Etats-Unis - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/etats-unis/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Mon, 02 Feb 2026 08:33:43 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Etats-Unis - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/etats-unis/ 32 32 Iran : quels scénarios en cas de frappe américaine ? https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-quels-scenarios-en-cas-de-frappe-americaine/ https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-quels-scenarios-en-cas-de-frappe-americaine/#respond Sun, 01 Feb 2026 17:47:45 +0000 https://mondafrique.com/?p=146267 L’« armada » américaine est désormais positionnée en face des côtes iraniennes et la perspective d’une possible frappe étatsunienne se profile à l’horizon. Reste à savoir si les objectifs de Donald Trump se limiteraient à des buts d’ordre militaire ou s’il s’agirait de faire chuter le régime des mollahs. Le Proche-Orient vu par la presse […]

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L’« armada » américaine est désormais positionnée en face des côtes iraniennes et la perspective d’une possible frappe étatsunienne se profile à l’horizon. Reste à savoir si les objectifs de Donald Trump se limiteraient à des buts d’ordre militaire ou s’il s’agirait de faire chuter le régime des mollahs.

Le Proche-Orient vu par la presse anglophone
Par Bruno Philip

 

Les Américains frapperont-ils l’Iran ? Si oui, quel sera le « modus operandi » d’une telle attaque ? Et quels devraient être les objectifs possibles d’une telle opération ? Un changement de régime ou un accord avec Téhéran en échange d’un renoncement de l’Iran à son programme nucléaire et de la réduction du nombre et de la portée de ses missiles balistiques ? Les scénarios sont multiples. Alors qu’une véritable « armada », pour reprendre le vocabulaire guerrier de Donald Trump, s’est positionnée dans le golfe Persique en face des côtes iraniennes, les journaux américains et israéliens échafaudent des théories, avancent des hypothèses, pèsent le pour et le contre : une telle attaque, plus importante et potentiellement plus décisive que les frappes américaines sur l’Iran l’été dernier, aura sans nul doute des conséquences majeures sur la géopolitique régionale et internationale.

Le Wall Street Journal, toujours bien informé par des sources à la Maison-Blanche, estime que l’on peut anticiper deux plans d’intervention, si l’on en croit des officiels proches du Pentagone ou de l’exécutif américain : « Un premier plan d’envergure prévoit une campagne de bombardements massifs contre les installations du régime et du Corps des gardiens de la révolution islamique. Des options plus limitées incluent ensuite des frappes sur des cibles symboliques du régime, permettant ainsi une intensification des attaques si l’Iran n’accepte pas un accord satisfaisant pour Trump. »

Une opération visant le Guide suprême serait plus problématique : s’emparer de l’ayatollah Khamenei est autrement plus complexe que de kidnapper l’ancien dictateur vénézuélien Nicolas Maduro… Toujours selon le WSJ, si le « Guide » était destitué, « rien ne permet d’affirmer avec certitude que le gouvernement qui lui succéderait serait plus conciliant », analysent les sources du quotidien : « Un haut responsable des Gardiens de la révolution prendrait vraisemblablement le pouvoir, ce qui pourrait maintenir, voire renforcer, la ligne dure du régime. »

Alors que le bilan de la répression gouvernementale contre les participants aux manifestations de fin décembre et début janvier a atteint des proportions colossales — certaines ONG spécialisées sur l’Iran estiment qu’au moins vingt mille personnes, voire trente mille, auraient pu être tuées —, le président américain ne parle plus de venir en aide aux opposants, lui qui les avait encouragés à manifester en leur promettant que l’« aide [était] en route ». Désormais, il semble que Trump en soit revenu aux fondamentaux de sa politique iranienne, à savoir amener Téhéran à en finir avec son programme nucléaire. Outre cette exigence, Washington veut également que le régime des mollahs bride la portée de ses missiles à moyenne et longue portée, ces derniers constituant une menace directe contre Israël. (Selon le site de la chaîne qatarie Al Jazeera, « les missiles balistiques et de croisière iraniens Emad, Khorramshahr, Ghadr, Sejjil et Soumar ont une portée comprise entre 1 700 km et 2 500 km ».)

Un troisième « oukase » américain concerne la question des « proxies » iraniens dans la région, à savoir le Hezbollah au Liban, les combattants du Hamas à Gaza et les milices houthis au Yémen. Il est douteux que le régime accepte ces trois exigences, ce qui équivaudrait à une capitulation en rase campagne, même si, depuis la Turquie, où il est en visite officielle, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a semblé faire preuve de souplesse en déclarant, vendredi 29 janvier, que son pays était prêt à mener « des pourparlers justes et équitables » avec les États-Unis. Cité par Al Jazeera, le chef de la diplomatie iranienne, dont la marge de manœuvre est très limitée, a cependant botté en touche, rappelant que « les capacités défensives et balistiques de l’Iran — et les missiles iraniens — ne feront jamais l’objet de négociations ».

Trump, de son côté, a déclaré croire que Téhéran est prêt à conclure un « deal » avec lui ; sinon, a-t-il ajouté, « on verra bien ce qu’il se passe après »… Il a également précisé ce week-end qu’il n’était pas question de discuter devant les journalistes du genre d’options militaires envisagées par les États-Unis.

Entre pression militaire et pari politique

Quelles que soient les décisions qui seront prises dans les heures ou les jours qui viennent, le président américain pense en tout cas qu’une fenêtre d’opportunité idéale est désormais ouverte pour frapper l’Iran : crise économique, dissensions internes, affaiblissement considérable des « proxies » iraniens dans la région. Le New York Times affirme que, « selon plusieurs sources officielles, le président Trump a reçu de nombreux rapports des services de renseignement américains indiquant un affaiblissement de la position du gouvernement iranien ». Et le NYT d’ajouter : « Ces rapports laissent entendre que le pouvoir iranien est plus fragile que jamais depuis le renversement du shah lors de la révolution de 1979. »

Reste que si les planètes semblent alignées pour conduire une opération qui s’annoncerait périlleuse et pleine d’incertitudes, on peut s’interroger sur la logique d’une intervention américaine à ce moment précis. Diverses sources américaines, européennes et proches des organismes indépendants suivant l’avancée du programme atomique iranien, citées par le New York Times, indiquent en effet que « peu d’éléments indiquent, ces six derniers mois, que l’Iran ait réalisé des progrès significatifs dans la reconstruction de ses capacités d’enrichissement du combustible nucléaire et de fabrication d’ogives nucléaires » [depuis les bombardements américains de l’été dernier]. « Dès lors, avance le quotidien new-yorkais, les motivations et le calendrier des menaces de M. Trump suscitent des interrogations. Ses menaces visent-elles simplement à contraindre l’Iran à reprendre les négociations ou des frappes militaires serviraient-elles de prétexte pour affaiblir et destituer l’ayatollah Khamenei ? »

Un autre quotidien, média d’un pays au premier chef concerné par une éventuelle frappe américaine sur l’Iran, affiche quant à lui son scepticisme quant à la réussite d’une telle opération : le quotidien israélien Haaretz estime que « même si, à la suite d’une offensive militaire d’envergure contre les institutions du régime, un vaste mouvement de protestation populaire venait à émerger, donnant naissance à une direction politique se réclamant d’un pouvoir auto-proclamé, celle-ci devrait affronter les puissantes forces restées sur le terrain : les Gardiens de la révolution, les Bassidj et la police, ainsi que les gangs et les mafias dont l’existence dépend du régime. Et on ne s’attend pas à ce qu’ils disparaissent de la scène ».

Si l’on imagine le scénario d’une reprise en main du pouvoir par les « Gardiens », prêts à négocier avec Washington les modalités d’une poursuite du programme nucléaire civil, Haaretz prévient que cette théorie fait l’impasse sur « l’idée que l’élite forme un bloc monolithique parlant d’une seule voix : rien ne garantit que l’armée, dont le statut a été abaissé par le Corps des gardiens de la révolution islamique, partagera son point de vue sur le type de régime qui devrait remplacer les ayatollahs, d’autant plus que des dissensions idéologiques sont apparues au sein même de l’armée ».

Donald Trump, obsédé par le fiasco de l’opération lancée par l’ancien président Jimmy Carter en 1980 pour libérer les otages américains dans l’ambassade des États-Unis à Téhéran, devrait cette fois être amené à sérieusement anticiper les risques avant de se lancer dans une aventure aussi hasardeuse. Téhéran n’est pas Caracas, et il le sait. Et jusqu’à présent, en dépit de ses rodomontades habituelles, il a fait preuve d’une grande prudence.

 

 

 

 

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L’église orthodoxe russe à la conquête de l’Afrique https://mondafrique.com/societe/leglise-orthodoxe-russe-a-la-conquete-de-lafrique/ https://mondafrique.com/societe/leglise-orthodoxe-russe-a-la-conquete-de-lafrique/#respond Wed, 28 Jan 2026 05:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145944 Le site russe African initiative relate à intervalles réguliers des événements en lien avec le développement de la religion orthodoxe sur le continent. En Ouganda, des élèves du séminaire célèbrent leurs mariages respectifs dans la grande tradition orthodoxe ; six habitants de l’île Maurice sont baptisés par un dignitaire de cette Église ; au Mali, […]

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Le site russe African initiative relate à intervalles réguliers des événements en lien avec le développement de la religion orthodoxe sur le continent. En Ouganda, des élèves du séminaire célèbrent leurs mariages respectifs dans la grande tradition orthodoxe ; six habitants de l’île Maurice sont baptisés par un dignitaire de cette Église ; au Mali, des écoliers découvrent la tradition de la Théophanie en regardant des vidéos où les fidèles se plongent dans l’eau glacée par -40 °C. Loin d’être anecdotiques, ces exemples témoignent à la fois de l’importance que Moscou accorde à l’Afrique et de la mise en œuvre d’une véritable stratégie d’influence qui s’inscrit dans le temps long. Avec d’autres instruments, la Chine poursuit une démarche similaire, tandis que les États-Unis se désengagent.

