France - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/france/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Mon, 02 Feb 2026 09:45:34 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg France - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/france/ 32 32 France-Sénégal. Des échanges privilégiés mais de plus en plus bousculés https://mondafrique.com/economie/france-senegal-des-echanges-privilegies-mais-de-plus-en-plus-bouscules/ https://mondafrique.com/economie/france-senegal-des-echanges-privilegies-mais-de-plus-en-plus-bouscules/#respond Mon, 02 Feb 2026 09:45:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=146290 Entre fantasmes et réalités, les relations entre la France et le Sénégal continuent de susciter l’intérêt. Elles étaient sur la table, lors de la visite à Dakar, la semaine dernière, de la ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger. […]

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Entre fantasmes et réalités, les relations entre la France et le Sénégal continuent de susciter l’intérêt. Elles étaient sur la table, lors de la visite à Dakar, la semaine dernière, de la ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger. Retour en chiffres sur une coopération qui reste, certes, privilégiée, mais de plus en plus bousculée.

Par Mor Amar 

Dakar, le 26 janvier 2026. Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, avec le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse (COJOJ).

Plus de 33% de parts de marchés pour les entreprises chinoises, contre 05% seulement pour les françaises. C’est ce qui ressort du rapport de l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop) pour l’année 2021. L’écart est fulgurant. Il illustre à merveille le décalage entre la réalité de l’économie sénégalaise et le discours souverainiste, qui tend à surestimer la place des entreprises françaises sur le marché sénégalais.

En 2021, informe le rapport de l’Autorité en charge des marchés publics, sur un montant total de près de 1713 milliards de FCFA (plus de 2,6 milliards d’euros) représentant les marchés immatriculés (hors secret défense et combustibles SAR et Senelec), les entreprises chinoises se sont taillées la part du lion : près de 561 milliards de FCFA (plus de 855 millions d’euros), soit 33% du volume. Et sur environ 825 milliards de FCFA, qui constituent la part globale des entreprises étrangères, les chinoises représentent 68% contre 09% seulement pour leurs concurrentes françaises, devancées même par les entreprises émiraties (12% de l’enveloppe).

Qu’est-ce qui explique cette suprématie chinoise ? Dr Cheikhna Hamallah Ndiaye, économiste stratégique et expert en commande publique, apporte une réponse : « La montée en puissance des entreprises chinoises repose sur une combinaison cohérente de facteurs financiers, techniques et stratégiques, observables tant au Sénégal que dans l’ensemble de la sous-région ouest-africaine, avec souvent des
crédits concessionnels ou semi-concessionnels beaucoup plus intéressants. »

Une érosion des parts françaises

Pendant ce temps, les parts de marchés des entreprises françaises s’érodent de plus en plus. Pour Dr Hamallah, ce repli, qu’il faut cependant relativiser, s’explique par le fait que les entreprises françaises proposent généralement des offres financières moins compétitives, avec des schémas de financement moins intégrés.

Depuis le rétablissement des relations diplomatiques avec le Sénégal, le 25 octobre 2005 sous le Président Abdoulaye Wade – qui s’était aussi largement ouvert aux pays arabes – l’empire du milieu n’a eu de cesse de se déployer et de conquérir le marché sénégalais. Très rapidement, il a réussi à devenir l’un des partenaires principaux du pays, reléguant dans certains domaines à l’arrière-plan la France
jusque-là maîtresse principale du jeu.

Selon la note de conjoncture de l’Agence nationale des statistiques et de la démographie (ANSD) pour 2024, les principaux pays fournisseurs du Sénégal ont été la République Populaire de Chine (11,8%), la France (10,1%), la Russie (8,1%), les
Émirats Arabes Unis (5,7%), la Belgique (5,6%), l’Inde (4,6%) et le Nigeria (4,4%). De 2020 à 2024, la France et la Chine ont trôné, à tour de rôle, à la tête de ce classement des fournisseurs du Sénégal. La France disparaît, cependant, dans le classement des destinations des produits sénégalais, alors que la Chine fait partie du Top 05.

Un code des marchés très protecteur des entreprises locales

Par ailleurs, contrairement à une idée répandue tendant à faire croire que les entreprises sénégalaises sont livrées à la concurrence avec les géants étrangers, l’analyse des statistiques sur les marchés publics montre une réalité très différente. Bien que le pays reste très ouvert à des partenaires très variés, les entreprises sénégalaises et communautaires (entreprises appartenant à un des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, UEMOA) arrivent à tirer leur épingle du jeu, en remportant plus de 50% de ces marchés.

Selon le dernier rapport de l’autorité des marchés, qui couvre l’année 2023, 50% du volume des marchés au Sénégal revient aux entreprises sénégalaises et 09% aux entreprises maliennes, soit un total de 59% pour les entreprises issues de l’espace UEMOA. Dans les rapports précédents, les entreprises sénégalaises et communautaires remportaient jusqu’à plus de 60% des parts de marchés.
Pour Dr Hamallah Ndiaye, c’est parce que la majorité de la commande publique correspond à des marchés de faible ou moyenne valeur (fournitures courantes,services, petits travaux). « Ce sont des segments sur lesquels les entreprises locales disposent d’un avantage comparatif naturel. Ces dernières ont surtout des difficultés sur les grands marchés de travaux, ou les marchés qui requièrent une certaine
technicité et une capacité financière importante », explique-t-il.

Aussi, le Code des marchés publics prévoit un certain nombre de dispositions pour promouvoir la préférence nationale et protéger ainsi les entreprises sénégalaises. Citons, parmi ces mécanismes, les marges de préférence, les dispositifs de soutien aux PME, la promotion de l’allotissement et les marchés réservés.

Quid de la défense et de la sécurité ?


L’autre grief qui revient très souvent sur la place publique, c’est la coopération militaire. Là encore, le Sénégal est accusé par certains d’être un valet à la solde de la France. Un haut officier de l’Armée sénégalaise s’inscrit en faux contre cette accusation : « Il y a eu trop de fantasmes et de clichés autour des relations de coopération avec la France, en particulier sur la question des bases », estime-t-il.

Pour lui, dans ce domaine, le Sénégal entretient d’excellents rapports non seulement avec la France, mais aussi avec d’autres pays comme le Maroc et les États-Unis. En Casamance par exemple, dans les années 1990, au plus fort de la crise irrédentiste, les soldats se battaient avec des M16 et des véhicules cargos offerts par les Américains et des munitions marocaines. « Il nous arrivait de manquer de
munitions et c’est le Maroc qui nous aidait, parce qu’il faut le reconnaître, nous étions un pays très pauvre, sans moyens, qui faisait aussi face à l’ajustement structurel (années 80-90 : NDLR) », témoigne l’officier, insistant sur l’importance de la coopération dans le domaine militaire.

Cela dit, malgré ces relations privilégiées, le Sénégal n’a jamais sous-traité sa sécurité ni à la France ni à aucun autre pays. « Nous nous sommes battus tout seuls et on en a payé le prix fort en Casamance. J’ai perdu mes meilleurs amis sur le front », confie-t-i, avant d’ajouter: « Alors, qu’on ne nous donne pas de leçons de souveraineté. Nous avons des dirigeants suffisamment compétents et patriotes. Il
ne faut pas insulter l’histoire. »

Achats d’équipements militaires 

En ce qui concerne les achats d’équipements militaires, ils font l’objet de très peu de publicité. Les contrats étant généralement couverts par le secret-défense, ils échappent au contrôle de l’Agence en charge de la commande publique. Une chose reste toutefois certaine : les contrats qui suscitent le plus de polémiques impliquent généralement les Russes, les Turcs, ou les Israéliens.

