Etats-Unis - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/etats-unis/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 24 Feb 2026 15:50:14 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Etats-Unis - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/etats-unis/ 32 32 D’un ambassadeur l’autre https://mondafrique.com/decryptage/dun-ambassadeur-lautre/ https://mondafrique.com/decryptage/dun-ambassadeur-lautre/#respond Tue, 24 Feb 2026 15:50:12 +0000 https://mondafrique.com/?p=147662 Le coup de menton français en réponse au nouveau refus de l’ambassadeur américain à Paris de se présenter à une convocation du ministère des Affaires étrangères lundi a réveillé le souvenir d’une autre crise diplomatique. Charles Kushner, c’est évident, abuse de sa proximité familiale avec Donald Trump, la muflerie faite président. C’est à ce titre, […]

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Le coup de menton français en réponse au nouveau refus de l’ambassadeur américain à Paris de se présenter à une convocation du ministère des Affaires étrangères lundi a réveillé le souvenir d’une autre crise diplomatique.

Charles Kushner, c’est évident, abuse de sa proximité familiale avec Donald Trump, la muflerie faite président. C’est à ce titre, suppose-t-on, qu’il refuse de se plier aux usages diplomatiques, dont il n’a que faire puisqu’après tout il a été parachuté à ce poste sans la moindre compétence. Kushner est promoteur immobilier, condamné pour diverses malversations et gracié par le beau-père de son fils Jared, commodément président des États-Unis. Jean-Noël Barrot a mal pris l’affront. Il a voulu marquer le coup, mais sans non plus fâcher l’Amérique. Il a donc demandé au beau-père de la fille du président américain (Ivanka) de ne plus « accéder directement aux membres du gouvernement français ». La sanction n’est pas méchante. 

À Mondafrique, on s’est souvenu d’une autre mauvaise manière diplomatique, française cette fois : le refus de Sylvain Itté, ambassadeur de France à Niamey, de se rendre en août 2023 à une invitation du Premier ministre du Niger, Ali Lamine Zeine, dont il refusait de reconnaître la légitimité (puisque le Premier ministre était là par la volonté d’une junte que Paris vomissait – et vomit toujours, d’ailleurs).

Mais l’affaire alors s’envenima sacrément, tandis qu’Emmanuel Macron menaçait le Niger des pires foudres et tentait d’imposer à Paris une ambassadrice du Niger que la junte de Niamey voulait limoger. La crise diplomatique, alors, était l’écho d’une crise politique grave entre deux pays et leurs deux dirigeants. Déclaré non grata, Sylvain Itté fut finalement discrètement exfiltré de Niamey en septembre 2023, après deux mois de montée de la tension.

Aucun ambassadeur au monde ne peut rester dans un pays qui ne veut plus de lui. Barrot pourrait faire de même avec Kushner s’il voulait vraiment se faire respecter et faire respecter la France. On n’en est manifestement pas là. 

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Washington évacue son ambassade, Beyrouth retient son souffle  https://mondafrique.com/moyen-orient/washington-evacue-son-ambassade-beyrouth-retient-son-souffle/ https://mondafrique.com/moyen-orient/washington-evacue-son-ambassade-beyrouth-retient-son-souffle/#respond Mon, 23 Feb 2026 19:45:44 +0000 https://mondafrique.com/?p=147639 Dans un contexte d’escalade régionale, les États-Unis ont ordonné l’évacuation du personnel non essentiel de leur ambassade à Beyrouth. Mesure présentée comme temporaire, elle intervient sur fond de frappes israéliennes, de tensions avec l’Iran et de fragilité persistante au Liban. Les États-Unis ont décidé, lundi 23 février 2026, d’évacuer le personnel non essentiel ainsi que […]

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Dans un contexte d’escalade régionale, les États-Unis ont ordonné l’évacuation du personnel non essentiel de leur ambassade à Beyrouth. Mesure présentée comme temporaire, elle intervient sur fond de frappes israéliennes, de tensions avec l’Iran et de fragilité persistante au Liban.

Ambassade des États-Unis au Liban.

Les États-Unis ont décidé, lundi 23 février 2026, d’évacuer le personnel non essentiel ainsi que les membres éligibles de leurs familles de leur ambassade à Beyrouth. Officiellement, la décision est dictée par la prudence. « Le Département d’État a ordonné le départ du personnel gouvernemental américain non essentiel », a indiqué un responsable américain. L’ambassade demeure opérationnelle avec un noyau de personnel essentiel, chargé d’assurer la continuité des services diplomatiques et consulaires. « L’ambassade reste opérationnelle (…) Il s’agit d’une mesure temporaire visant à assurer la sécurité de notre personnel », a précisé la même source.

Environ quarante personnes auraient quitté le territoire via l’aéroport international de Beyrouth, selon une source sécuritaire libanaise. Washington souligne procéder à une réévaluation permanente de l’environnement sécuritaire régional. Cette décision n’est pas isolée : elle s’inscrit dans un mouvement plus large de renforcement militaire américain au Moyen-Orient, alors que le président Donald Trump évoque ouvertement la possibilité de frappes contre l’Iran en l’absence d’accord sur son programme nucléaire.

Un climat régional inflammable

La mesure américaine intervient quelques jours après des frappes israéliennes dans la vallée de la Bekaa, à l’est du Liban, ayant coûté la vie à plusieurs membres du Hezbollah, dont un commandant, selon le mouvement. Ces bombardements se poursuivent en dépit du cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, au terme d’un an d’affrontements transfrontaliers.

Un responsable du Hezbollah, Mahmoud Qamati, a appelé à la poursuite de la confrontation. « Quelle autre option avons-nous à part la résistance ? Nous n’en avons pas d’autre », a-t-il déclaré. De son côté, un député du mouvement a demandé la suspension des réunions du comité de surveillance du cessez-le-feu « jusqu’à ce que l’ennemi arrête ses attaques ».

Dans ce contexte, Beyrouth apparaît comme un point de vulnérabilité stratégique. Frontalière d’Israël, ancrée dans un équilibre politique fragile et abritant un acteur armé puissant soutenu par Téhéran, la capitale libanaise se situe au croisement des lignes de fracture régionales.

Le Hezbollah, acteur externe et facteur interne d’instabilité

Au-delà du risque de confrontation entre Israël et l’Iran, la présence du Hezbollah constitue également une menace interne pour le Liban lui-même. Milice pro-iranienne disposant d’un arsenal militaire autonome, le mouvement agit de facto en parallèle du pouvoir légitime libanais. Cette logique de « cavalier seul » affaiblit l’autorité de l’État et expose le pays à des représailles ou à des escalades décidées hors du cadre institutionnel.

Le gouvernement libanais a récemment annoncé que l’armée disposerait d’un délai de quatre mois, renouvelable, pour mettre en œuvre la deuxième phase d’un plan visant à désarmer le Hezbollah. Mais les progrès sont jugés insuffisants par Israël, et la réalité du rapport de force interne rend l’objectif incertain.

Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, plus de 370 personnes auraient été tuées dans des raids israéliens au Liban, selon un décompte fondé sur des données officielles libanaises. L’armée israélienne affirme cibler le Hezbollah et ses infrastructures, l’accusant de se réarmer avec le soutien de l’Iran.

Pression maximale sur Téhéran

En toile de fond, la tension entre Washington et Téhéran s’est intensifiée. Le président Trump a ordonné le déploiement de forces navales et aériennes supplémentaires dans la région. « Toutes les options sont sur la table », a-t-il récemment déclaré. L’administration américaine affirme vouloir empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire et maintient une pression diplomatique et militaire accrue.

Dans ce schéma, le Liban pourrait devenir un théâtre direct et indirect d’affrontement. Les États-Unis redoutent d’éventuelles représailles iraniennes via des acteurs alliés, au premier rang desquels le Hezbollah. L’évacuation partielle de l’ambassade s’analyse ainsi comme une mesure préventive face au risque d’une escalade aussi rapide qu’asymétrique.

Pour le Liban, déjà fragilisé par une crise économique persistante et une paralysie institutionnelle chronique, cette décision américaine est un signal supplémentaire d’isolement et d’incertitude. Le pays reste classé au niveau d’alerte maximal par Washington « ne pas voyager », ce qui pèse sur les investissements et le tourisme.

Le pays du Cèdre, une fois encore, se retrouve en ligne de mire,  non comme initiateur du conflit, mais comme terrain d’impact possible d’une confrontation qui le dépasse largement.

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Washington met Téhéran au pied du mur https://mondafrique.com/moyen-orient/washington-met-teheran-au-pied-du-mur/ https://mondafrique.com/moyen-orient/washington-met-teheran-au-pied-du-mur/#respond Sat, 21 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147526 En fixant un ultimatum de dix jours à Téhéran, Washington transforme une négociation fragile en compte à rebours stratégique. Derrière la pression diplomatique, l’option militaire se précise, faisant planer le risque d’une escalade régionale aux répercussions potentiellement incontrôlables. Un ultimatum de dix jours. En diplomatie, le calendrier est souvent une arme. En fixant une échéance […]

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En fixant un ultimatum de dix jours à Téhéran, Washington transforme une négociation fragile en compte à rebours stratégique. Derrière la pression diplomatique, l’option militaire se précise, faisant planer le risque d’une escalade régionale aux répercussions potentiellement incontrôlables.

