Soudan - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/soudan/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Fri, 27 Feb 2026 17:40:30 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Soudan - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/soudan/ 32 32 Saint-Martin-d’Hères : l’Afrique en grand écran pendant une semaine https://mondafrique.com/loisirs-culture/saint-martin-dheres-lafrique-en-grand-ecran-pendant-une-semaine/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/saint-martin-dheres-lafrique-en-grand-ecran-pendant-une-semaine/#respond Mon, 02 Mar 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147846 Du 4 au 10 mars 2026, Mon Ciné accueille la 9e édition des Rendez-vous des Cinémas d’Afrique. Dix-neuf films, dont plusieurs inédits et avant-premières, invitent le public à découvrir une Afrique plurielle, engagée et résolument contemporaine. À Saint-Martin-d’Hères, le cinéma devient une fenêtre ouverte sur le continent africain. Du mercredi 4 au mardi 10 mars, […]

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Du 4 au 10 mars 2026, Mon Ciné accueille la 9e édition des Rendez-vous des Cinémas d’Afrique. Dix-neuf films, dont plusieurs inédits et avant-premières, invitent le public à découvrir une Afrique plurielle, engagée et résolument contemporaine.



À Saint-Martin-d’Hères, le cinéma devient une fenêtre ouverte sur le continent africain. Du mercredi 4 au mardi 10 mars, la salle Mon Ciné accueille la neuvième édition des Rendez-vous des Cinémas d’Afrique. Dix-neuf films, entre fictions et documentaires, composent une programmation dense qui explore la diversité des regards et des récits venus d’une douzaine de pays.

Fidèle à son ambition initiale, le festival entend mettre en lumière la richesse des créations africaines contemporaines. Après une édition 2025 qui avait réuni plus de 1 200 spectateurs, l’événement confirme son ancrage local et son rayonnement croissant. Cette année, l’identité visuelle a été conçue en partenariat avec le lycée Argouges, où des élèves de première ont participé à l’élaboration de l’affiche. Un geste symbolique qui souligne la dimension pédagogique et collective du projet.

Une programmation exigeante et engagée

Le programme, élaboré avec le concours de onze associations partenaires, propose un éventail de films permettant d’aborder des réalités sociales, politiques et culturelles variées. Huit œuvres sont inédites et quatre seront présentées en avant-première. Nombre d’entre elles ont été remarquées dans de grands festivals internationaux tels que Cannes, le Fespaco ou Locarno, parfois couronnées de prix.

En ouverture, le documentaire Soudan, souviens-toi de la réalisatrice Hind Meddeb donne le ton. Le film revient sur l’élan révolutionnaire soudanais et interroge la mémoire collective d’un pays traversé par les aspirations à la liberté. D’autres œuvres explorent les luttes pour l’indépendance, les mutations sociales ou encore les combats pour l’émancipation des femmes. Loin des clichés, la sélection propose un éclairage nuancé sur la complexité des sociétés africaines contemporaines.

La diversité des formats contribue à cette richesse. Les documentaires côtoient des fictions audacieuses, offrant des expériences cinématographiques complémentaires. Certaines œuvres adoptent une approche intimiste, d’autres privilégient la fresque historique ou la chronique sociale. Ensemble, elles dessinent un paysage pluriel, à l’image du continent.

Le jeune public n’est pas oublié. Le film Fantastique, sélectionné au Festival de Locarno 2025, sera projeté le dimanche 8 mars au matin. Destinée aux enfants à partir de dix ans, cette séance confirme la volonté des organisateurs d’élargir l’accès aux cinémas d’Afrique à toutes les générations.

« Fantastique », sélectionné à Lucarno

Un festival de rencontres et de débats

Au-delà des projections, Les Rendez-vous des Cinémas d’Afrique cultivent l’échange. Chaque séance devient l’occasion de rencontres avec des représentants associatifs, des réalisateurs, des distributeurs ou des historiens. Ces discussions prolongent les films, ouvrent des perspectives et invitent le public à confronter ses points de vue.

Nouvelle initiative cette année, un ciné-radio en lien avec Radio Campus accompagnera certaines projections. Cette formule permet de diffuser les débats au-delà de la salle et d’inscrire le festival dans un espace médiatique élargi. Elle témoigne de la volonté d’expérimenter de nouveaux formats pour faire circuler la parole.

À Mon Ciné, l’événement s’inscrit dans une tradition d’ouverture aux cinématographies du monde. Les Rendez-vous des Cinémas d’Afrique s’y imposent comme un temps fort, alliant exigence artistique et engagement citoyen. En mettant en avant des œuvres souvent peu visibles dans les circuits commerciaux, le festival contribue à diversifier les imaginaires et à renouveler les regards.

Informations pratiques

Événement : Les Rendez-vous des Cinémas d’Afrique 2026
Lieu : Mon Ciné, Saint-Martin-d’Hères
Dates : du 4 au 10 mars 2026
Programme : 19 films, dont 8 inédits et 4 avant-premières
Rencontres : débats avec réalisateurs, associations et professionnels
Billetterie et horaires : disponibles auprès de Mon Ciné et sur les supports officiels du festival.

 

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Soudan : une vie dans les camps https://mondafrique.com/international/soudan-une-vie-dans-les-camps/ https://mondafrique.com/international/soudan-une-vie-dans-les-camps/#respond Sat, 28 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147803 La guerre au Soudan s’apprête à entrer dans sa troisième année. Triste anniversaire d’un conflit qui, en plus des morts et des blessés, a provoqué un déplacement massif de population : près de 14 millions de personnes ont fui, soit à l’intérieur du territoire, soit vers un État voisin. Parmi les pays les plus impactés […]

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La guerre au Soudan s’apprête à entrer dans sa troisième année. Triste anniversaire d’un conflit qui, en plus des morts et des blessés, a provoqué un déplacement massif de population : près de 14 millions de personnes ont fui, soit à l’intérieur du territoire, soit vers un État voisin. Parmi les pays les plus impactés par l’arrivée de réfugiés figurent l’Égypte mais aussi le Tchad. Frontalier du Darfour – situé à l’extrémité orientale de la bande sahélienne, à la lisière du Sahara – une région où se superposent combats, massacres, exactions et famine. L’est du Tchad constitue l’une des principales voies de fuite pour des centaines de milliers de civils, qui se retrouvent dans des camps de réfugiés. Mais pour combien de temps ? Au fil des ans, les ingérences extérieures n’ont cessé d’alimenter et de complexifier ce conflit. Le discret médiateur onusien, l’Algérien Ramtame Lamamra, s’active en coulisses sans résultat. Aucune issue ne se dessine à l’horizon. Dans le même temps, les organisations humanitaires ont de moins en moins de moyens pour subvenir aux besoins d’une population totalement démunie.

Par Leslie Varenne

Le Tchad entre le marteau et l’enclume

Il y a trente camps de réfugiés au Tchad. Celui d’Ouré Cassoni, situé près de la frontière soudanaise, est le plus grand. Ouvert en 2003 lors de la première guerre du Darfour, il abritait plus de 50 000 personnes. Vingt-trois ans plus tard, la majorité y vit toujours.

Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023 entre les Forces de soutien rapide (FSR) de Hemedti et l’armée soudanaise dirigée par le général Burhan (SAF), la population de ce camp a plus que doublé. Plus de 110 000 réfugiés sont désormais installés ici, dont plus de 99 % appartiennent à la communauté zaghawa, présente des deux côtés de la frontière et victime des milices arabes FSR.

Au Tchad se joue une situation complexe. Le président Mahamat Idriss Déby a apporté son soutien à Hemedti. Un soutien contre-nature, puisqu’il est lui-même Zaghawa de par son père, comme l’est sa famille, son clan et une grande partie de l’armée.  

Le 21 février 2026, les FSR ont occupé la ville soudanaise de Tiné, principal point de passage pour les civils fuyant al-Fasher la capitale du Darfour Nord. Des Toroboros, ces combattants tchadiens et soudanais soutenant le général Al-Burhan, ainsi que des militaires tchadiens intervenus sans l’aval de leur hiérarchie, ont contribué à sa reprise. Depuis, N’Djamena a annoncé la fermeture de la frontière, signifiant toutefois que « des dérogations exceptionnelles strictement motivées par des raisons humanitaire peuvent être accordées. »

La prise de Tiné aurait été cataclysmique pour tous ceux qui tentent de fuir les combats et les exactions des FSR afin de rallier le camp d’Ouré Cassoni.