Par Leslie Varenne

La paroisse Sainte-Catherine-la-Grande-Martyre de Nairobi, au Kenya, a rejoint l’Église orthodoxe russe en 2022.

Du conflit ukrainien à l’Afrique

La présence de l’Église orthodoxe sur le continent africain est longtemps restée marginale. Elle reposait sur deux foyers anciens : l’Égypte d’une part, et l’Éthiopie, christianisée dès le IVᵉ siècle et inscrite dans une tradition orthodoxe orientale ancienne. En dehors de ces espaces, les diasporas grecques installées en Afrique avaient développé ici et là quelques églises. L’ensemble du continent était placé sous l’autorité du Patriarcat d’Alexandrie.

Mais en janvier 2019, dans le contexte du conflit ukrainien, entamé bien avant l’invasion russe de 2022, le monde orthodoxe se divise. Le Patriarcat de Constantinople reconnaît l’Église d’Ukraine comme indépendante de Moscou. Dans la foulée en novembre 2019, celui d’Alexandrie lui emboîte le pas. Pour la Russie, cette situation est inacceptable. Le schisme est consommé. C’est dans ce contexte qu’en décembre 2021, l’Église orthodoxe russe annonce la création de l’Exarchat patriarcal d’Afrique, une structure continentale placée directement sous son autorité. Cette décision marque un tournant. Selon les chiffres avancés par le Patriarcat de Moscou en février 2025, cette institution religieuse comptait déjà 350 paroisses réparties dans 32 pays africains, avec une très forte présence au Kenya. En créant l’Exarchat d’Afrique, le Kremlin – qui utilise l’Église comme outil de l’État, même si ce point ne fait pas consensus au sein du clergé – a joué sur deux tableaux : marginaliser le Patriarcat d’Alexandrie et se doter d’un instrument supplémentaire d’influence. Le continent devient alors un nouveau terrain de recomposition du monde orthodoxe, où enjeux religieux et géopolitiques s’entremêlent.

Un continent de tolérance religieuse

La capacité de la Russie à mobiliser le registre religieux s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’une Afrique subsaharienne marquée par une forte tolérance envers toutes les confessions. Dans la plupart des sociétés, les appartenances ne sont ni rigides ni exclusives. Les mariages mixtes entre musulmans et chrétiens sont courants et socialement acceptés ; les conversions sont fréquentes et admises. L’ancien Président Laurent Gbagbo en est un exemple. Baptisé, élève du petit séminaire, il deviendra évangélique, puis après son retour de la prison de la Haye, il réintègrera son ancienne maison lors d’une grande cérémonie à la cathédrale Saint-Paul d’Abidjan. Les enterrements comme certaines commémorations donnent lieu à des cérémonies œcuméniques. Dans cet univers, seul être athée fait figure de blasphème. Ni Dieu, ni maître est toléré mais parfaitement incompris. Le christianisme orthodoxe russe s’insère dans cet environnement comme une offre religieuse supplémentaire, non comme une rupture.

La guerre des valeurs

L’Afrique a déjà connu plusieurs vagues d’immigrations religieuses. Aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, les missions catholiques et protestantes arrivent dans les bagages des colonisateurs. À partir de la fin des années 1980, les Églises évangéliques américaines connaissent une croissance spectaculaire ; elles s’inscrivent dans la diffusion du libéralisme économique, avec un fort tropisme messianique. S’il ne faut pas occulter la véritable dimension théologique, aujourd’hui Moscou mobilise la religion dans un cadre d’une confrontation idéologique plus large.

Dans ses discours, Vladimir Poutine fustige souvent l’Occident « amoral », qu’il oppose à la « spiritualité et à la moralité russes ». Il hausse la Russie au rang de « phare des valeurs traditionnelles ». Des propos qui trouvent un écho particulier en Afrique et, plus largement dans de nombreux pays du Sud, hermétiques aux théories du genre et au wokisme vantés inlassablement par les dirigeants américains et européens depuis une vingtaine d’années. Cette déconnexion a largement contribué à la désaffection des Occidentaux sur le continent.

Mais derrière le discours spirituel se joue une autre guerre : celle des valeurs marchandes, sonnantes et trébuchantes. Une bataille d’influence pour l’accès aux opportunités. Irina Abramova, directrice de l’Institut de l’Afrique de l’Académie des sciences, ne s’en cache pas. Dans un long entretien, elle détaille les atouts du continent et les raisons pour lesquelles la Russie s’y implante : « l’Afrique est appelée à devenir l’un des espaces centraux du monde de demain ». Outre des rythmes de croissance économique impressionnants, elle souligne l’importance de la démographie sur le continent : « près de 800 millions d’Africains ont moins de 25 ans, une jeunesse qui représente à la fois énergie, capacité de production et potentiel de consommation ». Il faut, dit-elle, « planter des jalons ». Lucide, elle ajoute : « Faute de s’y inscrire durablement, la Russie, pays de 150 millions d’habitants confronté à une dynamique démographique défavorable, risquerait de se retrouver isolée, tandis que le continent offrant les opportunités économiques et humaines de demain serait investi par d’autres acteurs.» Dans cette interview, Irina Abramova fait également l’éloge de la culture africaine.  « Il y a cette combinaison de valeurs : bonté, courte mémoire de la haine. Ils sont bienveillants, comme les Russes, d’ailleurs. Nous sommes pareils. » L’implantation des églises orthodoxes  s’inscrit dans ce temps long, dans les liens tissés entre les sociétés. Depuis son retour sur le continent, il y a dix ans, où elle est arrivée sans stratégie géographique, ni sectorielle, la Russie s’est depuis dotée de plusieurs leviers : économiques, sécuritaires, culturels et maintenant religieux.

Pékin, Washington et les autres…

La Russie n’est pas la seule à investir tous azimuts en Afrique. La Chine l’a précédée : depuis le début des années 2000, Pékin a implanté plus de soixante Instituts Confucius sur le continent. Ici, il ne s’agit pas de religion, mais d’apprentissage du mandarin, de diffusion culturelle et de formation des élites, avec une forte implantation au sein des universités africaines. Un champ d’influence qui ne cesse de s’élargir.

Dans le même temps, Washington se désengage progressivement de l’ensemble des instruments traditionnels de son soft power en Afrique : réduction des programmes d’aide et de développement, affaiblissement de l’USAID, recentrage des actions diplomatiques et culturelles, moindre présence dans des secteurs clés comme la santé, l’éducation ou les médias. Ce retrait se reflète également dans les documents stratégiques récents des États-Unis. Dans la nouvelle National Security Strategy (NSS), l’Afrique n’est mentionnée qu’incidemment à la fin du texte. Le National Defense Authorization Act (NDA), publié le 23 janvier dernier, pourtant central pour les priorités budgétaires et capacitaires américaines, ne comporte aucune référence au continent.

Ce silence stratégique entérine le recentrage de Washington sur l’Asie, jugée prioritaire. En outre, l’administration américaine ne cherche même plus à contenir ses adversaires en Afrique ; elle sait que cette bataille est perdue d’avance. La Russie domine le récit. Dans une enquête d’opinion réalisée entre 2023 et 2024, Vladimir Poutine prend la tête des dirigeants inspirant le plus confiance. La guerre économique avec Pékin est, elle aussi tranchée depuis longtemps. Les échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique représentent aujourd’hui moins d’un quart de ceux entre le continent et la Chine. Washington est également conscient que, malgré leurs positions géographiques et historiques, ses alliés européens sont trop affaiblis pour être en capacité de jouer le rôle d’endiguement de ses concurrents, comme ils l’avaient fait avec le communisme pendant la guerre froide. Une autre époque, quand les élites africaines choyées par l’URSS bénéficiaient de formations dispensées entre autres à l’Université Patrice Lumumba de Moscou : celle d’un matérialisme pur et dur qui combattait l’opium du peuple. Du marxisme au grand retour de la spiritualité…

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Un bilan en demi-teinte pour les frappes américaines de Noël au Nigeria https://mondafrique.com/international/un-bilan-en-demi-teinte-pour-les-frappes-americaines-de-noel-au-nigeria/ Fri, 16 Jan 2026 11:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145363 Une enquête publiée le 12 janvier par le journal The New Humanitarian brosse un tableau contrasté des résultats des frappes de missiles tirés par les États-Unis, dans le nord-ouest du Nigeria, le 25 décembre, visant officiellement l’État islamique au nom de la défense des « des chrétiens innocents », selon les mots de Donald Trump. […]

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Une enquête publiée le 12 janvier par le journal The New Humanitarian brosse un tableau contrasté des résultats des frappes de missiles tirés par les États-Unis, dans le nord-ouest du Nigeria, le 25 décembre, visant officiellement l’État islamique au nom de la défense des « des chrétiens innocents », selon les mots de Donald Trump.

