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Cacao : Abidjan réduit drastiquement le prix payé aux planteurs

Le retournement brutal du marché mondial du cacao rattrape la Côte d’Ivoire. Premier producteur mondial, le pays a révisé le prix bord champ payé aux planteurs pour la campagne intermédiaire 2025-2026. Il passe d’environ 2 800 francs CFA à 1 200 francs CFA le kilogramme, une baisse spectaculaire proche de 60 %.

Le retournement spectaculaire du marché mondial

Cette décision illustre la dépendance de la filière ouest-africaine aux cycles du marché mondial. Le cacao sort, en effet, d’une période de volatilité exceptionnelle. Après avoir atteint des sommets historiques en 2024 plus de 12 000 dollars la tonne sur les marchés internationaux les cours se sont fortement corrigés pour revenir autour de 3 000 dollars. La perspective d’un retour de l’offre mondiale et le reflux des positions spéculatives ont accéléré ce mouvement.

En Côte d’Ivoire, cette chute impacte directement le revenu des producteurs. Le prix bord champ est fixé administrativement par l’État à partir des ventes anticipées réalisées sur les marchés internationaux, un système piloté par le Conseil du Café-Cacao. Conçu pour stabiliser les revenus agricoles, ce mécanisme oblige néanmoins les autorités à ajuster le prix intérieur lorsque les cours mondiaux reculent.

Cela dépend également d’une volonté politique. Pour la campagne précédente, dans un contexte de cours internationaux record et à l’approche de l’élection présidentielle de 2025, les producteurs ivoiriens avaient bénéficié d’une rémunération exceptionnellement élevée.

L’exemple du Ghana voisin est souvent avancé par les planteurs. Deuxième producteur mondial, le pays applique lui aussi un prix administré via son organisme public, mais il a historiquement cherché à mieux rémunérer les producteurs afin de préserver la qualité des fèves et de limiter la contrebande transfrontalière. Si Accra a également ajusté ses prix à la baisse en 2026, la correction y apparaît moins brutale que celle décidée en Côte d’Ivoire, aux environs de 29 %, soit environ la moitié de la baisse pratiquée par Abidjan.

La bataille de la valeur ajoutée

La situation met en lumière un paradoxe structurel. La Côte d’Ivoire et le Ghana produisent ensemble plus de la moitié du cacao mondial, mais ils ne fixent pas les prix, déterminés sur les marchés internationaux, et transforment encore une part limitée de leur production. La valeur ajoutée du chocolat est captée en grande partie en Europe ou en Amérique du Nord. Cette dépendance aux marchés extérieurs rend les économies cacaoyères particulièrement vulnérables.