Lors des périodes de troubles politiques 2021-2024, l’actuel Premier ministre, alors président du parti souverainiste Les patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) avait d’ailleurs mis en garde le président turc Recep Tayyip Erdogan qu’il soupçonnait d’armer son adversaire au pouvoir, Macky Sall. « L’essentiel du dispositif de répression actuellement au Sénégal : les engins roulants lourds, les grenades lacrymogènes, etc. l’essentiel de ce matériel provient de la Turquie….. », accusait Ousmane Sonko, invitant le président Erdogan « à cesser tout approvisionnement en matériels similaires jusqu’à ce que le pays finisse de traverser cette zone de turbulences ». Dans le cas contraire, ajoutait le chef des patriotes, « il se serait constitué complice des agissements du Président Macky Sall,
puisqu’il lui aura fourni les armes qui ont permis de tirer sur le peuple sénégalais ». Arrivé au pouvoir, il a magnifié les relations entre les deux pays lors d’une visite très médiatisée à Ankara.

La question des bases militaires

Avec la France, l’accusation a souvent porté sur la présence militaire permanente incarnée par les bases militaires, mais aussi les sujets mémoriels qui suscitent rancœurs et déchirures. Depuis juillet 2025, la page des bases militaires est tournée, avec la restitution des dernières emprises le 17 juillet 2025.

Ce n’est pas la première fois : en 2010 déjà, le Président Abdoulaye Wade avait récupéré les bases. Mais dans la foulée, suite à des négociations entre les deux pays, il avait été convenu de remettre les emprises à la disposition des partenaires français moyennant le paiement d’un loyer. Cette décision n’avait pas plu à Paris. Après le départ de Wade, remplacé par Macky Sall en 2012, le sujet est revenu sur la table, confie une source militaire.

Confronté à certaines menaces, le Sénégal avait décidé d’acheter des avions de chasse coréens. Il a alors sollicité la France pour la formation des pilotes. « Ils nous ont dit : Vous ne pouvez pas nous demander de payer pour les emprises et vouloir qu’on vous forme gratuitement vos pilotes », raconte-t-il. Les Français ont refusé et ils ont aussi convaincu leurs alliés européens de faire de même. Alors que le Sénégal était prêt à payer pour la formation de ses pilotes, ils ont fixé des prix hors de portée. « Nous nous sommes alors rapproché des Italiens ; ils ont fait des propositions encore plus salées. Nous avons compris que les Français étaient derrière, même si nous ne pouvions pas le prouver.»

Un réchauffement sous Macky Sall

La première visite de Macky Sall, les 17 et 18 avril 2012, a permis de réchauffer l’axe Dakar-Paris. Sur invitation de Nicolas Sarkozy, le Président Sall, élu le 25 mars 2012 à un premier mandat, réserve à la France sa première visite en dehors du continent. Outre les questions budgétaires, les accords militaires étaient au cœur des discussions. La visite a permis au président sénégalais de décrocher la formation de ses pilotes, mais ce n’était pas tout à fait gratuit. 

« En contrepartie, nous sommes revenus sur l’accord de Wade (relativement à l’occupation des emprises). Nous avons juste enlevé `à titre onéreux’ et mis à la place `à titre gratuit’. C’est la seule chose qui a changé. Et ils nous ont formé nos pilotes », poursuit l’officier, soulignant le niveau de vulnérabilité et de dépendance sur certaines questions.

Pour Dr Yoro Dia, politologue et ancien collaborateur de Macky Sall, cela fait longtemps que le Sénégal n’est plus le pré carré de la France ou d’une quelconque autre puissance. Les « pseudos souverainistes », comme il les appelle, sont les seuls à ne pas s’en être rendu compte. Pour lui, les seules limites à la souveraineté aujourd’hui sont d’ordre économique et ou technologique. Et cela vaut pour tous les pays du monde.

Les atouts de la France

Malgré les critiques et remises en cause, la France reste tout de même assez bien ancrée au Sénégal, grâce à une présence très ancienne. Sur le plan économique, cette présence est marquée par des mastodontes comme Total dans les hydrocarbures, Eiffage dans les bâtiments et travaux publics, Soboa et Auchan dans le domaine de l’alimentation, pour ne citer que quelques exemples.

Aujourd’hui, selon les chiffres de l’ambassade de France au Sénégal, le nombre d’entreprises françaises dans le pays est estimé à 340 unités, dont de nombreuses joint-ventures avec des entreprises sénégalaises. En termes de stock d’investissements directs, la France reste ainsi le premier partenaire du Sénégal avec 16%. Ce qui témoigne, selon la source diplomatique, de la « fiabilité et de la qualité » de l’investissement direct étranger de la France, adossé à « une vision à long terme, promouvant la création d’entreprises formelles, le recrutement de Sénégalais et le transfert de savoir-faire ». Cette vision se démarque ainsi des opérations d’export pur, sans grand impact sur l’économie locale.

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Restitution des biens culturels : simplification en vue https://mondafrique.com/limage-du-jour/restitution-des-biens-culturels-simplification-en-vue/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/restitution-des-biens-culturels-simplification-en-vue/#respond Mon, 02 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146258   Pour faciliter la restitution des biens culturels aux pays victimes d’appropriation illicite – pendant la conquête coloniale et par la suite – le Sénat français a adopté, le 28 janvier, un projet de loi qui simplifie les contraintes légales très strictes en vigueur.  « En raison du principe d’inaliénabilité du domaine public, la restitution aux […]

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Pour faciliter la restitution des biens culturels aux pays victimes d’appropriation illicite – pendant la conquête coloniale et par la suite – le Sénat français a adopté, le 28 janvier, un projet de loi qui simplifie les contraintes légales très strictes en vigueur. 

« En raison du principe d’inaliénabilité du domaine public, la restitution aux pays d’origine des biens culturels relevant des collections muséales ne peut aujourd’hui passer que par la loi. Les demandes de restitution sont en conséquence traitées par le biais de loi d’espèce, qui encombrent l’ordre du jour parlementaire et présentent parfois un caractère arbitraire », explique un communiqué du Sénat. 

Actuellement, les biens volés, pillés ou acquis sous la contrainte détenus dans les musées français sont, en raison de leur appartenance au domaine public, « inaliénables », à l’exception de ceux qui ont été acquis après la ratification par la France, le 7 avril 1997, de la « Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels ». Les autres, entrés dans les collections publiques antérieurement doivent faire l’objet d’une dérogation à travers un texte de loi spécifique au cas par cas. 

Une loi-cadre pour des restitutions « transparentes »

« Le Sénat préconise de longue date l’adoption de lois-cadres définissant une procédure de restitution transparente, reposant sur des critères opposables et une méthode rigoureuse. Ces principes, qui figurent dans un rapport de la commission de la culture de 2020 et une proposition de loi adoptée par le Sénat en 2022, ont déjà été traduits dans la loi de 2022 relative aux biens culturels spoliés dans le contexte des persécutions antisémites perpétrées entre 1933 et 1945 et la loi de 2023 sur les restes humains », poursuit le communiqué. 

Le projet de loi examiné la semaine dernière par le Sénat et qui devra encore être adopté par l’Assemblée nationale, « constitue le troisième et dernier volet de ce triptyque législatif. » Il substitue une procédure administrative à la procédure parlementaire actuelle, sauf pour les demandes qui ne satisferont pas aux critères définis comme suit.

« Cette procédure est circonscrite dans son périmètre et ne pourra porter que sur les biens relevant des collections publiques, y compris lorsqu’ils y ont été incorporés par dons ou legs, à l’exception des biens militaires et archéologiques ; ayant fait l’objet d’une appropriation illicite entre 1815 (date à laquelle débute le second empire colonial) et 1972 (date à partir de laquelle s’applique le régime judiciaire de restitution issu de la convention de l’Unesco du 14 décembre 1970) ; issus du territoire actuel de l’État demandeur et n’ayant pas déjà fait l’objet d’un accord international. » 

La restitution des biens culturels à l’Afrique

 

 

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Les kamikazes de l’aéroport de Niamey ciblaient les drones https://mondafrique.com/limage-du-jour/les-kamikazes-de-laeroport-de-niamey-ciblaient-les-drones/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/les-kamikazes-de-laeroport-de-niamey-ciblaient-les-drones/#respond Sat, 31 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146209 Après Bamako, il y a seize mois, Niamey. L’attaque djihadiste qui a visé la base de l’armée de l’Air du Niger, dans la nuit du 28 au 29 janvier, a été repoussée avec son lot de ruines et de cadavres. On connaît désormais l’identité des assaillants, leur mode opératoire et leur mobile. Les dirigeants nigériens, […]

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Après Bamako, il y a seize mois, Niamey. L’attaque djihadiste qui a visé la base de l’armée de l’Air du Niger, dans la nuit du 28 au 29 janvier, a été repoussée avec son lot de ruines et de cadavres. On connaît désormais l’identité des assaillants, leur mode opératoire et leur mobile. Les dirigeants nigériens, eux, continuent de soupçonner une main étrangère.

