France - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/france/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Thu, 08 Jan 2026 07:55:33 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.3 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg France - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/france/ 32 32 La petite cuisine de l’identité franco-algérienne https://mondafrique.com/loisirs-culture/la-petite-cuisine-de-lidentite-franco-algerienne/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/la-petite-cuisine-de-lidentite-franco-algerienne/#respond Thu, 08 Jan 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=144917 Premier long métrage d’Amine Adjina, La petite cuisine de Mehdi aborde avec humour et finesse les tiraillements d’une identité franco-algérienne, entre héritage familial, cuisine, mensonges ordinaires et chocs culturels du quotidien. Une chronique de Christian Labrande  Amine Adjina À travers les méandres d’une comédie de quiproquos, La petite cuisine de Mehdi, premier film d’Amine Adjina, […]

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Premier long métrage d’Amine Adjina, La petite cuisine de Mehdi aborde avec humour et finesse les tiraillements d’une identité franco-algérienne, entre héritage familial, cuisine, mensonges ordinaires et chocs culturels du quotidien.

Une chronique de Christian Labrande


 Amine Adjina

À travers les méandres d’une comédie de quiproquos, La petite cuisine de Mehdi, premier film d’Amine Adjina, pose avec une grande justesse et aussi beaucoup d’humour des questions sur l’appartenance à une double culture, en l’occurrence celles de l’Algérie et de la France.

Un premier film certes, mais en tant qu’auteur et metteur en scène de théâtre, Amine Adjina a exploré à plusieurs reprises la question des identités hybrides, du multiculturalisme ou de la mémoire algérienne. Une réflexion nourrie de références à l’œuvre de Frantz Fanon et aux écrits sur le théâtre de Peter Handke. Son travail et sa liberté de ton ont d’ailleurs été victimes des récentes tensions franco-algériennes, l’une de ses pièces ayant été déprogrammée en Algérie.

Toutefois, La petite cuisine de Mehdi, loin d’un austère exposé didactique, est une comédie à rebondissements où les questions d’identité culturelle sont traitées à travers un comique de situations souvent d’une grande drôlerie.

Le film raconte les mésaventures d’un chef de cuisine trentenaire, interprété par Younès Boucif, que l’on a pu voir notamment dans la série Drôle sur Netflix, qui dissimule à sa petite amie française, incarnée par Clara Bretheau, l’existence de sa mère d’origine algérienne et très traditionaliste. Pour ce faire, il a l’idée de demander à une tenancière de bar, interprétée par Hiam Abbas, de jouer le rôle de sa génitrice. D’où l’empêtrement du héros dans une série de mensonges qui sont autant de signes du tiraillement entre les deux cultures auxquels sont confrontés les protagonistes du film.

La réussite de ces scènes tient beaucoup à l’interprétation de l’actrice et réalisatrice franco-palestinienne Hiam Abbas, qui donne au personnage de la mère d’emprunt toute son ambivalence, jouant le jeu pour faire aboutir la manœuvre de Mehdi, tout en étant consciente de la perte de ses repères culturels.

Il y a d’abord les écarts dans les rapports affectifs. La mère de Mehdi, autoritaire à souhait, veut que son fils épouse une fille de son choix et lui présente, sans succès, divers prototypes.

Écarts culinaires également. Mehdi excelle dans la préparation de la cuisine de bistrot lyonnais, mais se révèle tout à fait défaillant en matière de cuisine maghrébine. Le film est aussi une réflexion sur la cuisine comme élément central de transmission d’une mémoire et d’un héritage culturel. Sa mère d’emprunt, pourtant peu portée au traditionalisme, se désole ainsi : « Ce Mehdi, cuisinier algérien qui ne sait même pas préparer un couscous, la base de la base. »

Comme le soulignait Amine Adjina dans une interview : « Mehdi, à travers sa relation à la cuisine, est confronté à sa part manquante. » Une part manquante illustrée par certaines scènes de repas de famille chaotiques, révélatrices de chocs culturels. En passant, des problèmes auxquels n’échappent plus les réunions familiales franco-françaises, à l’heure des tensions croissantes entre végans et viandards, ou des menus spécifiques imposés par les multiples allergies alimentaires contemporaines. Comme le soulignait G. K. Chesterton, « arriver à organiser un repas harmonieux autour d’une table dominicale exige des dons diplomatiques de haut vol ».

La réussite du film d’Amine Adjina tient aussi au regard bienveillant qu’il porte sur chacun de ses personnages. Ainsi, le rôle de la mère de Mehdi, campée dans le décor traditionnel de son appartement modeste mais très soigné, la montre comme en majesté, ayant reconstitué en France une part de son identité culturelle véhiculée par les objets de son quotidien.

Après cet incontestable succès, le réalisateur annonçait que ce premier film ferait partie d’une trilogie, trois films axés sur des lieux où peuvent se confronter et aussi se rencontrer différentes identités culturelles. Nous les attendons de pied ferme car décidément cette « petite cuisine » nous a mis l’eau à la bouche.

 

La petite cuisine de Mehdi
Réalisation : Amine Adjina
Production : Ex Nihilo, Agat Films
Avec : Younès Boucif, Clara Bretheau, Hiam Abbas, Malika Zerrouki
France, 2025, 104 minutes

 

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Divorce houleux à la tête du groupe Castel https://mondafrique.com/limage-du-jour/divorce-houleux-a-la-tete-du-groupe-castel/ https://mondafrique.com/limage-du-jour/divorce-houleux-a-la-tete-du-groupe-castel/#respond Wed, 07 Jan 2026 10:45:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=144867 Les héritiers du géant de la bière en Afrique demandent officiellement la tête du directeur général du groupe. À la veille d’une assemblée générale de la holding du groupe Castel mentionnant à l’ordre du jour la proposition de révocation de Grégory Clerc, le directeur général du groupe, la famille Castel a publié un communiqué exposant […]

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Les héritiers du géant de la bière en Afrique demandent officiellement la tête du directeur général du groupe.

À la veille d’une assemblée générale de la holding du groupe Castel mentionnant à l’ordre du jour la proposition de révocation de Grégory Clerc, le directeur général du groupe, la famille Castel a publié un communiqué exposant les raisons de ce divorce. Aujourd’hui âgée de 99 ans, Romy Castel, la fille unique du fondateur du géant de la bière Pierre Castel, s’est associée à un communiqué publié par l’un de ses neveux, Alain Castel, directeur général de Castel-Vins, pour faire part d’une « rupture profonde de confiance », apparemment irréversible, à l’égard de Grégory Clerc, en raison d’une « concentration sans précédent des pouvoirs » de ce dernier, qui « cumule aujourd’hui plus de 31 mandats au sein des entités du groupe » et gouverne seul. Une partie de ses mandats lui avaient initialement été confiée par Romy Castel, passée depuis dans le camp de son neveu, pour représenter ses intérêts personnel au sein du groupe.

Une logique d’abord financière 

Alain Castel, disant parler au nom de « l’ensemble de la famille Castel’, dénonce également sa propre révocation de plusieurs mandats, le 9 décembre, « sans explication ni débat ».

Le profil de fiscaliste de l’actuel patron du groupe créé en 1949 est également critiqué. Selon les signataires, il oriente en effet la trajectoire de l’entreprise en privilégiant « une logique financière au détriment du développement industriel et entrepreneurial, notamment dans les métiers du vin et de l’agroalimentaire, qui constituent le socle de son identité et de sa réussite ».

Le groupe Castel compte 43 000 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 6,5 milliards d’euros, dont 5 milliards dans la bière et les sodas en Afrique

 

 

 

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Avec quelques 500000 visiteurs par mois pour le site fondé en 2014, 35000 abonnés sur Instagram et 5000 fidèles de nos pages WhatsApp , « Mondafrique » a imposé une vision pluraliste et originale en matière d’information sur le monde arabe et africain. Depuis le début des guerres en Ukraine et au Moyen Orient, nous ne nous interdisons pas d’accueillir des analyses sur les grands équilibres mondiaux qui ne peuvent pas manquer de se répercuter sur le mode africain et maghrébin. 

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La déconfiture de la diplomatie française en Afrique et au Maghreb https://mondafrique.com/decryptage/la-deconfiture-de-la-diplomatie-francaise-en-afrique-et-au-maghreb/ Sat, 20 Dec 2025 08:13:48 +0000 https://mondafrique.com/?p=58336 La diplomatie française en Afrique, en baisse de forme, est prise de malaise dès qu’elle essaye de se relever ! On dirait qu’elle approche de sa fin. Une chronique de Xavier Houzel En Afrique de l’Ouest et du Centre, où le ridicule ne fait plus rire personne (fini les traits d’humour involontaires de Idi Amin Dada […]

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La diplomatie française en Afrique, en baisse de forme, est prise de malaise dès qu’elle essaye de se relever ! On dirait qu’elle approche de sa fin.

Une chronique de Xavier Houzel

En Afrique de l’Ouest et du Centre, où le ridicule ne fait plus rire personne (fini les traits d’humour involontaires de Idi Amin Dada et de Jean-Bedel Bokassa), la pauvreté rampe et la corruption s’étend, la Chine avale tout ce qui passe (entre parenthèse, c’est très joli de dire que la France ne doit pas faire la loi en Afrique, mais c’est oublier que la jungle est en Afrique !). Au Sahel, la débandade est crépusculaire : on y tourne « Le Dernier Spahi » avec Delon et Bardot (le narratif de Lucchini en est pathétique et les couleurs y sont féériques…). Au Maghreb, la France se couvre de honte à chaque répartie qu’elle donne : on sombre à Paris dans l’idiotisme… le BHLisme et le Zémmourisme. Au Levant, Syrie comprise, la gêne est indicible, tellement on ne s’attendait peu à ce que la France y soit aussi nulle (trois présidents français, trois matamores !). Et jusque dans la Mer du Nord, d’où le continent se voit chassé comme un mendiant. Un remake de… « L’année dernière à Fachoda ».

 

Bon ! Tout n’est pas perdu ! La France est encore présente avec un petit contingent militaire à Djibouti, où elle conserve l’impression de côtoyer les grands. À force de s’être éparpillée dans des partenariats (comme celui avec l’Angleterre, qui fut pour elle et l’Europe continentale le cheval de Troie le plus magistral des temps modernes), de s’être diluée dans l’OTAN et de se complaire dans la mondialisation aux antipodes et dans le libéralisme économique et la privatisation à domicile, la France a pris de mauvaises habitudes. Elle a surtout manqué des rendez-vous avec l’Histoire et pris des risques considérables. Je donnerai deux exemples paradoxaux dans le registre régalien. Le premier, dans le secteur de l’énergie, est hélas consommé. Le second stigmatise le danger qui guette le pays dans le transport maritime et la gestion des ports.

Après la Guerre du Golfe, l’Irak offrit aux deux majors français, la Compagnie Française des Pétroles (qui deviendra Total) et ELF Aquitaine, d’opérer chacun un gisement géant de Pétrole Brut – celui de Majnoun pour ELF et celui de Nahr Umr pour Total : un (grand) président de gauche accepta cette main tendue, un (petit) gouvernement de droite la snoba ! Après quatre ans d’intense négociation de contrats de partage de production – ce qui ne s’était jamais vu en Irak depuis la nationalisation – un accord devait être conclu en octobre 1995 sans objection américaine affichée[i]. Or un certain Edouard Balladur, né à Izmir, en Turquie, naturalisé Français en 1932, Premier ministre de cohabitation, traître de Jacques Chirac, lui-même traître de Valéry Giscard d’Estaing, s’y opposa. Balladur ambitionnait la présidence de la République Française ! On ne le savait pas alors. Il cherchait des faveurs Outre-Atlantique et voulait pouvoir disposer du viatique financier que Loïc Le Floch-Prigent pourrait lui refuser, sachant en revanche que Philippe Jaffré – aux ordres – ne lui dirait pas non. 

ELF a disparu corps et âme. TotalEnergies a fini par conclure à Bagdad – 26 ans plus tard – quatre petits contrats d’un montant global de 9 milliards d’Euros (et non pas de 27 comme claironné). C’est accoucher d’une souris. L’âge d’or des hydrocarbures fossiles n’est plus et il ne s’agit pas d’exploration pétrolière mais, principalement, de traitement de l’eau pour la réinjecter dans le sol, de panneaux photovoltaïques et de gaz fatal récupérable à la tête du puits des autres. Bref, rien à voir avec les capacités du groupe en rapport avec les occasions perdues.

Total, devenu TotalFinaElf puis TotalEnergies, est un groupe florissant. Il poursuit brillamment par sa percée en Russie au sein de plusieurs coentreprises (projets Yamal LNG et Arctic LNG 2) avec les Russes (Novatek), les Chinois (CNPC, CNOOC et Silk Road Fund) et les Japonais Mitsui et JOCMEC, la politique d’investissement initiée par Christophe de Margerie. Mais le groupe ne détient que 20% et 10% dans chacun desdits projets, assortis de transferts de technologie dans la tradition des méga-contrats conclus au cours des trente dernières années par les entreprises françaises en Chine. C’est grâce à ces transferts que les entreprises chinoises sont en mesure de damer le pion à leurs ex-bailleurs de technologie.