Dans les yeux d’Asiya

 
Camp d’Ouré Cassoni, février 2026 (Photo Leslie Varenne).

Ce camp est divisé en trois parties. Les anciens habitants vivent dans des maisons en dur, comme dans une petite ville plantée au milieu du désert. Les réfugiés arrivés depuis 2023 dorment sous des tentes fournies par le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) et bénéficient d’une aide : de la nourriture, l’école pour les enfants, des soins. Il n’y a toutefois qu’un seul médecin pour 110 000 personnes.

Les derniers arrivés s’installent dans un terrain vague, dans des abris de fortune faits de branchages et de vieux sacs plastiques. Démunis de tout, ils attendent d’être enregistrés par les autorités tchadiennes, qui travaillent en étroite collaboration avec le HCR. Faute de moyens, cette phase transitoire peut durer des semaines, voire deux ou trois mois.

Le flux ne s’arrête pas. Chaque jour, entre 100 et 150 personnes arrivent ici. Elles n’y trouvent que la sécurité. Compte tenu de ce qu’elles ont vécu, c’est beaucoup. Et c’est peu… Les nouveaux arrivants sont des femmes et des enfants. Les hommes, pour la plupart, sont morts ; les autres se cachent pour ne pas être tués par les FSR ou combattent avec les Toroboros.

De camp assiégé en ville martyre

Assises sur le sol de terre battue, des femmes racontent à tour de rôle leur long périple. Elles ont parcouru des centaines de kilomètre à pied ou à dos d’âne. Parfois, lorsqu’elles ont de la chance, les militaires tchadiens les emmènent dans leur Toyota pour les aider à parcourir les derniers kilomètres depuis la frontière. Elles refont l’itinéraire en pensée : El-Fasher, puis Tawila, autre ville martyre, et enfin Tiné.

Depuis la première guerre du Darfour, nombre d’entre elles vivaient dans le camp de déplacés de Zamzam, ouvert en 2004. Ce camp, qui hébergeait plus de 500 000 personnes, a été assiégé toute l’année 2024 par les FSR et ses habitants affamés. En avril 2025, la milice et ses supplétifs l’ont attaqué et bombardé durant trois jours provoquant la mort de milliers de personnes et la fuite d’autant d’autres. Ce qui s’est passé à Zamzam dépasse le dicible. Les témoignages des humanitaires sont aussi terrifiants que bouleversants. Selon les Nations Unies, ce qui s’y est produit pourrait être qualifié de crimes de guerre[i].

Les rescapés se sont ensuite dirigés vers El-Fasher, seule enclave du Darfour Nord encore tenue, à l’époque, par l’armée soudanaise. Quelques mois plus tard, la ville a été à son tour assiégée. Les combats entre les deux parties au conflit ont été longs et intenses. Chaque fois que les FSR étaient en difficulté, les Émirats arabes unis qui les soutiennent envoyaient davantage d’argent, d’armes et de drones. En octobre 2025, El-Fasher a fini par tomber aux mains de la milice. Alors, l’exode a repris.

Survivantes de l’indicible

Les femmes qui s’expriment sur cette terre battue d’Ouré Cassoni sont des survivantes. À quelques mètres du groupe, dans une case faite de bric et de broc, une maman entourée de ses enfants adolescents est allongée sur une natte. Ses yeux clairs, immenses, grands ouverts, sont tournés vers le ciel. Ce regard immobile dit ce que la pudeur des autres femmes a tu : les viols, sans distinction de sexe, utilisés comme arme de guerre pour briser, humilier, déshumaniser ; les maris et les fils tués devant leurs proches ; la famine, les fosses communes, la soif, les tranchées creusées pour se cacher et se protéger des bombardements.

Camp d’Ouré Cassoni, février 2026 (Photo Leslie Varenne).

Et puis, parfois, dans ce camp, se produit un petit miracle : un parent rencontre un proche disparu lors des combats ou sur les routes de l’exil. Des familles croisent un voisin de leur ancien village. Un enfant séparé des siens pendant la fuite, recueilli en chemin par d’autres déplacés, retrouve enfin un membre de sa famille. Beaucoup ont réussi à survivre grâce à la légendaire solidarité zaghawa, alliée à l’extraordinaire résistance des populations sahéliennes.

Les architectes de l’impasse

Devant ce désastre humanitaire, les ONG appellent à l’aide. Les besoins sont immenses et largement sous-financés. Début février 2026, à Washington, une conférence de donateurs a permis d’annoncer 200 millions de dollars de dons des États-Unis, versés au Fonds humanitaire des Nations unies, et 500 millions promis par les Émirats arabes unis. Cette séquence très médiatisée, présentée comme un signal fort en faveur des civils soudanais, a pourtant irrité plus d’un observateur du conflit. Ainsi Abou Dhabi, principal fournisseur de carburant de cette guerre, bien qu’elle s’en défende, offrirait généreusement les pansements ! D’autant que les besoins ne se chiffrent pas en millions de dollars, mais en milliards. Selon un rapport du Conseil de sécurité, daté du  8 février 2026, le Plan de réponse humanitaire pour le Soudan à l’horizon 2026, qui nécessite 2,9 milliards de dollars, n’était financé qu’à hauteur de 5,8 %. Le plan 2025, évalué à 4,16 milliards, n’était couvert qu’à 38,6 %. Du point de vue humanitaire, le compte n’y est pas.

Côté diplomatie non plus. Le 20 février, devant le Conseil de sécurité, Massad Boulos, conseiller spécial pour l’Afrique du président américain, a appelé à un cessez-le-feu immédiat. Mais son plan mal ficelé s’est heurté au refus de l’armée et du gouvernement soudanais, qui invoquent la souveraineté nationale, l’unité territoriale et la sécurité. Pour éviter de contrarier l’allié émirati, qui sert de plus en plus ouvertement de proxy à Israël dans la région, le Monsieur Afrique de Donald Trump a également renvoyé dos à dos les deux parties, plaçant sur un pied d’égalité l’État soudanais et les milices FSR. Cette formule a ulcéré Khartoum, mais aussi certains de ses alliés, comme l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie. De leur côté, l’Union africaine et les organisations sous-régionales sont divisées, marginalisées, impuissantes, inexistantes. Pendant les atermoiements diplomatiques, les civils continuent de payer le prix fort.

Une génération est née dans les camps. Une autre y grandit. Rien n’indique que la suivante en sortira.

 


[i] Le 6 mars 2025, le gouvernement soudanais a déposé une plainte contre les Émirats arabes unis devant la Cour internationale de Justice, accusant Abou Dhabi d’avoir violé la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide en soutenant les Forces de soutien rapide.
Dans sa décision du 5 mai 2025, la CIJ a rejeté cette affaire non pas sur le fond des accusations, mais pour une raison purement procédurale : elle s’est déclarée « manifestement incompétente » pour l’examiner, en raison d’une réserve formulée par les Émirats arabes unis au sujet de l’article IX de la Convention, qui exclut la compétence de la Cour pour régler ce type de différend.

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L’Union africaine contre le « blanchiment » des coups d’État https://mondafrique.com/limage-du-jour/union-africaine-mise-en-garde-contre-le-blanchiment-des-coups-detat/ Mon, 16 Feb 2026 11:51:22 +0000 https://mondafrique.com/?p=147238 Lors de la 39ᵉ session de l’Union africaine (qui s’est tenue à Addis Abeba les 14 et 15 février), avant de quitter son poste de président en exercice de l’organisation et de passer le témoin au président burundais Évariste Ndayishimiye, le président angolais João Lourenço a prononcé un long discours dans lequel il a affiché […]

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Lors de la 39ᵉ session de l’Union africaine (qui s’est tenue à Addis Abeba les 14 et 15 février), avant de quitter son poste de président en exercice de l’organisation et de passer le témoin au président burundais Évariste Ndayishimiye, le président angolais João Lourenço a prononcé un long discours dans lequel il a affiché des positions fortes sur plusieurs crises du continent. Mais au-delà des volets diplomatiques et économiques, l’une de ses déclarations a particulièrement retenu l’attention.

Soudan, RDC, Somaliland : des prises de position claires

Sur le Soudan, il s’est montré alarmiste, évoquant « une crise humanitaire sans précédent », avec « des milliers de morts, des déplacements massifs de populations et la destruction d’infrastructures essentielles ». Il a appelé la communauté internationale à regarder « cette catastrophe en cours » et insisté sur la nécessité de protéger les civils et d’aider les Soudanais à retrouver « la voie juste vers la paix, la concorde et la réconciliation nationale».