La spectaculaire attaque conduite contre l’aéroport de la capitale du Niger a commencé à livrer ses mystères. Un communiqué du ministère de la Défense, diffusé jeudi soir, a fourni des détails précis : l’heure (00h20), la durée (une trentaine de minutes), le déroulement (« des assaillants à bord de motos arrivés tous phares éteints ») et le bilan. Côté ami : 4 militaires blessés, du matériel endommagé dont « un stock de munitions » incendié, ainsi que des dommages mineurs occasionnés dans leur fuite par les terroristes « tirant à la sauvette » sur trois aéronefs civils stationnés, dont deux de la compagnie Asky. Côté ennemi, « la vigoureuse réponse aéroterrestre a permis la neutralisation de 20 mercenaires et l’arrestation de 11 autres, dont la majorité est grièvement blessée, ainsi que la récupération d’un important matériel de guerre et des motocyclettes. »

Remerciement appuyé aux « partenaires » russes

Le communiqué signé du ministre de la Défense, le général Salifou Modi, se félicite de « la parfaite coordination du dispositif de sécurité de la base aérienne appuyé par les forces de défense et de sécurité de la ville de Niamey », qui semble attestée par la brièveté de l’accrochage. Officiellement, aucune autre force, à l’exception des partenaires russes chaudement remerciés par le chef de l’État, n’a participé à ces événements. Ni les 350 Italiens déployés à l’aéroport de Niamey dans le cadre de la Mission bilatérale de soutien à la République du Niger ni la nouvelle force unifiée de l’Alliance des États du Sahel, également logée à la base 101, qui réunit des soldats du Niger, du Mali et du Burkina Faso. 

Prisonniers capturés après l’attaque. Capture d’écran.

Bien sûr, il y a ce que le communiqué ne précise pas. Il ne dit pas, par exemple, que le troisième aéronef touché par des balles est ivoirien. La mauvaise relation entre les autorités de Niamey et d’Abidjan explique cette omission. Il ne fournit pas non plus les détails matériels des destructions. Des appareils militaires ont-ils été endommagés ? Selon des sources de Mondafrique, c’est notamment le cas d’un Cessna détruit par un drone kamikaze. Le communiqué ne dit pas non plus comment les assaillants ont réussi à pénétrer dans une des zones les plus surveillées de la capitale, sans se faire repérer. Il ne dit pas que le passage des terroristes s’enfuyant de la base 101 vers l’aéroport civil, qui est contigu à l’aéroport militaire, a été facilité par le manque de résistance opposée par gendarmes et policiers sur place.

Il ne précise pas le rôle précis joué par les militaires russes. Mais le général Abdourahamane Tiani, qui s’est rendu dans la matinée à l’Escadrille, a, lui, publiquement remercié les « partenaires russes pour leur prompte réaction qui a permis, dans les 20 minutes suivantes, de mettre l’ennemi en déroute », ajoutant plus loin qu’ils avaient « défendu avec professionnalisme leur secteur de sécurité. » Il semble que ce sont les Russes qui ont fait fonctionner la défense anti-aérienne dans une gerbe de feu qui a illuminé, pour la première fois, le ciel nocturne de la capitale.

Un commando de l’État islamique visant les drones 

Selon une source de Mondafrique en contact avec l’État islamique au Sahel (EIS), c’est un commando de cette organisation qui serait l’auteur de l’attaque, composé de 15 motos (soit 30 hommes) et d’un véhicule 4×4 – transportant probablement les « chefs ». Selon cette source, 4 membres du groupe – peut-être les passagers de ce véhicule dont nul ne fait mention – ont réussi à s’enfuir. Les « cavaliers » à  moto étaient, eux, en mission kamikaze. Leur but : détruire les drones militaires qui gênent considérablement l’EIS dans ses déplacements au Niger, de la zone des trois frontières au nord-ouest du Nigeria (voir article plus bas.) Quatre hommes, deux Saharouis et deux Peuls, seraient entrés à Niamey début janvier pour organiser la logistique. Les motos et certains matériels auraient été achetés sur place. L’État islamique a revendiqué l’opération vendredi, dans un communiqué en arabe où le groupe dit avoir « infligé d’importants dégâts matériels à l’infrastructure militaire. » 

Selon nos informations, le responsable de l’opération est bien connu de l’armée nigérienne. Abdou Tcheyguel est l’un des principaux chefs militaires de l’EIS et bien que Nigérien, il est l’émir d’Indélimane, un village du cercle d’Ansango au Mali, fief de longue date de l’organisation. Quant au cadavre blanc de peau aux cheveux roux, dont la photo a beaucoup circulé en le faisant passer pour celui d’un Français, il s’agit de celui d’un combattant sahraoui.

Il semble bien que la capitale se préparait depuis le début de l’année à un événement de ce genre. Depuis la mi-janvier des alertes avaient été données et elles avaient d’ailleurs circulé sur les réseaux sociaux pro-Bazoum, qui ironisaient alors sur la paranoïa du général Tiani. Les mêmes acteurs en ligne ont abondamment commenté l’attaque jeudi, à travers de nombreux récits et détails invérifiables, voire inventés de toutes pièces. Le fait que ces personnes hors du pays – notamment en France – semblent se réjouir de chaque attaque contre le Niger contribue à nourrir la frustration des Nigériens vivant sur place et la théorie d’un soutien de Paris aux forces de déstabilisation locales, qu’elles soient rebelles – comme le groupe qui sabote régulièrement l’oléoduc – ou djihadistes. Abdourahamane Tiani martèle ces accusations. Il a jeudi, dans l’interview improvisée à l’Escadrille, accusé nommément Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara d’être les « sponsors » de ces « mercenaires téléguidés ». L’ambassadrice du Niger en Côte d’Ivoire a d’ailleurs été convoquée le lendemain par le ministre des Affaires étrangères à Abidjan pour s’en expliquer.

Le bras de fer politique et judiciaire engagé entre la France et le Niger sur le sort de 1000 tonnes d’uranate entreposées justement à l’aéroport, en vue d’une future vente, est une raison de plus pour que le général Tiani voie la main de Paris dans cette attaque. 

L’Etat islamique trace sa route du Mali vers le Nigeria via le Niger

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Radio Soleil, de la Goutte d’Or à Abou Dabi https://mondafrique.com/a-la-une/crepuscule-de-radio-soleil-un-media-historique-de-limmigration-passe-sous-controle-emirati/ https://mondafrique.com/a-la-une/crepuscule-de-radio-soleil-un-media-historique-de-limmigration-passe-sous-controle-emirati/#respond Thu, 29 Jan 2026 05:14:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146047 Née en mai 1981 dans une petite pièce du 35 rue Stephenson, sur l’élan de l’élection de François Mitterrand, Radio Soleil avait incarné bien plus qu’une fréquence : un espace de parole, de culture et de lutte pour les droits des travailleurs immigrés, bâti par l’énergie militante de ses fondateurs – Madjid Daboussi, Saïd Bouziri, Jean-Jacques […]

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Née en mai 1981 dans une petite pièce du 35 rue Stephenson, sur l’élan de l’élection de François Mitterrand, Radio Soleil avait incarné bien plus qu’une fréquence : un espace de parole, de culture et de lutte pour les droits des travailleurs immigrés, bâti par l’énergie militante de ses fondateurs – Madjid Daboussi, Saïd Bouziri, Jean-Jacques Miloudi, Mohamed Bachari dit Mokhtar. Quarante-cinq ans plus tard, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, finalement bradée à des entrepreneurs tournés vers les Émirats. Enquête. 