Un ultimatum de dix jours. En diplomatie, le calendrier est souvent une arme. En fixant une échéance publique à Téhéran pour parvenir à un accord, le président américain a transformé une négociation tendue en compte à rebours stratégique. Derrière la formule, une réalité plus inquiétante : l’option militaire n’est plus théorique.

Depuis plusieurs semaines, les signaux s’accumulent. Renforcement du dispositif naval américain dans le Golfe, consultations sécuritaires intensifiées avec les alliés régionaux, déclarations répétées de fermeté : Washington met en scène une posture de détermination. Officiellement, l’objectif demeure un accord crédible sur le dossier nucléaire iranien. Officieusement, le message est clair : l’absence de compromis entraînerait des conséquences.

Une démonstration de force sous contrainte

Les États-Unis disposent déjà d’un arsenal militaire conséquent dans la région. Un groupe aéronaval peut projeter une puissance de frappe rapide, combinée à des missiles de croisière et à un maillage dense de bases dans les pays du Golfe. L’hypothèse d’une invasion terrestre est largement écartée, jugée trop coûteuse et politiquement explosive.

En revanche, des frappes aériennes ciblées contre des infrastructures stratégiques iraniennes constituent un scénario crédible. Les installations liées à l’enrichissement d’uranium seraient des cibles prioritaires. Des sites militaires, des centres de commandement des Gardiens de la révolution ou des infrastructures balistiques pourraient également être visés.

L’objectif ne serait pas nécessairement un changement de régime, mais un affaiblissement significatif des capacités stratégiques iraniennes et une restauration de la crédibilité dissuasive américaine.

Au cœur du contentieux figure le programme nucléaire iranien. Washington exige des garanties renforcées sur les niveaux d’enrichissement, l’accès des inspecteurs internationaux et la limitation durable des capacités sensibles. Mais la question dépasse le nucléaire civil. Les missiles balistiques, que l’Iran considère comme un pilier de sa doctrine défensive, constituent une ligne rouge pour les États-Unis et pour Israël.

Du côté iranien, le discours officiel reste inflexible : le programme nucléaire est présenté comme souverain et pacifique, et toute pression extérieure est dénoncée comme une tentative d’ingérence. Parallèlement, Téhéran consolide ses dispositifs de défense aérienne et intensifie ses exercices militaires, signal qu’une éventuelle attaque serait contestée.

Le risque d’une escalade régionale incontrôlée

Une frappe américaine ne resterait probablement pas sans réponse. L’Iran dispose de leviers asymétriques : capacité de riposte balistique contre des bases américaines, mobilisation de réseaux alliés au Liban, en Irak, en Syrie ou au Yémen, voire perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce énergétique mondial.

Le scénario d’une escalade graduelle est jugé plausible : frappes ciblées, ripostes limitées, contre-frappes successives. Le danger réside moins dans l’attaque initiale que dans la dynamique qu’elle pourrait déclencher, dans une région déjà fragmentée.

Certains analystes estiment néanmoins que l’ultimatum relève davantage d’une stratégie de pression que d’une volonté immédiate d’intervention. En imposant un calendrier resserré, Washington cherche à créer un levier psychologique, à forcer une décision et à démontrer qu’il conserve l’initiative stratégique.

Mais plus la démonstration de fermeté est visible, plus le coût politique d’un recul devient élevé. À Téhéran comme à Washington, les contraintes internes limitent la marge de manœuvre. Les dix jours annoncés ne sont pas seulement un délai : ils matérialisent un point de tension où la dissuasion peut soit produire un compromis minimal, soit précipiter une confrontation aux conséquences régionales majeures.

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Les États-Unis veulent régler le conflit du Sahara occidental à tout prix https://mondafrique.com/international/les-etats-unis-veulent-regler-le-conflit-du-sahara-occidental/ https://mondafrique.com/international/les-etats-unis-veulent-regler-le-conflit-du-sahara-occidental/#respond Thu, 19 Feb 2026 05:30:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147295   Les 8 et 9 février, les États-Unis ont réuni à Madrid le Front Polisario, le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie pour débloquer le règlement du conflit sur le Sahara Occidental, sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc. Les Marocains sont en position de force, mais les conditions d’un accord opérationnel ne […]

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Les 8 et 9 février, les États-Unis ont réuni à Madrid le Front Polisario, le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie pour débloquer le règlement du conflit sur le Sahara Occidental, sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc. Les Marocains sont en position de force, mais les conditions d’un accord opérationnel ne sont pas, pour autant, forcément réunies. Riccardo Fabiani, directeur du programme Afrique du Nord-Moyen Orient d’International Crisis Group, décrypte pour Mondafrique les enjeux de cette réunion. 

Par Selim Jaziri

La réunion au niveau ministériel qui s’est tenue dans les locaux de l’ambassade américaine à Madrid aurait dû rester secrète. Elle était présidée par Massad Boulos, le conseiller spécial de Donald Trump pour les questions arabes et africaines, en présence de Staffan de Mistura, l’envoyé du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental.

Cette rencontre avait pour but de relancer le processus de règlement du conflit qui oppose le Maroc et le Front Polisario sur le statut du Sahara occidental depuis le retrait espagnol en 1976. Rabat revendique sa pleine souveraineté sur ce territoire au nom de liens historiques. Pour le Polisario, soutenu par l’Algérie – protagoniste pleinement engagé dans le contentieux, il s’agit d’un territoire colonisé ayant vocation à l’indépendance. Alors qu’Alger estime qu’il s’agit d’un conflit de décolonisation dont l’issue doit être négociée entre le Maroc et les représentants sahraouis, les Marocains entendent le traiter comme une question de sécurité régionale entre les quatre parties prenantes (la Mauritanie a renoncé à sa souveraineté sur la partie méridionale de l’ancien Sahara espagnol au profit du Polisario en août 1979, avant que celle-ci ne soit annexée par le Maroc). L’approche de Rabat a donc fini par s’imposer.

25 ans de statu quo

Le statu quo perdure depuis un cessez-le-feu négocié sous l’égide des Nations unies en 1991. Le Maroc contrôle de facto près de 80 % du territoire et le Polisario la partie orientale, tandis qu’un dispositif de sécurité, le « mur de sable », sépare les deux zones et qu’une force onusienne, la MINURSO, veille au respect du cessez-le-feu. L’Algérie abrite environ 175 000 réfugiés dans le camp de Tindouf.

Le plan de règlement onusien fondé sur le principe d’autodétermination prévoyait la tenue d’un référendum pour donner le choix à la population du territoire entre l’indépendance et l’intégration à l’État marocain. Mais le projet butte depuis plus de 30 ans sur la question de la définition du corps électoral. En 2002, le roi Mohamed VI a estimé que le référendum était impraticable et depuis 2007, le Maroc a mis sur la table un projet d’autonomie régionale sous souveraineté marocaine.

Pour sortir du statu quo, une première rencontre quadripartite a eu lieu en 2019 dans le cadre des Nations unies. Elle a tourné court après le retrait du Polisario qui estimait les discussions biaisées en faveur du Maroc. L’impasse diplomatique a poussé une partie du mouvement sahraoui à relancer la voie militaire. L’escalade a été contenue malgré une série d’incidents fin 2020, mais une crise ouverte a éclaté en juillet 2021 entre Rabat et Alger, aboutissant à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays et à une course aux armements.

Un consensus diplomatique en faveur du Maroc

Ces dernières années, le Maroc a engrangé les soutiens diplomatiques, notamment celui des États-Unis qui a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental en contrepartie du ralliement de Rabat aux accords d’Abraham et de la normalisation des relations avec Israël, le 22 décembre 2020. Par la voix d’Emmanuel Macron, la France a estimé en juillet 2024 que « l’autonomie sous souveraineté marocaine est le cadre dans lequel cette question doit être résolue ».

La résolution 2797 votée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 31 octobre 2025 entérine le plan d’autonomie présenté par le Maroc comme la base de règlement la plus crédible. Depuis, la diplomatie américaine s’active pour ajouter la fin du conflit sahraoui au palmarès de « faiseur de paix » de Donald Trump. C’est dans cette perspective qu’a été organisée la rencontre de Madrid, dont le cadre a été limité par Massad Boulos à la mise en œuvre de la résolution 2797 et du plan d’autonomie marocain.

Forte pression exercée sur Alger et le Polisario 

Mondafrique : Comment expliquer que l’Algérie et le Polisario acceptent de prendre part à une rencontre dont le format quadripartite et la base de discussion vont à l’encontre de ce qu’ils ont toujours défendu ?

