Chine - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/chine/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 24 Mar 2026 11:16:23 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Chine - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/chine/ 32 32 Doit‑on se préparer à une Troisième Guerre mondiale? https://mondafrique.com/moyen-orient/doit-on-se-preparer-a-une-troisieme-guerre-mondiale/ https://mondafrique.com/moyen-orient/doit-on-se-preparer-a-une-troisieme-guerre-mondiale/#respond Tue, 24 Mar 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=149316 Alors que l’opération « Epic Fury » frappe l’Iran depuis le 28 février 2026, la multiplication des conflits armés marque la fin d’une certaine idée de la dissuasion. De l’Ukraine à Gaza, du Caucase au Moyen-Orient, quelque chose s’est déréglé dans l’architecture de sécurité qui empêchait depuis 1945 le retour des guerres de conquête. Non pas une Troisième […]

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Alors que l’opération « Epic Fury » frappe l’Iran depuis le 28 février 2026, la multiplication des conflits armés marque la fin d’une certaine idée de la dissuasion. De l’Ukraine à Gaza, du Caucase au Moyen-Orient, quelque chose s’est déréglé dans l’architecture de sécurité qui empêchait depuis 1945 le retour des guerres de conquête. Non pas une Troisième Guerre mondiale identique aux deux premières, mais quelque chose de potentiellement plus insidieux : une mise en série de conflits que plus personne ne semble en mesure de contenir. Un décrytptage signé Antony DabilaRelations internationales, Sciences Po, repris de l’excellent site The Conversation.



Depuis 1945 et le premier usage des explosifs nucléaires, une conviction a structuré la pensée stratégique occidentale : l’existence de ces « armes absolues » rend impensable toute guerre de conquête entre grandes puissances, rendant inviolable le territoire des États dotés de l’arme nucléaire. Ces derniers ne pouvaient donc plus s’affronter qu’indirectement, dans des guerres limitées, dont l’intensité n’atteindrait jamais la violence hyperbolique des deux premiers conflits mondiaux.

Pourtant, cette certitude s’est fissurée. En envahissant l’Ukraine, un pays dont elle avait pourtant garanti l’indépendance et la sécurité dans le cadre du mémorandum de Budapest en 1994, la Russie a utilisé son arsenal atomique comme bouclier (sans risquer d’implication directe des États-Unis) pour mener une guerre de conquête conventionnelle. Cette invasion russe a provoqué une profonde perturbation des mécanismes de dissuasion, dont les conséquences n’ont peut-être pas été pleinement diagnostiquées.

Un seuil qui s’est déplacé

L’étendue de ce qu’il est possible de faire sous « la voûte nucléaire », sans en provoquer l’effondrement, s’est considérablement accrue. La guerre d’Ukraine a démontré qu’un affrontement conventionnel de haute intensité, poursuivant des objectifs d’annexion territoriale explicites, pouvait se dérouler sans que la menace nucléaire soit activée ni par l’agresseur pour protéger ses gains ni par les États soutenant la défense ukrainienne pour y mettre fin.

La notion de « seuil » nucléaire, telle que théorisée en 1960, supposait une ligne précise au-delà de laquelle la guerre atomique devenait certaine. Depuis la guerre d’Ukraine, cette notion ne peut plus être comprise de façon stricte. Dans la réalité, en effet, les comportements obéissent à des mécanismes plus complexes : il existe une zone d’incertitude, un espace intermédiaire où un nombre indéfini d’actes hostiles restent possibles sans pour autant mener automatiquement à l’escalade ultime.

En d’autres termes, on constate une élévation du seuil à partir duquel le comportement de certains acteurs devient intolérable. Et c’est précisément cette élévation qui ouvre une fenêtre d’opportunité aux puissances « révisionnistes », c’est-à-dire souhaitant modifier les règles du système à leur avantage.

Par exemple, en utilisant la force pour annexer de nouvelles provinces, et faire fi d’un principe cardinal des Nations unies : l’intangibilité des frontières. Selon ce principe clé, les frontières ne peuvent être modifiées par la force et toute modification de leur tracé ne peut être fait que selon des limites administratives intérieures déjà existantes. Ce principe a notamment été appliqué lors des décolonisations et de la fin de l’URSS. Il n’avait connu que de rares exceptions en soixante-dix ans (le Tibet acquis par la Chine en 1950, le Cachemire, la frontière entre les deux Corées, les guerres israélo-arabesChypre-Nord).

Le retour des guerres de conquête

Nous voyons ici se dessiner le risque le plus sérieux : non pas une Troisième Guerre mondiale déclarée sciemment par une puissance ou un groupe de puissances, entraînant une guerre atomique totale, mais une multiplication de conflits conventionnels simultanés épuisant les capacités et la volonté de réaction américaines que l’on pourrait appeler guerre mondiale « sous le seuil » (c’est-à-dire ne provoquant pas, dans un premier temps, d’utilisation d’armes nucléaires).

Depuis cinq ans, les ruptures les plus significatives sont le fait des puissances nucléaires elles-mêmes. La Russie a tenté de soumettre l’Ukraine par une offensive-éclair et d’annexer formellement cinq provinces, avant de s’installer dans une guerre d’usure aux conséquences durables pour l’ordre européen. Israël, puissance nucléaire non déclarée, a répondu à l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 par des opérations militaires d’une ampleur inédite à Gaza, au Liban, en Syrie, contre les houthistes du Yémen et, enfin, contre l’Iran, selon sa doctrine de « réponse disprortionnée ». Enfin, les États-Unis, loin d’être spectateurs de la dérégulation du système, en sont devenus l’un des agents : l’opération en Iran a été lancée sans mandat onusien ni consultation du Congrès et Washington menace ouvertement des membres de l’Otan, sapant ainsi les institutions qu’il avait lui-même contribué à bâtir. Le garant de l’ordre précédent, las de contribuer au financement de l’alliance, a ainsi lancé une réforme brutale qui en perturbe l’architecture et menace de la faire vaciller.

D’autres conflits, sans faire intervenir d’arsenal nucléaire, ont été lancés non sans corrélation avec ces affrontements. En septembre 2020, l’Azerbaïdjan lance sa première offensive victorieuse sur l’Arménie, menant progressivement à la disparition de la République d’Artsakh et à l’exil de plus de 100 000 Arméniens, sans que la communauté internationale parvienne à empêcher cet exode. À ce conflit s’ajoutent les guerres entre le Cambodge et la Thaïlande, entre l’Inde et le Pakistan ou entre le Pakistan et l’Afghanistan. Autant de situations qui montrent que le retour des guerres locales restreintes n’était pas un accident, mais une tendance lourde, venant s’ajouter aux luttes insurrectionnelles des décennies précédentes.

Certes, ces guerres n’ont pas toutes amené des changements de frontière importants, mais ni les États-Unis ni ses compétiteurs stratégiques ne sont en mesure de les réguler tous à la fois. Les États-Unis pouvaient autrefois rééquilibrer l’ensemble des régions et des tensions par une intervention extérieure (traditionnellement appelée offshore balancing), mais la multiplication des situations d’urgence et des conflits ne leur permettent plus, à budget égal, d’agir suffisamment. La multiplication des conflits montre que cela est devenu beaucoup plus difficile. Cela laisse donc une marge de manœuvre bien plus importante aux acteurs locaux pour modifier le rapport qu’ils entretiennent avec leurs voisins.

La Russie, en particulier, a démontré aux autres puissances révisionnistes que les sanctions économiques pouvaient être absorbées, que l’effort de guerre occidental avait des limites industrielles et politiques réelles, et que la protection nucléaire offrait une marge d’action conventionnelle bien plus large qu’on ne le pensait. Tout ceci constitue une « incitation », au sens précis que donne à ce terme la théorie des jeux (une hausse de la récompense pour une action, ou bien une réduction du risque), à utiliser la force pour remodeler son territoire et les équilibres entre puissances. Jusqu’à remettre en cause la nature même du système international ?

Quand les conflits menacent de fusionner

Raymond Aron, dans les Guerres en chaîne, paru en 1951, avait relevé que les stratèges américains de l’immédiat après-guerre n’avaient envisagé que deux scénarios : la paix armée sans affrontement direct ou la guerre totale à déclenchement nucléaire. Selon lui, ils en omettaient une troisième, les « guerres chaudes limitées », comme la guerre de Corée, lancée en 1950, qui avait pris par surprise l’Amérique.

Cependant, malgré les pertes terribles qu’elles occasionnèrent parfois, aucune de ces « guerres chaudes » ne dégénéra en conflit impliquant deux coalitions intervenant directement. Les interventions extérieures, comme celle de l’Union soviétique et de la Chine en faveur du Vietnam du Nord, se devaient d’être discrètes, ou bien de se cantonner à une aide défensive, destinée à protéger l’intégrité des frontières de l’allié.

La dissuasion nucléaire avait donc jusque-là permis de confiner les guerres locales au territoire des États concernés. Mais les conflits multiples, distribués, intenses, sans front unique, auxquels nous assistons sans pouvoir les arrêter, ont à présent pris une telle ampleur qu’une possibilité s’est ouverte : celle de la création d’une chaîne de conflits intégrée (ou plus précisément d’une concaténation), où l’ensemble des « guerres chaudes locales » produisent un seul et même conflit incontrôlable, sur le modèle des guerres mondiales du XXe siècle.

Pour prendre une métaphore tirée du domaine de l’électricité, pendant la guerre froide (1947-1991, ndlr) et la période de monopole de puissance américain, les conflits fonctionnaient en dérivation sur le circuit international. Chacun pouvait éclater ou s’éteindre indépendamment des autres, sans perturber le système dans son ensemble. Un court-circuit sur un point n’affectait pas le reste.

Notre époque est peut-être en train de les réinstaller en série : les conflits sont désormais connectés les uns autres autres, de sorte que chaque nouveau foyer de tension amplifie les précédents et accroît la charge pesant sur l’ensemble du circuit.

Quel ordre pour éviter l’emballement ?

Qu’adviendrait-il alors si un nombre important de conflits s’installait en série ? Aucune puissance ne serait en mesure de réguler les conflits locaux par une projection de puissance suffisante.

Conçue théoriquement pour conduire deux guerres majeures simultanément, l’armée américaine ne peut, dans les faits, en mener qu’une seule à pleine intensité. Les États-Unis paient ici une des conséquences de leur prééminence mondiale : ils doivent être forts sur tous les théâtres à la fois, quand chacun de leurs adversaires n’a qu’à dominer sa propre région.

Cette asymétrie structurelle est au cœur du risque de mise en série des conflits : une seule crise supplémentaire, à Taïwan, dans le Golfe ou dans le sous-continent indien, suffirait à placer Washington en situation de surcharge stratégique, c’est-à-dire dans l’incapacité de contenir simultanément tous les foyers de tensions.

L’Europe, encore indécise sur la direction à prendre, entre fidélité au lien transatlantique et autonomie stratégique, n’est pas assez unie pour remplacer les États-Unis. La Chine, quant à elle, malgré sa montée en puissance incontestable, est à la fois privée des moyens (flotte de haute mer, bases à l’étranger en nombre suffisant) et de la volonté d’intervenir dans les conflits (sa discrétion dans le conflit en Iran montre qu’elle préfère voir les problèmes liés à son approvisionnement en hydrocarbures réglés par d’autres, à moindres frais pour elle).

Or, un monde sans puissance régulatrice serait un monde où la dérégulation de la dissuasion pourrait finir de produire ses effets : la création d’un chapelet de conflits qui signerait peut-être le retour aux formes de violence hyperbolique des deux premiers conflits mondiaux. Une fois enclenchée, cette violence incontrôlée pourrait mettre en danger la sécurité des États nucléaires eux-mêmes. On se rapprocherait ainsi des conditions d’une utilisation des armes de destruction massive, non pas en début de conflit comme on le pense souvent, mais après l’installation dans un état de violence durable.

La fin de la « nation indispensable » est inscrite dans le rééquilibrage entre les PIB des grandes puissances. Le système international est incontestablement en train de basculer vers un autre modèle. Mais celui-ci peut prendre deux formes très différentes : soit il sera plus distribué et polycentré, ce que le politiste Jean Baechler nommait le monde « oligopolaire », soit il s’agira d’un nouveau système bipolaire organisé autour de Washington et de Pékin. Reste à savoir si, dans la période intermédiaire, le monde sera à l’abri d’un dérèglement de la dissuasion et de la maîtrise des conflits, qui lui ferait connaître à nouveau un épisode de violence incontrôlé semblable à celui de 1914-1945.

