France - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/france/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Wed, 25 Mar 2026 11:50:01 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg France - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/france/ 32 32 Les banques d’Afrique à la rescousse du Sénégal https://mondafrique.com/economie/les-banques-dafrique-a-la-rescousse-du-senegal/ https://mondafrique.com/economie/les-banques-dafrique-a-la-rescousse-du-senegal/#respond Wed, 25 Mar 2026 08:37:17 +0000 https://mondafrique.com/?p=149396 Il y a 11 jours, le Sénégal devait assurer une échéance de 471 millions d’euros pour l’ensemble des eurobonds (obligations en euros) émis par l’État. Beaucoup attendaient ce que l’on nomme le défaut, c’est-à-dire l’incapacité du pays débiteur à payer sa dette à la date due. Il n’en a rien été. Dakar persiste dans sa […]

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Il y a 11 jours, le Sénégal devait assurer une échéance de 471 millions d’euros pour l’ensemble des eurobonds (obligations en euros) émis par l’État. Beaucoup attendaient ce que l’on nomme le défaut, c’est-à-dire l’incapacité du pays débiteur à payer sa dette à la date due. Il n’en a rien été. Dakar persiste dans sa volonté de reprofiler sa dette sans céder aux pressions des créanciers qui lui demandent de la restructurer.

Par Paolo Vieira

La France, en particulier, est irritée de voir le Sénégal honorer sa dette de marché, celle que l’on paye sous forme d’eurobonds, et différer le remboursement des prêts bilatéraux publics comme ceux de l’Agence Française de Développement. Mais ce n’est pas le sujet immédiat. Depuis que le régime de Macky Sall lui a laissé une dette cachée, systématiquement ignorée par le FMI et la Banque centrale ouest-africaine (BCEAO), la nouvelle équipe Faye-Sonko a décidé de trouver des ressources pour rembourser les créanciers privés. C’est par cette volonté et cette capacité à payer les échéances des obligations en euros que Dakar entend retrouver une meilleure appréciation de son risque souverain par les agences de notation.

Le coup de main des Africains 

La Banque ouest-africaine de Développement (BOAD), et son président Serge Ekué en particulier, a joué un rôle clé dans cette stratégie alternative. Le reprofilage nécessitait de passer par une technique nommée « swap ». Cela permet d’échanger une dette à court terme, par exemple, contre une dette plus longue, dont les échéances seront plus lointaines.

En 2025, le Sénégal a conclu un accord avec l’Africa Finance Corporation (AFC), basée au Nigeria, qui lui a permis de lever jusqu’à 350 millions d’euros de financement. Fondée en 2007, l’Africa Finance Corporation est dotée maintenant de 12 milliards de dollars US d’actifs grâce aux apports de 37 investisseurs, majoritairement des États et des institutions multilatérales africaines. Cette grande institution financière africaine, aidée par les Néerlandais, a pour mission de prêter aux États du continent et de leur ouvrir un accès privilégié à l’ensemble des financements souverains dont elle dispose (y compris les solutions de SWAP en devises fortes et les facilités de refinancement de la dette). L’AFC bénéficie de conditions compétitives grâce aux immunités diplomatiques et à son statut de créancier privilégié. 

Le Sénégal a reçu un premier versement de 105 millions d’euros en échange (swap) de la remise à l’AFC de l’équivalent de 150 millions d’euros en obligations libellées en franc CFA et de paiements d’intérêts de 3,5 à 4% au-dessus du taux de base. En juin 2025, le pays a signé un swap supplémentaire de trois ans avec First Abu Dhabi Bank, qui lui a permis d’emprunter 300 millions d’euros en donnant en échange (swap) à la plus grande banque des Émirats arabes unis le titre sur environ 400 millions d’euros d’obligations et en payant un taux variable majoré d’environ 5%.

Visite d’une délégation d’investisseurs émiratis à Dakar, le 10 décembre 2025.

La stratégie de service de la dette du nouveau Sénégal défie cette hydre que l’on nomme communauté internationale, une galaxie de bailleurs et de partenaires qui sont souvent des lâcheurs. C’est ainsi que le Président Macron a envoyé en février son conseiller Jeremy Robert réclamer à Dakar les créances de l’Agence française de développement (AFD) tandis que le FMI demande toujours une restructuration de l’ensemble de la dette. Sonko continue de s’opposer à ce front. Et le Sénégal semble avoir trouvé des alliés régionaux pour la mise en œuvre de sa solution. Mais pour combien de temps ?

Eurobonds first

Quelques jours avant la date cruciale du paiement des eurobonds en mars 2026, le président Macron et Rémy Rioux, le patron de l’AFD, ont perdu leur sang-froid à propos de la dette sénégalaise. Le Trésor français demande instamment le règlement de plusieurs impayés, notamment envers l’Agence française de développement (AFD), dont la facture s’élève entre 20 millions et 30 millions d’euros.

C’est assez extraordinaire quand on sait le rôle néfaste joué par l’AFD dans l’endettement du Sénégal de Macky Sall. En 2026, l’AFD va de mal en pis et la trésorerie de l’État français est tendue en raison de son propre endettement. Il faut donc faire payer le débiteur sénégalais quand la dette vient à échéance, encore plus quand des arriérés s’accumulent, au risque de devoir provisionner des pertes et montrer un bilan comptable dégradé de l’AFD.

Au total, le Sénégal a émis 5 milliards de dollars US d’eurobonds sur les marchés internationaux des capitaux de 2009 à 2024. Dakar doit à présent payer les intérêts et les coupons, voire l’intégralité en fin de terme. La priorité immédiate de la présidence sénégalaise était de rembourser, ce mois de mars 2026, les 488 millions de dollars US d’obligations de marché dus à des créanciers privés extérieurs. Les assurances données par Dakar que ces eurobonds seraient bien payés ont permis la remontée des titres de créances émis par le Sénégal à 82% de leur valeur faciale depuis janvier 2026, contre la très forte décote à 68% de leur valeur faciale en décembre 2025. Ce rebond de la valeur réelle des titres internationaux sénégalais a rassuré les marchés financiers internationaux et les agences de notation. De son côté, le FMI maintient son opposition au refus sénégalais d’une restructuration classique de la dette et ne décaisse donc aucune facilité de crédit. Le président Macron et d’autres bailleurs de fonds bilatéraux se sont ralliés à cette position.

Au rendez-vous

Dans ce contexte, le paiement des échéances d’eurobonds en mars 2026 semblait tenir de la prouesse, sinon du miracle. Pourtant, c’est chose faite. Répondant aux critiques et aux doutes aussitôt soulevés côté adverse, un proche d’Ousmane Sonko, le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement Cheikh Tidiane Dieye, s’est réjoui mardi, sur sa page Facebook, de ce que le Sénégal avait payé « à temps et avec la manière. »

« Hier, certains annonçaient que le Sénégal ferait défaut et ne pourrait pas honorer ses engagements. (…) Aujourd’hui, les mêmes s’accrochent à un article déséquilibré, confus et largement tendancieux du Financial Times pour reconnaître, certes, que le Sénégal a honoré ses engagements, mais en insinuant qu’il l’aurait fait grâce à des emprunts non déclarés au marché ou au FMI. (…) Ils ne savent plus quoi dire ni quoi inventer (…) pour ne pas s’écrouler de honte et continuer à entretenir leur rêve de voir le Sénégal s’effondrer, s’agenouiller. (…) Je le dis tout net : aucun emprunt n’a été caché. Tout a été programmé dans la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT), inscrit dans les lois de finances et approuvé par l’Assemblée nationale. »

Le mystère togolais

Les fameux emprunts non-déclarés qu’évoque Cheikh Tidiane Dieye ne sont qu’une composante de la stratégie de reprofilage de la dette souveraine. Le Sénégal nouveau est allé, des mois durant, sur le marché monétaire et financier de l’organisation financière régionale, l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest  (dit UMOA-Titres), pour près de 510 milliards de FCFA (777,490 millions d’euros). Ces adjudications de titres sénégalais fournissent au Trésor du Sénégal des liquidités pour s’acquitter de la dette des eurobonds. Celui qui a sauvé la mise du Sénégal, après la vaine sollicitation des banques ivoiriennes et sénégalaises, c’est finalement le Togo.

En janvier 2026, lors de la mise aux enchères des titres UEMOA, le Togo a acquis 154 milliards FCFA (234,771 millions d’euros) de titres de créances offerts par le Sénégal. Les observateurs attendaient les dernières enchères du Trésor sénégalais sur le marché UMOA-Titres du 20 février pour savoir si la levée de fonds de l’État du Sénégal rencontrerait l’adhésion des souscripteurs et du mystérieux investisseur togolais. Le résultat a été apparemment satisfaisant. L’État sénégalais a réussi à cette date une émission simultanée de Bons et Obligations assimilables du Trésor (BAT/OAT), levant 87,99 milliards FCFA (134 millions d’euros), soit près de 8 milliards FCFA de plus que l’objectif initial. Par contre, les autres pays de la région ont été moins demandeurs et ce sont les investisseurs sénégalais qui ont souscrit pour 61,75 milliards FCFA (94 millions d’euros) , soit 70,17% des montants retenus. Ce n’est pas forcément bon signe. Que s’est-il passé ? Pourquoi le Togo a- t-il reculé par rapport à sa position dominante de janvier 2026 ?

Lors de l’adjudication du 16 janvier 2026, il était apparu qu’un seul acheteur togolais avait acquis 51 milliards de FCFA (77,7 millions d’euros) de dette à un an. Et le 30 janvier 2026, récidive pour 60 milliards (91,4 millions d’euros) en une seule adjudication, toujours au Togo. Le 6 février 2026, le Togo compte pour 60 milliards d’achat de titres sénégalais sur une offre de 143 milliards. En quelques semaines, la place financière de Lomé aura donc consacré 300 millions de dollars US à l’achat de papiers du Sénégal qui, pourtant, n’a pas encore reçu la Facilité Élargie de Crédit du FMI, et est harcelé par les pays qui ont pourtant accéléré la dynamique d’endettement de Macky Sall.

La puce à l’oreille d’Emmanuel Macron

C’est beaucoup d’argent pour le Sénégal, et pour le Togo aussi, et c’est sans doute ce qui a mis la puce à l’oreille du Trésor français. L’économiste Martin Kessler, directeur exécutif du Finance for Development Lab, qui avait déjà relativisé le montant de la dette cachée en prétendant que les actifs correspondant aux emprunts dissimulés existaient bel et bien, s’est intéressé il y a peu à la situation de la dette domestique. Avec Abdoulaye Ndiaye, il a rédigé une note hostile à la stratégie sénégalaise de reprofilage, qui recommande plutôt la restructuration accélérée de la dette extérieure, car, pour lui, continuer à lever des fonds sur le marché régional menacerait la santé des banques commerciales de la région et la stabilité de la zone Franc.

Le président Macron s’est rallié à ce point de vue et il a tenté de constituer, comme il en a le secret, un front commun des créanciers bilatéraux. En Chine, il en a été question avec la China Exim Bank, en marge de la visite du Président français en décembre 2025. Pékin est le premier détenteur de la dette bilatérale du Sénégal, à hauteur de 43 %. Mais la Chine ne s’aligne pas sur les pays occidentaux pour le traitement de la dette, d’autant plus que le Club de Paris, ce groupe informel de créanciers supposé trouver des solutions coordonnées de
gestion de la dette, n’est plus qu’un zombie. La France, elle-même, quand elle harcèle le Sénégal d’un côté, n’hésite pas de l’autre, le 11 février 2026, à abandonner unilatéralement ses créances sur l’Éthiopie et à accorder au gouvernement d’Addis-Abeba 80 millions d’euros et 1,5 million d’euros d’assistance technique.

