France - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/france/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Mon, 20 Jan 2025 22:02:07 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.7.2 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg France - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/france/ 32 32 Procès Sarkozy, Souheil Rached, témoin clé mais ignoré par la justice https://mondafrique.com/decryptage/temoin-cle-des-largesses-de-kadhafi-souheil-rached-vit-desormais-en-egypte/ Sat, 18 Jan 2025 08:45:00 +0000 http://www.mondafrique.info/?p=3372 Alors que le procès contre Nicolas Sarkozy a débuté le lundi 6 janvier dans l’épais dossier d’un éventuel financement libyen des comptes de campagne de ce dernier, Mondafrique revient sur le mystérieux Souheil Rached, un agent de la Libye qui n’a jamais été entendu par la justice et qui fait partie pourtant des onze personnalités […]

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Alors que le procès contre Nicolas Sarkozy a débuté le lundi 6 janvier dans l’épais dossier d’un éventuel financement libyen des comptes de campagne de ce dernier, Mondafrique revient sur le mystérieux Souheil Rached, un agent de la Libye qui n’a jamais été entendu par la justice et qui fait partie pourtant des onze personnalités que l’ancien Président de la République n’a pas eu le droit de rencontrer depuis le début de l’instruction. Cet oubli est d’autant plus surprenant que ce représentant de Mouammar Kadhafi en France, au mieux avec Nicolas Sarkozy et ses proches, actif en Afrique francophone et très lié aux services français, est parfaitement au courant des relations entre le pouvoir français et le Guide libyen. Son audition aurait permis d’éclairer utilement les coulisses de ce dossier complexe de financement politique. En privé en effet et lorsqu’il se confiait à son entourage, Souheil Rachel révélait la réalité des aides de Kadhafi à la classe politique française. « Onze millions, leur expliquait-il, ont été versés à Nicolas Sarkozy via l’Allemagne et en deux fois, sept millions puis quatre millions. Une dizaine de millions ont été donnés à une personnalité de gauche très en vue au Parti Socialiste ».

Ancien photographe de presse au Liban, Souheil Rached aura été surtout dans sa jeunesse un militant courageux et déterminé du FPLP, l’organisation palestinienne de Georges Habache. C’est à ce titre qu’il rencontre, durant la guerre au Liban, les milieux de renseignement français ainsi que le colonel libyen Saleh Drouki, alors ambassadeur de Libye à Beyrouth.

Présenté à Tripoli au « Guide », le jeune Souheil débute une carrière brillante et foudroyante auprès de Moussa Koussa, qui est chargé, sous l’autorité directe de Kadhafi, de tous les dossiers sensibles à l’étranger. À ce titre, Koussa négociera avec les Anglais le dossier « Lockerbie », du nom de ce village écossais où un avion de la Pan s’écrase en 1988, victime d’un attentat meurtrier (270 morts) qui sera imputé aux Libyens. Apparemment, Moussa Koussa, adepte du double jeu, saura s’y prendre avec les services anglais. Durant la guerre franco-anglaise en Libye en 2011, ce proche parmi les proches de Kadhafi s’enfuit en Angleterre, porteur de ses secrets d’État; il y sera fort bien accueilli, avant de gagner l’Arabie Saoudite, où il séjourne.

De Paris à Bamako

Jusqu’à l’intervention en Libye en 2011, Souheil Rached, francophone et francophile, est l’homme qui connait le mieux les relations entre Tripoli et Paris, comme le raconte fort bien dans le livre « Sarkozy/Kadhafi, histoire secrète d’une trahison » (Le Seuil) la journaliste Catherine Graciet. Le domaine d’intervention de cet agent d’influence s’étend même en Afrique francophone. À l’époque, Kadhafi se veut le roi de l’Afrique sahélienne, où il déverse des dizaines de millions de dollars. Mais il s’agit de pays d’influence française. Souheil Rached déploie tout son talent pour rapprocher les hommes de Kadhafi, la diplomatie française et les chefs d’État africains, notamment au Mali et au Niger.

À Bamako encore aujourd’hui, cet homme de l’ombre est consulté par le président IBK. En revanche à Niamey, il n’est plus personna grata, car les militaires nigériens n’ont guère apprécié la façon dont il a mis en cause leur incompétence et leur corruption auprès du président nigérien Issoufou. Lors de son dernier séjour dans ce pays, il sera exfiltré par la DGSE française dès son arrivée. Les patrons de l’armée nigérienne voulaient lui faire la peau.

Bakchichs pour tous

Depuis peu, Souheil Rached séjourne au Caire où il joue un röle discret pour conseiller le pouvoir égyptien sur le dossier libyen. On peut imaginer qu’il est en phase avec son ancien patron, Moussa Koussa, qui, lui, est consulté par le régime Saoudien. À Riyad comme au Caire, on souhaite que l’ordre revienne en Libye et que les frères Musulmans soient définitivement chassés du pouvoir à Tripoli.

Fort habile, Souheil Rached a maintenu des liens étroits avec ses amis de la DGSE (services extérieurs) ou de la DGSI (contre espionnage), où il avait ses entrées. Ce qui explique que ses séjours parisiens aient toujours été discrets et protégés depuis que l’affaire du financement libyen a éclaté. À moins que les juges ne veuillent pas entendre un témoignage qui n’irait pas dans le sens de leurs à prioris. Ce qu’aurait à déclarer en effet ce témoin clé ne va pas dans le sens de ce qu’on entend généralement sur ce dossier, où seul Nicolas Sarkozy est mis en cause. En privé, Souheil Rachel n’hésitait pas à mettre en cause l’ensemble de classe politique française de gauche comme de droite.  » Onze millions, leur explique-t-il, ont été versés à Nicolas Sarkozy via l’Allemagne et en deux fois, sept millions puis quatre millions. Une dizaine de millions ont été donnés à une personnalité de gauche très en vue au Parti Socialiste ».

Cette version est à l’image du roué colonel Kadhafi, quarante deux années de rêgne, qui ne voulait jamais insulter l’avenir.

Quand Nicolas Sarkozy décida en 2011 d’intervenir en Libye

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Crise entre Paris et Alger : Retailleau contesté en France https://mondafrique.com/confidentiels/maghreb/crise-entre-paris-et-alger-retailleau-conteste-en-france/ Mon, 13 Jan 2025 08:41:11 +0000 https://mondafrique.com/?p=124871 Les tensions entre la France et l’Algérie continuent d’enflammer les débats politiques. La récente expulsion controversée d’un « influenceur algérien », renvoyé en France par l’Algérie, illustre ces crispations croissantes. Alors que la droite et l’extrême droite soutiennent activement la ligne dure incarnée par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, des critiques s’élèvent au sein de la […]

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Les tensions entre la France et l’Algérie continuent d’enflammer les débats politiques. La récente expulsion controversée d’un « influenceur algérien », renvoyé en France par l’Algérie, illustre ces crispations croissantes. Alors que la droite et l’extrême droite soutiennent activement la ligne dure incarnée par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, des critiques s’élèvent au sein de la gauche pour dénoncer une gestion jugée provocatrice et peu respectueuse des règles diplomatiques et de l’État de droit.

Une expulsion arbitraire selon la gauche

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a vivement critiqué Bruno Retailleau, allant même jusqu’à prononcer le mot « pyromane » lors de son intervention au Grand Jury RTL – M6 – Le Figaro – Public Sénat. Elle a reproché au ministre de multiplier les « incendies », citant sa sortie médiatique sur la place des femmes voilées lors des sorties scolaires avant d’évoquer l’expulsion précipitée d’un ressortissant algérien sans respecter les procédures légales.

 « Les relations internationales ont des règles. Les gens ne sont pas des colis que l’on retourne à l’expéditeur », a déclaré la responsable politique. Pour Tondelier, Retailleau ne respecte ni les accords internationaux ni les principes de l’État de droit, au moment même où plusieurs analystes de la vie politique plaident pour des relations plus apaisées avec l’Algérie.

« Les relations avec l’Algérie, c’est une chose très importante, il y a près d’un quart des Français qui ont des relations avec l’Algérie, ça ne peut pas être une question parmi d’autres », a rappelé Catherine Tricot, directrice de la revue Regards. « Je pense que Bruno Retailleau connaît bien la question des OQTF, donc là, je ne sais pas à quoi il a joué. La question des OQTF est une question compliquée, on n’expédie pas les gens vers un pays sans avoir un accord du pays vers lequel la personne est expédiée », a ajouté la journaliste, qui constate que la France ne dégrade pas ses relations seulement avec l’Algérie, mais avec de nombreux pays africains.

La mise en garde du PS

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a lui aussi critiqué la gestion de la crise par Retailleau, estimant qu’elle est motivée par une recherche de buzz médiatique. Faure a souligné que cette approche pourrait avoir des conséquences stratégiques. « Attention à la relation que nous devons maintenir avec l’Algérie. Les Russes cherchent à s’implanter en Méditerranée et pourraient se tourner vers des pays comme l’Algérie. La diplomatie, ce n’est pas fanfaronner à la télévision », a averti le député.