« Le décalage entre le récit officiel des frappes et les dynamiques actuelles du conflit a immédiatement soulevé des questions sur la qualité du renseignement mobilisé, la perception de la menace et la stratégie motivant la décision des USA», écrit le journaliste nigérian Malik Samuel, spécialiste des questions de sécurité, qui s’étonne, avec d’autres avant lui, du choix de la région du nord-ouest plutôt que celle du nord-est où les groupes djihadistes font des ravages depuis des décennies, en particulier la plus grande franchise actuelle de l’État islamique : l’État islamique en Afrique de l’Ouest, souvent désigné par son acronyme anglais ISWAP. Ce dernier groupe, a, en effet, « ouvertement revendiqué et célébré des attaques contre des communautés chrétiennes dans les États du Borno et d’Adamawa et qualifie habituellement ses victimes de ‘croisés’». De même, estime l’auteur de l’article, on aurait pu invoquer la même justification « si les frappes avaient visé le centre-nord du Nigeria, où des milices peules visent de façon prédominante les communautés rurales chrétiennes. »

Au contraire, dans la région ciblée par le Pentagone, les chrétiens ne sont pas la cible des violences extrêmes que subissent depuis des années les communautés locales, de la part de plusieurs groupes armés et qui prennent la forme de massacres à grande échelle, de violences sexuelles, de déplacements forcés, de destruction des moyens de production, d’enlèvements de masse et d’extorsion systématique. Ces communautés endurent la situation quasiment sans protection de l’État. Les auteurs de ces violences, explique le New Humanitarian, sont de deux ordres. « Le premier est la violence criminelle organisée, le plus souvent appelée banditisme, perpétrée par des groupes armés composés surtout de Peuls motivés au premier chef par le gain financier. La seconde source d’insécurité dans le nord-ouest est l’extrémisme violent. Il est représenté, notamment, par un groupe djihadiste appelé Lakurawa. Contrairement aux bandits, Lakurawa obéit à des motivations religieuses et réclame le renforcement de l’application totale de la charia dans les territoires sous son influence. » 

Un groupe mystérieux, de 800 combattants

On sait peu de choses de ce groupe, qui était la cible principale des missiles Tomahawk tirés à partir d’un destroyer stationné dans le golfe de Guinée. Son nom même est mystérieux. Les chercheurs s’accordent sur l’origine sahélienne – le plus souvent étrangère – des combattants mais ils se disputent sur le rattachement de Lakurawa à l’État islamique au Sahel (EIS) ou au Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) affilié à Al Qaïda.

Selon les sources internes au groupe interrogées par The New Humanitarian, Lakurawa serait un rejeton d’Al Qaïda formé en 2010. Ses combattants sont essentiellement originaires du Mali, du Niger, du Tchad et du Nigeria et la plupart parlent zarma, la langue majoritaire dans les régions à la frontière du nord-ouest. Le groupe aurait bougé dans les États du Borno, de Niger et de Kebbi avant de jeter son dévolu, en 2017, sur la forêt à cheval sur les districts de Gudu, Kware et Tangaza dans l’État de Sokoto, en 2017. Ces sources ont estimé le nombre des combattants à 800 pour Sokoto.

Lakurawa s’est d’abord présenté aux communautés locales comme une protection contre les bandits et comme un partisan du renforcement de la charia (dont l’application au Nigeria est limitée par le cadre constitutionnel.) Il a imposé progressivement des règles sociales et religieuses strictes dans les zones sous son influence, interdisant la musique et la danse lors des rassemblements, vérifiant la licéité des contenus des téléphones, détruisant des cartes SIM, bannissant des imams jugés trop modérés, imposant un contrôle des prix sur les marchés et prohibant la vente des cigarettes et de l’alcool. Au fil du temps, les impôts en nature collectés au nom de la zakat sont devenus de la confiscation pure et simple, notamment du bétail et des récoltes. « En dépit de ces pratiques coercitives, Lakurawa s’est, en général, abstenu d’attaques indiscriminées contre les civils. La violence était surtout dirigée contre ceux qui résistaient à ses exigences, en particulier concernant le paiement de la zakat. » Avec le temps, le groupe s’est montré plus dur avec les communautés, tuant des villageois sans motif. Il a tenté de recruter des chefs de groupes de bandits, dans le cadre de ses objectifs idéologiques, mais il a échoué : les bandits n’ont pas été séduits par l’abandon de leurs activités lucratives au profit d’un cadre social rigide bannissant l’alcool et le sexe hors mariage.

Trois districts frappés mais un seul abritant des djihadistes

Pour revenir aux frappes de Noël, opérées officiellement en collaboration avec les autorités nigérianes, elles ont touché trois districts de Sokoto : Isa, Tangaza et Tambuwal. Si Tangaza « est reconnu comme une zone d’activité importante des Lakurawa », il n’en va pas de même pour Tambuwal, ni Isa, bastion d’un groupe de bandits commandé par Bello Turji, un grand chef. Ce dernier aurait survécu à l’attaque. A Tangaza, en revanche, un camp des Lakurawa a subi des pertes importantes. Pour les désigner, le commandement militaire américain, étroitement aligné sur les propos de Trump, a annoncé que des « terroristes de l’État islamique » avaient été tués.

Le bandit Turji Bello. Photo réseaux sociaux.

Selon les informateurs du New Humanitarian, le camp aurait essuyé deux frappes successives de missiles. La première aurait tué environ 30 combattants. Et la seconde, les rescapés venus constater les dégâts et porter secours aux blessés. Au total, ce sont environ 155 combattants de Lakurawa qui auraient péri, dont 19 ayant succombé plus tard à leurs blessures. Dando Sibu, un commandant du groupe, aurait quitté le site cinq minutes avant l’impact du 2e missile et ainsi survécu. Les jours passant, le bilan a été porté à 200 combattants disparus et des pertes importantes de bétail, qui constitue une source importante de revenus. Il n’empêche que le 31 décembre seulement, le groupe a réussi à lancer une grande attaque, qui a duré plusieurs heures, contre la ville de Birnin Yauri, dans l’État de Kebbi, tuant au moins 21 civils, dont 9 par décapitation.

Pour l’auteur de l’article, il ne fait pas de doute que la cible américaine était bien Lakurawa. Les autres groupes djihadistes du nord-ouest, parmi lesquels JAS – communément appelé Boko Haram – et Ansaru, un groupe affilié à Al Qaïda – n’ont pas été visés. Pourtant, insiste le journal, JAS, dont le chef surnommé Sadiku opère dans les États de Niger, de Kebbi et de Kwara, passe pour responsable de l’enlèvement de 300 enfants d’une école catholique en novembre.

Des conséquences négatives de plusieurs ordres

Au-delà des questions qui persistent sur la pertinence des cibles américaines, The New Humanitarian s’interroge sur les conséquences que l’intervention militaire risque de produire. « L’imprédictibilité de frappes de missiles dans des zones dotées de peu de réseaux d’information formels peut fracturer la confiance communautaire, exacerber la perception de l’insécurité et aggraver les inquiétudes concernant le rôle de militaires étrangers sur le sol nigérian. » C’est ainsi qu’a circulé sur les réseaux sociaux, après l’explosion d’un missile égaré dans un champ à Tambuwal, la rumeur d’une attaque contre le Nord musulman du pays. « Au total, quatre des 16 missiles tirés ont raté leur cible, deux frappant des bâtiments résidentiels dans l’Etat du Kwara. » Plus grave encore dans un pays multiconfessionnel comme le Nigeria, l’argument de la défense des chrétiens est d’une « exceptionnelle maladresse », récupéré aussitôt par la propagande extrémiste pour « renforcer le narratif d’une hostilité occidentale contre les populations musulmanes », déplore le journaliste.

Enfin, le risque de représailles contre les civils et l’État est majeur, estime l’auteur, de la part des bandits comme des djihadistes. C’est ainsi, explique-t-il, que l’enlèvement de 25 écolières à Maga, dans l’État de Kebbi, en novembre dernier, a été supervisé par le bandit Ado Alero pour se venger de l’arrestation de ses neveux et alliés par les forces de sécurité. « Depuis les frappes de Sokoto, ISWAP semble avoir accéléré ses attaques contre les communautés chrétiennes du nord-est », insiste-t-il.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Cherchant à fuir Sokoto, Lakurawa veut se déplacer à l’intérieur du Nigeria ou traverser la frontière des pays voisins, le Niger et le Tchad, sa préférence allant au Tchad pour des raisons de liens familiaux et sociaux dans ce pays, qui n’était pour lui jusqu’ici qu’un couloir de transit logistique. Le chef des opérations au Nigeria, Amir Tajuddin, est d’origine tchadienne et Dando, bien que d’origine malienne, y est né et y a grandi. Mais pour rejoindre le Tchad, il faut d’abord réussir à exfiltrer les combattants du Nigeria et à traverser le Niger voisin sans attirer l’attention des forces de sécurité. C’est ainsi, par exemple, que 20 combattants ont péri le 2 janvier dans des affrontements avec la police paramilitaire du district de Sabon Birni alors qu’ils tentaient de franchir la frontière. Les survivants se sont réfugiés dans une forêt voisine mais en ont été délogés par les bandits locaux craignant que leur présence n’attire les forces de sécurité.