Riccardo Fabiani : Pour ce qui concerne le Front Polisario, dont il faut souligner la dépendance matérielle à l’égard de l’Algérie, il faut noter qu’il refuse de parler de « processus de négociation », mais préfère le mot « discussion ». Cette subtilité sémantique signifie qu’il entend maintenir une distance et ne pas s’engager dans une négociation sur des bases qu’il désapprouve. En réalité, il est surtout sous la menace d’un projet de loi déposé au Congrès américain en septembre 2025 qui vise à le classer comme organisation terroriste.

Quant à l’Algérie, elle a été soumise à une pression intense de la part des États-Unis. Massad Boulos s’est rendu deux fois à Alger durant les quatre derniers mois. L’Algérie doit tenir compte de son isolement croissant : elle est en crise diplomatique avec le Maroc, la France, le Mali. Son influence est en recul au Sahel, ses relations sont difficiles avec l’Europe en général. Elle se sent encerclée par ses ennemis : Israël est littéralement à sa frontière via le Maroc, les relations se sont dégradées avec la Russie depuis l’implantation des milices Wagner au Sahel et en Libye. Elle est en crise ouverte avec les Émirats arabes unis, etc.

Dans ces conditions, ce serait catastrophique pour l’Algérie d’entrer en crise avec les États-Unis, qui restent bien évidemment la puissance principale dans le monde et dans cette région. Le calcul algérien, depuis l’élection de Donald Trump, a été de rester engagé avec l’administration américaine pour la convaincre de ne pas s’aligner complètement sur le Maroc. Elle a conclu, en mai 2025, un mémorandum d’entente avec les États-Unis pour accroître la coopération en matière de défense et adopté, en juin 2025, une loi autorisant les sociétés étrangères à détenir jusqu’à 80 % des parts dans les projets miniers, pour attirer les investisseurs américains.

Mais l’Algérie est également sous la menace de sanctions américaines en vertu de la loi CAATSA (Countering America’s adversaries through sanctions Act), après avoir passé commande de 12 chasseurs et de 14 bombardiers russes. Dans ces conditions, ni l’Algérie ni le Polisario ne sont plus en mesure d’imposer leurs conditions.

Riccardo Fabiani.

Le cadre des Nations unies mis de côté

Mondafrique : L’autre élément significatif de cette rencontre n’est-il pas la mise à distance du cadre des Nations unies par les États-Unis ?

R.F. : L’engagement américain est effectivement la principale nouveauté de cette période. Depuis plus de vingt ans, ils s’étaient désengagés du conflit. Il est évident qu’ils ne croient plus du tout aux Nations unies et au multilatéralisme. On le voit avec le  «Conseil de paix» pour Gaza, qui semble avoir pour vocation d’élargir sa compétence à d’autres situations. On le voit aussi en Libye, où Massad Boulos s’efforce d’obtenir une réunification économique puis politique du pays, en contournant complètement l’ONU.

Dans le cas du Sahara, Staffan de Mistura a été invité. Américains et ONU sont censés mener conjointement les négociations. Mais la vérité, c’est que ce sont les États-Unis qui mènent réellement le jeu. De leur point de vue, et on ne peut pas leur donner tort, rien n’a avancé depuis plus de trente ans, ils sont convaincus qu’il faut tenter des approches diplomatiques complètement différentes par rapport au passé.

Mondafrique : Ce processus peut-il réussir là où l’ONU a échoué ?

R.F. : Les dirigeants du Polisario sont conscients des contraintes, mais les réfugiés, les jeunes Sahraouis, sont sur une ligne beaucoup plus radicale. Ils comprennent le besoin d’une diplomatie, les menaces de Washington, mais ils sont hostiles à une négociation sur la base proposée par le Maroc. Bachir Mostafa Saïd, le frère du fondateur du Polisario, qui est le représentant de l’opposition à la direction du Polisario, a publié un article à la veille de la réunion de Madrid pour critiquer complètement cette approche. Il estime que le Polisario est en train de céder aux pressions de l’administration Trump, mais qu’il n’a rien à y gagner. Comment imaginer que le Polisario puisse accepter l’autonomie alors que l’écrasante majorité des réfugiés y est opposée ?

Pour les Sahraouis, il y a une ligne rouge : ils sont disposés à participer à n’importe quel processus parrainé par les Américains, à discuter de l’autonomie, mais ils ne renonceront pas à un référendum qui inclut l’option de l’indépendance. Pour les Marocains, l’idée d’un référendum limité au peuple sahraoui qui mentionne l’option de l’indépendance est tout aussi inacceptable.

Dès lors, je vois deux scénarios. Le premier, c’est que les Sahraouis et les Algériens restent engagés dans ce processus à cause de la pression américaine, mais fassent durer les négociations en entrant dans des discussions extrêmement détaillées et extrêmement complexes pour retarder le moment d’un accord et de l’heure de vérité. Le second scénario, c’est que Donald Trump commence à faire pression directement sur les Algériens, le Polisario et les Marocains pour aboutir à un accord avant le mois de mai. Mais la question, ce serait alors l’opérationnalisation d’un accord obtenu dans telles conditions. On court le risque de déclencher une révolte dans les camps de réfugiés, potentiellement aussi de violence, donc de divisions au sein du Polisario, de l’apparition de nouveaux mouvements…

Vers un rapport de force frontal

Mondafrique : Que pourrait concéder le Maroc pour tenter d’amener le Polisario et l’Algérie à un accord acceptable ?

R.F. : De toutes mes conversations avec les responsables marocains, j’ai compris qu’ils ne sont pas intéressés du tout par un compromis avec l’Algérie et le Polisario, et que les conséquences de l’imposition du plan d’autonomie sur la stabilité de l’Algérie et les risques de violence dans les camps des réfugiés, ce n’est pas leur problème. Leur priorité, c’est de garder cette relation privilégiée avec les États-Unis.

Leur objectif n’est pas d’aboutir à un accord mais de bâtir une coalition de pays qui soutiennent le plan de l’autonomie et reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara pour ensuite faire voter par l’Assemblée générale des Nations unies le retrait du Sahara occidental de la liste des territoires non autonomes. À partir de là, légalement, il n’y a plus de conflit et ils auront les mains libres pour imposer leur plan.

Mondafrique : Au risque d’une nouvelle escalade militaire avec l’Algérie ?

R.F. : En réalité, ils n’ont pas peur d’une confrontation militaire parce qu’en cas de reprise des affrontements, les forces marocaines sont certaines d’avoir l’appui des États-Unis, d’Israël, de la France…

Et surtout, ils sont convaincus qu’à cause de ces rapports de force, l’Algérie ne s’engagera jamais dans une confrontation militaire et donc qu’ils ont assez de soutien diplomatique pour la forcer à accepter cette nouvelle situation.

Mondafrique : Avant d’en arriver là, que sait-on du résultat de la rencontre de Madrid ?

R.F. : C’est un peu un mystère parce que les négociateurs ont reçu la directive très claire de la part des Américains de garder le silence pour minimiser le risque d’interférences et de pressions à travers la presse de la part des bases respectives du Polisario, de l’Algérie et du Maroc. C’était une réunion préliminaire. Les détails de cette première réunion restent donc impossibles à connaître.

Ce qu’on sait, c’est qu’il n’y a pas eu d’accord, ni même de consensus. On a parlé de la formation d’un comité technique qui travaillerait sur un accord cadre qui serait ensuite approuvé à Washington au mois de mai… Mais apparemment, c’est plutôt une spéculation de la part de la presse marocaine.

 

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Washington-Téhéran: l’impasse sous haute tension https://mondafrique.com/moyen-orient/washington-teheran-limpasse-sous-haute-tension/ Tue, 10 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146937 Menaces militaires, lignes rouges nucléaires et diplomatie sous tension : les pourparlers entre Washington et Téhéran piétinent. La presse américaine décrit une impasse dangereuse, sur fond de missiles iraniens, de calculs de Trump, de pressions israéliennes et d’une contestation intérieure. Le Proche-Orient vu par la presse anglophone,par Bruno Philip Les Iraniens menacent de frapper les […]

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Menaces militaires, lignes rouges nucléaires et diplomatie sous tension : les pourparlers entre Washington et Téhéran piétinent. La presse américaine décrit une impasse dangereuse, sur fond de missiles iraniens, de calculs de Trump, de pressions israéliennes et d’une contestation intérieure.

Le Proche-Orient vu par la presse anglophone,
par Bruno Philip

Les Iraniens menacent de frapper les bases américaines dans la région, même si la porte reste ouverte pour la poursuite de discussions entre Washington et Téhéran. L’Iran refuse d’arrêter son programme d’enrichissement d’uranium et ne veut pas entendre parler d’une réduction de son stock de missiles. Pendant ce temps, rapporte le Wall Street Journal, une « seconde vague » de protestations a lieu en Iran, prenant la forme d’une résistance passive.