Concernant la République démocratique du Congo, il a dit observer « avec inquiétude la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire », évoquant l’occupation de nouvelles positions par le M23 et l’installation d’une administration parallèle. Pour lui, il est « vital et urgent » de lancer un dialogue inter-congolais, présenté comme une étape essentielle vers la réconciliation nationale et une paix durable.

Il a également pris une position très claire sur le Somaliland, réaffirmant « la position ferme de l’Union africaine qui rejette toute initiative visant à reconnaître le Somaliland comme entité indépendante ». Une telle reconnaissance, a-t-il dit, violerait les principes de l’UA et la règle de l’intangibilité des frontières héritées des indépendances. Il a martelé que « la préservation de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, de l’unité et de la stabilité de la Somalie est non négociable ».

Oligui Nguema et Mamadi Doumbouya dans le viseur

Cependant, la partie de son discours qui a le plus fait réagir concerne sa dénonciation du « blanchiment des coups d’État ». Pour le président angolais, le passage par les urnes « ne signifie pas que l’ordre constitutionnel est rétabli dès lors que les auteurs d’un coup d’État organisent des élections et se font élire ». Selon lui, c’est « une forme de blanchiment d’un acte entaché d’illégitimité ».

Il a prévenu que cela ne devait pas devenir « une nouvelle norme d’accès au pouvoir », car ce serait « une manière indirecte d’encourager les coups d’État ». S’il ne cite personne nommément, ses propos font clairement référence à la Guinée Conakry et au Gabon, où les putschistes ont organisé des élections et ont ensuite été réintégrés dans les institutions africaines.

 

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Soudan. L’Éthiopie entraîne des RSF près de la frontière https://mondafrique.com/limage-du-jour/soudan-lethiopie-entraine-des-rsf-pres-de-la-frontiere/ Thu, 12 Feb 2026 20:49:04 +0000 https://mondafrique.com/?p=147002 L’agence Reuters a révélé mardi que l’Éthiopie avait construit une base secrète à 32 km de la frontière du Soudan et à proximité de la frontière du Sud-Soudan, avec le soutien financier des Émirats arabes unis, pour entraîner des milliers de combattants des Forces de Soutien rapide (FSR) du général Hemedti.  Publiant une série d’images […]

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L’agence Reuters a révélé mardi que l’Éthiopie avait construit une base secrète à 32 km de la frontière du Soudan et à proximité de la frontière du Sud-Soudan, avec le soutien financier des Émirats arabes unis, pour entraîner des milliers de combattants des Forces de Soutien rapide (FSR) du général Hemedti. 

Publiant une série d’images satellite retraçant la construction puis l’aménagement du camp, jusqu’à ces toutes dernières semaines, Reuters s’inquiète de ce nouveau développement, première preuve de l’implication de l’Éthiopie dans la guerre civile soudanaise qui a provoqué, depuis 2023, le déplacement de millions de personnes en Égypte, au Tchad en Libye et au Soudan du Sud. Cette base permettra aux FSR de se ravitailler en troupes fraiches alors que l’armée soudanaise prend l’avantage sur le front. 

Huit sources de l’agence, parmi lesquelles un membre du gouvernement éthiopien, ont déclaré que les Émirats arabes unis avaient financé le chantier et fourni les instructeurs militaires et le soutien logistique. Reuters a également pu consulter une note interne des services de sécurité éthiopiens et un télégramme diplomatique qui confirment ces faits. Le ministère émirati des Affaires étrangères a nié son implication dans le conflit « en aucune manière. » 

4300 recrues pour combattre dans le Nil Bleu

Reuters a échangé avec 15 sources sur les circonstances de la construction du camp et ses opérations, y compris des officiels éthiopiens et des diplomates. Elle a analysé l’imagerie satellite de la zone. Les images montrent la construction d’une station de drones terrestre sur un aéroport voisin. 

À compter de début janvier, 4 300 combattants (en majorité éthiopiens mais aussi sud-soudanais et soudanais) recevaient dans ce camp un entraînement militaire, « leur approvisionnement logistique et militaire [étant] assuré par les EAU« , selon la note des services de sécurité éthiopiens parvenue à Reuters. Ces recrues doivent renforcer les FSR qui combattent dans l’État du Nil Bleu. Selon deux sources, des centaines d’hommes ont déjà traversé la frontière ces dernières semaines pour appuyer les paramilitaires du général Hemedti. 

L’armée soudanaise accuse régulièrement Abou Dhabi d’appuyer les FSR, ce que la communauté internationale tient désormais pour acquis. Les Émirats arabes unis sont aussi un allié du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed depuis son arrivée au pouvoir en 2018 et les deux pays ont progressivement bâti une alliance militaire. 

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La diaspora soudanaise s’indigne de la réception d’Hamdok à Paris https://mondafrique.com/confidentiels-monde/la-diaspora-soudanaise-sindigne-de-la-reception-dhamdok-a-paris/ Fri, 23 Jan 2026 11:05:46 +0000 https://mondafrique.com/?p=145787 La réception au Quai d’Orsay, le 20 janvier, de l’ancien Premier ministre soudanais Abdalla Hamdok, a suscité la vive indignation de plusieurs collectifs de la société civile soudanaise. Ces organisations ont dénoncé la « reconnaissance politique dangereuse » d’une personnalité accusée de soutenir les Forces de soutien rapide (RSF) responsables de nombreuses exactions et crimes […]

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La réception au Quai d’Orsay, le 20 janvier, de l’ancien Premier ministre soudanais Abdalla Hamdok, a suscité la vive indignation de plusieurs collectifs de la société civile soudanaise.

Ces organisations ont dénoncé la « reconnaissance politique dangereuse » d’une personnalité accusée de soutenir les Forces de soutien rapide (RSF) responsables de nombreuses exactions et crimes contre l’humanité au Soudan et soutenues par les Émirats arabes unis.

Le peuple soudanais interprète l’accueil d’Hamdok par des cercles officiels comme une « trahison morale et politique », écrivent les signataires. Ils rappellent que l’ancien Premier ministre, initialement soutenu lors du soulèvement populaire de 2019 contre la dictature d’Omar el-Béchir, est accusé d’avoir failli à ses responsabilités par son silence et son inaction, contribuant à l’effondrement du processus démocratique et à l’exposition des civils à une violence extrême. Ils exigent la fin immédiate de toute légitimation politique de Hamdok et une prise de position publique claire des autorités françaises sur les crimes commis contre les civils.

Le soir même, des manifestants soudanais se sont rassemblés devant le Hyatt Regency Paris Étoile où séjournait Hamdok et l’ont conspué à sa sortie en le traitant d’agent des janjawid, cette milice du Darfour de sinistre mémoire à laquelle les FSR sont assimilées, en l’interpellant par ces mots : « Combien de fois tu as vendu notre sang ? »

Cet épisode contribue à alimenter la défiance envers une diplomatie française déjà largement contestée sur le continent africain.

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Du Soudan à la Corne de l’Afrique: de l’or et des mercenaires https://mondafrique.com/a-la-une/du-darfour-a-socotra-des-flux-dor-et-de-mercenaires/ Fri, 16 Jan 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145301 Du Soudan à la Corne de l’Afrique, les acteurs étrangers, russes et émiratis notamment, ont alimenté les conflits locaux en armes et en mercenaires. L’or est au centre des transactions entre les belligérants.  Par Charlotte Touati Le 26 octobre 2025, la milice des Rapid Support Forces (RSF) prenait la ville d’El Fasher après 18 mois […]

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Du Soudan à la Corne de l’Afrique, les acteurs étrangers, russes et émiratis notamment, ont alimenté les conflits locaux en armes et en mercenaires. L’or est au centre des transactions entre les belligérants. 

Par Charlotte Touati

Le 26 octobre 2025, la milice des Rapid Support Forces (RSF) prenait la ville d’El Fasher après 18 mois de siège. Capitale de l’État du Nord Darfour et poumon économique de la région, El Fasher était le refuge de centaines de milliers de déplacés qui fuyaient les combats depuis avril 2023. Elle était le dernier point d’accès humanitaire pour l’ONU jusqu’à sa chute. De nombreux témoignages font état d’exactions et de crimes de masse à caractère ethnique commis contre les populations noires par les milices arabes, ce que confirment les vidéos filmées par les miliciens RSF eux-mêmes.

