Congo Brazzaville, le mystérieux vol de nuit de Guy Parfait Kolelas

En s’auto-proclamant élu avec le score pharaonique de 88,57 % des suffrages, Denis Sassou N’Guesso a éteint l’incendie face à une possible annulation du scrutin pour cause d' »empêchement » du seul opposant de poids, Guy Parfait Kolelas.

Quand est décédé Guy Parfait Kolelas, La version officielle est tout sauf transparente

Le président Sassou n’a pas fait semblant. L’urgence face aux circonstances exceptionnelles qui ont vu disparaître brutalement en pleine campagne électorale Guy Parfait Kolelas, l’opposant numéro un du régime, le dictateur congolais devait envoyer au bain les mauvais coucheurs qui déjà réclamaient l’annulation du scrutin. Et ceci sur des bases constitutionnelles qui ne sont pas vraiment en béton armé.

La Constitution, celle-là même que Denis Sassou a imposée au peuple congolais en 2015 afin de pouvoir se représenter.Le texte est en effet limpide, cristallin. Ainsi, l’article 70 stipule que « Si avant le premier tour, un des candidats décède ou se trouve définitivement empêché, la Cour constitutionnelle prononce le report de l’élection ».Qui peut décemment nier que Parfait Kolelas ait été définitivement empêché de participer au scrutin après son message poignant et dans lequel on le voit dans une vidéo se séparer quelques instants du respirateur artificiel qui le maintient encore en vie pour déclarer : « Je suis en difficulté, je me bats contre la mort, battez-vous ! ».

« Jusqu’au dernier souffle »

Nous sommes alors Samedi 20 mars, veille du vote, dans la dernière ligne droite de la campagne.Qui veut juger de l’état « d’empêchement » du candidat visionnera, ou re-visionnera la vidéo des dernières paroles publiques du leader de l’opposition.Le lien se trouve ici : https://www.youtube.com/watch?v=oBgjLolBvH8

Mais en réalité, Kolelas était déjà hors-jeu depuis la veille, le vendredi. Il avait en effet été dans l’incapacité de participer au dernier grand meeting de sa campagne, soit le moment fort de cette dernière et il avait été hospitalisé dans la foulée ce même vendredi en fin d’après-midi dans une clinique de Brazzaville où il a, semble-t-il été déclaré positif au Coronavirus.Ces faits ne sont d’ailleurs contestés par personne. Notons que Sassou, dans une brève allocution prononcée mardi et rendant hommage au défunt, observait que Kolelas « a poursuivi ce combat jusqu’au dernier souffle ».En résumé, 48 heures avant la fermeture des bureaux de vote, le leader de l’Union des démocrates humanistes est hors-jeu, définitivement « empêché » d’aller au bout de sa candidature.

Une situation qui épouse au plus près l’article 70 de la Constitution.

Un timing parfait

La suite des événements est elle, bien plus trouble. Kolelas est évacué – exfiltré – dans un avion privé sanitaire nous dit-on, ceci dimanche après-midi. Vers Paris.

Précisément à l’aéroport du Bourget.

Selon un anonyme « ami » cité par l’AFP, Parfait Kolélas aurait été déclaré mort aux toutes premières heures lundi matin, à 2h40mn, et ceci cinq minutes seulement après l’atterrissage, toujours selon l’agence gouvernementale !Un timing tellement parfait qu’il ne peut que susciter un sentiment de malaise.

 Possible mort dans l’avion

Cité par « Le Monde » (22 mars), son directeur de campagne Christian Cyr Rodrigue Mayanda, assure : « Il est décédé dans l’avion médicalisé qui était venu le chercher à Brazzaville dimanche après-midi ».Pourtant, officiellement, Parfait Kolelas est décédé sur le sol français (et pas dans l’avion charitablement affrété par Sassou !).