Pour Faure, la procédure d’expulsion de l’influenceur algérien, jugée illégale par Alger, montre un manque de respect des règles internationales et compromet la crédibilité de la France sur la scène mondiale.

Retailleau persiste dans sa défense

Face à ces critiques, Bruno Retailleau a défendu ses actions, affirmant que l’arrêté ministériel d’expulsion avait été pris sur la base d’une « menace grave à l’ordre public ». Il a insisté sur la séparation entre les procédures judiciaires et administratives, qu’il considère comme une composante essentielle de l’État de droit.

Malgré cette nouvelle justification, les appels à une désescalade et à un dialogue respectueux avec l’Algérie se multiplient, posant la question de la stratégie française face à un partenaire historique de premier plan.

 

 

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Le ministre Bruno Retailleau contre les TikTokeurs algériens https://mondafrique.com/a-la-une/retailleau-contre-les-tiktokeurs/ Wed, 08 Jan 2025 21:43:53 +0000 https://mondafrique.com/?p=124601 Alors que la France commémorait cette semaine les 10 ans des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, Bruno Retailleau s’est distingué en communiquant sur l’arrestation de plusieurs…influenceurs. Auteurs de dérapages violents et dangereux, ces ressortissants algériens aux parcours tortueux voire chaotiques sont soupçonnés d’être des agents à la solde d’Abdelmadjid Tebboune. Une accusation […]

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Alors que la France commémorait cette semaine les 10 ans des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, Bruno Retailleau s’est distingué en communiquant sur l’arrestation de plusieurs…influenceurs. Auteurs de dérapages violents et dangereux, ces ressortissants algériens aux parcours tortueux voire chaotiques sont soupçonnés d’être des agents à la solde d’Abdelmadjid Tebboune. Une accusation largement relayée malgré l’absence de preuves, quitte à entretenir le fantasme d’une cinquième colonne algérienne.

Les forces de l’ordre n’ont pas traîné. Trois individus, décrits comme des « influenceurs algériens », ont été arrêtés cette semaine à Brest, Échirolles et Montpellier après des propos particulièrement belliqueux et des menaces à l’encontre des personnes qui tenteraient de s’opposer au gouvernement de leur pays d’origine. Un de leurs compatriote, se présentant comme un réfugié politique en France, était également visé par ces dérapages mêlant nationalisme extrême, antisémitisme et complotisme.

Des personnalités politiques et de nombreux médias, à commencer par ceux de la galaxie Bolloré, se sont empressés de dresser un tableau inquiétant : ces « influenceurs algériens » ont agi de manière coordonnée en vue de semer le chaos en France.

Malgré les tensions actuelles avec Alger, le ministère de l’Intérieur n’a pas contredit pas ces accusations développées sur les plateaux TV et radio mais a communiqué à plusieurs reprises sur les arrestations. Une note censée être interne a même été révélée par le Figaro. Celle-ci nous informe que Bruno Retailleau a demandé aux préfets de redoubler de vigilance et d’initier l’ouverture de procédures d’éloignement quand les auteurs de propos haineux sont des ressortissants étrangers résidant en France.

En l’absence de démenti, la petite musique insidieuse a continué de se propager sans encombre dans les débats des chaînes d’informations en continu et sur les réseaux sociaux : ces TikTokeurs seraient-ils les soldats d’une sombre stratégie anti-française bien plus vaste ?

À en croire ces insinuations, l’Algérie, qui préside actuellement le conseil de sécurité de l’ONU, en conflit ouvert avec la France, le Maroc et désormais le Mali, aurait donc misé sur le réseau social préféré des adolescents pour mener une opération de déstabilisation.

Son nom est « de luxe »… « Bledar de luxe »

L’opération commence sur TikTok, temple du divertissement et de la dérision, où la simple ouverture d’un compte peut donner le droit de caresser le rêve de devenir influenceur. Les individus dans le viseur de Retailleau déclinent des noms tous plus loufoques les uns que les autres : « Zazou Youcef », « Imad Tintin » alias « Bledar de luxe », « Abdesslam bazooka », ou encore « Ami (oncle en arabe) Boualem », surnommé comme ça en raison de son âge avancé.

Les conditions de tournage de leurs vidéos révèlent un amateurisme à mille lieues des influenceurs comme Inoxtag, Léna Situations ou encore Squeezie dont ils pensent partager la table. Armés de leurs simples smartphones, « Zazou Youcef », cheveux longs copieusement gominés et lunettes noires XXL, ou encore « Bledar de luxe », vêtu la plupart du temps d’une veste de jogging, se filment dans leur chambre ou dans une voiture, sans prêter la moindre attention au cadrage ou à la qualité sonore.

À l’instar de Bassem Braiki, polémiste proche des milieux d’extrême droite célèbre sur Youtube, ils cherchaient probablement à gagner de nouveaux abonnés et à se rendre célèbres par des provocations. Ils ont finalement atteint leur but mais devront désormais répondre de leurs actes devant la justice et peut-être même faire l’objet d’une expulsion. Les trois personnes arrêtées cette semaine sont ou seront ciblés par des OQTF en raison de leurs démêlés judiciaires. L’Algérie a d’ores et déjà refusé le retour du plus âgé de ces influenceurs, « ami Boualem » (59 ans), désormais placé en centre de rétention administrative en Seine-et-Marne après un aller-retour entre Paris et Alger dans la même journée. 

Chawki Benzehra, un « opposant » au passé intriguant

Acteur-clé derrière cette vague d’interpellations : Chawki Benzehra, lui aussi de nationalité algérienne. L’homme a obtenu le statut de réfugié politique en 2023 pour avoir soutenu, selon lui, le hirak algérien. Celui qui se définit comme un lanceur d’alerte a joué un rôle central en attirant l’attention de Bruno Retailleau sur ces individus, noyés jusqu’à présent dans la jungle des réseaux sociaux. Sympathisant des idées d’extrême droite, il a notamment apporté son soutien à Marion Maréchal ou encore à l’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo, qui cible régulièrement l’Algérie.

Ses interventions dans plusieurs émissions télévisées ont évoqué ce qu’il considère comme une stratégie de déstabilisation orchestrée par Alger, avec la complicité selon lui de la Mosquée de Paris, laquelle a dénoncé dans un communiqué la campagne sournoise menée à son encontre.

En prenant pour cible les influenceurs algériens, Benzehra semble parti pour s’installer comme un invité de choix dans le traitement des questions sensibles liées à l’Algérie et à l’islam, aux côtés de ses indéboulonnables compatriotes Mohamed Sifaoui et Kamel Daoud.

Dans des vidéos enregistrées en 2020 toujours disponibles sur les réseaux sociaux, Chawki Benzehra se montrait pourtant férocement hostile à la France. L’actuel réfugié politique dénonçait une forme d’ingérence de Paris dans les affaires de l’Algérie et des pays du Sahel. Il avait notamment évoqué le rôle néfaste joué par Bernard Kouchner, un homme proche de « l’entité sioniste » selon ses propres mots.

 

 

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L’obsession française sur le voile https://mondafrique.com/video/lobsession-francaise-sur-le-voile/ Mon, 06 Jan 2025 16:06:22 +0000 https://mondafrique.com/?p=32511 L’universitaire américaine Joan Scott, auteure de « la politique du voile », revient sur la crispation du gouvernement français sur « le voile », sans commune mesure avec ce qui se passe dans la plupart des autres pays occidentaux. Dans le monde anglo-américain, même après le 11-Septembre, le voile n’est pas considéré comme l’étendard d’une insurrection. Le gommage de […]

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L’universitaire américaine Joan Scott, auteure de « la politique du voile », revient sur la crispation du gouvernement français sur « le voile », sans commune mesure avec ce qui se passe dans la plupart des autres pays occidentaux.

Dans le monde anglo-américain, même après le 11-Septembre, le voile n’est pas considéré comme l’étendard d’une insurrection. Le gommage de toute différence ethnique, raciale et religieuse n’est pas une condition nécessaire pour l’intégration dans la nation. Une phrase du poète américain Walt Whitman résume à peu près la manière dont la diversité est conçue : « Je suis grand, je contiens des multitudes ».

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de problèmes de discrimination terribles et persistants basés sur les différences (raciales en particulier) aux États-Unis ; simplement ces différences sont reconnues comme partie intégrante de l’héritage national. Elles sont relevées dans les recensements, décrites dans les collections de données institutionnelles, et comprises comme étant la source de notre richesse culturelle. Les appellations composées (« Africain-Américain », « Italien-Américain », « juif-Américain », « musulman-Américain ») disent assez l’acceptation du fait que les identités politiques et culturelles peuvent coexister sans porter atteinte à la nécessaire unité nationale. Si durant les primaires en cours de la prochaine élection présidentielle des failles majeures se sont révélées, elles sont plus fondées sur les disparités économiques que sur les différences ethniques ou religieuses. Ce sont les énormes inégalités de revenus et non les affiliations communautaires qui divisent l’électorat et nos hommes politiques en ce moment.