Même si Lakurawa décidait finalement de rester au Nigeria, il est probable qu’une pression militaire soutenue et coordonnée pousse finalement un grand nombre de ses combattants étrangers à rentrer dans leurs pays d’origine. Mais il n’en va pas de même pour les bandits, issus des communautés nigérianes qu’ils terrorisent et susceptibles de se venger. Comme l’a dit l’un d’eux au New Humanitarian au lendemain des frappes de Sokoto : « Si un seul bandit est pris pour cible, je vous le jure, les gens pleureront tellement que ceux qui nous bombardent seront désolés pour les civils.» Dans l’État de Zamfara, plusieurs chefs de bandits ont récemment acquis des engins explosifs improvisés, à travers Dodo Gide, considéré comme le plus puissant et le plus redouté de tous, grâce à de l’argent mis en commun pour leur fabrication. Gide a un temps collaboré avec JAS, notamment dans une attaque contre un train de passagers en 2022. Même s’il s’est éloigné des djihadistes par la suite il a conservé les capacités d’artificier acquises auprès d’eux.

On parle désormais d’une surveillance de drone élargie déployée dans le nord du Nigeria, avec de nouvelles frappes attendues. Mais ces interventions exposent les failles de capacités nigérianes. Malgré d’importants investissements aériens et des campagnes antiterroristes de longue haleine, la dépendance du Nigeria en matière de renseignement extérieur, de surveillance, de reconnaissance et de capacités de frappes de précision met en lumière ses insuffisances militaires sur les différents théâtres. Bien que l’aviation du Nigeria ait conduit de nombreuses opérations aériennes au cours des ans, particulièrement dans le nord-ouest et le nord-est, ces efforts ont souvent été déployés de façon ponctuelle et ils ont parfois été ternis par des pertes civiles importantes, sapant leur efficacité et leur légitimité.

Au Nigeria actuellement, même si les frappes américaines ont été plutôt accueillies positivement, beaucoup de gens s’interrogent sur la pertinence de cette implication étrangère et sur ce qu’elle révèle des capacités opérationnelles et de la volonté politique de leurs dirigeants politiques et militaires. Ce que ressentent les Nigérians, quand ils considèrent la capacité de leurs dirigeants à les protéger, c’est un profond désespoir et un sentiment d’impuissance.

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La suspension du financement de l’aide internationale par Donald Trump https://mondafrique.com/a-la-une/il-y-a-un-an-la-suspension-des-financements-us-de-laide/ Fri, 16 Jan 2026 05:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145376 Le 20 janvier 2025, Donald Trump suspendait le financement américain de l’aide internationale. Malgré les conséquences dramatiques de cette décision, d’autres pays ont également diminué leur budget dans un contexte mondial de repli au profit de la défense. L’association Solidarités International a alerté jeudi sur l’urgence d’un « financement équitable du secteur » guidé par « les besoins […]

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Le 20 janvier 2025, Donald Trump suspendait le financement américain de l’aide internationale. Malgré les conséquences dramatiques de cette décision, d’autres pays ont également diminué leur budget dans un contexte mondial de repli au profit de la défense.

L’association Solidarités International a alerté jeudi sur l’urgence d’un « financement équitable du secteur » guidé par « les besoins effectifs des populations confrontées aux crises ». Dans un communiqué, l’ONG a rappelé les décisions, aux conséquences dramatiques, prises par le président américain dès son arrivée à la Maison Blanche : la suspension des financements de l’aide étrangère américaine, dont son aide humanitaire, puis, quelques jours plus tard, la fermeture de l’agence américaine d’aide publique au développement, USAID, décidée par Elon Musk, alors à la tête du ministère de l’Efficacité gouvernementale : 75,9 milliards de dollars programmés abruptement annulés.

 22 millions de morts d’ici 2030

« On estime à l’échelle mondiale que la baisse de l’aide humanitaire américaine pourrait causer la mort de plus de 22 millions de personnes d’ici 2030 », affirme Solidarités International. Le directeur général de l’ONG, Kevin Goldberg, y voit « une aberration, une faute morale énorme mais aussi une erreur stratégique majeure. Le coût de la prévention des crises et des conflits est bien inférieur à celui de l’inaction”. 

Au-delà de la décision américaine, c’est tout le cadre financier global de l’aide publique au développement (APD) qui s’effondre. « En France, c’est un véritable sabordage budgétaire qui est à l’œuvre : avec des amputations cumulées de plus de 49% en deux ans, c’est le budget de l’État le plus violemment sacrifié. La majorité des bailleurs historiques – Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas – opèrent eux aussi un repli brutal au profit de leurs dépenses de défense. Les projections indiquent un effondrement de l’APD mondiale de près de 26%. Ce n’est sans doute qu’un début. »

Un an après la cessation de l’aide américaine, la question du financement de la solidarité internationale reste entière. Alors qu’au moins 239 millions de personnes auront besoin d’assistance humanitaire en 2026 d’après Humanitarian Action.

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Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine https://mondafrique.com/decryptage/trump-et-linterdiction-de-visas-business-et-rivalite-avec-la-chine/ Sat, 10 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145058 L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques. Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas […]

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L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques.

Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas à de nombreux pays, dont plusieurs en Afrique. Le dispositif a été étendu en janvier 2026 avec l’ajout de nouveaux États. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger se voient ainsi placés sous interdiction totale de visas, tandis que d’autres, comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal, intègrent pour la première fois la liste des pays soumis à des restrictions partielles.

Officiellement, ces mesures sont justifiées par des impératifs de contrôle migratoire et de sécurité nationale. Officieusement, elles s’inscrivent dans une logique plus large de diplomatie transactionnelle. Plusieurs pays du continent, à l’instar du Congo Brazzaville, redoutant un bras de fer avec Washington, privilégient la négociation bilatérale pour tenter de sortir du dispositif. Ils font appel à des avocats et des lobbyistes installés à Washington, qui se font chèrement payer. S’engagent alors des tractations qui dépassent largement la question des visas : ouvertures aux entreprises américaines, coopération stratégique, accès aux matières premières et aux minerais critiques. Bien entendu, en toile de fond, l’objectif principal de la Maison Blanche consiste à contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent.

D’autres pays, à l’inverse, ont opté pour une réponse plus ferme, fondée sur la réciprocité. C’est le cas du Tchad, soumis à une interdiction complète de visas depuis 2025, ainsi que des trois pays de l’Alliance des États du Sahel. Cette ligne de conduite n’est pas sans créer un certain embarras à Washington, qui cherche parallèlement à préserver son influence et ses coopérations sécuritaires afin de ne pas abandonner à d’autres puissances une région jugée stratégique.

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Venezuela : l’Afrique dit « non » à Washington https://mondafrique.com/limage-du-jour/venezuela-lafrique-dit-non-a-washington/ Fri, 09 Jan 2026 06:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=144944 L’attaque américaine du 3 janvier contre le Venezuela a provoqué des réactions africaines surprenantes, révélatrices d’un monde en proie à de profonds bouleversements. La réaction la plus inattendue à l’opération américaine à Caracas est sans aucun doute celle de la Cedeao. Peu habituée à commenter les crises politiques internationales, l’organisation sous-régionale ouest-africaine a fermement condamné […]

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L’attaque américaine du 3 janvier contre le Venezuela a provoqué des réactions africaines surprenantes, révélatrices d’un monde en proie à de profonds bouleversements.

La réaction la plus inattendue à l’opération américaine à Caracas est sans aucun doute celle de la Cedeao. Peu habituée à commenter les crises politiques internationales, l’organisation sous-régionale ouest-africaine a fermement condamné les récents développements au Venezuela : « La Cedeao souhaite rappeler à la communauté internationale son obligation de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de chaque État, comme consacré par le droit international. » Elle a ensuite exprimé sa solidarité avec le peuple vénézuélien et exhorté tous les États à respecter l’indépendance et la souveraineté du Venezuela.

Certes, le langage est mesuré et diplomatique ; néanmoins, il traduit une crispation plus profonde, nourrie par le précédent des frappes américaines du 25 décembre sur le Nigeria, vécues dans la région comme un signal inquiétant. En s’exprimant ainsi, la Cedeao, pourtant traditionnellement alignée avec le camp occidental, critique sévèrement son allié américain et se place du côté de la Chine.

À l’inverse, la condamnation de l’Afrique du Sud s’inscrit dans une stricte continuité. Pretoria, fidèle à sa doctrine de non-ingérence et de respect du droit international, a été la première à dénoncer une violation de la Charte de l’ONU et à demander la tenue d’une réunion du Conseil de sécurité. Il en va de même pour l’Union africaine, attachée aux mêmes principes.

L’Alliance des États du Sahel a condamné encore plus fermement cet « acte d’agression ». Les trois pays membres de l’AES ont également dénoncé le « recours unilatéral à la force » et regretté « la violation du droit international par un membre du Conseil de sécurité ».

Dans un autre registre, la réaction du Somaliland a été tout aussi surprenante. Cette république autoproclamée, non reconnue internationalement, qui s’est récemment enhardie à la suite de sa reconnaissance par Israël, a ouvertement soutenue l’opération américaine. Cette prise de position en faveur de Washington a été la seule sur tout le continent et elle a été abondamment moquée sur les réseaux sociaux.

