Cet ambassadeur, Sylvain Itté, qui croyait à la diplomatie des tweets


La junte militaire au pouvoir au Niger a ordonné, jeudi 31 août, l’expulsion de l’ambassadeur de France dans une lettre adressée au ministère des affaires étrangères français. Selon ce courrier daté de mardi, l’ambassadeur Sylvain Itté « ne jouit plus de privilèges et immunités attachés à son statut de membre du personnel diplomatique de l’ambassade de France ».

Ses « cartes diplomatiques et visas » ainsi que ceux des membres de sa famille « sont annulés », précise la lettre, ajoutant que les services de police nigériens « sont instruits afin de procéder à l’expulsion » de M. Itté. Dans une ordonnance rendue le lendemain, le tribunal de grande instance de Niamey constate cette l’expulsion par l’autorité administrative compétente et ordonne l’exécution de la décision. Les militaires qui se sont emparés du pouvoir au Niger le 26 juillet et retiennent prisonnier le président renversé Mohamed Bazoum au palais présidentiel ont pris la France, l’ex-puissance coloniale, pour cible privilégiée.

 Une patrouille nigérienne aux abords de l’Ambassade de France

Dans l’espoir de contrer les Chinois, les Turcs et les Russes sur le continent africain, Emmanuel Macron avait demandé aux ambassadeurs, voici un an, d’être beaucoup plus réactifs et « beaucoup plus mobilisés sur les réseaux sociaux (…)  Pas simplement pour contrecarrer évidemment ces fausses informations, mais pour pouvoir les stopper de manière très claire, au plus vite et porter la valorisation de nos propres actions».

Les réseaux sociaux, l’école de la démocratie

Les ambassadeurs français transformés en une armée de twittos ? Bon élève de l’Élysée, Sylvain Itté a bataillé au Niger contre les ennemis de la France sur les réseaux sociaux. Vaste programme! Son humour n’était, hélas, pas compris par tous et ses conseils à un internaute pro-russe de cesser de boire l’eau de Niamey parce que «européenne» ont plutôt suscité la colère d’une partie du public. 

Dans la foulée, l’ambassadeur s’en est pris aux influenceurs et autres internautes qui attaquaient la présence française, mais en visant rarement juste. Lors d’une conférence avec plusieurs centaines d’étudiants nigériens en novembre dernier, l’ambassadeur disait avoir conscience de « ne pas être en terrain particulièrement profitable » à Niamey en tant que représentant officiel de la France. « La grande majorité des personnes qui sont aujourd’hui dans la salle, si elles ne me sont pas hostiles, ne me sont pas favorables (…), avait alors analysé Sylvain Itté. Mais je pense qu’il est toujours préférable et souhaitable de débattre, d’échanger, de dialoguer, de se confronter, plutôt que de rester chacun de notre côté à dialoguer par réseaux sociaux interposés.« 

L’activiste Maïkoui Zodi lui avait répondu, prémonitoire, en ces termes : « On vous demande de quitter. Vous ne quittez pas. Pourquoi insistez-vous pour rester?»

Arrivé en octobre de l’année dernière dans le pays, Sylvain Itté était devenu un repoussoir dans un Niger où fleurissaient déjà des sentiments hostiles à l’armée française, aggravés par les échauffourées qui avaient fait trois morts autour d’un convoi militaire français bloqué sur sa route en novembre 2021 à Tera. Au printemps, le Quai d’Orsay avait donc demandé au diplomate de cesser son activité débridée sur les réseaux sociaux. Jusqu’à ce que survienne, le 27 juillet, le scénario du pire, inimaginable : le renversement du Président très proche de la France, Mohamed Bazoum, par un coup d’Etat militaire. Très vite, la relation diplomatique entre Paris et Niamey s’est dégradée. 

La junte? Quelle junte?

Avec les menaces d’intervention militaire de la France, en solo, comme les premiers jours, ou en soutien à la Communauté économique d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le diplomate a rapidement été déclaré non grata, d’autant plus qu’il refusait toute relation de travail avec le nouveau régime. Sa patronne, Catherine Colonna, d’ailleurs, a fait de même à Paris, en refusant le départ de l’ambassadrice du Niger en France, Aïchatou Boulama Kané, membre du premier cercle de l’ex Président Issoufou, même si cette dernière s’est finalement inclinée devant les ordres des nouveaux maîtres de Niamey.  

Conformément à la ligne dictée par Emmanuel Macron, le Quai d’Orsay a poursuivi dans son refus d’obtempérer aux ordres de la junte nigérienne, affirmant ne reconnaître que le régime renversé. Itté ne partira pas, affirme, sans rire, le Quai d’Orsay.

Niamey hausse le ton.

Dans une correspondance officielle datée du 29 août, le ministère des Affaires étrangères du Niger a répondu à la note verbale de son homologue français du 26 août pour l’informer «que la question de l’agrément de l’ambassadeur de France est irrévocable et toute observation à ce sujet est sans objet.»