Qui était donc, dans le pré carré français, ce bienfaiteur du Togo allant à l’encontre de la volonté de Paris ?  Devant l’importance des souscriptions émanant du Togo, après avoir éliminé l’implication de deux puissantes institutions bancaires du continent (Oragroup et
Ecobank), certains ont fini par s’interroger sur le rôle la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD), basée à Lomé. La BOAD a répondu qu’elle ne pouvait pas commenter les transactions sur le marché UMOA-Titres et qu’il fallait s’adresser à l’autorité des marchés compétente. Or, celle-ci est aux abonnés absents et la Banque centrale ouest-africaine (BCEAO) dont elle dépend ne réagit pas à la surchauffe des adjudications étatiques répétées qui pompent les ressources bancaires de la zone.

Un banquier affranchi

Rencontre entre le président de la BOAD (à gauche) et le ministre des Finances et du Budget du Sénégal.

Depuis cinq ans, le Béninois Serge Ekué, qui préside la BOAD, a complètement transformé la relation de sa banque avec les États membres en proposant des solutions à leurs difficultés. Il s’affranchit ainsi de la Banque centrale régionale, de la France et des prétentions de la délégation de l’Union européenne à Ouagadougou. Les accords de la BOAD avec le Sénégal et le Niger ont ainsi permis au dernier quadrimestre 2025 de monter pour ces deux pays des Special Purpose Vehicles (SPV), des fonds spécifiques (moyen utilisé, par exemple, en France pour garer les actifs du Crédit Lyonnais) qui permettent de lever de nouvelles liquidités pour régler les créances les plus urgentes.

Ce schéma s’est montré tout à fait indiqué au regard de la trajectoire sénégalaise privilégiant les échéances d’eurobonds. L’État du Sénégal a ainsi signé un protocole d’accord avec la BOAD pour créer un cadre stratégique dédié à la valorisation des actifs publics. Ce mécanisme s’appuie sur le Fonds de Valorisation des Actifs du Sénégal, dont les objectifs sont de diversifier les sources de financement, de soutenir la trajectoire économique du pays et de renforcer la mobilisation des ressources grâce aux recettes issues des infrastructures nationales (centrales électriques en particulier).

Le rendez-vous difficile du paiement des coupons des eurobonds en mars 2026 a été tenu in extremis par le Sénégal. On le doit beaucoup à la collaboration entre Cheikh Diba, le ministre des Finances et du Budget de ce pays, et la BOAD, belle endormie réveillée par Serge Ekué. Mais la partie n’est pas terminée car la BOAD se trouve désormais dans le collimateur de Paris et du FMI.

Sénégal. La solution du casse-tête de la dette

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Banlieues Bleues : jazz, luttes et diasporas en mouvement https://mondafrique.com/loisirs-culture/banlieues-bleues-jazz-luttes-et-diasporas-en-mouvement-27-mars-17-avril/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/banlieues-bleues-jazz-luttes-et-diasporas-en-mouvement-27-mars-17-avril/#respond Wed, 25 Mar 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=149390 Du 27 mars au 17 avril 2026, le festival Banlieues Bleues revient en Seine-Saint-Denis avec une édition resserrée et ambitieuse, mêlant jazz, musiques du monde et scènes afro-diasporiques dans une programmation audacieuse, politique et résolument tournée vers les circulations culturelles contemporaines. Pendant trois semaines, la Seine-Saint-Denis se transforme en cartographie sonore en constante recomposition. Pour sa 43e édition, […]

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Du 27 mars au 17 avril 2026, le festival Banlieues Bleues revient en Seine-Saint-Denis avec une édition resserrée et ambitieuse, mêlant jazz, musiques du monde et scènes afro-diasporiques dans une programmation audacieuse, politique et résolument tournée vers les circulations culturelles contemporaines.

Pendant trois semaines, la Seine-Saint-Denis se transforme en cartographie sonore en constante recomposition. Pour sa 43e édition, le festival Banlieues Bleues choisit de condenser son énergie du 27 mars au 17 avril 2026, en investissant dix villes du département et une quinzaine de salles. Loin d’un simple rendez-vous musical, l’événement s’affirme comme un espace de circulation des imaginaires, où les héritages africains, les diasporas et les expérimentations contemporaines se rencontrent, se frictionnent et se réinventent.

Cette année, la programmation assume pleinement son ambition : faire du jazz non pas un genre figé, mais un langage en perpétuelle transformation. Un jazz traversé par les mémoires coloniales, les luttes politiques, les hybridations culturelles et les esthétiques urbaines. Un jazz qui dialogue avec le rap, les musiques électroniques, les traditions africaines et les scènes du Sud global.

L’affiche du festival, signée par l’illustratrice Calixte Bernard, donne d’ailleurs le ton. Elle met en avant le public lui-même, comme pour rappeler que Banlieues Bleues est avant tout une expérience collective, un lieu où se fabrique une écoute partagée, attentive aux mutations du monde.

Dès la soirée d’ouverture, le 27 mars à Pantin, le festival annonce la couleur. Le projet Twende Pamoja, réunissant la Nigériane Aunty Rayzor, la Tanzanienne Kadilida et le violoniste Théo Ceccaldi, incarne cette volonté de brouiller les frontières. Le singeli tanzanien y croise des flows rap et des textures instrumentales inattendues, dessinant une musique à la fois ancrée et déterritorialisée.

Dans la foulée, la DJ Edna Martinez prolonge cette dynamique avec ses sets inspirés de la culture picó colombienne, elle-même nourrie d’influences africaines. Une manière de rappeler que les circulations musicales ne sont jamais univoques, mais tissées d’allers-retours, de détours et de réappropriations.

Héritages vivants, modernités réinventées

Au cœur de cette édition, une idée traverse l’ensemble de la programmation : les héritages ne sont pas des archives figées, mais des matières vivantes à réactiver. Le festival met ainsi en lumière des artistes qui travaillent la mémoire musicale pour en faire un terrain d’expérimentation.

Le 29 mars à Épinay-sur-Seine, l’Orchestre de la Crèche, venu de Kinshasa, offre une relecture vibrante de la rumba congolaise. Cette musique, longtemps associée à une forme de nostalgie, retrouve ici une vitalité nouvelle, portée par une scène locale qui ne cesse de la réinventer. Sa présence pour la première fois en France constitue un moment fort du festival.

Dans un autre registre, le projet Love & Revenge, programmé le 4 avril à Saint-Denis, revisite le répertoire d’Oum Kalthoum. Mais loin de la simple reprise, il s’agit d’une transfiguration. La musique devient un espace visuel et sonore où se rencontrent tradition arabe et esthétiques contemporaines, dans un geste artistique qui interroge la transmission autant qu’il la célèbre.

Le festival accorde également une place importante aux traditions musicales africaines revisitées. Le 9 avril à Saint-Ouen, Maalem Houssam Guinia fait résonner la musique gnawa dans une dimension à la fois spirituelle et contemporaine. À ses côtés, Retro Cassetta, surnommé « l’homme aux 20 000 cassettes », explore les archives sonores du Maghreb, révélant des trésors oubliés et leur redonnant une nouvelle actualité.

Cette tension entre passé et présent se retrouve aussi chez des artistes comme Sombat Simla, qui détourne les sonorités traditionnelles thaïlandaises, ou encore le duo Guillaume Latil et Matheus Donato, qui tisse des liens subtils entre jazz et choro brésilien. Autant de propositions qui témoignent d’un monde musical en constante recomposition.

Musiques, luttes et imaginaires politiques

Mais Banlieues Bleues ne se contente pas d’explorer les formes musicales. Le festival interroge aussi leur dimension politique. Cette année, cette réflexion prend une forme particulièrement marquante avec la projection du documentaire Soundtrack to a Coup d’État de Johan Grimonprez, le 31 mars au cinéma Le Trianon à Romainville.

Le film revient sur l’assassinat de Patrice Lumumba, figure majeure des indépendances africaines, en mettant en lumière un angle original : le rôle du jazz dans les stratégies de soft power des États-Unis pendant la guerre froide. À travers les musiques d’Abbey Lincoln, Max Roach, Nina Simone ou encore Dizzy Gillespie, le documentaire montre comment le jazz a été utilisé à la fois comme outil de propagande et comme langage de résistance.

Cette ambivalence traverse l’ensemble du festival. Elle se retrouve dans les performances d’artistes qui interrogent les rapports de pouvoir, les héritages coloniaux et les identités contemporaines. Le projet Aïchoucha de Khalil EPI, par exemple, révèle la richesse des musiques traditionnelles tunisiennes tout en les inscrivant dans un dispositif scénique contemporain.

De même, la présence d’artistes comme Uzi Freyja, qui ouvre le festival avec un rap-électro-twerk intense et engagé, ou encore KeiyaA, dont la musique échappe à toute catégorisation, témoigne d’une volonté de bousculer les normes. Ici, les genres se mélangent, les identités se recomposent et les récits dominants sont remis en question.

Le festival donne également une visibilité forte aux artistes féminines qui réinvestissent des traditions longtemps réservées aux hommes. Asmaa Hamzaoui, avec son groupe Bnat Timbouktou, en est un exemple emblématique. En s’imposant dans l’univers gnawa, elle ouvre un espace inédit, à la fois musical et symbolique.

Enfin, Banlieues Bleues continue de penser la musique comme un espace de circulation globale. Des sound systems colombiens aux scènes nord-africaines, des expérimentations électroniques aux traditions africaines, la programmation dessine une cartographie décentrée, où les périphéries deviennent des centres.

Informations pratiques

Festival Banlieues Bleues – 43e édition
Du 27 mars au 17 avril 2026
Seine-Saint-Denis (10 villes) + Paris
37 groupes – 23 soirées
Lieux principaux :

– La Dynamo (Pantin)
– Théâtre Berthelot (Montreuil)
– Studio Zéro – Académie Fratellini (Saint-Denis)
– Le Trianon (Romainville)
– Divers lieux à Saint-Denis, Saint-Ouen, Épinay-sur-Seine, Aubervilliers

Événements à retenir :

– 27 mars : ouverture avec Twende Pamoja (Pantin)
– 29 mars : Orchestre de la Crèche (Épinay-sur-Seine)
– 31 mars : projection Soundtrack to a Coup d’État (Romainville)
–  4 avril : Love & Revenge (Saint-Denis)
–  9 avril : Maalem Houssam Guinia & Retro Cassetta (Saint-Ouen)
–  17 avril : clôture avec Konono n° 1 (Aubervilliers)
Accès : Navettes gratuites disponibles pour certains concerts (Stains, Clichy-sous-Bois) sur réservation.
Réservations : 01 49 22 10 10

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Les Amazones d’Afrique à La Merise le 21 mars https://mondafrique.com/loisirs-culture/les-amazones-dafrique-a-la-merise-le-21-mars/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/les-amazones-dafrique-a-la-merise-le-21-mars/#respond Sat, 21 Mar 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=149194 Le 21 mars 2026, La Merise accueille Les Amazones d’Afrique pour une soirée engagée au croisement de la musique et du militantisme. Porté par trois grandes voix maliennes, l’événement célèbre la culture africaine et les luttes contemporaines pour les droits des femmes. Il y a des concerts qui dépassent le simple cadre musical pour devenir […]

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Le 21 mars 2026, La Merise accueille Les Amazones d’Afrique pour une soirée engagée au croisement de la musique et du militantisme. Porté par trois grandes voix maliennes, l’événement célèbre la culture africaine et les luttes contemporaines pour les droits des femmes.

Les Amazones d’Afrique

Il y a des concerts qui dépassent le simple cadre musical pour devenir des prises de parole. La soirée consacrée aux Amazones d’Afrique, organisée le samedi 21 mars 2026 à La Merise dans le cadre du Mois des droits des femmes, appartient à cette catégorie. Plus qu’un événement culturel, elle s’inscrit dans une dynamique politique et symbolique où la scène devient un espace d’expression, de transmission et d’engagement.