Les négociations de la semaine dernière entre Iraniens et Américains à Oman n’ont débouché que sur une seule perspective : la promesse faite par les deux parties de se revoir bientôt. Maigre bilan pour des discussions dont l’issue était prévisible : l’impasse. Même si la porte reste ouverte vers la possibilité, bien maigre pour l’instant, d’une solution diplomatique. Les Iraniens s’efforcent sans doute d’imposer un rapport de force avec l’administration Trump et l’on peut imaginer qu’ils fassent preuve d’une certaine souplesse dans le cadre de futures discussions. Washington, de son côté, comprend qu’une attaque sur l’Iran serait possiblement dévastatrice pour la région et, in fine, pour l’économie mondiale. Trump fait pour l’instant preuve de retenue.

Reste que Téhéran a refusé, comme prévu, de mettre fin à l’enrichissement de combustible nucléaire, tandis que le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, a menacé, au lendemain de la rencontre à Oman entre sa délégation et l’envoyé spécial du président Trump, Steve Witkoff, de tirer des missiles sur les bases américaines au Moyen-Orient. Dans une interview accordée vendredi 7 février à la télévision qatarie Al Jazeera, le chef de la diplomatie iranienne a indiqué que, en cas de frappes américaines, la réponse de Téhéran serait sévère : « S’il est impossible d’attaquer le sol américain, nous ciblerons leurs bases dans la région. » Il a cependant tenu à rassurer les voisins de l’Iran, qui abritent ces mêmes bases : « Nous n’attaquerons pas les pays voisins, nous ne viserons que les bases américaines qui y sont stationnées. Il y a une grande différence entre les deux. »

Dans ce même entretien, M. Araghchi avait insisté par ailleurs sur le fait que la question des missiles n’avait jamais été abordée durant les conversations menées entre émissaires iraniens et américains par l’intermédiaire de diplomates omanais à Mascate. Pour Téhéran, il importe en effet de démontrer que le régime ne cède pas sous la pression, d’une part, et que seule la question du dossier nucléaire et de l’enrichissement des matières fissiles est au centre des discussions. Les Américains veulent, en revanche, que l’Iran bride la portée de ses missiles et en diminue le nombre, et que Téhéran cesse son soutien à ses « proxies » dans la région, à savoir le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen.

Si la menace d’une frappe américaine imminente sur l’Iran paraît, pour l’heure, évitée, le niveau de dangerosité d’un conflit irano-américano-israélien reste élevé. « Nous vivons la période la plus dangereuse des relations bilatérales depuis plus de quarante ans que je suis l’Iran », a déclaré au Wall Street Journal Alan Eyre, ancien diplomate américain de haut rang et négociateur nucléaire iranien, avant les pourparlers. « Les conséquences négatives d’une erreur sont donc considérables. »

Le quotidien des affaires new-yorkais remarque en outre qu’« une décision de suspendre l’enrichissement d’uranium, une exigence américaine essentielle, constituerait un recul public humiliant sur une priorité nationale fondamentale pour le guide suprême Ali Khamenei. Un refus risque d’inciter Trump à ordonner des frappes, exposant davantage la vulnérabilité du régime iranien ». D’autant que « l’Iran menace de tirer à nouveau sur un plus grand nombre de cibles dans la région si Trump ordonne une attaque. Cette menace accroît la pression sur la Maison-Blanche, qui s’inquiète de la capacité de l’Iran à cibler Israël et les forces américaines, ainsi que les pays arabes alliés du Golfe persique et de la région ». Toujours selon le WSJ, Téhéran dispose encore d’environ 2 000 missiles balistiques de moyenne portée capables d’atteindre toute la région. Le pays possède également d’importants stocks de missiles à courte portée pouvant atteindre les bases américaines dans le Golfe et les navires dans le détroit d’Ormuz, ainsi que des missiles de croisière antinavires.

Entre bras de fer stratégique et fragilisation intérieure du régime iranien

Le New York Times vient d’ailleurs montrer l’importance que revêtent aux yeux du régime iranien ces fameux missiles. Selon le quotidien, « l’Iran a rapidement remis en état ses installations de missiles balistiques endommagées lors de la guerre de juin contre Israël, tandis que les réparations des sites touchés par les frappes israéliennes et américaines restent limitées ». Des analyses satellitaires faites par des journalistes du NYT ont montré que, sur les 24 sites de missiles touchés par ces frappes, les Iraniens sont en train d’en réparer une douzaine. Les dégâts visibles sur les principales installations nucléaires restent encore apparents en surface, laissant penser qu’ils ne seraient pas encore en cours de réparation.

La rencontre prévue mercredi à Washington entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le président Donald Trump vient par ailleurs de donner un coup d’accélérateur aux événements : selon le quotidien Haaretz, citant une « source régionale », le chef du gouvernement israélien a « demandé d’avancer la rencontre avec le président américain » ; M. Netanyahou « a en effet souhaité que la rencontre ait lieu dès maintenant plutôt que dans une semaine, comme initialement prévu », afin qu’elle se tienne avant une probable prochaine série de discussions irano-américaines.

Pendant ce temps, la colère gronde encore en Iran, mais de manière considérablement réduite, après la répression inouïe des manifestations du début de l’année, qui aurait peut-être fait, selon certaines sources, une trentaine de milliers de morts. Le Wall Street Journal rapporte qu’une « seconde vague » de protestations est en train de se produire : « Lors des funérailles et des commémorations, les familles endeuillées scandent des slogans antirégime ; les élèves refusent de chanter des chants patriotiques à l’école ; le personnel médical condamne publiquement l’arrestation de leurs collègues qui ont soigné des blessés durant les manifestations ; et des groupes de militants locaux appellent ouvertement à la démission du guide suprême Ali Khamenei. » Selon les sources du Journal en Iran, ces manifestations sont parfois « bruyantes », mais aussi « discrètes et personnelles », l’essentiel des protestataires choisissant la prudence au vu des risques d’arrestation et de mort encourus. « Les gens sont remplis de peur mais aussi de ressentiment », a déclaré au quotidien par SMS une habitante de la ville de Kermanshah. Elle a ajouté : « Nous avons tous les yeux rivés au ciel, espérant que Trump nous bombarde pour anéantir le régime. Nous sommes prêts à mourir un par un. »

 

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Série Epstein-Afrique (1) : la nausée mondialisée https://mondafrique.com/politique/dossiers-epstein-la-nausee-et-limpunite-mondialisee/ Sat, 07 Feb 2026 05:13:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146468 Si tu veux dîner avec le diable, dit le proverbe, mieux vaut se munir d’une grande cuillère. Dans le dossier Epstein, aucune n’a de tige assez longue. L’affaire ressemble au labyrinthe du Minotaure qui serait submergé par les égouts. Une toile d’araignée planétaire où se croisent figures politiques, fortunes privées et réseaux d’influence en quête […]

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Si tu veux dîner avec le diable, dit le proverbe, mieux vaut se munir d’une grande cuillère. Dans le dossier Epstein, aucune n’a de tige assez longue. L’affaire ressemble au labyrinthe du Minotaure qui serait submergé par les égouts. Une toile d’araignée planétaire où se croisent figures politiques, fortunes privées et réseaux d’influence en quête de sexe, d’argent et de pouvoir. Après bien des atermoiements, le rideau s’est finalement levé. Mondafrique propose une série d’articles consacrés aux apparitions de l’Afrique dans les « Epstein files », où il est surtout question de business, de diplomatie informelle et de réseaux d’influence.

À prendre avec des pincettes 

La divulgation des dossiers Epstein était une promesse de campagne de Donald Trump. Mais plus que le Président lui-même, ce sont surtout ses partisans du mouvement MAGA (Make America Great Again) qui ont exigé que toute la lumière soit faite. Sous pression de ses militants et après beaucoup d’hésitations, l’administration américaine a fini par se résoudre à ouvrir la boîte de Pandore, le 30 janvier dernier.

Si cette affaire suscite autant d’intérêt, c’est en raison de la nature et de la gravité des faits, du statut social des personnes impliquées et de l’impunité dont elles ont bénéficié. Cependant, les noms qui y figurent ne sont pas nécessairement tous liés à des crimes : être cité ne prouve rien en soi. Pour tenter de comprendre et d’y voir clair, il faut réaliser un travail de fourmi, analyser et recouper des centaines de milliers de pages et d’images. Ce travail aurait dû être effectué par les justices nationales, mais cela n’a pas été le cas, notamment en France. Ce vide judiciaire s’explique par les puissants réseaux d’influence où évoluait Jeffrey Epstein. On ne peut donc que se réjouir que cette affaire émerge enfin, à condition de faire le tri.

Qui était Jeffrey Epstein ? 