Une politique de sécurité passive, fondée sur la seule existence d’arsenaux nucléaires et d’alliances défensives, ne suffit plus à protéger les démocraties. Il leur faut donc contribuer, par leur réaffirmation, à bâtir de nouveaux mécanismes de régulation capables de maintenir les conflits en dérivation, c’est-à-dire de les empêcher de fusionner. Cela suppose non seulement de restaurer des normes partagées sur l’usage de la force, mais aussi de construire un nouveau régime de sécurité, fondé sur des équilibres de puissance régionaux capables de fonctionner sans dépendre d’un seul garant de plus en plus erratique.



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La grande illusion des alliances au Moyen-Orient https://mondafrique.com/moyen-orient/la-grande-illusion-des-alliances-au-moyen-orient/ https://mondafrique.com/moyen-orient/la-grande-illusion-des-alliances-au-moyen-orient/#respond Sat, 21 Mar 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=149170 Les alliances au Moyen-Orient ne disparaissent pas, elles se transforment. Derrière les discours officiels, elles perdent leur fonction structurante et laissent place à des logiques mouvantes, où dépendances, intérêts divergents et stratégies opportunistes redessinent un système instable, dans lequel la puissance ne garantit plus ni cohérence ni contrôle durable. Une chronique de Roula Merhej, née […]

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Les alliances au Moyen-Orient ne disparaissent pas, elles se transforment. Derrière les discours officiels, elles perdent leur fonction structurante et laissent place à des logiques mouvantes, où dépendances, intérêts divergents et stratégies opportunistes redessinent un système instable, dans lequel la puissance ne garantit plus ni cohérence ni contrôle durable.

Une chronique de Roula Merhej, née à Hama et exilée en France sous le régime d’Hafez el-Assad, spécialiste des dynamiques géopolitiques du Moyen-Orient.

Roula Merhj

Le monde se trouve aujourd’hui surpris de la tournure des choses. Les discours se multiplient pour dénoncer un droit international piétiné, des institutions comme les Nations unies décrédibilisées, incapables d’influencer le cours des événements. Pourtant, ces violations ne datent pas d’hier. Entre 1999 et 2000, la Russie menait en Tchétchénie une campagne marquée par des violations massives sans conséquences décisives. En 2008, elle redessinait par la force les frontières en Géorgie. En 2016, la Chine rejetait une décision juridique internationale sur la mer de Chine méridionale sans en subir de contrainte. Le droit international n’a jamais été un garde-fou absolu. Il a toujours été conditionné par le rapport de force. Ce qui change aujourd’hui n’est pas son affaiblissement, mais la disparition du cadre qui en contenait les effets. Les violations ne sont plus des écarts dans un ordre global ; elles s’inscrivent dans un système qui ne parvient plus à se structurer.

Les rapports de force se fragmentent, les lignes d’alliance se brouillent, et même entre partenaires historiques, la coordination devient incertaine, chacun cherchant son propre intérêt. L’attaque israélienne contre une infrastructure gazière stratégique en Iran, suivie d’une prise de distance publique de Washington, en donne une illustration directe : l’alliance ne garantit plus nécessairement ni cohérence politique, ni maîtrise du tempo militaire. Ce désalignement ne traduit cependant pas un affaiblissement américain. En privilégiant des stratégies plus flexibles, en acceptant des zones d’ambiguïté et en laissant leurs partenaires agir avec une plus grande autonomie, les États-Unis ont contribué à un environnement où la cohérence collective n’est plus la priorité. La puissance ne s’exerce plus uniquement par la structuration d’un ordre, mais aussi par la capacité à évoluer dans un système devenu plus instable, et en partie produit par ces choix.

La riposte iranienne confirme ce basculement. En visant des intérêts liés au Qatar et à l’Arabie saoudite, Téhéran élargit volontairement le périmètre du conflit et envoie un signal clair : aucun espace ne sera sanctuarisé. La guerre cesse d’être contenue, elle devient extensible, et donc plus difficilement contrôlable. Pendant des décennies, le Moyen-Orient a été lu à travers une grille simple opposant alliés occidentaux et « axe de la résistance ». Cette lecture ne suffit plus. Les alliances n’ont pas disparu, mais elles ont perdu leur fonction structurante, traversées par des intérêts contradictoires qui les fragilisent et les rendent incapables de produire un ordre stable.

Cette transformation se lit concrètement dans les dynamiques actuelles. À la mi-mars 2026, le Hamas a appelé l’Iran à ne pas frapper les pays du Golfe. Ce positionnement ne constitue pas une rupture avec Téhéran, mais révèle un désalignement. Alors que l’Iran a longtemps été un soutien structurant pour le mouvement, la dynamique actuelle acte un glissement. Engagé dans une logique de confrontation directe et de survie, Téhéran ne peut plus accorder au dossier palestinien la même centralité stratégique. Parallèlement, dépendant du Qatar pour sa survie politique et financière, le Hamas ne peut plus s’aligner pleinement. Ce n’est pas la fin de la relation. C’est la fin de sa cohérence.

La fin de la cohérence stratégique

Ce qui émerge n’est plus une alliance, mais une dépendance croisée qui empêche toute ligne stratégique stable. Le Qatar, au cœur de ce système, incarne lui-même cette ambiguïté : sa capacité à dialoguer avec tous les acteurs a longtemps fait sa force ; elle devient aujourd’hui un facteur d’exposition. Cette imbrication dépasse le seul champ politique et se prolonge dans les logiques économiques. Alors même que l’Iran frappe ou menace des infrastructures dans le Golfe, Dubaï demeure un centre majeur pour les capitaux iraniens. Des estimations largement reprises évoquent des montants de plusieurs centaines de milliards de dollars investis ou transitant dans l’émirat depuis des années. Confrontation militaire et interdépendance financière coexistent ainsi dans un même espace, et les circuits financiers liés à des acteurs sous sanctions ont été tolérés parce qu’ils participent à des équilibres que personne ne souhaite réellement remettre en cause. L’affrontement ne supprime pas les intérêts ; il les rend plus vulnérables et plus visibles.

Les relais régionaux de l’Iran se sont parallèlement affaiblis. Le Hamas est quasiment neutralisé, le Hezbollah fortement fragilisé. L’Iran ne dispose plus de la même capacité de projection indirecte et agit désormais dans une logique de survie, où la dissuasion passe par la capacité de destruction. En Irak, les milices chiites proches de l’Iran illustrent cette mutation : elles ne relèvent ni pleinement de l’État, ni totalement d’un camp identifiable, et permettent à Téhéran de projeter de la puissance sans confrontation directe, tout en contribuant à fragmenter davantage le rapport de force. Ce ne sont plus les alliances qui structurent la guerre, mais des réseaux d’acteurs opérant dans des zones grises où la responsabilité devient diffuse. Lorsque l’équilibre externe ne peut plus être maîtrisé, l’instabilité interne devient un levier, comme en témoigne l’attention portée aux zones périphériques iraniennes, notamment kurdes, au risque d’ouvrir des dynamiques difficilement contrôlables pour l’ensemble de la région.

Les États du Golfe se retrouvent ainsi en première ligne. Leur sécurité repose toujours sur le parapluie de défense américain, qu’ils continuent de financer massivement, comme en témoignent les récents accords d’armement de plus de 16 milliards de dollars conclus avec Washington. Mais cette protection a un prix : celui d’une dépendance stratégique qui réduit leur autonomie dans un environnement qu’ils ne maîtrisent plus entièrement. Leur marge de retrait se rétrécit. Dans ce même mouvement, Israël ne se contente plus de contenir ses adversaires ; il redéfinit les lignes de force régionales. L’affaiblissement du Hamas, la fragilisation du Hezbollah et la pression directe exercée sur l’Iran marquent un tournant. Mais faut-il aller jusqu’au bout d’une stratégie d’affaiblissement, au risque d’un embrasement plus large, ou s’arrêter à mi-chemin en laissant intact un acteur qui a démontré sa capacité de résilience et de nuisance ? L’histoire montre qu’un adversaire affaibli mais non neutralisé ne disparaît pas. Il renaît souvent plus dangereux.

Dans ce contexte, l’initiative européenne visant à sécuriser le détroit d’Ormuz illustre elle aussi cette transformation. Elle ne traduit pas un retour structurant dans le jeu stratégique, mais une réaction à une vulnérabilité immédiate : celle des flux énergétiques. L’Europe ne redéfinit pas l’équilibre régional ; elle cherche à en contenir les effets.

Dès lors, les questions essentielles demeurent. Jusqu’où aller ? Qui décide réellement des lignes infranchissables dans un système où les alliances ne structurent plus les rapports de force ? Et surtout, que vaut encore une alliance lorsque, au moment décisif, elle ne protège pas mais contraint ? C’est peut-être là que se situe la véritable rupture. Non pas dans la disparition des alliances, mais dans l’illusion qu’elles continuent d’organiser le monde.

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Le Sahara Rouge d’Alissa Descotes-Toyosaki https://mondafrique.com/politique/le-sahara-rouge-dalissa-descotes-toyosaki/ https://mondafrique.com/politique/le-sahara-rouge-dalissa-descotes-toyosaki/#respond Thu, 19 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148896 Dans Sahara Rouge, Alissa Descotes-Toyosaki raconte presque quinze ans de quête personnelle et politique. Autour de l’uranium d’abord, happée par la catastrophe de Fukushima alors qu’elle est de retour au Japon puis aux abords empoisonnés des mines du nord du Niger. De mine en mine, sa passion pour le Sahara et ses populations la conduit […]

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Dans Sahara Rouge, Alissa Descotes-Toyosaki raconte presque quinze ans de quête personnelle et politique. Autour de l’uranium d’abord, happée par la catastrophe de Fukushima alors qu’elle est de retour au Japon puis aux abords empoisonnés des mines du nord du Niger. De mine en mine, sa passion pour le Sahara et ses populations la conduit également en reportage auprès d’orpailleurs du Niger avant que la guerre, déclenchée en 2012 par l’effondrement des régions du septentrion malien sous les coups de groupes armés rebelles et djihadistes, ne jette un sombre voile sur la région. Interviewée par Mondafrique, elle raconte son Sahara. 

Par Nathalie Prévost

Alissa Descotes-Toyosaki

Mondafrique : Votre livre précédent, La Caravanière, était le récit d’une initiation au désert, puis d’un éblouissement, presque mystique, aux côtés des Touaregs. Cette fois, avec Sahara Rouge, vous ouvrez une page beaucoup plus noire. Plusieurs fils mortifères s’y entrelacent. L’uranium d’abord, de Fukushima aux mines du nord du Niger. La lutte anti-migratoire de l’Union européenne qui consacre un mouvement de fermeture. Puis la guerre, avec l’émergence du djihadisme et, finalement, la répression et l’exil. Sahara Rouge est-il le livre d’une initiation politique? 

Alissa Descotes-Toyosaki : Je suis arrivée par hasard au Japon trois jours avant le 11 mars 2011, le jour de la triple catastrophe de Fukushima. Cet événement a été un bouleversement aussi important pour moi que le jour où j’ai rencontré le Sahara. C’était l’expression d’une force du destin telle qu’elle m’aspirait sans que je me pose de question. C’est pour cela que je suis restée – pas par héroïsme – pendant ces jours où les réacteurs explosaient les uns après les autres. Je me disais : ‘si c’est mon destin, il va se passer quelque chose ; je n’ai qu’à attendre.’

J’appelle alors par hasard un ami journaliste au Figaro et je pars dans le Tohoku alors que tous les correspondants étrangers ont été rapatriés. Mon histoire avec le journalisme et ma conscience politique naissent à ce moment-là. J’ai 40 ans et me voilà forcée de me rendre sur ces terres dévastées. J’aurais préféré rester faire du chameau pendant dix ans … mais j’accepte. Il faut dire qu’au même moment, les choses sont en train de tourner au vinaigre dans mon oasis de refuge : en 2011, une touriste italienne est prise en otage au sud de Djanet, dans le Sahara algérien, et cela sonne l’arrêt du tourisme. Quand j’arrive au Japon, je sais déjà que je vais devoir me recycler dans quelque chose d’autre. Je suis disponible et je n’ai rien à perdre. Pour Libération, je vais dans les régions touchées par le tsunami au nord de Fukushima. Mais dans les zones ultra contaminées autour de la centrale de Fukushima Daiichi, il n’y a aucun journaliste étranger. Seuls quelques photojournalistes japonais y sont allés. Moi, j’y pénètre près d’un mois après. Et là commence mon travail sur Fukushima, où je suis emportée par quelque chose de magnétique. On a vécu au Japon et à Tokyo une sorte d’apocalypse. On a vu Tokyo dans le noir, une chose inimaginable. On est dans le monde du futur, avec des retombées radioactives et une marque pour la vie. Jusqu’à maintenant.