TotalEnergies n’est plus la France depuis que le gouvernement a été contraint par la Cour Européenne de Justice de céder au grand public la golden share (instituée pour ELF, dont il faut rappeler qu’il avait été créé par Guillaumat à l’instigation du général de Gaulle) qu’après la fusion, l’État avait conservée dans TotalFinaElf[ii]. Le capital de TotalEnergies est en grande partie détenu par des Fonds américains ; ce n’est plus une SA française, mais une SE européenne, qui a multiplié son bénéfice net par 23 au troisième trimestre de 2021, grâce à l’augmentation des prix du Gaz et du Pétrole, qui pénalise le panier de la ménagère sans que le groupe ne bouge un cil. Ses dirigeants suivent l’argent comme le « brachet » le sang. Ils se comportent, après tout, comme il se doit.

« « Le nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face de la Terre aurait changé. » (Blaise Pascal)

Le deuxième exemple fait appel à la science prospective et à une transmission de pensée aussi méchante que gratuite ! Là aussi, ils sont deux, les Saadé et les Bolloré. Tout le monde a entendu parler de la Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime (CMA CGM) : c’est un armateur de porte-conteneurs français, dont l’offre globale de transport intègre le transport maritime, la manutention portuaire et la logistique terrestre. Il occupe la troisième place du transport maritime en conteneurs dans le monde et c’est le premier français. À ce double titre, il espère être choisi comme opérateur du Port de Beyrouth[iii], ravagé par l’explosion de silos mal sécurisés. Mais ce n’est pas sûr. Ce groupe fait la fierté du président de la République Française venu au secours moral des Libanais. Or ce fleuron de l’armement maritime appartient à hauteur des trois-quarts à la famille marseillaise des Saadé. Le père de Rodolphe Saadé, l’actuel PDG, est né à Beyrouth et a grandi en Syrie. Le pavillon est pourtant français et il y a toutes les chances pour qu’il le reste. Mais qui sait ? Les membres de la famille Saadé n’ont pas cessé, pendant cinquante ans, de s’écharper !

Il est également question dans la presse, dans le journal La Croix récemment, de Vincent Bolloré, à la fois le fervent « catholique aux origines bretonnes », qui promeut de manière intensive les vertus d’une France chrétienne[iv]  et l’ « industriel que rien n’arrête[v] », dont la chaîne d’info CNews fait aussi parler d’elle.Mme Martin – « Comme c’est curieux, mon Dieu, comme c’est bizarre ! et quelle coïncidence ! … » (Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve, scène IV)

Bolloré donne aussi dans l’armement maritime, les infrastructures et la gestion portuaire. Il est détenteur de l’autre atout stratégique français dans le domaine maritime. Peu importe la manière avec laquelle il a constitué ce trésor, le fait est là. Imaginons que par inadvertance, ce capitaine d’industrie cède son empire à celui du Milieu ! Eh bien, c’est toute l’Afrique qui tomberait comme un fruit mûr entre les mains de la Chine. 

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Bolloré Port exploite 15 terminaux à conteneurs dans le cadre de partenariats public-privé en Afrique et 5 ailleurs :

  • Conakry Terminal (Port de Conakry, Guinée)
  • Freetown Terminal (Port de Freetown, Sierra Leone)
  • Terminal conteneurs du port de Monrovia(Liberia)
  • Terminal conteneurs port de San-Pédro(Côte d’Ivoire)
  • Abidjan Terminal (Port d’Abidjan, Côte d’Ivoire)
  • MPS Terminal (Port de Tema, Ghana)
  • Togo Terminal (Port de Lomé, Togo)
  • Bénin Terminal (Port de Cotonou, Bénin)
  • Tincan Terminal (Port de Lagos, Nigéria)
  • Douala International Terminal (Port de Douala, Cameroun)
  • Bangui Terminal (Port de Bangui, République Centrafricaine)
  • Owendo Terminal (Port de Libreville, Gabon)
  • Terminal conteneurs du port de Port-Gentil(Gabon)
  • Congo Terminal (Port de Pointe-Noire, Congo)
  • Moroni Terminal (Port de Moroni, Union des Comores
  • Terminal conteneurs de Le Port(La Réunion)
  • Port de Rouen
  • Terminal du Grand Ouest, Montoiret Saint-Nazaire
  • Tuticorin Terminal (Port de Thoothukudi, Inde)
  • TVB Port-au-Prince (Port de Port-au-Prince, Haïti)

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Qu’arriverait-il en effet, si un gros chèque atterrissait sur le bureau du  prince breton ? Qui sait ? C’est dire combien la posture de la France est fragile. Beyrouth et les ports d’Afrique font partie du subconscient français, ils sont l’âme de la Francophonie, leurs épices en font la saveur et en assurent la vigueur. Couper la France de ces points d’ancrage, de ses cordons ombilicaux, et elle sera comme une coque de noix, ses amarres larguées, emportée par le courant, au pire moment.

Pourquoi le pire moment ? Parce que l’opinion publique éprouve encore quelque difficulté à accepter l’idée que l’Amérique de Roosevelt et de Nixon serait malade et que Donald Trump, s’il n’est pas d’ici-là assassiné ou « empêché », puisse revenir et déclencher un tsunami. Nos édiles ne semblent pas avoir l’honneur de se rendre compte que la Russie et la Chine sont les battants d’une double porte de prison qui pourrait se refermer sur l’Europe pour endiguer un torrent. Ils n’ont pas non plus l’air de comprendre qu’avec l’Afrique et le Proche et le Moyen-Orient, la République Islamique d’Iran pourrait passer par-dessus bord, en entraînant  avec elle non seulement le Yémen des Houtis[vi] et la Corne de l’Afrique (y compris l’Éthiopie[vii]) mais aussi la Syrie de Bachar al-Assad, le gentil Liban et la bande de Gaza… sachant que, si l’Iran a déjà la bombe atomique (comme cela est évident, au moins dans le Cloud !), l’ancienne Perse vient aussi d’actionner une bombarde dans le paysage gazier mondial[viii]avec la découverte, dans la Mer Caspienne, du gisement géant de Chalous[ix] et que ses réserves de Gaz sont désormais les plus importantes du monde.  


Or je n’ai pas entendu de participant à l’éliminatoire de la droite classique en vue de la prochaine élection présidentielle soulever l’ombre de ces questions portant sur l’emprise, le crédit et la vulnérabilité de la France dans le monde. Au fait, pas d’autres candidats déclarés non plus ! Ce qui est abracadabrantesque.

[i] Cf. France Etats-Unis 50 ans de coups tordus, Fabrizio Calvi et Frédéric Laurent, Albin Michel – 338 pp.

[ii]https://www.latribune.fr/archives/2002/economie/france/idb0a0fe6dac71956ec1256bce002b23d5/la-france-condamnee-pour-sa-golden-share-dans-totalfinaelf.html

[iii] https://www.lorientlejour.com/article/1280465/le-terminal-a-conteneurs-du-port-de-beyrouth-objet-de-convoitises-des-geants-de-la-mer.html

[iv] https://www.la-croix.com/France/Vincent-Bollore-catholique-2021-11-12-1201184796

[v] https://www.la-croix.com/Economie/Vincent-Bollore-industriel-rien-narrete-2021-11-14-1201185018

[vi] https://www.aa.com.tr/fr/analyse/et-si-ma-rib-tombait-aux-mains-des-houthis-analyse/2419709

[vii] https://www.lesoir.be/407241/article/2021-11-18/ethiopie-une-annee-de-guerre-dans-la-province-du-tigre-mine-la-stabilite-du-pays

[viii] Russia’s Biggest Move Yet To Take Control Of The European Gas Market | OilPrice.com (ampproject.org)

[ix] t- L’Iran a révélé au mois d’août 2021 la découverte d’un énorme nouveau gisement de gaz situé dans le sud de la mer Caspienne. Le champ gazier de « Chalous » a une capacité de production estimée à 11 phases de South Pars, plus grand champ gazier du monde que l’Iran partage avec le Qatar (source Parstoday)

 

 

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Smaïn Laacher ou l’art de dire le silence https://mondafrique.com/loisirs-culture/smain-laacher-ou-lart-de-dire-le-silence/ Thu, 11 Dec 2025 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=144022 Dans L’Algérie, ma mère et moi, Smaïn Laacher sonde la fracture intime et collective de l’exil franco-algérien, tissant une méditation bouleversante sur la langue, la transmission et le silence. Un récit qui éclaire, sans jamais forcer, l’énigme du lien filial. Une chronique de Karim Saadi Smaïn Laacher Il y a des livres qui ne s’imposent […]

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Dans L’Algérie, ma mère et moi, Smaïn Laacher sonde la fracture intime et collective de l’exil franco-algérien, tissant une méditation bouleversante sur la langue, la transmission et le silence. Un récit qui éclaire, sans jamais forcer, l’énigme du lien filial.

Une chronique de Karim Saadi


Smaïn Laacher

Il y a des livres qui ne s’imposent pas par leur éclat, mais par leur ombre. L’Algérie, ma mère et moi, de Smaïn Laacher, publié chez Grasset, appartient à cette famille d’ouvrages discrets et majeurs, qui dessinent la cartographie secrète de l’exil et de la filiation. Sur à peine cent soixante pages, le sociologue et essayiste remonte le fil de sa mémoire, creusant la terre meuble de l’intime et celle, bien plus rugueuse, de l’histoire collective. À travers le portrait de sa mère – venue d’Algérie en 1952, muette ou presque dans la langue du pays d’accueil –, Laacher convoque tout un pan de notre histoire contemporaine, celui de ces familles traversées, sans bruit mais sans répit, par la migration postcoloniale.

Dès les premières pages, le ton est donné : ni larmes faciles ni grandiloquence. Ici, la douleur prend les couleurs du silence. Il y a, dans la relation entre ce fils élevé dans la langue française, nourri à l’école républicaine, et cette mère restée prisonnière de son imaginaire natal, quelque chose d’infranchissable. Un mur invisible, dressé entre deux mondes qui se regardent sans jamais parvenir à se reconnaître. Laacher le dit : « Ce silence qui nous unit est aussi ce qui nous sépare. » Dans ce court intervalle entre deux rives, tout se joue : l’amour, la frustration, l’espoir d’un dialogue toujours repoussé.

Ce livre n’est pas seulement l’histoire d’un fils et de sa mère ; il est aussi le récit d’une génération condamnée à vivre dans l’entre-deux, tiraillée entre la fidélité à la terre d’origine et la nécessité d’inventer, en France, un nouveau pacte avec le monde. La mère, pour Laacher, n’est pas seulement la dépositaire d’une mémoire meurtrie ; elle incarne aussi la difficulté de transmettre, dans une langue qui n’est plus tout à fait la sienne, l’héritage d’une histoire bouleversée par la colonisation et l’arrachement.

Le récit d’une fracture ordinaire

Ce qui frappe, à la lecture de L’Algérie, ma mère et moi, c’est la manière dont Laacher mêle la rigueur du sociologue à la pudeur du fils. Jamais il ne cède à la tentation de la généralisation. Le livre est ancré dans le réel, charnel, presque tactile : il y a la cuisine de la mère, les gestes retenus, la langue qui bute ou s’efface, les silences plus lourds que toutes les phrases. Mais, en filigrane, c’est tout un peuple de mères et de fils qui défile, cette France métissée dont les fractures ne cessent de se creuser.

« Nous n’habitions plus le même monde », écrit Laacher, et la phrase résonne bien au-delà de sa propre famille. C’est toute la question de l’intégration, du déracinement, de la transmission qui est posée.  

L’un des mérites du livre est de ne pas réduire la mère à une simple victime du déracinement. Si elle apparaît parfois figée dans l’Algérie de son enfance, prisonnière de ses souvenirs et de sa langue maternelle, elle est aussi le témoin d’une dignité silencieuse, d’une capacité à résister par l’oubli ou par l’imaginaire. Laacher ne juge pas, il observe : sa mère reste, jusqu’au bout, fidèle à une culture du silence, là où tant d’autres auraient pu sombrer dans le ressentiment ou l’amertume. On songe à cette phrase de Kateb Yacine, citée par l’auteur : « Tous les Algériens gardent une sorte de sentiment de culpabilité vis-à-vis de leur mère, parce qu’ils se sont comportés – et souvent encore aujourd’hui – avec les femmes comme s’ils les niaient. » Mais ici, la culpabilité n’est jamais stérile : elle ouvre la voie à une interrogation sur l’amour filial, sur ce que l’on doit à ceux qui nous ont précédés et dont le silence, parfois, sauve plus qu’il ne condamne.

Réconciliation impossible ?