UNE « HYSTÉRIE POLITIQUE »

Pour toutes ces raisons, l’obsession française du voile islamique nous semble correspondre à ce qu’Emmanuel Terray nommait en 2004 une « hystérie politique ». La rhétorique déchaînée, les menaces et les lois punitives visant les vêtements féminins (hijab, voile intégral, abaya) semblent excessives, pour ne pas dire insensées. L’alarme lancée en 1989 par Alain Finkielkraut, Élisabeth Badinter et d’autres, prédisant que la non-interdiction du hijab dans les écoles serait le « Munich » de la République a conduit certains d’entre nous à se demander comment ces supposés intellectuels sérieux pouvaient grossir le trait à ce point. Récemment, le commentaire de Laurence Rossignol comparant le port du voile à la soumission volontaire à l’esclavage a suscité une interrogation du même ordre : avait-elle la moindre idée de l’épisode historique auquel elle faisait allusion ? Et quand Charlie Hebdo puis la rédaction de Libération ont mis en garde contre l’inévitable pente glissante conduisant du voile aux attentats terroristes et fustigé les « islamo-gauchistes » qui dénonçaient l’amalgame entre les traditions musulmanes et l’islam politique, il était difficile de ne pas lire dans leurs articles autant d’exemples de l’islamophobie qu’ils niaient si bruyamment.

Un autre aspect troublant de la focalisation sur l’habillement des femmes musulmanes est l’idée que la « laïcité » exigerait l’interdiction du voile au nom de l’égalité entre hommes et femmes. Ceux d’entre nous qui connaissent un peu l’histoire de ce mot sont surpris de le trouver invoqué comme principe de l’égalité de genre. Cela n’était certainement pas la préoccupation des anticléricaux qui ont inventé le terme en 1871, ni celle des auteurs de la loi de 1905 qui prescrit la neutralité de l’État en matière de religion et ne dit absolument rien de la façon dont les femmes doivent être traitées. C’est plutôt la « nouvelle laïcité » (ainsi nommée par François Baroin en 2003 lorsque l’interdiction du voile était en débat) qui a fait entrer l’égalité entre les hommes et les femmes dans les principes fondateurs de la République. Elle transfère l’exigence de neutralité de l’État à ses citoyens, des institutions et des représentants de l’État à tout l’espace public et à tous ses habitants. La « nouvelle laïcité » exige des individus qu’ils comprennent que la neutralité, définie comme l’absence du plus modeste signe d’affiliation religieuse, est la condition sine qua non de l’appartenance à la nation.  

Le mot « laïcité » est polémique depuis sa création en 1871 par les militants anticléricaux. À l’époque, il servait à contrer le pouvoir de l’Église catholique ; à présent, il est utilisé pour définir une identité française qui exclut les musulmans. Dans les deux cas, les femmes sont considérées comme un danger potentiel pour la République. Au XIXe et au début du XXe siècle, on soupçonnait les Françaises d’être sous l’influence des prêtres ; au XXIe siècle, ce sont les femmes musulmanes dont les foulards sont le signe d’un « défaut d’assimilation » inacceptable, et d’un refus agressif de l’égalité soi-disant caractéristique de la République. Finkielkraut l’a dit sans détour dans un entretien au New York Times1 : « la laïcité l’a emporté. Et nous ne pouvons faire aucun compromis sur le statut des femmes. (…) Tout vient de là. »

MARIANNE DÉVÊTUE

L’assimilation culturelle est une caractéristique bien connue de l’identité française. Le souci de représenter la France comme une nation homogène est ancien ; des générations d’immigrants ont ainsi été sommés de perfectionner leur pratique de la langue, s’identifier à « nos ancêtres les Gaulois » et déclarer avant tout leur loyauté envers les fondamentaux culturels et politiques du pays. Mais les partisans de l’assimilation n’ont que très rarement ciblé les femmes comme ils le font actuellement. Pourquoi sont-elles devenues l’objet d’une telle attention ? La plupart des terroristes sont des hommes ; les armées de l’organisation de l’État islamique sont complètement masculines. Pourquoi les politiciens français, notoirement rétifs à voter des lois sur la violence domestique, le harcèlement sexuel ou l’égalité salariale, et (pour la plupart) résistant activement à la mise en œuvre de la loi sur la parité en politique, pourquoi ces hommes — avec quelques soutiens féministes — sont-ils si soucieux du statut des femmes dès lors qu’il s’agit de l’islam ? Qu’est-ce que leur obsession du vêtement des femmes musulmanes nous dit sur les angoisses des républicains français ?

Certes, ils en appellent à la vieille idée d’une identité française homogène et à une vision de la laïcité dans laquelle la religion est privatisée — une question de conscience individuelle qui n’a pas à être publiquement exposée. De ce point de vue, peut-être, l’habillement des femmes musulmanes est vu comme marquant plus visiblement leur appartenance religieuse que les vêtements des hommes musulmans. On puise aussi dans les réminiscences de la « mission civilisatrice » coloniale qui vantait le traitement supérieur des femmes françaises (bien avant qu’elles aient le droit de vote ou qu’elles soient libérées des restrictions du Code napoléonien) sur celui des femmes « indigènes », dont les voiles avaient alors un attrait érotique, et n’étaient pas comme aujourd’hui un signe de répression sexuelle. Et puis, il y a la Marianne dévêtue, symbole de la nation ; poitrine nue, elle est La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix et l’icône qui figure en bonne place dans les hôtels de ville d’un grand nombre de municipalités. Dans la polémique actuelle, Marianne à la gorge offerte incarne les femmes françaises émancipées par opposition aux femmes voilées qui seraient soumises à l’islam.

ÉGALITÉ DU MÊME, INÉGALITÉ DE L’AUTRE (SEXE)

Mais je pense qu’il y a plus que tout cela. Quelque chose qu’on pourrait appeler l’inconscient politique du républicanisme français, qui alimente l’hystérie autour du vêtement des femmes musulmanes. Cette hystérie dont nous sommes témoins provient d’une contradiction inavouée, mais persistante entre l’égalité politique et la différence sexuelle. Il est possible que ce ne soit pas le motif direct dans le cas de Badinter ou de Manuel Valls, mais je pense que cela va jusqu’à entacher leur défense inflexible de la République laïque et contribue à expliquer plus généralement la fixation sur les femmes musulmanes et leurs foulards.

La contradiction est évidente depuis 1789 et n’a pas disparu quand les femmes ont obtenu le droit de vote en 1944. La citoyenneté en France est basée sur un individualisme abstrait. L’individu est l’unité essentielle, indépendamment de la religion, de l’ethnie, de la position sociale ou de la profession. Une fois ôtés tous ces éléments, les individus sont tous pareils, c’est-à-dire égaux. Mais dans la longue histoire de la politique française, la différence sexuelle a constitué le principal obstacle au « même », à la ressemblance, vue comme une distinction naturelle et donc impossible à éliminer. La nature a décrété un manque de similitude (donc une inégalité de ce point de vue) que la société ne peut pas corriger. Il y a une profonde incompatibilité entre la promesse universelle d’égalité dans la théorie politique républicaine et la différenciation sexuelle créée par la nature. Cela n’entre pas dans la logique républicaine.

Quand les femmes ont obtenu le droit de vote, ce fut en tant que groupe particulier, non en tant qu’individu(e)s. Dans les débats sur la parité, l’argumentation qui a finalement permis à la loi de passer a été celle qui a remplacé l’individu par le couple hétérosexuel. Sylviane Agacinski a ainsi affirmé (pour la parité et contre le PACS en 1999) qu’il ne pouvait pas y avoir de Parlement monosexué comme il ne pouvait y avoir de familles monosexuées. La complémentarité s’est ainsi substituée à l’égalité des individus. Dans l’éloge de la séduction comme trait de caractère national, la complémentarité est asymétrique : les femmes « consentent amoureusement » à leur subordination aux hommes.

L’accent mis sur le jeu de séduction ouvert entre hommes et femmes, et en particulier l’affichage public du corps des femmes, sert à démontrer leur différence et la nécessité de les traiter autrement. En ce sens, le problème que pose le sexe à la théorie politique républicaine est nié. Paradoxalement, l’« objétisation » de la sexualité féminine sert à « voiler » une contradiction inhérente au républicanisme français : son incapacité à réconcilier la différence sexuelle « naturelle » avec la promesse d’égalité pour tous.