Devant le périmètre interdit de Futaba, 2019 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Mondafrique : Sur quoi a porté votre travail ? 

A.D-T. : J’ai documenté plein de choses qui feront peut-être l’objet d’un livre plus tard. Les yakuzas dans la filière nucléaire, dont la révélation, soudain, souillait l’image de cette énergie qu’on nous vend toujours comme bien propre. Les conditions de travail dans le nucléaire, avant et après l’accident. En 2013, on a élu Tokyo comme hôte des JO de 2020. Pour nous, dans les mouvements antinucléaires, qui dénoncions le redémarrage des réacteurs, c’était comme si le monde nous abandonnait. On comptait sur la communauté internationale parce qu’on savait que le gouvernement était très pro-nucléaire puisque, deux ans après l’accident, le Premier ministre disait que le problème était réglé. J’ai commencé à documenter cela : le déni de l’accident, les Jeux de la reconstruction et de la résilience, un monde dystopique. Rien n’avait plus de sens et tout était bâti sur la propagande d’État épaulée par le lobby nucléaire. Les JO ont eu lieu en plein Covid pour les 10 ans de Fukushima ; tout avait été bien préparé. Les principales victimes de l’accident, les 160 000 réfugiés nucléaires, on leur a coupé les indemnités au bout de quelques années. Tout l’argent est parti dans le BTP. Il y avait ce périmètre de 30 km autour de la zone interdite : on a tout décontaminé et reconstruit par-dessus. Tout était bien dans le meilleur des mondes. Cette propagande omniprésente m’a énormément intéressée, comme le mythe du nucléaire sûr.

Existe également en version audio chez Actes Sud.

Mondafrique : Vous devenez alors journaliste et militante.

A.D-T. : Je n’ai jamais fait partie de mouvements militants. Je suis engagée par ma conscience et ma mission. Je me sens investie par une cause mais c’est le hasard qui m’a mise en mouvement. J’avais l’obsession de documenter les événements mais je n’étais pas prête à entrer dans cette compétition du monde du journalisme et tout ça. L’occasion, je l’ai saisie au vol et je me suis envoyée spéciale moi-même. Le montant de la pige à 148 euros, ça te fait redescendre très vite ! Je vais plus tard bosser sur des longs formats avec des magazines comme Geo car ils ont du budget de production, mais après 2015 c’est devenu très difficile de placer un reportage sur le nucléaire.

Mondafrique : Comment, de Fukushima, vous retrouvez-vous sur la piste de l’uranium exploité dans le nord du Niger par Areva? Et là, que découvrez-vous ?

A.D-T.: Il y a cette conscience politique des dangers du nucléaire : c’est une énergie mortifère, une énergie de fachos, bâtie sur de l’injustice, sur la colonisation des terres et le mépris de l’humain. En 2013, c’est clair pour moi. Et brusquement, un ami touareg me contacte par message et il me dit qu’il faut que je vienne dans son campement pour voir ce qui s’y passe. Son campement est situé à quelques dizaines de km des mines d’Arlit (dans le nord du Niger). C’est ainsi que je vais revenir à Arlit, que je connais déjà. Et j’y reviens avec ce nouveau regard. Cette route de l’uranium, je la regarde avec un tout autre œil. Pendant les années où j’étais sur place, les années 2000 à 2006, on ne parlait pas du tout des radiations ni des dangers des mines. C’est plus tard, au moment où je me suis installée dans le sud de l’Algérie, qu’il est devenu impossible d’entrer dans ces zones là sans escorte. Greenpeace a fait une mission en 2009, la première, sur les conséquences de l’uranium à Arlit et à partir de ce moment-là, l’affaire a éclaté. C’est alors que les habitants ont commencé à prendre conscience des risques.

Je repars donc au Niger où je ne suis pas revenue depuis 2007. J’ai besoin de reprendre contact avec ce pays, avec les gens. Et je pars donc en repérage. Finalement, tous les reportages que je raconte dans ce livre se sont bien passés grâce à ce réseau d’amitiés que j’avais nouées  les années antérieures ; toutes mes équipes étaient des amis et dans ce contexte de prises d’otages, je prends le parti de faire une confiance absolue en mes équipes. J’ai suivi, une fois, un stage de sécurité pour les journalistes en zone rouge et on nous a dit tout le contraire : ‘surtout ne faites jamais confiance absolue à vos fixeurs, à vos guides.’ Mais moi, c’est aussi comme ça que je prends du plaisir à faire ces reportages.

Celui sur la route de l’uranium avec Patrick Chapuis, un photographe de Gamma, a été le meilleur de tous pour moi. Comme j’avais suivi Fukushima, j’avais le réflexe de documenter scientifiquement les radiations. J’étais déjà en contact avec la CRIIRAD, qui était venue au Japon, et je savais ce qu’il fallait faire. Tout cet aspect technique était difficile pour moi, parce que je déteste les chiffres, mais je me suis forcée à le faire parce que je savais bien que c’était le seul moyen de prouver une radioactivité dans un milieu où elle ne laisse aucune trace. J’avais donc mon compteur Geiger, des bouteilles d’eau vide dans lesquelles je comptais déposer de l’eau car les premiers témoignages me parlaient de puits empoisonnés et donc, je devais récolter des échantillons.

Un Touareg marche dans une tempête de sable à quelques kilomètres de la mine d’uranium d’Arlit, dans le nord du Niger (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Mondafrique : Retour, donc, en pays touareg, après un long chapitre japonais. Lorsque vous arrivez au Niger pour ce grand reportage pour Geo, avec le photographe Patrick Chapuis, la situation est déjà compliquée puisque la zone est « rouge », comme le titre de votre livre. Avec Areva, qui tente de vous empêcher d’accéder au site, vous jouez au chat et à la souris.

A.D-T. : Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, ce sont ces coups de fil du Quai d’Orsay où la personne qui m’appelle ne mentionne jamais nos incursions dans les mines d’Areva, alors que ces appels interviennent quelques minutes après…

Ils veulent nous faire revenir à Niamey et faire avorter l’enquête. Jamais Géo n’avait reçu de coup de fil en direct du Quai d’Orsay ! Le Quai d’Orsay n’appelle jamais pour des journalistes en zone rouge. Ces voyages sont déconseillés mais pas interdits, en vertu des recommandations officielles que je n’ai pas suivies.

Mondafrique : Ces Touaregs qui vous escortent sur le terrain et facilitent, finalement, votre accès aux sites et aux informations, ont-ils subi des représailles ?

A.D-T. : Non, parce que le Niger n’était pas content non plus de la manière dont ça se passait. Ils étaient obligés officiellement d’être loyaux mais assez contents que quelqu’un fasse ce que nous faisions. Surtout pour la mine d’Azelik (exploitée par la Chine). Arlit n’est pas moins contaminé qu’Azelik mais Areva a des moyens importants pour le cacher. Elle ne fait pas comme les Chinois qui déversent les tuyaux d’évacuation dans les oueds mais elle pompe des milliers de tonnes d’eau qui sont reversées dans les nappes d’eau potable. On a tous les chiffres de cette contamination sur cinquante ans, une durée énorme. C’est ce qu’on appelle une contamination par « faibles doses », une mort à petit feu. Et on en retrouve les traces aux alentours d’Arlit, avec la désertification par la radioactivité : l’herbe ne pousse plus, les problèmes d’eau sont énormes, beaucoup d’enfants sont malformés. Entre 1970 et 1990, tous les ouvriers d’Arlit, une ville construite de toutes pièces par Areva, sont morts ou tombés malades.

Mondafrique : la situation la plus critique que vous décrivez est celle de la mine chinoise d’Azelik. Racontez.

A.D-T. : Cette mine était complètement en dehors des radars, personne n’y était jamais allé. Elle est très excentrée dans l’Azawagh nigérien, vers la frontière malienne. En revanche, ce qui est très connu, c’est Ingall, en dessous, où est organisé chaque année le festival de la Cure salée. La vraie région de transhumance des cures salées se trouve autour des salines de Teguida n’Tessemt, à trois kilomètres de la mine… Azelik a été construite sur la plus grande aire de pâturage du Niger. C’est une vraie catastrophe environnementale et culturelle. Les nomades n’osent plus venir avec leurs troupeaux. La fête est organisée chaque année mais la vraie Cure salée n’existe plus, à cause de cette mine. Le comble est que ce sont les sociétés uranifères qui sponsorisent cette fête. Un ministre en off m’a dit qu’ils avaient essayé de la fermer. La zone était parsemée de cadavres, la contamination ayant été très rapide. Dès que ça se voit à l’œil nu, les habitants aussi le voient. Cette zone est entièrement touareg et qui dit touareg, dit révolte, donc les autorités redoutaient une rébellion. Et c’est ce qui va être passionnant pour moi : me retrouver avec ces habitants d’Azelik, des hommes qui travaillent dans la mine et qui veulent la faire fermer. Donc ils sont prêts à prendre de grands risques. Je n’ai jamais vu ça ailleurs. Azelik est une très vieille cité qui a brillé en tant que centre de l’Islam, ses salines sont une fierté, donc ils sont prêts à tout pour tenter de protéger le site. Cette situation va sauver notre reportage, alors qu’on ne pouvait presque plus bouger : chaque fois qu’on s’approchait des mines ou des déchets, notre escorte nous disait qu’elle avait reçu un appel et qu’on devait rentrer là où on logeait. 

Mine d’Azelik, janvier 2015 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Ce sont finalement les travailleurs de la mine d’Azelik qui vont nous aider. Et puis la collecte des échantillons, une nuit, en cachette. Et c’est ça qui va faire la différence. Nous avons ainsi obtenu des données très probantes sur la contamination des déchets et de l’eau bue par les animaux. La mine a fermé quelques mois après pour chômage technique. Ils ont annoncé l’année dernière qu’ils allaient rouvrir. Mais il faut le prendre avec des pincettes car ça fait partie de la stratégie du lobby nucléaire de toujours clamer haut et fort que les choses continuent. Ce ne serait pas étonnant, cependant, car le nucléaire repart partout.

Ce qui me choque, personnellement, c’est que personne ne mentionne jamais les mines d’uranium dans le débat sur le nucléaire. L’uranium n’est en aucun cas une énergie renouvelable, pourtant on ose affirmer que le nucléaire est une énergie verte ! La pollution de ces mines d’uranium est très concrète. Que l’uranium soit français, chinois ou russe, c’est la même chose. Il n’y aura jamais aucune mine d’uranium propre ni de centrale nucléaire sûre dans l’avenir.

Mondafrique : Par chance, de l’or est découvert à la même époque dans le nord du Niger et finalement dans une grande partie du Sahara. Vous prenez, à nouveau, des risques importants pour accéder sur un site d’orpaillage en 2017 à 450 km au nord d’Arlit, en pleine zone rouge. Avec le photographe Pascal Maitre, vous êtes les premiers journalistes à entrer dans cette mine, et vous, la seule femme. Vous décrivez une situation assez étonnante. Pas de prostitution, pas d’enfants exploités, une sorte d’organisation sociale qui fonctionne et dont les mineurs sont satisfaits. Comment expliquez-vous cela ? 

Mine d’or de Tagharaba, nord du Niger, 2017 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

A.D-T. : Le mérite de la bonne gestion de cette mine d’or revient à Saley Boss. La ruée vers l’or a commencé vers 2014 dans le Djado. Il n’y avait personne et la situation a vite tourné au chaos. C’est une oasis habitée et l’orpaillage y a créé des tensions avec les habitants. Ce sont littéralement des pépites qu’on trouve alors, à 50 cm dans le sable. On n’a besoin d’aucun produit mais la recherche de l’or fait d’énormes trous. Les animaux tombent dans les trous et le gouvernement nigérien dit stop, surtout que des tensions ethniques commencent à surgir entre Toubous et Touaregs. On ne sait pas trop à qui est la terre.

Saley Boss, Tagharaba, décembre 2017 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Cette époque coïncide avec la lutte anti-migrants, Agadez apparaît comme un point orange dans une énorme zone rouge. Ces régions qui étaient très touristiques ne voient plus personne depuis le classement du Niger en zone rouge. Quand l’Union européenne reclasse Agadez en orange, la population croit que ça va s’étendre et permettre le retour du tourisme, mais rapidement, elle comprend que ça ne sera pas le cas. La frustration est énorme. S’y ajoute la politique anti-migrants qui est une catastrophe car elle ne s’appuie que sur la répression contre les chauffeurs et les guides. Les véhicules sont confisqués. Or les migrants, qui ne vont pas forcément jusqu’en Europe, font vivre la région depuis toujours. L’Union européenne essaye d’arrondir les angles en disant aux Nigériens qu’un budget de plusieurs millions d’euros est prévu pour la mise en œuvre d’ un projet de réinsertion pour tous ces gens là, mais les choses traînent et les gens pataugent deux ou trois ans sans ressources.

