, entre passé et présent.

Ce dialogue entre mémoire personnelle et histoire collective rappelle un autre grand film documentaire : Nostalgie de la lumière (2010) de Patricio Guzmán. Dans ce chef-d’œuvre, le cinéaste chilien observe le désert d’Atacama, où les astronomes scrutent le passé de l’univers, tandis que, sous le sable, gisent encore les ossements des disparus de la dictature de Pinochet. Comme Guzmán, el Ansari filme le désert comme un immense réservoir de mémoire, où chaque grain de sable porte l’empreinte d’un passé qui ne demande qu’à être retrouvé.

La beauté mouvante du Sahara

Dans Ressacs, la caméra capte  les voiles gonflées par le vent, les dunes parcourues par des silhouettes solitaires. La nature y est un personnage à part entière, à la fois refuge et témoin du drame des Touaregs, un peuple marqué par la colonisation, la sédentarisation forcée, les sécheresses, les rébellions et les exils successifs. Le silence du désert résonne comme celui des victimes oubliées dans Nostalgie de la lumière, et dans les deux films, la caméra est une pelle qui fouille le sol à la recherche d’un passé menacé d’oubli.

Mais plus qu’un simple voyage archéologique, Ressacs est aussi une transmission. El Ansari filme les anciens, les griots, les notables de sa tribu.  Mais il s’adresse aussi à son fils, cherchant à lui léguer un héritage avant qu’il ne s’efface complètement. Cette volonté de raconter pour préserver est au cœur du cinéma de Guzmán, qui, lui aussi, transmet à la nouvelle génération une mémoire occultée par l’histoire officielle.

Le film oscille entre images d’archives et errance contemporaine, on y voit le réalisateur enfant, interviewé dans un camp de réfugiés il y a plus de trente ans, puis adulte, revenant sur ces lieux de mémoire. Cette confrontation entre le passé et le présent, entre ce qu’on était et ce que l’on est devenu, évoque les survivants de Nostalgie de la lumière, en quête des fragments de leur propre histoire.

Dans les deux œuvres, l’oubli est l’ennemi. Et si le Chili de Guzmán a tenté d’effacer les traces de ses disparus, les Touaregs d’el Ansari, eux, luttent contre une disparition plus lente, plus insidieuse, celle de leur culture, de leur mode de vie, de leur identité mouvante. Dans les camps de réfugiés, les enfants vont à l’école, l’exil devient une nouvelle norme, la survie passe par l’adaptation. Le film ne cherche pas à donner une réponse unique, mais à poser la question fondamentale de la transmission, à savoir ce qui reste d’un peuple quand son territoire se dissout, quand ses traditions sont bousculées, quand son histoire est menacée de silence ?

Ce peuple qui renait

La temporalité du film joue également un rôle fondamental. Si Guzmán, dans Nostalgie de la lumière, superposait le passé et le présent en observant le ciel et la terre, el Ansari utilise les ressacs – ces mouvements perpétuels de la mer et du sable – pour illustrer le cycle de l’exil et du retour. Ce va-et-vient est au cœur du documentaire, puisqu’ on quitte un territoire, on tente de s’adapter ailleurs, on revient aux sources pour comprendre ce qui a été perdu. Il y a dans cette oscillation une fatalité, mais aussi une force, celle d’un peuple qui ne cesse de renaître malgré les épreuves.

Le montage alterne ainsi images du passé et visions contemporaines, comme si le temps se repliait sur lui-même. Une des scènes les plus fortes montre le réalisateur errant dans des maisons d’argile à demi effondrées, vestiges d’un monde qui n’est plus. Cette vision fantomatique rejoint les ruines des camps de concentration dans Nostalgie de la lumière, où Guzmán filmait les traces d’une violence d’État. Mais chez el Ansari, cette disparition est aussi liée à la nature elle-même, au vent qui efface, au sable qui recouvre, aux étoiles qui brillent sur un monde en mutation.

Et puis il y a la musique, essentielle dans les deux films. Chez Guzmán, les chants des familles des disparus accompagnent leur lutte pour la mémoire. Dans Ressacs, c’est le blues touareg qui résonne, porté par la voix d’Abdallah ag Al-Housseïni, du groupe Tinariwen, qui chante la douleur de l’exil et la mélancolie d’une autonomie perdue. La poésie du film passe autant par les mots que par les sons, par ces voix ancestrales qui racontent une histoire au-delà du langage.

Ce qui frappe, en définitive, c’est l’humilité du regard d’el Ansari. Il ne cherche pas à imposer une vérité absolue, mais à poser des questions, à montrer la complexité des récits et des identités. Comme Nostalgie de la lumière, Ressacs est un film qui écoute, qui laisse place aux silences, aux doutes, aux interrogations sans réponse.

Dans un monde où l’histoire est souvent racontée par ceux qui ont le pouvoir, le cinéma un lieu où l’on peut réinventer la mémoire. En ce sens, Ressacs et Nostalgie de la lumière ne sont sont des œuvres qui redonnent une voix à ceux qu’on a voulu faire taire.

Et si le désert finit toujours par recouvrir les traces laissées par l’homme, ces films prouvent qu’avec le cinéma, on peut parfois les faire réapparaître.

Intagrist el Ansari, portrait d’un passeur de mémoire

Originaire de la région de Tombouctou, au Mali, et installé en Mauritanie depuis une dizaine d’années, Intagrist el Ansari est réalisateur de documentaires, écrivain et auteur indépendant. Il passe son enfance dans le désert avant d’être contraint à l’exil en France durant plus de dix ans, à la suite des conflits du Nord-Mali dans les années 1990. En 2014, il publie Écho Saharien, l’inconsolable nostalgie, son premier roman. Son travail de documentariste porte un regard attentif sur les cultures nomades sahariennes et leurs transformations. Ressacs, une histoire touarègue est son dernier long-métrage documentaire, une exploration intime et politique de l’héritage touareg.