Créé comme un collectif panafricain, Les Amazones d’Afrique rassemble des artistes qui placent la musique au cœur d’un combat : celui des droits des femmes sur le continent africain et au-delà. Pour cette soirée exceptionnelle, trois figures majeures de la scène malienne incarnent cette parole : Mamani Keïta, Oumou Sangaré et Mariam Doumbia. Trois voix singulières, trois trajectoires puissantes, réunies par une même volonté de faire de la musique un levier de transformation sociale.

Leur répertoire navigue entre traditions mandingues, sonorités contemporaines et influences électro, mais c’est surtout la dimension politique de leur démarche qui frappe. Les textes abordent des questions centrales : violences faites aux femmes, autonomie, dignité, liberté de choisir sa vie. Loin d’un discours abstrait, ces thématiques s’ancrent dans des réalités concrètes, portées par des artistes qui, chacune à leur manière, ont fait de leur carrière un espace de résistance.

La soirée s’ouvre pourtant bien avant le concert. Dès 17 heures, le conte « Le guerrier d’ébène » installe une première couche narrative, inscrivant l’événement dans une tradition orale africaine où les récits participent à la construction des imaginaires collectifs. À 18h30, les élèves du Conservatoire prennent le relais, accompagnés du Natangué Project, dans une séquence qui met en lumière la transmission et la circulation des savoirs artistiques entre générations et territoires.

Cette articulation entre différentes formes d’expression – conte, musique, performance – n’est pas anodine. Elle reflète une conception élargie de la culture, où l’art ne se limite pas à une production esthétique mais participe à une dynamique sociale plus large. La présence d’une restauration proposée par Fedde Amaadu Hampaate Bah à partir de 19h30 prolonge cette logique en inscrivant l’événement dans une expérience sensorielle complète, où la convivialité joue un rôle essentiel.

Mais c’est à 20h30 que la soirée atteint son point culminant avec le concert des Amazones d’Afrique. Sur scène, les voix se répondent, se croisent, se superposent. Elles racontent des histoires individuelles et collectives, des parcours marqués par les obstacles mais aussi par une énergie de résistance et de transformation. La musique devient alors un espace de circulation des émotions, mais aussi des idées.

Dans un contexte où les questions de genre occupent une place croissante dans les débats publics, la présence de telles artistes sur scène revêt une dimension particulière. Elles ne se contentent pas de représenter une culture : elles la mettent en mouvement, la questionnent, la politisent. Leur engagement dépasse les frontières nationales et s’inscrit dans une perspective globale, où les luttes locales résonnent avec des enjeux universels.

Organisée en partenariat avec le Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, cette soirée s’inscrit ainsi dans une programmation qui cherche à faire dialoguer les publics, les disciplines et les territoires. Elle rappelle aussi que la scène culturelle française constitue aujourd’hui un espace important pour les expressions artistiques africaines et diasporiques, non pas comme simples objets d’exotisme, mais comme forces actives de création et de réflexion.

À La Merise, le 21 mars, la musique ne sera donc pas seulement un spectacle. Elle sera une parole. Une parole portée par des femmes qui, depuis des années, transforment leurs voix en instruments de lutte, et leurs chansons en espaces de liberté.

Informations pratiques

Lieu : La Merise, Trappes
Date : Samedi 21 mars 2026
Programme :
– 17h–18h : Conte « Le guerrier d’ébène »
– 18h30–19h30 : Conservatoire & Natangué Project
– À partir de 19h30 : Restauration (Fedde Amaadu Hampaate Bah)
–  20h30 : Concert Les Amazones d’Afrique
Artistes : Mamani Keïta, Oumou Sangaré, Mariam Doumbia
Réservation conseillée

En partenariat avec le Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines

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Bolloré sera jugé en décembre pour une affaire de corruption au Togo https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/bollore-sera-juge-en-decembre-pour-une-affaire-de-corruption-au-togo/ https://mondafrique.com/confidentiels/afrique/bollore-sera-juge-en-decembre-pour-une-affaire-de-corruption-au-togo/#respond Sat, 21 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=149155 Après 13 ans d’enquête et de procédures, Vincent Bolloré et deux anciens cadres de son groupe ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de corruption liés à l’attribution de la concession du port de Lomé, au Togo. Un procès devrait se tenir en décembre 2026. Dans un communiqué, l’association Anticor […]

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Après 13 ans d’enquête et de procédures, Vincent Bolloré et deux anciens cadres de son groupe ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de corruption liés à l’attribution de la concession du port de Lomé, au Togo. Un procès devrait se tenir en décembre 2026.

Dans un communiqué, l’association Anticor a rappelé que les faits remontaient à la période 2009-2010. La société de communication Havas, contrôlée à l’époque par le groupe Bolloré, aurait fourni des prestations de conseil électoral « très largement sous-facturées » à Faure Gnassingbé, candidat à sa réélection à la présidence togolaise, en contrepartie de l’obtention de conditions avantageuses pour la gestion du port de Lomé via Bolloré Africa Logistics.

En 2022, en cours de procédure, les associations Sherpa et Anticor se sont constituées parties civiles. « Leur objectif commun : rappeler l’importance de la tenue de débats publics en matière de corruption transnationale et faire reconnaître la place des victimes dans ces procédures, notamment les citoyen·nes dont les droits démocratiques et économiques ont été compromis. »

Contradictions judiciaires

Et Anticor de faire état de l’accord antérieur conclu entre le groupe Bolloré et le parquet national financier à travers une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) « pour les mêmes faits« , par laquelle le groupe du milliardaire breton « a accepté de verser une amende de 12 millions d’euros, reconnaissant ainsi sa responsabilité dans des pratiques de corruption au Togo et en Guinée. » C’est ainsi que « dans le prolongement de cette CJIP, Vincent Bolloré et deux autres cadres de Bolloré SE ont bénéficié d’une procédure alternative au procès public : une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC).« 

Problème : le tribunal judiciaire de Paris a refusé d’homologuer cette procédure, « estimant que les faits étaient trop graves et nécessitaient un jugement public. » C’est ainsi que la justice est revenue à une procédure plus classique, qui vient donc de conduire au renvoi devant le tribunal de Vincent Bolloré et deux de ses cadres. 

Sherpa et Anticor considèrent que « ce procès permettra de mettre en lumière les mécanismes d’ingérence économique mis en œuvre par certaines entreprises multinationales dans des contextes politiques fragiles, et d’interroger la capacité du droit à sanctionner ces stratégies d’influence. » Elles espèrent aussi que seront établies les responsabilités individuelles et reconnu l’impact concret de ces pratiques sur les populations togolaises pour ouvrir la voie « à des formes de réparation adaptées ».

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Le Sahara Rouge d’Alissa Descotes-Toyosaki https://mondafrique.com/politique/le-sahara-rouge-dalissa-descotes-toyosaki/ https://mondafrique.com/politique/le-sahara-rouge-dalissa-descotes-toyosaki/#respond Thu, 19 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148896 Dans Sahara Rouge, Alissa Descotes-Toyosaki raconte presque quinze ans de quête personnelle et politique. Autour de l’uranium d’abord, happée par la catastrophe de Fukushima alors qu’elle est de retour au Japon puis aux abords empoisonnés des mines du nord du Niger. De mine en mine, sa passion pour le Sahara et ses populations la conduit […]

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Dans Sahara Rouge, Alissa Descotes-Toyosaki raconte presque quinze ans de quête personnelle et politique. Autour de l’uranium d’abord, happée par la catastrophe de Fukushima alors qu’elle est de retour au Japon puis aux abords empoisonnés des mines du nord du Niger. De mine en mine, sa passion pour le Sahara et ses populations la conduit également en reportage auprès d’orpailleurs du Niger avant que la guerre, déclenchée en 2012 par l’effondrement des régions du septentrion malien sous les coups de groupes armés rebelles et djihadistes, ne jette un sombre voile sur la région. Interviewée par Mondafrique, elle raconte son Sahara. 

Par Nathalie Prévost

Alissa Descotes-Toyosaki

Mondafrique : Votre livre précédent, La Caravanière, était le récit d’une initiation au désert, puis d’un éblouissement, presque mystique, aux côtés des Touaregs. Cette fois, avec Sahara Rouge, vous ouvrez une page beaucoup plus noire. Plusieurs fils mortifères s’y entrelacent. L’uranium d’abord, de Fukushima aux mines du nord du Niger. La lutte anti-migratoire de l’Union européenne qui consacre un mouvement de fermeture. Puis la guerre, avec l’émergence du djihadisme et, finalement, la répression et l’exil. Sahara Rouge est-il le livre d’une initiation politique? 

Alissa Descotes-Toyosaki : Je suis arrivée par hasard au Japon trois jours avant le 11 mars 2011, le jour de la triple catastrophe de Fukushima. Cet événement a été un bouleversement aussi important pour moi que le jour où j’ai rencontré le Sahara. C’était l’expression d’une force du destin telle qu’elle m’aspirait sans que je me pose de question. C’est pour cela que je suis restée – pas par héroïsme – pendant ces jours où les réacteurs explosaient les uns après les autres. Je me disais : ‘si c’est mon destin, il va se passer quelque chose ; je n’ai qu’à attendre.’

J’appelle alors par hasard un ami journaliste au Figaro et je pars dans le Tohoku alors que tous les correspondants étrangers ont été rapatriés. Mon histoire avec le journalisme et ma conscience politique naissent à ce moment-là. J’ai 40 ans et me voilà forcée de me rendre sur ces terres dévastées. J’aurais préféré rester faire du chameau pendant dix ans … mais j’accepte. Il faut dire qu’au même moment, les choses sont en train de tourner au vinaigre dans mon oasis de refuge : en 2011, une touriste italienne est prise en otage au sud de Djanet, dans le Sahara algérien, et cela sonne l’arrêt du tourisme. Quand j’arrive au Japon, je sais déjà que je vais devoir me recycler dans quelque chose d’autre. Je suis disponible et je n’ai rien à perdre. Pour Libération, je vais dans les régions touchées par le tsunami au nord de Fukushima. Mais dans les zones ultra contaminées autour de la centrale de Fukushima Daiichi, il n’y a aucun journaliste étranger. Seuls quelques photojournalistes japonais y sont allés. Moi, j’y pénètre près d’un mois après. Et là commence mon travail sur Fukushima, où je suis emportée par quelque chose de magnétique. On a vécu au Japon et à Tokyo une sorte d’apocalypse. On a vu Tokyo dans le noir, une chose inimaginable. On est dans le monde du futur, avec des retombées radioactives et une marque pour la vie. Jusqu’à maintenant.

Devant le périmètre interdit de Futaba, 2019 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Mondafrique : Sur quoi a porté votre travail ? 

A.D-T. : J’ai documenté plein de choses qui feront peut-être l’objet d’un livre plus tard. Les yakuzas dans la filière nucléaire, dont la révélation, soudain, souillait l’image de cette énergie qu’on nous vend toujours comme bien propre. Les conditions de travail dans le nucléaire, avant et après l’accident. En 2013, on a élu Tokyo comme hôte des JO de 2020. Pour nous, dans les mouvements antinucléaires, qui dénoncions le redémarrage des réacteurs, c’était comme si le monde nous abandonnait. On comptait sur la communauté internationale parce qu’on savait que le gouvernement était très pro-nucléaire puisque, deux ans après l’accident, le Premier ministre disait que le problème était réglé. J’ai commencé à documenter cela : le déni de l’accident, les Jeux de la reconstruction et de la résilience, un monde dystopique. Rien n’avait plus de sens et tout était bâti sur la propagande d’État épaulée par le lobby nucléaire. Les JO ont eu lieu en plein Covid pour les 10 ans de Fukushima ; tout avait été bien préparé. Les principales victimes de l’accident, les 160 000 réfugiés nucléaires, on leur a coupé les indemnités au bout de quelques années. Tout l’argent est parti dans le BTP. Il y avait ce périmètre de 30 km autour de la zone interdite : on a tout décontaminé et reconstruit par-dessus. Tout était bien dans le meilleur des mondes. Cette propagande omniprésente m’a énormément intéressée, comme le mythe du nucléaire sûr.