Né en 1953 à New York dans un milieu populaire, Jeffrey était un financier au parcours atypique, passé de l’enseignement à la gestion de fortune pour des clients très riches, dans des conditions pour le moins intrigantes. Il est condamné une première fois en 2008 en Floride pour proxénétisme de mineures. A la suite d’un accord de plaidoyer très clément qui lui évite des poursuites fédérales plus lourdes, il est libre. Dès cette époque, tout le monde sait.Malgré cela, il a continué à fréquenter des cercles très influents. Jeffrey Epstein meurt en 2019, dans des conditions troubles, alors qu’il était en détention provisoire en attente de son procès.

Sa complice et associée Ghislaine Maxwell, est, elle, toujours en détention. C’est une figure centrale du dossier, fille du magnat de la presse britannique Robert Maxwell, elle-même très introduite dans les milieux mondains et politiques internationaux. L’étendue de leurs carnets d’adresses, mêlant responsables politiques, grandes fortunes, universitaires et figures du show-biz, est époustouflante. Des personnalités comme Bill Clinton, le prince Andrew, Anne de Rothschild ou, en France, Caroline Lang – la fille de Jack Lang – s’y trouvent. Cette capacité à rester socialement fréquentable malgré une condamnation infamante explique en partie pourquoi l’histoire est hors-norme. Elle pose une question persistante : comment Jeffrey Epstein, déjà condamné pour de tels, faits a-t-il pu conserver si longtemps un tel accès aux élites ?

Les pays du Sud globalement épargnés

Le versant africain du dossier tranche avec son cœur judiciaire américain. En Afrique, il est surtout question de voyages d’affaires, de demandes de visas et de connexions politiques, la plupart en lien avec Israël. Plusieurs anciens responsables du renseignement, dont Ari Ben Menashe, ont évoqué les liens entre Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell et le Mossad depuis les années 1980. Ceci expliquerait l’étendue de leurs contacts sur tous les continents et dans tous les milieux et leurs liens avec l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak.

Dans plusieurs pays africains, comme en Côte d’Ivoire et en Libye, il s’agit bien de contrats financiers en lien avec les intérêts de Tel Aviv.
Pour autant, et en l’état des connaissances à ce jour, il n’y a pas d’allégations crédibles ou documentées d’activités sexuelles criminelles sur le continent. Idem pour la Chine et l’Asie,  où comme en Afrique, il s’agit seulement de connexions diplomatiques ou d’influence. Seule l’Amérique du Sud, principalement le Brésil, a été touchée. Le complice du couple Epstein-Maxwell, le Français Jean-Luc Brunel mort en détention à Paris en février 2022 recrutait des adolescentes, parfois âgées de moins de 16 ans, attirées par les concours de beauté ou les contrats de mannequinat. Néanmoins, la majorité des exactions sexuelles est concentrée aux États-Unis, sur des îles privées des Caraïbes et au Nouveau-Mexique.  

Les pays du Sud apparaissent, pour l’essentiel, en marge du volet criminel de cette affaire. Se dessine, en revanche, le portrait d’une élite mondialisée qui a dominé les cercles du pouvoir, de la finance et de l’influence pendant plus de trente ans. Une élite souvent prompte à donner des leçons de gouvernance ou de morale publique, et que l’affaire rattrape aujourd’hui. À bien des égards, le scandale Epstein ressemble au crépuscule d’un entre-soi globalisé qui s’imaginait intouchable.

Le deuxième article de cette série, sur la Côte d’Ivoire, sera en ligne lundi 9 février. 

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Donald Trump envoie son émissaire au Mali https://mondafrique.com/international/donald-trump-envoie-son-emissaire-en-mission-de-bons-offices-au-mali/ Tue, 03 Feb 2026 17:11:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146404 Lundi 2 février, Nick Checker, le représentant pour le Mali de l’administration Trump, qui dirige le Bureau des affaires africaines du département d’État américain, était en visite officielle à Bamako. Cette visite illustre une tentative de rapprochement de la Maison Blanche à l’égard des membres de l’Alliance des États du Sahel. Nick Checker a été […]

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Lundi 2 février, Nick Checker, le représentant pour le Mali de l’administration Trump, qui dirige le Bureau des affaires africaines du département d’État américain, était en visite officielle à Bamako. Cette visite illustre une tentative de rapprochement de la Maison Blanche à l’égard des membres de l’Alliance des États du Sahel.

Nick Checker a été reçu en audience par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a rapporté l’agence malienne de presse AMAP. 

À l’issue de la rencontre qui s’est tenue au ministère, il a déclaré être venu « pour discuter avec le gouvernement du Mali ». Il a précisé que les échanges avaient porté sur la lutte contre le terrorisme, le développement économique et la correction des erreurs de l’administration américaine précédente.« Moi je suis venu pour respecter le principe de souveraineté du Mali », a-t-il assuré.

Sécurité et économie

Cette rencontre s’inscrit dans une nouvelle posture de l’administration Trump visant à réengager les relations avec le Mali, après une période de tensions diplomatiques et un recentrage américain sur le respect de la souveraineté des États sahéliens. Elle fait suite aux visites d’autres responsables américains et offres de services diverses, ces derniers mois, accueillies jusqu’ici avec une certaine méfiance par les capitales concernées en butte à une forte hostilité de la France depuis leur prise de distance brutale avec Paris.

Nick Checker effectue ce déplacement pour explorer une nouvelle voie de coopération bilatérale, axée sur la sécurité et l’économie, en consultant également les autorités des pays voisins comme le Burkina Faso et le Niger, précise l’AMAP.

Bien que les trois pays du Sahel central aient fait appel à la Russie pour leur défense et leur sécurité, après la crise ouverte avec la France – leur partenaire militaire précédent dans la guerre contre les groupes djihadistes – Washington semble ne pas renoncer à jouer un rôle, dont les contours précis restent flous.  

L’État islamique pour cible

C’est ainsi que le général John Brennan, commandant adjoint d’Africom, a déclaré que son pays collaborait « toujours avec les armées des juntes au pouvoir au Burkina Faso, au Mali et au Niger », lors d’une interview accordée à l’Agence France Presse le 24 janvier à Abuja. « Nous avons même partagé des informations avec certains d’entre eux pour frapper des cibles terroristes clé », a-t-il ajouté, reconnaissant que la situation était cependant « très différente d’il y a deux ou trois ans ». La date mentionnée par le général correspond à la fermeture, en août 2024, de la base américaine de drones d’Agadez, dans le nord du Niger, à la demande de Niamey.  

« Nous sommes devenus beaucoup plus agressifs et nous travaillons avec des partenaires pour cibler de manière cinétique les menaces, principalement l’État islamique. » Il a ajouté que l’objectif des États-Unis était de renforcer les capacités des partenaires, de leur fournir des renseignements et des équipements « avec moins de restrictions » pour leur permettre d’être plus efficaces. 

 

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En Irak, la stabilité menacée par le bras de fer américano-iranien https://mondafrique.com/moyen-orient/en-irak-la-stabilite-menacee-par-le-bras-de-fer-americano-iranien/ Tue, 03 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146344   Entre pressions américaines, influence iranienne et fractures internes persistantes, l’Irak se retrouve à nouveau au cœur des secousses régionales. À l’heure où l’Iran vacille et où Washington hausse le ton, Bagdad peut-il préserver l’équilibre fragile reconquis ces dernières années ? Après des décennies de guerres, d’occupations et de violences confessionnelles, l’Irak avait donné, ces […]

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Entre pressions américaines, influence iranienne et fractures internes persistantes, l’Irak se retrouve à nouveau au cœur des secousses régionales. À l’heure où l’Iran vacille et où Washington hausse le ton, Bagdad peut-il préserver l’équilibre fragile reconquis ces dernières années ?

Après des décennies de guerres, d’occupations et de violences confessionnelles, l’Irak avait donné, ces dernières années, l’image d’un pays lentement remis sur pied. La défaite territoriale de Daech, la consolidation progressive des institutions et un certain apaisement sécuritaire avaient nourri l’espoir d’une normalisation durable. Mais cette stabilité restait précaire, bâtie sur un compromis bancal entre forces antagonistes, et surtout sur un équilibre régional de plus en plus instable.

Aujourd’hui, cet édifice vacille. L’ajournement à répétition de l’élection présidentielle au Parlement irakien, faute de quorum, n’est pas qu’un blocage institutionnel de plus : il est le symptôme visible d’une crise plus profonde. À Bagdad, la question du prochain Premier ministre cristallise toutes les tensions, tant internes qu’externes, dans un contexte régional marqué par une escalade inédite autour de l’Iran.

Le système de partage du pouvoir irakien, mis en place après 2003, repose sur une répartition confessionnelle : le Premier ministre est chiite, le président du Parlement sunnite, et le président de la République kurde. Conçu pour prévenir la domination d’un groupe sur les autres, ce modèle a surtout institutionnalisé la fragmentation politique.