Dans une France qui peine à intégrer son histoire coloniale, le livre de Smaïn Laacher arrive à point nommé. Il n’offre ni solution miracle ni discours de réconciliation, mais il pose, avec une lucidité désenchantée, les vraies questions : que reste-t-il de l’Algérie en France ? Comment habite-t-on un pays qui fut d’abord un exil ? Comment transmet-on, à ses enfants, l’histoire d’une terre quittée dans la douleur et le déni ? La critique publiée dans Le Matin d’Algérie le souligne : la force de l’ouvrage réside dans sa capacité à mêler récit intime et analyse sociologique, à faire de la mémoire familiale un observatoire privilégié des fractures françaises contemporaines.

L’écriture de Laacher, d’une sobriété exemplaire, refuse l’effet de manche : pas de pathos, pas d’excès. À l’image de sa mère, l’auteur avance dans la mémoire comme on avance dans une maison pleine d’ombres, guidé par l’intuition qu’il y a, sous la poussière du temps, quelque chose à sauver : un geste, un mot, une odeur, une nuance de lumière.

Dans le silence de cette mère, il y a une leçon de ténacité. Et dans la démarche du fils, un effort pour restaurer, sinon la parole, du moins la possibilité d’un dialogue. Les dernières pages, marquées par la mort de la mère, sont d’une grande justesse : Laacher ne tombe jamais dans le larmoiement, mais laisse affleurer, derrière l’analyse, la blessure encore vive d’un amour empêché.

 

Titre : L’Algérie, ma mère et moi
Auteur : Smaïn Laacher,
Éditions Grasset,
Paru le 8 octobre 2025,
160 pages,
Prix public : 18 €

 

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Nous avons rencontré Jean-Yves Marin, l’un des premiers conservateurs en France à avoir œuvré dès les années 1990 pour une vraie collaboration avec les professionnels africains,[1] et le juriste Vincent Négri qui a collaboré avec Bénédicte Savoy et Felwine Sarr pour la rédaction du rapport remis au président Emmanuel Macron en 2018. Avec eux nous faisons le point sur le mouvement mondial autour des restitutions et sur l’évolution de la situation juridique en France.

L’auteur de cette série sur « Mondafrique » est Alexandre Vanautgaerden, historien et historien d’art

 

Jean-Yves Marin est consultant en Musée et Patrimoine basé à Genève. Il a été successivement directeur du Musée de Normandie à Caen et des Musées d’art et d’histoire de Genève jusqu’en 2019. Président du comité français de l’ICOM de 1992 à 1998 il est l’un des auteurs du Code de déontologie des musées (ICOM). Il enseigne la muséologie et les relations internationales du patrimoine à l’université Senghor d’Alexandrie.

La restitution du patrimoine africain ne concerne pas que l’Afrique

 

Skanda sur un paon, Xe siècle. Cette sculpture fait partie des 30 biens culturels remis officiellement à l’ambassadeur du Cambodge aux États-Unis le 8 août 2022.

Les digues sont en train de céder. Partout, on sent que la procrastination qui était la règle de conduite dans de nombreux musées ne tient plus. Ce problème des restitutions, nous l’avons traité essentiellement à partir du point de vue africain, mais la question est beaucoup plus générale, nous dit Jean-Yves Marin.

L’Amérique du Sud depuis longtemps est particulièrement active dans ce domaine. Les différents présidents des Mexicains se déplacent lors de leurs voyages diplomatiques avec des conservateurs de musées qui réclament des restitutions. Le président actuel du Mexique, Andres Manuel Lopez Obrador, en a fait un cheval de bataille depuis sa prise de fonction en 2018. En 2021, l’exposition « La grandeur du Mexique » (« La Grandeza » de México), présentait 1500 pièces sur deux sites, dont le musée national d’Anthropologie.

Près de la moitié des œuvres étaient exposées pour la première fois dans leur pays d’origine, prêtées ou restituées par des pays ou des collectionneurs européens. L’exposition organisée dans le cadre du bicentenaire de son indépendance, marquait aussi les 500 ans de la conquête de Tenochtitlan-Mexico par les Espagnols en 1521.

La réflexion des Mexicains est identique à celle des Africains : l’histoire de ce pays n’a pas commencé [avec l’arrivée des Occidentaux] il y a à peine 500 ans. Cette lutte des Mexicains, comme des Africains, répond à ce phénomène d’acculturation bien décrit par Amadou Hampaté Bâ :[2]

Une entreprise de colonisation n’est jamais une entreprise philanthropique, sinon en paroles. L’un des buts de toute colonisation, sous quelques cieux et en quelque époque que ce soit, a toujours été de commencer par défricher le terrain conquis, car on ne sème bien ni dans un terrain planté, ni dans la jachère. Il faut d’abord arracher des esprits, comme de mauvaises herbes, les valeurs, les coutumes et cultures locales pour pouvoir y semer à leur place, les valeurs, les coutumes et la culture du colonisateur, considérées comme supérieures et seules valables.

Le long travail qui débute avec les indépendances consiste à replanter ces « mauvaises herbes », incarnées aujourd’hui par les artefacts des musées. En 2021, après trois années, le Mexique avait récupéré déjà 5746 biens du patrimoine historique. [3] Les plaintes du gouvernement mexicain lors de ventes publiques sont maintenant devenues systématiques. Elles n’aboutissent pas encore, car deux logiques bien connues s’affrontent : le droit et la morale, qui évoluent dans deux mondes qui se chevauchent rarement.[4] Les législations occidentales exigent la démonstration de la provenance illégale des pièces mises en vente, tandis que les Mexicains déclarent que c’est peut-être légal, mais ce n’est certainement pas éthique. Parfois, cette logique est inversée, ainsi aux États-Unis, un Tribunal de Floride a jugé le 7 octobre 2009 que le propriétaire d’un sarcophage égyptien avait à charge de prouver que cet objet n’était pas volé.[5] C’est un cas isolé.

Un mouvement international

Les États-Unis ont été la première nation à établir une législation nationale complète exigeant que les musées et les agences fédérales rapatrient les objets culturels aux communautés indigènes. Les efforts visant à promulguer une loi fédérale sur le rapatriement aux États-Unis ont commencé en 1986, lorsque le chef religieux cheyenne William Tallbull a découvert que le Musée national d’histoire naturelle de la Smithsonian Institution détenait les restes de 18 500 Amérindiens.[6] La justice de l’État de New York s’est récemment engagée dans une vaste restitution d’œuvres : de l’été 2020 à la fin 2021, plus de 700 pièces ont été rendues à 14 pays, dont le Cambodge, l’Inde, le Pakistan, l’Égypte, l’Irak, la Grèce ou l’Italie. Le collectionneur américain Michael Steinhardt a ainsi été forcé de restituer en 2021 environ 180 antiquités volées ces dernières décennies, d’une valeur totale de 70 millions de dollars. Pas plus tard que la semaine dernière, le 8 août, la justice américaine a restitué au Cambodge 30 œuvres d’art khmères volées dans les temples d’Angkor.

Ce mouvement est également intra-européen. L’Islande, par exemple, après près de sept siècles de colonisation, a déclaré son indépendance en 1944 à la faveur de l’occupation nazie de sa métropole le Danemark. Les manuscrits des sagas ont immédiatement fait l’objet d’une demande de restitution à laquelle les autorités danoises ont opposé les arguments traditionnels, bien connus des Africains, dans ce type de conflit postcolonial : l’incompétence de l’Islande pour leur conservation et leur mise en valeur ainsi que l’inaliénabilité des trésors nationaux danois. La volonté politique aura cependant raison de ces obstacles et les sagas ont été rendues progressivement à l’Islande à partir de 1971. Cette aventure de la restitution des sagas à Reykjavik est connue dans le pays comme « La patrie des manuscrits ».[7]

Utimut, « le retour » : l’exemple du Groenland

Représentations sculptées de tupilaks (êtres maléfiques) exposées au Musée national du Groenland à Nuuk.

Il est intéressant de se pencher sur un autre cas de restitution de la part du Danemark. Utimut, ou « retour » en groenlandais, est le processus pluriannuel suivi par le Danemark et le Groenland pour établir une répartition équitable de l’art et des artefacts groenlandais entre le Danemark et son partenaire du Commonwealth danois. Le Musée national danois (Nationalmuseet) est le siège des plus grandes collections au monde de ces artefacts, non seulement des habitants scandinaves du Groenland de l’ère viking, mais aussi de vestiges inuits anciens et de matériel ethnographique du XIXe siècle. Ce « processus Utimut » a permis de ramener au Groenland une part équitable du matériel culturel groenlandais et d’établir le musée national et les archives modernes du Groenland à Nuuk.[8] Le retour initialde 204 aquarelles au Groenland par le musée national du Danemark en 1982 n’était que la première étape, symbolique, d’un processus de coopération qui a abouti au transfert légal de milliers d’artefacts.

Les premières demandes du Groenland pour le retour des matériaux collectés dans le Musée national ont été faites dès 1913. Une deuxième demande officielle a également été refusée en 1953. En 1979, le Groenland est devenu un territoire autonome au sein du Royaume du Danemark. Un gouvernement a été établi, représentant tous les habitants du Groenland, dans lequel les peuples d’origine inuit représentent plus de 80 % de la population. Le corps législatif a immédiatement voté la création d’un musée national, mais le Groenland manquait d’objets, de documents et d’un espace physique approprié pour les stocker. La législation a toutefois permis d’entamer un dialogue avec le musée national du Danemark, qui a débouché sur le processus Utimut.

L’une des raisons pour lesquelles le processus a réellement fonctionné est qu’il était organisé en comités au sein desquels les membres des musées et les universitaires, et non les personnes nommées par le pouvoir politique, détenaient la majorité et empêchaient le processus de s’enliser en cas de problème. Le transfert effectif d’objets, d’archives et d’informations s’est fait de manière progressive, en traitant une région ou une période historique à la fois. Entre le début du processus Utimut et 2001, environ 35 000 objets ont été transférés aux institutions groenlandaises, couvrant toute la préhistoire du Groenland jusqu’en 1900. Bien qu’il reste au Danemark environ 100 000 objets archéologiques et ethnologiques provenant du Groenland, les collections groenlandaises sont complètes et entièrement représentatives. Des copies des documents d’archives associés aux objets sont conservées à la fois par le Danemark et le Groenland.

L’ouvrage Utimut, Past Héritage – Future Partnerships – Discussions on Repatriation in te 21st Century documente une conférence internationale sur le rapatriement en 2007. Sa publication en ligne est une enquête mondiale sur les questions de rapatriement, avec des contributions de vingt et un auteurs. Daniel Thorleifsen, qui a organisé la conférence d’Utimut, y décrit dans la préface du volume son origine culturelle comme celle d’« un Inuit groenlandais, membre de la communauté mondiale » (being a Greenlandic Inuit and a member of the world community) :

Aujourd’hui, j’ai choisi de croire que cette appropriation d’artefacts à l’époque coloniale au Groenland a été faite de bonne foi, manifestement avec la volonté de sauver de l’oubli un patrimoine culturel inuit en voie de disparition. Cette appropriation devait en outre profiter à la science dans l’étude du développement et de l’évolution de l’homme.

Le fait que cette appropriation ait en réalité contribué à l’effacement progressif de la culture inuit est une autre histoire que je n’aborderai pas en détail ici, car notre objectif pour la conférence sur le rapatriement du patrimoine culturel n’est pas de faire des reproches aux anciennes puissances coloniales. Nous voulons plutôt envisager une collaboration et un partenariat futurs sur ces questions.

Dans l’ouvrage Utimut, l’objectif premier du rapatriement ne devrait jamais être le transfert lui-même, mais l’établissement d’une relation de travail qui puisse être bénéfique à toutes les parties, dont le partage des connaissances dans le cadre de futurs projets de recherche ou d’expositions. Les auteurs yexplorent une variété de structures alternatives pour le rapatriement et le partage des objets et des ressources. Plusieurs articles s’attachent à élargir le concept de rapatriement afin d’englober des avantages non tangibles tels que le partage de l’autorité sur les objets et la manière de les expliquer. Un autre article traite des défis que le rapatriement pose à l’archéologie et aux autres sciences lorsque la communauté d’origine détourne ou détruit les objets rapatriés. La publication traite également des situations de rapatriement dans la pratique, des informations utiles qui sont absentes de nombreuses discussions sur la politique des biens culturels. La publication fournit des informations et des leçons qui peuvent être appliquées, directement ou indirectement, à une grande variété de problèmes de rapatriement dans le monde.[9]

Comme l’exprime Jean-Yves Marin, il y a un bien un réveil mondial sur ces questions de restitution, dans lequel l’Afrique a pris le leadership, alors que jusqu’il y a peu elle était à la traîne.

Une visite immersive (et subversive) du British Museum, racontée par les peuples à qui les objets ont été dérobés.

Présentation sur l’Internet de l’application « The Unfiltered History Tour ».