La version officielle veut qu’il soit décédé lundi et non pas dimanche le jour du vote, ce qui place dans les esprits une certaine distance entre son décès et l’article 70 de la République du Congo.A ce propos, Mondafrique peut établir que Sassou N’Guesso est un fin constitutionaliste et qu’il n’ignore rien des subtilités relatives à « l’empêchement » d’un candidat lors d’une élection présidentielle.Pour preuve, cet entretien de Sassou avec François Soudan de « Jeune Afrique » lors d’un film réalisé par ce dernier en 2016 et intitulé « Sassou N’Guesso : le pouvoir et la vie ».

Une séquence évoque la candidature de Sassou à la présidentielle de 1997 contre le président en place Lissouba. Sassou évoque la journée du 4 juin qui marque le premier affrontement entre les forces gouvernementales de Lissouba et les partisans de Sassou à Brazzaville, une grosse escarmouche qui marque le début de la guerre civile.Questionné par François Soudan sur le sens de cette intervention des forces gouvernementales contre sa résidence, Sassou répond : « Après analyse, je pense que Lissouba n’était pas prêt pour une élection présidentielle. Je crois qu’il cherchait l’application d’un article de la Constitution qui disait que si un candidat venait à mourir pendant la campagne électorale, le président de la République était autorisé à proroger son mandat et à renvoyer les élections à plus tard (…) l’objectif était de “neutraliser” Sassou N’Guesso ».

L’intégralité de cet entretien ici (passage à la 60e minute) : https://www.youtube.com/watch?v=2dwStr5O2Eg

Un avion non médicalisé

Autant dire que dès que la gravité de l’état de santé de Parfait Kolelas est perçue par le pouvoir, l’évacuation et l’exfiltration de Kolelas ne relèvent pas de la seule urgence sanitaire. L’article 70 pose un évident problème politique. Il importe de mettre de la distance au propre comme au figuré entre « l’empêchement » de Kolelas et le scrutin.

Selon les informations encore parcellaires rassemblées par Mondafrique, Koleas a été évacué via un Falcon 100.Un avion « Marcel Dassault » dont l’immatriculation correspond à une société de charter sise à Malte, aussi transparente que la tambouille de la commission électorale congolaise (CONEL).Sur le site de cette compagnie est présentée la flotte des appareils mis à disposition des clients, avec indication de leurs divers équipements, capacité, etc.Sur ce catalogue en ligne, aucune mention d’un appareil doté d’équipements médicaux

Oyo, N’Djamena, Le Bourget.

Il apparaît, sur les sites spécialisés dans le « tracking » des aéronefs, et donc capables de retracer heure par heure tous les déplacements d’un avion, plusieurs « trous noirs » dans celui de ce Falcon 100 dont l’autonomie annoncée est de 3 heures de vol, ce qui impose pour rallier Paris à minima 2 escales.Certains sites font néanmoins état du vol de l’avion, dimanche d’abord entre Oyo et Brazzaville puis à nouveau de Brazzaville à Oyo-Ollando.

L’appareil aurait donc gagné ensuite l’Europe depuis le fief de Sassou.

Une source fiable assure que le Falcon 100 a ensuite fait escale à N’Djamena, la capitale tchadienne.Ce qui correspond à une information figurant sur le « tracking » où l’avion est signalé présent dimanche à 18H59.

Ensuite, c’est le trou noir jusqu’à Paris et l’on ignore où l’appareil a fait une autre incontournable escale, son rayon d’action ne lui permettant pas de rallier d’un trait Ndjamena Paris.

En France, le trou noir

En France, « l’affaire Kolelas » ne suscite guère d’intérêt. C’est dans le « Courrier Picard » qu’est relayée la dépêche de l’AFP !

La section criminelle du parquet de Seine-Saint-Denis a bien été saisie d’une information sur les causes du décès. Gageons qu’on y apprendra que Kolelas est décédé du Covid, mais rien sur ce vol de nuit.

Député de Haute-Garonne, Sébastien Nadot a demandé dans un communiqué à ce que « toute la lumière soit faite sur ce décès ».