« L’algérianisation » de la Tunisie

La Tunisie qui voici douze ans portait les promesses d’un printemps arabe démocratique est de plus en plus sous l’emprise du pouvoir militaire algérien dont le police politique est omni présente à Tunis et ses recettes pour sortir le pays du chaos de plus en plus en vogue

Sous le règne successivement de l’ex président Bouteflika et de son successeur à la tète du pays, le général et chef d’état major Gaïd Salah, l’Algérie menait une diplomatie aussi sophistiquée que pertinente à l’égard du frère tunisien. Dans ce petit pays qu’Alger a parfois considéré, non sans morgue, comme une de ses wilayas (préfectures), les dirigeants algériens encouragèrent après 2011 la participation minoritaire au pouvoir du mouvement Ennhadha.

Cette bienveillance pour les religieux s’explique par au moins trois raisons: la première est une doctrine politique assez constante qui vit le pouvoir algérien  diviser la mouvance fondamentaliste afin de s’appuyer sur ses éléments les plus modérés. La seconde raison est l’estime dans laquelle Bouteflika comme Gaïd Salah tenaient le leader des islamistes tunisiens, Rached Ghannouchi, dont l’intelligence politique et le charisme sont incontestables. La troisième motivation du pouvoir algérien aura été la volonté de contrer, via ce rapprochement avec Ennhadha, la possible influence en Tunisie et en Libye des Émiratis et des Égyptiens qui vouent, eux, une haine tenace pour tout ce qui ressemble à un Frère Musulman.

Changement de cap 

Cette époque est révolue. Les trois années de mobilisation du Hirak  qui ont ébranlé le pouvoir militaire algérien ainsi que le retour récent au pouvoir en Algérie de puissants cadres de l’ex DRS, les services secrets qui ont appliqué une répression féroce contre les partis religieux durant ce qu’on a appelé les années noires. Autant de raisons de changer du tout au tout leur politique à l’égard de la Tunisie et d’encourager le président Kaïs Saied à tourner le dos aux libertés publiques et à tourner le dos à la démocratie.

Le chef de l’Etat tunisien, qui n’excelle que sur l le terrain institutionne, a copié sans fierté ni inspiration la propagande la plus éculée des généraux algériens. Bon élève, Kaïs Saïed voue désormais aux gémonies toutes les ONG et autres mouvements humanitaires et voit la main de l’étranger dans la moindre opposition à son régime devenu autoritaire.

Pour complaire à ses amis et voisins, on a même vu le président tunisien recevoir avec tous les honneurs le leader du Polisario avant d’accueillir, cet hiver, une délégation russe de haut niveau en partance pour le Maroc. Cette alliance de la Tunisie et  de l’Algérie, deux pays liés par un accord de Défense, s’est traduite pour le meilleur par une aide économique massive à un État qui n’assure plus ses fins de mois et pour le pire par une présence accrue à Tunis des services secrets algériens.

Ce que perçoit mal ce Président enfermé dans son Palais de Carthage sans véritables interlocuteurs et une cheffe de cabinet comme Première ministre, c’est qu’un nationalisme subtil mais bien vivant anime le peuple tunisien, y compris ses élites qu’elles soient sécuritaires ou politiques. Ce que feu le général Ben Ali avait parfaitement apprécié lorsqu’il s’était rapproché d’abord de l’Irak de Saddam Hussein puis de la Libye de Khadafi, en jouant de la fibre nationaliste arabe qui traverse ce peuple moins occidentalisé qu’il n’en donne l’impression. 

 L’image d’un Kais Saied sous la coupe des Algériens  devrait, les pénuries aidant, isoler encore un peu plus le Président tunisien

Tunisie, le peuple dans la rue et un Président totalement isolé

 

Article précédentUn rapport sur « le pain de la colère » au Maghreb (volet 1)
Article suivantLa posture guerrière du Polisario
Nicolas Beau
Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

9 Commentaires

  1. Un petit rappel. Sous la dictature de Ben Ali, la Tunisie était fréquentable par les « démocraties occidentales ». Le tourisme, l’agriculture et quelques services lui garantissait une rentrée en devises pour vivre. Depuis la Covid et la crise mondiale, la Tunisie s’est retrouvée isolée et bannie surtout sous la présidence de Kaïs Saëd. La Tunisie se retrouve dans une situation telle qu’elle ne peut même pas garantir ses prêts. Plus aucun pays n’aide la Tunisie dont l’économie est exsangue et les finances à bout. L’Algérie vient en aide à la Tunisie et tout le monde crie à l’Algérianisation de cette dernière. Tout ceux qui critiquent cela, n’ont qu’à prêter de l’argent à la Tunisie au lieu de critiquer l’Algérie. L’Algérie a toujours été présente quand la Tunisie en avait besoin et elle ne va pas arrêter de le faire car nous croyons à notre destin commun avec ce pays, n’en déplaise à certains.