Genèse d’un conflit

Le conflit a éclaté le 15 avril 2023, lorsque les forces paramilitaires des RSF se sont affrontées aux forces armées soudanaises (Sudan Armed Forces, SAF) pour le contrôle politique et militaire du pays. Les RSF sont emmenées par Mohamed Hamdan Dogolo dit « Hemedti », tandis que les SAF répondent à Abdel Fattah al-Burhan et forment l’armée régulière. Les deux généraux furent pour un temps alliés et ils devaient se partager le pouvoir, mais leur rivalité fait craindre aujourd’hui une partition est-ouest du Soudan.

Hemedti est originaire du Darfour. Initialement connu comme homme d’affaires, il s’est taillé un empire grâce aux mines d’or de sa région natale. Issu d’une tribu arabe, il fédère autour de lui les Janjawid, initialement armés par Omar el-Béchir pour mater la rébellion au Darfour.

Les crimes de guerre des Janjawid

Dès 2004, Hemedti dirige plusieurs centaines de combattants Janjawid et collabore directement avec les services de renseignement soudanais et l’armée. Les Janjawid se sont rendu coupables de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de génocide, selon la Cour pénale internationale. Elle a condamné l’un de leurs chefs, Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman dit Ali Kosheib, pour ces crimes, en octobre 2025. Des rapports de l’ONU ont également documenté meurtres de masse, viols comme arme de guerre, destruction systématique de villages, pillages des biens et du bétail, incendies des récoltes, empoisonnement des puits et déplacements forcés.

Maître du Darfour, Hemedti se lance dans l’extraction aurifère et crée Al Junaid en 2009, noyau de son empire. Mais en 2013, sous la pression internationale, Omar el-Béchir ne peut plus laisser les hommes d’Hemedti agir de façon indépendante et il intègre les Janjawid à l’architecture sécuritaire du pays. Ils deviennent les fameuses Rapid Support Forces dont Al Junaid est le bras économique.

Une révolution confisquée

En avril 2019, le Soudan engage un tournant décisif de son histoire. Après plusieurs mois de manifestations populaires déclenchées par la flambée des prix et la crise économique, la contestation prend une tournure politique et appelle ouvertement au départ du président Omar el-Béchir au pouvoir depuis trente ans. Face à la pression de la rue et aux divisions internes du régime, l’armée finit par l’évincer le 11 avril 2019.

Ce renversement ouvre une période d’incertitude : un Conseil militaire de transition prend d’abord le pouvoir, avant qu’un fragile compromis ne soit trouvé avec les forces civiles du mouvement révolutionnaire. C’est dans ce contexte que le général Abdel Fattah al-Burhan devient président du Conseil souverain, flanqué de Hemedti comme vice-président. Cette alliance entre l’armée, les paramilitaires et une partie des civils devait préparer des élections démocratiques mais elle se révèle vite instable : les ambitions concurrentes des chefs militaires, l’impunité des RSF et les difficultés affrontées par les institutions civiles plongent à nouveau le pays dans une lutte de pouvoir qui éclatera en guerre ouverte en 2023.

Mais il faut aussi compter avec des patrons extérieurs. La position stratégique du Darfour et sa richesse minière l’ont tragiquement placé au carrefour des routes de trafic, avec Hemedti à son centre.

Wagner et les mines d’or du Soudan

En effet, suite à la prise en 2017 de Jebel Amer (Nord Darfour), une zone montagneuse extrêmement riche en or, les RSF gagnent une réelle autonomie par rapport à Omar el-Béchir. Cette victoire coïncide avec un appui étranger de taille, celui de feu Evgeni Prigojine, alors à la tête de la société militaire privée russe Wagner. Ce rapprochement s’explique par les business communs dans lequel les deux hommes sont engagés (or, armes, mercenaires) et la position géographique du fief de Hemedti, le Darfour.

Celui-ci est frontalier de la République Centrafricaine, un bastion de Wagner, devenu, depuis 2017, la garde prétorienne du Président Faustin-Archange Touadéra. Selon son schéma habituel, Wagner exploite les ressources minières du pays. Des convois circulent entre la RCA et le Soudan en passant par le Darfour.

Un intermédiaire russe très politique

La même année 2017, Wagner tisse sa toile au Soudan. L’intermédiaire se nomme Mikhail Potepkine. Il dirige Meroe Gold, une filiale de M Invest, la société de Prigojine. Potepkine déclare ne pas avoir de lien avec Prigojine, mais en 2017, il représente bien M Invest lors d’une réunion entre l’ancien président de la Fédération de Russie Dmitri Medvedev et Omar el-Béchir. Familier de l’idéologue Alexandre Douguine, avec qui il apparaît sur des photographies, Potepkine appartiendrait à des groupes « conservateurs » russes liés à l’extrême-droite néo-nazie. Il est également cité dans l’opération d’ingérence russe menée pendant les élections américaines de 2016. En Afrique comme aux États-Unis, Potepkine agit comme lobbyiste et joue les déstabilisateurs. Le Soudan et l’Éthiopie font partie de ses cibles prioritaires.

A partir de 2017, Meroe Gold reçoit un soutien important d’entreprises liées à Prigojine, sous forme de financement et de matériel, notamment des hélicoptères et des avions. L’extraction aurifère est au cœur de l’activité de Meroe. Son centre névralgique se situe à al-Ibaidiya, dans le Nile River State, à l’est du Soudan, hors de l’espace contrôlé par Hemedti. On observe donc une répartition des zones d’exploitation entre les deux hommes forts du Soudan pour éviter la concurrence.

Des avions russes chargés d’or sont observés décollant de Khartoum ou de Port Soudan (donc depuis l’est) à destination de la Russie pour financer la préparation de l’invasion de l’Ukraine puis l’effort de guerre. Le 24 février 2022, le jour même de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Hemedti se trouve à Moscou dans le cadre d’un voyage organisé par Wagner.

Mais le 23 août 2023, Evgeni Prigojine disparaît dans un accident d’avion. Le Kremlin reprend alors largement les activités de Wagner (rebaptisé Africa Corps) et se détourne de Hemedti au profit d’Al-Burhan.

Les Émirats Arabes Unis, un soutien en or

S’il est, en revanche, un soutien qui ne s’est pas démenti, c’est bien celui que les Emirats Arabes Unis apportent à Hemedti et aux RSF.

L’or d’Al Junaid est directement envoyé à Dubaï, plus exactement à Sharjah, à la raffinerie de Kaloti, un groupe fondé en 1988 par Munir Ragheb Mousa Al Kaloti et qui comprend une dizaine d’entreprises toutes liées aux métaux précieux. De l’or artisanal ou issu des trafics est aussi collecté au souk de Dubaï et drainé dans les bureaux de Kaloti.

La régulation est très lâche à Dubai et il est tout à fait légal de transporter de l’or brut dans son bagage à main, sans aucune taxe de surcroît. L’or centralisé par Kaloti est ensuite expédié en Suisse, principalement chez Valcambi. La Suisse est la plaque tournante du commerce mondial de l’or, de son raffinage et de son trading.

La Suisse, étape obligatoire 

Passer par Valcambi n’est pas qu’une question d’opportunité commerciale et logistique. L’entreprise basée au Tessin est enregistrée à la London Bullion Market Association. Elle peut donc certifier cet or qui entre alors dans le circuit très officiel des banques centrales du monde entier. Ce que ne peut pas faire Kaloti. Au Soudan, en contrepartie de l’or, les Émirats inondent les RSF d’armes et de matériel, tandis que les mercenaires s’échangent de part et d’autre au gré des besoins.

A partir de 2014, les EAU et l’Arabie Saoudite mènent une coalition contre l’insurrection des Houthis soutenus par l’Iran. Des contrats à plusieurs millions de dollars sont alors signés entre la firme canadienne Dickens and Madsen, le maréchal Khalifa Haftar – qui tient la Cyrénaïque – et Hemedti. Dickens and Madsen est dirigée par Ari Ben-Menashe, un personnage sulfureux qui prétend être un ancien du Mossad, ce que les renseignements israéliens ont toujours nié. Surnommé le « lobbyiste pour dictateurs », Ben-Menashe a également travaillé pour Kadhafi, Robert Mugabe ou la junte birmane.

