Alors que la Communauté économique de l’Afrique centrale est à l’arrêt depuis le début de l’année, faute d’argent, Venance Konan s’interroge sur la sincérité du projet de développement de ses membres.
Par Venance Konan
La CEMAC, c’est la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Elle a été créée le 16 mars 1994 et regroupe le Gabon, le Congo Brazzaville, la Guinée Équatoriale, la Centrafrique, le Cameroun et le Tchad. Elle a pour objectif de favoriser l’intégration économique, d’assurer la stabilité monétaire et de promouvoir la libre circulation des personnes et des biens. Depuis quelque temps, la CEMAC est à l’arrêt, faute de ressources financières. Et la situation est tellement grave qu’elle menace la survie même de l’organisation qui a dû suspendre toutes ses activités prévues au budget 2026, ne maintenant que celles jugées « hautement stratégiques». En cause, le non versement par les États membres de la taxe communautaire d’intégration qui alimente le budget de l’organisation. Cette taxe, pourtant perçue par les États membres sur les importations, n’est cependant pas reversée à la CEMAC. À l’exception du Gabon.
Des ressources naturelles abondantes
Donnons rapidement quelques informations sur les pays membres de la CEMAC.
Le Gabon : avec une population de 2,63 millions de personnes, il est un important producteur de pétrole – 230 000 barils/jour – et dispose de réserves évaluées à deux milliards de barils. Il est également le 2ème ou 3ème producteur mondial de manganèse, a une réserve en fer estimée à deux milliards de tonnes, et possède de l’or, de la potasse, de l’uranium, du cuivre et des terres rares.
Le Congo Brazzaville : avec une population de 6,6 millions de personnes, il est le 4ème producteur de pétrole de la région – 270 000 barils/jour – et a des réserves estimées à 1,8 milliard de barils. Il possède aussi de la potasse, du fer, du cuivre, du zinc, de l’or, du diamant et du phosphate. La forêt couvre 70% de son territoire.
La Guinée équatoriale : sa population est de 1,98 millions d’habitants. Elle produit 70 000 barils/jour de pétrole et dispose de réserves estimées à 1,1 milliard de barils.
La Centrafrique : le pays compte 5,6 millions d’habitants et dispose d’or, de diamants, d’uranium, de fer, de cuivre et de pétrole. Mais seuls l’or et le diamant sont exploités de manière industrielle pour le moment.
Le Cameroun : sa population est de 30 millions d’habitants et il possède de l’or, des diamants, du nickel, et une réserve de pétrole de 200 millions de barils, pour une production de 58 000 barils par jour.
Le Tchad : avec une population de 20 millions de personnes, le pays dispose d’or, d’uranium et de pétrole – avec une réserve prouvée de 1,5 milliard de barils – de la bauxite et des métaux polymétalliques.
Pauvres, dites-vous ?
On peut difficilement dire que ces pays sont fauchés. À l’exception, peut-être, du Tchad et de la Centrafrique, qui n’ont pas accès à la mer –ce qui n’a pas empêché le Président du premier de s’acheter des vêtements pour plus d’un milliard de francs CFA et l’empereur du second, en son temps, d’offrir des diamants à un président de la France. Au Gabon, des collaborateurs de l’ancien Président récemment déchu, qui ont été arrêtés, possédaient des dizaines de milliards de francs CFA sur leurs comptes en banque. Le fils du président de la Guinée Équatoriale lui, défraie régulièrement la chronique avec ses dépenses somptuaires en France et ailleurs en Europe ainsi qu’aux États-Unis. Concernant le Congo, on a appris en janvier dernier que la justice norvégienne avait inculpé deux hommes et une filiale d’un groupe pétrolier norvégien pour avoir versé environ 25 millions de dollars de pot-de-vin au président Denis Sassou N’guesso et à ses proches. Au Cameroun, il est vrai qu’avec un Président cacochyme de plus de 92 ans qui passe le plus clair de son temps à l’hôtel Intercontinental de Genève, le pays est en pilotage automatique depuis de longues années. Reste qu’il est l’une des économies les plus dynamiques de la région.
Alors pourquoi ces pays ne peuvent-ils pas financer la CEMAC ? Parce qu’à l’évidence, l’intégration des économies de cette région et, au-delà, le développement de leurs pays est le cadet des soucis de leurs dirigeants. Ce qui nous amène à nous poser à nouveau cette question de l’essayiste camerounaise Axelle Kabou dans son essai au titre éponyme « et si l’Afrique refusait le développement ? » paru en 1991. Ou, pour citer l’ouvrage d’un autre essayiste africain, l’Ivoirien Alain Tailly, ne sommes-nous pas en train de jouer « la comédie du développement » ?
Puisqu’on nous a dit que pour nous développer, il fallait passer par l’intégration de nos économies, comme le fait l’Union européenne, nous avons donc créé des organisations censées réaliser cette intégration ; nous avons été jusqu’à copier les institutions de l’Union européenne avec des commissions et des commissaires à n’en plus finir (à l’exemple de l’Union africaine). Et puis, nous refusons de donner à ces organisations les moyens de vivre et de jouer leur rôle.
Qu’il est long, très long, le chemin vers ce fameux développement que l’on promet depuis tant d’années aux populations africaines !
La CEMAC en panne sèche




