Existe également en version audio chez Actes Sud.

Mondafrique : Vous devenez alors journaliste et militante.

A.D-T. : Je n’ai jamais fait partie de mouvements militants. Je suis engagée par ma conscience et ma mission. Je me sens investie par une cause mais c’est le hasard qui m’a mise en mouvement. J’avais l’obsession de documenter les événements mais je n’étais pas prête à entrer dans cette compétition du monde du journalisme et tout ça. L’occasion, je l’ai saisie au vol et je me suis envoyée spéciale moi-même. Le montant de la pige à 148 euros, ça te fait redescendre très vite ! Je vais plus tard bosser sur des longs formats avec des magazines comme Geo car ils ont du budget de production, mais après 2015 c’est devenu très difficile de placer un reportage sur le nucléaire.

Mondafrique : Comment, de Fukushima, vous retrouvez-vous sur la piste de l’uranium exploité dans le nord du Niger par Areva? Et là, que découvrez-vous ?

A.D-T.: Il y a cette conscience politique des dangers du nucléaire : c’est une énergie mortifère, une énergie de fachos, bâtie sur de l’injustice, sur la colonisation des terres et le mépris de l’humain. En 2013, c’est clair pour moi. Et brusquement, un ami touareg me contacte par message et il me dit qu’il faut que je vienne dans son campement pour voir ce qui s’y passe. Son campement est situé à quelques dizaines de km des mines d’Arlit (dans le nord du Niger). C’est ainsi que je vais revenir à Arlit, que je connais déjà. Et j’y reviens avec ce nouveau regard. Cette route de l’uranium, je la regarde avec un tout autre œil. Pendant les années où j’étais sur place, les années 2000 à 2006, on ne parlait pas du tout des radiations ni des dangers des mines. C’est plus tard, au moment où je me suis installée dans le sud de l’Algérie, qu’il est devenu impossible d’entrer dans ces zones là sans escorte. Greenpeace a fait une mission en 2009, la première, sur les conséquences de l’uranium à Arlit et à partir de ce moment-là, l’affaire a éclaté. C’est alors que les habitants ont commencé à prendre conscience des risques.

Je repars donc au Niger où je ne suis pas revenue depuis 2007. J’ai besoin de reprendre contact avec ce pays, avec les gens. Et je pars donc en repérage. Finalement, tous les reportages que je raconte dans ce livre se sont bien passés grâce à ce réseau d’amitiés que j’avais nouées  les années antérieures ; toutes mes équipes étaient des amis et dans ce contexte de prises d’otages, je prends le parti de faire une confiance absolue en mes équipes. J’ai suivi, une fois, un stage de sécurité pour les journalistes en zone rouge et on nous a dit tout le contraire : ‘surtout ne faites jamais confiance absolue à vos fixeurs, à vos guides.’ Mais moi, c’est aussi comme ça que je prends du plaisir à faire ces reportages.

Celui sur la route de l’uranium avec Patrick Chapuis, un photographe de Gamma, a été le meilleur de tous pour moi. Comme j’avais suivi Fukushima, j’avais le réflexe de documenter scientifiquement les radiations. J’étais déjà en contact avec la CRIIRAD, qui était venue au Japon, et je savais ce qu’il fallait faire. Tout cet aspect technique était difficile pour moi, parce que je déteste les chiffres, mais je me suis forcée à le faire parce que je savais bien que c’était le seul moyen de prouver une radioactivité dans un milieu où elle ne laisse aucune trace. J’avais donc mon compteur Geiger, des bouteilles d’eau vide dans lesquelles je comptais déposer de l’eau car les premiers témoignages me parlaient de puits empoisonnés et donc, je devais récolter des échantillons.

Un Touareg marche dans une tempête de sable à quelques kilomètres de la mine d’uranium d’Arlit, dans le nord du Niger (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Mondafrique : Retour, donc, en pays touareg, après un long chapitre japonais. Lorsque vous arrivez au Niger pour ce grand reportage pour Geo, avec le photographe Patrick Chapuis, la situation est déjà compliquée puisque la zone est « rouge », comme le titre de votre livre. Avec Areva, qui tente de vous empêcher d’accéder au site, vous jouez au chat et à la souris.

A.D-T. : Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, ce sont ces coups de fil du Quai d’Orsay où la personne qui m’appelle ne mentionne jamais nos incursions dans les mines d’Areva, alors que ces appels interviennent quelques minutes après…

Ils veulent nous faire revenir à Niamey et faire avorter l’enquête. Jamais Géo n’avait reçu de coup de fil en direct du Quai d’Orsay ! Le Quai d’Orsay n’appelle jamais pour des journalistes en zone rouge. Ces voyages sont déconseillés mais pas interdits, en vertu des recommandations officielles que je n’ai pas suivies.

Mondafrique : Ces Touaregs qui vous escortent sur le terrain et facilitent, finalement, votre accès aux sites et aux informations, ont-ils subi des représailles ?

A.D-T. : Non, parce que le Niger n’était pas content non plus de la manière dont ça se passait. Ils étaient obligés officiellement d’être loyaux mais assez contents que quelqu’un fasse ce que nous faisions. Surtout pour la mine d’Azelik (exploitée par la Chine). Arlit n’est pas moins contaminé qu’Azelik mais Areva a des moyens importants pour le cacher. Elle ne fait pas comme les Chinois qui déversent les tuyaux d’évacuation dans les oueds mais elle pompe des milliers de tonnes d’eau qui sont reversées dans les nappes d’eau potable. On a tous les chiffres de cette contamination sur cinquante ans, une durée énorme. C’est ce qu’on appelle une contamination par « faibles doses », une mort à petit feu. Et on en retrouve les traces aux alentours d’Arlit, avec la désertification par la radioactivité : l’herbe ne pousse plus, les problèmes d’eau sont énormes, beaucoup d’enfants sont malformés. Entre 1970 et 1990, tous les ouvriers d’Arlit, une ville construite de toutes pièces par Areva, sont morts ou tombés malades.

Mondafrique : la situation la plus critique que vous décrivez est celle de la mine chinoise d’Azelik. Racontez.

A.D-T. : Cette mine était complètement en dehors des radars, personne n’y était jamais allé. Elle est très excentrée dans l’Azawagh nigérien, vers la frontière malienne. En revanche, ce qui est très connu, c’est Ingall, en dessous, où est organisé chaque année le festival de la Cure salée. La vraie région de transhumance des cures salées se trouve autour des salines de Teguida n’Tessemt, à trois kilomètres de la mine… Azelik a été construite sur la plus grande aire de pâturage du Niger. C’est une vraie catastrophe environnementale et culturelle. Les nomades n’osent plus venir avec leurs troupeaux. La fête est organisée chaque année mais la vraie Cure salée n’existe plus, à cause de cette mine. Le comble est que ce sont les sociétés uranifères qui sponsorisent cette fête. Un ministre en off m’a dit qu’ils avaient essayé de la fermer. La zone était parsemée de cadavres, la contamination ayant été très rapide. Dès que ça se voit à l’œil nu, les habitants aussi le voient. Cette zone est entièrement touareg et qui dit touareg, dit révolte, donc les autorités redoutaient une rébellion. Et c’est ce qui va être passionnant pour moi : me retrouver avec ces habitants d’Azelik, des hommes qui travaillent dans la mine et qui veulent la faire fermer. Donc ils sont prêts à prendre de grands risques. Je n’ai jamais vu ça ailleurs. Azelik est une très vieille cité qui a brillé en tant que centre de l’Islam, ses salines sont une fierté, donc ils sont prêts à tout pour tenter de protéger le site. Cette situation va sauver notre reportage, alors qu’on ne pouvait presque plus bouger : chaque fois qu’on s’approchait des mines ou des déchets, notre escorte nous disait qu’elle avait reçu un appel et qu’on devait rentrer là où on logeait. 

Mine d’Azelik, janvier 2015 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Ce sont finalement les travailleurs de la mine d’Azelik qui vont nous aider. Et puis la collecte des échantillons, une nuit, en cachette. Et c’est ça qui va faire la différence. Nous avons ainsi obtenu des données très probantes sur la contamination des déchets et de l’eau bue par les animaux. La mine a fermé quelques mois après pour chômage technique. Ils ont annoncé l’année dernière qu’ils allaient rouvrir. Mais il faut le prendre avec des pincettes car ça fait partie de la stratégie du lobby nucléaire de toujours clamer haut et fort que les choses continuent. Ce ne serait pas étonnant, cependant, car le nucléaire repart partout.

Ce qui me choque, personnellement, c’est que personne ne mentionne jamais les mines d’uranium dans le débat sur le nucléaire. L’uranium n’est en aucun cas une énergie renouvelable, pourtant on ose affirmer que le nucléaire est une énergie verte ! La pollution de ces mines d’uranium est très concrète. Que l’uranium soit français, chinois ou russe, c’est la même chose. Il n’y aura jamais aucune mine d’uranium propre ni de centrale nucléaire sûre dans l’avenir.

Mondafrique : Par chance, de l’or est découvert à la même époque dans le nord du Niger et finalement dans une grande partie du Sahara. Vous prenez, à nouveau, des risques importants pour accéder sur un site d’orpaillage en 2017 à 450 km au nord d’Arlit, en pleine zone rouge. Avec le photographe Pascal Maitre, vous êtes les premiers journalistes à entrer dans cette mine, et vous, la seule femme. Vous décrivez une situation assez étonnante. Pas de prostitution, pas d’enfants exploités, une sorte d’organisation sociale qui fonctionne et dont les mineurs sont satisfaits. Comment expliquez-vous cela ? 

Mine d’or de Tagharaba, nord du Niger, 2017 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

A.D-T. : Le mérite de la bonne gestion de cette mine d’or revient à Saley Boss. La ruée vers l’or a commencé vers 2014 dans le Djado. Il n’y avait personne et la situation a vite tourné au chaos. C’est une oasis habitée et l’orpaillage y a créé des tensions avec les habitants. Ce sont littéralement des pépites qu’on trouve alors, à 50 cm dans le sable. On n’a besoin d’aucun produit mais la recherche de l’or fait d’énormes trous. Les animaux tombent dans les trous et le gouvernement nigérien dit stop, surtout que des tensions ethniques commencent à surgir entre Toubous et Touaregs. On ne sait pas trop à qui est la terre.

Saley Boss, Tagharaba, décembre 2017 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Cette époque coïncide avec la lutte anti-migrants, Agadez apparaît comme un point orange dans une énorme zone rouge. Ces régions qui étaient très touristiques ne voient plus personne depuis le classement du Niger en zone rouge. Quand l’Union européenne reclasse Agadez en orange, la population croit que ça va s’étendre et permettre le retour du tourisme, mais rapidement, elle comprend que ça ne sera pas le cas. La frustration est énorme. S’y ajoute la politique anti-migrants qui est une catastrophe car elle ne s’appuie que sur la répression contre les chauffeurs et les guides. Les véhicules sont confisqués. Or les migrants, qui ne vont pas forcément jusqu’en Europe, font vivre la région depuis toujours. L’Union européenne essaye d’arrondir les angles en disant aux Nigériens qu’un budget de plusieurs millions d’euros est prévu pour la mise en œuvre d’ un projet de réinsertion pour tous ces gens là, mais les choses traînent et les gens pataugent deux ou trois ans sans ressources.

Quand l’or arrive, c’est presque un miracle pour les autorités qui décident de laisser les populations l’exploiter quand c’est possible. Le site du Djado, trop risqué, est fermé. Mais cette mine de Tagharaba, à la frontière algérienne, ouvre. Il n’y a pas de risque de contamination parce que la nappe phréatique, à cet endroit-là, est très profonde, à plusieurs centaines de mètres sous la terre. Il n’y a pas non plus d’habitants.