Signatures apposées sur le contrat entre Ben-Menashe, pour Dickens and Madson, et Hemedti. Source : FARA (Foreign Agents Registration Act), ministère US de la Justice.

Les contrats prévoient l’envoi de mercenaires libyens et soudanais recrutés pour se battre au Yemen pour le compte des EAU après avoir transité par Assab, en Érythrée. En échange, Ben-Menashe s’engage à négocier des livraisons d’armes et de blé « à haute teneur en protéines » pour les hommes d’Hemedti. On constate, à nouveau, une certaine entente entre les réseaux russes et émiratis.

Des Soudanais et des Erythréens à l’assaut de Socotra

En 2017, les Émirats Arabes Unis décident de faire cavaliers seuls en soutenant le Conseil de Transition du Sud (STC), un mouvement sécessionniste yéménite, tandis que l’Arabie Saoudite continue de soutenir le gouvernement yéménite légitime ou Conseil présidentiel de direction (PLC), basé à Aden.

Il y a désormais trois forces armées au Yémen, chacune soutenue par une puissance du Golfe : PLC (Arabie Saoudite), STC (Émirats Arabes Unis) et les Houthis (Iran). En 2020, les Émirats Arabes Unis prennent, pour le compte du STC, Socotra, un archipel politiquement yéménite qui représente géographiquement la pointe de la Corne de l’Afrique. Cet assaut a été rendu possible grâce aux mercenaires soudanais et érythréens négociés par Dickens & Madsen.

Carte Google Earth. On y voit Socotra, au sud du Yemen et à l’est de Djibouti.

Jusqu’en 2021, la base d’Assab servait de plaque tournante à ces échanges, mais depuis le retrait des Émirats du port érythréen et la rupture nouvelle et brutale entre le président érythréen et le Premier ministre éthiopien, lui-même très proche d’Abu Dhabi, ce sont les ports du Somaliland et du Puntland qui ont pris le relais.

Mercenaires colombiens et enfants soldats

Comme documenté par Middle East Eye, le port de Bosaso sert de nœud logistique entre les Émirats et les RSF. Des mercenaires colombiens auraient été fournis par les EAU aux RSF et auraient contribué à la prise d’El Fasher. Dans une lettre du 5 septembre 2025 adressée au Conseil de Sécurité de l’ONU, Al-Harith Idriss Al-Harith Mohamed, Représentant permanent du Soudan auprès des Nations Unies, documente abondamment la présence et les actions de ces mercenaires, qui se baptisent « loups du désert », et il affirme, photos à l’appui, qu’ils ont formé des enfants soldats dans les camps de réfugiés au Darfour. 

Photo montrant l’entraînement d’enfants des camps de réfugiés du Darfour par des mercenaires colombiens. (Source : lettre au Conseil de sécurité du Représentant permanent du Soudan auprès de l’ONU, 5 septembre 2025.)

En guise de dernier renvoi d’ascenseur, en novembre 2025, le président centrafricain Touadéra a sollicité Abu Dhabi pour régler ses dettes auprès des Russes d’Africa Corps, en échange d’une plateforme logistique destinée à faciliter le soutien émirati aux RSF au Darfour.

Le 30 décembre 2025, l’Arabie Saoudite a mené des frappes dans le sud du Yémen détruisant des cargaisons d’armes et du matériel destiné au Conseil de Transition du Sud. Les Émirats Arabes Unis ont alors convenu de se retirer de Socotra pour éviter l’escalade.

Ce retrait pourrait précipiter un repli sur le Somaliland, où les EAU sont déjà massivement présents, ainsi que sa reconnaissance officielle par Abu Dhabi.

 

 

 

 

 

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Soudan, l’impunité des Emirats arabes unis https://mondafrique.com/a-la-une/soudan-limpunite-des-emirats-arabes-unis/ Mon, 14 Apr 2025 08:28:48 +0000 https://mondafrique.com/?p=131746 L’impunité des Emirats s’explique également par des raisons géopolitiques.  Le Soudan occupe une position stratégique en Afrique à la croisée de la mer Rouge et du monde arabe.

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L’armée soudanaise a poursuivi ses avancées et libéré Khartoum, ce qui a donné lieu à des scènes de liesse dans tous les pays où se trouvent des réfugiés, principalement au Caire où ils sont les plus nombreux. Des centaines de milliers d’entre eux sont déjà rentrés. Mais la joie du retour a un goût de cendres devant l’ampleur des exactions commises par les Forces de soutien rapide dirigées par Hemedti et soutneus par les Émirats Arabes Unis.

Une enquête de Leslie Varenne

Les FSR jouent leurs dernières cartes en attaquant Al-Fasher, la capitale du Darfour. Il espère ainsi compter encore politiquement en faisant de cette région une base de repli. Mais avant même que la guerre ne soit terminée, le gouvernement soudanais, dirigé par le général Al-Burhan, a ouvert un nouveau front en poursuivant les Emirats arabes unis, soutiens de cette milice, devant la Cour de Justice internationale. Khartoum s’attaque à forte partie…

Les forces armées soudanaises dirigées par le général Al-Burhan combattent les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdane Dogolo dit Hemedti

C’est un bien triste anniversaire que le Soudan fête ce 15 avril. Depuis deux ans jour pour jour, les forces armées soudanaises dirigées par le général Al-Burhan combattent les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdane Dogolo dit Hemedti. Si au début du conflit, les deux généraux putschistes pouvaient être renvoyés dos à dos, au fil du temps, Al-Burhan a incarné l’Etat soudanais, la légalité en dirigeant l’armée soudanaise, puis la légitimité en étant soutenu par une majorité de la population en grande partie en raison des exactions commises par les FSR, ces successeurs des Janjawid de sinistre mémoire[i].

Les supplétifs des FSR sans foi ni loi

 

Il est vrai que ces derniers se sont surpassés. Lors des libérations des villes où des villages, les rescapés des camps de tortures, des prisons improvisées, racontent lorsqu’ils le peuvent encore, les privations, les tortures moyenâgeuses, les humiliations. Leurs corps décharnés et leurs regards hagards laissent sans voix. Par dignité, ils omettent de décrire les viols qu’ils ont subis.

Depuis vendredi 11 avril, les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) ont exécuté au moins 56 civils, selon un bilan provisoire.

Le 10 avril, Amnesty international a publié un rapport sur les violences sexuelles commises envers les femmes, cependant cette pratique a concerné également les hommes, preuve qu’elle a été utilisée comme arme de guerre. D’autres témoignages reçus de Soudanais relatent parfois l’indicible comme l’enfermement de dizaines de personnes vivantes dans des containers saupoudrés de piment jusqu’à ce que mort s’ensuive. Dans quels cerveaux malades peut naître une telle imagination macabre ?

Si ces faits sont mis en lumière par la force des témoignages des survivants, les exactions des FSR ne sont pas nouvelles, de nombreuses étaient déjà fort bien documentées. Cependant, tout au long de ces deux années, les condamnations n’ont pas été à la hauteur des drames humanitaires vécus par le peuple soudanais. Cette frilosité s’explique par le soutien que le groupe paramilitaire reçoit des Emirats arabes unis, un pays qui, pour plusieurs raisons, jouit d’une incontestable impunité.

Le 6 mars, afin de mettre la pression sur Abou Dhabi pour qu’elle cesse son soutien au FSR, le gouvernement soudanais a engagé une procédure devant la Cour Internationale de Justice. Khartoum accuse les Emirats de complicité de génocide au Darfour envers la communauté Massalit. Lors de la première journée d’audience, le 10 avril, les Emiratis ont balayé ses accusations d’un revers de main en les qualifiant de  « de théâtre politique ». Ils ont nié les faits bien qu’ils soient indéniables, établis, documentés(1)[ii]. Comme l’écrit le gouverneur du Darfour Mini Minawi sur X ; « Le monde n’a pas besoin de preuves supplémentaires pour condamner les FSR et l’Etat qui les finance. »  Mais même si cette Cour se déclarait compétente et prenait des décisions contraignantes, elle ne dispose d’aucun moyen de les faire respecter, comme l’a démontré le cas de la Palestine.

L’impunité de MBZ

Donald Trump avait fait, durant son premier mandant, son interlocteur privilégié au Moyen Orient.