La paralysie actuelle illustre ses limites. Les partis kurdes peinent à s’entendre sur un candidat consensuel à la présidence, retardant mécaniquement la nomination du chef du gouvernement. Mais derrière ces blocages procéduraux se joue une bataille bien plus stratégique : celle du contrôle réel de l’exécutif irakien, dans un moment où l’Irak est redevenu un enjeu majeur de la confrontation entre Washington et Téhéran.

Le retour de Nouri al-Maliki, une candidature explosive

C’est dans ce contexte que le Cadre de coordination, coalition chiite majoritaire au Parlement et étroitement liée à l’Iran, a apporté son soutien à Nouri al-Maliki pour le poste de Premier ministre. Figure centrale de la vie politique irakienne, Maliki a déjà dirigé le pays entre 2006 et 2014, période marquée à la fois par la consolidation de l’État et par de lourdes accusations de gouvernance autoritaire et de sectarisme.


Nouri al-Maliki

À l’époque, il avait d’abord bénéficié de l’appui des États-Unis avant de s’en éloigner progressivement, à mesure que ses liens avec Téhéran se renforçaient. Sous pression américaine, il avait finalement été contraint de quitter le pouvoir en 2014, dans le contexte de l’offensive de Daech.

Son retour aujourd’hui n’est donc pas anodin. Pour ses partisans, Maliki incarne une figure capable de maintenir l’ordre, de discipliner les milices et de préserver l’influence chiite au cœur de l’État. Pour ses détracteurs, il symbolise au contraire le risque d’un retour à une gouvernance clivante, susceptible de raviver les fractures internes et d’exposer l’Irak à des sanctions internationales.

Fait rare par sa brutalité assumée, Washington ne s’est pas contenté de manœuvres diplomatiques discrètes. Le président Donald Trump a publiquement lancé un ultimatum : les États-Unis retireraient leur soutien à l’Irak en cas de retour de Maliki au pouvoir. Sur Truth Social, il est allé jusqu’à affirmer que l’ancien Premier ministre avait mené son pays « à la pauvreté et au chaos ».

Ce message a eu l’effet d’une bombe à Bagdad. Car au-delà de la rhétorique, Washington dispose de leviers très concrets. Depuis 2003, les États-Unis exercent un contrôle déterminant sur une large part des recettes pétrolières irakiennes, déposées sur des comptes supervisés par la Réserve fédérale américaine. Ils peuvent également influencer l’accès du pays aux circuits financiers internationaux.

Pour un Irak dont le pétrole représente environ 90 % des recettes nationales, la menace est existentielle. À cela s’ajoute la crainte de nouvelles sanctions, alors que l’économie irakienne reste fragile, marquée par une croissance faible et une dépendance structurelle aux investissements étrangers.

L’Irak pris en étau entre deux ennemis

L’originalité – et la tragédie – de la position irakienne tient à cette réalité : Bagdad est sommé de choisir entre deux alliés qui se considèrent comme des ennemis irréconciliables. Les États-Unis demeurent un partenaire sécuritaire et économique clé, tandis que l’Iran exerce une influence politique, confessionnelle et militaire profonde sur le terrain.

Comme le résume l’analyste Ihsan al-Shamari, l’administration Trump ne distingue plus l’Irak de l’Iran, les traitant comme un seul et même dossier stratégique. Une approche qui place Bagdad dans une position intenable, tant son équilibre interne repose précisément sur cette ambiguïté.

Cette pression américaine s’inscrit dans un contexte régional radicalement transformé. Depuis la fin de l’année 2025, l’Iran traverse une crise interne majeure, marquée par des manifestations massives et une répression sanglante. Pour la première fois depuis 1979, l’hypothèse d’un effondrement du régime des mollahs n’est plus taboue.

Face à cette menace existentielle, Téhéran voit s’éroder les piliers de sa stratégie régionale. En Syrie, la chute du régime de Bachar el-Assad a brisé un maillon essentiel de son corridor stratégique. Au Liban, la guerre avec Israël a considérablement affaibli le Hezbollah, tant militairement que politiquement. Au Yémen, les Houthis ont subi de lourds revers sous les frappes américano-britanniques et israéliennes.

Dans ce paysage de reflux, l’Irak apparaît comme le dernier pilier encore relativement fonctionnel de l’influence iranienne.

L’importance de l’Irak pour l’Iran ne se limite pas à la sphère politique ou confessionnelle. Elle est aussi, et surtout, économique. Sous sanctions internationales, Téhéran dépend largement de ses échanges avec Bagdad pour accéder aux devises étrangères.

Jusqu’à récemment, les exportations de gaz iranien couvraient une part significative des besoins électriques irakiens, générant plusieurs milliards de dollars de revenus annuels pour l’Iran. Or, sous pression américaine, ces exportations ont été suspendues fin 2025, privant Téhéran d’une manne cruciale. Les exportations non pétrolières iraniennes vers l’Irak ont également chuté de manière spectaculaire.

Cette contraction fragilise directement le régime iranien, renforçant l’importance stratégique de maintenir un gouvernement ami à Bagdad.

Risque d’embrasement

La dépendance iranienne à l’Irak est également sécuritaire. À travers les Unités de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi), une coalition de plus de soixante milices pro-iraniennes, Téhéran dispose d’un levier militaire et politique majeur. Ces groupes, pour certains sanctionnés par Washington, jouent un rôle décisif au Parlement et dans la formation des gouvernements.

Or, dans le contexte actuel, plusieurs de ces milices ont publiquement annoncé leur disposition à entrer en guerre aux côtés de l’Iran en cas de frappes américaines. Une rupture stratégique majeure, tant Téhéran avait jusqu’ici évité d’exposer directement ses relais régionaux.

Washington a d’ailleurs averti Bagdad qu’en cas d’implication des milices irakiennes, les États-Unis se réserveraient le droit de riposter. Une perspective qui ferait de l’Irak un champ de bataille par procuration.

Dans cette configuration, le soutien iranien à Nouri al-Maliki apparaît moins idéologique que pragmatique. Pour Téhéran, il s’agit de consolider son influence par les institutions plutôt que par l’escalade militaire, en s’appuyant sur une figure capable de recomposer le champ chiite et de contenir les rivalités internes.

Mais ce pari est risqué. La division même du Cadre de coordination, partagé entre la crainte des sanctions américaines et le refus de toute ingérence étrangère, illustre la fragilité de ce choix. Certains appellent Maliki à se retirer « pour protéger l’Irak », d’autres estiment qu’un recul face à Washington ouvrirait la voie à une perte de souveraineté durable.

L’Irak se trouve ainsi à un carrefour historique. Si le pays parvient à éviter l’embrasement, il pourrait jouer un rôle de stabilisateur régional, à condition de préserver un équilibre délicat entre ses partenaires rivaux. Mais si la crise iranienne s’aggrave et que les pressions américaines se durcissent, Bagdad risque de redevenir l’épicentre des turbulences moyen-orientales.

Dans ce jeu de forces, l’Irak n’est ni totalement maître de son destin ni simple spectateur. Il est, plus que jamais, le miroir des fractures régionales et le révélateur d’un ordre moyen-oriental en pleine recomposition.

 

 

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Madagascar : la junte à la croisée des chemins https://mondafrique.com/international/madagascar-la-junte-a-la-croisee-des-chemins/ Tue, 03 Feb 2026 05:20:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146306 Le moment du choix décisif approche pour la Transition malgache. Quatre mois après son arrivée au pouvoir à la faveur d’une crise sociale et politique majeure, l’armée semble tentée par une installation durable à la tête du pays. Mais dans quelles conditions et avec quels partenaires ?  Par Daniel Sainte-Roche Les masques commencent à tomber […]

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Le moment du choix décisif approche pour la Transition malgache. Quatre mois après son arrivée au pouvoir à la faveur d’une crise sociale et politique majeure, l’armée semble tentée par une installation durable à la tête du pays. Mais dans quelles conditions et avec quels partenaires ? 

Par Daniel Sainte-Roche

Les masques commencent à tomber : avec le soutien d’une partie des forces politiques, les autorités putschistes lorgnent sur le pouvoir à long terme. La machine est d’ores et déjà en branle pour parvenir à cet objectif. En l’absence d’une feuille de route définissant la gouvernance durant la Transition, les nouvelles autorités entendent procéder à la militarisation de l’appareil institutionnel et administratif de l’État, tout en cherchant à fixer les orientations économiques du pays dans une quête éperdue de financements alternatifs. 

« L’armée ne sera plus une grande muette »

On assiste aujourd’hui à un renforcement du rôle des militaires dans l’espace public et politique. Le général de corps d’armée Démosthène Pikulas, chef d’État-Major de l’Armée malgache, a annoncé lors de l’ouverture des assises militaires, le 26 janvier 2026, que « l’armée aura dorénavant son mot à dire sur ce qui va se passer dans le pays » et « qu’elle ne sera plus une grande muette». Une telle déclaration cautionne entièrement l’institutionnalisation d’un ordre militarisé. Tous les rouages de l’État sont, en effet, actuellement noyautés par les hommes en treillis.