« Au terme du délai de 48 heures expiré à compter du 28 août 2023, poursuit la note, l’intéressé ne jouit plus des privilèges et immunités attachés à son statut de membre du personnel diplomatique de l’ambassade. Les cartes diplomatiques et les visas de l’intéressé et des membres de sa famille sont annulés. Les services de police sont instruits afin de procéder à son expulsion.»

Avec un brin d’ironie, le signataire de la lettre respecte les formes les plus courtoises en saisissant «cette occasion pour renouveler au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de la République française les assurances de sa haute considération.»

Les véhicules français contrôlés

Pour le moment, les autorités nigériennes n’ont pas franchi les barrières de l’ambassade, protégées par l’immunité diplomatique. Elles ne le feront sans doute pas. Mais devant le portail blindé, des gendarmes nigériens arrêtaient jeudi les véhicules sortant de l’ambassade pour les fouiller, devant des journalistes stationnés sur le trottoir. Sylvain Itte est désormais expulsable, faute de visa en règle, s’il s’aventure hors du bâtiment. Le porte-parole de l’état-major à Paris, le colonel Pierre Gaudillière, a prévenu que «les forces militaires françaises étaient prêtes à répondre à tout regain de tension qui porterait atteinte aux emprises militaires et diplomatiques françaises au Niger et que «des dispositions ont été prises pour protéger ces emprises.»

La situation est tout aussi précaire pour les 1200 soldats français déployés au Niger. A partir de samedi, la foule nigérienne campera aux abords de leur camp militaire, pour réclamer leur départ. En effet, Paris refuse d’obéir à la révocation des accords de défense annoncée par la junte dont l’un prévoit un préavis d’un mois qui expire le 2 septembre.

Un concert de casseroles et plusieurs séances de prières matinales ont été organisés par la société civile ces derniers jours en soutien à la junte sur le rond-point de l’Escadrille, le nom de l’aéroport militaire qui abrite le camp. Un sit-in à durée indéterminée est désormais prévu. A Ayorou, où stationnent  les soldats de la force Sabre après leur départ forcé du Burkina, ce sont les femmes et les enfants du village qui stationnent devant l’entrée du camp. 

L’ambassadeur a bien tenté de dialoguer avec la société civile nigérienne, mais sans succès
 Dans une réaction via X (ex-Twitter), Nathalie Yamb, une des activistes anti françaises les plus connues en Afrique,  a ironisé sur la situation de Sylvain Itté.« De statut de diplomate, le voilà réduit à celui de sans-papiers, d’immigré clandestin » , a-t-elle écrit.

 

4 Commentaires

  1. Puiqqu il est né au mali peut etre peutil demander la nationalite malienne au gvt malien ?

    Cela lui permettra de pouvour sortir faire ses courses sans risque d etre expulsé

  2. Ce que je ne comprends pas, c’est l’attitude va-t-en guerre du gouvernement français là où il n’y a pas vraiment beaucoup d’inquiétude à se faire. Si les militaires semblent hostiles à la France (encore que), il n’en est pas de même des membres du gouvernement civil, notamment du Premier ministre et de beaucoup d’autres qu’on peut qualifier de francophiles. D’autre part, au pire des cas les militaires feront une transition qui s’achèvera en quelques mois et au bout duquel viendra un nouveau gouvernement dont on n’a aucune raison de croire, a priori, qu’il fera une politique hostile à la France. On ne voit pas, parmi les présidentiables actuels au Niger un seul dont on pourrait dire qu’il serait hostile à la France, bien au contraire! L’impression que j’ai, c’est que c’est la haute hiérarchie militaire qui a du mal à garder son sang-froid sans doute parce qu’elle est en train de perdre une situation lucrative et veut plonger l’Afrique dans le chaos pour justifier sa présence et continuer à en bénéficier pendant de longues années. De l’autre côté il y a aussi Bazoum et ses amis qui savent qu’ils n’ont absolument aucune chance de revenir au pouvoir si les élections sont transparentes et régulières. Dans de vraies élections ils n’auraient même pas 10%. Leur seule chance de retrouver le pouvoir réside dans l’usage de la force qui pourrait être aussi une aventure pas forcément gagnante car le scénario les plus probable est un chaos durable, avec ou sans une France en train de s’enliser, mais certainement pas une simple opération de police qui rétablira sans coup férir Bazoum au pouvoir.

  3. Est-il bien nécessaire de citer l’humour vache de cette pauvre madame Yamb … ce n’est pas dans les usages africains de se railler d’une personne en difficulté … quand chaque jour le décompte saisissant des candidats à l’immigration victime des chavirements d’embarcations endeuille les nations … on se moque des querelles grotesques de gouvernements minables …

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