Angola, climat tendu après le décès de l’ex Président Dos Santos

Une délégation officielle angolaise se trouve à Barcelone pour négocier le rapatriement du corps de l’ex président Dos Saton avec la famille; À Luanda, le Président Joao Lourenco continue à préparer les obsèques officielles. Sur fond de manifestations de rue et tractation entre le régime et une partie du  clan familial de l’ancien dictateur

Une chronique de Yves Loizeau

https://www.youtube.com/watch?v=W0c762Q5XTg

Est-ce que l’Angola peut organiser des funérailles nationales à un ancien Président sans la présence du corps du défunt ? Est-ce que l’Espagne peut s’abstenir de remettre le corps d’un ancien Président à l’Etat qui le réclame alors que la proche famille s’y oppose. C’est très exactement la question qui se pose à l’Angola et à son Président actuel Joao Lourenço… mais par voie de conséquence au MPLA, le parti qui, grâce à lui est resté au pouvoir pendant 38 ans… Mais c’est sans doute aussi une fracture au sein d’une population dont certains détestent l’ancien Président alors que d’autres l’adulent.

Le gouvernement socialiste à Madrid se trouve dans une situation inédite… L’Angola est le deuxième producteur de pétrole du continent –8eme dans le monde- et recèle de multiples matières premières dans son sous-sol. Politiquement, c’est toutefois un colosse aux pieds d’argile : plus de la moitié des Angolais vit sous le seuil de pauvreté et le tiers dépend de l’aide alimentaire internationale. Et qui plus est se trouve en pleine campagne électorale.

C’est donc sans doute un tribunal espagnol qui départagera les proches de dos Santos et l’Etat angolais.

Plainte pour assassinat en Espagne

Ayant déposé une plainte pour tentative d’assassinat auprès des autorités espagnoles, les enfants ont obtenu qu’une autopsie soit pratiquée sur la dépouille de l’ancien Président. Jusqu’alors unis les enfants, toujours assistés de leurs avocats, ont fait savoir aux autorités qu’ils étaient les seuls à autoriser le déplacement du corps et qu’il souhaitait des obsèques en Espagne. “Pas question d’organiser quoique ce soit en Angola tant que Lourenco est Président a indiqué en substance Tchize dos Santos sur son compte Instagram dans une vidéo d’1h 20. Cela fait des jours que Tchize, qui est en quelque sorte la porte-parole de la famille proche, et que la presse africaine appelle “la reine des médias” indique que la volonté de son père était que le candidat de l’UNITA, Alberto Costa Junior, remporte les élections d’aout prochain.

Un deuil national a été proclamé. Une commission de préparation des cérémonies regroupe 11 ministres et des lieux d’hommage ont été organisé pour les Angolais. Comme on le sait l’ex-Président a été marié 5 fois et a eu 8 enfants et il semblerait que, organisée ou pas, une faille s’opèrerait avec certains des enfants restés en Angola qui regretteraient les tensions actuelles. Il semblerait donc que du côté du pouvoir on ait réussi a créé un bloc pour se sortir de cette situation inconfortable.

Divisions au sein du MPLA, le parti du pouvoir

Aujourd’hui des manifestations ont eu lieu dans les rues de Luanda pour accuser Joao Lourenco du “meurtre de Dos Santos” qu’ils appellent affectueusement « Zude ». Mais ces manifestations de rue sont moins graves pour le pouvoir que les rumeurs de division du MPLA. Un certain nombre de généraux accusés, comme les enfants de l’ancien Président, de corruption auraient menacé d’expliquer ce qui s’était passé lors des dernières élections de 2017 et sur la façon dont Joao Lourenco aurait été porté au pouvoir. Ils ont eu de très fortes remises de peine….

On cite le cas du Général Higino Carneiro qui serait ainsi passé à travers les gouttes. En matière de manipulation de la justice on dit également que Joao Lourenco était parfaitement au courant du virement de 500 millions de dollars effectués par le fils d’Eduardo dos Santos, « Zenu », une affaire qui devait être classée classée. Le procès qui a suivi aurait été émaillé d’atteintes à la constitution et la Cour aurait sciemment fait semblent d’ignorer que les 500 millions aurait été reversé par l’accusé, ce que Joao Lourenco savait très bien. Selon la presse locale, ce chantage aurait été évoqué directement par les deux Présidents lors du séjour angolais de dos Santos.

Bref, c’est bien les “Luanda leaks” qui ressortent au travers de ce triste épisode de lavage de linge sale aux yeux de l’ensemble de la communauté internationale. On est en plein cynisme alors qu’Amnesty International lance un appel de fonds pour sauver 6 millions d’Angolais sous alimentés. En janvier 2021, l’Angola obtenait 487,5 Millions de dollars du FMI après avoir reçu 3,7 milliards du même Fonds Monétaire International fin 2018.

Peu de clarté dans ce cloaque

Voici que l’UNITA, à la tète de l’opposition pour les prochaines élections, oublie brutalement la guerre civile et ses millions de morts ainsi que les massacres du 30 octobre 1992 qui ont décapité les dirigeants du mouvementt en pleine négociation de paix avec dos Santos. Le vice-président de l’UNITA, Jérémias Chitunda et deux négociateurs de haut rang ont été froidement assassinés. 

Le journaliste et analyste politique, Orlando Castro, disait à l’époque que le MPLA a essayé de « neutraliser tous ceux qui pensaient différemment du régime ». Et il ajoutait : « Dans l’histoire du MPLA, les massacres, ou les purges, ou quel que soit le nom que vous voulez leur donner, sont une règle stratégique du régime, même pour les propres sympathisants du MPLA. »

Dans ces conditions, le rapprochement entre certains enfants  d’Eduardo dos Santos n’augure rien de bon pour la nécessaire réconciliation nationale prêchée par les deux camps.

Querelles familiales autour du cadavre d’Eduardo dos Santos