Ce mouvement qui s’amplifie tous les jours a même obligé le British Museum en juin dernier à entrouvrir la porte d’une discussion sur le partage des marbres du Parthénon avec la Grèce, après des décennies de refus obstiné.[10] La pression populaire en Angleterre contre la position du British Museum est tangible. Le journal The Guardian qui ouvre ses colonnes à ses lecteurs a publié en juin dernier un billet du libraire David Simmonds, qui relate avec esprit sa visite chez un ancien conservateur du British Museum, l’archéologue Harold Plenderleith en 1997. Après avoir commis « l’erreur » de lui demander son avis sur le rapatriement des marbres du Parthénon, M. Plenderleith s’emporta avec tellement de véhémence qu’il dut regagner le lit.[11] Le British Museum finira lui aussi par céder. Il ne pourra plus faire illusion longtemps. Dan Hicks avait titré avec ironie son ouvrage en 2020 sur les « bronzes » du royaume du Bénin au Nigeria conservé à Londres : The Brutish Museums. À l’heure du mouvement Black Lives Matter, l’opinion publique aura raison, tôt ou tard, du Board of Trustees qui régente le British Museum, et oppose une injustice légale à une juste réclamation.

Un des projets de contestation les plus stimulants a été récemment de concevoir un guide numérique de visite en réalité augmenté, portant un regard provocant et anticolonial sur la collection du British Museum. C’est une visite du musée racontée par les communautés dont les artefacts exposés ont été pillés. « The Unfiltered History Tour » est un guide du musée de Londres, qui propose aux visiteurs une expérience immersive au travers des objets contestés du musée, de leur origine et de la manière dont ils ont été obtenus. Les visiteurs du musée sont ainsi invités à scanner les objets exposés – comme la pierre de Rosette – pour être transportés à l’heure et au lieu de provenance via des filtres Instagram AR. Grâce à cette expérience, les utilisateurs peuvent également écouter des guides audio racontés par des personnes des pays d’où proviennent les artefacts.[12]

#BringBackNgonnso : les réseaux sociaux au cœur du principe de restitution

Un manifestant camerounais demandant le retour de la statue Ngonnso se tient devant le Forum Humboldt lors de l’ouverture du Musée ethnologique Humboldt et du Musée d’art asiatique, le 22 septembre 2021 à Berlin, en Allemagne. Photo : Sean Gallup/Getty image.

La pression populaire qui oblige les États à considérer l’éthique et non plus seulement le droit est à l’œuvre dans la restitution prochaine par l’Allemagne au Cameroun de la statue connue sous le nom de Ngonnso, statue de la fondatrice et première reine mère du royaume Nso. Pendant trois décennies, la sculpture a été réclamée en vain au musée Dahlem à Berlin, puis au Humboldt Forum aujourd’hui.

Les Nso et leurs sympathisants et sympathisantes ont envisagé plusieurs options pour ramener la statue chez eux, y compris la voler au musée allemand ou demander son prêt. Les appels à la restitution lancés par le chef suprême des Nso, le NSODA et l’action des activistes comme Sheey Shiynyuy Gad et Joyce Yaya Sah n’ayant donné lieu à aucune réaction concrète, il a été décidé de changer de stratégie.

Sylvie Njobati, l’initiatrice de la campagne sur les réseaux sociaux #BringBackNgonnso, qui avait pour but de toucher directement la société civile en Allemagne, sans passer par leur représentant politique.

Une campagne sur les réseaux sociaux a été lancée par Sylvie Njobati en mai 2021 : #BringBackNgonnso. Son raisonnement était le suivant :

Notre idée était que la campagne en ligne crée la connexion entre le peuple Nso et les Allemands afin qu’ils se parlent entre eux. Je me suis rendu compte que le peuple Nso ne s’adressait pas directement aux bonnes personnes, ni à une personne en particulier, mais écrivait des lettres adressées à « qui de droit ». C’est donc grâce à Twitter que nous avons pu entrer en contact avec d’autres interlocuteurs en charge des collections et du contexte colonial.

Nous avons utilisé Twitter pour la communauté allemande parce qu’ils sont surtout sur ce réseau. Comme il était également nécessaire de sensibiliser le peuple Nso, les Camerounais et Camerounaises et l’Afrique dans son ensemble, nous nous sommes concentrés sur Facebook.

Il y a eu suffisamment de pression de la part des gens, notamment la société civile allemande, sur les réseaux sociaux. Il ne s’agissait pas seulement du post mais de l’utilisation d’outils multimédias pour influencer le débat.

Le mois dernier, la Stiftung Preußischer Kulturbesitz (Fondation du patrimoine culturel prussien, SPK) a permis le retour de Ngonnso, faisant de ce retour la toute première restitution au Cameroun. La Fondation a également indiqué qu’elle allait restituer 23 pièces à la Namibie et quelques objets à la Tanzanie. Twitter en Allemagne, Facebook en Afrique, deux réseaux sociaux alliés pour obtenir en quelques mois ce que des années de lettres diplomatiques n’avaient pu obtenir…[13]

Au tour des collectionneurs privés maintenant !

André Breton dans son atelier au 42, rue Fontaine à Paris. Juin 1965. Photo : Sabine Weiss

Pour l’instant dans cette chronique, j’ai relaté essentiellement ce qui se déroulait dans les collections publiques. Il y a pourtant un continent oublié, qui est celui des collections privées. C’est, selon Jean-Yves Marin, le thème de l’avenir.

En 2003, la restitution volontaire d’un masque de cérémonie aux indiens Kwakwa-ka waks du nord-ouest des États-Unis par Aube Elleouet, la fille d’André Breton, marqua un tournant dans la relation entre collectionneurs et pays sources. Elle porte désormais un nouveau nom, elle a été rebaptisée « U’Ma » (« Celle-qui-a-rendu »), par les descendants de la tribu indienne originaire des îles situées au nord-est de Vancouver.[14] L’une des plus importantes collections au monde d’art africain en mains privées se trouve à Genève : la Fondation Barbier-Mueller. Comme les collections publiques, elle possède de nombreuses œuvres arrivées de façon illicite en Europe. Si pour l’instant rien ne bouge pour cette collection depuis les décès récents de Monique et Jean Paul Barbier-Mueller, ailleurs, certains collectionneurs passent à l’acte. Le 26 juillet dernier une collection imposante de 2522 objets pré-hispaniques a été restituée au Mexique par une famille de Barcelone.[15] La plus vaste collection d’art khmer en mains privées va bientôt, elle aussi, retourner au pays. Nawapan Kiriangsak, la fille du collectionneur Douglas Latchford, va restituer une centaine de sculptures, bijoux, couronnes d’or, d’une valeur de plus de 50 millions de dollars, acquise durant la guerre civile, puis sous le régime des Khmers rouges. Décision courageuse qui met fin à l’errance d’objets qui n’auraient jamais dû quitter le Cambodge. Cette collection trouvera place dans un musée public à Phnom Penh, dans lequel sera distinguée la mémoire de Douglas Latchford qui, en homme de son temps, s’estimait « sauveur d’objets perdus dans la jungle ».[16]

Certains collectionneurs commencent à se poser des questions, et si ce n’est eux ce sont leurs héritiers. Parfois, d’un point de vue éthique, parfois par embarras. Il ne sert pourtant à rien de culpabiliser ces héritiers, des actions de médiation sont plutôt à mener pour leur expliquer que ces collections ont été constituées à une époque dans laquelle l’on cohabitait avec « innocence » avec une partie du marché de l’art qui importait des œuvres pillées. Mais, aujourd’hui, notre « innocence » a disparu. Nous devons accorder nos actes avec le monde, en conformité avec l’esprit du temps.

Il faut maintenant s’allier avec ces grands collectionneurs, pour qu’ils puissent envisager la voie de la restitution. Il est inutile de juger nos aînés, qu’ils aient officié dans le monde privé ou dans l’administration publique, à partir de ce que nous vivons et savons en 2022. Pendant longtemps, il y a eu à la tête des musées des hauts fonctionnaires français qui, de bonne foi, ont défendu en priorité les intérêts de la France. Leur attitude était identique qu’ils négociaient des tomates, des armes, des haricots verts ou des œuvres d’art. C’est pourquoi la transgression du discours du président français à Ouagadougou est bien un acte fort. Il fallait oser le prononcer. Emmanuel Macron a-t-il mesuré à quel point il allait à l’encontre de ses troupes en « provoquant une rupture avec la doctrine française qui jusqu’alors reposait sur l’inaliénabilité et l’imprescriptibilité des collections publiques, arrimées au droit de la domanialité publique » ?[17]

Quid des pays africains qui ne réclament rien ?

Certains pays africains pour l’instant ne réclament rien, comme le Gabon, ou le Cameroun, bien qu’une part importante de leur patrimoine soit conservée à Genève dans la collection de Jean Paul Barbier-Mueller, grand collectionneur de masques et fervent opposant aux restitutions. Ces deux États ont conservé, pour leur part, de nombreuses collections au pays. Leur position actuelle est de vouloir d’abord s’occuper de celles.ci, pour les réclamations, on verra après. D’autres, comme le Congo-Brazzaville, qui ne se préoccupait pas de restitution, sont dans une démarche de valorisation de leur patrimoine qui, tôt ou tard, posera la question. Le Musée national du Congo (fermé) a été pillé lors de la guerre civile de 1997. Beaucoup d’œuvres ont été perdues, il faut reconstituer ce patrimoine national. Mais depuis, plusieurs musées ont été créés. Fin 2018, le Musée du Cercle africain est inauguré à Pointe-Noire, parrainé par l’Unesco. Il a été financé par une compagnie pétrolière, Eni. Une autre compagnie pétrolière, Total, a financé la même année le Musée Mâ Loango de Diosso.

L’année précédente, le musée Kiebe-Kiebe était inauguré sur le domaine présidentiel de N’Gol’Odoua, près d’Édou, le village natal de Denis Sassou Nguesso.[18] L’aménagement de ces musées, et la restauration du musée national du Congo feront naître certainement une nouvelle dynamique.

Les solutions juridiques discutées actuellement en France

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Vincent Négri est juriste, chercheur à l’Institut des Sciences sociales du Politique (UMR 7220), École Normale Supérieure Paris-Saclay. Ses travaux et publications portent sur le droit international et le droit comparé de la culture et du patrimoine, ainsi que sur les interactions entre normes et cultures. Il est engagé dans des travaux interdisciplinaires entre droit, anthropologie et philosophie. Il intervient comme expert auprès de l’UNESCO, de l’UNIDROIT, de l’ICCROM, de l’ICOM et de la CEDEAO.

 

Pour terminer ce panorama, échangeons avec Vincent Négri à propos de la situation juridique en France, quatre ans après la remise du rapport Sarr-Savoy, auquel il collabora en sa qualité de juriste. Rappelons que toute la problématique au niveau du droit repose sur le système de domanialité publique en France qui rend les biens inaliénables et imprescriptibles.[19] Ce sont deux verrous qui cadenassent la problématique depuis 1792. Et même au-delà, certains juges n’hésitant pas à considérer que le domaine de la couronne, devenu le domaine public, fait partie du même ensemble. La question auquel répond le rapport est la suivante : doit-on restituer en s’affranchissant de ce régime de domanialité publique ou en le préservant ? Avant 2018, les décisions en France ont fait appel à un régime d’exception, qu’il s’agisse du retour des têtes maories ou de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman en Afrique du Sud[20]. Les auteurs du rapport ne désiraient pas poursuivre dans cette voie, même si elle fut adoptée encore pour la restitution du Trésor de Béhanzin ou du sabre avec fourreau dit d’El Hadj Omar Tall.[21]

Dans le rapport de 2018, Vincent Négri avait proposé une alternative intéressante.[22] Le système juridique est souvent présenté comme une pyramide, avec au sommet la constitution qui pose les grands principes du système, institutionnels et juridiques ; de ces principes découlent les lois qui doivent être conformes à la constitution ; et, des lois, découlent les règlements d’application. La proposition de recourir à des traités internationaux présente l’avantage de se nicher entre la constitution et la loi. Dans un tel système pyramidal, si un État conclut un traité international (et qu’il accepte donc d’être lié juridiquement avec un autre État), les obligations juridiques qui découlent du traité sont proches du sommet de la pyramide.

Un traité international qui traite de restitution ne supprime pas la domanialité, il l’enjambe. Sans toucher au statut des collections publiques, on considère que ce statut ne s’applique plus parce qu’on restitue l’objet. La solution du traité aurait permis de nouer un processus de restitution qui laisse intact, dans son libellé et dans sa perception publique, la notion de collection publique.