LE VOILE AU PIED DE LA LETTRE

Le voile des femmes musulmanes semble présenter un défi de ce point de vue, menaçant d’exposer la contradiction niée ou réprimée de la théorie républicaine. L’habillement « modeste » répond directement aux problèmes posés par le sexe et la sexualité dans les relations sociales et la politique. Il atteste que les relations sexuelles sont interdites sur la place publique. Certaines féministes musulmanes affirment que c’est ce qui les libère en fait, mais que ce soit le cas ou non, ou que chaque femme qui met un voile en comprenne le symbolisme de cette manière ou pas, le voile signale l’acceptation de la sexualité et même sa célébration, mais seulement dans des circonstances particulières — en privé, au sein de la famille. Le paradoxe ici est que le voile rend explicites — visibles pour tous — les règles de l’interaction de genre qui déclarent que les échanges sexuels se font hors de l’espace public.

C’est la reconnaissance explicite d’un problème que la politique française veut nier qui rend le voile « visible » au sens sexuel du terme. Le vêtement des femmes musulmanes est la preuve des difficultés que présente le sexe pour les échanges dans la sphère publique — difficultés que les républicains français veulent nier. Leurs pieuses déclarations sur l’égalité sont en totale contradiction avec leur profond malaise dès qu’il s’agit de partager le pouvoir avec l’autre sexe. La séduction est pour eux une alternative préférable.

Je ne veux pas nier les aspects patriarcaux des pratiques musulmanes, mais nous ne devons pas ignorer non plus le fait qu’il n’y a pas d’égalité de genre parfaite en France. Les femmes sont objétisées dans les deux systèmes, quoique différemment. Je veux simplement dire que l’hystérie politique sur le voile doit être comprise non pas comme une réponse simple et logique au terrorisme, ni comme la défense de l’égalité de genre. C’est plutôt une façon de nier la persistance d’inégalités à l’intérieur de la société française (inégalités qui vont du genre à la race et à l’ethnie). Ces inégalités ne sont pas accidentelles ; elles sont consubstantielles à un système politique qui fait du « même » abstrait le fondement de l’égalité, et de la différence sexuelle concrète l’exception et la justification d’une inégalité qui, parce qu’elle est « naturelle », ne peut pas être nommée.

C’est peut-être une autre manière de dire que toute l’attention portée à l’inégalité qui caractériserait le sort des seules femmes musulmanes est un moyen d’évacuer les problèmes concernant les femmes françaises en général — différents bien sûr, mais qui n’ont pas été résolus par la loi (le vote, les modifications du Code civil, la parité) ni par d’autres moyens. Une chose est sûre, si l’inégalité de genre existe également dans le monde anglo-américain, elle n’a pas pris la forme de cette obsession des femmes musulmanes et de leurs voiles dont on peut dire qu’elle est une singularité française.

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Un documentaire de Benjamin Stora sur France 5 fait la part belle aux pieds noirs https://mondafrique.com/loisirs-culture/france-2-et-benjamin-stora-liquide-la-guerre-dalgerie/ Sat, 26 Oct 2024 15:40:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=63656 Paresseux et tronqué, le documentaire de cinq heures diffusé sur France 5 ce dimanche 27 octobre co-écrit par Benjamin Stora et Georges-Marc Benamou -« c’était la guerre d’Algérie »- fait surtout la part belle aux pieds-noirs, ce qui ne surprendra pas de la part d’un proche d’Emmanuel Macron  en cette période électorale.  « C’était la guerre d’Algérie », un […]

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Paresseux et tronqué, le documentaire de cinq heures diffusé sur France 5 ce dimanche 27 octobre co-écrit par Benjamin Stora et Georges-Marc Benamou -« c’était la guerre d’Algérie »- fait surtout la part belle aux pieds-noirs, ce qui ne surprendra pas de la part d’un proche d’Emmanuel Macron  en cette période électorale. 

« C’était la guerre d’Algérie », un film de Georges-Marc Benamou, écrit avec Benjamin Stora, 5×52 min, sur France 5, le dimanche 27 octobre

Une chronique de Frédéric Pascal

Pendant des années, « France Télévisions » a rechigné à faire de la guerre d’Algérie une sujet d’exploration pour ses documentaires. Matière trop inflammable, sujet trop sensible, les caciques de la télévision française préféraient se repaître d’innombrables films sur la Seconde guerre Mondiale. Cette période de l’Histoire de France ne présente en effet que des avantages pour des diffuseurs qui ne veulent pas prendre trop de risques avec leur autorité de tutelle.  La dernière Guerre en effet est  un terrain de jeu manichéen parfaitement balisé avec méchants (les nazis) d’un côté et des gentils (les résistants) de l’autre, un sujet peu propice aux polémiques.

Quelques dérisoire crispations pétainisto-zemmouristes pimentent le tout et l’audience est généralement au rendez-vous aurpès d’un public vieillissant.

Trop souvent les combattants algériens ont été juste oubliés dans les documentaires produits en France sur la guerre d’Algérie

Une mémoire franco française

Ces dernières années, quelques projets de grande qualité comme La guerre des appelés (2019) de Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman, avaient pourtant commencé à ouvrir la brèche d’un traitement documentaire de la guerre d’Algérie sur les antennes françaises. Mais s’il mettait en scène d’anciens troufions traumatisés par les crimes de guerre perpétrés de chaque côté, ce film ne présentait, comme son titre l’indique qu’une mémoire franco-française, aussi humaniste fut-elle.

À l’occasion du soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, les antennes publiques ont enfin décidé de franchir le pas et de consacrer deux soirées exceptionnelles à l’évènement avec une longue fresque historique en cinq parties. Un film « sans tabou et à hauteur d’hommes » comme proclame le dossier de presse, censé servir de référence, sinon historique, tout du moins télévisuelle. Un documentaire écrit par deux sommités des salons parisiens : l’écrivain-journaliste et « en même temps » ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Georges-Marc Benamou; l’historien reconnu de l’histoire de la guerre d’Algérie devenu le proche et conseiller de l’ombre de tous les pouvoirs élyséens, Benjamin Stora.

Le rapport Stora sans éclat ni lendemains

Historien réputé devenu le conseiller et l’ami des Présidents successifs, notamment Hollande et Macron, Benjaminn Stora est le gage d’une facture politiquement correcte sur un sujet hyper sensible à un mois de la Présidentielle française. Entre une exposition sans éclat à l’IMA et un voyage avec le Président de la République,  le même est l’auteur d’un rapport sans lendemain sur les relations France-Algérie. Il s’agissait d’une commande du président Macron pour tenter d’habiller un rapprochement netre Paris et Alger qui n’a, hélas, jamais eu lieu.

https://mondafrique.com/benjamin-stora-coupable-de-revisionnisme/

Bref, aux manettes du film, un attelage œcuménique d’habitués de la Cour, taillé pour retranscrire fidèlement ce qu’il faut penser du conflit de ce côté-ci de la Méditerranée. A ceci près que ces auteurs présentent la caractéristique d’être tous les deux pieds-noirs et que dès les premières minutes du film, à contre-courant de l’équilibre des points de vue, vanté par les auteurs dans leur note d’intention. Il affleure inévitablement une certaine nostalgie coloniale qui restera le fil conducteur principal de cette fresque couvrant la période 1830-1962.

Une nostalgie coloniale

L’histoire que le duo Stora-Benamou raconte pendant plus de quatre heures, est donc celle d’un pays de cocagne, saboté par des extrémistes, forcément extrémistes. D’un côté, le lobby des « gros colons » qui bloque systématiquement toutes les tentatives de reformes humanistes avant-guerre comme le plan Blum-Violette, qui laissent la place aux ultras de l’Algérie française; de l’autre les agitateurs indépendantistes qui s’échinent à faire capoter tout compromis plus consensuel.

Le tout sous le regard navré d’un Albert Camus militant de la cause pied-noir et – en même temps – apôtre de la non-violence, érigé en grande conscience du film, alors même que l’écrivain s’était muré dans le silence dès que le début de guerre d’Indépendance, sujet dudit film. Bref…

Le film donne à voir une profusion d’images comme celle ci où l’on voit le général de Gaulle à Alger, mais hélas sans point de vue clair ni véritable articulation

Ses grands témoins très « people »

Pour le reste, le film oscille entre une chronique politique et militaire, précise, du conflit et celle, plus évanescente, du ressenti de la population. On passe de l’embuscade de Palestro (16 morts français) à la Bataille d’Alger, de l’attentat du car de Biskra au dynamitage du Milk Bar, de la semaine des barricades au putsh d’Alger. Le tout dans un tourbillon sans grandes articulations.