Enfin, certaines absences ont également surpris. L’Algérie, habituellement prompte à défendre les principes de souveraineté et de non-intervention, n’a toujours pas réagi. Un silence partagé par de nombreuses capitales africaines, qui craignent les foudres de Donald Trump, lequel vient, après son opération à Caracas, de se voir affubler sur les réseaux sociaux du surnom de « Donigula » (mot-valise associant Donald Trump et l’empereur romain Caligula, connu pour son exercice brutal du pouvoir et son imprévisibilité).

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Les Eglises évangéliques, porte d’entrée de Trump en Afrique centrale https://mondafrique.com/decryptage/les-eglises-evangeliques-porte-dentree-de-trump-en-afrique-centrale/ Thu, 31 Jul 2025 03:51:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=40442 Aux Etats-Unis d’Amérique, le président Trump et son Administration s’appuient ouvertement et sans retenue sur les Églises évangéliques, notamment Pentecôtistes, qui lui fournissent d’importants bataillons d’électeurs. et représentent un accès privilégié vers l’Afrique centrale Cet électorat populaire, sensible aux discours primaires et plutôt défavorisé par la nouvelle économie, se réfugie avec une foi inébranlable dans […]

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Aux Etats-Unis d’Amérique, le président Trump et son Administration s’appuient ouvertement et sans retenue sur les Églises évangéliques, notamment Pentecôtistes, qui lui fournissent d’importants bataillons d’électeurs. et représentent un accès privilégié vers l’Afrique centrale

Cet électorat populaire, sensible aux discours primaires et plutôt défavorisé par la nouvelle économie, se réfugie avec une foi inébranlable dans un christianisme de combat contre les  » forces du mal ». Parmi ces chrétiens fondamentalistes, il y a de nombreux Afro–Américains, généralement originaires d’Afrique centrale, dont la ferveur est popularisée par les Gospels et les sermons interminables de pasteurs qui électrisent les foules de fidèles. Le président Trump a vite saisi tout l’avantage qu’il pourrait tirer en Afrique de ce renouveau religieux messianique.

L’ intérêt de la diplomatie américaine 

 La diplomatie américaine encourage l’osmose entre ces Églises évangéliques américaines et leurs homologues africaines pour en faire un vecteur de leur politique d’influence dans certains pays où l’État est en décomposition et où les populations sont de plus en plus laissées à elles-mêmes, comme en RDC, au Burundi, au Congo, au Gabon et surtout en Centrafrique.

En ces terres, où le christianisme s’est développé sur un fond d’animisme ambiant, l’islam n’irradie pas la société comme en Afrique de l’ouest. Le Département d’État trouve donc là une carte politique bien plus efficace que les ONG internationales de défense des droits de l’homme ou de lutte contre la corruption, non seulement pour contrer les offensives économico-financières de la Chine et davantage politiques de la Russie, mais aussi pour se rapprocher de chefs d’Etat et de leur entourage qui avaient pourtant pris leur distance avec les pratiques démocratiques et l’Etat de droit. Le retour des Etats-Unis d’Amérique en Afrique centrale passe aussi par la religion.

Les atouts des Églises américaines 

Depuis plusieurs décennies, les Églises américaines pentecôtistes ont noué des liens fraternels avec les Églises dite du réveil d’Afrique. Ces Églises du courant baptiste sont en plein essor, sur les terres jadis christianisées par des pasteurs européens ou évangélisées par des missionnaires catholiques venus de l’étranger. Les  » envoyés de Dieu » de ces Églises américaines ne manquent pas de rappeler à leurs ouailles africaines qu’il était temps de consolider l’indépendance religieuse, en mettant un terme au clergé non national qui était encore trop lié à la période coloniale. L’Église catholique romaine est surtout en ligne de mire.

De surcroît, par ses prélats, l’Église catholique n’hésite pas à condamner les dérives antidémocratiques des régimes  autocratiques, ce qui est très rarement le cas des Eglises évangéliques qui se sont glissées dans cet environnement politique de plus en plus éloigné du droit et de la démocratie. Les Églises évangéliques prônent le salut personnel par la prière, le mysticisme, les exercices de contrition physique. Elles encouragent la réussite financière et l’accumulation de richesses qui est  » un don de Dieu », ce qui n’est pas pour déplaire aux prédateurs et corrompus et, en particulier, aux chefs de l’Etat qui ont vu tout l’intérêt de rejoindre ces Églises du réveil et au-delà le soutien qu’ils pourraient attendre des Églises évangéliques américaines, influentes près de l’Administration de Trump.

La religion au service de la politique

En Afrique centrale, les politiciens ont vite compris l’intérêt qu’ils pourraient avoir en devenant pasteur ou diacre d’une Église qui serait à leur dévotion. Après tant de malheurs subis, les populations s’en remettent à Dieu pour obtenir la résolution de tous leurs problèmes. On ne s’étonnera donc pas de voir de nombreux hauts fonctionnaires, de parlementaires, des ministres et même des chefs de l’État s’investir dans un christianisme aux couleurs locales pour jouer aux intercesseurs auprès de Dieu. Ce faisant, les mécontentements grandissants pourront être anesthésiés et de nouvelles sources de revenus pourront être développées. Ces Églises seront aussi un vivier électoral irremplaçable, alors que les partis politiques sont largement discrédités. 

L’exemple centrafricain

En Centrafrique, le général-président François Bozizé avait bien compris l’intérêt électoral qu’il pouvait tirer de son Église  » du christianisme céleste- Nouvelle Jérusalem » mais, contrairement à son successeur, il n’avait pas vu l’aspect international des liens évangéliques dont il aurait pu tirer avantage avec les Églises américaines. Tout en se mettant sous la protection de la Russie et du groupe Wagner, le président Touadera a réussi à obtenir les bonnes grâces du Département d’État, par l’intermédiaire des Églises d’obédience baptiste américaines. Lui-même diacre, il participe aux offices banguissois, plein de ferveur mystique, en mettant de côté sa fonction de chef d’un Etat laïc. Il s’entoure de pasteurs qui lui servent plus ou moins d’oracles et ponctue, de plus en plus, ses discours de chef de l’Etat par des références à Dieu. A chaque séjour aux États-Unis d’Amérique, il ne manque pas de faire fructifier les liens avec l’Alliance internationale baptiste, ce qui facilite ses contacts avec le Département d’État. Lors de sa dernière tournée en Afrique, le Sous Sous-secrétaire d’État pour l’Afrique, Tibor Nagy, avait fait une escale de deux jours à Bangui afin de prodiguer des encouragements pour la tenue d’élections fin décembre 2020, sans s’appesantir sur la situation catastrophique du pays. Une nouvelle ambassadrice US a été nommée. Elle fait preuve de bonnes dispositions à l’égard du président Touadera, notamment en présidant le G5 Centrafrique, en apportant un soutien financier et technique conséquent, via l’Usaid, pour lutter contre le Covid-19 et les échéances électorales, pourtant de plus en plus improbables en 2020. La pression des Églises évangéliques américaines pour aider  » un élu de Dieu », fut-il polygame, n’est peut-être pas étrangère à ce regain d’attention du Département d’État pour un pays ou les États-Unis d’Amérique n’ont aucun intérêt.

L’absence de soutien aux positions catholiques

Dans plusieurs États, où elle est bien implantée, l’Église catholique est beaucoup moins accommodante que les Églises évangéliques dont les pasteurs sont souvent des relais du pouvoir. L’Église catholique, par son centralisme, son universalisme et par son organisation hiérarchique, avec ses prêtres répartis sur l’ensemble du territoire, ses évêques dirigeant des diocèses, ses cardinaux, directement reliés au Pape, et les nonces apostoliques, ambassadeur du Saint-Siège, constitue une sorte d’État dans l’État. Alors que les Églises évangéliques interviennent rarement  contre les pouvoirs établis, les admonestations des cardinaux et évêques  à l’égard des Chefs de l’Etat ne manquent pas.

Citons les derniers exemples : 
En RDC, les cardinaux, Laurent Monsengwo et Fridolin Ambogo étaient les plus virulents détracteurs de Joseph Kabila. Ils ont également dénoncé l’élection suspecte de Félix Tshisekedi, mais celle-ci, en revanche, fut curieusement très vite validée par les États-Unis d’Amérique.

En Côte d’Ivoire, le cardinal d’Abidjan, Jean-Pierre Kutwa n’hésita pas à faire remarquer à Alassane Drame Ouattara qu’un troisième mandat présidentiel « n’était pas nécessaire ».

Au Togo, la Conférence épiscopale du Togo a stigmatisé le manque de transparence, d’équité, de crédibilité de la quatrième réélection de Faure Gnassimgbé. L’ancien archevêque de Lome vit quasiment en liberté surveillée.

En Centrafrique, le cardinal Dieudonné Nzapalainga s’associe, de moins en moins, à la plateforme religieuse, initialement constituée avec un pasteur et un imam, pour stigmatiser les violences des groupes armés et mettre en cause l’inertie du président Touadera. Que ce soit en RDC, en Côte d’Ivoire, au Togo et en Centrafrique, on ne verra pas la diplomatie de Donald Trump soutenir ces positions de l’Église catholique.