Le boss de l’or va développer une cité sur ces lieux. Il est intelligent, il a vu ce qui s’est passé au Djado, à Arlit, et il essaye de ne pas reproduire les erreurs. Il aurait pu se conduire en despote, mais non. Jusqu’ici, c’est lui qui gère la mine et les gens sont satisfaits. Maintenant, il y a sur place environ 20 à 30 000 orpailleurs qui font des allers-retours, pas de prostitution, pas de femme. Ces gens démontrent qu’ils sont capables de s’auto-gérer et je trouve bien qu’on leur laisse ce droit. Pour moi, cette mine est la preuve qu’un peuple autochtone peut gérer ses ressources sur son sol, droit qui n’est appliqué pratiquement nulle part dans le monde. Ce droit, Saley Boss le prend.

« L’or nous appartient ; il appartient au peuple », dit l’un des personnages de mon livre. Et tout le monde gagne. Il n’y a pas de patron, pas d’intermédiaire. C’est clair, sans comparaison avec l’opacité du monde du nucléaire. Tous les gens qui ont travaillé dans l’uranium et se retrouvent dans l’or n’ont pas envie de quitter l’or. Ce qui m’a marquée et ce que me décrivait mon ex-mari [l’ex mari d’Alissa est un orpailleur touareg], c’est la solidarité entre les gens. C’est aussi le secret de cette cité, une solidarité incroyable entre les travailleurs, tous très fiers de leur travail. Il y a un comité qui règle les litiges, une justice qui n’a jamais existé à Arlit. Je ne suis restée sur place que trois jours, seule femme, avec une petite boule dans la gorge quand même. Et pourtant, rien, il n’y a eu aucune animosité à mon égard. Au contraire. C’était très émouvant. A Tagharaba, tout le monde est logé à la même enseigne et cela contredit les idées reçues sur l’orpaillage.

Mondafrique : dans ces années-là, la guerre approche. Quels en ont été les signes, pour vous ? D’où est venu ce vent djihadiste qui, finalement, a tout balayé ?

A. D-T. : De 2006 à 2010, en plein essor djihadiste, moi je suis à Djanet, au sud de l’Algérie. Le vent djihadiste, il vient de l’Algérie au début, mais je ne m’en rends pas du tout compte parce qu’on n’en parle pas en Algérie. Je prends conscience de la gravité de la situation en 2012 avec la naissance d’Ansar Dine, un groupe djihadiste crée par un Touareg [ndlr, Iyad Ag Ghali]. À ce moment-là, je suis au Japon mais je commence à me documenter. Il y a des rumeurs selon lesquelles certains Touaregs seraient de mèche avec les barbus et j’ai beaucoup de mal à y croire. Quand j’apprends la déclaration de l’indépendance de l’Azawad, en avril 2012, je suis transportée de joie ! Je n’avais jamais pensé qu’ils réussiraient et pourtant, ils se sont emparés de toutes les régions du nord du Mali et ils ont proclamé leur indépendance. Je suis hyper heureuse et j’y crois. Tout de suite après, le drapeau d’Ansar Dine est hissé à Kidal et les problèmes commencent. Et là, je décide d’aller sur le terrain, dans le Sahara algérien, pour me rendre compte par moi-même.

Je découvre tout ça à travers des combattants du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) qui font l’aller retour entre Kidal et Tamanrasset et j’ai la chance d’en rencontrer beaucoup pendant ce voyage de deux semaines. Le MNLA est un nouveau mouvement, très politique, né de la jonction avec les combattants revenus de Libye. Et ce qui va me marquer, c’est la présence des femmes. Elles me parlent de ce qu’elles font à leurs maris, à leurs frères. Elles leur jettent des seaux d’eau dans la figure quand ils commencent à imiter les barbus. Je retrouve la société matriarcale touareg que je connais depuis toujours. Elles me démontrent que les Touaregs ne peuvent pas abolir en quelques années une société bâtie sur le matriarcat depuis des siècles. Le fait qu’il y ait beaucoup de femmes au MNLA est décisif pour moi. Parce que j’ai besoin d’y croire. Ce qui va me stupéfier, c’est d’apprendre que les barbus sont là depuis 2006. Et personne ne comprend bien ce qu’ils font. Ils font des salamalecs, se rapprochent des campements nomades, proposent des petits boulots rémunérés, sur des territoires où tout un pan de la population a subi plusieurs exils pour fuir l’armée malienne et végète dans le chômage. C’est une machine très bien rodée, qui progresse sur plusieurs années. Sans que les gens s’en rendent compte, ils se retrouvent piégés à l’intérieur d’un énorme truc, les hommes sont à la mosquée ensemble, on a franchi les étapes d’initiation à l’islamisme, etc. Les femmes sont témoins de cela et pour elles, c’est un processus très douloureux, où elles voient les hommes, par manque de perspectives, rejoindre ces groupes.

Mondafrique : Vous insistez sur le rôle joué par Iyad Ag Ghali, le chef actuel de la galaxie djihadiste au Sahel, que vous qualifiez de traitre.

A.D-T. : Je ne vois pas comment le qualifier autrement. C’est une figure complexe mais qui me titille beaucoup parce que, s’il n’avait pas été là, cette république de l’Azawad aurait eu sa chance. Je vois bien comment il a discrédité toute cette lutte et créé des amalgames terribles où l’on mêle indépendantistes et djihadistes. À cause d’alliances de circonstance, dans l’esprit de l’opinion publique, ce sont les mêmes. C’est pour ça aussi que j’ai écrit ce livre. Pour que les gens puissent mieux comprendre.

« La perspective terrifiante d’un exil sans fin » 

Camp de M’Berra, juillet 2024 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Mondafrique : Après la chute de Kidal, reprise par l’armée malienne (les Famas) et ses supplétifs russes de Wagner, vous ne pouvez plus vous rendre dans le nord. C’est donc à partir de la Mauritanie que vous interrogez les victimes de la répression exercée dans l’Azawad par Wagner et les Famas. Vous êtes à la fois frappée par la violence des crimes, qui font écho à l’histoire, et par l’horizon d’un exil perpétuel. Racontez. 

A.D-T. : Je fais un grand bond dans le livre entre ce qui se passe en 2013-2014 et ce qui se passe à M’Beira en 2024. Les activités de mon ONG, Sahara Eliki, sont à l’arrêt. Personne ne veut m’envoyer sur le terrain. Les sujets sont refusés pour des raisons budgétaires et sécuritaires… Ça me fait halluciner. Pour moi, c’est une victoire des djihadistes et ça m’énerve, donc j’insiste. Mais impossible. Je tourne en rond. Pendant toutes ces années, je vais tourner en rond. Le dernier voyage que je fais au Mali, c’est à l’occasion d’un festival qui m’invite à Koulikoro, en mars 2023. J’essaye d’aller à Tombouctou mais je n’y arrive pas. Je le regrette parce que c’était ma seule chance. Je participe à ce festival et personne ne semble se rendre compte de ce qui couve. La Minusma même n’a pas l’air de réaliser de ce qui l’attend [ndlr, la force onusienne devra plier bagage dans les mois qui suivent.] Les seuls qui pressentent le risque, ce sont les groupes armés touaregs de l’Azawad (nom donné aux régions au nord du fleuve Niger par les mouvements touaregs). « Tu vas voir, ils vont virer la France et on va se taper les Russes. »

Après, le chaos commence et je suis indignée parce que je ne peux pas aller sur le terrain et je me sens hyper mal. En octobre 2023, j’hésite plusieurs fois à tout laisser et à partir sur place. J’essaye de mettre en place un voyage pour documenter cette guerre. Quand il y a plein de gens que tu connais dans un conflit, tu passes par l’émotion. Le fait aussi que tout cela ne soit pas médiatisé, malgré toutes ces images horribles de massacres de civils en Israël puis à Gaza, c’était très douloureux. J’étais très choquée du désintérêt général pour ces régions. Pour moi, le cas du Mali était flagrant parce que la France venait de partir et ça me paraissait très facile de rebondir sur Wagner, là, tout de suite. Il me semblait qu’il y avait plein de moyens de tirer le fil pour faire une actualité autour de ces massacres et on ne l’a pas fait. Alors je m’assigne comme mission prochaine de documenter ces massacres.

Finalement, je commence à contacter les gens du Haut Commissariat aux Réfugiés pour aller au camp de Mberra, car Kidal est sous le contrôle des forces russo-maliennes. La Mauritanie accueille tous ces réfugiés avec humanité mais il y a des  intérêts géopolitiques qui rendent les choses très compliquées. J’arrive à Nouakchott au mois de juillet, il fait une chaleur d’enfer, ce sont les élections et je suis complètement surprise par ce que je découvre ; toute une population touareg que je ne connaissais pas, les gens de la région de Tombouctou. Je tombe des nues. Je suis partie sur mes gonds, les exactions de Wagner, et je suis obligée de ralentir parce que je découvre une mine d’informations sur l’histoire de ce camp, des gens incroyables : des chefs religieux, des enseignants, des intellectuels. Mais toujours avec ces barbelés qui nous entourent. C’est un camp autogéré par les Touaregs qui ont réussi à ne pas être à 100% assistés et qui essayent de mettre en place du bénévolat, une éducation qui ne soit pas complètement dépendante des bailleurs de fonds et je suis sidérée par l’intelligence de ces personnes, qui vivent dans de petites cases collées les unes aux autres, après avoir connu les grands espaces ! Cet exil sans fin, ça me sidère, ça m’inquiète.

Je suis comme Ali Mohamed : je pense que la greffe avec le Mali ne prendra jamais. Pour moi, aucune négociation ne peut être engagée avec le Mali si ce n’est pour la création d’un vrai État autonome. On a bien vu que les Touaregs ne sont pas dans des cycles de vengeance. C’est bien plus profond que ça. En fait, c’est une cause, quelque chose de presque abstrait, d’idéaliste mais pas utopique, et je pense qu’un jour, ils l’auront, parce qu’ils ont tellement ça en eux. C’est leur plus profond espoir et je le ressens vraiment ainsi. Le Front de libération de l’Azawad (alliance touareg) est debout, malgré tout, heureusement. La résistance n’est pas écrasée. Pour moi, c’est le seul espoir pour le moment. On est très loin d’une possibilité de négociation, que ce soit avec Wagner ou Africa Corps. Mais je ne conçois pas un avenir du Sahara sans les Touaregs, en particulier ceux du nord du Mali. C’est une grande force de combat, un pilier sur lequel on peut s’appuyer pour se projeter dans l’avenir. C’est pour cela que je soutiens l’Azawad. Qu’on les écoute, qu’on essaye des choses nouvelles ! 

Alissa Descotes-Toyosaki, Sahara Rouge, Payot Voyageurs, 2026, 240 pages, 20 euros. 

Carnets de caravane au Sahara

 

 

 

 

 

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Niger. Quand Strasbourg crucifie Bazoum en voulant le défendre https://mondafrique.com/decryptage/quand-strasbourg-crucifie-bazoum-en-voulant-le-defendre/ https://mondafrique.com/decryptage/quand-strasbourg-crucifie-bazoum-en-voulant-le-defendre/#respond Thu, 19 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148986 La récente résolution du Parlement européen demandant la libération inconditionnelle de Mohamed Bazoum a fait un tabac à Strasbourg, le 12 mars. Mais un bide de même ampleur à Niamey, où autorités et souverainistes ont dénoncé, sans surprise, une ingérence impérialiste. Par Nathalie Prévost On ne sait pas trop pourquoi il était si important, pour […]

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La récente résolution du Parlement européen demandant la libération inconditionnelle de Mohamed Bazoum a fait un tabac à Strasbourg, le 12 mars. Mais un bide de même ampleur à Niamey, où autorités et souverainistes ont dénoncé, sans surprise, une ingérence impérialiste.