Mohamed Ben Zayed, le chef de l’Etat de ce pays du golfe, ne craint donc pas la justice internationale et pas non plus les réactions de ses partenaires et alliés occidentaux. Depuis deux ans, les Etats-Unis, comme l’Union européenne et la France se sont bien gardés de les pointer du doigt. L’administration Biden a toujours pris soin de renvoyer les deux camps dos à dos. Et avant lui, Donald Trump avait fait, durant son premier mandant, son interlocteur privilégié au Moyen Orient.

Si Bruxelles, a plaidé pour un renforcement des enquêtes de la Cour Pénale internationale ou a exhorté au respect de l’embargo sur les armes, violé sans interruption depuis deux ans par les Emirats, aucun document officiel ne les mentionne. Idem à Paris, qui a condamné à plusieurs reprises les attaques des FSR contre les civils et soutenu les sanctions du Conseil de Sécurité contre les généraux d’Hemedti, mais sans jamais nommer leurs parrains. Cette hypocrisie, ces doubles standards ne sont pas nouveaux, cependant ils renforcent la crise de légitimité que vivent aujourd’hui les Occidentaux.

Ces dizaines de milliards qui ruissellent

Emmanuel Macrn n’a cessé de tamoigner de son soutien aux Emirats Arabes Unis. Lesquels à coup de milliards le lui rendent bien

Cette difficulté à prononcer un nom s’explique par la puissance tentaculaire du soft power émirati et de leurs fonds qui irriguent les économies dans tous les secteurs. Pour ne prendre que le cas de la France, les 30 à 50 milliards d’euros d’investissement dans l’intelligence artificielle pour la construction de data center dans l’Hexagone, promis en février dernier, ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Paris a signé des partenariats avec Abu Dhabi dans la culture avec le Louvre, l’université avec la Sorbonne, la Défense avec la base militaire et les ventes de matériels militaires etc. Les situations sont identiques au Royaume-Uni, en Allemagne, à Bruxelles, aux Etats-Unis. Qui prendrait le risque de fâcher un si puissant partenaire et ainsi tuer la poule aux œufs d’or ?

L’impunité des Emirats s’explique également par des raisons géopolitiques.  Le Soudan occupe une position stratégique en Afrique à la croisée de la mer Rouge et du monde arabe. Si la guerre qui fait rage depuis deux ans a bien évidemment des dynamiques internes, elle a aussi des influences extérieures avec des enjeux pour nombre de puissances. Ce conflit est un prolongement des crises du Proche et Moyen-Orient. D’ailleurs, comme l’a rappelé le professeur Jeffrey Sachs devant le Parlement européen en mars, puis de nouveau cette semaine lors d’un colloque en Turquie, le Soudan figurait sur la liste des sept  pays avec l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye et la Somalie, à attaquer et à détruire selon un responsable du Pentagone (1)[iii].

Si les raisons économiques sont invoquées pour justifier l’implication des Emirats, leur poids réel reste limité. Ils achetaient l’or et la gomme du Soudan avant 2023, ils n’avaient pas besoin d’un conflit pour continuer à le faire. En revanche, comme lors de la guerre au Yémen, les Emirats cherchent à étendre leur influence sur les ports stratégiques de la mer rouge, une région clé pour le commerce mondial et les routes pétrolières et pour leurs ambitions maritimes. Abu Dhabi cherche également à renforcer sa position dans la Corne de l’Afrique et à contrer d’autres puissances régionales comme la Turquie ou l’Egypte qui soutiennent l’armée soudanaise.

Les Israéliens courtisés

Dans cette stratégie, comme pendant les dix ans de guerre au Yémen, ils bénéficient du soutien à minima tacite de leurs alliés occidentaux. Tout comme ils bénéficient de leur alliance avec Israël. Signataires des accords d’Abraham depuis 2020, ils entretiennent des liens économiques et stratégiques avec ce pays qui n’est jamais très loin lorsqu’il s’agit du Soudan, comme de tous les Etats qui ont accès à la mer rouge. Bien conscient de ces enjeux, le général Al-Burhan a envoyé un émissaire à Tel-Aviv dans la première semaine d’avril. Cette rencontre avait plusieurs objectifs : demander des livraisons d’armes en échange d’une normalisation avec Israël; justifier la récente coopération soudano-iranienne ; demander une médiation avec les Emirats arabes unis et enfin obtenir le soutien des Etats-Unis. Cette réunion qui devait être secrète a néanmoins largement été médiatisée par la presse israélienne (2)[iv].

Dans cette équation où la normalisation avec Israël, comme les data center en France, financent l’hypocrisie des capitales occidentales et où les alliances stratégiques priment sur le droit international, l’impunité reste encore une monnaie d’échange diplomatique. Dans ce grand jeu où tout est permis, qui arrêtera les Emirats ? Hier la tragédie yéménite, aujourd’hui le drame soudanais et demain ?

[i] Les Janjawid sont une milice soudanaise qui s’est illustrée par sa violence lors des guerres du Darfour à partir de 2003. Soutenues alors par le gouvernement soudanais elle a perpétré massacres, viols, pillages et déplacement forcés contre les populations non-arabes de la région. 

[ii] https://adf-magazine.com/2024/11/uae-support-for-rsf-blamed-for-prolonging-war-in-sudan/
https://www.middleeastmonitor.com/20250304-the-uae-should-stop-its-violations-of-the-un-arms-embargo-in-darfur/

https://x.com/SudanTrends/status/1910716777094668378
https://www.middleeastmonitor.com/20250304-the-uae-should-stop-its-violations-of-the-un-arms-embargo-in-darfur/
https://adf-magazine.com/2024/11/uae-support-for-rsf-blamed-for-prolonging-war-in-sudan/

[iii][iii] https://x.com/KevorkAlmassian/status/1911494598708379802

[iv] https://www.i24news.tv/fr/actu/israel/diplomatie-defense/artc-le-representant-du-dirigeant-soudanais-aurait-effectue-une-visite-secrete-en-israel

https://www.jpost.com/israel-news/politics-and-diplomacy/article-849304
https://www.radioj.fr/actualite-27417-l-envoye-du-dirigeant-soudanais-s-est-rendu-en-israel-pour-des-discussions-secretes

 

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Au Soudan, le conflit gagne Port Soudan https://mondafrique.com/limage-du-jour/au-soudan-le-conflit-gagne-la-cote/ Sat, 23 Sep 2023 20:01:55 +0000 https://mondafrique.com/?p=97226 Des combats ont éclaté entre l’armée Soudanaise et une milice tribale dans la ville de Port Soudan, sur la côte de la mer rouge. Jusque là la région avait été relativement épargnée par le conflit qui dure depuis cinq mois. Mateo Gomez En début de semaine, des habitants de cette ville côtière de 500 000 […]

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Des combats ont éclaté entre l’armée Soudanaise et une milice tribale dans la ville de Port Soudan, sur la côte de la mer rouge. Jusque là la région avait été relativement épargnée par le conflit qui dure depuis cinq mois.

Mateo Gomez

En début de semaine, des habitants de cette ville côtière de 500 000 habitants ont témoigné d’échanges de tirs entre l’armée et une milice locale dirigée par Sheba Darar, chef de la tribu des Béja. Le calme serait retourné dans la soirée, avec le déploiement intensif de soldats de l’armée dans la région. Cette brève éruption de violence a de quoi inquiéter l’armée: depuis le 15 avril, le conflit qui l’oppose au groupe paramilitaire des Forces de Support Rapide (RSF), unité dissidente du pouvoir, se déroulait surtout à Khartoum et dans la région occidentale du Darfour.

Port Soudan sert depuis fin août de nouvelle base pour le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, après que le QG de Khartoum soit assiégé par le RSF. C’est de là qu’il a réalisé six déplacements à l’étranger dans des efforts diplomatiques pour rénover son image. La ville est de surcroît la seule du pays avec un aéroport encore opérationnel, et accueille le centre logistique de l’ONU. Sheba Darar était pourtant du côté de l’armée au début du conflit, avant de se rebeller contre les représentants du gouvernement qui avançaient dans l’est du Soudan. Néanmoins il n’a pas annoncé d’alliance avec les paramilitaires du RSF. Les Béja sont parmi les premières tribus à se rebeller ouvertement contre l’armée: la plupart ont annoncé leur soutien au général Burhane.