Cette proposition a été perçue comme beaucoup trop ouverte. On a craint un effet d’entraînement, et pensé qu’en introduisant cette fluidité, il aurait suffi à un État de revendiquer une restitution pour que, automatiquement, s’enclenche le processus. Personnellement, nous dit Vincent Négri, je pense que cela n’aura jamais été le cas. Dans un processus de négociation bilatérale il y a deux parties. Si la France considère qu’une demande de restitution n’est pas justifiée, disproportionnée ou inadéquate, libre à elle de décliner. Il n’y a pas d’obligation de discuter une restitution. Mais, les mentalités ne sont peut-être pas encore mûres. Dans le code du patrimoine on encadre les acquisitions dans l’idée qu’elles entrent dans le domaine public, jamais on n’a pensé qu’il fallait encadrer la sortie. Il y a donc un changement de paradigme qui doit être opéré. Cela prendra plus de temps que ce que l’on pensait.

Le Sénat introduit une proposition de loi

Le parlement, inquiet de savoir qui exercera le contrôle sur la décision de restituer (le parlement ou le gouvernement), décida de refuser la solution des accords bilatéraux. De leur point de vue, ils craignaient que ces restitutions soient le fait du prince. On peut comprendre l’argument, mais un accord bilatéral n’est pas le fait du prince, c’est une procédure négociée. Il est fatalement co-construit avec l’État qui interpelle la France. Quoi qu’il en soit, le Sénat a adopté en janvier 2022 une proposition de loi relative à la circulation et au retour des biens culturels appartenant aux collections publiques. La proposition est constituée de deux articles : le premier instaure un Conseil national de réflexion sur la circulation et le retour de biens culturels extra-européens, le second traite des restes humains patrimonialisés.[23] La proposition a été transmise à l’Assemblée nationale.

Un projet de loi-cadre préparé par le président français

Pendant ce temps, le président Emmanuel Macron a projeté une loi-cadre qui permettrait de sortir de l’impasse des procédures d’exceptions adoptées jusqu’à présent, car sinon il faudrait plusieurs dizaines d’années pour répondre aux demandes de restitution. Le président a confié à l’ancien directeur du Musée du Louvre Jean-Luc Martinez, devenu ambassadeur pour la coopération internationale dans le domaine du patrimoine, une mission de réflexion sur cette loi-cadre et sur le trafic illicite. Mais, à la surprise générale, le 23 mai 2022, Jean-Luc Martinez est mis en garde à vue dans le cadre d’une affaire de trafic d’antiquités et mis en examen peu de temps après pour « blanchiment et complicité d’escroquerie en bande organisée » ; il lui est reproché d’avoir manqué de vigilance face aux incohérences qui apparaissent dans les certificats accompagnant une stèle en granit rose gravée au nom du pharaon Toutânkhamon et exposée au Louvre Abu Dhabi, et quatre autres objets.[24] Même relevé de sa mission sur le trafic illicite, il y a fort à craindre que son rapport sur la loi-cadre ait perdu toute autorité dans ce contexte.[25] Heureusement, pour la question des restitutions, on est en début de mandature pour Emmanuel Macron, il pourra relancer ce projet à l’automne quand les choses se seront tassées. Remarquons que la proposition de loi du Sénat d’instituer un organe consultatif, si elle est approuvée par l’Assemblée nationale, ne s’oppose pas au projet de loi-cadre. Il est d’ailleurs fort probable que ce Conseil national soit inséré dans le projet de loi-cadre du président.

Le temps du pragmatisme

Nous avons souligné l’impact et l’audace du discours de Ouagadougou, mais aujourd’hui, il convient d’être pragmatique pour que les restitutions se concrétisent. Ne pas empiler les démarches, projets et résolutions comme l’UNESCO a pu le faire. Depuis la fameuse intervention du président Mobutu Sese Seko en 1973, évoqué dans le second volet de cette série,[26] il y a eu pas moins de 29 résolutions de l’UNESCO traitant du retour et de la restitution de biens culturels. En 1973, pour Vincent Négri, le Président Mobutu parle d’abord au continent africain. Dans le texte de la résolution 3187 (XXVIII) du 18 décembre 1973, on parle de juste réparation du préjudice commis.[27] Sur le plan du droit international, le président du Zaïre se frappe la tête contre un mur, car la réparation ne peut intervenir qu’en conséquence d’un acte illégal. Cela suppose qu’un jour le droit contemporain déclarera de façon rétroactive que la colonisation a été illégale. On peut le souhaiter, mais juridiquement, cela n’arrivera jamais, sinon cela remettrait en cause le système sur lequel s’est bâti les Nations Unies depuis 1945. Dans le même esprit, quand Emmanuel Macron déclare à Alger que la colonisation est un crime contre l’humanité, d’un point de vue moral on peut être d’accord avec lui, mais d’un point de vue juridique c’est sans effet. Il peut être séduisant qu’un candidat en campagne ait l’aplomb de proclamer cela, mais après son discours, Emmanuel Macron sait pertinemment que juridiquement ce n’est pas vrai. Il ne vient pas à Alger pour faire du droit, il s’y rend pour afficher des positions politiques, ce n’est pas pareil.

Il faut donc que l’on profite de la médiatisation qu’a apportée ce discours de 2017 au sujet des restitutions pour, enfin, mettre en œuvre un partenariat équitable, et tirer parti du nouvel élan qui souffle dans la société civile, et chez les jeunes conservateurs du patrimoine. Vincent Négri rapporte que lorsqu’il travaillait avec Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, il pensait naïvement que les forces politiques de gauche seraient favorables aux restitutions, contre les opinions des partis de droite. Cette vision est erronée. Les partisans ou les adversaires des restitutions se retrouvent dans les deux camps (ainsi qu’au centre). Les prises de position dans ce débat sont plus générationnelles que politiques. Vincent Négri rapporte que lorsqu’il donne cours à l’Institut national du patrimoine, pour les jeunes conservateurs, cette question des restitutions n’est plus un sujet de crispation.

Dans son article « Restituer le patrimoine culturel africain », Vincent Négri propose une représentation inédite de la figure de Dame Justice. Une allégorie nouvelle qui porterait les attributs de l’injustice légale et du droit supralégal pour illustrer le conflit suivant : comment mettre en question la validité juridique de normes qui produisent une injustice. Des actes ont été commis dans le passé en toute légalité, mais nous éprouvons aujourd’hui l’intensité du conflit qu’ils génèrent entre ce que nous ressentons moralement, comprenons intellectuellement, et savons juridiquement. Ce dilemme est bien illustré dans le texte célèbre de Gustav Rabruch écrit en 1946 à propos du positivisme juridique et de l’injustice évidente des lois arbitraires et criminelles du Troisième Reich.[28]

Voir le monde avec les yeux de l’Autre

Eloy du Mont dit Costentin, François 1er tenant les mains de Justice et Paix s’embrassant, Bibliothèque nationale de France, 1530-1531, manuscrits français 2237, fol.2r.

Il y aurait bien des sujets à évoquer ici encore, comme cet ensemble de « guidelines » rédigé à destination des musées, en Allemagne, Belgique, Suisse, Pays-Bas, Angleterre ou Amérique.[29] Ce sera pour un article futur. Il faudrait évoquer aussi le monde bouillonnant des artistes et le lien, que l’exposition du Bénin a créé avec beaucoup de naturel, entre patrimoine et création contemporaine. On peut s’attrister aussi, c’est un cercle sans fin, que chaque nouvelle guerre, comme celle que nous observons aujourd’hui en Ukraine, rejoue les mêmes scènes de pillages de biens culturels.[30] Mais, malgré l’exemple tragique de l’Ukraine, chaque jour apporte une histoire nouvelle incroyable à propos des restitutions qui nous permet d’espérer. Selon la belle formule de Vincent Négri, les restitutions permettent de « voir le monde avec les yeux de l’Autre », j’espère qu’il en a été de même pour vous. À chaque rencontre, à chaque lecture, un souffle immense, un vortex, qui charrie une énergie trop longtemps contenue. Et qui, de fleuve en fleuve, avance et vient heurter les digues que nous avions dressées pendant un siècle. Entendez-vous ces craquements ? Oui ! Elles cèdent.

NOTES

[1] Sur le colloque de l’ICOM qui s’est tenu au Bénin, Togo et Ghana en 1991, voir : https://mondafrique.com/notre-serie-sur-la-necessaire-restitution-du-patrimoine-africain-volet-3/.

[2] Amadou Hampaté Bâ fut membre du Conseil exécutif de l’UNESCO de 1962 à 1970, il décrit ce processus d’acculturation dans ses mémoires, voir Amkoullel l’enfant peul, Arles, éd. Actes Sud, 1991, p. 382, cité par Vincent Négri, « Restituer le patrimoine culturel africain aux peuples africains : apories d’un débat juridique », in Clémentine Bories et alii (dir.), Les restitutions des collections muséales. Aspects politiques et juridiques, [Le Kremlin Bicêtre], Mare & Martin, 2021, p. 71-83.

[3] Voir la présentation officielle de l’exposition La Grandeza de México : https://www.youtube.com/watch?v=9gs0gN0pjnA&t=163s et la chronique de Emmanuelle Steels sur France culture : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/affaire-a-suivre/affaire-a-suivre-du-lundi-13-decembre-2021-5303041. La collaboration entre le Mexique et l’Italie est particulièrement positive, et le jour de l’inauguration, le président Andres Manuel Lopez Obrador a d’ailleurs octroyé la plus haute distinction du pays, l’Ordre mexicain de l’aigle Aztèque, à un carabinieri italien, Roberto Riccardi. Ce militaire, à la tête d’une brigade pour la « sauvegarde du patrimoine culturel », avait saisi plusieurs ensemble de biens culturels mexicains sur le point d’être vendus aux enchères en Italie. L’Italie est probablement le pays européen le plus touché par le pillage de son propre patrimoine.

[4] Sur le droit et la morale, voir le commentaire de Vincent Négri à la réponse du gouvernement français aux demandes de restitutions formulées par le gouvernement béninois en 2016 : « Voir le monde avec les yeux de l’Autre. Le rapport Sarr/Savoy sur la restitution du patrimoine africain », in Laurick Zerbini (dir.), L’objet africain dans les expositions et les musées missionnaires. Dépouiller, partager, restituer, Paris, Maisonneuve-Larose et Hémisphères, 2021, p. 565-581.

[5] Voir l’article de Olivier Savelli, « Art : on a frôlé le ‘vrai’ casse du siècle ! », Le Monde du droit,  1 juillet 2010  : https://www.lemondedudroit.fr/decryptages/779-art-on-a-frole-le-qvraiq-casse-du-siecle.html.

[6] Sur la législation concernant la loi américaine sur le rapatriement du patrimoine amérindien, voir l’article de C. Timothy McKeown, « Considering Repatriation Legislation as an Option: The National Museum of the American Indian Act (NMAIA) & The Native American Graves Protection and Repatriation Act (NAGPRA) », in Utimut: Past Heritage – Future Partnerships, Discussions on Repatriation in the 21st Century, ed. Mille Gabriel and Jens Dahl, Copenhagen, Work Group for Indigenous Affairs & the Greenland National of Museum and Archives, 2007, p. 134-147.

[7] Voir la série d’émissions sur les restitutions réalisées en 2018 pour l’émission La Fabrique de l’histoire, dont le quatrième épisode est consacré aux sagas : « Les sagas d’Islande : histoire d’une restitution post-coloniale réussie » sur France culture : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-les-objets-de-la-discorde-comment-restituer-les-tresors-culturels-spolies. Le premier épisode est consacré à l’Afrique, le second aux marbres du Parthénon, le troisième aux restes humains.

[8] Sur le retour des objets groenlandais, et sur la problématique générale des restitutions, on consultera l’excellent volume Utimut: Past Heritage – Future Partnerships, Discussions on Repatriation in the 21st Century, ed. Mille Gabriel and Jens Dahl, op. cit., consultable ici: https://www.iwgia.org/en/resources/publications/305-books/2567-utimut-past-heritage-future-partnerships.html.

[9] Voir l’article, « Successful Repatriation: The Utimut Process in Denmark & Greenland. Workable Model of Restitution Continues to Benefit Communities » sur le site américain, très utile pour notre problématique, Cultural Property News : https://culturalpropertynews.org/successful-repatriation-the-utimut-process-in-denmark-greenland/#_ftn1. La conférence Utimut était organisée par l’IWGIA (International Work Group for Indigenous Affairs), une organisation située à Copenhague, et le Musée national et les Archives du Groenland. 

[10] Sur l’idée d’un partenariat entre le British Museum et le Musée de l’Acropole, voir l’article du 31 juillet 2022 du Guardian, « British Museum calls for ‘Parthenon partnership’ with Greece over marbles » : https://www.theguardian.com/artanddesign/2022/jul/31/british-museum-calls-for-parthenon-partnership-greece-marbles. Pour la lettre  de David Simmonds, voir le 1er juin 2022: « It is dishonourable for the British Museum to keep the Parthenon marbles” : https://www.theguardian.com/artanddesign/2022/jun/01/it-is-dishonourable-for-the-british-museum-to-keep-the-parthenon-marbles.