Par Nidam Abdi

Nous sommes fin mai 1981. La France découvre les radios libres. Dans le 18e arrondissement de Paris, une poignée de militants, journalistes issus du journal Sans Frontière et syndicalistes, lancent Radio Soleil. Objectif : donner la parole à ceux que la société française ignore. Les immigrés, ouvriers des usines Citroën, Renault ou de Saint-Denis, trouvent enfin un média qui parle d’eux et pour eux.

Le premier logo de Radio Soleil.

Madjid Daboussi, journaliste tunisien, ancien de la librairie Le Gai Savoir et du quotidien Le Temps à Tunis, est un homme de conviction. Il veut une radio professionnelle, où la pensée et l’éditorial ont toute leur place. Il programme des débats, des magazines culturels, des émissions pour les communautés turques, yougoslaves, maghrébines. Radio Soleil devient un lieu de mixité, de dialogue et de résistance.

Des débuts sous le signe de l’ouverture

Au fil des années, le média accueille des invités prestigieux: Yasser Arafat sur la lutte palestinienne, l’historien algérien Mohamed Harbi à propos des massacres du 17 octobre 1961 à Paris. Lors des élections dans les pays d’origine des auditeurs, elle consacre l’antenne à des débats et assure le suivi des résultats. En France, Radio Soleil reçoit des responsables politiques. Par exemple, Lionel Jospin et Philippe Séguin.

À gauche, Saïd Bouziri et à droite, Madjid Daboussi. (DR)

L’autre fondateur historique, Jean-Jacques Miloudi, est un pionnier des radios libres. Dès 1978, il anime Radio Onze’débrouille, une radio pirate. En 1981, il cofonde Radio Soleil et y consacre quarante ans de sa vie, tout en menant une discrète activité d’artiste-peintre.

Dépourvu d’esprit communautariste, Madjid Daboussi insuffle sur les ondes le même esprit qu’au journal Sans Frontière : toutes les origines sont les bienvenues. À la fin des années 1990, lors d’un dîner à Heidelberg, ville universitaire allemande, le poète et philosophe Édouard Glissant, chantre de la créolisation, avait témoigné d’un geste de Daboussi : « Il avait, avec le supplément de Sans Frontière consacré à Frantz Fanon en 1982, fait honneur à la décolonisation. Bien en avance sur les scientifiques qui allaient faire de Fanon un sujet universitaire mondialisé. »

Le tournant : 2017-2023

Après la disparition de Madjid Daboussi en 2017 et de Jean-Jacques Miloudi en 2022, Radio Soleil entre dans une zone grise. Mohamed Gharbi, un Franco-Tunisien aux méthodes controversées, en prend progressivement le contrôle. Sans baccalauréat, il a fréquenté dans les années 1970 l’université de Vincennes avant de rejoindre les milieux radiophoniques des années 1980, passant de RMF à Radio Méditerranée, puis s’introduisant à Radio Soleil pour finir à Radio Orient. 

En 2023, un coup de force est consommé. Le conseil d’administration est renversé, les anciens militants évincés. Gharbi s’entoure de consultants et de juristes, transformant la radio en machine commerciale. Les émissions politiques, culturelles et sociales disparaissent au profit de musique de variété orientale, de prêches islamiques et d’émissions juridiques destinées à attirer des clients pour des cabinets d’avocats.

La vente à Thallium Consulting : 2026

En 2026, le scandale éclate. Radio Soleil est reprise par des entrepreneurs liés à Thallium Consulting, un cabinet installé avenue des Champs-Élysées et spécialisé dans le business set-up entre la France et les Émirats arabes unis. Le PDG de Thallium, Phanuel Abbou, est un habitué des cercles d’affaires du Golfe. Sa société, créée en 2017, accompagne les entreprises françaises dans leur implantation à Dubaï, Riyad ou Abu Dhabi et travaille avec le Paris-Saint-Germain. La radio des immigrés, des ouvriers, des luttes sociales devient un outil marketing pour des consultants.

Les témoignages des anciens de Radio Soleil sont accablants. Boubaker, technicien historique cité, lors du décès de Jean-Jacques Miloudi en 2022, comme une figure légitime par la Fédération des Radios Associatives d’Île-de-France et la Confédération Nationale des Radios Associatives, raconte : « Avant, on parlait des grèves, des droits, de la culture. Maintenant, c’est de la musique, des émissions sur le bien être et des prêches. On a trahi l’esprit de Madjid. » Lui aussi a été évincé par Mohamed Gharbi.

Uğur Hüküm, journaliste turc pionnier des émissions en turc, mort en 2013, avait cru en une radio qui aidait à l’intégration, qui expliquait la France aux Turcs et la Turquie aux Français. Aujourd’hui, son héritage est piétiné. Pourtant, l’ex-chef du service en turc de RFI témoignera dans un article dédié à la radio : « Quand, au début du mois d’octobre 1991, un journaliste ainsi qu’un sociologue et ancien comédien, tous deux Turcs, reçoivent la proposition de lancer une émission hebdomadaire en turc, ils n’hésitent pas une seconde… »

Les auditeurs ne reconnaissent plus leur radio

Les auditeurs ne reconnaissent plus leur radio. « Avant, on écoutait pour s’informer, pour se sentir moins seul. Maintenant, c’est comme les autres radios commerciales, mais en moins bien », estime un auditeur de longue date. Un autre s’étonne d’être réveillé en ce début d’année par des émissions de Christophe Médici, qui se présente comme psychosociologue, formateur diplômé d’État en communication, conférencier et fondateur de la méthode « Haute Qualité Relationnelle ». Une sorte de Patrick Sébastien du coaching, présent dans de multiples médias, de Radio Sud chez Brigitte Lahaie à Radio Beur.

On est bien loin du témoignage de Yassir Guelmiz, qui écrivait après le décès de Madjid Daboussi dans le magazine Le Courrier de l’Atlas :    « Je garde en mémoire, dans les locaux exigus de la rue d’Avron, les arrivées de Philippe Séguin ou d’Aurélie Filippetti, les chroniques de Mathieu Vervisch ou de Nicolas Mazières et les collègues passés par ses ondes (Karim Bourtel, Maguy Day, etc.). Il (Madjid Daboussi) avait accepté aussi que quelques jeunes journalistes talentueux (Nabil Wakim, Karim Rissouli, Marc de Chalvron…) animent une émission. Il aimait lancer les jeunes sans jamais les censurer. Durant les trois ans où nous avons travaillé ensemble, il n’a jamais demandé à voir les conducteurs. Homme libre, il a fait de sa radio libre un espace d’expression libre. »

Les autorités ont-elles fermé les yeux ?

Comment une radio historique, subventionnée, soutenue par des générations de militants, a-t-elle pu être ainsi dépecée ? L’État, l’Arcom, les fédérations de radios associatives ont-ils fermé les yeux ?

La FRADIF (Fédération des radios associatives d’Île-de-France) et la CNRA (Confédération nationale des radios associatives) ont rendu hommage à Madjid Daboussi et Jean-Jacques Miloudi. Mais où étaient-elles quand Gharbi a pris le contrôle de Radio Soleil ? Quand la radio a été cédée à des entrepreneurs sans aucun lien avec l’immigration ou le social ?

Madjid Daboussi n’aurait jamais imaginé que la radio qu’il portait depuis le 10 mai 1981 finirait dans l’escarcelle d’un cabinet de conseils qui se présente en ces termes : « Thallium Consulting ne se contente pas de conseiller : il connecte. Porte d’entrée vers les marchés du Golfe mais aussi catalyseur d’opportunités en Asie et en Afrique, le cabinet agit comme un véritable accélérateur de croissance. »

En ce début d’année 2026, Thallium Consulting a mis en ligne un nouveau site Internet dédié à Radio Soleil. L’ancien site web, où figuraient sur la page de l’histoire du média les images du journaliste Farid Aïchoune et des fondateurs Madjid Daboussi, Saïd Bouziri et Jean-Jacques Miloudi, a été remanié. La présentation historique de la radio, qui remontait aux combats des travailleurs immigrés, a connu des modifications pour en atténuer l’esprit militant. Il subsiste une vidéo de l’INA de décembre 1981, issue de l’émission « Les gens d’ici » de Philippe Alfonsi, Alexandre Tarta, Antoine Gallien et Patrick Pesnot, consacrée à Radio Soleil. On y voit Mohamed Bachari dit « Mokhtar », ancien grand militant des années 1960-1970 et co-fondateur de Radio Soleil. À ses côtés, Philippe Alfonsi et sa pipe, réalisant un reportage de la grande école de l’ORTF. Bien loin de l’esprit de Thallium Consulting et de ses bases de l’ouest parisien. 