Quand l’or arrive, c’est presque un miracle pour les autorités qui décident de laisser les populations l’exploiter quand c’est possible. Le site du Djado, trop risqué, est fermé. Mais cette mine de Tagharaba, à la frontière algérienne, ouvre. Il n’y a pas de risque de contamination parce que la nappe phréatique, à cet endroit-là, est très profonde, à plusieurs centaines de mètres sous la terre. Il n’y a pas non plus d’habitants.

Le boss de l’or va développer une cité sur ces lieux. Il est intelligent, il a vu ce qui s’est passé au Djado, à Arlit, et il essaye de ne pas reproduire les erreurs. Il aurait pu se conduire en despote, mais non. Jusqu’ici, c’est lui qui gère la mine et les gens sont satisfaits. Maintenant, il y a sur place environ 20 à 30 000 orpailleurs qui font des allers-retours, pas de prostitution, pas de femme. Ces gens démontrent qu’ils sont capables de s’auto-gérer et je trouve bien qu’on leur laisse ce droit. Pour moi, cette mine est la preuve qu’un peuple autochtone peut gérer ses ressources sur son sol, droit qui n’est appliqué pratiquement nulle part dans le monde. Ce droit, Saley Boss le prend.

« L’or nous appartient ; il appartient au peuple », dit l’un des personnages de mon livre. Et tout le monde gagne. Il n’y a pas de patron, pas d’intermédiaire. C’est clair, sans comparaison avec l’opacité du monde du nucléaire. Tous les gens qui ont travaillé dans l’uranium et se retrouvent dans l’or n’ont pas envie de quitter l’or. Ce qui m’a marquée et ce que me décrivait mon ex-mari [l’ex mari d’Alissa est un orpailleur touareg], c’est la solidarité entre les gens. C’est aussi le secret de cette cité, une solidarité incroyable entre les travailleurs, tous très fiers de leur travail. Il y a un comité qui règle les litiges, une justice qui n’a jamais existé à Arlit. Je ne suis restée sur place que trois jours, seule femme, avec une petite boule dans la gorge quand même. Et pourtant, rien, il n’y a eu aucune animosité à mon égard. Au contraire. C’était très émouvant. A Tagharaba, tout le monde est logé à la même enseigne et cela contredit les idées reçues sur l’orpaillage.

Mondafrique : dans ces années-là, la guerre approche. Quels en ont été les signes, pour vous ? D’où est venu ce vent djihadiste qui, finalement, a tout balayé ?

A. D-T. : De 2006 à 2010, en plein essor djihadiste, moi je suis à Djanet, au sud de l’Algérie. Le vent djihadiste, il vient de l’Algérie au début, mais je ne m’en rends pas du tout compte parce qu’on n’en parle pas en Algérie. Je prends conscience de la gravité de la situation en 2012 avec la naissance d’Ansar Dine, un groupe djihadiste crée par un Touareg [ndlr, Iyad Ag Ghali]. À ce moment-là, je suis au Japon mais je commence à me documenter. Il y a des rumeurs selon lesquelles certains Touaregs seraient de mèche avec les barbus et j’ai beaucoup de mal à y croire. Quand j’apprends la déclaration de l’indépendance de l’Azawad, en avril 2012, je suis transportée de joie ! Je n’avais jamais pensé qu’ils réussiraient et pourtant, ils se sont emparés de toutes les régions du nord du Mali et ils ont proclamé leur indépendance. Je suis hyper heureuse et j’y crois. Tout de suite après, le drapeau d’Ansar Dine est hissé à Kidal et les problèmes commencent. Et là, je décide d’aller sur le terrain, dans le Sahara algérien, pour me rendre compte par moi-même.

Je découvre tout ça à travers des combattants du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) qui font l’aller retour entre Kidal et Tamanrasset et j’ai la chance d’en rencontrer beaucoup pendant ce voyage de deux semaines. Le MNLA est un nouveau mouvement, très politique, né de la jonction avec les combattants revenus de Libye. Et ce qui va me marquer, c’est la présence des femmes. Elles me parlent de ce qu’elles font à leurs maris, à leurs frères. Elles leur jettent des seaux d’eau dans la figure quand ils commencent à imiter les barbus. Je retrouve la société matriarcale touareg que je connais depuis toujours. Elles me démontrent que les Touaregs ne peuvent pas abolir en quelques années une société bâtie sur le matriarcat depuis des siècles. Le fait qu’il y ait beaucoup de femmes au MNLA est décisif pour moi. Parce que j’ai besoin d’y croire. Ce qui va me stupéfier, c’est d’apprendre que les barbus sont là depuis 2006. Et personne ne comprend bien ce qu’ils font. Ils font des salamalecs, se rapprochent des campements nomades, proposent des petits boulots rémunérés, sur des territoires où tout un pan de la population a subi plusieurs exils pour fuir l’armée malienne et végète dans le chômage. C’est une machine très bien rodée, qui progresse sur plusieurs années. Sans que les gens s’en rendent compte, ils se retrouvent piégés à l’intérieur d’un énorme truc, les hommes sont à la mosquée ensemble, on a franchi les étapes d’initiation à l’islamisme, etc. Les femmes sont témoins de cela et pour elles, c’est un processus très douloureux, où elles voient les hommes, par manque de perspectives, rejoindre ces groupes.

Mondafrique : Vous insistez sur le rôle joué par Iyad Ag Ghali, le chef actuel de la galaxie djihadiste au Sahel, que vous qualifiez de traitre.

A.D-T. : Je ne vois pas comment le qualifier autrement. C’est une figure complexe mais qui me titille beaucoup parce que, s’il n’avait pas été là, cette république de l’Azawad aurait eu sa chance. Je vois bien comment il a discrédité toute cette lutte et créé des amalgames terribles où l’on mêle indépendantistes et djihadistes. À cause d’alliances de circonstance, dans l’esprit de l’opinion publique, ce sont les mêmes. C’est pour ça aussi que j’ai écrit ce livre. Pour que les gens puissent mieux comprendre.

« La perspective terrifiante d’un exil sans fin » 

Camp de M’Berra, juillet 2024 (Photo Alissa Descotes-Toyosaki).

Mondafrique : Après la chute de Kidal, reprise par l’armée malienne (les Famas) et ses supplétifs russes de Wagner, vous ne pouvez plus vous rendre dans le nord. C’est donc à partir de la Mauritanie que vous interrogez les victimes de la répression exercée dans l’Azawad par Wagner et les Famas. Vous êtes à la fois frappée par la violence des crimes, qui font écho à l’histoire, et par l’horizon d’un exil perpétuel. Racontez. 

A.D-T. : Je fais un grand bond dans le livre entre ce qui se passe en 2013-2014 et ce qui se passe à M’Beira en 2024. Les activités de mon ONG, Sahara Eliki, sont à l’arrêt. Personne ne veut m’envoyer sur le terrain. Les sujets sont refusés pour des raisons budgétaires et sécuritaires… Ça me fait halluciner. Pour moi, c’est une victoire des djihadistes et ça m’énerve, donc j’insiste. Mais impossible. Je tourne en rond. Pendant toutes ces années, je vais tourner en rond. Le dernier voyage que je fais au Mali, c’est à l’occasion d’un festival qui m’invite à Koulikoro, en mars 2023. J’essaye d’aller à Tombouctou mais je n’y arrive pas. Je le regrette parce que c’était ma seule chance. Je participe à ce festival et personne ne semble se rendre compte de ce qui couve. La Minusma même n’a pas l’air de réaliser de ce qui l’attend [ndlr, la force onusienne devra plier bagage dans les mois qui suivent.] Les seuls qui pressentent le risque, ce sont les groupes armés touaregs de l’Azawad (nom donné aux régions au nord du fleuve Niger par les mouvements touaregs). « Tu vas voir, ils vont virer la France et on va se taper les Russes. »

Après, le chaos commence et je suis indignée parce que je ne peux pas aller sur le terrain et je me sens hyper mal. En octobre 2023, j’hésite plusieurs fois à tout laisser et à partir sur place. J’essaye de mettre en place un voyage pour documenter cette guerre. Quand il y a plein de gens que tu connais dans un conflit, tu passes par l’émotion. Le fait aussi que tout cela ne soit pas médiatisé, malgré toutes ces images horribles de massacres de civils en Israël puis à Gaza, c’était très douloureux. J’étais très choquée du désintérêt général pour ces régions. Pour moi, le cas du Mali était flagrant parce que la France venait de partir et ça me paraissait très facile de rebondir sur Wagner, là, tout de suite. Il me semblait qu’il y avait plein de moyens de tirer le fil pour faire une actualité autour de ces massacres et on ne l’a pas fait. Alors je m’assigne comme mission prochaine de documenter ces massacres.

Finalement, je commence à contacter les gens du Haut Commissariat aux Réfugiés pour aller au camp de Mberra, car Kidal est sous le contrôle des forces russo-maliennes. La Mauritanie accueille tous ces réfugiés avec humanité mais il y a des  intérêts géopolitiques qui rendent les choses très compliquées. J’arrive à Nouakchott au mois de juillet, il fait une chaleur d’enfer, ce sont les élections et je suis complètement surprise par ce que je découvre ; toute une population touareg que je ne connaissais pas, les gens de la région de Tombouctou. Je tombe des nues. Je suis partie sur mes gonds, les exactions de Wagner, et je suis obligée de ralentir parce que je découvre une mine d’informations sur l’histoire de ce camp, des gens incroyables : des chefs religieux, des enseignants, des intellectuels. Mais toujours avec ces barbelés qui nous entourent. C’est un camp autogéré par les Touaregs qui ont réussi à ne pas être à 100% assistés et qui essayent de mettre en place du bénévolat, une éducation qui ne soit pas complètement dépendante des bailleurs de fonds et je suis sidérée par l’intelligence de ces personnes, qui vivent dans de petites cases collées les unes aux autres, après avoir connu les grands espaces ! Cet exil sans fin, ça me sidère, ça m’inquiète.

Je suis comme Ali Mohamed : je pense que la greffe avec le Mali ne prendra jamais. Pour moi, aucune négociation ne peut être engagée avec le Mali si ce n’est pour la création d’un vrai État autonome. On a bien vu que les Touaregs ne sont pas dans des cycles de vengeance. C’est bien plus profond que ça. En fait, c’est une cause, quelque chose de presque abstrait, d’idéaliste mais pas utopique, et je pense qu’un jour, ils l’auront, parce qu’ils ont tellement ça en eux. C’est leur plus profond espoir et je le ressens vraiment ainsi. Le Front de libération de l’Azawad (alliance touareg) est debout, malgré tout, heureusement. La résistance n’est pas écrasée. Pour moi, c’est le seul espoir pour le moment. On est très loin d’une possibilité de négociation, que ce soit avec Wagner ou Africa Corps. Mais je ne conçois pas un avenir du Sahara sans les Touaregs, en particulier ceux du nord du Mali. C’est une grande force de combat, un pilier sur lequel on peut s’appuyer pour se projeter dans l’avenir. C’est pour cela que je soutiens l’Azawad. Qu’on les écoute, qu’on essaye des choses nouvelles ! 

Alissa Descotes-Toyosaki, Sahara Rouge, Payot Voyageurs, 2026, 240 pages, 20 euros. 

Carnets de caravane au Sahara

 

 

 

 

 

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L’église orthodoxe russe à la conquête de l’Afrique https://mondafrique.com/societe/leglise-orthodoxe-russe-a-la-conquete-de-lafrique/ Wed, 28 Jan 2026 05:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145944 Le site russe African initiative relate à intervalles réguliers des événements en lien avec le développement de la religion orthodoxe sur le continent. En Ouganda, des élèves du séminaire célèbrent leurs mariages respectifs dans la grande tradition orthodoxe ; six habitants de l’île Maurice sont baptisés par un dignitaire de cette Église ; au Mali, […]

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Le site russe African initiative relate à intervalles réguliers des événements en lien avec le développement de la religion orthodoxe sur le continent. En Ouganda, des élèves du séminaire célèbrent leurs mariages respectifs dans la grande tradition orthodoxe ; six habitants de l’île Maurice sont baptisés par un dignitaire de cette Église ; au Mali, des écoliers découvrent la tradition de la Théophanie en regardant des vidéos où les fidèles se plongent dans l’eau glacée par -40 °C. Loin d’être anecdotiques, ces exemples témoignent à la fois de l’importance que Moscou accorde à l’Afrique et de la mise en œuvre d’une véritable stratégie d’influence qui s’inscrit dans le temps long. Avec d’autres instruments, la Chine poursuit une démarche similaire, tandis que les États-Unis se désengagent.