[11] Peu de temps après la visite du libraire chez le conservateur du British Museum, les musées de Glasgow ont décidé de restituer un costume de Ghost dance à la communauté sioux, à la suite de quoi la poétesse britannique Anna Crowe écrivit ce poème : We still believe some form of words, / or ritual will come between / us and another’s anger. Not seeing / that our invisibility’s what’s required. (« Nous croyons encore qu’une forme de mots, / ou de rituel s’interposera entre / nous et la colère d’autrui. Sans voir / que c’est notre invisibilité qui est requise. »)

[12] Le guide « The Unfiltered History Tour » a été créé par le groupe média Vice World News, en collaboration avec Dentsu Creative. Vous pouvez effectuer cette visite virtuelle dans les salles du musée ou depuis chez vous, il est consultable ici : https://theunfilteredhistorytour.com/. Voir la présentation du projet : https://www.youtube.com/watch?v=138kSdE63-Y&t=65s.

[13] Sur la campagne menée par Sylvie Ndjoboti sur les réseaux sociaux pour récupérer la statue Ngonnso, voir l’article de Amindeh Blaise Atabong, « Germany to return looted goddess statue to Cameroon’s Nso people », Quartz Africa, 20 juillet 2022 : https://qz.com/africa/2186423/bringbackngonnso-returned-a-looted-statue-of-a-cameroonian-goddess/.

[14] Sur le masque rendu par la fille d’André Breton, voir l’article d’Harry Bellet, « Le masque d’André Breton rendu aux Kwakwaka’wakws », Le Monde, 27 septembre 2003, et sur la collection d’André Breton, voir l’article de Gérard Toffin, « André Breton, précurseur du musée du quai Branly », Les Temps Modernes, Numéro 686 (2015/5), p. 174-197.

[15] Les objets restitués par la famille du collectionneur de Barcelone au Mexique sont exposés depuis la fin juillet dernier au musée du Templo mayor, en plein centre historique de Mexico, sous la tutelle de l’Institut national d’Anthropologie et d’histoire (INAH), le bras armé de la politique de sauvegarde du patrimoine.

[16] Voir le billet de Jean-Yves Marin dans la Tribune de Genève du 11 mars dernier : « Le retour d’une collection d’art ».

[17] Sur le discours d’Emmanuel Macron, voir une analyse détaillée de celui-ci dans l’article de Vincent Négri, « Voir le monde avec les yeux de l’Autre. Le rapport Sarr/Savoy sur la restitution du patrimoine africain », in Laurick Zerbini (dir.), L’objet africain dans les expositions et les musées missionnaires. Dépouiller, partager, restituer, Paris, Maisonneuve-Larose et Hémisphères, 2021, p. 565-581.

[18] Sur la situation des musées au Congo Brazzaville, voir l’article de Jean-Baptiste Mondze, « Congo-Brazzaville: le patrimoine monte en gamme grâce à de nouveaux musées », Jeune Afrique, 10 septembre 2019.

[19] En 2008, Jacques Rigaud a remis un rapport à la ministre de la culture Christine Albanel sur « l’inaliénabilité des collections publiques en France », dans lequel il réaffirma la nécessité de l’inaliénabilité des œuvres, même s’il émettait la possibilité d’une déclassification d’une partie des collections récentes acquises par les FNAC et les FRAC.

[20] Voir la loi n° 2002-323 du 6 mars 2002 relative à la restitution par la France de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman à l’Afrique du Sud, Journal Officiel, 7 mars 2002 et la loi n° 2010-501 du 18 mai 2010 visant à autoriser la restitution par la France des têtes maories à la Nouvelle-Zélande et relative à la gestion des collections, Journal Officiel, 19 mai 2010.

[21] Voir la loi n° 2020-1673 du 24 décembre 2020 relative à la restitution de biens culturels à la République du Bénin et à la République du Sénégal, Journal Officiel, 26 décembre 2020.

[22] Les réflexions et recommandations juridiques du rapport ont été mûries notamment dans le cadre d’un atelier juridique tenu le 26 juin 2018 au Collège de France, coordonné par Isabelle Maréchal et Vincent Négri. Voir dans le rapport Sarr-Savoy, les pages 61 à 69. Voir aussi l’article de Vincent Négri, « Restituer le patrimoine culturel africain aux peuples africains : apories d’un débat juridique », art. cit.

[23] On trouvera l’examen en commission de la proposition de loi relative à la circulation et au retour des biens culturels appartenant aux collections publiques, le 15 décembre 2021, à l’adresse suivante : http://www.senat.fr/rap/l21-302/l21-3025.html. Le lundi 10 janvier 2022, le Sénat a adopté la proposition de loi présentée par Catherine Morin-Desailly, Max Brisson, Pierre Ouzoulias et plusieurs de leurs collègues (demande de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication). Voir les étapes de la discussion et les éléments clés, ici : www.senat.fr/espace_presse/actualites/202112/circulation_et_retour_des_biens_culturels_appartenant_aux_collections_publiques.html.

[24] Sur la mise en examen de Jean-Luc Martinez, voir l’article de Roxana Azimi, « Jean-Luc Martinez, ancien patron du Louvre, mis en examen dans une affaire de trafic d’antiquités », Le Monde, 25 mai 2022.

[25] Le président Emmanuel Macron a signalé dans sa conférence de presse avec Patrice Talon au Bénin le 27 juillet 2022 qu’il avait réceptionné le rapport de M. Martinez sur la loi cadre. Celui-ci n’a pas encore été rendu public.

[26] Pour le discours du Président Mobutu Sese Seko à l’ONU en 1973, voir : https://mondafrique.com/la-restitution-des-oeuvres-a-lafrique-volet-2-le-temps-des-conventions/.

[27] Le texte des résolutions de l’UNESCO en faveur du retour et de la restitution de biens culturels est consultable ici : https://fr.unesco.org/fighttrafficking/legaltexts. Pour le commentaire de la résolution 3187 sollicitée par le président Mobutu Sese Seko « qui produit sa propre impasse », voir l’article de Vincent Négri, « Restituer le patrimoine culturel africain aux peuples africains : apories d’un débat juridique », art. cit., principalement le chapitre « S’égarer dans le droit international de la responsabilité ».

[28] Gustav Radbruch, « Gesetzliches Unrecht und übergesetzliches Recht », Süddeutsche Juristenzeitung, 1 (1946), p. 105-108, traduit en français par Michael Walz, « Injustice légale et droit supralégal », Archives de philosophie du droit, t. 39, 1994, p. 309-318.

[29] Plusieurs pays ont publié des directives à l’attention des musées qui conservent des collections issues de contextes coloniaux. L’Association des musées allemands (Deutscher Museums Bund) est déjà à la 3e réédition de son guide en 2021 (première édition en 2018), voir son Guide relatif au traitement des biens de collections issus de contextes coloniaux, consultable, ici : https://www.museumsbund.de/publikationen/guide-consacr-aux-collections-musales-issues-de-contextes-coloniaux/. Un groupe informel d’experts issus des mondes académique, professionnel ou associatif en Belgique a publié en juin 2021 les Principes éthiques pour la gestion et la restitution des collections coloniales en Belgique : https://restitutionbelgium.be/fr/rapport ; l’Association des musées suisses à publier cette année une brochure sur les Recherches de provenance dans les musées II. Collections liées aux contextes coloniaux. Notions de base et introduction à la pratique : https://www.museums.ch/fr/publications/standards/recherche-de-provenance-collection-coloniale.html. En décembre 2021, l’ICOM a publié son Guidance for Restitution and Return of items from university museums and collections: http://umac.icom.museum/wp-content/uploads/2022/03/UMAC-Guidance-Restitution-2022.pdf. Ce document est le résultat du projet UMAC-ER : The Ethics of Restitution and Repatriation (2020-2021) soutenu par l’ICOM et impliquant des partenaires tels que le Committee for Professional Ethics de l’ICOM (ETHCOM). Dernier en date en Angleterre, il y a dix jours le 5 août 2022, l’Arts Council England (un organisme financé par le gouvernement, et rattaché au Department for Digital, Culture, Media and Sport) vient de publier Restitution and Repatriation: A Practical Guide for Museums in England : https://www.artscouncil.org.uk/publication/restitution-and-repatriation-practical-guide-museums-england ; ce guide a été élaboré par l’Institute of Art and Law. Certains musées, au rayonnement national et international, ont adopté une politique sur les retours éthiques. Le Nationaal Museum van Wereldculturen (Musée national des cultures du monde) aux Pays-Bas, a été l’un des premiers musées d’Europe à mettre en place des mécanismes de restitution des objets issus des anciennes colonies. En 2016, la publication Treasures in Trusted Hands (« Des trésors bien gardés »), de la thèse de doctorat du chercheur Jos van Beurden a relancé le débat néerlandais sur les objets datant de l’époque coloniale. Des directives ont été adoptées en 2019 et publiées dans un document intitulé Principles and Process for addressing claims for the Return of Cultural Objects: https://www.tropenmuseum.nl/en/about-tropenmuseum/return-cultural-objects-principles-and-process#. La Smithsonian Institution à Washington , le plus grand complexe de musées, d’éducation et de recherche au monde, qui chapeaute 21 musées et le National Zoo, a adopté en mai 2022 sa Policy on Ethical Returns :https://www.si.edu/newsdesk/releases/smithsonian-adopts-policy-ethical-returns.

[30] Sur les pillages de biens culturels en Ukraine dès le début de la guerre, voir l’article de Pjotr Sauer, « Ukraine accuses Russian forces of seizing 2,000 artworks in Mariupol », The Guardian, 29 avril 2022 : https://www.theguardian.com/world/2022/apr/29/ukraine-accuses-russian-forces-of-seizing-2000-artworks-in-mariupol et le l’article de Brian I. Daniels sur le site Just security : https://www.justsecurity.org/81212/how-can-we-protect-cultural-heritage-in-ukraine-five-key-steps-for-the-intl-community/.

LES AUTRES VOLETS DE NOTRE SERIE

Épisode 1 : Un nouvel or noir (6 juillet 2022)

https://mondafrique.com/la-restitution-des-oeuvres-a-lafrique-volet-i-le-nouvel-or-noir/?fbclid=IwAR3qD8JyOH5S6sqi4iL0ymZjEwA9om8ImpnuZirPutd4bH_-HE2IUVhQy4k

Épisode 2 : Le temps des conventions (8 juillet 2022)

https://mondafrique.com/la-restitution-des-oeuvres-a-lafrique-volet-2-le-temps-des-conventions/

Épisode 3 : Pour qui sont pensés les musées en Occident ? (17 juillet 2022)

https://mondafrique.com/notre-serie-sur-la-necessaire-restitution-du-patrimoine-africain-volet-3/

Épisode 4 : Le Bénin expose les œuvres restituées par la France (27 juillet 2022)

https://mondafrique.com/serie-patrimoine-africain-la-restitution-du-dieu-gou-au-coeur-du-voyage-demmanuel-macron/

Épisode 5 : Vers la coresponsabilité ! (8 août 2022)

https://mondafrique.com/notre-serie-sur-la-restitution-des-biens-culturels-a-lafrique-volet-5/

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Avec quelques 500000 visiteurs par mois pour notre site fondé en 2014, 35000 abonnés sur Instagram et 5000 fidèles de nos pages WhattsApp (Afrique, Liban, Niger, Gabon, Algérie, Maroc, Tunisie, la Côte d’Ivoire, Gabon, Madagascar ), « Mondafrique » a imposé une vision pluraliste et originale en matière d’information sur le monde arabe et africain.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, nous ne nous interdisons pas d’accueillir des analyses sur les grands équilibres mondiaux. 

Notre positionnement critique vis à vis des pouvoirs en place, la diversité des contributeurs du site -journalistes, diplomates, universitaires ou simples citoyens-, la volonté enfin d’apporter des informations et des analyses qui tranchent avec la « grande presse » (ou supposée telle)  ont été nos seules lignes de conduite. 

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L’Algérie accorde la grâce à Boualem Sansal après une médiation allemande https://mondafrique.com/a-la-une/lalgerie-accorde-la-grace-a-boualem-sansal-apres-une-mediation-allemande/ Wed, 12 Nov 2025 18:39:37 +0000 https://mondafrique.com/?p=142547 Après un an d’incarcération, l’Algérie a accepté, pour raisons humanitaires, de gracier l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal. Cette décision intervient après une demande officielle de l’Allemagne, ouvrant la voie à son transfert pour soins médicaux.  Boualem Sansal, écrivain franco-algérien L’annonce était attendue, elle est désormais officielle : mercredi 12 novembre 2025, la présidence algérienne a confirmé, […]

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Après un an d’incarcération, l’Algérie a accepté, pour raisons humanitaires, de gracier l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal. Cette décision intervient après une demande officielle de l’Allemagne, ouvrant la voie à son transfert pour soins médicaux.