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Madagascar : la France tente de relancer sa coopération militaire https://mondafrique.com/international/madagascar-la-cooperation-militaire-avec-la-france-en-berne/ https://mondafrique.com/international/madagascar-la-cooperation-militaire-avec-la-france-en-berne/#respond Tue, 27 Jan 2026 08:32:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145915 Avec l’arrivée, le 21 janvier, du commandant de l’armée française à La Réunion, le général Jean de Monicault, Paris tente de revenir dans le jeu malgache en dépit du lourd passif accumulé lors de la fuite du président Andry Rajoelina, en octobre. La visite du commandant des forces armées de la zone sud de l’océan […]

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Avec l’arrivée, le 21 janvier, du commandant de l’armée française à La Réunion, le général Jean de Monicault, Paris tente de revenir dans le jeu malgache en dépit du lourd passif accumulé lors de la fuite du président Andry Rajoelina, en octobre.

La visite du commandant des forces armées de la zone sud de l’océan Indien, les FAZSOI (qui « garantissent la protection du territoire national et animent la coopération régionale depuis La Réunion et Mayotte », dixit le ministère français des Armées et des anciens combattants) s’inscrit, affirme-t-on à Paris, dans le cadre de la relance de la coopération militaire bilatérale.

Le général Jean de Monicault en visite officielle aux Seychelles, décembre 2025. Les armées française et seychelloise entretiennent une coopération régulière. (Photo FAZSOI.)

Pour preuve, du 19 au 22 janvier, des instructeurs des FAZSOI ont assuré des formations pour leurs homologues malgaches, notamment dans le pilotage de drones. Et très bientôt, en février, la présence des forces armées malgaches, dirigées par le chef d’état-major Démosthène Pikulas, est espérée à des exercices conjoints régionaux à La Réunion, où stationnent les FAZSOI.

Rupture de la confiance

Pourtant, si la coopération militaire franco-malgache ronronnait depuis des années, elle est morte le jour où les FAZSOI, sur ordre du président français sollicité par Nicolas Sarkozy, ont exfiltré en pleine crise politique Andry Rajoelina, un président malgache honni et déchu.

Au-delà de la coopération militaire, la succession de gaffes et de fautes politiques a brisé la confiance entre le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation de la République de Madagascar et l’exécutif français et son chef. Plus grave, il se méfie même à présent des officiers généraux malgaches ayant séjourné en France et étant liés avec les diplomates et les militaires français. Après le refus de Paris de l’aider à former sa sécurité personnelle, le 9 décembre, le chef de la Transition malgache a effectué un déplacement confidentiel à Dubaï, aux Émirats arabes unis, à l’occasion duquel il a rencontré sécurocrates émirati, américains et israéliens, ainsi que des compagnies de sécurité privée, parmi lesquelles la célèbre Blackwater d’Erik Prince.

Arrivée des Russes en fanfare

Depuis, les services de renseignement russes ont débarqué dans la capitale malgache avec une quarantaine d’instructeurs et des drones tueurs qui explosent avec leurs charges. C’est la Présidence de la Refondation elle-même qui l’a annoncé sur sa page Facebook, le 14 janvier, avec des photos de militaires devant une table garnie d’armes et d’équipements militaires.

Auparavant, le 21 décembre, le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, avait lui-même annoncé qu’une délégation russe de « quarante personnes conduite par le général Andrey Vladimirovich Andreyev » était arrivée à Madagascar, pour y livrer des armes et des équipements. La reprise de la coopération militaire opérationnelle entre Madagascar et la Russie s’est illustrée également par une formation délivrée, au même moment que celle des Français des FAZSOI, au camp du 1er bataillon parachutiste, le 20 janvier à Ivato.

Rêve océanique

L’actuel chef des FAZSOI, même s’il ne commande que de modestes éléments militaires, a été placé à cette fonction dans un but bien déterminé. Le sud-ouest de l’océan Indien constitue un point de passage important pour le commerce maritime international, notamment depuis le début des attaques houthies en Mer Rouge. Et surtout, le général français a pour mission de veiller à ce que Paris puisse continuer à conserver les îles Éparses et leur zone économique exclusive, rêve océanique du président Macron.

Promu général de division en 2025, Jean de Monicault est un militaire de confiance du président français, ayant appartenu à son état-major particulier. Sa visite à Madagascar traduit l’acharnement d’Emmanuel Macron à revenir dans les affaires malgaches et plus particulièrement, à s’assurer de la poursuite de l’annexion des îles Éparses.

Une diplomatie indispensable

Négocier la visite de Jean de Monicault n’a pas été une mince affaire. Le Premier ministre de la transition a passé une semaine en visite privée à Paris sans être reçu par un gouvernement débordé et instable. Le colonel Michaël Randrianirina avait proposé à l’ancien candidat à la présidentielle Serge Jovial Imbeh de jouer un rôle d’intermédiaire auprès des partenaires occidentaux mais ce dernier a refusé une mission qui lui semblait mal partie.

C’est finalement la ministre des Affaires étrangères Christine Razanamahasoa qui a réussi in extremis, à travers un communiqué commun avec Jean-Noël Barrot, à donner une voie officielle renouvelée aux relations entre les deux pays, « alignée sur les priorités de la Refondation». Les années qu’elle a passé en exil à Paris après avoir été menacée de mort par Andry Rajoelina lui ont permis de connaître quelques responsables officiels français et d’acquérir la légitimité de la résistance au régime précédent.

 

 

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Venance Konan: « Omar Sy ou l’assimilation à la française » https://mondafrique.com/international/venance-konan-omar-sy-ou-lassimilation-a-la-francaise/ https://mondafrique.com/international/venance-konan-omar-sy-ou-lassimilation-a-la-francaise/#respond Sat, 24 Jan 2026 05:50:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145821 Certains commentaires entendus à l’occasion de la CAN 2025 ont inspiré à Venance Konan une chronique aigre-douce pour Mondafrique sur le racisme – à peine – voilé qui se dissimule derrière la définition de l’assimilation à la française. Vous vous sentez un peu français parce que votre pays a été colonisé par la France et […]

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Certains commentaires entendus à l’occasion de la CAN 2025 ont inspiré à Venance Konan une chronique aigre-douce pour Mondafrique sur le racisme – à peine – voilé qui se dissimule derrière la définition de l’assimilation à la française.

Vous vous sentez un peu français parce que votre pays a été colonisé par la France et que vous parlez français, mangez de « la vache qui rit », buvez du vin de Bordeaux et portez des nœuds papillons ? C’est bien. Mais pour être vraiment considéré comme un bon Français, c’est plus compliqué que cela. Laissez-moi vous raconter l’histoire d’Omar Sy, un Français bien comme il faut, que vous connaissez peut-être. Il est né français, en France, a grandi en France, parle le français sans accent et il est devenu un comédien à grand succès qui a remporté le Globe de cristal du meilleur acteur en 2012, le prix du meilleur acteur ex aequo avec son partenaire François Cluzet au festival international du film de Tokyo et le César du meilleur acteur la même année.

Omar Sy dans les vestiaires des Lions de la Teranga, le soir de la victoire.