Par Leslie Varenne

La paroisse Sainte-Catherine-la-Grande-Martyre de Nairobi, au Kenya, a rejoint l’Église orthodoxe russe en 2022.

Du conflit ukrainien à l’Afrique

La présence de l’Église orthodoxe sur le continent africain est longtemps restée marginale. Elle reposait sur deux foyers anciens : l’Égypte d’une part, et l’Éthiopie, christianisée dès le IVᵉ siècle et inscrite dans une tradition orthodoxe orientale ancienne. En dehors de ces espaces, les diasporas grecques installées en Afrique avaient développé ici et là quelques églises. L’ensemble du continent était placé sous l’autorité du Patriarcat d’Alexandrie.

Mais en janvier 2019, dans le contexte du conflit ukrainien, entamé bien avant l’invasion russe de 2022, le monde orthodoxe se divise. Le Patriarcat de Constantinople reconnaît l’Église d’Ukraine comme indépendante de Moscou. Dans la foulée en novembre 2019, celui d’Alexandrie lui emboîte le pas. Pour la Russie, cette situation est inacceptable. Le schisme est consommé. C’est dans ce contexte qu’en décembre 2021, l’Église orthodoxe russe annonce la création de l’Exarchat patriarcal d’Afrique, une structure continentale placée directement sous son autorité. Cette décision marque un tournant. Selon les chiffres avancés par le Patriarcat de Moscou en février 2025, cette institution religieuse comptait déjà 350 paroisses réparties dans 32 pays africains, avec une très forte présence au Kenya. En créant l’Exarchat d’Afrique, le Kremlin – qui utilise l’Église comme outil de l’État, même si ce point ne fait pas consensus au sein du clergé – a joué sur deux tableaux : marginaliser le Patriarcat d’Alexandrie et se doter d’un instrument supplémentaire d’influence. Le continent devient alors un nouveau terrain de recomposition du monde orthodoxe, où enjeux religieux et géopolitiques s’entremêlent.

Un continent de tolérance religieuse

La capacité de la Russie à mobiliser le registre religieux s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’une Afrique subsaharienne marquée par une forte tolérance envers toutes les confessions. Dans la plupart des sociétés, les appartenances ne sont ni rigides ni exclusives. Les mariages mixtes entre musulmans et chrétiens sont courants et socialement acceptés ; les conversions sont fréquentes et admises. L’ancien Président Laurent Gbagbo en est un exemple. Baptisé, élève du petit séminaire, il deviendra évangélique, puis après son retour de la prison de la Haye, il réintègrera son ancienne maison lors d’une grande cérémonie à la cathédrale Saint-Paul d’Abidjan. Les enterrements comme certaines commémorations donnent lieu à des cérémonies œcuméniques. Dans cet univers, seul être athée fait figure de blasphème. Ni Dieu, ni maître est toléré mais parfaitement incompris. Le christianisme orthodoxe russe s’insère dans cet environnement comme une offre religieuse supplémentaire, non comme une rupture.

La guerre des valeurs

L’Afrique a déjà connu plusieurs vagues d’immigrations religieuses. Aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, les missions catholiques et protestantes arrivent dans les bagages des colonisateurs. À partir de la fin des années 1980, les Églises évangéliques américaines connaissent une croissance spectaculaire ; elles s’inscrivent dans la diffusion du libéralisme économique, avec un fort tropisme messianique. S’il ne faut pas occulter la véritable dimension théologique, aujourd’hui Moscou mobilise la religion dans un cadre d’une confrontation idéologique plus large.

Dans ses discours, Vladimir Poutine fustige souvent l’Occident « amoral », qu’il oppose à la « spiritualité et à la moralité russes ». Il hausse la Russie au rang de « phare des valeurs traditionnelles ». Des propos qui trouvent un écho particulier en Afrique et, plus largement dans de nombreux pays du Sud, hermétiques aux théories du genre et au wokisme vantés inlassablement par les dirigeants américains et européens depuis une vingtaine d’années. Cette déconnexion a largement contribué à la désaffection des Occidentaux sur le continent.

Mais derrière le discours spirituel se joue une autre guerre : celle des valeurs marchandes, sonnantes et trébuchantes. Une bataille d’influence pour l’accès aux opportunités. Irina Abramova, directrice de l’Institut de l’Afrique de l’Académie des sciences, ne s’en cache pas. Dans un long entretien, elle détaille les atouts du continent et les raisons pour lesquelles la Russie s’y implante : « l’Afrique est appelée à devenir l’un des espaces centraux du monde de demain ». Outre des rythmes de croissance économique impressionnants, elle souligne l’importance de la démographie sur le continent : « près de 800 millions d’Africains ont moins de 25 ans, une jeunesse qui représente à la fois énergie, capacité de production et potentiel de consommation ». Il faut, dit-elle, « planter des jalons ». Lucide, elle ajoute : « Faute de s’y inscrire durablement, la Russie, pays de 150 millions d’habitants confronté à une dynamique démographique défavorable, risquerait de se retrouver isolée, tandis que le continent offrant les opportunités économiques et humaines de demain serait investi par d’autres acteurs.» Dans cette interview, Irina Abramova fait également l’éloge de la culture africaine.  « Il y a cette combinaison de valeurs : bonté, courte mémoire de la haine. Ils sont bienveillants, comme les Russes, d’ailleurs. Nous sommes pareils. » L’implantation des églises orthodoxes  s’inscrit dans ce temps long, dans les liens tissés entre les sociétés. Depuis son retour sur le continent, il y a dix ans, où elle est arrivée sans stratégie géographique, ni sectorielle, la Russie s’est depuis dotée de plusieurs leviers : économiques, sécuritaires, culturels et maintenant religieux.

Pékin, Washington et les autres…

La Russie n’est pas la seule à investir tous azimuts en Afrique. La Chine l’a précédée : depuis le début des années 2000, Pékin a implanté plus de soixante Instituts Confucius sur le continent. Ici, il ne s’agit pas de religion, mais d’apprentissage du mandarin, de diffusion culturelle et de formation des élites, avec une forte implantation au sein des universités africaines. Un champ d’influence qui ne cesse de s’élargir.

Dans le même temps, Washington se désengage progressivement de l’ensemble des instruments traditionnels de son soft power en Afrique : réduction des programmes d’aide et de développement, affaiblissement de l’USAID, recentrage des actions diplomatiques et culturelles, moindre présence dans des secteurs clés comme la santé, l’éducation ou les médias. Ce retrait se reflète également dans les documents stratégiques récents des États-Unis. Dans la nouvelle National Security Strategy (NSS), l’Afrique n’est mentionnée qu’incidemment à la fin du texte. Le National Defense Authorization Act (NDA), publié le 23 janvier dernier, pourtant central pour les priorités budgétaires et capacitaires américaines, ne comporte aucune référence au continent.

Ce silence stratégique entérine le recentrage de Washington sur l’Asie, jugée prioritaire. En outre, l’administration américaine ne cherche même plus à contenir ses adversaires en Afrique ; elle sait que cette bataille est perdue d’avance. La Russie domine le récit. Dans une enquête d’opinion réalisée entre 2023 et 2024, Vladimir Poutine prend la tête des dirigeants inspirant le plus confiance. La guerre économique avec Pékin est, elle aussi tranchée depuis longtemps. Les échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique représentent aujourd’hui moins d’un quart de ceux entre le continent et la Chine. Washington est également conscient que, malgré leurs positions géographiques et historiques, ses alliés européens sont trop affaiblis pour être en capacité de jouer le rôle d’endiguement de ses concurrents, comme ils l’avaient fait avec le communisme pendant la guerre froide. Une autre époque, quand les élites africaines choyées par l’URSS bénéficiaient de formations dispensées entre autres à l’Université Patrice Lumumba de Moscou : celle d’un matérialisme pur et dur qui combattait l’opium du peuple. Du marxisme au grand retour de la spiritualité…

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La Chine est devenu le premier partenaire stratégique du Niger https://mondafrique.com/decryptage/serie-niger-5-5-la-chine-premier-partenaire-strategique/ Tue, 07 Oct 2025 03:49:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=115835 Le 26 juillet 2023, c’est un coup d’Etat sans coup de feu qui fait tomber le Président Mohamed Bazoum, chose inédite dans le monde et même au Niger. Celui qui s’empare du Président est l’homme chargé de sa sécurité, le général Abdourahamane Tiani, qui commande la Garde Présidentielle. En ce matin de saison des pluies, […]

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Le 26 juillet 2023, c’est un coup d’Etat sans coup de feu qui fait tomber le Président Mohamed Bazoum, chose inédite dans le monde et même au Niger. Celui qui s’empare du Président est l’homme chargé de sa sécurité, le général Abdourahamane Tiani, qui commande la Garde Présidentielle. En ce matin de saison des pluies, nul ne peut encore imaginer les conséquences considérables à venir où l’on voit la place clé de la Chine dans le nouveau jeu nigérien. Pékin consolide sa position de partenaire stratégique grâce à l’exportation du pétrole brut et la promesse d’une croissance à deux chiffres, malgré la crise.

Olivier Vallée et Nathalie Prevost

Lorsque survient le coup d’Etat du 26 juillet 2023, les travaux d’achèvement de l’oléoduc le plus long d’Afrique (près de 2000 km de long) sont quasiment achevés. Le pipeline construit et financé par la Chine a coûté environ 4,5 milliards de dollars. Il doit acheminer le brut extrait à l’est du pays vers la plateforme de Sémè, au Bénin, pour exportation. Cette perspective aiguise les appétits, en particulier au sein du parti socialiste (le Parti nigérien pour la Démocratie et le Socialisme, PNDS) au pouvoir depuis douze ans. Les familles de Mahamadou Issoufou et de Mohamed Bazoum se disputent alors âprement la gouvernance et le business du pétrole.

Pourtant, lorsqu’en 2008 le Président Mamadou Tandja signe avec la Chine, après avoir retiré à l’Américaine Exxon Mobil son permis d’exploitation dont elle ne faisait rien, les opposants socialistes se gaussent de sa promesse. «Ce pétrole, c’est de l’eau !», disent-ils en riant. A l’ambassade de France, à la même époque, on se dit convaincu que ce pétrole nigérien est décidément de piètre qualité, comme pour se consoler d’avoir, comme Exxon Mobil, laissé échapper la concession. Avant d’être chinoise, Agadem avait été couchée sur un permis français, puis américain. Et elle n’a échu à la Chine que parce que ni la France, ni les Etats-Unis ne l’ont mise en valeur.  

La place que la Chine s’est construite au Niger, c’est celle-ci : le dernier recours. La diplomate Aïchatou Mindaoudou, qui a été plusieurs fois ministre de 1995 à 2010, raconte volontiers cette histoire dans les réunions internationales pour rendre justice à Pékin. Au portefeuille des Affaires étrangères de Mamadou Tandja de 1999 à 2010, elle en a été l’un des acteurs.

La solution miracle du manque d’eau à Zinder

«La Chine a toujours été présente aux côtés du Niger sur des dossiers importants pour le gouvernement d’alors: l’approvisionnement en eau de la ville de Zinder, le deuxième pont de Niamey, le pétrole qui, comme l’uranium, tenait à cœur le Président Tandja», a raconté la ministre à Mondafrique.