Malheureusement, les entretiens réalisés pour le film n’apportent guère d’éclairage pertinent sur ces enchaînements, tant nombre de témoins sollicités aujourd’hui semblent avoir été plus choisis plus pour leur célébrité (Cédric Villani, Yasmina Reza, Pierre Joxe) que pour leur pertinence. On a affaire plus à des experts qu’à de véritables témoins. Parmi les quelques rares entretiens qui sonnent juste, les récits tout en sensibilité de Nicole Garcia et les sentiments ambivalents de Slimane Zeghidour, écrivain élevé dans un camp de déplacés qui, enfant, avait du mal à comprendre la figure du soldat français. Pourquoi ce dernier, se demandait-il, tuait des Algériens et faisait la classe aux enfants de ceux-ci?

Les autres témoignages sont issus pour la plupart d’archives d’anciennes interviews déjà données à la télévision par des protagonistes des événements dans les années 70 ou 80. En exprimant une vérité datée, ils privent le film de la résonnance actuelle que les promoteurs du film assurent pourtant avoir cherché.

Les fondateurs de « l’organisation spéciale », ancêtre du FLN

« L’Orient compliqué de l’Algérie » !

Formellement, cet opus paresseux de la guerre d’Algérie rate également largement sa cible. Le commentaire est lu de façon théâtrale par Benoît Magimel et jalonné de poncifs ridicules (« L’Orient compliqué de l’Algérie » !). Les archives plaquées sans grande pertinence, traitées comme de simples illustrations, sans interroger leur pertinence, reprises en longueur et sans contextualisation, vagues recyclages de vieux reportages de « Cinq Colonnes à la Une ».

Ce qui était annoncé comme une somme définitive bénéficiant de soixante ans de recul et d’analyse, permettant de mettre fin aux ambiguïtés du conflit, se révèle être, en réalité, un pensum long comme un cours d’histoire-géo de ZEP dans les années 80, dispensé par un enseignant médiocre à l’aube de la retraite.

En creux, le film montre par contre assez bien, combien dans les antichambres des Palais nationaux, l’histoire de la guerre d’Algérie a  toujours du mal à passer. Il faudra peut-être encore quarante années supplémentaires supplémentaires pour digérer ce bain de sang sans aigreur d’estomac.

https://mondafrique.com/sur-arte-les-deux-memoires-reconciliees-de-la-guerre-dalgerie/

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Kemi Seba poursuivi pour des infractions au code militaire https://mondafrique.com/confidentiels/kemi-seba-poursuivi-pour-des-infractions-au-code-militaire/ Thu, 17 Oct 2024 17:11:48 +0000 https://mondafrique.com/?p=120273 Arrêté lundi à la sortie d’un restaurant parisien, le panafricaniste Kémi Seba est en garde-à-vue à la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, à Levallois-Perret, pour des infractions au code militaire qui lui font encourir une peine de trente ans d’emprisonnement. Son avocat, le médiatique Juan Branco, accuse Paris de « vengeance mesquine. »  Ce ne sont […]

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Arrêté lundi à la sortie d’un restaurant parisien, le panafricaniste Kémi Seba est en garde-à-vue à la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, à Levallois-Perret, pour des infractions au code militaire qui lui font encourir une peine de trente ans d’emprisonnement. Son avocat, le médiatique Juan Branco, accuse Paris de « vengeance mesquine. » 

Ce ne sont pas les conditions d’entrée sur le territoire français qui sont reprochées à l’activiste. Déchu de sa nationalité française le 9 juillet, pour sa « posture constante résolument anti-française, susceptible de porter gravement atteinte aux intérêts français », selon le courrier que lui avait envoyé le ministère de l’Intérieur en début d’année, Kemi Seba est arrivé légalement en France, quatre jours avant son arrestation, en possession d’un visa Schengen valide délivré par l’Espagne et d’un passeport diplomatique nigérien dument accompagné d’une note verbale et d’un ordre de mission. 

Ce qui lui est reproché désormais, à travers les infractions d’intelligence avec une puissance étrangère et d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, c’est finalement la déclinaison pénale des accusations portées par l’administration française dans la procédure de déchéance. Autrement dit, un délit et un crime relevant du code militaire et appliqué d’ordinaire aux traitres et aux espions.

Son avocat y voit, lui, une atteinte grave aux libertés publiques puisqu’il s’agit, dit-il, d’un contournement des lois sur la presse qui excluent les contraintes de corps.

Venger l’humiliation 

Lors d’une conférence de presse mercredi à Levallois-Perret, Me Juan Branco a précisé que les infractions reprochées à son client « ne peuvent s’appliquer que quand vous nourrissez un conflit militaire avec la France ». Or, ce n’est pas le cas de Kemi Seba, activiste adepte de la non violence. « Il n’a jamais commis ni incité à un quelconque acte de violence. Ca ne lui est même pas reproché. Il n’a fait qu’utiliser des mots », a insisté l’avocat. De même, pas de manoeuvre dissimulée chez Kemi Seba qui, au contraire, a toujours agi publiquement. « Il n’a jamais masqué ses actions et partenariats avec de très nombreuses forces qui font contrepoids à la puissance états-unienne et à l’Occident, que ce soit le Vénézuela, Cuba, la Russie et autre. » Il a aussi publiquement déclaré, lors d’un voyage en Russie, qu’il ne fallait pas compter sur lui pour « asservir l’Afrique à de nouvelles puissances. »

Pour Me Branco, il s’agit plutôt de la construction d’un « prétexte pour détruire cet homme et, probablement, pour venger l’humiliation que ressentent une partie des dirigeants français suite à l’effondrement de ces dispositifs françafricains qui ont longtemps alimenté, y compris financièrement, les élites de ce pays. »

La garde-à-vue du suprémaciste noir peut être prolongée jusqu’à 96 heures. On ignore quelles suites lui seront données :libération pure et simple ou présentation au parquet et placement en détention. Il s’agit d’un « dossier strictement politique », puisqu’initié par le parquet avec, compte-tenu des implications géopolitiques et géostratégiques, une information très suivie des plus hautes autorités de l’Etat, a dit Me Branco. Kemi Seba pourrait aussi être expulsé au Bénin, où le Président Patrice Talon ne l’accueillera pas avec des fleurs, compte-tenu des relations de l’activiste avec l’opposition. Dans ce pays officiellement démocratique dont le Président règne sans partage, plusieurs opposants purgent actuellement de lourdes peines d’emprisonnement.

Kémi Séba, figure de l’anti colonialisme au Sahel, aurait été arrêté en France

 

 

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Paris et Niamey se disputent l’héritage du grand cinéaste Jean Rouch https://mondafrique.com/loisirs-culture/paris-et-niamey-se-disputent-lheritage-du-grand-cineaste-jean-rouch/ Wed, 16 Oct 2024 01:21:03 +0000 https://mondafrique.com/?p=120233 Jean Rouch, enterré depuis 2004 au cimetière chrétien de Niamey, après une vie dédiée à la contemplation de la culture de l’ouest nigérien, en serait sans doute le premier étonné. Autour de son nom, donné après sa mort au centre culturel franco-nigérien récemment rebaptisé par les autorités militaires, une vive polémique a surgi dans les […]

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Jean Rouch, enterré depuis 2004 au cimetière chrétien de Niamey, après une vie dédiée à la contemplation de la culture de l’ouest nigérien, en serait sans doute le premier étonné. Autour de son nom, donné après sa mort au centre culturel franco-nigérien récemment rebaptisé par les autorités militaires, une vive polémique a surgi dans les milieux culturels où il occupa une place éminente pendant des décennies.

On s’en souvient, dans le sillage de la grave crise de l’été 2023, les nouvelles autorités militaires, poussées plutôt que suivies par la jeunesse de la capitale, rompent avec la France. Les menaces d’intervention militaire brandies vainement par Emmanuel Macron après le renversement de son ami Mohamed Bazoum sont sanctionnées à l’automne par l’expulsion de l’ambassadeur de France Sylvain Itté et du contingent militaire. Tous les compartiments de la relation entre les deux pays sont fracassé, y compris la coopération culturelle et académique.

C’est Paris qui ferme le Centre culturel et le lycée français, rapatriant les employés français, et c’est Paris qui refuse de rouvrir la médiathèque à la demande du tout nouveau ministre de la Culture. A ce moment-là, la France s’essuie les pieds sur le statut binational du Centre, qui a servi de modèle au Mozambique et à la Guinée.

«Le Président Diori avait dit : ‘je ne veux pas de centre culturel français au Niger’», explique Delphine Boudon, qui a organisé la cérémonie de baptême du centre en décembre 2006, en tant que directrice du CCFN. «C’est ainsi qu’est né, au lendemain des indépendances, le premier centre binational du réseau ; un statut unique qui inscrit la coopération au cœur de ses missions.»