Au sein de la Présidence de la Refondation de la République (PRRM), le colonel Michaël Randrianirina est flanqué de quatre hauts conseillers militaires qui ont tous un rang de chef d’État. Au gouvernement, les postes clés sont octroyés à des « chefs de guerre », à l’instar du General Lylison de René, acteur principal du coup d’État de 2009 ayant porté Andry Rajoelina au pouvoir, qui a finalement trahi ce dernier en se joignant aux auteurs du coup d’octobre 2025. Le général Lylison dirige aujourd’hui le ministère de l’Aménagement du territoire, un département qui fut, dans un passé récent, très critiqué pour avoir favorisé l’accaparement des terres des communautés rurales par de grandes sociétés. Un autre poids lourd militaire, Hanitra Velonjara Rakotonandrasana, est propulsé au ministère de l’Intérieur, dont le rôle était connu, sous le régime renversé, en matière de tripatouillages électoraux.

Des généraux aux commandes de l’économie

Les secteurs économiques stratégiques n’ont pas échappé à la convoitise des militaires. La direction générale de l’Office des mines nationales et des industries stratégiques (OMNIS) est confiée au général de brigade Tsilavonjato Honoré Andriantaolo. Cet organisme représente l’État dans les négociations et la conclusion de contrats avec les compagnies pétrolières et minières opérant sur le territoire malgache. Il est aussi habilité à détenir des permis miniers et à procéder à l’exploitation des ressources.

À la tête de la JIRAMA (la compagnie nationale malgache de l’énergie), les autorités ont placé le général de division Itibar Otman, qui assure en même temps les fonctions de secrétaire général de la PRRM. La direction générale de cette entreprise publique est confiée à un autre officier, le général de division Richard Hajatiana Rasolomanana. On attend beaucoup de ce duo car les manifestations qui ont conduit à la chute d’Andry Rajoelina en octobre 2025 sont nées du mécontentement général suscité par la fréquence des coupures d’eau et d’électricité dans le pays.

Une population divisée 

Enfin, le pilotage du Fonds Souverain Malagasy (FSM) est attribué au général de brigade aérienne en retraite Jean Alfred Rakotomaronirina. Le FSM est un outil essentiel pour la gestion des capitaux levés par l’État. Sous le précédent régime, l’affectation des ressources nationales, ainsi que l’utilisation du Fonds ont été remarquables par leur opacité. Le nouveau directeur du FSM aura donc fort à faire. Présenté comme un spécialiste du leadership, il est connu pour avoir officié en tant que directeur du cabinet militaire du Premier ministre Kolo Roger de février 2015 à mars 2016.

Bien qu’elle ait ses partisans dans la population, la militarisation des postes civils stratégiques ne manque pas de soulever des appréhensions. Certains se demandent si ces nominations ne constituent pas un simple exutoire utilisé par les « colonels-présidents » pour neutraliser la multitude de généraux qui, en raison d’un effectif pléthorique, sont venus grossir les pelotons d’officiers sans portefeuilles.

Vers les partenaires les plus offrants ? 

Madagascar occupe une place importante dans les stratégies géopolitiques et d’extraction des « minéraux critiques » développées par les grandes puissances. Les autorités militaires y voient une opportunité qu’elles entendent saisir par un réalignement stratégique, avec une diversification des partenaires extérieurs de la Grande Île. Sans état d’âme, ils engagent des relations « tous azimuts » dans l’espoir d’attirer les acteurs économiques les plus offrants, y compris peu recommandables.

Ainsi, l’opinion publique malgache s’est émue récemment de découvrir, à partir de plateformes de suivi aérien, de nombreux vols mystérieux opérés par des jets privés en partance de Madagascar et en direction de Dubaï.

Sous le régime d’Andry Rajoelina, cette ville des Émirats arabes unis était régulièrement citée comme l’une des principales destinations de l’or malgache. L’épisode Koufali Daya est fort révélateur à cet égard : le célèbre affairiste fut dénoncé en février 2022 par son complice pour avoir commandité, à plusieurs reprises, le transport illicite de devises et de lingots à destination de la « Cité de l’Or ». Emprisonné par le précédent régime, puis parti en exil au Mozambique et à l’Île Maurice, Koufali Daya fait aujourd’hui l’objet d’une campagne médiatique de réhabilitation émanant de proches du pouvoir. Curieusement, son retour en grâce coïncide avec la découverte des vols mystérieux vers Dubaï, ce qui a relancé les supputations sur la poursuite du trafic d’or entre les deux pays. La réputation de Dubaï n’est d’ailleurs pas surfaite car d’autres pays africains, notamment le Mali, le Soudan et le Niger, utilisent cette cité-État comme plaque tournante logistique et  point focal clé pour la contrebande d’or.

Institutions russes sous sanctions

Le pouvoir militaire ne rechigne pas non plus à faire appel aux services de certaines institutions financières russes visées par des sanctions occidentales. La Russie, principale bénéficiaire du ressentiment anti-français qui prévaut dans certains milieux à Madagascar, est regardée comme un partenaire de confiance par une opinion dopée à la démagogie anticolonialiste. La récente venue à Madagascar d’une délégation conduite par Mikhaïl Dorofeev, vice-président de la banque stratégique russe PSB (Promsvyazbank), a été donc plutôt bien accueillie.

Aucune information n’a filtré à l’issue de cette visite mais on sait que l’approche privilégiée par la Russie en matière de coopération militaire repose souvent sur des échanges d’armes contre des ressources. On sait aussi que la PSB est spécialisée dans des transactions financières opaques voire peu orthodoxes. Le champ de coopération potentielle entre la banque russe et la junte est donc très vaste mais ne manque pas d’inquiéter, car les citoyens malgaches ignorent les tenants et les aboutissants des accords signés.

Des émissaires de Donald Trump

Le manque de transparence n’est pas l’apanage des Russes. Dans la première semaine de janvier 2026, trois émissaires du président Donald Trump sont arrivés à Madagascar pour rencontrer le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, et le Président de la Refondation, le colonel Randrianirina. Ces tractations avec les autorités malgaches ont été tenues secrètes. À peine a-t-on évoqué l’éventualité d’un accueil de réfugiés et de migrants illégaux aux États-Unis. Mais dans une lettre ouverte adressée au colonel Michael Randrianirina, des organisations de la société civile révèlent que le séjour de la délégation était surtout motivé par la convoitise des terres rares et des minerais stratégiques. 

Le pays de l’oncle Sam envisagerait de subordonner le renouvellement de l’accord commercial préférentiel AGOA (Africa Growth and Opportunity Act) à l’accès aux réserves en minerais critiques de Madagascar. Le pouvoir militaire est pris à la gorge car, selon le Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP), environ 7 000 employés en zone franche ont dû être mis en chômage technique en raison de l’incertitude sur le renouvellement de l’AGOA. La non-reconduction de cette facilité porterait un grave préjudice à l’économie malgache. Les Américains se trouvent donc en position de force, et ce d’autant plus qu’ils ont bien préparé le terrain en amont.

Minerais essentiels et convoitise occidentale

D’une part, sur invitation des États-Unis et de l’Union européenne, Madagascar a adhéré en mars 2025 au Mineral Security Partnership Forum (MSPF) visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement des minerais essentiels aux technologies de la transition énergétique dans les pays industrialisés. D’autre part, le groupe américain Energy Fuels s’est porté acquéreur du projet minier de Toliara (Base Toliara, rebaptisé Vara Mada), œuvrant dans l’exploitation des terres rares et de la monazite.

Les négociations d’un accord d’investissement avec les autorités militaires sont en cours, conjointement avec des actions visant à restaurer un dialogue de confiance avec les communautés locales. Il faut savoir que ces communautés s’opposent depuis plus de dix ans à la réalisation du projet, en raison de ses impacts négatifs potentiels en termes de toxicité et aussi sur leurs droits fondamentaux et leurs moyens d’existence. Elles ont clairement signifié leur ferme intention de ne pas laisser leurs terres ancestrales et leurs milieux de vie «devenir des zones de sacrifice pour satisfaire les besoins militaro-industriels des États Unis d’Amérique et ceux de la transition énergétique européenne en terres rares ». Mais le colonel Mickael Randrianirina, lui-même originaire de la province de Toliara, serait disposé à faire des concessions aux Américains, n’étant pas en mesure de s’opposer à Donald Trump dans un contexte où la junte putschiste n’est pas encore entièrement stabilisée.  

Le déraillement constitutionnel risque de perdurer

En un mot, les autorités militaires se trouvent à la croisée des chemins. Confrontées à un problème de sous-financement, à la faiblesse systémique de l’État et aux défaillances de la gouvernance, elles risquent d’aliéner leur indépendance pour se soumettre aux ordres d’entités étatiques et/ou privées susceptibles de soutenir leur maintien au pouvoir. Le déraillement de l’ordre constitutionnel pourrait perdurer car l’addiction au pouvoir qui commence à se profiler chez les militaires ébranle l’espoir d’une mise en œuvre rapide de la démocratie électorale à Madagascar.