Le Pont de l’Amitié à Niamey

Le problème d’eau de l’ancienne capitale de l’est, région dont Mamadou Tandja était originaire, semblait insoluble. «Les partenaires nous posaient des conditions financières hors d’atteinte. Le Président y tenait beaucoup et le sujet revenait toujours sur la table du conseil des ministres. Un jour, il s’est impatienté et m’a demandé d’aller ‘voir avec les Chinois.’ Je me suis rendue à Pékin. J’ai rencontré le ministre du Développement économique juste après mon arrivée. Je lui ai transmis la demande du Président Tandja. Le ministre m’a répondu que son pays aussi, à un moment, avait fait face à ces problèmes et qu’il comprenait parfaitement la situation. Le lendemain, nous avons signé un accord de prêt sans intérêt pour financer l’approvisionnement en eau de la ville de Zinder. Pour ce faire, l’équipe chinoise est venue au Niger et a résolu le problème en raccordant la ville à une nappe phréatique qu’ils ont trouvée à 50 km de Zinder. L’année suivante, l’accord de prêt que nous avions signé a été transformé en don. La Chine a souvent eu cette attitude pragmatique dans des dossiers concernant l’amélioration des conditions de vie de nos populations. »

«En ce qui concerne le pétrole, à l’occasion d’un voyage à Washington, le Président Tandja s’est entretenu avec le directeur d’Exxon Mobil et lui a dit ceci : ‘on répète que le Niger est le pays le plus pauvre du monde. J’ai été démocratiquement élu sur la base d’un programme pour améliorer les conditions de vie des populations. Je ne peux pas accepter d’être assis sur du pétrole alors que ma population est pauvre. Je vous donne un délai d’un an pour commencer l’exploitation du pétrole nigérien. Si vous ne faites pas, je me considérerai libre de chercher d’autres partenaires.’ Et l’année suivante, le Président Tandja a envoyé une délégation en Chine pour explorer la possibilité d’exploiter le pétrole», poursuit Mme Mindaoudou.

Un maquis de sociétés chinoises

La raffinerie de Zinder

Quinze ans plus tard, c’est le domaine pétrolier qui fait, plus que jamais, l’actualité. Plusieurs entités chinoises sont désormais impliquées. La société nationale de pétrole chinoise (China National Petroleum Corporation, CNPC) est en charge de la production à Agadem et elle coiffe le raffinage confié à la joint venture sino-nigérienne SORAZ (Société de Raffinage de Zinder). La production et le raffinage ont démarré, modestement, au tout début du premier mandat de Mahamadou Issoufou. La raffinerie de Zinder, une exigence du Président Tandja, permet au Niger de produire sa consommation nationale d’essence, le surplus étant vendu dans les pays voisins. Son rendement est de 20 000 barils/j.

La découverte de réserves beaucoup plus abondantes qu’imaginé initialement a conduit par la suite le Niger à développer avec la CNPC une production de brut pour l’export. Le premier pipeline, qui reliait le site d’Agadem à Zinder, a été prolongé jusqu’au golfe de Guinée. Cette infrastructure a été construite, comme les précédentes, sur financements chinois.

La règle chinoise de non-ingérence dans les affaires intérieures politiques d’un pays tiers s’adapte au contexte et n’ignore pas l’entrelacs d’enjeux que l’accès aux ressources naturelles développe. L’épouvantail d’une implantation russe au Niger aura sans doute dissimulé l’attraction mutuelle de Pékin et de Niamey, enracinée de longue date et relancée à l’aune d’un souverainisme réinventé.

 

Pas d’interférence dans les affaires intérieures

Dès le mois de septembre 2023, l’ambassadeur de Chine au Niger transmet au Premier ministre un message de soutien de son pays et il réaffirme le principe de « non-interférence » de la Chine dans les affaires internes des autres pays. Pékin entend aussi préserver ses intérêts, sans déconnecter sa coopération avec le Niger de son passé.

Après des retards liés au coup d’Etat et au blocage de la frontière avec le Bénin dans le cadre des lourdes sanctions imposées par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, les travaux du pipeline ont pu être achevés et le pétrole injecté à l’intérieur. Le premier tanker et son chargement d’un million de barils ont quitté le port de Sémè le 19 mai. C’est le seul à ce jour, suite à de nombreux épisodes de tension entre Niamey et Cotonou qui ont finalement abouti à l’arrêt de la production. La Chine s’est activée pour tenter de régler le différend. Si la crise n’est pas encore résorbée, elle semble toutefois en voie de règlement. Au-delà de leurs intérêts respectifs, le Niger et le Bénin ne peuvent pas se permettre indéfiniment l’inertie, au risque de perdre leur crédit auprès de la grande puissance chinoise.

Signature à Niamey de l’accord sur la commercialisation du brut, en présence du Premier ministre du Niger

Pékin a également permis au Niger de desserrer l’étau financier résultant des sanctions de la Communauté ouest-africaine. En avril 2024, le Premier ministre Lamine Zeine a négocié directement avec la CNPC une avance sur la part du pétrole revenant à Niamey. La société chinoise a ainsi accordé un prêt de 400 millions de dollars au Niger décidé à lever les hypothèques que les partenaires occidentaux continuaient à poser. Lamine Zeine a transformé l’avance chinoise en un quasi-programme financier de substitution à un accord avec le Fonds monétaire international. Avec Zhou Zuokun, le président de la CNPC, il a signé à Niamey un accord sur la « commercialisation conjointe de pétrole brut » par lequel le Niger confie la commercialisation de sa part à son grand partenaire.

Le Niger remboursera l’avance grâce aux recettes du brut à venir, sur douze mois, avec un taux d’intérêt de 7%. Il s’agit de conditions de financement légèrement au-dessus du marché et en aucun cas d’une aide publique au développement. « Sur les 90 000 barils produits par jour qui seront acheminés vers l’Atlantique via le Bénin, le Niger touchera 25,4% des recettes, soit celles de 22 860 barils par jour », a précisé le général Abdourahamane Tiani, chef du régime militaire au pouvoir, dans une interview télévisée, révélant les termes de l’accord sur la répartition des bénéfices.

L’avance chinoise n’est pas destinée prioritairement à la trésorerie de l’État. Le Premier ministre nigérien a assuré que ces fonds seront dédiés à la défense et à la sécurité du pays, au remboursement de la dette du Niger sur le marché régional des titres publics et à des investissements dans le domaine du développement agricole et de l’offre médicale. Une fois de plus, Pékin démontre sa capacité d’intervention décisive et rapide, dans un contexte apparemment bloqué.

Le fusil et la diplomatie

Début juin 2024, le ministre nigérien de la Défense, le général Salifou Modi, s’est rendu en Chine en vue d’y dessiner un large partenariat stratégique débordant les questions sécuritaires qu’il pilote d’habitude et correspondant aux trois priorités du gouvernement : défense, agriculture et santé. Sur ces trois questions, le Niger espère que le partenaire chinois fera mieux que ses prédécesseurs européens et américains.

C’est ainsi, rapporte la télévision nationale, que le général Modi a pu mener des entretiens bilatéraux et visiter des industries de la défense et du secteur du pétrole et se rendre au camp de production agricole et de construction de Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine.

Visite de Salifou Modi en Chine

Au ministère des Affaires étrangères, la délégation nigérienne a été reçue par le vice-ministre chargé de l’Afrique, Chen Xiadong. A nouveau, le renforcement « de la coopération multisectorielle » a été souhaité, le Chinois saluant et félicitant « les efforts du gouvernement nigérien pour les initiatives développées pour briser l’isolement et le blocus imposés au Niger au lendemain de l’avènement du CNSP au pouvoir. » 

Salifou Modi a ensuite enchaîné sur une série de visites des industries de production de la défense et du pétrole, retrouvant ses préoccupations habituelles.  

Plus étonnant, la délégation nigérienne s’est rendue dans le nord-ouest de la Chine, à Urumqi, où elle a rencontré, le 5 juin, la 8e division du corps d’armée de production agricole et de construction de Xinjiang. Le Xinjiang, région désertique du nord-ouest, est le berceau des Ouigours musulmans. En 1954, la Chine y a créé une unité paramilitaire, le Corps de production et de construction du Xinjiang, souvent appelé Bingtuan, dans la tradition des soldats agriculteurs des frontières. Au fil du temps, les régiments agricoles ont étendu leurs activités agricoles, industrielles et de soutien logistique, notamment par de grandes campagnes de  défrichement, allant jusqu’à occuper plus de deux millions de personnes. Cette expérience pourrait-elle être répliquée aux zones frontalières exposées aux assauts djihadistes ? 

Certains observateurs, pas toujours bien intentionnés, ont estimé que l’exportation de pétrole via l’oléoduc était la ligne de vie du Niger. Certes, c’est une ressource appréciable mais il ne faut pas exclure que la Chine, au-delà de l’image bienfaisante d’amie de la paix, compte poursuivre la relation avec le Niger dans plusieurs autres domaines, car les 100 000 barils par jour du Niger comptent peu dans la masse de l’approvisionnement pétrolier chinois.

Le dragon chinois a réussi à passer en dessous des radars de nombreuses institutions sauf peut-être de l’ambassade américaine de Niamey qui, en 2020, comptait la Chine comme le deuxième investisseur extérieur au Niger. En effet, si le pétrole attire l’attention aujourd’hui, l’uranium mobilise la Chine depuis longtemps.

La saga nucléaire

En 2007, la société d’État China National Nuclear Corporation (CNNC) scelle un partenariat avec le gouvernement nigérien pour développer la mine d’uranium d’Azelik, dans le nord du pays. Après un début d’exploitation, le projet est stoppé suite à la catastrophe de Fukushima et la chute des cours du minerai. En juillet 2023, China Nuclear International Uranium Corporation accepte de reprendre l’exploitation de la mine au profit de l’industrie nucléaire chinoise. Pour l’instant, le port d’évacuation du métal fissile serait au Bénin. Une raison de plus de ne pas compromettre la relation avec Cotonou.

Il plait à la diplomatie chinoise de voir reconnu son rôle de médiateur neutre en face de la menace et de l’agressivité européennes. Mais il s’agit aussi de ne pas mettre en péril une stratégie de l’uranium déployée depuis 1990. Il ne fut pas aisé pour China National Nuclear Corporation (CNNC) d’arracher la mine d’Azelik en 2007, du temps de la suprématie d’Areva sur la région.

En janvier 2008, alors que l’uranium va mal, la Chine devient le partenaire de référence pour le pétrole du Niger. C’est PetroChina qui va extraire le pétrole régi par un contrat de partage de production (CPP) avec la partie nigérienne. Dans le cadre global de ce partenariat entre les deux pays, la raffinerie de Zinder est construite à la demande du président Tandja, à 460 kilomètres du gisement pétrolier. Un premier oléoduc voit le jour. En 2019, PetroChina signe un accord avec l’État du Niger pour la réalisation du pipeline géré et édifié par WAPCO. Avant même la sortie du brut par le Bénin, grâce à la raffinerie, le Niger était devenu un pays exportateur de produits pétroliers et de gaz liquéfié, en particulier vers son voisin nigérian, tandis que Zinder bénéficiait de la centrale électrique construite par les Chinois.

Le réacteur ?

Les montants investis directement par la Chine comme ceux prêtés par diverses entités des secteurs de l’uranium et des hydrocarbures sont très élevés. La patience de la Chine avec les précédents gouvernements du Niger en matière de gestion et de remboursement reflète sa constance dans la conduite d’une stratégie à bas bruit. En 2022, plus d’une trentaine de permis d’exploration et d’exploitation de mines d’uranium avaient été accordés par le gouvernement de Mohamed Bazoum. La nouvelle équipe au pouvoir depuis juillet 2023 entend les redistribuer à ceux qui ont su apporter leur soutien dans le passé et qui, à présent, partagent l’avenir. Malgré les annonces du Russe Rosatom, il semble bien que la Chine sera la première bénéficiaire des licences minières, y compris pour le lithium et d’autres minerais rares.

Loin d’avoir été ébranlée par le coup d’État, la présence chinoise semble chercher à Niamey un centre de gravité entre sécurité des investissements et rayonnement sur la région. 

Seyni Kountché lors d’une visite en Chine

Les relations entre la Chine et le Niger remontent au régime d’exception du colonel Seyni Kountché, en 1974. Elles n’ont été interrompues que suite à la reconnaissance de Taïwan par le gouvernement de transition de Cheiffou Amadou, après la Conférence nationale. Le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de ce gouvernement était Mohamed Bazoum. Quand les relations avec la Chine ont repris, avec l’élection de Mamadou Tandja, en 1999, «le Président a renoué tout simplement pour rester dans la continuité de la position nigérienne, comme il nous a instruit de le faire sur le Sahara occidental», explique Aïchatou Mindaoudou.

Au coeur des turbulences du grand jeu mondial au Sahel, la Chine incarne ainsi pour le Niger un pôle de stabilité rassurant, y compris en tant que grande puissance siégeant au Conseil de sécurité.

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TikTok favorise la diffusion de la musique arabe https://mondafrique.com/loisirs-culture/tiktok-favorise-la-diffusion-de-la-musique-arabe/ Sun, 13 Jul 2025 07:20:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=88644 Pour la musique arabe contemporaine, il y a un avant et un après TikTok.  Dans la région MENA (Moyen Orient, Afrique du Nord), plusieurs artistes arabes ont atteint une dimension internationale grâce  à la plateforme Tik Tok. L’artiste palestinien Saint Levant produit régulièrement des vidéos spécialement conçues pour Tik Tok.  Yassmin Ibrahim utilise la plate-forme […]

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Pour la musique arabe contemporaine, il y a un avant et un après TikTok. 