Par Nathalie Prévost

Intervention de Christophe Gomart le 11 mars au Parlement de Strasbourg (Capture d’écran).

On ne sait pas trop pourquoi il était si important, pour les amis du Président nigérien déchu Mohamed Bazoum, de voter une nouvelle résolution demandant sa libération quelques jours avant la fin de son mandat, le 2 avril prochain. C’était une « urgence », a dit le chef de file de l’opération, l’ex commandant des opérations spéciales françaises au moment de l’opération Serval, le très politique général de corps d’armée Christophe Gomart, devenu, dans le civil, député européen de droite.

On suppose – faute de plus de précisions – que lorsqu’il aura perdu sa qualité de Président élu, Mohamed Bazoum sera plus difficile à défendre. Ou que les arguments juridiques devront changer. Comme si ces raisonnements pesaient dans la situation du Président détenu au Palais avec son épouse Hadiza depuis deux ans et demi !

En tous cas, il n’était pas forcément très finaud de confier à Christophe Gomart la tête officielle du lobby, dans la mesure où sa démarche a immédiatement été interprétée au Niger comme une autre forme des pressions exercées sans relâche par les autorités françaises depuis le coup d’État de juillet 2023.  

« Le principal partenaire des forces européennes au Sahel »

D’ailleurs, assez naïvement sans doute, l’eurodéputé a dit tout haut le 11 mars à Strasbourg les raisons de fond qui motivaient sa démarche. « Il convient de rappeler que le président Bazoum, démocratiquement élu, a été le principal partenaire des forces européennes au Sahel, contribuant à la lutte contre le terrorisme islamiste, contre le trafic d’armes, contre le trafic d’êtres humains, et à la stabilité régionale. Nous ne pouvons rester plus longtemps silencieux alors qu’un allié-clé de l’Europe est emprisonné. Quel exemple de loyauté l’Union européenne donnerait-elle à ses partenaires ? »

Ces éléments de langage – défendre les alliés jusqu’au bout pour affirmer notre influence et notre utilité – sont directement issus de la « nouvelle doctrine » de la France en Afrique, qui s’est illustrée au Bénin tout récemment, lors du nébuleux coup d’État déjoué en décembre 2025. « Un signal clair doit être envoyé à nos partenaires et à leurs opposants. L’Europe est un allié assumant ses engagements envers ceux qui ont coopéré avec elle pour plus de sécurité et plus de liberté», a-t-il poursuivi.

De mystérieuses « minorités religieuses »

Comme si Christophe Gomart voulait décidément clouer le cercueil de Mohamed Bazoum, il a ajouté, peu inspiré : « Depuis le coup d’État, (…) la junte militaire laisse son territoire en proie à des groupes djihadistes responsables de nombreuses attaques meurtrières, notamment contre des minorités religieuses. Nous ne pouvons nous y résigner. »

Nul ne sait de quelles minorités religieuses parlait l’ancien général – qui a peut-être confondu le Niger et le Nigeria, ce dernier pays étant pris à partie par les États-Unis pour les attaques conduites par des groupes apparentés à Boko Haram contre les chrétiens – mais il aurait dû s’abstenir de cette accusation imaginaire : ces sujets, au Sahel, sont extrêmement sensibles, comme tout propos de nature à porter atteinte à la cohésion nationale.

Peu importe, encore, que les autres orateurs, comme à l’auberge espagnole, aient énuméré leurs griefs contre le régime : fermeture des ONG internationales, campagne contre la France – de la part de l’ex-diplomate française Nathalie Loiseau – démographie élevée et, de ce fait, menace de submersion migratoire – sujet soulevé par l’étoile montante de l’extrême droite allemande Tomasz Froelich.

« Chaque fois que l’Europe ouvre sa bouche »

Le propos que retiendront les Nigériens est le suivant : Bazoum était un allié clé de la France et de l’Europe (notamment dans la fermeture de la route migratoire de la Méditerranée) et c’est pour cela que le parlement européen, à une écrasante majorité, a voté le 12 mars en faveur de cette résolution (524 voix sur 555 présents).

Voici donc confirmé le narratif nationaliste de la junte qui dénonce en Mohamed Bazoum un « valet » de la France et des puissances occidentales. Ce que l’éditorialiste du quotidien privé L’Enquêteur a bien exprimé dans un article du 13 mars intitulé «Pourquoi la prison de Bazoum se referme à chaque fois que l’Europe ouvre la bouche » : « Les eurodéputés semblent ignorer que la menace de sanctions ou les leçons de droits humains n’ont plus aucune prise sur un pouvoir militaire sahélien qui a fait de la rupture avec l’Occident son principal fonds de commerce. Pire encore, cette résolution est du pain béni pour le CNSP. (…) Chaque condamnation occidentale est immédiatement recyclée par Niamey comme une preuve irréfutable de son indépendance. L’Europe croit punir ; en réalité, elle consolide le narratif souverainiste de la Refondation. »

À Niamey, sans surprise, la démarche, bien que dénuée de tout pouvoir coercitif, a provoqué une volée de bois vert. Des autorités d’abord : la chargée d’affaires par intérim, Nicoletta Avella, a été convoquée dès le jour du vote au ministère des Affaires étrangères pour y recevoir la protestation officielle du ministre Bakary Yaou Sangaré contre une « ingérence paternaliste » du Parlement européen. Le 18 mars, cette démarche a été suivie d’une rencontre sollicitée par le même ministre avec les ambassadeurs des pays membres de l’Union Européenne.

Réunion au ministère des Affaires étrangères à Niamey avec les ambassadeurs des pays membres de l’UE, le 18 mars.

« Une logique persistante de pression extérieure »

Même réaction de la société civile proche du régime, celle qui siège au Conseil Consultatif de la Refondation (CCR). Le 17 mars, l’institution consultative a dénoncé une « ingérence inadmissible dans les affaires intérieures du Niger » et interprété la résolution comme s’inscrivant « dans une logique persistante de pression extérieure visant à influencer les décisions souveraines du Niger. »

Le CCR a également dénoncé « le caractère sélectif de cette prise de position », alors que le Parlement européen reste « en retrait face à d’autres crises internationales majeures marquées par des violations du droit international ».

Le philosophe Farmo Moumouni, ministre de la Formation professionnelle, a balayé la démarche strasbourgeoise d’un cruel pamphlet intitulé « Papotages au Parlement européen. » « Comment peut-on (…) exiger d’un pays résolu à se soustraire de l’hégémonie colonialiste et impérialiste de l’Europe, d’un pays qui, contre la soumission et la servilité, a choisi l’indépendance et la souveraineté, de libérer ‘le principal partenaire des forces européennes au Sahel’ et ‘l’allié clé de l’Europe’? (…) Pourquoi obtempérerions-nous à des injonctions d’outre-mer ? Pour restaurer une hégémonie en déclin, un système politique décrié, un système économique cannibale? »

La crédibilité en berne de l’Union européenne

« L’Europe et son parlement doivent se rendre à l’évidence : ici, au Niger, ils ne jouissent d’aucune autorité ni d’aucune compétence ; leur crédibilité est nulle et leur réputation n’est que risée. » Pour Farmo Moumouni, derrière ce que les Nigériens considèrent, à tort ou à raison, comme un acharnement contre leur pays, se cache la volonté de remettre la main sur les richesses du sous-sol, l’or et l’uranium en particulier : « le sceau de l’urgence portée par la résolution de l’Union européenne – date de la fin d’un mandat écourté et oublié par les Nigériens – renvoie à l’acuité de l’incertitude économique provoquée par la nationalisation des ressources de l’Alliance des États du Sahel et la rupture dans l’approvisionnement en matières premières. »

Quoi qu’il en soit, la résolution votée à Strasbourg aura comme principal effet – à dessein peut-être ? – de compliquer encore davantage les laborieux efforts de reprise du dialogue et de la coopération entre Niamey et Bruxelles après le coup d’État. La non publication de la nouvelle stratégie Sahel, adoptée en novembre dernier, est une illustration du désarroi profond de l’Union européenne.

Le représentant de Kaja Kallas (la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité), le commissaire  Wopke Hoekstra, en a fait part lors de sa réponse officielle aux orateurs de la résolution, le 11 mars. Leur donnant acte de la détérioration de la situation des droits de l’homme au Niger, il a toutefois souhaité rappeler que « les relations entre l’UE et le Niger avaient atteint une dégradation historique caractérisée par une profonde défiance, une diminution de l’engagement diplomatique, une rhétorique hostile et des accusations non fondées, et clairement pas de notre fait. (…) L’image de l’UE dans le pays, malheureusement, a été altérée. » Bruxelles a revu sa stratégie et envoyé son représentant spécial au Mali, au Burkina Faso et au Niger, pour tenter de renouer les fils, a-t-il expliqué. « Cette visite a démontré la volonté nigérienne d’améliorer ses relations avec l’UE sur la base de la souveraineté, du respect mutuel et des intérêts partagés. Elle a aussi révélé que les points de désaccord doivent être abordés avec franchise. »

Histoire de planter le clou, il a conclu son propos par le rappel de l’actuelle vision de Bruxelles pour la région : « Nous devons rester engagés au Sahel central parce que le désengagement, selon nous, n’est pas une option et ne sert pas les intérêts de l’Union européenne. »

 


Encadré : La carrière d’un officier très politique

Après avoir commandé le 13ème RDP, puis un Groupement de forces spéciales en Afghanistan (2006), Christophe Gomart a rejoint le cabinet du ministre de la Défense comme chef du bureau réservé en charge de la relation avec les services de renseignement relevant de ce ministère (DGSE, DRM, DPSD).

À la création de la Coordination nationale du renseignement (CNR), il a rejoint l’Élysée comme adjoint du coordonnateur national du renseignement (2008 – 2011). Il a ensuite été nommé Commandant des Opérations Spéciales (COS) (2011 – 2013) et il a alors mené les opérations en Libye (2011), le retrait des forces françaises en Afghanistan (2012 – 2013) et les opérations contre les djihadistes au Mali (2013) lors de l’opération Serval.

Nommé Directeur du renseignement militaire, il a rejoint, le 1er août 2013, cette direction dans laquelle il avait déjà servi de 1999 à 2003.

Admis à sa demande en 2ème section des officiers généraux le 1er juillet 2017, il a été recruté comme directeur de la sûreté et de la gestion de crises du groupe Unibail-Rodamco-Westfield. Aux élections européennes de 2024, il est élu sur la liste Les Républicains. 

 

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Madagascar : une transition sous influence ? https://mondafrique.com/a-la-une/madagascar-une-transition-sous-influence/ Wed, 11 Mar 2026 05:16:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148401 Les deux visites successives effectuées à Moscou et à Paris par le colonel Michael Randrianirina, le président de la refondation de la République de Madagascar (PRRM), ont suscité un doute dans l’esprit de ceux qui espéraient une rupture politique majeure et une redéfinition brutale des partenariats extérieurs de la Grande Île après la prise de […]

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Les deux visites successives effectuées à Moscou et à Paris par le colonel Michael Randrianirina, le président de la refondation de la République de Madagascar (PRRM), ont suscité un doute dans l’esprit de ceux qui espéraient une rupture politique majeure et une redéfinition brutale des partenariats extérieurs de la Grande Île après la prise de pouvoir de la junte militaire en octobre. 

Par Daniel Sainte-Roche

Après le séjour parisien du colonel, les chantres du néo-panafricanisme d’obédience russe n’ont pas hésité à le qualifier de « sous-fifre français » et « d’imposture », en faisant le parallèle avec ce qui s’est passé au Gabon où, après le putsch de 2023, le nouveau président Brice Oligui Nguema s’est empressé d’accepter l’offre du président Macron « d’accompagner (le pays) dans le renouveau et la transformation économique ».