Jean Rouch au Centre culturel frano-nigérien (Photo Loïc Quentin)

D’un ami l’autre

Dans ce contexte de paralysie, les autorités nigériennes décident, le 27 juin 2024, de mettre fin au statut franco-nigérien de l’établissement. Le Centre culturel franco-nigérien (CCFN) Jean Rouch va devenir le Centre culturel Moustapha Alassane. Le second, décédé en 2015, était un grand ami et compagnon du premier. C’est d’ailleurs en allant visiter son studio, sur la route de Tahoua, que le très vieil homme, atteint de la maladie d’Alzheimer, meurt dans un accident de voiture. Damouré Zika, le complice du cinéaste depuis 1939 et son comédien de prédilection, a d’ailleurs conclu sobrement à l’époque que Jean Rouch était parti chercher la mort.

Dans un post du 2 juillet qu’on croirait dicté par l’Elysée, Jean-Michel Neher, le lointain successeur de Delphine Boudon, ne s’attarde pas «sur les causes, les tensions, les négociations qui ont été tentées, les justifications et les silences». Il impute la mort du CCFN à une décision «unilatérale de la junte militaire», «un quarteron de généraux sans foi ni loi» qui installe «lentement, sournoisement, une dictature qui ne dit pas son nom». Neher ajoute regretter la «cessation définitive d’une coopération bilatérale née il y a soixante ans» et convoque le souvenir des milliers d’actions menées par le CCFN pour s’efforcer «d’être un rempart à l’ignorance, l’obscurantisme, aux dérives autoritaires et aux mensonges de toute sorte (….)susceptibles d’entraver l’ascension démocratique du Niger.»

L’auteur se rend-il compte, en écrivant ces mots vengeurs, combien il incarne la bien-pensance coloniale qui irrite tant les Nigériens?

Si en baptisant le centre du nom de Moustapha Alassane, les autorités continuent d’exprimer une forte volonté de souveraineté nationale qui concerne aussi d’autres édifices de la capitale, elles rendent aussi hommage, peut-être sans le savoir, à une amitié d’une richesse et d’une longévité exceptionnelles, qui fut le creuset du cinéma nigérien, remarquable par sa liberté et sa singularité.  

Rigolade et poésie   

Delphine Boudon découvre cette histoire en préparant le baptême du Centre, en décembre 2006, près de deux ans après la disparition de Rouch. «C’est très bien qu’ils aient donné le nom de Moustapha au centre culturel ! Rouch savait qu’il était Blanc, qu’il ne pouvait pas tout comprendre. Mais il était à la recherche du merveilleux que lui offraient ses amis nigériens. C’était un échange permanent, dans l’amitié et la rigolade. Les premiers films de Rouch étaient purement ethnographiques et c’est la fréquentation de ses amis nigériens qui l’a poussé vers la fiction. Je pense qu’il était vraiment très sympa et très marrant. D’ailleurs, Rouch et ses amis passaient leur temps à se marrer. »

Moustapha Alassane à Paris (photo Loïc Quentin)

Pour Delphine Boudon, il ne faut surtout pas voir dans l’histoire de Rouch et des précurseurs du cinéma nigérien une relation de maître à disciples. A son premier voyage, en 1939, Jean Rouch était encore ingénieur des Ponts-et-Chaussées, employé à la réfection de la route d’Ayorou. Il n’est devenu ethnographe, puis cinéaste autodidacte, que par la suite, avec les moyens du Centre National de la Recherche Scientifique. Sa philosophie, c’était le partage.  

«Ce n’était pas une aventure à vocation commerciale. Chacun faisait avec ce qu’il était. Rouch était un passeur. Il amenait les moyens techniques, de quoi mettre de l’essence dans les bagnoles et du matériel. Et il leur apprenait à s’en servir», poursuit Delphine Boudon.

Quand Rouch rencontre son double nigérien, Moustapha, ce dernier est mécanicien. Il tournera ensuite un western («Le Retour d’un Aventurier») et des dessins animés. C’est le seul cinéaste africain à avoir exploré ces genres. Damouré, le traducteur de 1939, devient infirmier auprès du médecin-chef de l’hôpital de Niamey et reste le comédien fétiche de Rouch et son initiateur aux cultes sonraï. Djingarey Maïga s’essaye à la caméra puis réalisera une oeuvre profondément originale, une fresque noire sur l’histoire moderne de son pays. Oumarou Ganda, premier récipiendaire du grand prix du Fespaco en 1972 pour «Le Wazzou polygame», est docker sur le port d’Abidjan, comme Sembène Ousmane, quand il rencontre Rouch.  

Au fil des décennies, ses oeuvres purement ethnographiques, comme le court-métrage «Les Maîtres fous», sur les rituels de possession sonraï (1955), cèdent la place à un cinéma de fiction qui exulte le trio de comédiens de Rouch, Damouré, Lam et Tallou, dans des pièces jubilatoires et fantaisistes, telles que le road movie «Cocorico monsieur Poulet» en 1974. Entretemps, Rouch devient célèbre, comme l’inventeur du cinéma réalité.

Une méthode féconde

Lors du baptême du centre, en décembre 2006, Inoussa Ousseini, ancien ministre de la Culture, l’un des benjamins de la bande de Rouch, réalisateur lui-aussi («Paris, c’est joli»), veut renouer les fils de l’histoire. Il initie le Forum du Cinéma documentaire, qui accueille des ateliers amateur et exhorte les jeunes Nigériens à faire des films «pour le plaisir», sans s’occuper de technique. Cette dynamique, appuyée par d’autres partenaires autour de l’ambassade de France, donnera naissance à la dernière génération de cinéastes nigériens, dont les oeuvres documentaires sont actuellement saluées à l’étranger, à l’instar de celles de leurs aînés dans les années 1970 et 1980.  

Issu de cette histoire singulière, «le cinéma nigérien, contrairement à d’autres cinémas complètement adaptés aux standards occidentaux, est sans concession», estime Delphine Boudon.

C’est sans doute pour toutes ces raisons que le débat, particulièrement parmi les professionnels du cinéma, est si vif au Niger. Car Rouch a beaucoup partagé son amour du pays dont il a contribué à faire émerger le cinéma. 

Ecrivain, dramaturge et cinéaste, Idi Nouhou, rend hommage à Rouch pour avoir «fait connaître les traditions nigériennes comme personne d’autre (…) utilisant le puissant vecteur cinématographique». Mais il s’étonne «qu’on ose croire que Jean Rouch travailla pour le Niger au détriment de sa Nation.» «Sommes-nous si aliénés qu’on oublie qu’il vint dans le sillage de la colonisation ? Sommes-nous à ce point déracinés qu’on préfère conserver l’empreinte des autres sur nous-mêmes, et qu’on refuse de nous regarder en face et de reconstruire notre véritable identité ? (…) S’il était toujours vivant, Jean Rouch serait le premier à applaudir un tel changement de nom, lui qu’on dit tant nous aimer.»

Anticolonial et fan de Rouch

Pour Idi Nouhou, qui cite Sembène Ousmane et cheick Anta Diop, l’esclavage, la colonisation et les crises plus récentes, il est temps «d’admettre la nécessité de certains actes et sacrifices radicaux pour une conversion des mentalités dans notre pays, pour la reconquête de notre être véritable, de nos valeurs, de notre indépendance effective, dans nos esprits d’abord, et dans le devenir de notre Nation ensuite.»

Un autre réalisateur et grand cinéphile, Ousmane Ilbo, salue le sens de l’amitié exceptionnel démontré par le cinéaste, à contre-courant, selon lui, de la culture coloniale. «Jean Rouch montre la nécessité des rapports longs et durables. Plus de soixante ans l’ont lié au Niger et à ses amis nigériens ; cela mérite réflexion. Peut-on encore comprendre cette évidence, pourtant bien banale, que sans durée il n’y a pas de réelle amitié, pas de confiance vraiment partagée? Le provisoire n’engendre ni ne fonde une relation authentique à travers laquelle se nouent lentement et se déploient respect réciproque et amitié. Ce principe de base a toujours été balayé par l’administration coloniale comme dans les échanges récents d’experts et de coopérants. La vieille crainte coloniale était que l’individu qui dure quelque part ne se perde pour la ‘ Civilisation’. Jean Rouch n’a été interrompu que par la mort dans son souci d’une communication toujours entretenue et renouvelée.»  

En tournage au Niger, 1995. (Photo Loïc Quentin)

Ilbo et Nouhou se disputent sur la toile.

«Nous respectons Jean Rouch, mais nous nous respectons plus ; c’est nous qui lui avons permis tout cela», réagit un internaute. Tandis qu’Aïcha Macky, la star de la nouvelle génération de cinéastes, cherche à réconcilier les points de vue. «Même Rouch pourrait se réjouir de cela puisque Moustapha Alassane est un ami à lui. S’il lui a transmis le savoir et l’amour du cinéma, ce n’est pas le changement du nom qui lui ferait mal. » Ibrahim Abdoulaye Diori, descendant du premier Président du Niger, salue, lui, la binationalité initiale du centre, qui traduisait «une amitié entre deux peuples et un partage de culture» et il estime que la politique n’aurait pas dû s’y introduire.