CULVER CITY, CA – OCTOBER 13: General view of the TikTok headquarters on October 13, 2020 in Culver City, California. (Photo by AaronP/Bauer-Griffin/GC Images)

Dans la région MENA (Moyen Orient, Afrique du Nord), plusieurs artistes arabes ont atteint une dimension internationale grâce  à la plateforme Tik Tok. L’artiste palestinien Saint Levant produit régulièrement des vidéos spécialement conçues pour Tik Tok.  Yassmin Ibrahim utilise la plate-forme pour effectuer des interprétations acoustiques mais aussi pour se construire un personnage décontracté capable d’humour sur lui-même.

Elyanna, une chanteuse palestino-chilienne, qui a commencé sur TikTok, se produira aux Etats Unis, au festival de Coachella qui va débuter le mois prochain.  Elle sera la première interprète orientale à interpréter ses chansons entièrement en arabe sur la scène principale du festival. Cette aartistefait partie d’une nouvelle génération d’interprètes qui, grâce à Tk Tok, font connaître la musique arabe au-delà des frontières géographique de leur pays d’origine. 

Le rappeur tunisien Balti a collaboré avec Elyanna sur la chanson à succès « Ghareeb Alay », et ont tous deux gagné en popularité, tandis que d’autres artistes arabes et de la diaspora expérimentent également de nouveaux sons et styles.

En utilisant des hashtag populaires tels que #arabicmusic ou #arabictiktok, les jeunes du monde entier peuvent découvrir et partager la musique arabe avec un large public. Les videos courtes, filmées verticalement qui répondent à la capacité d’attention (courte) des jeunes générations a permis à des artistes de toucher un large public arabe/musulman, mais aussi au-delà.

26 millions d’utilisateurs en Arabie

Turquie, Arabie saoudite, Égypte, Irak fournissent les plus grosses audiences musicales de TikTok, avec les États-Unis et l’Indonésie. Rien qu’en Arabie saoudite, l’application compte 26,39 millions d’utilisateurs, soit le plus grand nombre de la région. L’Irak et l’Égypte comptent tous deux plus de 23 millions d’utilisateurs, tandis que les Émirats arabes unis en comptent près de 6 millions.

Des artistes pop et de mahraganat (musique électro égyptienne très écoutée) comme Mohamed Ramadan ou Omar Kamal, des étoiles montantes comme Yassmin Ibrahim et les musiciens de Bsmalla Alaa… tous se tournent vers TikTok qui leur assure des audiences surmultipliées 

La musique arabe e Israel

L’industrie mondiale de la musique assiste à ce brutal changement de perspective qui  voit la musique arabe la plus récente franchir les frontières. 

Le journal israélien Haaretz note une percée de la musique arabe en Israël grâce à TikTok. « Les chansons « Wesh Jabak », du chanteur libyen Joudy Alhouti, et « Bum Bum », de Mohamed Ramadan , ont lancé la tendance l’été dernier. Et le dernier exemple en date est « Baby » avec la chanteuse libanaise Sara Al Zakaria, qui a conquis le TikTok local ces derniers mois. De jeunes hommes et femmes israéliens, y compris des femmes soldats, peuvent être vus en train de réciter la chanson sans réfléchir sur le site. Ils sourient à la caméra, dansent avec leurs amis – parfois en uniforme et portant leurs armes ; d’autres fois à la maison ou lors de fêtes. Même des femmes juives visiblement religieuses, les cheveux couverts, se joignent à la fête. »

« Hassan El Shafei  » doit beaucoup à TikTok
« Hassan El Shafei « 

La coupe du Monde au Qatar

Tik Tok n’est pas seul en cause dans ce grand franchissement des barrières. Des événements mondiaux comme la Coupe du monde au Qatar ont servi de puissant vecteur d’exportation de la musique arabe vers un public plus large. Des artistes locaux chantent et célèbrent la compétition et peuvent ainsi acquérir une notoriété qui va au delà des frontières de leur pays.

Netflix offre également la possibilité aux musiciens arabes de mettre en avant leurs créations dans ses séries originales ou documentaires musicaux consacrés à la scène musicale arabe tels que « Jinn », « Hassan El Shafei  » ou encore « Hip Hop Na ». Ces productions peuvent aider à promouvoir différents genres et styles musicaux auprès d’un public international.

Les plateformes de streaming telles que Spotify et Anghami ont aussi rendu plus accessible la musique arabe et ont brisé les barrières conventionnelles de cultures musicales liées à un territoire ethnique ou anthropologique. 

La musique arabe, via les plates formes sociales internationales, vont-elels modifier en profondeur les très conservatrices sociétés islamiques?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’ombre de la Chine derrière le conflit entre Israël et l’Iran https://mondafrique.com/moyen-orient/lombre-de-la-chine-derriere-le-conflit-entre-israel-et-iran/ Tue, 17 Jun 2025 04:30:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=135755 Sur son site, l’ancien journaliste du Monde, Yves Mamou, explique à auel point la Chine s’inquiète de l’affaiblissement de l’Iran. X (ex-Twitter) regorge d’informations sur de mystérieux avions-cargos chinois délivrant de non moins mystérieuses fournitures militaires à Téhéran Nepal Correspondence affirme que « des avions chinois ont été repérés survolant le #Turkménistan, s’approchant de l’espace aérien iranien […]

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Sur son site, l’ancien journaliste du Monde, Yves Mamou, explique à auel point la Chine s’inquiète de l’affaiblissement de l’Iran. X (ex-Twitter) regorge d’informations sur de mystérieux avions-cargos chinois délivrant de non moins mystérieuses fournitures militaires à Téhéran

  • Nepal Correspondence affirme que « des avions chinois ont été repérés survolant le #Turkménistan, s’approchant de l’espace aérien iranien avant d’éteindre leurs transpondeurs, transportant vraisemblablement du matériel militaire vers l’#Iran ».

  • @VerumReports affirme : « DERNIÈRE MINUTE : UN AVION CARGO CHINOIS S’ENVOLE POUR L’IRAN AVEC DU MATÉRIEL INCONNU ».

  • L’influenceur SANTINO @MichaelSCollura indique, lui, que « la Chine envoie officiellement des missiles, des avions et des drones avec du carburant pour aider l’Iran dans sa guerre contre Israël ».

  • Ces « mystérieux avions-cargos chinois » sont aussi mis en avant – photos à l’appui, souvent – par différents acteurs sur les réseaux sociaux comme Rabbi E. Poupko, Ravinder KapoorAhmed Ghazali… et quelques dizaines d’autres.

Une guerre à l’ombre des géants

La Chine ne peut être indifférente au sort d’un pays qui lui fournit l’essentiel de son énergie fossile et qui s’équipe en missiles, en carburant pour missiles et en pièces de rechange à Pékin.

Les communistes chinois ne portent aucune affection aux islamistes (chiites ou sunnites), et les Ouïghours de la province chinoise du Xinjiang en savent quelque chose : ils sont battus, affamés et torturés dans des camps de concentration sans que le monde musulman s’en émeuve.

Mais, sur le plan diplomatique, la Chine est un allié de la République Islamique d’Iran. Au premier jour, le 13 juinla Chine a condamné l’attaque israélienne sur l’Iran et appelé à une «désescalade ».

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La Chine contribue à l’effort de guerre iranien.

Déjà, quelques jours avant les frappes israéliennes, le Wall Street Journal révélait le 5 juin que « l’Iran a commandé des milliers de tonnes d’ingrédients pour missiles balistiques à la Chine (…) Des cargaisons de perchlorate d’ammonium devraient arriver en Iran dans les prochains mois et pourraient alimenter des centaines de missiles balistiques. Une partie de ce matériel serait probablement envoyée aux milices de la région alliées à l’Iran, notamment aux Houthis au Yémen », a précisé le quotidien américain.

Le Times of Israël affirmait que les quantités commandées correspondaient à la fabrication d’environ 800 missiles.

CNN avait déjà révélé qu’en février 2025, « deux navires iraniens, dont l’un transportait 1 000 tonnes d’un produit chimique de fabrication chinoise, potentiellement un composant essentiel du carburant du programme de missiles militaires iranien, ont jeté l’ancre jeudi devant le port iranien de Bandar Abbas ». Ces expéditions répétées indiquent une « relation d’approvisionnement continue plutôt qu’une transaction ponctuelle », indique le WSJ.

En avril, tout ou partie de ce carburant a explosé, sans que personne à l’époque ne fasse explicitement allusion à une attaque ou un sabotage.

Ces achats et cette explosion ont eu lieu au moment même où l’Iran négociait avec le délégué américain Steve Witkoff un arrêt de son programme d’enrichissement.

Gordon Chang, expert de la Chine et chroniqueur du Gatestone Institute, a affirmé sur Fox Business que « les Chinois… sont en train de perdre leur mandataire, l’Iran. L’Iran accomplit les objectifs de politique étrangère de la Chine depuis un certain temps déjà. Et la politique chinoise au Moyen-Orient est en plein désarroi ».
« …la Chine subit une perte terrible au Moyen-Orient », a-t-il poursuivi. « Elle ne se laissera pas faire, et elle incitera probablement l’Iran ou un autre pays à nous attaquer. »

En 2021, la Chine a signé un partenariat stratégique de 25 ans avec l’Iran. Pendant des années, la Chine a bravé les sanctions américaines qui pesaient sur l’Iran et acheté du pétrole iranien à des prix très favorables par rapport aux cours mondiaux. Selon « Iran Tanker Tracker », un site qui compile mensuellement les exportations de brut iranien, la Chine a acheté en mai 430 000 barils par jour.

En 2023, la Chine a joué un rôle majeur dans la signature d’un accord entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

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La Chine se délecte du tango entre Poutine et Trump https://mondafrique.com/international/la-chine-se-delecte-du-tango-entre-poutine-et-trump/ Thu, 03 Apr 2025 02:25:54 +0000 https://mondafrique.com/?p=131058 Les Chinois se tiennent volontairement à distance du grand cirque diplomatique entamé dès le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025. Ils n’aiment pas l’imprévisibilité et les sautes d’humeur, ayant toujours préféré, en matière de relations internationales, les chorégraphies harmonieuses, parfaitement réglées à l’avance. Une chronique de Renaud Girard du Figaro […]

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Les Chinois se tiennent volontairement à distance du grand cirque diplomatique entamé dès le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025. Ils n’aiment pas l’imprévisibilité et les sautes d’humeur, ayant toujours préféré, en matière de relations internationales, les chorégraphies harmonieuses, parfaitement réglées à l’avance.

Une chronique de Renaud Girard du Figaro que nous publions avec son aimable autorisation

Temporairement en retrait, la Chine n’est bien sûr pas totalement absente de la scène internationale. Le 31 mars 2025, son ministre des affaires étrangères, Wang Yi, a fait le déplacement de Moscou, pour s’entretenir de la guerre en Ukraine avec Sergueï Lavrov, le ministres russe des affaires étrangères.

L’alliance russo-chinoise ne s’est jamais aussi bien portée. Le président chinois Xi Jinping a prévu d’assister à Moscou, le 9 mai 2025, à la grande parade militaire sur la Place Rouge de célébration du 80ème anniversaire de la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie. Quant au président russe Vladimir Poutine, il a prévu un voyage officiel en Chine à la fin du mois d’août 2025.

L’alliance sino-russe est fondée sur trois piliers : la détestation commune de la prétention occidentale à donner des leçons de droits de l’homme ; l’approvisionnement de la Chine en hydrocarbures russes à des prix défiant toute concurrence ; l’approvisionnement par les Chinois de la Russie en produits manufacturés qu’elle ne pourrait pas trouver ailleurs en raison des sanctions occidentales décrétées contre elle après son invasion militaire de l’Ukraine en février 2022.

Aujourd’hui, la Chine se délecte de l’actuel tango diplomatique américano-russe. D’abord parce qu’il est chaotique et donc amusant à regarder. Un jour, Trump dit publiquement que Poutine est un homme charmant, victime d’une injuste chasse aux sorcières occidentale. Le lendemain, quand il devient évident que Poutine traîne les pieds face à la proposition de cessez-le-feu en Ukraine que lui propose l’Amérique, Trump menace la Russie de sanctions commerciales supplémentaires : tout pays acheteur d’hydrocarbures russes se verrait interdire tout commerce avec les Etats-Unis. La Chine se délecte du spectacle de l’impatience puérile du président américain, se cognant sur le cynisme tranquille du maître du Kremlin qui, lui, semble avoir tout son temps pour négocier, non sans accumuler les conditions.