Dans la plupart des États d’Afrique centrale avec la disparition de l’Etat de droit, l’effondrement du système scolaire, les mirages de la démocratie que constituent les élections, les crises se succédant aux crises accélérant la décomposition de l’Etat, la résilience atteint ses limites. Dans de nombreuses parties de l’Afrique, l’islam dans sa diversité apporte ses solutions. Dans les régions christianisées, la religion catholique marque le pas face aux Eglises évangéliques qui offrent une adaptabilité incontestable au contexte africain. Les Etats-Unis d’Amérique ont bien vu tous les avantages qu’ils avaient sur les autres Puissances pour accompagner voire diriger l’essor de ces Églises du réveil.

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La guerre froide en Afrique(5/5), le Mali hésite entre Moscou et Washington https://mondafrique.com/international/guerre-froide-en-afrique-5-6-quand-le-mali-jouait-moscou-et-washinton/ Mon, 28 Jul 2025 01:01:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=54051 Pendant les huit années où il a exercé tout le pouvoir au Mali, Modibo Keita n’a cessé de louvoyer entre les intérêts des grandes puissances pour maximiser l’aide internationale accordée à Bamako. Un numéro d’équilibriste de grande volée Olivier Toscer Septembre 1959, le SDECE, le service de renseignement extérieur de la France rédige, à la […]

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Pendant les huit années où il a exercé tout le pouvoir au Mali, Modibo Keita n’a cessé de louvoyer entre les intérêts des grandes puissances pour maximiser l’aide internationale accordée à Bamako. Un numéro d’équilibriste de grande volée

Olivier Toscer

Le président malien Mobido keeita a tenté de jouer successivement le jeu de plusieurs grandes puissances: RUSSIE, CHINE, ETATS UNIS

Septembre 1959, le SDECE, le service de renseignement extérieur de la France rédige, à la demande Jacques Foccart, le M. Afrique du Général de Gaulle, un état des lieux du péril rouge en Afrique. Le dossier intitulé  L’action du communisme en Afrique liste toute une série de points chauds visés par la propagande de Moscou et susceptibles de basculer du côté rouge de la force : l’Algérie, le Maroc, le Cameroun, la Guinée et l’Egypte principalement y figurent. Mais nulle mention du Mali.

Et pourtant dès la proclamation d’indépendance du pays, un an presque jour pour jour après ce rapport des services secrets, Bamako annonce se tourner vers l’Est. Quelques semaines plus tard, le président Modibo Keita expulse même l’armée française du Mali, contrairement aux accords signés avec la métropole quelques mois plus tôt. Dans la foulée, l’homme fort de Bamako se proclame socialiste révolutionnaire et partisan des thèses des non-alignés.

Les hommes de Foccart seraient-ils lourdement trompés en omettant de classer le Mali dans la liste des pays à surveiller ? Peut-être pas tant que cela, en réalité. Car les dirigeants de Bamako obsédés par l’urgence de se libérer du joug néo-colonial de la France vont se montrer plus opportunistes que proprement communistes. Dans la Guerre Froide qui glace le monde et le continent africain, Le Mali va devenir un savant manipulateur de la tension entre les deux Grands, afin de profiter au maximum des deux systèmes. Quitte à jouer également la carte chinoise

Dans un premier temps, l’URSS, déjà bien implanté en Guinée voisine, va essayer de pousser son avantage. Le bloc de l’Est devient l’un des principaux partenaires commerciaux du Mali avec 42 % des échanges, loin devant les Etats-Unis, avec seulement 2,3 %. Aux côtés des Soviétiques interviennent également plusieurs centaines de conseillers tchécoslovaques, chargés notamment de développer l’aviation civile et de cornaquer Air Mali. Le franc malien est également frappé à Prague.Les Allemands de l’Est, eux, même plus discrets, sont bien présent également à Bamako dans les premiers temps de l’indépendance.

L’engagement de l’Union soviétique ne répond à la seule volonté d’abaisser le rideau de fer sur le Mali. Les Soviétiques pensent pouvoir faire de bonnes affaires dans le pays, notamment en mettant la main sur la recherche minière. Ils espérent mettre à jour des gisements semblables à ceux du désert algérien. En échange de leur participation à la construction de grandes infrastructures dans le pays (stade omnisport de Bamako, flotte d’Illiouchine pour Air Mali, école nationale d’administration, ect) le rusé Modibo Keita cède en effet aux Soviétiques, l’ancien bureau minier de l’AOF, issu de la colonisation française. Mais, malgré quantités de forages dans l’Adrar des Ifogas et à Tin Raidane, les Soviétiques doivent déchanter. La Mali reste très pauvre en ressources naturelles.

« Nous vendons le communisme à l’Afrique. Mais dans les faits, nous devons payer les Africains pour qu’ils nous l’achètent » Krouchtchev

Ancien haut responsable du KGB aujourd’hui directeur d’un institut sur la sécurité à Moscou, Andreï Salnikov l’a récemment rappelé : « Khrouchtchev disait toujours : « Nous vendons le communisme à l’Afrique. Mais dans les faits, nous devons payer les Africains pour qu’ils nous l’achètent ». Moscou crache donc au bassinet, équipant l’armée malienne en équipements lourds et en instructeurs militaires et prenant une part prépondérante dans l’éducation et la formation.

Dès la proclamation d’indépendance, le Mali avait rompu tous les liens de coopération éducative avec le Sénégal, seul pays voisin à posséder une université. Et le Mali n’avait aucun établissement d’enseignement supérieur sur son sol. La France demeurait le seul lieu de formation possible pour son élite, au grand déplaisir des dirigeants farouchement anticolonialiste du pays.

L’URSS offre donc ses services. Une partie de la future élite malienne va aller se former sous les rudes latitudes moscovites, comme une partie des étudiants africains de cette époque. La particularité malienne est que cette formation des cadres va concerner également en grand nombre les femmes. Une curiosité issue des relations poussées existant entre Aoua Keita, la seule femme à siéger au bureau politique de l’US-RDA, le parti au pouvoir à Bamako et la très puissante organisation féministe du parti communiste d’Union soviétique, la CFS, le Comité des Femmes Soviétiques.

Sage-femme de profession, Aoua Keita pousse pour augmenter les quotas d’étudiantes à être acceptée en Union Soviétique pour des études de médecine. Le Mali sera ainsi le premier pays africain à se doter de médecins femmes.

Le malien Modibo Keita et le chinois Chou en Lai en 1964

Modibo Keita, désireux de maximiser l’aide internationale, n’accorde aucune exclusivité aux Soviétiques

Mais ses investissements à fonds perdus commencent à lasser le Kremlin. D’autant que, Modibo Keita, désireux de maximiser l’aide internationale, n’accorde aucune exclusivité aux Soviétiques et se rapproche de plus en plus de la Chine.

Dès 1962, Pékin envoie cinq experts en agriculture auprès de l’Office du Niger, crée sous la colonisation française pour cultiver le coton mais réorientée par le nouveau pouvoir vers la culture du riz. Des dizaines d’autres techniciens chinois vont suivre.

Les Maliens sont aux anges. Une série d’archives chinoises confidentielles récemment exhumées par la fondation MacArthur aux Etats-Unis montrent qu’ils se sentent autorisés à toujours en demander plus. « Le gouvernement du Mali a encore demandé que nous envoyons des experts en sculpture sur bois et ivoire pour enseigner à l’Institut de l’art du Mali, écrivent par exemple les responsables des artisans chinois au hiérarques du Parti. Précisant que les Maliens n’ont encore rien précisé concernant la rémunération des experts ». Et de proposer un partage des dépenses : les indemnités d’habillement, de matériel, les salaires et les dépenses de voyage à la charge de Pékin ; l’argent de poche, les dépenses de logement, de santé et de transport sur place à celle de Bamako. « Merci de préciser si cet arrangement est acceptable ou non »[1].

Forcément, la place grandissante des Chinois auprès du pouvoir malien ne laisse pas l’Ouest indifférent. « Les Maliens sont été impressionnés par les techniciens chinois, particulièrement par leur énergie, leur gentillesse et leur mode de vie simple, relève la CIA dans un rapport spécial classé « secret »[2]. Mais Pékin est en train d’encourager les sentiments anticolonialistes déjà fort et essaye de les diriger contre les Etats-Unis et l’URSS », s’alarme l’agence américaine, s’inquiétant par exemple « des louanges extravagantes du Mali envers la bombe nucléaire chinoise. Elle est célébrée par la presse et la radio malienne comme une « une bombe de la paix », s’étranglent les analystes de Langley.

Les Soviétiques, qui ont déjà rompu avec la Chine, voient eux aussi d’un mauvais œil se rapprochement sino-malien. « Nous préférons nous allier avec nos ennemis, les Américains, si cela était nécessaire pour empêcher le socialisme chinois de s’imposer dans le monde », aurait dit Leonid Brejnev à un ministre malien en visite à Moscou, selon un rapport du renseignement français[3].

Bamako, qui estime avoir tiré de Moscou tout ce qu’il y avait à prendre, ne fait pas grand cas des états d’âmes soviétiques. Les dirigeants maliens pensent pouvoir compter sans réserve sur la Chine. C’est un peu présomptueux. Car les Chinois eux mêmes, commencent à trouver ce partenaire africain un peu trop exigeants.

Malgré les communiqués de la propagande qui louent l’amitié sino-malienne, les conseillers techniques se font en réalité tirer l’oreille pour venir à Bamako.