Voyage au pays du non retour

L’écrivain et professeur d’université Saley Boubé Bali ne se prononce pas sur le débat politique. Il préfère raconter son souvenir des dernières heures de Jean Rouch, lors de la projection de son dernier film, au centre culturel, justement. «Rouch était assis entre l’anthropologue Diouldé Laya et Moustapha Alassane. J’étais assis juste derrière lui. A la fin, il a dit ‘je vais au pays de non retour.’»

Après sa mort, le lendemain, poursuit l’écrivain, «le corps a été évacué à Niamey et une réunion a eu lieu au CCFN pour statuer sur le lieu où il devrait être enterré en présence de l’ambassadeur de France et, si je ne me trompe pas, du ministre Abdou Labo. Diouldé Laya était présent aussi. Dans son testament, Jean Rouch avait exprimé le voeu d’être enterré au Niger et qu’on joue du violon sur sa tombe avant de la refermer. Ce qui fut fait.» (Le violon gogué monocorde fait partie de l’orchestre rituel sonraï.)

Jean Rouch, avec sa femme Jocelyn, lors de sa dernière apparition publique, au Centre culturel, février 2004

Et Boubé Bali de conclure, résumant le point de vue de beaucoup : «Je suis certain d’une chose : si on avait demandé à Rouch de proposer le nom d’un cinéaste pour le Centre culturel franco-nigérien, il aurait proposé Moustapha Alassane. Et si on avait demandé à Alassane de remplacer le nom de Rouch par son nom, il aurait refusé.»

«Le plus triste, dit Delphine Boudon finalement, c’est que plus personne ne veut entendre que ça a existé, qu’il y a eu des amitiés, de l’amitié entre des Français et des Nigériens.».

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Kémi Séba, figure de l’anti colonialisme au Sahel, aurait été arrêté en France https://mondafrique.com/politique/kemi-seba-un-funambule-au-sahel/ Tue, 15 Oct 2024 06:59:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=112448 Si l’arrestation de Kemi Séba, le célèbre panafricaniste, n’est pas encore rendue publique ni par les autorités ni par les médias français, elle tourne en boucle depuis quelques heures sur tous les réseaux africains. L’activiste et président de l’organisation Urgences panafricanistes Kémi Séba aurait été arrêté le 14 octobre alors qu’il déjeunait dans un restaurant du […]

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Si l’arrestation de Kemi Séba, le célèbre panafricaniste, n’est pas encore rendue publique ni par les autorités ni par les médias français, elle tourne en boucle depuis quelques heures sur tous les réseaux africains. L’activiste et président de l’organisation Urgences panafricanistes Kémi Séba aurait été arrêté le 14 octobre alors qu’il déjeunait dans un restaurant du 15ème arrondissement. Les raisons de ces interpellations sont inconnues. En juillet 2024, Kemi Séba s’est vu retirer sa nationalité française, quelques semaines plus tard, les autorités nigériennes lui ont délivré un passeport diplomatique qui toutefois ne lui permettrait pas de séjourner en France sans visa.

L’activiste béninois Kémi Séba affiche résolument ses positions panafricanistes et anti françaises aux côtés des dirigeants militaires des trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel et un terreau favorable à ses idées dans toute la région. Depuis les luttes anticoloniales et indépendantistes du XXeme siècle, le mouvement panafricaniste porté par des intellectuels, artistes et militants, promeut l’émancipation du « monde noir » centré sur le continent africain.

Un portrait signé par Olivier Vallée.

 

Le monde yoruba organise ses divinités, que l’on retrouve dans le vaudou béninois, autour d’une figure mythique entre héros et bouffon, reliant le sacré au trivial, pas loin d’un désordre nécessaire à la vérité. Les anthropologues adoptent le terme de trickster pour définir ce Janus ce qui, en français, peut paraître péjoratif. Par de nombreux aspects, Kémi Séba, de culture fon et yoruba, joue de ces répertoires.

La consolidation de la trilatérale de l’Alliance des États du Sahel a donné au leader de l’afrocentricité une position d’allié institutionnel, formant quasiment la quatrième figure du panthéon des dirigeants militaires du Sahel, dans une sorte de carré d’as où il symbolise la force toujours oubliée des nations africaines, la jeunesse. Ces jeunes citadins ont été la base de la mobilisation contre les menaces militaires françaises au Niger et une masse de manœuvre au Mali que les colonels se sont employés à détacher du populaire imam Mahmoud Dicko.

Au Burkina Faso, le ralliement des élites civiles au régime d’Ibrahim Traoré reste équivoque. Pour certains, la société burkinabé reste encore engluée dans les formes coloniales et bourgeoises de son passé récent. L’activiste Hassane Bationo, connu sous le nom de Bationo de Kyon sur les réseaux sociaux, se réclame du soutien à la transition. Il s’est institué chef du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) de la communication. Le BIR de l’agit-prop est, pour lui, le complément idéologique des Forces de Défenses et de Sécurité et des Volontaires de la Patrie, vivier de la popularité du capitaine Traoré.

Au Faso, l’apparition dans les médias de Kémi Séba viendra donner un brevet internationaliste et moderne à la dynamique engagée de bouleversement des messages et des acteurs de la communication. Après la prise à partie de l’ancien colon, place au revivalisme des croyances ancestrales et des traditions culturelles africaines, en rupture avec l’héritage colonial du christianisme en Afrique, particulièrement notable au Faso.

Le socle kémitique

En 2002, Kémi Séba trouve son pseudonyme : « Étoile Noire » en medu netjer (égyptien ancien). Le propagandiste fait directement référence au kémitisme, grand prêtre de l’infusion lente de cette spiritualité dans la diaspora noire française. Les accusations d’antisémitisme ont eu raison de la Tribu Ka, le groupe qu’il avait fondé pour défendre la singularité du kémitisme. Au nom de l’antisémitisme, Gérald Darmanin, le ministre français de l’Intérieur, a demandé le retrait de la nationalité française de l’activiste né à Strasbourg.

Pour Kémi Séba, l’Egypte est « la matrice civilisationnelle de (notre) peuple, comme l’enseignait le professeur Cheikh Anta Diop ». (Voyage en Egypte, 2023)

Qu’est que le kémitisme ? « C’est un mouvement spiritualiste qui promeut le retour aux ‘sources’, c’est-à-dire aux valeurs et croyances ancestrales comme seules conditions pour la renaissance de l’Afrique », explique le professeur Bony Guiblehon, enseignant-chercheur au département d’anthropologie et de sociologie de l’université de Bouaké et spécialiste des religions. Mais cette version académique du kémitisme semble molle et restreinte face à sa réinterprétation actuelle. Kémi Séba va en effet plus loin, puisant aux origines qui rejettent les religions révélées et ancrent l’Afrique dans une généalogie sacrée et pharaonique. Cela lui permet « de tirer paradoxalement (ses) références autant dans la Bible que dans le Coran mais également aux divinités de l’Égypte antique ou encore aux rastafaris », poursuit le professeur Guiblehon.

Le sociologue sénégalais Abdou Khadr Sanogo complète en soulignant que le kémitisme était, à la base, un mouvement culturel qui cherchait à prouver l’interdépendance entre les peuples noirs d’un point de vue idéologique, linguistique et culturel. On pouvait alors l’assimiler au panafricanisme et même à la négritude.

Kémi Séba introduit ainsi la Kabbale dans son bricolage idéologique.

Cet assemblage reste flou sur son contenu en matière de panafricanisme. Pourtant, l’ensemble thématique qui se dégage parait beaucoup plus riche que la caricature qui en est faite par les influenceurs stipendiés et les oukases sécuritaires. Il offre aujourd’hui une vaste palette identitaire à Kémi Séba. En Afrique, il se met à disposition de nationalismes officiels qui le récupèrent avec l’étiquette souverainiste. Par étapes, on assiste au changement de registre et de niveau pour l’activiste français, longtemps la cible des organes réactionnaires de son pays et de ceux qui en faisaient le parangon de l’antisémitisme noir.

Des Black Panthers à la lagune du Dahomey

En 2006, Jeune Afrique le présente comme le « Farrakhan français ». C’est donner beaucoup d’importance à Farrakhan, patron de « Nation of Islam », car Kémi Séba a parcouru un chemin plus complexe que l’inventeur d’un Islam africain-américain qui connaît peu d’adeptes. Au contact des Africains-Américains qu’il rencontre, bien que se situant dans un autre imaginaire, Kémi Séba assimile que le puissant mouvement hip hop d’outre-Atlantique est sensible au discours de l’afrocentricité triomphante. On cite Tupac Shakur, Sista Souljah, X-Clan, Public Ennemy, Scar-Face, Shaquille O’Neil, Erykah Badu, Lauren Hill, Dead Prez, Capone N’Noriega, Black Lyrical Terrorist : des personnalités et des groupes écoutés, admirés, adulés, du secteur A de Niamey à Dakar Fann. Avec le rap, l’Égypte ancienne se métisse de violence, d’argent et de masculinité comme modes d’affirmation.