 Boualem Sansal, écrivain franco-algérien

L’annonce était attendue, elle est désormais officielle : mercredi 12 novembre 2025, la présidence algérienne a confirmé, par communiqué, qu’elle accordait une grâce à l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, détenu depuis un an à Alger. À la demande du président allemand Frank-Walter Steinmeier, le chef de l’État algérien, Abdelmadjid Tebboune, a décidé de répondre favorablement à cette sollicitation, invoquant des « motifs humanitaires ». Ce geste d’ouverture met un terme à plusieurs mois de tensions diplomatiques entre l’Algérie, la France et l’Allemagne autour du sort d’une des figures majeures de la littérature maghrébine contemporaine.

Boualem Sansal, 76 ans, avait été arrêté en novembre 2024 à son arrivée à Alger en provenance de Paris. L’auteur de Le Village de l’Allemand et 2084 : La fin du monde était accusé d’« atteinte à l’unité nationale », de « mise en danger de l’intégrité du territoire » et d’« intelligence avec une puissance étrangère ». Son procès, tenu en mars 2025, s’était soldé par une condamnation à cinq ans de prison ferme, verdict confirmé en appel en juillet. De nombreuses voix, en France, en Allemagne et parmi la communauté intellectuelle internationale, avaient dénoncé une atteinte flagrante à la liberté d’expression et un procès politique visant à réduire au silence un écrivain critique du pouvoir algérien.

L’affaire Sansal a rapidement pris une dimension diplomatique, exacerbée par les relations souvent complexes entre Alger et Paris, et plus récemment avec Berlin. La mobilisation en faveur de la libération de l’écrivain, gravement malade, s’est intensifiée à mesure que son état de santé se dégradait, poussant ses soutiens à alerter l’opinion publique sur l’urgence d’un geste humanitaire.

L’Allemagne à la manœuvre, la France soulagée

C’est finalement l’Allemagne, via l’intervention directe du président Steinmeier, qui a débloqué la situation. Lundi 10 novembre, ce dernier avait exhorté son homologue algérien à faire preuve de clémence envers Boualem Sansal, mettant en avant son âge avancé et sa santé fragile. Dans sa lettre, le président allemand proposait explicitement le transfert de l’écrivain en Allemagne afin qu’il puisse y recevoir des soins médicaux appropriés.

Le communiqué algérien, publié mercredi, entérine cette issue : « Le président Abdelmadjid Tebboune a répondu favorablement à la demande de son homologue allemand concernant l’octroi d’une grâce en faveur de Boualem Sansal. Il a réagi à cette demande, qui a retenu son attention en raison de sa nature et de ses motifs humanitaires. »

En France, la réaction n’a pas tardé. Premier responsable politique à commenter la nouvelle, le Premier ministre Sébastien Lecornu a exprimé son « soulagement », saluant un « dénouement rendu possible par une méthode faite de respect et de calme ».

Une décision à portée politique et symbolique

La libération prochaine de Boualem Sansal dépasse largement le cas individuel. Elle constitue un signal politique adressé aux partenaires européens de l’Algérie, qui subissait une pression croissante sur le terrain des droits humains. Pour Alger, il s’agit de montrer son ouverture à un dialogue avec l’Europe, tout en affichant une gestion souveraine de ses affaires intérieures.

Ce geste humanitaire intervient également dans un contexte délicat : la situation des libertés publiques en Algérie reste source d’inquiétude, et la société civile continue de réclamer davantage de garanties pour la liberté d’expression. Le cas Sansal, symbole de la répression des voix critiques, met en lumière les marges de manœuvre mais aussi les limites du régime algérien face à la mobilisation internationale.

Un transfert à organiser

Si la décision de grâce est officielle, le calendrier du transfert de Boualem Sansal en Allemagne n’a pas été précisé. Les modalités concrètes de sa libération et de son accueil à l’étranger devraient faire l’objet d’une coordination étroite entre les autorités algériennes, allemandes et françaises.

En attendant, la famille, les soutiens et la communauté littéraire internationale espèrent désormais que l’écrivain pourra se rétablir et retrouver la liberté de parole qui a toujours été la sienne. Au-delà de son cas, l’histoire de Boualem Sansal rappelle à quel point la défense des droits humains et de la liberté d’expression demeure un combat d’actualité, en Algérie comme ailleurs.

 

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Un procès Sarkozy baclé et un témoin libyen clé, Souheil Rached, ignoré https://mondafrique.com/a-la-une/temoin-cle-des-largesses-de-kadhafi-souheil-rached-vit-desormais-en-egypte/ Mon, 10 Nov 2025 17:45:00 +0000 http://www.mondafrique.info/?p=3372 Le procès contre Nicolas Sarkozy qui avait débuté le lundi 6 janvier dans l’épais dossier d’un éventuel financement libyen des comptes de campagne de ce dernier s’zqt terminé par une condamnation brutale à cinq ans de prison ferme et par un placement en détention dans les semaines qui viennent sans attendre la prcédure en appel. […]

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Le procès contre Nicolas Sarkozy qui avait débuté le lundi 6 janvier dans l’épais dossier d’un éventuel financement libyen des comptes de campagne de ce dernier s’zqt terminé par une condamnation brutale à cinq ans de prison ferme et par un placement en détention dans les semaines qui viennent sans attendre la prcédure en appel.

Nicolas Sarkozy, sans surprise, a été mis en liberté, lundi 10 novembre, par la cour d’appel de Paris, sous un étroit contrôle judiciaire. Si sa détention a été « un cauchemar », l’audience, en visioconférence de la maison d’arrêt de la Santé, à Paris, a été pénible. Mais l’ancien chef de l’Etat, condamné à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l’affaire libyenne, a obtenu l’essentiel. Il est sorti de prison vers 16 heures, dans une voiture aux vitres teintées, escortée par deux motards.

Indépendamment de l’intime conviction que l’on puisse avoir sur les possibles frasques financières de Nicolas Sarkozy, les condamnations que vient de prononcer la justice française en première instance ne reposent que sur un faisceau de présomptions où les bonnes relations nouées entre Sarkozy et Khadafi, lors de l’arrivée au pouvoir du premier en 2007, jouent un rôle central.  Notons que la France n’est pas la seule alors à tendre la main aux Libyens . L’administration américaine très hostile au départ au régime libyen s’était elle aussi rapproché de la dictature libyenne tout comme l’ancien Premier ministre anglais, Tony Blair, reçu régulièrement par le Guide libyen lui même. 

Faute de tout versement direct avéré de  Mouammar Khadafi à l’ancien Président français et en l’absence de tout « pacte de corruption » que le Tribunal d’ailleurs n’a pas retenu, les magistrats se sont rabattus sur le délit d' »association de malfaiteur ». Or on connait le caractère élastique et approximatif de ce délit. Fautes de preuves irréfutables, l’accusation n’a pas fait dans le détail. Nicolas Sarkozy a oeuvré en faveur du rapprochement avec la Libye? Des intermédiaires de second rang mais proches alors de l’Élysée, dont notamment Ziad Takieddine ou Alexandre Djhouri, étaient en lien avec la Libye? Et ces dernier ont profité des bonnes relations Sarkozy/Khadafi pour toucher quelques largesses du guide libyen? C’est que l’ancien président, concluent les juges, était au coeur d' »une association de malfaiteurs » qui a organisé la distribution de largesses bien modestes au regard des dizaines de millions que Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir touché.  

Le mystérieux témoin épargné, Souheil Rached,

Mondafrique revient sur le mystérieux Souheil Rached, un agent de la Libye qui n’a jamais été entendu par la justice et qui fait partie pourtant des onze personnalités que l’ancien Président de la République et ses amis n’ont pas eu le droit de rencontrer depuis le début de l’instruction. Cet oubli est d’autant plus surprenant que ce représentant de Mouammar Kadhafi en France, au mieux avec Nicolas Sarkozy et ses proches, actif en Afrique francophone et très lié aux services français, est parfaitement au courant des relations entre le pouvoir français et le Guide libyen.

Son audition aurait permis d’éclairer utilement les coulisses de ce dossier complexe de financement politique. En privé en effet et lorsqu’il se confiait à son entourage, Souheil Rachel révélait la réalité des aides de Kadhafi à la classe politique française, de gauche comme de droite. « Onze millions, leur expliquait-il, ont été versés à Nicolas Sarkozy via l’Allemagne et en deux fois, sept millions puis quatre millions. Une dizaine de millions ont été donnés à une personnalité de gauche très en vue au Parti Socialiste ». Notons que l’ancien ministre libyen du pétrole, Choukri Ghanem, retrouvé mort noyé à Vienne, évoquait la somme de 6,5 millions versées par ses amis à Nicolas Sarkozy. On n’est pas loin des sept millions dont parle Souheil Rached dans ses confidences. La piste aurait mérité d’être creusée.

                                                                        Nicolas Beau

           Souheil Rached, le barbouze libyen qui en savait trop

Ancien photographe de presse au Liban, Souheil Rached aura été surtout dans sa jeunesse un militant courageux et déterminé du FPLP, l’organisation palestinienne de Georges Habache. C’est à ce titre qu’il rencontre, durant la guerre au Liban, les milieux de renseignement français ainsi que le colonel libyen Saleh Drouki, alors ambassadeur de Libye à Beyrouth.

Présenté à Tripoli au « Guide », le jeune Souheil débute une carrière brillante et foudroyante auprès de Moussa Koussa, qui est chargé, sous l’autorité directe de Kadhafi, de tous les dossiers sensibles à l’étranger. À ce titre, Koussa négociera avec les Anglais le dossier « Lockerbie », du nom de ce village écossais où un avion de la Pan s’écrase en 1988, victime d’un attentat meurtrier (270 morts) qui sera imputé aux Libyens. Apparemment, Moussa Koussa, adepte du double jeu, saura s’y prendre avec les services anglais. Durant la guerre franco-anglaise en Libye en 2011, ce proche parmi les proches de Kadhafi s’enfuit en Angleterre, porteur de ses secrets d’État; il y sera fort bien accueilli, avant de gagner l’Arabie Saoudite, où il séjourne.

De Paris à Bamako

Jusqu’à l’intervention en Libye en 2011, Souheil Rached, francophone et francophile, est l’homme qui connait le mieux les relations entre Tripoli et Paris, comme le raconte fort bien dans le livre « Sarkozy/Kadhafi, histoire secrète d’une trahison » (Le Seuil) la journaliste Catherine Graciet. Le domaine d’intervention de cet agent d’influence s’étend même en Afrique francophone. À l’époque, Kadhafi se veut le roi de l’Afrique sahélienne, où il déverse des dizaines de millions de dollars. Mais il s’agit de pays d’influence française. Souheil Rached déploie tout son talent pour rapprocher les hommes de Kadhafi, la diplomatie française et les chefs d’État africains, notamment au Mali et au Niger.

À Bamako encore aujourd’hui, cet homme de l’ombre est consulté par le président IBK. En revanche à Niamey, il n’est plus personna grata, car les militaires nigériens n’ont guère apprécié la façon dont il a mis en cause leur incompétence et leur corruption auprès du président nigérien Issoufou. Lors de son dernier séjour dans ce pays, il sera exfiltré par la DGSE française dès son arrivée. Les patrons de l’armée nigérienne voulaient lui faire la peau.

Bakchichs pour tous

Depuis peu, Souheil Rached séjourne au Caire où il joue un röle discret pour conseiller le pouvoir égyptien sur le dossier libyen. On peut imaginer qu’il est en phase avec son ancien patron, Moussa Koussa, qui, lui, est consulté par le régime Saoudien. À Riyad comme au Caire, on souhaite que l’ordre revienne en Libye et que les frères Musulmans soient définitivement chassés du pouvoir à Tripoli.

Fort habile, Souheil Rached a maintenu des liens étroits avec ses amis de la DGSE (services extérieurs) ou de la DGSI (contre espionnage), où il avait ses entrées. Ce qui explique que ses séjours parisiens aient toujours été discrets et protégés depuis que l’affaire du financement libyen a éclaté. À moins que les juges ne veuillent pas entendre un témoignage qui n’irait pas dans le sens de leurs à prioris. Ce qu’aurait à déclarer en effet ce témoin clé ne va pas dans le sens de ce qu’on entend généralement sur ce dossier, où seul Nicolas Sarkozy est mis en cause. En privé, Souheil Rachel n’hésitait pas à mettre en cause l’ensemble de classe politique française de gauche comme de droite.  » Onze millions, leur explique-t-il, ont été versés à Nicolas Sarkozy via l’Allemagne et en deux fois, sept millions puis quatre millions. Une dizaine de millions ont été donnés à une personnalité de gauche très en vue au Parti Socialiste ».

Cette version est à l’image du roué colonel Kadhafi, quarante deux années de rêgne, qui ne voulait jamais insulter l’avenir.

