Des élèves du Collège Royal de Curepipe, une institution vénérée au coeur de l’île qui date du début du XIXe siècle, sont accusés de racisme envers les Mauriciens d’origine africaine. Un mauvais signal au sei d’une société connue pour la coexistence harmonieuse entre ses diverses communautés créole, hindoue ou encore asiatique.
Une chronique de Vel MOONIEN
L’île Maurice est témoin depuis quelques jours d’une polémique alors qu’elle fête les célébrations des 55 ans de son indépendance ce dimanche 12 mars. Des membres de la communauté Créole, soit celle des Mauriciens d’origine africaine, s’insurgent contre les paroles d’une chanson « paillarde » scandée par des élèves du Collège Royal de Curepipe le mois dernier. Ces adolescents exprimaient leur joie que leur établissement se soit taillé la part du lion parmi les lauréats au Higher School Certificate, l’équivalent du Bac.
Le Hindou et le Créole caricaturés
Ces élèves sont voués aux gémonies par des personnes proches de l’Eglise catholique et de l’opposition pour cette chanson vieille de six décennies dont les paroles ont été modifiées. Dans cette version, elle sous-entend que le Malbar (Hindou) vend du brède malbar, le Lascar (Musulman) du « halim » – une sorte de soupe faite de farine d’avoir – alors que le Nasyon (Créole) propose plutôt la peau de ses fesses. La direction du collège s’est confondue en excuses mardi, affirmant qu’elle avait interdit cette chanson en prenant connaissance de ces paroles.
Ancien élève du collège, Jean-Maurice Labour, vicaire-général du Diocèse de Port-Louis a annoncé dès le lendemain qu’il boycottera la cérémonie du lever de drapeau vendredi. L’événement a tout de même être annulée en raison de pluies torrentielles, mais le prêtre exige des « réactions proportionnées des autorités », soit « un signal clair » visant à « montrer que ce genre de racisme n’est pas cultivé dans les institutions d’un pays multiculturel ». Deux de ses collègues ont manifesté devant l’établissement vendredi tout un remettant une lettre de protestation au recteur.
Aurore Perraud, enseignante et ancienne ministre de l’Égalité du genre a, elle porté plainte en début de semaine alors qu’un groupe de Mauriciens installés à Paris entend organiser une manifestation pour dénoncer ce qu’ils considèrent être un racisme systémique. Ce genre d’incidents n’est pas nouveau : il y a trois ans, un groupe d’extrémistes hindous a porté plainte contre Pierre Noël, un Mauricien de descendance française, haut cadre au sein d’un groupe sucrier, pour une blague potache sur le personnel et l’équipement à bord d’un appareil d’Air India.
Le « malbar », un terme politiquement incorrect
Il a surtout été critiqué pour avoir utilisé le terme « malbar », largement utilisé à « La Réunion » pour désigner une personne d’origine hindoue. Ce qui est parfois considéré comme péjoratif à Maurice. L’an dernier, la députée de l’opposition, Joanna Bérenger, a été accusée par Kalpana Koonjo-Shah, ministre de l’Égalité des genres d’avoir tenu des propos racistes à l’encontre du Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui appartient à la communauté hindoue. Et cela pour avoir partager un post : « manz bondié kaka diab ». Il s’agit d’un proverbe en créole décrivant un hypocrite.
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