Pourtant l’ambassadeur chinois est très vite inquiet de la tournure prise par la coopération entre son pays et le Mali : « Nos experts en agriculture et les camarades traducteurs ne sont en général pas bien préparé pour un séjour de longue durée au Mali et ne souhaitent pas rester plus longtemps, écrit-il à Pékin, relevant la difficulté du contexte malien comme le climat et les rudes conditions de vie (…) Dans le futur, nous devrons expliquer clairement combien de temps ils devront rester à l’étranger. Si nous ne sommes pas surs, nous ne devons pas donner de date aléatoire pour leur retour pour éviter d’avoir à une pas respecter notre parole, ce qui pèse sur leur moral »[4].

Après le refroidissement avec Moscou, l’idylle avec Pékin risque, elle aussi de tourner court. C’est l’avis des analystes de la CIA qui, connaissant l’appétit insatiable du Mali pour l’aide étrangère, regardent la situation d’un œil amusé : « Pékin a offert un prêt à long terme et sans intérêt de 19,6 million de dollars, bien inférieur à celui de 55 million déjà obtenu de l’URSS », notent-ils 1965. Et de conclure : « Bamako pourrait peut-être subir une désillusion face au peu d’efficacité de l’aide chinoise comme cela s’est déjà passé avec le pourtant plus ambitieux programme d’aide soviétique ».

Mais plus nationalistes que communistes dans l’âme, les Maliens ne sont pas à un changement d’alliance près. Quatre ans seulement après leur indépendance et des lunes de miel consécutives avec les Soviétiques et les Chinois, ils se préparent déjà à se retourner vers l’Hexagone. « Les relations avec la France ont beaucoup variées depuis la mi-1964, observe par exemple la CIA. A la différence d’avant, quand la pression chinoise était forte et que, Paris était la cible favorite de la propagande, aujourd’hui, les porte-paroles maliens se gardent d’incriminer la France dans leurs récentes dénonciations des activités impérialistes. Et en plusieurs occasion, Keita et ses ministres ont approuvé la politique étrangère de De Gaulle ».

Effectivement, peu à peu, la France revient sur la scène politique malienne, notamment en volant au secours du franc malien en 1967.

Le coup d’Etat militaire qui balaiera Modibo Keita en 1968 portera un coup fatal à l’influence communiste à Bamako. Et progressivement, après avoir profité des espèces sonnantes et trébuchantes de la Guerre Froide, le pays retournera dans le giron de l’Occident.

[1] Câble confidentiel du Bureau de coordination de toutes les coopératives artisanales de Chine au Comité de liaison culturelle à l’étranger de la République populaire de Chine daté du 8 décembre 1964

[2] Le Mali, principal atout de Pékin en Afrique, rapport spécial de la CIA daté du 12 février 1965.

[3] Note du SDECE à Jacques Foccart, le M. Afrique du Général de Gaulle, datée du 26 septembre 1969,

[4] Durée de travail des experts agronomes aidant le Mali, câble de l’Ambassade de Chine au Mali au bureau général pour les relations économiques avec les pays étrangers, le 10 janvier 1963

 

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La guerre froide en Afrique (3/5), la CIA en Angola en 1975 https://mondafrique.com/international/guerre-froide-en-afrique-6-6-nos-revelations-sur-la-cia-en-angola/ https://mondafrique.com/international/guerre-froide-en-afrique-6-6-nos-revelations-sur-la-cia-en-angola/#comments Mon, 14 Jul 2025 04:44:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=54056 Sans jamais intervenir directement militairement en Angola, les Etats-Unis, sous l’impulsion du « faucon » Henry Kissinger, ont mené à partir de 1975 une guerre souterraine aux Soviétiques et aux Cubains en nombre sur les champs de bataille angolais. Livraisons d’armes, financement de mercenaires, opérations de déstabilisation : l’engagement de la CIA explique la durée […]

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Sans jamais intervenir directement militairement en Angola, les Etats-Unis, sous l’impulsion du « faucon » Henry Kissinger, ont mené à partir de 1975 une guerre souterraine aux Soviétiques et aux Cubains en nombre sur les champs de bataille angolais. Livraisons d’armes, financement de mercenaires, opérations de déstabilisation : l’engagement de la CIA explique la durée d’un conflit qui aura duré plus de quinze ans

Une enquête d’Olivier Toscer

Jonas Savimbi, leader de l’UNITA, un des trois mouvements qui se disputent le pouvoir en Angola lors de l’indépendance du pays

Le 27 juin 1975, la Maison-Blanche réunit un conseil national de sécurité. Autour du président Gérald Ford et du Secrétaire d’Etat Henry Kissinger, siègent notamment le Secrétaire à la Défense James Schlesinger et le patron de la CIA, Bill Colby. Un seul sujet à l’ordre du jour : la situation en Angola. Elle est désastreuse du point de vue américain.

Depuis plus d’un an, après l’annonce de son retrait par le Portugal, la puissance coloniale, le pays est à feu et à sang. Trois mouvements rivaux se disputent le futur pouvoir, les armes à la main : d’un côté, les communistes du MPLA d’Agostinho Neto ; de l’autre, deux mouvements pro-occidentaux, le FNLA de Roberto Holden et l’UNITA de Jonas Savimbi.

Massivement soutenu par l’Union soviétique et le bloc de l’Est, ainsi que par des forces cubaines, encore peu nombreuses[1], le MPLA est aux portes de Luanda la capitale. Un situation qui inquiète Henry Kissinger au plus haut point : « L’histoire de l’Afrique a montré que le point essentiel est le contrôle de la capitale, professe-t-il ce jour-là. Par exemple dans la guerre civile au Congo, la raison pour laquelle nous avons pu sortir par le haut a été que nous n’avons jamais perdu le contrôle de la capitale Léopoldville. En Angola, si Neto (le leader de la rébellion pro-communiste, ndlr) gagne Luanda, il aura une base de pouvoir et petit à petit gagnera les faveurs des Africains »[2].

Et le Secrétaire d’Etat, faucon anticommuniste par excellence, de peindre devant le Président Ford, le tableau angolais en noir : « Les cargaisons d’armes soviétiques ont renversé la situation. (…) Le Portugal vacille face à Neto et les Soviétiques ont confiés des équipements importants, comme des transports de troupe, entre les mains de Neto », s’alarme-t-il.

Le président américains, Ronald reagan, en compagnie du leader de l’UNITA, Jonas Savimbi

Plusieurs options  sur la table.

La première est la neutralité, « laisser la nature suivre son cours », comme il dit. Et de lister les avantages d’une telle position attentiste : « Echapper à une implication militaire coûteuse, nous protéger contre les critiques de la communauté internationale et nous éviter d’être dans une confrontation plus dure avec le MPLA ». Mais Kissinger tient aussi à mettre le président Ford devant les inconvénients d’un tel détachement américain. « Le résultat probable sera que Neto sera en position de force, l’Angola prendra une direction progressiste. Et le cerveau de la politique étrangère américaine de pointer également le risque de s’aliéner son allié, voisin de l’Angola, Le Zaïre. Mobutu aura la tentation de s’allier avec Savimbi (le leader de l’UNITA, groupe de rebelles pro-occidentaux, ndlr) et le Zaïre pourrait également conclure que nous nous désintéressons du sort de cette partie du monde et devenir devienne anti-américain ». Une hypothèse, en réalité peu réaliste, vu le soutien financier sans faille de la CIA dont Mobutu a bénéficié depuis le début de son règne il y a quinze ans…

Lors de cette réunion cruciale du Conseil de Sécurité, Kissinger écarte également d’un revers de main, la voie diplomatique. « Mon ministère y est favorable mais je ne le suis personnellement pas. Si nous appelons les Soviétiques à la modération, cela sera vu comme un signe de faiblesse et on arrivera à rien », explique-t-il.

En réalité, deux mois seulement après la chute de Saigon et le retrait des troupes américaines du Vietnam, Henry Kissinger est chaud partisan de repartir sur le sentier de la guerre, du côté de Luanda. Il penche clairement pour la livraison d’armes

« Le comité ad-hoc pour l’Angola a d’abord envisagé d’envoyer des fonds puis a étudié l’envoi d’armement. Je recommande qu’un groupe de travail étudie cette dernière option en détail », annonce-t-il au président. « En tous les cas, ne rien faire est inacceptable », répond ce dernier.

Dans ce document partiellement déclassifié, la CIA liste ses opérations secrètes menées en Angola pendant l’année 1975l

Engagement américain en Afrique Australe.

Les archives de la CIA récemment déclassifiées montrent en effet que le conflit angolais ne se résume pas à l’engagement historique de près de 20 000 soldats cubains sur le terrain et de l’implication massive des conseillers militaires soviétiques. L’action secrète des Américains, une gigantesque offensive basée sur les opérations clandestines, permet d’expliquer, la durée record du conflit angolais qui va durer vingt-sept longues années.

Au départ, les Etats-Unis avaient étudié la faisabilité d’un opérations aéronavale sur Luanda pour anéantir les forces pro-communistes. Mais ils y avaient finalement renoncé pour éviter un conflit armé direct et incertain avec le bloc de l’Est. « Le rapport de force est favorable au mouvement pro-soviétique du MPLA grâce à un afflux massif d’armes soviétiques »[3] avaient rapidement constaté les experts

La croisade angolaise est donc confiée à la CIA. Il s’agit de fournir les deux autres mouvements de libération non-communistes en armes et en moyens financiers, mais sans que cela ne s’ébruite.