Français bien comme il faut ? Oui, mais à quelques détails près. Omar Sy est donc français. Même si son nom ne sonne pas franchement gaulois. Sa couleur non plus. Il est grand, mais pas blond, et pas blanc du tout. Il a plutôt la couleur noire d’un Sénégalais, comme l’est d’ailleurs son père. En principe dans la grande France, pays de la liberté, de la fraternité et de l’égalité, cela ne devrait pas poser de problème. D’ailleurs selon les sondages, Omar Sy est depuis de longues années l’une des personnalités préférées des Français. Mais voilà ! Il s’appelle Omar Sy et il est Noir. Et pour compliquer davantage son cas, il est musulman. Alors, peut-on être Noir, musulman, porter un nom et un prénom pas européens ou judéo-chrétiens et être un bon Français ? Pour certains Français, plutôt proches de l’extrême-droite, ce n’est pas très évident. Ainsi, Omar Sy a été interpellé par un journaliste de la chaîne CNews pour avoir célébré la victoire de l’équipe du Sénégal sur le Maroc lors de la récente Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Précisons que le Sénégal n’avait pas battu la France mais le Maroc.

« Français à part entière et non entièrement à part »

Voici les propos du journaliste : « le fait que Omar Sy, qui est dans le classement du JDD (Journal du dimanche) la troisième personnalité préférée des Français, soit présent au stade du Maroc et fasse la fête avec les joueurs du Sénégal dans les vestiaires pose une question sur notre capacité à assimiler. Il est français et si un des Français les plus appréciés du peuple français a le besoin d’aller célébrer la victoire de son pays d’origine, cela pose question sur notre méthode d’assimilation. » Voici donc. Pour certains Français, si vous êtes Français avec une origine d’un autre pays, vous devriez rompre totalement avec ce pays, ou ne manifester aucune empathie pour lui si vous voulez être considéré comme Français à part entière et non comme Français entièrement à part.

Que dire alors de Manuel Valls, l’ancien Premier ministre français, d’origine espagnole, qui a cherché à se faire élire en Espagne ? On me rétorquera sans doute que l’Espagne est un pays européen et que ce n’est pas la même chose. Que dire alors de madame Salomé Zourabichvilli, l’ancienne présidente de la Géorgie, qui avait la nationalité française, était ambassadrice de la France en Géorgie, puis est devenue ministre des Affaires étrangères de ce pays avant d’en être la Présidente ? Cela n’avait dérangé personne en France. Pourquoi ? Peut-être parce qu’elle était caucasienne. Et que dire de ces Français qui vont faire la guerre en Palestine aux côtés des Israéliens ?

Et chez les anglo-saxons ? 

Bon, ne chipotons pas trop. Chaque pays a ses mœurs propres. Allons voir un peu ce qui se passe ailleurs. Aux États Unis, par exemple, le président de la Banque mondiale est un Américain d’origine indienne qui affiche fièrement son appartenance à la communauté Sikh à travers la barbe et le turban. Je ne sais pas si cet état de chose perdurera avec le grand blond qui occupe la Maison-Blanche actuellement. Au Canada, un officier de la police montée d’origine Sikh a été autorisé à porter son turban. De même que des joueurs de l’équipe de football. En Grande Bretagne, le pays n’avait pas hésité à se donner un premier ministre d’origine indienne qui n’avait pas caché son appartenance à la religion hindoue qu’il pratiquait ostensiblement. Et le ministre de l’Économie et des Finances de sa prédécesseur était originaire d’Afrique. En 2024, toujours en Grande Bretagne, un Noir avait été nommé ministre des Affaires étrangères.  Et aucun sourcil ne s’était levé dans ce pays. C’est d’ailleurs en Grande Bretagne que l’Ivoirien Tidjane Thiam fut nommé directeur général de la compagnie d’assurance Prudential, poste qu’il n’aurait jamais obtenu s’il était resté en France, pays dont il porte aussi la nationalité.

En France, il y eut une levée de boucliers du côté de l’extrême droite lorsque le pourtant français Pap Ndiaye fut nommé ministre de l’Éducation nationale. Il était Français, certes, mais son nom et sa couleur trahissaient une origine située un peu trop loin de l’Europe à leur goût. Les maires de Londres et de New York sont des musulmans. Dire qu’en France le port de l’abaya ou du simple voile donne de l’urticaire à bon nombre de personnes !

Selon les sondages, l’extrême droite a toutes les chances de prendre le pouvoir lors de la prochaine élection présidentielle en France. Dans la France qui arrive, les choses risquent d’être encore plus compliquées pour les Français et aspirants français à la peau un peu trop foncée.

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La diaspora soudanaise s’indigne de la réception d’Hamdok à Paris https://mondafrique.com/confidentiels-monde/la-diaspora-soudanaise-sindigne-de-la-reception-dhamdok-a-paris/ Fri, 23 Jan 2026 11:05:46 +0000 https://mondafrique.com/?p=145787 La réception au Quai d’Orsay, le 20 janvier, de l’ancien Premier ministre soudanais Abdalla Hamdok, a suscité la vive indignation de plusieurs collectifs de la société civile soudanaise. Ces organisations ont dénoncé la « reconnaissance politique dangereuse » d’une personnalité accusée de soutenir les Forces de soutien rapide (RSF) responsables de nombreuses exactions et crimes […]

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La réception au Quai d’Orsay, le 20 janvier, de l’ancien Premier ministre soudanais Abdalla Hamdok, a suscité la vive indignation de plusieurs collectifs de la société civile soudanaise.

Ces organisations ont dénoncé la « reconnaissance politique dangereuse » d’une personnalité accusée de soutenir les Forces de soutien rapide (RSF) responsables de nombreuses exactions et crimes contre l’humanité au Soudan et soutenues par les Émirats arabes unis.

Le peuple soudanais interprète l’accueil d’Hamdok par des cercles officiels comme une « trahison morale et politique », écrivent les signataires. Ils rappellent que l’ancien Premier ministre, initialement soutenu lors du soulèvement populaire de 2019 contre la dictature d’Omar el-Béchir, est accusé d’avoir failli à ses responsabilités par son silence et son inaction, contribuant à l’effondrement du processus démocratique et à l’exposition des civils à une violence extrême. Ils exigent la fin immédiate de toute légitimation politique de Hamdok et une prise de position publique claire des autorités françaises sur les crimes commis contre les civils.

Le soir même, des manifestants soudanais se sont rassemblés devant le Hyatt Regency Paris Étoile où séjournait Hamdok et l’ont conspué à sa sortie en le traitant d’agent des janjawid, cette milice du Darfour de sinistre mémoire à laquelle les FSR sont assimilées, en l’interpellant par ces mots : « Combien de fois tu as vendu notre sang ? »

Cet épisode contribue à alimenter la défiance envers une diplomatie française déjà largement contestée sur le continent africain.

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Algérie : Ségolène Royal met les pieds dans le plat https://mondafrique.com/a-la-une/algerie-segolene-royal-met-les-pieds-dans-le-plat/ Tue, 20 Jan 2026 05:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145614 Pour sa première sortie publique en tant que nouvelle présidente de l’Association France-Algérie, Ségolène Royal a choisi de frapper là où ça fait mal, en abordant d’emblée tous les sujets qui fâchent. Un choix assumé, dans la droite ligne de ses illustres prédécesseurs à la tête de l’association. En héritage Fondée en 1963, au lendemain […]

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Pour sa première sortie publique en tant que nouvelle présidente de l’Association France-Algérie, Ségolène Royal a choisi de frapper là où ça fait mal, en abordant d’emblée tous les sujets qui fâchent. Un choix assumé, dans la droite ligne de ses illustres prédécesseurs à la tête de l’association.

En héritage

Fondée en 1963, au lendemain de la guerre d’Algérie, l’Association France-Algérie (AFA) a été créée par Edmond Michelet, résistant de la première heure, ministre du général de Gaulle et partisan d’une reconnaissance de l’indépendance algérienne. D’autres figures respectées lui ont succédé, parmi lesquelles Germaine Tillion, Pierre Joxe et Stéphane Hessel. Après Arnaud Montebourg, Ségolène Royal s’inscrit donc dans cette longue lignée et elle n’a pas raté son entrée.