Tirs d’artillerie à Khartoum

Le conflit a fait près de 7 500 morts, selon une estimation prudente de l’ONG Armed Conflict Location & Event Data Project. Les combats se sont intensifiés à Khartoum depuis samedi, incendiant plusieurs bâtiments clés du centre de la capitale, comme le ministère de la justice ou la tour de la Greater Nile Petroleum Oil Company, avec les deux parties s’accusant mutuellement des dégâts. Selon les RSF, ils ont été détruits par des « attaques ciblées » de l’armée de l’air, tandis qu’un communiqué du ministère des Affaires étrangères, allié au général Burhane, a qualifié lundi les incendies de « campagne diabolique et systématique des rebelles » d’une milice visant à détruire la capitale. Des témoins à Omdourman, une banlieue au nord-ouest de la ville, ont rapporté que l’armée avait attaqué des bases paramilitaires avec des « tirs d’artillerie ». De leur côté les RSF ont, pour la troisième journée consécutive, attaqué le quartier général de l’armée dans le centre de la capitale, tandis que l’armée a répondu par des frappes aériennes et des drones.

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L’Or finance les groupes armés au Sahel https://mondafrique.com/economie/lor-finance-les-groupes-armes-au-sahel/ Thu, 21 Sep 2023 02:51:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=97034 Au Sahel, un terrorisme violent, désormais durable, ainsi que des coups d’états militaires détournent l’attention d’une situation qui sans doute les renforce. Il s’agit de l’Or et de ses productions et ventes formelles et informelles. Il ne doit plus être exclu, que les islamistes du Sahel ont des politiques plus proches de celles de leurs […]

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Au Sahel, un terrorisme violent, désormais durable, ainsi que des coups d’états militaires détournent l’attention d’une situation qui sans doute les renforce. Il s’agit de l’Or et de ses productions et ventes formelles et informelles. Il ne doit plus être exclu, que les islamistes du Sahel ont des politiques plus proches de celles de leurs frères Afghans, Somaliens et d’ailleurs qu’on ne le pense, en s’autofinançant par la vente d’un produit local ou d’une activiste lucrative locale. Qu’il s’agisse de l’ exportation d’opium pour les talibans, de la piraterie maritime pour les Al Shabab et de ventes d’or pour les groupes du Sahel

Au Sahel Central, en l’occurrence au Mali, au Burkina Faso et au Niger, le boom aurifère représente une nouvelle source de financement, voire un terrain de recrutement pour divers groupes armés, y compris djihadistes.

Limam NADAWA, consultant centre4s.org

De nombreux pays sahéliens regorgent d’or. Ce métal jaune, qui est une richesse mondialement convoitée, constitue aussi un facteur de conflits internes aux États et entre états à l’échelle internationale. La filière or provoque des périls immenses : conflits entre pouvoir central, multinationales et populations riveraines des sites, trafic d’êtres humains, concurrence entre terres arables et sites d’orpaillage, insécurité sur et dans ces sites d’orpaillage résultant du contrôle déficitaire des États, fraude à la commercialisation, recrutement de jeunes jihadistes sur les sites, financement de guerres et de réseaux criminels, équipements inadaptés, etc.

L’or est une des principales richesses du Sahel. Des chiffres officiels qui, bien qu’en-dessous de la réalité, en témoignent. En 2022, le Soudan a exporté environ 42 tonnes d’or, qui lui ont rapporté près de 2,5 milliards de dollars. Depuis 2022, l’or du Tibesti, Tchad, a un potentiel minier estimé à plus de 50 milliards de francs CFA (76 millions d’euros) par semaine.

Au même moment, le Mali a consolidé son statut de grand producteur de ce métal, en vendant près de 70 tonnes, soit une hausse de 8,4%, par rapport à 2021. Ces exportations ont généré 2001 milliards de FCFA, ou 3,4 milliards de dollars US ; la hausse représente 134 milliards de FCFA. L’or industriel pèse 25% des recettes fiscales du pays auxquels il faut ajouter 5% au titre de l’orpaillage.

Au 31 décembre 2022, le Burkina Faso comptait treize mines d’or, dont quatre sont en arrêt, pour une production totale de 57,645 tonnes d’or. En 2021, ce métal a rapporté 2172 milliards de FCFA à l’État, soit sa première recette d’exportation. Le secteur artisanal génère une production annuelle supplémentaire d’environ 10 tonnes, selon le ministère des Mines. En outre, le Fonds minier de développement local (FMDL), auquel les sociétés minières contribuent depuis 2019, a collecté environ 100 Milliards, à la date du 31 décembre 2022.

En Mauritanie, les exportations d’or ont généré 780 millions de dollars, contre 564 millions de dollars pour le fer, qui passe à la deuxième position, en 2020. Le Niger a produit 44 tonnes d’or en 2021.

Les États grands perdants

Les États sahéliens font face à la problématique de la répartition des revenus entre acteurs privés et États. Les sociétés minières, pour la plupart des multinationales, sont accusées de pratiquer l’érosion fiscale via le transfert des bénéfices et des importations des combustibles minéraux. Dans certains pays, on constate, en effet, un décalage entre, d’un côté, l’importance de l’industrie minière dans les économies, les montants considérables d’investissements réalisés, le poids du secteur dans les exportations et, de l’autre, la faiblesse des recettes perçues par l’État.

Les pays sahéliens producteurs d’or tombent dans un piège fiscal. Pour attirer ces multinationales et sécuriser les investissements étrangers, des États réduisent le taux d’imposition pratiqué dans le secteur, ce qui alimente une concurrence fiscale régionale déséquilibrée. Ils accélèrent aussi les procédures administratives en faveur de ces firmes. Ainsi, un permis minier peut s’obtenir en un an, contre au moins cinq ans aux États-Unis et au Canada. Ces multinationales utilisent le transfert international de bénéfices pour réduire les charges fiscales dont elles doivent s’acquitter, en principe, sur le lieu de production. Par le biais de la corruption, entre autres, des gouvernements contournent leur propre Code minier, en signant, officiellement ou en catimini, des conventions d’exonérations d’impôts avec des opérateurs. Ces négociations, mine par mine, sont une brèche dans laquelle s’engouffrent de nombreux acteurs. Il arrive aussi que l’évaluation du prix des minerais exploités ne soit pas en ligne avec celui du marché mondial. Quant aux sociétés minières, elles déplorent le déficit en énergie et la cherté de l’électricité au Sahel. Les financements publics font encore défaut dans ces domaines. Elles se plaignent aussi de l’activité des mines artisanales, autrement appelées orpaillage, qui grèvent leurs revenus et aussi les recettes fiscales des États.

La région du Tibesti convoitée

Au Tchad, la région du Tibesti, située au nord et limitrophe de la Libye, est l’objet de convoitises de divers groupes armés, attirés par l’or. De 2015 à nos jours, des conflits meurtriers s’y sont développés, à telle enseigne que des autorités estiment que la région « constitue un réservoir de recrutement pour le mercenariat ». Les 40. 000 orpailleurs qui écument les sites d’exploitation sont considérés comme des migrants internationaux et nationaux. Pèle mêle, on y recense ‘’des aventuriers, des trafiquants d’or, de drogue et des voyous de la république qui sont des Tchadiens, des Soudanais, des Libyens, des Chinois, des Nigériens…’’

Des jeunes, recrutés dans d’autres localités du Tchad y sont échangés contre 10 grammes d’or par personne. Les 10 grammes d’or équivalent à 250.000 FCFA, soit environ 464 dollars.

Les populations autochtones dénoncent l’appétit du clan gouvernemental pour l’or, et exigent son exploitation régulière, dans un cadre légal, en accord avec le code minier. Entre 2016 et 2023, des affrontements sanglants ont eu lieu entre l’armée tchadienne et les populations locales puis des groupes armés.

Au Mali, le travail des enfants mineurs sur les sites d’orpaillage, soumis aux produits de traitement de l’or comme le mercure, est dénoncé. Ils sont employés dans le terrassement et les tunnels de trente mètres de profondeur. Certains sont chargés de remonter la terre à l’aide de seaux, ou de la transporter au sortir des trous jusqu’au lieu de lavage et du tri. Leurs outils de travail sont rudimentaires : des pioches, des seaux, des marteaux. Ils ne bénéficient d’aucun équipement de protection ni de sécurité. Un grand nombre a abandonné l’école pour s’adonner à ces activités. Fillettes et garçonnets sont aussi exploités sexuellement. Ces fléaux sont également subis par les sites d’orpaillage du Burkina Faso et du Niger.  Par ailleurs, le régime de Transition au Mali a diligenté une récente enquête sur son secteur minier qui a révélé une série d’irrégularités ayant entraîné un manque à gagner substantiel pour l’État, estimé entre 300 et 600 milliards de francs CFA. La mise à nu des nombreuses failles dans l’application du code minier de 2019 pourrait permettre au Mali de recouvrer au moins la moitié de ce pactole.  