Une petite note positive, cependant, pour les légalistes : la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) exige de` Madagascar le respect des normes démocratiques. La Grande Île est ainsi tenue de soumettre une feuille de route claire pour sa transition politique avant mars 2026. Affaire à suivre de très près… 

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Iran : quels scénarios en cas de frappe américaine ? https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-quels-scenarios-en-cas-de-frappe-americaine/ Sun, 01 Feb 2026 17:47:45 +0000 https://mondafrique.com/?p=146267 L’« armada » américaine est désormais positionnée en face des côtes iraniennes et la perspective d’une possible frappe étatsunienne se profile à l’horizon. Reste à savoir si les objectifs de Donald Trump se limiteraient à des buts d’ordre militaire ou s’il s’agirait de faire chuter le régime des mollahs. Le Proche-Orient vu par la presse […]

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L’« armada » américaine est désormais positionnée en face des côtes iraniennes et la perspective d’une possible frappe étatsunienne se profile à l’horizon. Reste à savoir si les objectifs de Donald Trump se limiteraient à des buts d’ordre militaire ou s’il s’agirait de faire chuter le régime des mollahs.

Le Proche-Orient vu par la presse anglophone
Par Bruno Philip

 

Les Américains frapperont-ils l’Iran ? Si oui, quel sera le « modus operandi » d’une telle attaque ? Et quels devraient être les objectifs possibles d’une telle opération ? Un changement de régime ou un accord avec Téhéran en échange d’un renoncement de l’Iran à son programme nucléaire et de la réduction du nombre et de la portée de ses missiles balistiques ? Les scénarios sont multiples. Alors qu’une véritable « armada », pour reprendre le vocabulaire guerrier de Donald Trump, s’est positionnée dans le golfe Persique en face des côtes iraniennes, les journaux américains et israéliens échafaudent des théories, avancent des hypothèses, pèsent le pour et le contre : une telle attaque, plus importante et potentiellement plus décisive que les frappes américaines sur l’Iran l’été dernier, aura sans nul doute des conséquences majeures sur la géopolitique régionale et internationale.

Le Wall Street Journal, toujours bien informé par des sources à la Maison-Blanche, estime que l’on peut anticiper deux plans d’intervention, si l’on en croit des officiels proches du Pentagone ou de l’exécutif américain : « Un premier plan d’envergure prévoit une campagne de bombardements massifs contre les installations du régime et du Corps des gardiens de la révolution islamique. Des options plus limitées incluent ensuite des frappes sur des cibles symboliques du régime, permettant ainsi une intensification des attaques si l’Iran n’accepte pas un accord satisfaisant pour Trump. »

Une opération visant le Guide suprême serait plus problématique : s’emparer de l’ayatollah Khamenei est autrement plus complexe que de kidnapper l’ancien dictateur vénézuélien Nicolas Maduro… Toujours selon le WSJ, si le « Guide » était destitué, « rien ne permet d’affirmer avec certitude que le gouvernement qui lui succéderait serait plus conciliant », analysent les sources du quotidien : « Un haut responsable des Gardiens de la révolution prendrait vraisemblablement le pouvoir, ce qui pourrait maintenir, voire renforcer, la ligne dure du régime. »

Alors que le bilan de la répression gouvernementale contre les participants aux manifestations de fin décembre et début janvier a atteint des proportions colossales — certaines ONG spécialisées sur l’Iran estiment qu’au moins vingt mille personnes, voire trente mille, auraient pu être tuées —, le président américain ne parle plus de venir en aide aux opposants, lui qui les avait encouragés à manifester en leur promettant que l’« aide [était] en route ». Désormais, il semble que Trump en soit revenu aux fondamentaux de sa politique iranienne, à savoir amener Téhéran à en finir avec son programme nucléaire. Outre cette exigence, Washington veut également que le régime des mollahs bride la portée de ses missiles à moyenne et longue portée, ces derniers constituant une menace directe contre Israël. (Selon le site de la chaîne qatarie Al Jazeera, « les missiles balistiques et de croisière iraniens Emad, Khorramshahr, Ghadr, Sejjil et Soumar ont une portée comprise entre 1 700 km et 2 500 km ».)

Un troisième « oukase » américain concerne la question des « proxies » iraniens dans la région, à savoir le Hezbollah au Liban, les combattants du Hamas à Gaza et les milices houthis au Yémen. Il est douteux que le régime accepte ces trois exigences, ce qui équivaudrait à une capitulation en rase campagne, même si, depuis la Turquie, où il est en visite officielle, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a semblé faire preuve de souplesse en déclarant, vendredi 29 janvier, que son pays était prêt à mener « des pourparlers justes et équitables » avec les États-Unis. Cité par Al Jazeera, le chef de la diplomatie iranienne, dont la marge de manœuvre est très limitée, a cependant botté en touche, rappelant que « les capacités défensives et balistiques de l’Iran — et les missiles iraniens — ne feront jamais l’objet de négociations ».

Trump, de son côté, a déclaré croire que Téhéran est prêt à conclure un « deal » avec lui ; sinon, a-t-il ajouté, « on verra bien ce qu’il se passe après »… Il a également précisé ce week-end qu’il n’était pas question de discuter devant les journalistes du genre d’options militaires envisagées par les États-Unis.

Entre pression militaire et pari politique

Quelles que soient les décisions qui seront prises dans les heures ou les jours qui viennent, le président américain pense en tout cas qu’une fenêtre d’opportunité idéale est désormais ouverte pour frapper l’Iran : crise économique, dissensions internes, affaiblissement considérable des « proxies » iraniens dans la région. Le New York Times affirme que, « selon plusieurs sources officielles, le président Trump a reçu de nombreux rapports des services de renseignement américains indiquant un affaiblissement de la position du gouvernement iranien ». Et le NYT d’ajouter : « Ces rapports laissent entendre que le pouvoir iranien est plus fragile que jamais depuis le renversement du shah lors de la révolution de 1979. »

Reste que si les planètes semblent alignées pour conduire une opération qui s’annoncerait périlleuse et pleine d’incertitudes, on peut s’interroger sur la logique d’une intervention américaine à ce moment précis. Diverses sources américaines, européennes et proches des organismes indépendants suivant l’avancée du programme atomique iranien, citées par le New York Times, indiquent en effet que « peu d’éléments indiquent, ces six derniers mois, que l’Iran ait réalisé des progrès significatifs dans la reconstruction de ses capacités d’enrichissement du combustible nucléaire et de fabrication d’ogives nucléaires » [depuis les bombardements américains de l’été dernier]. « Dès lors, avance le quotidien new-yorkais, les motivations et le calendrier des menaces de M. Trump suscitent des interrogations. Ses menaces visent-elles simplement à contraindre l’Iran à reprendre les négociations ou des frappes militaires serviraient-elles de prétexte pour affaiblir et destituer l’ayatollah Khamenei ? »

Un autre quotidien, média d’un pays au premier chef concerné par une éventuelle frappe américaine sur l’Iran, affiche quant à lui son scepticisme quant à la réussite d’une telle opération : le quotidien israélien Haaretz estime que « même si, à la suite d’une offensive militaire d’envergure contre les institutions du régime, un vaste mouvement de protestation populaire venait à émerger, donnant naissance à une direction politique se réclamant d’un pouvoir auto-proclamé, celle-ci devrait affronter les puissantes forces restées sur le terrain : les Gardiens de la révolution, les Bassidj et la police, ainsi que les gangs et les mafias dont l’existence dépend du régime. Et on ne s’attend pas à ce qu’ils disparaissent de la scène ».

Si l’on imagine le scénario d’une reprise en main du pouvoir par les « Gardiens », prêts à négocier avec Washington les modalités d’une poursuite du programme nucléaire civil, Haaretz prévient que cette théorie fait l’impasse sur « l’idée que l’élite forme un bloc monolithique parlant d’une seule voix : rien ne garantit que l’armée, dont le statut a été abaissé par le Corps des gardiens de la révolution islamique, partagera son point de vue sur le type de régime qui devrait remplacer les ayatollahs, d’autant plus que des dissensions idéologiques sont apparues au sein même de l’armée ».

Donald Trump, obsédé par le fiasco de l’opération lancée par l’ancien président Jimmy Carter en 1980 pour libérer les otages américains dans l’ambassade des États-Unis à Téhéran, devrait cette fois être amené à sérieusement anticiper les risques avant de se lancer dans une aventure aussi hasardeuse. Téhéran n’est pas Caracas, et il le sait. Et jusqu’à présent, en dépit de ses rodomontades habituelles, il a fait preuve d’une grande prudence.

 

 

 

 

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