En meeting avec son mouvement « Urgences panafricanistes ».

Kémi Séba a 21 ans seulement lorsqu’il fonde le Parti kémite, rassemblement de Noirs afrodescendants, pour la revalorisation de la dignité noire, sans victimisation. Il dénonce le jeu des puissances occidentales qui, depuis la nuit des temps, pillent l’Afrique. Suit la Tribu Ka, déjà évoquée, dissoute le 28 juillet 2006 par Nicolas Sarkozy, première organisation noire interdite sous la Ve République. A sa sortie de prison, il écrit le « Politik Street Show », qu’il joue à plusieurs reprises au Théâtre de la Main d’Or. En 2009, il est recruté par Malik Zulu Shabazz, ex-bras droit de feu Khalid Abdul Muhamad, comme porte-parole de la cellule française du New Black Panther Party. La police française le suit de près et lui interdit de quitter le territoire. Cependant, il rejoint l’Afrique et, à partir de Dakar, s’active dans l’édition, la radio et les media sociaux, sillonnant les universités à l’invitation de ses sympathisants. Il appartient à la famille béninoise Capochichi, un nom prestigieux que l’on pourrait traduire par «chef puissant»  et trouve un cadre d’expression à Cotonou, le groupe de presse de la Gazette du Golfe. Kémi Séba y tient une chronique et ajoute à son portefeuille de combat le franc CFA. La part fon et yoruba de son système de pensée prend de l’importance, et d’Afrique, il s’adresse à la diaspora noire, surtout francophone.

La rupture nigérienne

Les coups d’État, et en particulier le renversement de Mohamed Bazoum au Niger, incitent les autorités béninoises à le rappeler à l’ordre après sa participation à la grande marche de soutien au régime du général Abdourahamane Tiani à Niamey en septembre 2023. Cette démonstration de solidarité survient quelques jours après le coup d’État du 26 juillet. Les autorités béninoises le visent en mettant en garde la presse et les usagers des réseaux sociaux contre toute «apologie des coups d’État». Le groupe de presse la Gazette du Golfe, qui comprend une télévision, une radio, un hebdomadaire et des plates-formes sur internet, est suspendu le 8 août 2023 dans ce contexte. Le bras de fer avec Patrice Talon commence. Il rebondit quand Kémi Séba se range du côté nigérien dans le conflit récent de la frontière entre les deux pays, s’inscrivant délibérément comme un acteur paraétatique dans une lutte autorisant la dénonciation de l’impérialisme français et des oligarchies africaines.

La propagande française veut, dans ce cadre, en faire un agent russe, ce qui est assez drôle quand on sait le nombre de Français blancs dont les revenus proviennent de Poutine. En réalité, il semble plutôt s’agir d’un opportunisme politique encouragé par l’effondrement de la Françafrique.

Photo de famille du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) en novembre 2023. Kémi Séba est en blanc, au centre.

Le piège de la consécration ?

Dans la sphère culturelle et intellectuelle, Kémi Séba est associé aux influenceurs, au rap, à la jeunesse et il ne suscite pas de sympathie de la part des autorités religieuses musulmanes. Le kémitisme autochtone existe ainsi au Mali et s’affirme outrageusement hostile à toutes les religions, dont l’Islam, sans s’attirer les foudres du nouveau pouvoir militaire. Malgré la tentative pour amalgamer Kémi Séba à la décolonialité, maladroitement esquissée par le gouvernement français et ses relais, il s’en distingue. La plupart des militants décoloniaux actuellement en vue, de Norman Ajari à Maboula Soumahouro et Rokhaya Diallo, se réfèrent davantage aux courants de pensées anciens et récents venus des Etats-Unis qu’à l’Afrique profonde. Ces intellectuels se penchent davantage sur W.E.Dubois et le mythe du retour à Afrique que sur l’utopie d’une Égypte nègre.

Leurs conceptions contemporaines – intersectionnalité, blanchité, queer, privilège blanc – ne font pas partie de la grille d’interprétation des activistes africains comme Kémi Séba. Pour l’économiste et écrivain sénégalais Felwine Sarr, le discours simpliste du trublion pointe de vraies questions, auxquelles il faut apporter des réponses de fond.  « Le doigt de Kémi, aussi grossier puisse-t-il nous paraître, pointe une lune qui existe bel et bien et un problème qui est réel : les rapports de domination économiques, politiques et militaires, qui font que, malgré des indépendances obtenues dans les années 1960 pour la plupart des nations africaines, la décolonisation est un processus qui est loin d’être achevé », disait Felwine Sarr au journal Le Monde le 28 août 2017. Si Kémi Séba ne se préoccupe pas de reconnaissance outre-Atlantique, Harvard et d’autres universités le comptent comme une des facettes des changements de l’opinion continentale, caraïbe et africaine-américaine. Il a critiqué le troisième mandat d’Alassane Ouattara et également Alpha Condé, qui le bannit alors de Guinée pour trois ans. Plus épineux, en mai 2021, il proteste contre les actions des forces militaires du Rwanda en République démocratique du Congo, y compris les viols et le pillage des ressources naturelles. 

Le panafricaniste de 42 ans qui doit rejoindre le Faso dans quelques heures est fondamentalement un tenant de l’afrocentricité. Celle-ci se dilue pourtant, peu à peu, dans l’énonciation de questions diverses comme le franc CFA ou la souveraineté, domaines où les intellectuels professionnels et les bureaucrates reprennent aisément la main. La proximité récente avec les responsables suprêmes des pays du Sahel ressemble à une consécration pour celui qui s’est découvert une nouvelle identité à l’âge de 18 ans. Cependant, avec les années et les honneurs, il lui sera de plus en plus difficile de marcher sur la ligne de crête entre la jeunesse africaine et le pouvoir des armes.

Kemi Seba menacé de perdre la nationalité française

 

 

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Macky Sall, l’opposant numéro un, se désengage du Pacte de Paris https://mondafrique.com/international/macky-sall-remercie-macron-et-se-desengage-du-pacte-de-paris/ Mon, 07 Oct 2024 21:57:42 +0000 https://mondafrique.com/?p=119818 L’ancien Président sénégalais Macky Sall, qui s’est engagé dans la campagne des législatives au Sénégal,  n’aura pas fait long feu à la tête du Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète, une coalition de plaidoyer pour le financement international de la transition climatique au profit des Etats vulnérables, créée par Emmanuel Macron après […]

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L’ancien Président sénégalais Macky Sall, qui s’est engagé dans la campagne des législatives au Sénégal,  n’aura pas fait long feu à la tête du Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète, une coalition de plaidoyer pour le financement international de la transition climatique au profit des Etats vulnérables, créée par Emmanuel Macron après le sommet pour un nouveau pacte financier mondial de juin 2023.

Nommé envoyé spécial du 4P en avril dernier par le Président français, en guise de lot de consolation après sa sortie mouvementée de la vie politique du Sénégal, Macky Sall ne semble pas avoir goûté exagérément les délices de la fonction offerte, dont les contours restent aussi  fumeux que technocratiques.  

Il a démissionné, le 5 octobre dernier, par une lettre adressée à Emmanuel Macron, le remerciant pour « la tâche exaltante » et la confiance placée en lui et renouvelant son attachement à leur amitié.

Mobiliser la communauté internationale autour des objectifs du Pacte de Paris est moins pressant pour l’ancien Président que revenir croiser le fer dans son pays, en tant que tête de liste de la Coalition Takku Wallu Sénégal pour les législatives fixées au 17 novembre. Il affrontera ainsi à nouveau son ennemi juré, le Premier ministre Ousmane Sonko, tête de liste des Patriotes sénégalais du Pastef. 

Macky Sall avait conduit le pays au bord du chaos en essayant de se maintenir au pouvoir par l’interruption du processus électoral, au printemps dernier.

Le dîner discret de Macky Sall avec Emmanuel Macron

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Avec quelques 300000 visiteurs par mois pour notre site fondé en 2014, 35000 abonnés sur Instagram et 3000 fidèles de nos pages WhattsApp (Afrique, Liban, Niger, Gabon, Algérie, Maroc…et naturellement la Côte d’Ivoire ), « Mondafrique » a imposé une vision pluraliste et originale en matière d’information sur le monde arabe et africain.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, nous ne nous interdisons pas d’accueillir des analyses sur les grands équilibres mondiaux. 

Notre positionnement critique vis à vis des pouvoirs en place, la diversité des contributeurs du site -journalistes, diplomates, universitaires ou simples citoyens-, la volonté enfin d’apporter des informations et des analyses qui tranchent avec la « grande presse » (ou supposée telle)  ont été nos seules lignes de conduite. 

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