Au Burkina Faso, les incidents sont fréquents sur les sites aurifères où les populations des localités abritant ces mines estiment que les retombées pour les communautés locales sont très faibles. Elles réagissent par des saccages et des pillages qui ont, parfois, contraint des sociétés minières à des arrêts momentanés. Une d’entre elles, Centamin PLC, qui avait déjà investi environ 74 milliards FCFA, a même été poussée, en partie par ces incidents, à renoncer à la poursuite de ses activités, en août 2022, à Batié, dans le Sud-Ouest. À ces occasions, les autorités invitent les populations riveraines à se tourner vers l’administration afin d’exposer leurs préoccupations. En ce début septembre 2023, plus d’un millier d’orpailleurs ont été déguerpis d’une forêt du Nord-Ouest. Ils y avaient abattu des arbres, creusé de grands trous à ciel ouvert, construit des centaines de hangars, jeté dans la nature des tonnes de déchets plastiques et des produits polluants.

 Le financement de la guerre au Soudan.

Au Soudan, les violences ont éclaté, le 15 avril 2023, entre l’armée du général Abdel Fattah Al-Bourhane, président du pays depuis le coup d’État le 25 octobre 2021, et son adjoint, le général Mohammed Hamdan Dagalo dit Hemetti, patron des miliciens des Forces de soutien rapide (FSR). Elles sont en partie alimentées par le trafic d’or. En 2017, les recettes d’or représentaient 40% des exportations du Soudan. Hemeti, déjà opérateur dans le secteur, avait créé une société commerciale, Al-Junaid. Il s’empare, par la force, des mines d’or les plus lucratives du pays. Il devient, dès lors, le plus grand négociant d’or du Soudan, en contrôlant, notamment, les frontières de Libye et du Tchad. Avec cette richesse, il s’est trouvé au carrefour d’un vaste réseau de népotisme, d’accords secrets de sécurité et de financements politiques, devenant un « parrain » donc. C’est, en partie, cette immense fortune qui lui permet de mener cette guerre. Il s’appuie, ainsi, sur toute une chaîne d’obligés, au sein de la police, de l’administration, dans l’enseignement et dans la chefferie des tribus. Il s’est aussi attaché les services de mercenaires tchadiens, bien payés.

En Mauritanie, l’État encadre les miniers artisanaux et s’offre de nouvelles recettes fiscales. Sur le plan industriel, le gouvernement incite certaines compagnies à la « mauritanisation » des effectifs, et travaille aussi à augmenter sa part sur les revenus engendrés par le métal jaune. D’autres ont plus de marges de manœuvre pour opérer sans grande transparence ou inquiétudes ns environnementales. Des questions sanitaires sont mises en exergue, avec l’apparition du VIH Sida sur certains sites.

L’insécurité partout

Au Niger, la filière or est considérée comme un bon levier de croissance de l’économie, quand bien même elle est confrontée à des problèmes de gouvernance. Elle est aussi une source de problèmes écologiques, sanitaires, sécuritaires et de droits humains. En outre, l’afflux de population a entrainé une forte pression sur les quelques ressources ligneuses.

L’insécurité est le lot commun des sociétés aurifères du Sahel. Les attaques terroristes, ou autres, amènent certaines à observer des arrêts, voire à fermer. En avril 2022 le président de la Chambre des mines du Burkina (CMB), Adama Soro, a estimé que l’avenir minier du pays pourrait être hypothéqué par l’insécurité. Certaines mines, dans les régions du Nord, du Sahel et de l’Est ne peuvent plus transporter leur personnel par voie terrestre. Les mines investissent aussi beaucoup de moyens dans la sécurisation de leurs sites. Plusieurs attaques ont eu lieu, courant 2022, entrainant la fermeture de quatre d’entre elles. L’autre impact est que, pour leurs activités d’exploration et de recherche, les géologues ne peuvent plus accéder à ces régions.

Les dangers de l’orpaillage.

 

En marge du développement de l’industrie aurifère, la pratique de l’orpaillage a elle aussi connu une forte croissance au cours des dernières décennies. Les autorités estiment que plus d’1,3 million de personnes – soit environ 6 % de la population burkinabè – travaillent sur quelque 700 sites miniers artisanaux exploités dans le pays, le plus souvent en-dehors de tout contrôle de l’État. Peu sécurisés, ces sites sont des cibles de choix pour les groupes armés. Ils constituent également un terreau fertile de recrutement de « jeunes combattants ».

 

L’autre grand défi est la commercialisation de cet or des pays du Sahel. Une bonne partie est vendue de façon frauduleuse, permettant à des trafiquants d’échapper aux contraintes administratives de traçage puis aux impôts et taxes. Dès 2014, la Suisse avait importé au moins 7 tonnes d’or venues du Togo… alors que ce pays n’en produit pas. Des investigations avaient permis de remonter la filière jusqu’à des mines artisanales burkinabè.

Ce trafic entre les deux pays voisins se poursuit de plus belle, les pertes fiscales pour le Burkina Faso se chiffrent à des milliards de FCFA.

 

Les multinationales qui exploitent l’or sahélien sont essentiellement australiennes, canadiennes, russes et sud-africaines associées à des nationaux des pays et d’influents partenaires internationaux.

À côté, une partie importante de l’or sahélien emprunte des circuits clandestins, via des nationaux, en passant, entre autres, par des Libanais, et d’autres acteurs basés en Suisse, en Turquie, à Dubaï, à Singapour et en Chine. Il faut compter également avec les opérateurs russes qui ont inventé de nouvelles méthodes de transfert de leur or, du Sahel vers diverses destinations, afin d’échapper aux sanctions occidentales.

Dans tout le Sahel, l’orpaillage artisanal progresse en général en dehors du contrôle des États. Selon l’OCDE, cette activité génère plus de deux milliards de dollars US par an.

 

Au Sahel, l’exploitation de l’or, industriel et artisanal, se développe, enrichissant dans son sillage des multinationales, des états et des officiels locaux, engendrant, en même temps, des périls et se renforçant de défis.

 

 

 

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Soudan, quatre hopitaux sur cinq hors service https://mondafrique.com/confidentiels/soudan-quatre-hopitaux-sur-cinq-hors-service/ Thu, 14 Sep 2023 03:03:16 +0000 https://mondafrique.com/?p=96540 Les attaques répétées envers le personnel et les infrastructures médicales causent l’effondrement du système de santé du Soudan. Les docteurs et infirmiers fuient vers des régions plus sûres alors que 80% des hôpitaux majeurs du pays sont hors-service. Mateo Gomez     Depuis le début du conflict armé interne le 15 avril, les attaques sur […]

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Les attaques répétées envers le personnel et les infrastructures médicales causent l’effondrement du système de santé du Soudan. Les docteurs et infirmiers fuient vers des régions plus sûres alors que 80% des hôpitaux majeurs du pays sont hors-service.
Mateo Gomez
 
 
Depuis le début du conflict armé interne le 15 avril, les attaques sur les infrastructures et personnel de santé soudanais se sont multipliés selon un rapport publié par reliefweb, le portail d’informations humanitaires de l’ONU. L’OMS a raporté 11 morts et 38 blessés lors de diverses attaques envers des hôpitaux, ambulances, laboratoires et hangars.
 
Ces attaques, auxquels s’ajoutent les retards sérieux de paye, causent la désertion massive des hôpitaux par le personnel compétent, laissant 80% des hôpitaux hors service. Les 20% restants font face à des pénuries graves de matériel et personnel. Ces problèmes s’étendent également aux infrastructures sanitaires supportées par le ONG, qui ont vu au cours du mois d’août leurs provisions médicales s’écouler sans perspective de renflouage.
 
 

Choléra et dengue

 
Difficile de faire pire… Et pourtant. Certaines maladies ont proliféré au-delà des normes estivales à cause des graves disruptions dans le système de santé. Le Soudan est bien familier des épidémies saisonnières qu’accompagnent la saison des pluies, mais le conflit a exacerbé les risques (https://mondafrique.com/limage-du-jour/un-risque-majeur-depidemie-au-soudan/)  d’une généralisation de maladies telles que le choléra et la dengue.

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