À Madagascar, les plus fervents parmi les manifestants de la « révolution de septembre 2025 » ne cachent pas non plus leur déception. Pour eux, la visite en Russie n’était qu’une façade pour donner l’illusion d’une politique d’ouverture « tous azimuts », sans réelle volonté de couper le cordon ombilical avec l’ancienne puissance tutélaire. Ainsi, en marge d’une conférence de presse donnée le 3 mars dernier à Tananarive, un représentant de la Gen Z s’est montré catégorique : « le vrai leader que nous attendons ne s’agenouille pas devant la France pour quémander de l’aide. Nous voulons un dirigeant capable d’obtenir effectivement la réparation des injustices historiques, coloniales et néocoloniales que les Malgaches ont subies ». 

À l’inverse, pour les fidèles partisans du nouveau pouvoir, la démarche du colonel, qualifiée de « diplomatie d’équilibre », ne doit pas être perçue comme un signe de faiblesse mais plutôt une réaffirmation de la souveraineté nationale du pays. Elle témoigne de l’habileté de la nouvelle diplomatie à tirer profit de la concurrence entre les grandes nations. Optant pour une stratégie de non-alignement, la Grande Île veut désormais privilégier ses propres intérêts sans devoir choisir une grande puissance contre une autre. « Madagascar est totalement ouvert aux nations du monde entier dès lors que le peuple malgache peut en tirer profit », a d’ailleurs affirmé le colonel Michaël Randrianirina.

Une réalité alambiquée

Derrière ce narratif bien huilé, se profile néanmoins une réalité alambiquée. En effet, la politique étrangère de toute nation constitue un reflet de sa politique nationale. Or, force est de constater qu’il règne à Madagascar aujourd’hui un flou idéologique flagrant alors que le « panier à crabe » que constitue l’entourage du PRRM ne permet pas l’émergence d’un système de pensée cohérent. Il est vrai qu’à Madagascar, l’idéologie officielle n’a qu’une importance secondaire et ne constitue qu’une technique d’accès et de maintien au pouvoir.

La valse-hésitation du colonel Michael Randrianarina n’a donc rien d’extraordinaire quand on sait que, depuis l’indépendance en 1960, Madagascar a changé d’orientation tous les 10 ans et que la versatilité et la faiblesse des convictions idéologiques caractérisent la classe politique insulaire. Et avec le climat d’affairisme ambiant qui imprègne les couloirs du palais de la Refondation, il est aisé de perdre ses repères.

Carence idéologique et culte de l’argent

Après le soulèvement populaire de 1972, la participation des hommes en treillis aux activités politiques s’est banalisée, notamment par le biais de la nomination d’officiers à des postes politiques ou administratifs normalement dévolus aux civils. Il est vrai qu’à une certaine époque, certains de nos jeunes pouvaient accéder à des écoles de formation militaire prestigieuses en France, aux États-Unis ou dans les pays communistes. L’amiral Didier Ratsiraka, élu président de la République en 1975 et en 1996, était un cadre diplômé de Saint-Cyr et de l’école navale de Brest. Les chefs militaires de l’époque pouvaient s’appuyer sur un support idéologique et doctrinal solide dans la conduite des affaires de l’État.

Mais la mutation profonde de la société malgache apportée par l’avènement de la troisième République et la libéralisation effrénée qui s’ensuivit fut dévastatrice : à l’idéologie politique s’est substitué le culte de l’argent. On assista alors à la formation d’une bourgeoisie administrative et bureaucratique enrichie par la corruption qui a gangréné la pratique politique à tous les niveaux (municipal, parlementaire et gouvernemental). En même temps, les « militants en uniforme » (appellation donnée aux militaires sous la révolution socialiste) cédèrent le pas à l’émergence d’une caste militaire dont le degré de décadence n’avait rien à envier à celui des civils.  

Les coups d’État successifs vont permettre ensuite l’alliance de la caste militaire avec un nouveau type de politiciens : les « nouveaux riches » ayant fait fortune dans des conditions obscures, qui se font élire avec des distributions de tee-shirts et de produits de première nécessité. C’est ainsi qu’aujourd’hui, une poignée de conseillers officiels et/ou occultes tirent les ficelles et imposent les grandes décisions, aussi bien en matière de politique intérieure qu’à l’international. Dans ce cadre, le président de l’Assemblée nationale Siteny Andrianasoloniaiko tient un rôle prépondérant. Ce politicien très proche de Moscou est présent à chaque déplacement du colonel Michael Randrianirina, lequel semble entièrement sous son influence.

Naïveté diplomatique ou envie de tromper ?

L’emprise psychologique exercée sur le chef de la junte s’est manifestée d’une façon éclatante quand le colonel Randrianiriana a déclaré devant la diaspora malgache, à l’occasion de sa visite à Paris le 25 février 2025, que « la Russie ne demande pas de contrepartie pour les aides qu’elle octroie ». Manque de lucidité d’un novice en relations internationales ou crainte de subir les feux du nationalisme insulaire très ardent chez les Malgaches ?

Une telle déclaration n’a pas manqué de sidérer, interprétée comme une volonté de tromper le simple citoyen. Les faits, à Madagascar comme en Afrique en général, montrent que les Russes sont loin d’être désintéressés car leur coopération s’accompagne toujours de manœuvres visant à infiltrer les rouages étatiques et à influencer les décideurs politiques, avec à la clé l’échange d’armes contre des ressources minières.

Ainsi, sous la deuxième République, la fourniture par l’armée soviétique de 8 avions de guerre MIG 17, de 13 MIG 21 et 6 MIG 23 ainsi que d’un avion de transport YAK 40 s’est accompagnée d’un don de trois radars qui ont permis à Moscou de contrôler le canal du Mozambique et tout le sud-ouest de l’Océan Indien !

La Russie moins généreuse qu’avec Didier Ratsiraka

Avec l’actuelle junte, la Russie n’a pas été aussi généreuse que sous la présidence de l’Amiral Didier Ratsiraka. Elle s’est contentée d’offrir, dans le cadre des actions d’urgence post-cycloniques, 60 tonnes d’aide alimentaire, six camions et deux hélicoptères. Il est vrai qu’en janvier dernier, la patrie de Poutine avait déjà livré à l’armée malgache des fusils d’assaut, des fusils de précision pour les tireurs d’élite, des M4 ainsi que des drones kamikazes. Cette stratégie de pénétration à bas coût fut payante : sous la couverture d’instructeurs, la Russie a réussi à placer au sein de la Garde présidentielle malgache des éléments de l’Africa Corps, le groupe paramilitaire ayant pris le relais du groupe Wagner.

Parallèlement, la Russie continue à avancer ses pions : le président de l’association d’amitié Malgacho-Russe, Richard Rakotonirina, vient de fonder, le 15 février 2026, un nouveau parti appelé Réveil Patriotique de Madagascar Uni (RPMU). Sa déclaration ne souffre d’aucune ambiguïté : «la voie vers l’est est claire. Après des décennies d’alignement avec l’ouest, il est désormais préférable de se tourner vers la Russie ».

Avant Paris, Moscou : les visites du chef de la junte malgache

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La force armée de la Cedeao toujours virtuelle https://mondafrique.com/limage-du-jour/force-en-attente-de-la-cedeao-mirage-ou-realite/ Tue, 03 Mar 2026 05:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147989 Annoncée, promise, oubliée, puis remise au goût du jour, revoilà le projet de la CEDEAO de déployer une force armée. Fin février 2026 à Freetown, l’organisation a décidé d’envoyer un signal fort. Sur le papier, l’annonce est ambitieuse. Dans la pratique, de nombreux obstacles restent à surmonter. Depuis plus de vingt ans, la Force armée […]

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Annoncée, promise, oubliée, puis remise au goût du jour, revoilà le projet de la CEDEAO de déployer une force armée. Fin février 2026 à Freetown, l’organisation a décidé d’envoyer un signal fort. Sur le papier, l’annonce est ambitieuse. Dans la pratique, de nombreux obstacles restent à surmonter.

Depuis plus de vingt ans, la Force armée de la CEDEAO (FAA), toujours en attente,ressemble à une arlésienne : toujours invoquée mais jamais visible sur le terrain. Son ancêtre, l’ECOMOG, avait marqué les années 1990 lors des guerres au Liberia et en Sierra Leone, laissant derrière elle une réputation entachée par de graves violations des droits humains. Depuis, et malgré les crises majeures qui ont secoué et secouent toujours l’Afrique de l’Ouest, la nouvelle version de cette force régionale n’a jamais été à l’œuvre.

Freetown : le retour des promesses

Selon les chefs d’état-major ouest-africains réunis en Sierra Leone, un premier contingent d’environ 2 000 soldats serait opérationnel d’ici fin 2026. L’objectif affiché : répondre à la montée en puissance des groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, dont les actions s’étendent du Sahel vers les États côtiers.

L’initiative vise également à restaurer l’image d’une organisation souvent critiquée pour son activisme politique mais jugée peu efficace sur le plan sécuritaire.

Cependant, au-delà de l’effet d’annonce, les interrogations demeurent.

Le défi des effectifs et des financements

Deux mille hommes : le chiffre apparaît modeste au regard de l’ampleur de la menace. Les groupes armés actifs dans la région comptent des milliers de combattants aguerris et mobiles. Dans un espace aussi vaste que l’Afrique de l’Ouest, marqué par des zones forestières, sahéliennes et côtières difficiles à contrôler, cet effectif ne pourra jouer qu’un rôle symbolique.

Autre obstacle majeur : l’argent. Déployer une force régionale crédible suppose des moyens lourds : transport aérien, renseignement, équipements adaptés, primes de risque, soutien logistique continu. Or, le financement de l’opération n’est pas encore bouclé. Sans ressources stables, la Force en attente pourrait demeurer fidèle à son appellation : en attente… de financements.

Les plus grandes difficultés sont politiques

Mais au-delà des problèmes pratiques, les obstacles majeurs sont bien entendu d’ordre politique. Les États les plus touchés par les groupes armés djihadistes le Mali, le Burkina Faso et le Niger, désormais regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont claqué la porte de la CEDEAO. Sauf improbable retournement diplomatique, il n’est donc pas question que la Force en attente se déploie sur leur territoire. Autrement dit, l’organisation entend combattre une menace dont l’épicentre se situe précisément en dehors de son périmètre politique actuel.

Mais la difficulté ne s’arrête pas là. Deux membres de la CEDEAO, le Bénin et le Nigeria, se sont réunis à Cotonou le 27 février pour formaliser une stratégie sécuritaire transfrontalière : coordination des patrouilles, partage de renseignements, opérations conjointes, surveillance accrue des flux. La France a été sollicitée pour les accompagner, notamment en matière de renseignement.

Mauvaise manière

Alors même que la CEDEAO annonce solennellement l’activation de sa Force en attente, deux de ses États membres choisissent de coopérer avec l’appui d’un partenaire extérieur. C’est une très mauvaise manière faite à l’organisation sous-régionale. Cette initiative traduit aussi un manque de confiance dans l’efficacité de la communauté économique ouest-africaine. Ce choix risque, en prime, d’alimenter davantage la méfiance de l’AES vis-à-vis de ses voisins côtiers. Voir Abuja et Cotonou renforcer leur coopération sécuritaire avec Paris ne pourra qu’attiser les discours sur l’ingérence extérieure et le manque de solidarité strictement africaine.

Enfin, si le Nigeria, première puissance militaire de la région et contributeur essentiel aux opérations de la CEDEAO, investit prioritairement dans des cadres bilatéraux, cela fragilise la FAA, qui risque de manquer de l’impulsion politique et des moyens humains qui conditionnent sa crédibilité.

La Force en attente pourrait bien rester fidèle à sa réputation : une promesse récurrente dans les discours, mais toujours incertaine dans les faits.