Reconnaître, restituer, pour apaiser

Moins d’un mois après sa nomination, intervenue le 17 janvier lors des Rencontres nationales organisées par l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), Ségolène Royal a vivement critiqué l’usage récurrent de la question algérienne comme levier du débat politicien en France. Elle a notamment rejeté l’expression de « rente mémorielle », qu’elle juge à la fois réductrice et offensante à l’égard des souffrances engendrées par la colonisation, adressant au passage des coups de pied de l’âne à l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, qui a, tout au long de son passage place Beauvau, instrumentalisé la question algérienne, ainsi qu’à Emmanuel Macron, qui avait accusé l’Algérie de s’être construite sur une « rente mémorielle ».

La nouvelle présidente de l’AFA a ensuite détaillé les dossiers qu’elle juge incontournables : restitution intégrale des restes humains et des crânes de résistants algériens conservés en France, retour du canon Baba Merzoug exposé à Brest, transparence totale sur les essais nucléaires français menés dans le Sahara, avec déclassification complète des archives et mobilisation scientifique internationale pour la dépollution des sites concernés. Elle a également insisté sur la nécessité d’une reconnaissance claire des violences de la colonisation.

Selon Ségolène Royal, seule cette reconnaissance permettrait de dégager un nouvel espace politique entre Paris et Alger. Mais au regard des relations franco-algériennes, marquées sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron par de multiples crises profondes, le chemin s’annonce long. Très long.

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L’adieu à Albert Bourgi https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/ladieu-a-albert-bourgi/ Sat, 17 Jan 2026 15:43:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145536 Il y avait foule, ce vendredi 16 septembre, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, pour rendre hommage au juriste Albert Bourgi. Un lieu de mémoire pour cet homme qui en portait tant, franco-sénégalais d’origine libanaise, authentique « boy Dakar » ayant grandi dans le quartier du Plateau, perclus d’architecture coloniale, centre névralgique et cœur historique […]

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Il y avait foule, ce vendredi 16 septembre, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, pour rendre hommage au juriste Albert Bourgi. Un lieu de mémoire pour cet homme qui en portait tant, franco-sénégalais d’origine libanaise, authentique « boy Dakar » ayant grandi dans le quartier du Plateau, perclus d’architecture coloniale, centre névralgique et cœur historique du poumon culturel de l’Afrique de l’Ouest.

Frère aîné de Robert Bourgi – l’avocat de la Françafrique, héritier des réseaux Foccart – il avait épousé une trajectoire inverse de celle de son cadet : à Robert, la fidélité au gaullisme, aux réseaux affairistes du RPR puis de l’UMP, de Chirac à Sarkozy ; à Albert, les indéfectibles amitiés issues d’un camp progressiste, parfois sculptées au sein de la Fédération des étudiants d’Afrique noire de France (FEANF), où militait un certain Alpha Condé.

L’ex-président guinéen, aîné putatif de cœur de la fratrie Bourgi, renversé par un coup d’État adoubé par la France et les États-Unis, n’avait pas pu faire le voyage. Pas davantage que ses autres frères d’armes, Laurent Gbagbo, représenté au Père-Lachaise par une délégation menée par son avocate Habiba Touré, ou Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), décédé en janvier 2022 après avoir été, lui aussi, lâché deux ans plus tôt par Paris au profit d’une junte militaire.

Car le combat d’Albert Bourgi, c’était aussi celui-là : se battre au profit d’un partenariat renouvelé, équitable et apaisé entre Paris et ses anciennes colonies, à l’heure où des Don Quichotte d’opérette pointaient du doigt une Françafrique en soins palliatifs, sous curatelle et pavillon américain depuis la chute du mur de Berlin.

Il y avait au Père-Lachaise d’autres vieux compagnons et fidèles d’Albert, entourant de leurs hommages chaleureux son fils Renaud et sa fille Cécile, filleule d’Alpha Condé : parmi eux, le juriste sénégalais Doudou Diène, la journaliste franco-rwandaise Madeleine Mukamabano, sans oublier la famille d’Amath Dansokho, son autre « frère » progressiste, décédé en 2019.

Son fils Alcaly Dansokho avait ramené une bouteille de sable prélevé sur la plage jouxtant l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, afin que ses proches en déposent une poignée symbolique sur son cercueil.

Qu’ainsi la terre lui soit plus légère.

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Enquête sur la diaspora malgache en France https://mondafrique.com/societe/enquete-sur-la-diaspora-malgache-en-france/ Fri, 16 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145328 Forte de près de 170 000 personnes, cette communauté est pourtant peu connue en France. Une enquête permet de mieux comprendre la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ainsi que la diversité des relations entre les membres.  Par Caroline Nourry et Sarah M’Roivili (The Conversation)   La diaspora malgache est l’une des principales diasporas d’Afrique subsaharienne […]

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Forte de près de 170 000 personnes, cette communauté est pourtant peu connue en France. Une enquête permet de mieux comprendre la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ainsi que la diversité des relations entre les membres.

 Par Caroline Nourry et Sarah M’Roivili (The Conversation)

 

La diaspora malgache est l’une des principales diasporas d’Afrique subsaharienne en France. Les dernières estimations, datant de 2015, font état de 170 000 personnes, ce qui la place au même niveau que les diasporas malienne et sénégalaise. Malgré son importance numérique et son rôle important lors des récentes manifestations de la Gen Z à Madagascar, notamment à travers une mobilisation soutenue sur le réseau social Facebook, cette communauté est peu visible. Elle fait notamment l’objet de peu d’études si on la compare aux autres diasporas préalablement citées.

Une communauté peu connue

On peut faire remonter la première présence malgache en France hexagonale à la moitié du XIXᵉ siècle avec la venue de deux étudiants malgaches inscrits en faculté de médecine. Par la suite, d’autres étudiants, principalement issus des classes bourgeoises proches du pouvoir colonial, suivront le même chemin (études de médecine et de théologie). Cependant, comme le précise Chantal Crenn dans son livre Entre Tananarive et Bordeaux. Les migrations malgaches en France, il est difficile de parler de première vague tant le nombre est faible.

Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour observer la première vague importante avec l’arrivée de 40 000 hommes, puis une deuxième vague avec la Seconde Guerre mondiale. Après 1947, la venue de Malgaches en métropole est principalement le fait d’étudiants issus de la bourgeoisie des Hautes Terres. Dans les années 1975-1980, les difficultés économiques et politiques de la Grande île vont pousser une partie des étudiants à venir étudier en France métropolitaine et certains à y rester.

Cet article se propose de combler en partie ces lacunes en analysant les résultats de l’enquête qualitative « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France », réalisée dans le cadre du projet de recherche TADY entre janvier 2025 et décembre 2025, regroupant 25 entretiens réalisés avec des membres de la diaspora malgache en France (France hexagonale et La Réunion) et à Madagascar.

Dans le cadre de ces entretiens, deux thématiques principales ont été abordées : d’une part, la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ; d’autre part, la diversité des relations entre les membres de la diaspora en France, ainsi que les relations entre cette communauté et Madagascar.

Les résultats développés dans cet article n’engagent pas l’ensemble de l’équipe de recherche du projet TADY mais les seuls auteurs de l’enquête « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France ». Cependant, les travaux ont bénéficié d’interactions porteuses au sein du projet TADY et les auteurs remercient à ce titre l’ensemble des membres du projet. Nous renvoyons également les lecteurs au rapport « La diaspora malagasy en France et dans le monde : une communauté invisible ? ».

Définitions endogènes de la diaspora malgache

L’analyse des entretiens de notre enquête ne permet pas d’identifier une définition commune et uniforme à l’ensemble des membres de la diaspora.

Cela rejoint la littérature scientifique sur les diasporas et souligne la nécessité de ne pas adopter une définition trop restrictive des groupes diasporiques. Dans les faits, nous identifions plusieurs visions avancées par les personnes enquêtées, qui peuvent être cumulatives ou non.

Premièrement, une vision identitaire et culturelle met en lumière une série d’arguments en lien avec le fait d’être natif de Madagascar ; d’avoir un attachement identitaire et culturel ; ou encore d’avoir la nationalité malgache (sans forcément avoir un attachement particulier à la culture malgache ou au pays). Ainsi, plusieurs entretiens soulignent que l’appartenance à la diaspora malgache renvoie au fait d’être né à Madagascar puis d’avoir migré, ou encore d’avoir la nationalité et de vivre dans un autre pays que Madagascar.