Dès le 29 juillet 1975 un avion de transport C141 arrive de Kinshasa avec un premier chargement d’armes pour la rébellion anti-communiste. D’autres suivront. Mais selon les règles de l’action clandestine, ces armes ne doivent pas pouvoir être attribuées aux Etats-Unis. Ce sont donc essentiellement des armes de la Seconde guerre mondiale qui sont acheminés, ainsi que des missiles anti-aériens SA7 fourni par Israël. La CIA a convaincu l’Etat hébreu d’effectuer cette livraison en échange d’équipements américains modernes livrés à Tel Aviv.

Le 13 septembre 1975, les Américains accentuent encore leur aide « pour distribuer plus d’armes américaines modernes en Angola, entraîner des miliciens angolais hors du territoire angolais et recruter des conseillers militaires non-américains »[4]. Mais tout est fait pour garder cet engagement militaire américains le plus secret possible. Même son principal allié dans la région, le Zaïre, ne doit pas intervenir directement pour éviter d’alerter les Soviétiques. « Il faut éviter d’encourager Mobutu a envoyer ses propres troupes au Cabinda mais coopérer avec lui pour armer et entraîner des forces cabindaises », préconisent les experts de la CIA. Même si Bill Colby, le patron de l’Agence reconnaît que « si le renseignement montre que la situation en Angola se détériore, on ne pourra pas calmer Mobutu »[5]

Les combattants de l’UNITA, soutenus par les Américains

Détour par l’Afrique du Sud

La CIA préfère jouer la carte de l’Afrique du Sud, un partenaire réputé plus fiable et moins soupçonnable d’agir sur ordre américain. Les troupes sud-africaines entrent ainsi en Angola le 14 octobre 1975 mais sans parvenir à empêcher la chute de la capitale Luanda aux mains des procommunistes. A partir de cette date, ce qui était une guerre civile africaine devient un conflit mondialisé, même en l’absence visible de l’US Army sur le terrain.

Pendant les 27 années que va durer le conflit angolais, l’armée américaine n’interviendra qu’une seule fois sous son pavillon, entre aout et octobre 1992, et de manière plutôt pacifique puisqu’il s’agissait de ramener par avion Hercules C-130 des rebelles pro-occidentaux chez eux, à la fin de la guerre. Mais pendant toutes la durée du conflit, des avions F27 affrétés par la CIA se chargeront de plusieurs opérations de transport. L’un d’eux sera même abattu par des MIG de l’armée de l’air cubaine en 1976.

La CIA n’est pas en reste non plus pour financer le recrutement de mercenaires à 300 dollars la semaine pour épauler les forces du FNLA de Roberto Holden. Budget total : 1,5 million de dollars. Plusieurs d’entre eux, tous arrivés via le Zaïre voisins, seront ainsi capturés par les hommes du MPLA et jugés publiquement. Certains seront condamnés à mort et exécutés.

Reagan élu, la CIA triomphe

En 1980, avec l’arrivée de Ronald Reagan à la Maison Blanche, les offensives clandestines de la CIA repartent de plus belle.

La CIA est chargé d’approvisionner la guérilla de Jonas Savimbi en armes et d’impliquer l’armée zaïroise, jusque là plutôt tenue à l’écart, dans le conflit. L’engagement américain devient de plus en plus massif. En 1987, Reagan donne même le feu vert pour livrer des missiles anti-aérien Stinger, le nec plus ultra de l’époque, à la guérilla anticommuniste. Il y en a pour 15 millions de dollars. Mais l’effort reste néanmoins dérisoire face aux milliards de dollars d’équipement fournis à ses alliés par l’Union Soviétique. L’équilibre des forces qui reste à l’avantage du bloc de l’Est, même si Washington ne cesse de mettre à contribution ses alliés dans le soutien à Savimbi. L’Arabie Saoudite par exemple paie la formation des rebelles de l’UNITA au Maroc pour cinquante millions de dollars. Même le Brésil est sommé d’envoyer des conseillers militaires sur le terrain.

La CIA attendra 1991 et le début du processus de paix pour mettre un point final à son opération secrète en Angola. Le bilan est maigre. Le MPLA, même si son vernis marxiste a disparu, est toujours au pouvoir à Luanda.

Le bilan humain du conflit est, lui, évalué à 500 000 morts.

[1] Selon un mémorandum titré « L’implication des Cubains en Angola », rédigé par la CIA le 22 juin 1977, ils ne sont que quelques centaines sur le terrain avant un engagement militaire beaucoup plus massif à partir de septembre 1975

[2] Minutes du Conseil de Sécurité Nationale du 27 juin 1975

[3] Extrait du récapitulatif des plans d’actions secrètes en Angola de janvier à octobre 1975, rédigé par la CIA, le 22 octobre 1975

[4] Ibid

[5] Ibid

Guerre froide (2/4), le Mali au mieux avec Moscou et Washington

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L’armée américaine se tourne vers l’Afrique côtière « démocratique » https://mondafrique.com/decryptage/larmee-americaine-se-tourne-vers-lafrique-cotiere-democratique/ Sun, 15 Sep 2024 07:35:50 +0000 https://mondafrique.com/?p=118215 Le général Michael Langley, patron du commandement américain pour l’Afrique (Africom), a déclaré jeudi que la coopération militaire de son pays allait désormais s’orienter en Afrique de l’Ouest vers les pays côtiers qui partagent avec les Etats-Unis « nos valeurs démocratiques et nos objectifs. » « Nous sommes en discussion avec la Côte d’Ivoire, le Ghana et le […]

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Le général Michael Langley, patron du commandement américain pour l’Afrique (Africom), a déclaré jeudi que la coopération militaire de son pays allait désormais s’orienter en Afrique de l’Ouest vers les pays côtiers qui partagent avec les Etats-Unis « nos valeurs démocratiques et nos objectifs. »

« Nous sommes en discussion avec la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Bénin », a précisé le général en visite au Kenya, lors d’une visio- conférence de presse consacrée à ses déplacements au Sahel et, plus généralement, à ses récentes rencontres avec les dirigeants africains, de la Somalie à l’Afrique de l’Ouest. « Nous commençons à repenser et à recalibrer notre action. »  

Le général a déclaré que le retrait des forces américaines du Niger s’était déroulé sans incident. Les planificateurs militaires américains réfléchissent avec les responsables du Département d’Etat sur la politique à mener dans la région. La coopération dans le domaine de la sécurité au Sahel est nécessaire, a dit le général. La menace terroriste dans la région persiste et les pays ont besoin d’assistance pour assurer la sécurité et la stabilité pour leurs populations. « Nous allons continuer à échanger avec eux », a indiqué le commandant d’Africom. Ces derniers mois, les Etats-Unis ont dû abandonner leurs deux bases du Niger, y compris l’importante base de drones d’Agadez, et réduire leur présence au Tchad. 

« Toutes nos activités et nos approches centrées sur les partenaires doivent être conduites par les Africains et mises en oeuvre avec l’appui américain », a-t-il insisté, apparemment soucieux de ménager la susceptibilité des armées du continent. « Ces principes guident tous nos engagements de coopération militaire avec l’Afrique sur tout le continent. »

Au-delà du terrorisme et du crime organisé, le changement climatique

Le commandement continuera d’échanger sur les questions de sécurité avec les pays partenaires, y compris dans la lutte contre les organisations extrémistes violentes et le crime transnational. En surplomb de tout cela, a-t-il dit, il y a l’inquiétude du continent sur les effets du changement climatique. Le changement climatique pourrait aggraver les migrations de masse et les tensions ethniques et engendrer des conflits pour l’accès aux ressources. « Nous abordons d’abord toutes ces questions avec nos partenaires africains, et puis j’écoute, j’apprends et nous proposons ensuite un ensemble de solutions concertées », a dit Langley. 

Ces derniers mois, le commandant d’Africom a observé l’exercice African Lion, au Maroc. Il s’est rendu en Algérie, en Tunisie et en Libye. « L’objectif est d’unir les efforts, parce que nous savons que sur la scène globale, il y a d’autres pressions qui s’exercent au Maghreb et la possibilité du réveil d’organisations extrémistes violentes », a-t-il dit. « Chacun de ces pays fait face à des défis de nature différente. J’étais là-bas pour apprendre et pour comprendre leur approche de l’antiterrorisme. »  

En ce qui concerne la Somalie, Langley a rapporté s’être entretenu avec le Président Hassan Sheikh Mohamoud au sujet de sa guerre contre les Shebab. Il a dit sa disponibilité à travailler à l’installation de la coalition parrainée par l’Union africaine pour venir en aide à la Somalie, la nouvelle Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine (AUSSOM). Il s’est déclaré optimiste sur les capacités de l’armée somalienne à libérer les zones tenues par les Shebab. 

Il a relevé l’influence de la Russie et de la Chine sur le continent, accusant la Russie d’avoir déstabilisé « du Sahel à la République centrafricaine ». Il a affirmé que les efforts des Etats-Unis pour harmoniser leur approche avec certains de ces pays avaient été « déformés à travers de la désinformation sur ce qu’Africom essayait de faire ». La désinformation a attisé l’instabilité dans la société civile et dans certains milieux militaires », a-t-il estimé. 

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