 

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Sénégal. La solution du casse-tête de la dette https://mondafrique.com/a-la-une/senegal-la-recette-du-casse-tete-de-la-dette/ Mon, 02 Mar 2026 05:36:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147808 Face aux députés, le ministre des Finances et du Budget du Sénégal est revenu tout récemment sur les leviers sur lesquels il compte s’appuyer pour sortir du piège de la dette. Par Mor Amar C’est une année épouvantable. Un marathon éprouvant pour les services du ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba. Plus de […]

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Face aux députés, le ministre des Finances et du Budget du Sénégal est revenu tout récemment sur les leviers sur lesquels il compte s’appuyer pour sortir du piège de la dette.

Par Mor Amar

C’est une année épouvantable. Un marathon éprouvant pour les services du ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba. Plus de 2672 milliards de francs CFA. Voilà le montant global du service de la dette extérieure, d’après la loi de finances initiale pour l’année 2026. Le pic des paiements est annoncé pour ce mois de mars, avec plus de 509 milliards de francs CFA à rembourser, rien que sur la dette extérieure, et plus de 237 milliards au titre de la dette intérieure. Mais l’urgence, pour Dakar, c’est de mobiliser près de 490 millions d’euros en mars pour satisfaire en priorité les souscripteurs d’eurobonds, afin de rassurer les marchés sur ses capacités à remplir ses obligations.

Comment le pays compte t-il procéder ? Face aux députés, le 24 février 2026, lors de la session des questions d’actualité avec le gouvernement, le ministre des Finances est revenu sur la stratégie. « Depuis fin 2024, nous travaillons sur la gestion active de la dette bancaire locale. Nous avons ainsi invité les banques à titriser certaines créances. Cela a permis de négocier les termes de financement, d’améliorer le profil de maturité, de gagner des espaces budgétaires à hauteur de plus de 500 milliards rien que sur l’année 2025 », a expliqué Cheikh Diba, ajoutant que son gouvernement compte faire exactement la même chose en ce qui concerne la dette extérieure.

Dakar privilégie le paiement des eurobonds

Pour réussir ce pari, le gouvernement compte s’appuyer sur des institutions de garantie comme la Banque africaine de développement (BAD), l’Assurance pour le développement du commerce et de l’investissement en Afrique (Atidi), la Multilateral investment garantee agency (Miga-groupe banque mondiale)… Optimiste, Cheikh Diba pense que ce soutien autorisera la mobilisation de ressources à des coûts beaucoup plus faibles que les coûts d’endettement actuels, avec des maturités plus longues.

Le gouvernement compte ainsi réduire le service de la dette et libérer des espaces de trésorerie, sans avoir recours à la restructuration. « Si nous y parvenons avec la discipline budgétaire que nous avons enclenchée depuis 2024, cela va permettre d’avoir une dette soutenable », rassure le ministre des Finances, qui se projette déjà sur les autres mois.

En effet, si les esprits sont rivés sur l’échéance de mars 2026, il n’en demeure pas moins que le gouvernement restera sous tension toute l’année. Les montants à payer sur la partie dette extérieure restent très importants, avec plus de 234 milliards de francs CFA au mois d’avril, 114 milliards en mai, plus de 220 milliards pour le mois de juin, 257 milliards en juillet, 227 milliards au mois d’août, 170 milliards en septembre, 278 milliards en octobre, 178 milliards en novembre et enfin plus de 272 milliards pour le mois de décembre, soit au total 2672 milliards, contre plus de 2825 milliards au titre de la dette intérieure.

Pression de la France et de certains créanciers

Loin de la sérénité affichée devant les écrans, les techniciens vivent dans le stress au quotidien. La décision de privilégier le paiement des eurobonds ne fait pas que des heureux. Certains créanciers, comme la France, commencent d’ailleurs à manœuvrer pour un traitement diligent de leurs créances. Le trésor français, selon plusieurs médias, a d’ailleurs écrit pour réclamer le règlement d’impayés. Paris aurait même dépêché début février un émissaire à Dakar pour traiter de cette affaire. D’autres créanciers stratégiques comme la China Afreximbank sont également dans l’attente d’un traitement pressant.  

Certains créanciers ont d’ailleurs rejoint la position du Fonds monétaire international (FMI) qui estime, depuis le début, qu’une restructuration est nécessaire. Le gouvernement du Sénégal n’est toujours pas de cet avis. Pour Cheikh Diba, ce n’est certainement pas par orgueil. « Nous estimons qu’il y a une solution scientifique, économique et technique, qui nous permettra de gérer cette question. C’est la gestion active de la dette. Du point de vue quantitatif, le résultat est presque le même que pour la restructuration. Et nous ne subissons pas les conséquences d’une restructuration », a martelé le ministre des Finances et du Budget. 

Dakar en défaut sur les investissements et des engagements sociaux

En vérité, analyse un spécialiste, le gouvernement a décidé de ne pas faire défaut et de ne pas demander une restructuration pour les dettes qui lui semblent essentielles, à savoir les eurobonds, les dettes auprès du marché financier de l’UEMOA et des banques commerciales.

En revanche, le gouvernement est déjà en défaut sur plusieurs programmes d’investissements importants pour le développement économique (Programme spécial de désenclavement, Programme de modernisation des infrastructures judiciaires, Programme d’urgence de développement communautaire, dette aux entreprises du BTP…). Il a dû également suspendre plusieurs programmes sociaux dont les bourses de sécurité familiales et accumule des arriérés pour les étudiants….

La grande question, selon notre interlocuteur, c’est de savoir « jusqu’à quel point le gouvernement va continuer de suffoquer le développement économique du pays », en privilégiant le paiement de cette dette colossale au détriment des projets de développement.

Les points d’achoppement avec le FMI

Pendant ce temps, les négociations avec le FMI tirent en longueur. Si des progrès notoires ont été enregistrés sur les mesures correctrices relatives au misreporting, les deux parties peinent à accorder leur violon sur la viabilité de la dette, nécessaire pour la signature d’un nouveau programme. Face au parlement, le ministre Diba a reconnu quelques divergences en particulier sur le cadrage macroéconomique.  « Nous, nous pensions que les hypothèses du Fonds sont pessimistes, eux ont trouvé nos projections trop optimistes. Le résultat est que le FMI estime que nous ne pouvons trouver les financements dont nous avons besoin sans restructuration », explique le ministre qui s’empresse de rassurer : « Nous travaillons à rapprocher nos positions. Le vendredi passé, le Fonds a mis à jour son cadrage macroéconomique qu’il nous a envoyé. Dans les prochains jours, nous pourrons en discuter et arriver à un résultat qui va permettre de finaliser ces discussions. »

Depuis la survenue de la crise, le ministre des Finances et du Budget se démène ainsi comme un diable pour trouver une solution avec les partenaires internationaux. Quant à son patron, le Premier ministre Ousmane Sonko, il ne cesse de tirer sur ces partenaires. Pour lui, l’institution ne travaille pas au développement des pays africains. Ce qui intéresse le FMI, selon le PM Sénégalais qui cite l’économiste américain Jeffrey Sachs, ce n’est pas le développement des pays africains, c’est plutôt que ces pays restent pauvres et sages.

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Mais où est donc Mamadi Doumbouya ? https://mondafrique.com/limage-du-jour/mais-ou-est-donc-mamadi-doumbouya/ Mon, 02 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147923 Depuis plus de six mois, la question revient comme un refrain dans les rues de Conakry et sur les réseaux sociaux : où est passé le président guinéen ? Une absence qui dure La dernière apparition publique formellement documentée de Mamadi Doumbouya remonte au 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, à la mi-février 2026. […]

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Depuis plus de six mois, la question revient comme un refrain dans les rues de Conakry et sur les réseaux sociaux : où est passé le président guinéen ?

Une absence qui dure

La dernière apparition publique formellement documentée de Mamadi Doumbouya remonte au 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, à la mi-février 2026. Photos officielles, cérémonie d’ouverture, image de famille des chefs d’État, puis, plus rien…

Avant Addis-Abeba, il faut remonter à son investiture du 17 janvier 2026 pour retrouver une véritable apparition publique. Entre ces deux moments : silence.

Même lors de la campagne électorale, le président de la transition d’alors n’avait pas tenu de meetings. Il ne s’était montré qu’une seule fois, amaigri, le regard hagard, esquissant quelques pas de danse aux côtés du chanteur congolais Koffi Olomidé. Loin de faire taire les rumeurs, cette apparition les avait renforcées. De nombreuses hypothèses circulaient sur son état de santé ; la plus persistante évoque une tumeur au cerveau.

La semaine dernière, le Premier ministre Amadou Oury Bah, s’est enfin exprimé et a confirmé que le chef de l’État était absent du territoire, sans préciser dans quel pays. Selon le journaliste Thomas Dietrich, qui suit de près ce dossier, Mamadi Doumbouya serait hospitalisé à Singapour. Aucune confirmation officielle n’est venue étayer cette information et l’absence de communication nourrit mécaniquement les spéculations.

De rumeur en rumeur, la Guinée se retrouve confrontée à un malaise politique profond.

Paris en coulisses : simple visite ou signal politique ?

Autre élément troublant : d’après des informations de Mondafrique, le ministre des Transports et porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, est actuellement à Paris. Il aurait été rejoint par Baba Barry, commandant des forces spéciales. Simple déplacement diplomatique ou séquence plus stratégique ?

La question se pose d’autant plus que les relations entre Conakry et l’Élysée sont scrutées avec attention. Paris cherche-t-il à anticiper une transition ? S’oriente-t-on vers un scénario à la manière de Mahamat Idriss Déby au Tchad, où la continuité militaire a été organisée pour préserver la stabilité du régime après la disparition du père ?

Rien ne permet d’affirmer qu’un tel scénario est en cours. Mais dans un contexte d’absence prolongée du président, chaque déplacement prend une dimension politique.

Le clan Doumbouya prépare-t-il ses arrières ?

Autre fait qui alimente les suspicions : selon le journaliste guinéen Latif Diallo, le 28 février « aux environs de 20 heures, des véhicules blindés ont escorté une voiture jusqu’à l’aéroport. Les passagers ont ensuite embarqué à bord d’un jet privé, un Gulfstream G500, qui a atterri dans le sud de la France. »

L’avion se serait posé à Montpellier, ville d’où est originaire Laurène Doumbouya, l’épouse du président. Que transportait cet appareil ? Les enfants du couple ? D’autres proches ? Des biens ?

Dans ce climat de suspicion généralisée, l’idée d’un pouvoir qui sécurise ses arrières commence à être prise au sérieux.

Qui gouverne ?

Qui gouverne la Guinée depuis des mois ? La question est centrale, d’autant que le pays doit faire face à des défis économiques majeurs.

Le franc guinéen se déprécie face au dollar et à l’euro. Les prix augmentent sur les marchés. L’économie informelle prospère pendant que l’économie officielle s’essouffle. Les souvenirs du gel des comptes d’anciens ministres du gouvernement d’Alpha Condé ont marqué durablement les esprits, renforçant la défiance vis-à-vis du système bancaire.

La crise de liquidités dure depuis plus d’un an. Retirer du cash relève du parcours du combattant. Les plafonds de retrait se resserrent. Les banques attendent des instructions. La confiance s’érode.

Dans ce contexte, l’absence prolongée du chef de l’État n’est pas qu’un problème d’image. Elle pose une question institutionnelle : où se prennent les décisions ? Qui arbitre ? Qui assume ?

Une crise de liquidité qui s’installe, une monnaie qui glisse, une communication présidentielle inexistante, des mouvements diplomatiques ambigus : l’addition alimente chaque jour un peu plus le climat d’incertitude.

La question n’est peut-être plus seulement « Où est Mamadi Doumbouya ? », mais bien « Où va la Guinée ?»

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