« La diaspora pour moi, c’est être natif du pays tout en étant parti du pays. » Cette définition est pour certaines personnes une condition essentielle de l’appartenance au groupe diasporique. D’autres ont une vision plus large et considèrent que l’appartenance à la diaspora malgache est davantage liée aux pratiques culturelles, surtout au fait de parler le malgache.« Quelqu’un de deuxième génération peut être considéré comme de la diaspora, mais cela dépend de l’éducation. Si les deux parents sont nés à Madagascar, et si les parents entretiennent la langue avec leurs enfants. Dans ce cas, oui. Sinon, les enfants peuvent avoir un rejet. Cette adoption passe par la langue mais aussi la culture, l’adoption du pays. »

Deuxièmement, une vision réticulaire et communautaire, avec deux représentations.

La première (représentation plus individuelle) renvoie au fait d’être en relation avec les membres de la diaspora et/ou d’être en relation avec Madagascar. « Pour moi, la diaspora c’est toute personne qui a une relation avec Madagascar – que la personne soit malgache ou mariée à un Malgache ou née en France mais enfant de Malgache. Voilà, donc dès qu’il y a une relation avec quelqu’un qui vient de Madagascar ou qui est malgache, qu’il soit né ou pas à Madagascar, pour moi, ça constitue totalement la diaspora. »

La deuxième représentation organisationnelle et communautaire (moins fréquente) qualifie la diaspora comme étant toute forme d’action collective et d’organisation (formelle ou non) qui œuvre pour l’intérêt des Malgaches en France ou à Madagascar. « Selon moi, la diaspora malgache, c’est la communauté de Malgaches à l’étranger qui se retrouvent par leur origine […] et qui se réunissent selon leurs centres d’intérêt (sportif, religion commune, ou un aspect culturel, etc.). »

Comme nous le verrons dans la suite de l’article, cette dimension réticulaire prend une place importante.

La structuration de la diaspora malgache en France

L’analyse des récits nous permet également d’identifier une dimension centrale de la diaspora : celle de la complexité et de la diversité des relations entre diaspora et Madagascar, d’une part, et entre les membres de la diaspora, d’autre part.

Premièrement, l’ensemble des témoignages soulignent l’importance des relations d’entraide entre les membres de la diaspora et Madagascar.

D’abord, les soutiens sont pour la plupart intrafamiliaux et peuvent être plus ou moins réguliers. Ils peuvent intervenir pendant un événement ponctuel (mariage, enterrement, baptême, maladie) ou bien plus régulièrement (transfert mensuel, paiement de frais de scolarité, etc.). « Chaque fois que mes parents avaient besoin, ou avaient un pépin à Madagascar, il fallait dépanner. Ils n’avaient personne sur qui compter à part moi. Donc on part, on ne se rend pas forcément compte, mais il y a une responsabilité derrière. »

Ces logiques d’entraide s’apparentent souvent à de véritables mécanismes de protection sociale s’inscrivant dans une stratégie familiale construite autour de la migration.

D’autres témoignages relatent des processus d’entraide qui dépassent le simple cercle intrafamilial. À l’échelle de la famille élargie, de nombreuses initiatives sont développées dans le village d’origine des parents ou, plus largement, dans le lieu d’origine de la famille à Madagascar. Les mécanismes d’entraide sous-tendent de nombreux processus de négociation et des échanges complexes. Les écarts économiques et les perceptions de ces écarts renforcent la complexité de ces relations.

Nourrir tout un voisinage

De nombreux témoignages soulignent la complexité des réseaux d’entraide entre la diaspora et Madagascar :« Quand on envoie de l’argent là-bas, comme c’est un pays pauvre, ma famille a des voisins, les voisins savent que la famille de France envoie de l’argent, alors des fois quand on envoie de l’argent, on nourrit tout un voisinage. Donc des fois ma famille en demande un peu plus. C’est en allant là-bas que je l’ai vu et je l’ai vécu. »

Ainsi, les mécanismes d’entraide intrafamiliaux réguliers (entre enfants en France et parents à Madagascar par exemple) sont souvent le pilier de tout un système de redistribution impliquant de nombreuses personnes à Madagascar et en France.

Ensuite, au-delà de la logique de l’aide privée, plusieurs répondants soulignent la nécessité ressentie d’œuvrer directement pour Madagascar. Ils expriment leur sentiment de devoir moral impérieux, souvent cultivé au sein de la famille, à réinvestir leurs compétences acquises en France pour le développement de Madagascar.

Cette position, ancrée dans leur vision propre des enjeux du développement à l’île, se décline entre s’investir via l’aide au développement ou via le secteur privé, dans une perspective critique de l’aide. Dans les deux cas, toutefois, cette volonté de mobiliser ses compétences pour Madagascar entre en tension avec les opportunités limitées sur le marché du travail local, que ce soit en termes d’accès à l’emploi ou en termes de traitement salarial, en lien avec les écarts rapportés par plusieurs répondants entre conditions salariales des expatriés et conditions salariales des personnels nationaux. Les personnes malgaches venues étudier en France craignent de recevoir un salaire local alors que leur niveau de compétence est validé par un diplôme international.

Des réseaux de solidarité dans les deux sens 

Toutefois, malgré le manque d’opportunités de retour à Madagascar, la participation de la diaspora au développement du pays est bien réelle et prend notamment la forme de ressources immatérielles à travers le transfert d’opinions et d’idées qui peuvent influencer voire façonner celles des membres de la famille et plus largement l’opinion publique et dont le principal support et espace d’expression est Facebook, le réseau social le plus utilisé par les Malgaches.

Plusieurs enquêtés affirment s’informer régulièrement sur la situation du pays et certains prennent le temps de discuter les actualités avec leurs proches à Madagascar.

Par ailleurs, les influenceurs et lanceurs d’alerte sur Facebook basés en Europe, qui bénéficient d’une grande popularité en France comme à Madagascar, ont joué un rôle important dans le mouvement de la Gen Z.

Deuxièmement, l’analyse des récits permet également de caractériser la diversité des réseaux diasporiques en France selon les personnes.

Certaines se trouvent dans des réseaux exclusivement structurés autour de la famille proche et n’ont que peu de relations avec le reste de la diaspora malgache en France. « En tant que personne faisant partie de la diaspora, je n’ai pas beaucoup échangé avec d’autres personnes de la diaspora, à part la famille. J’ai une définition très personnelle et très restreinte, je ne connais pas d’associations ou autre, je n’en ai jamais fait partie. »

Ces personnes peuvent par ailleurs maintenir des relations avec les membres de la famille présents à Madagascar. Tandis que d’autres, et ce à des niveaux variables, sont insérées dans des associations sportives, culturelles ou religieuses. Les organisations cultuelles malgaches occupent une place centrale dans la structuration des réseaux diasporiques. Au-delà de la fonction cultuelle, les Églises chrétiennes malgaches, dont les deux plus importantes et présentes dans les grandes villes françaises sont l’Église protestante malgache en France et le réseau des communautés catholiques malgaches de France, assurent souvent un rôle déterminant d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants (recherche d’emploi et de logement, conseil administratif), et favorisent également le maintien d’un lien fréquent et fort avec la communauté malgache. « Sans la communauté malgache, je ne sais pas trop comment j’aurais pu m’en sortir à mon arrivée en France. C’est complètement grâce à la communauté malgache que j’ai pu m’en sortir, parce que ne serait-ce qu’avoir des amis, avoir des gens qui aident, par rapport à tout ce qui est administratif… parce qu’arriver en France sans rien connaître du tout, c’est très compliqué. […] Tout a été facilité par cette communauté malgache. La communauté de l’Église m’a permis de ne pas trop perdre mes repères et de ne pas être perdu totalement après mon arrivée en France. »

En conclusion, les principaux résultats de l’enquête soulignent la complexité des structures des réseaux diasporiques. Cette dernière s’explique non seulement par la diversité des représentations que la diaspora a d’elle-même mais aussi par la multitude des formes d’interaction qu’elle entretient avec Madagascar.


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