Quand Nicolas Sarkozy décida en 2011 d’intervenir en Libye

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L’obsession française sur le voile: Alain Finkielkraut, Élisabeth Badinter… https://mondafrique.com/video/lobsession-francaise-sur-le-voile/ Fri, 10 Oct 2025 14:06:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=32511 L’universitaire américaine Joan Scott, auteure de « la politique du voile », revient sur la crispation du gouvernement français sur « le voile », sans commune mesure avec ce qui se passe dans la plupart des autres pays occidentaux. Dans le monde anglo-américain, même après le 11-Septembre, le voile n’est pas considéré comme l’étendard d’une insurrection. Le gommage de […]

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L’universitaire américaine Joan Scott, auteure de « la politique du voile », revient sur la crispation du gouvernement français sur « le voile », sans commune mesure avec ce qui se passe dans la plupart des autres pays occidentaux.

Dans le monde anglo-américain, même après le 11-Septembre, le voile n’est pas considéré comme l’étendard d’une insurrection. Le gommage de toute différence ethnique, raciale et religieuse n’est pas une condition nécessaire pour l’intégration dans la nation. Une phrase du poète américain Walt Whitman résume à peu près la manière dont la diversité est conçue : « Je suis grand, je contiens des multitudes ».

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de problèmes de discrimination terribles et persistants basés sur les différences (raciales en particulier) aux États-Unis ; simplement ces différences sont reconnues comme partie intégrante de l’héritage national. Elles sont relevées dans les recensements, décrites dans les collections de données institutionnelles, et comprises comme étant la source de notre richesse culturelle. Les appellations composées (« Africain-Américain », « Italien-Américain », « juif-Américain », « musulman-Américain ») disent assez l’acceptation du fait que les identités politiques et culturelles peuvent coexister sans porter atteinte à la nécessaire unité nationale. Si durant les primaires en cours de la prochaine élection présidentielle des failles majeures se sont révélées, elles sont plus fondées sur les disparités économiques que sur les différences ethniques ou religieuses. Ce sont les énormes inégalités de revenus et non les affiliations communautaires qui divisent l’électorat et nos hommes politiques en ce moment.

UNE « HYSTÉRIE POLITIQUE »

Pour toutes ces raisons, l’obsession française du voile islamique nous semble correspondre à ce qu’Emmanuel Terray nommait en 2004 une « hystérie politique ». La rhétorique déchaînée, les menaces et les lois punitives visant les vêtements féminins (hijab, voile intégral, abaya) semblent excessives, pour ne pas dire insensées. L’alarme lancée en 1989 par Alain Finkielkraut, Élisabeth Badinter et d’autres, prédisant que la non-interdiction du hijab dans les écoles serait le « Munich » de la République a conduit certains d’entre nous à se demander comment ces supposés intellectuels sérieux pouvaient grossir le trait à ce point. Récemment, le commentaire de Laurence Rossignol comparant le port du voile à la soumission volontaire à l’esclavage a suscité une interrogation du même ordre : avait-elle la moindre idée de l’épisode historique auquel elle faisait allusion ? Et quand Charlie Hebdo puis la rédaction de Libération ont mis en garde contre l’inévitable pente glissante conduisant du voile aux attentats terroristes et fustigé les « islamo-gauchistes » qui dénonçaient l’amalgame entre les traditions musulmanes et l’islam politique, il était difficile de ne pas lire dans leurs articles autant d’exemples de l’islamophobie qu’ils niaient si bruyamment.

Un autre aspect troublant de la focalisation sur l’habillement des femmes musulmanes est l’idée que la « laïcité » exigerait l’interdiction du voile au nom de l’égalité entre hommes et femmes. Ceux d’entre nous qui connaissent un peu l’histoire de ce mot sont surpris de le trouver invoqué comme principe de l’égalité de genre. Cela n’était certainement pas la préoccupation des anticléricaux qui ont inventé le terme en 1871, ni celle des auteurs de la loi de 1905 qui prescrit la neutralité de l’État en matière de religion et ne dit absolument rien de la façon dont les femmes doivent être traitées. C’est plutôt la « nouvelle laïcité » (ainsi nommée par François Baroin en 2003 lorsque l’interdiction du voile était en débat) qui a fait entrer l’égalité entre les hommes et les femmes dans les principes fondateurs de la République. Elle transfère l’exigence de neutralité de l’État à ses citoyens, des institutions et des représentants de l’État à tout l’espace public et à tous ses habitants. La « nouvelle laïcité » exige des individus qu’ils comprennent que la neutralité, définie comme l’absence du plus modeste signe d’affiliation religieuse, est la condition sine qua non de l’appartenance à la nation.  

Le mot « laïcité » est polémique depuis sa création en 1871 par les militants anticléricaux. À l’époque, il servait à contrer le pouvoir de l’Église catholique ; à présent, il est utilisé pour définir une identité française qui exclut les musulmans. Dans les deux cas, les femmes sont considérées comme un danger potentiel pour la République. Au XIXe et au début du XXe siècle, on soupçonnait les Françaises d’être sous l’influence des prêtres ; au XXIe siècle, ce sont les femmes musulmanes dont les foulards sont le signe d’un « défaut d’assimilation » inacceptable, et d’un refus agressif de l’égalité soi-disant caractéristique de la République. Finkielkraut l’a dit sans détour dans un entretien au New York Times1 : « la laïcité l’a emporté. Et nous ne pouvons faire aucun compromis sur le statut des femmes. (…) Tout vient de là. »

MARIANNE DÉVÊTUE

L’assimilation culturelle est une caractéristique bien connue de l’identité française. Le souci de représenter la France comme une nation homogène est ancien ; des générations d’immigrants ont ainsi été sommés de perfectionner leur pratique de la langue, s’identifier à « nos ancêtres les Gaulois » et déclarer avant tout leur loyauté envers les fondamentaux culturels et politiques du pays. Mais les partisans de l’assimilation n’ont que très rarement ciblé les femmes comme ils le font actuellement. Pourquoi sont-elles devenues l’objet d’une telle attention ? La plupart des terroristes sont des hommes ; les armées de l’organisation de l’État islamique sont complètement masculines. Pourquoi les politiciens français, notoirement rétifs à voter des lois sur la violence domestique, le harcèlement sexuel ou l’égalité salariale, et (pour la plupart) résistant activement à la mise en œuvre de la loi sur la parité en politique, pourquoi ces hommes — avec quelques soutiens féministes — sont-ils si soucieux du statut des femmes dès lors qu’il s’agit de l’islam ? Qu’est-ce que leur obsession du vêtement des femmes musulmanes nous dit sur les angoisses des républicains français ?

Certes, ils en appellent à la vieille idée d’une identité française homogène et à une vision de la laïcité dans laquelle la religion est privatisée — une question de conscience individuelle qui n’a pas à être publiquement exposée. De ce point de vue, peut-être, l’habillement des femmes musulmanes est vu comme marquant plus visiblement leur appartenance religieuse que les vêtements des hommes musulmans. On puise aussi dans les réminiscences de la « mission civilisatrice » coloniale qui vantait le traitement supérieur des femmes françaises (bien avant qu’elles aient le droit de vote ou qu’elles soient libérées des restrictions du Code napoléonien) sur celui des femmes « indigènes », dont les voiles avaient alors un attrait érotique, et n’étaient pas comme aujourd’hui un signe de répression sexuelle. Et puis, il y a la Marianne dévêtue, symbole de la nation ; poitrine nue, elle est La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix et l’icône qui figure en bonne place dans les hôtels de ville d’un grand nombre de municipalités. Dans la polémique actuelle, Marianne à la gorge offerte incarne les femmes françaises émancipées par opposition aux femmes voilées qui seraient soumises à l’islam.

ÉGALITÉ DU MÊME, INÉGALITÉ DE L’AUTRE (SEXE)

Mais je pense qu’il y a plus que tout cela. Quelque chose qu’on pourrait appeler l’inconscient politique du républicanisme français, qui alimente l’hystérie autour du vêtement des femmes musulmanes. Cette hystérie dont nous sommes témoins provient d’une contradiction inavouée, mais persistante entre l’égalité politique et la différence sexuelle. Il est possible que ce ne soit pas le motif direct dans le cas de Badinter ou de Manuel Valls, mais je pense que cela va jusqu’à entacher leur défense inflexible de la République laïque et contribue à expliquer plus généralement la fixation sur les femmes musulmanes et leurs foulards.

La contradiction est évidente depuis 1789 et n’a pas disparu quand les femmes ont obtenu le droit de vote en 1944. La citoyenneté en France est basée sur un individualisme abstrait. L’individu est l’unité essentielle, indépendamment de la religion, de l’ethnie, de la position sociale ou de la profession. Une fois ôtés tous ces éléments, les individus sont tous pareils, c’est-à-dire égaux. Mais dans la longue histoire de la politique française, la différence sexuelle a constitué le principal obstacle au « même », à la ressemblance, vue comme une distinction naturelle et donc impossible à éliminer. La nature a décrété un manque de similitude (donc une inégalité de ce point de vue) que la société ne peut pas corriger. Il y a une profonde incompatibilité entre la promesse universelle d’égalité dans la théorie politique républicaine et la différenciation sexuelle créée par la nature. Cela n’entre pas dans la logique républicaine.

Quand les femmes ont obtenu le droit de vote, ce fut en tant que groupe particulier, non en tant qu’individu(e)s. Dans les débats sur la parité, l’argumentation qui a finalement permis à la loi de passer a été celle qui a remplacé l’individu par le couple hétérosexuel. Sylviane Agacinski a ainsi affirmé (pour la parité et contre le PACS en 1999) qu’il ne pouvait pas y avoir de Parlement monosexué comme il ne pouvait y avoir de familles monosexuées. La complémentarité s’est ainsi substituée à l’égalité des individus. Dans l’éloge de la séduction comme trait de caractère national, la complémentarité est asymétrique : les femmes « consentent amoureusement » à leur subordination aux hommes.

L’accent mis sur le jeu de séduction ouvert entre hommes et femmes, et en particulier l’affichage public du corps des femmes, sert à démontrer leur différence et la nécessité de les traiter autrement. En ce sens, le problème que pose le sexe à la théorie politique républicaine est nié. Paradoxalement, l’« objétisation » de la sexualité féminine sert à « voiler » une contradiction inhérente au républicanisme français : son incapacité à réconcilier la différence sexuelle « naturelle » avec la promesse d’égalité pour tous.

LE VOILE AU PIED DE LA LETTRE

Le voile des femmes musulmanes semble présenter un défi de ce point de vue, menaçant d’exposer la contradiction niée ou réprimée de la théorie républicaine. L’habillement « modeste » répond directement aux problèmes posés par le sexe et la sexualité dans les relations sociales et la politique. Il atteste que les relations sexuelles sont interdites sur la place publique. Certaines féministes musulmanes affirment que c’est ce qui les libère en fait, mais que ce soit le cas ou non, ou que chaque femme qui met un voile en comprenne le symbolisme de cette manière ou pas, le voile signale l’acceptation de la sexualité et même sa célébration, mais seulement dans des circonstances particulières — en privé, au sein de la famille. Le paradoxe ici est que le voile rend explicites — visibles pour tous — les règles de l’interaction de genre qui déclarent que les échanges sexuels se font hors de l’espace public.

C’est la reconnaissance explicite d’un problème que la politique française veut nier qui rend le voile « visible » au sens sexuel du terme. Le vêtement des femmes musulmanes est la preuve des difficultés que présente le sexe pour les échanges dans la sphère publique — difficultés que les républicains français veulent nier. Leurs pieuses déclarations sur l’égalité sont en totale contradiction avec leur profond malaise dès qu’il s’agit de partager le pouvoir avec l’autre sexe. La séduction est pour eux une alternative préférable.

Je ne veux pas nier les aspects patriarcaux des pratiques musulmanes, mais nous ne devons pas ignorer non plus le fait qu’il n’y a pas d’égalité de genre parfaite en France. Les femmes sont objétisées dans les deux systèmes, quoique différemment. Je veux simplement dire que l’hystérie politique sur le voile doit être comprise non pas comme une réponse simple et logique au terrorisme, ni comme la défense de l’égalité de genre. C’est plutôt une façon de nier la persistance d’inégalités à l’intérieur de la société française (inégalités qui vont du genre à la race et à l’ethnie). Ces inégalités ne sont pas accidentelles ; elles sont consubstantielles à un système politique qui fait du « même » abstrait le fondement de l’égalité, et de la différence sexuelle concrète l’exception et la justification d’une inégalité qui, parce qu’elle est « naturelle », ne peut pas être nommée.

C’est peut-être une autre manière de dire que toute l’attention portée à l’inégalité qui caractériserait le sort des seules femmes musulmanes est un moyen d’évacuer les problèmes concernant les femmes françaises en général — différents bien sûr, mais qui n’ont pas été résolus par la loi (le vote, les modifications du Code civil, la parité) ni par d’autres moyens. Une chose est sûre, si l’inégalité de genre existe également dans le monde anglo-américain, elle n’a pas pris la forme de cette obsession des femmes musulmanes et de leurs voiles dont on peut dire qu’elle est une singularité française.

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