Deuxième raison de la délectation chinoise, Pékin comprend parfaitement quel avantage, en termes d’image, l’empire du milieu est en train de prendre sur l’empire américain, auprès des autres nations du monde. Autant la démocratie américaine donne d’elle-même une image chaotique, autant la dictature communiste chinoise se pare des atours de la stabilité. A Washington, on voit les nouveaux dirigeants américains démanteler leurs réseaux d’influence à l’étranger (tel l’USAID), vociférer publiquement contre leurs alliés européens historiques (tel le Danemark ou le Canada), voter avec la Russie et la Corée du nord à l’Onu, et parler d’un troisième mandat présidentiel pour Trump.

Les vieux sages chinois

A Pékin, les dirigeants chinois donnent d’eux-mêmes une image de calme, de réflexion, de stratégie à long terme. Ce 1er avril, la Chine a commencé la grande réforme de ses forces armées. Il s’agit pour la Chine de réellement préparer au combat son APL (Armée populaire de libération). Combat contre qui ? Les textes officiels ne le disent pas, mais tout le monde a en tête la prise par la force de l’île de Taïwan.

En 2025, la Chine va accroître de 7,2 % son budget militaire, la même progression qu’en 2024. En deux ans, la flotte de guerre chinoise s’accroît de l’équivalent de la totalité du tonnage de la Marine nationale française. Les stratèges du ministère taïwanais de la défense estiment que la Chine continentale envisagerait une opération amphibie contre leur île dès l’année 2027. Est-on sûr que l’Amérique enverrait alors sa flotte combattre dans le détroit de Formose, en faveur de la liberté des Taïwanais ?

La zone Indo-Pacifique

Beaucoup d’observateurs occidentaux pensent qu’en normalisant leurs relations avec la Russie, les Américains cherchent à créer un condominium d’où serait écartés les Chinois. C’est possible que Donald Trump ait cette idée en tête. En visite au quartier général de l’Otan, le nouveau secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a expliqué aux Européens médusés que la priorité stratégique américaine n’était plus la défense de la zone Atlantique – que les Européens devaient défendre eux-mêmes -, mais celle de la zone Indo-Pacifique.

Il est évident que pour l’emporter dans leur rivalité systémique contre Pékin, les Américains ont intérêt à dissocier les Russes des Chinois. Poutine se prête provisoirement à ce jeu, en proposant tacitement un partage du grand nord avec les Américains, comme il l’a fait lors de son discours à Mourmansk du 29 mars 2025, devant les marins russes. Le jeu du président russe est en réalité à très court terme ; il cherche à obtenir le maximum de concessions américaines sur l’Ukraine, car il a besoin, face à son opinion publique, des apparences d’une victoire éclatante sur Zélensky.

Mais Poutine sait très bien que la politique américaine est changeante et que les choses peuvent se retourner très rapidement contre lui. Le président russe ne lâchera pas la proie (sa solide alliance politico-économique avec Pékin) pour l’ombre (la nouvelle amitié avec les ultra-conservateurs de Washington).

Quand il voit l’empire américain s’affaiblir en se détachant de ses alliés européens, le dragon chinois se délecte, sans même bouger la queue .

(Chronique internationale du Figaro du mardi 1er avril 2025)

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Sommet Chine Afrique (3), Pékin promet d’investir 51 milliards de dollars https://mondafrique.com/international/sommet-chine-afrique-3-pekin-promet-dinvestir-51-milliards-de-dollars/ Thu, 05 Sep 2024 09:02:41 +0000 https://mondafrique.com/?p=117604 Le président chinois Xi Jinping, a déclaré jeudi, à l’ouverture à Pékin du sommet 2024 du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA), que son pays était disposé à travailler avec l’Afrique pour mettre en œuvre dix plans d’action de partenariat au cours des trois prochaines années, afin de promouvoir la modernisation. Il a promis 50 […]

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Le président chinois Xi Jinping, a déclaré jeudi, à l’ouverture à Pékin du sommet 2024 du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA), que son pays était disposé à travailler avec l’Afrique pour mettre en œuvre dix plans d’action de partenariat au cours des trois prochaines années, afin de promouvoir la modernisation. Il a promis 50 millions de dollars pour créer un million d’emplois.

Un tiers de la population mondiale vit en Chine et en Afrique. « Il n’y aura pas de modernisation mondiale sans modernisation de la Chine et de l’Afrique », a affirmé le Président chinois  dans son discours inaugural. 

Les dix plans d’action de partenariat couvriront les domaines de l’apprentissage mutuel entre les civilisations, de la prospérité du commerce, de la coopération sur la chaîne industrielle, de la connectivité, de la coopération au développement, de la santé, de l’agriculture et des moyens de subsistance, des échanges culturels et entre les personnes, du développement vert et de la sécurité commune, a-t-il énuméré. La vision chinoise du développement du continent repose, en effet, sur trois axes : l’industrialisation, la modernisation de l’agriculture et le développement des talents.

Ouverture du Forum de coopération Chine-Afrique le 5 septembre à Pékin

Le Président chinois a dit vouloir relever les relations sino-africaines au niveau de communauté d’avenir partagé Chine-Afrique. Il a également proposé de porter au niveau stratégique les relations bilatérales entre la Chine et tous les pays africains ayant des relations diplomatiques avec elle. La coopération Sud-Sud est une grande priorité dans la coopération de la Chine, qui veut rééquilibrer les rapports de force mondiaux au Sud et renforcer son influence diplomatique dans l’arène globale. 

« La meilleure période de l’histoire »

Grâce à près de sept décennies d’efforts assidus, les relations sino-africaines se trouvent aujourd’hui dans la meilleure période de l’histoire, a affirmé Xi Jinping.  

Selon l’agence nationale de presse Xinhua, la Chine est devenue, en 2023, le partenaire commercial le plus important de l’Afrique sur quinze années consécutives, avec une augmentation rapide du volume des importations et des exportations. Selon les dernières données de l’Administration générale des douanes (AGD) de Chine publiées lundi, le commerce entre la Chine et l’Afrique a augmenté de 5,5% en glissement annuel à 1 190 milliards de yuans (166,6 milliards de dollars) de janvier à juillet 2024, soit un record historique pour la même période.

De 2000 à 2023, les échanges commerciaux ont progressé de moins de 100 milliards de yuans (environ 14,08 milliards de dollars) à 1 980 milliards de yuans, avec un taux de croissance annuel moyen de 17,2%, selon la douane chinoise. 

Les exportations chinoises de navires, d’automobiles et de turbines éoliennes vers l’Afrique ont respectivement augmenté de 44,8%, 35,8% et 253,1% en base annuelle au cours de la période. Dans le même temps, les importations chinoises de sésame, de tabac jaune et de noix de macadamia en provenance d’Afrique ont respectivement augmenté de 38,8%, 32,7% et 106,2% par rapport à l’année précédente.

Plus de 50 dirigeants africains participent à ce sommet, qui marque l’influence accrue de la Chine sur le continent, dans un contexte de désamour à l’égard de l’Occident et de sa politique de coopération, souvent perçue comme paternaliste et dirigiste. 

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Sommet Chine Afrique (2), les mercenaires chinois à l’assaut https://mondafrique.com/international/chine-afrique-iii-les-societes-privees-a-lassaut/ Thu, 05 Sep 2024 06:26:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=39295 Ce 4 septembre s’ouvre à Pékin la neuvième édition du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac). L’Afrique se révèle incontournable dans l’ambitieuse initiative chinoise “la Ceinture et la Route”. La presse africaine note l’empressement des pays africains à participer à cette grand messe où cinquante chefs d’état se sont rendus. Mais le continent africain pris à […]

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Ce 4 septembre s’ouvre à Pékin la neuvième édition du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac). L’Afrique se révèle incontournable dans l’ambitieuse initiative chinoise “la Ceinture et la Route”. La presse africaine note l’empressement des pays africains à participer à cette grand messe où cinquante chefs d’état se sont rendus. Mais le continent africain pris à la gorge par son endettement à l’égard de la Chine appelle à un rééquilibrage des relations avec le géant mondial.

Une certitude, la Chine qui refuse de s’impliquer sur le fonctionnement interne des régimes africains développe une stratégie militaire agressive, commenous l’avons vu dans un précédent papier (voir ci dessous). On assiste à un développement des sociétés privées de sécurité sur l’initiaitive de pékin comme c’est le cas pour Blackwater, le mercenaire américain associé aux Chinois

Une enquête de Michael Pauron

La Chine, qui compte plus de 5000 entreprises et des millions de travailleurs sur le continent, est de plus en plus exposée aux menaces, comme le terrorisme et le banditisme. Depuis une dizaine d’années, ses ressortissants sont d’ailleurs régulièrement pris pour cible. En 2011, l’APL a dû évacuer 35 000 chinois de Libye. En 2015, elle a renouvelé l’opération au Yémen, pour 600 de ses compatriotes. La même année, trois d’entre eux ont été tués lors d’une attaque dans un hôtel, à Bamako.

Plusieurs mineurs ont été enlevés au Nigeria en 2016 et en 2019. Pendant la crise du Covid19, alors que la Chine a été accusée d’être responsable de la pandémie, les relations entre les locaux et les ressortissants chinois se sont tendues, et trois entrepreneurs ont été assassinés à Lusaka, capitale de la Zambie, au cours du week-end des 23 et 24 mai 2020.

Beaucoup d’anciens militaires

Ces évènements ont poussé Pékin à réagir. Non seulement l’APL s’est déployée sur le terrain à plusieurs reprises, mais la sécurité privée est encouragée à se développer. Déjà bien occupé par les Américains, les Israéliens, les Russes et les Sud-africains, ce marché attire des acteurs chinois, qui ont l’avantage d’être jusqu’à douze fois moins chers.

La plupart des dirigeants de ces sociétés sont issus de la sécurité publique, et leurs liens avec l’État chinois ne sont pas très clairs, bien qu’ils soient supposés importants. « En ce qui concerne le recrutement, la pratique d’employer d’anciens militaires par les sociétés chinoises est la norme tout comme elle l’est dans le reste de l’industrie mondiale de la sécurité », précise une étude du Cari sur le sujet publié en mars 2020. Et, comme dans tous les autres domaines, les États-Unis y verraient une menace : « Les principaux acteurs américains craignent que, dans un avenir pas trop lointain, le marché chinois de la sécurité ne fournisse des concurrents mondiaux, comme cela s’est déjà produit dans plusieurs secteurs industriels chinois », poursuit le Cari.

Parmi les sociétés déjà actives, la société HXZA se concentre sur la sécurité maritime, en particulier le long de la côte est-africaine. Toujours selon l’étude du Cari, « les principaux services de HXZA comprennent la sécurité maritime armée, la réponse aux kidnappings, la protection des cadres, la sécurité statique des sites, la formation à la sécurité, l’évaluation des risques et l’intégration des technologies de sécurité. L’expansion de HXZA à l’étranger a été déclenchée par l’exigence de suivre le processus d’internationalisation de ses clients chinois, en particulier les entreprises publiques dans les secteurs de l’extraction de pétrole et de gaz. »

L’irruption de Blackwater

Un autre acteur s’est fait particulièrement remarqué. Considéré comme l’un des principaux  mercenaires américains, Erik Prince, le fondateur de Blackwater, a créé à Hong Kong Frontier Services Group (FSG), en partenariat avec le conglomérat financier chinois CITIC group. Doté d’un bureau à Pékin, FSG est arrivé en 2014 au Soudan du Sud, où l’entreprise soutient le secteur extractif chinois. En 2018, le périmètre d’activité de FSG s’est élargi avec le projet de construction de centres de formation à destination des entreprises chinoises de sécurité privée. L’étude du Cari estime que,« FSG devrait tirer parti de l’expansion économique de la Chine en Afrique et de leurs besoins de sécurité. »

Les activités de coopération entre la Chine et FSG en Afrique iraient de la sécurité en Somalie, à la gestion d’évacuations sanitaires par les airs à partir du Kenya, en passant par le soutien aux opérations minières chinoises en RD Congo et en Guinée. Mais les experts alertent sur les risques du développement de cette nouvelle activité chinoise, qui pourrait conduire certaines sociétés privées paramilitaires à nourrir des conflits et développer le trafic illégal d’armes.  « Les entreprises de sécurité privée sont une réponse à certaines menaces, mais si elles ne sont pas encadrées, elles peuvent attirer d’autres acteurs qui risquent de déclencher des conflits supplémentaires et inattendus », prévient l’étude du Cari.

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