  2. Bonjour,
    Je reviens une autre fois, même si on va dire que j’exagère, sur l’échange avec N. Beau (i n’est pas le seul) où il m’avait répondu « Je ne pense pas qu’Algérie Patriotique soit une ource « objective » de ce qui se passe au Maghreb
    Bien à vous N Beau »
    Je lui prouve que finalement Algérie Patriotique je ne le défend pas mais remettre les pendules à l’heure) est le seul journal objectif et le premier à divulguer le « Marocgate ».
    Pour preuve le grand journal Le monde du mardi 24 janvier 2023 a présenté cette affaire sur 2 pages la 4 et la 5. En plus du maroc, il a aussi parlé du Qatar. Voici le début du texte sur le Marocgate :

    « Le gouvernement Marocain aussi a longtemps été friand de cette manière d’exercer un soft power. Le groupe d’amitié UE-Maroc a pu compter sur l’engagement sans faille du Français Gilles Pargneaux. Élu à Strasbourg de 200 à 2019. Reçu à plusieurs reprises dans le royaume chérifien, plusieurs fois décoré par le palais, l’ex-eurodéputé socialiste a notamment défendu la position marocaine sur le Sahara Occidental, ce territoire que revendique également le Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Selon l’humanité, il était en contact avec une espionne marocaine présumée, Kaoutar Fal, expulsée de Belgique en 2008.
    Sur Twiter le 14 décembre 2022, son ancienne collègue portugaise Ana Gomes l’a décrit comme « le lobbyiste le plus forcené du Maroc ; Il se présenté lui-même comme le « conseiller de sa majesté le roi » ». Aujourd’hui Gilles Pargneaux, qui a crée une ONG, continue à arpenter les couloirs du parlement pour défendre ses amis marocains. Car c’est une autre faille du système ; les députés reconvertis en lobbyistes peuvent accéder sans restriction à leurs e-collègues. Ce dont Panzeri ne s’est pas privé, lui même que Mme Gomes décrit aussi comme « un agent du Maroc » que son collègue français »

  3. Plus que l’Algerie avance , plus que les crapules paniquent . Personne ne peut arrêter le développement de ce grand pays qui écrasera tout sur sa route . Vive Tebboune .

  4. Bonjour,
    Voici la réponse de M. Nicolas Beau quand on lui parle de ses articles orientés et qu’il ne traite pas des sujets d’actualité en défaveur d’un certain royaume qui a corrompu les eurodéputés depuis plusieurs années :
    « Je ne pense pas qu’Algérie Patriotique soit une source « objective » de ce qui se passe au Maghreb ».

    Monsieur, voici trois lien d’articles qui parlent du « Marocgate » présentés par trois autres médias qui sont :
    Le point du 19 janvier 2023
    https://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-berretta/parlement-europeen-les-141-cadeaux-et-les-voyages-oublies-de-la-presidente-19-01-2023-2505447_1897.php#11

    Le monde du 19 janvier 2023
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/01/19/au-parlement-europeen-le-retour-de-baton-du-marocgate_6158556_3212.html

    ORIENT XXI
    https://orientxxi.info/magazine/parlement-europeen-qatargate-non-marocgate,6156

    En supposant que Algérie Patriotique n’est pas objectif, et pourquoi ces médias parlent de ce sujet ?
    Je peux vous citer plusieurs autres journaux et hebdomadaires qui ont déjà traités ce sujet. Je n’attends pas de mondafrique qu’il m’informe. Je soulève juste vos contradictions et le non respect de la déontologie journalistique.
    Je ne me rappelle avoir lu dans mondafrique des articles sur les droits de l’homme au Maroc et surtout dans le Sahara Occidental Occupée par le Maroc depuis 48 ans?
    Je n’ai pas lu d’article sur la production du cannabis au Maroc (1er producteur et exportateur de drogue).
    Plusieurs tonnes de drogue exportées du Maroc vers essentiellement la France, les pays Bas et la Belgique. Ce grand trafic est très destructeur pour la jeunesse européenne.

    Comme dit le proverbe : On ne peut pas cacher la vérité à tout le monde tout le temps »

  5. Je ne pense pas également que des journaux (plutôt torchons de propagande anti Peuple) comme Algérie Patriotique de khaled nezar (général sanguinaire qui a assumé ses crimes devant les caméras et poursuivi par la justice Suisse) ou l’Expression d’ahmed fattani qui ne pipe aucun mot devant la mise en prison de plus de 10 000 Algérien(ne)s de 15 à 77 ans (journalistes, avocats, universitaires, citoyens simples,…) depuis le début du Hirak en 2019.
    Dommage pour le président tunisien élu pourtant démocratiquement par le Peuple Tunisien de se soumettre au régime militaire d’Alger condamné à sa chute ! L’effondrement de l’Algérie sous les yeux du monde entier (dixit l’ex ambassadeur Xavier Driencourt de la France à Alger) va entrainer dans sa chute la France et la Tunisie!

  6. J’arrive absolument pas à comprendre pourquoi Monsieur Nicolas Beau élude complètement les affaires de corruption du Maroc au parlement européen. C’est quand même incroyable. Le Maroc vient d’être condamné pour s’être servi de Pegasus pour avoir corrompu des parlementaires pour avoir emprisonné des journalistes et Monsieur Nicolas beau nous parle de tout sauf de ça. Je vous le redis. Monsieur. Ça commence à se voir vraiment. Jusqu’à quand vous allez détourner le regard sur ce qui se passe au Maroc. L’actualité brûlante de cette semaine c’est le Maroc pas la Tunisie. On attend un article de votre part il y a des articles dans tous les médias sur cette affaire, sauf sur mondAfrique.

  7. Bonjour,
    Pour moi, l’obligation du journaliste est de rapporter aux lecteurs les vrais informations.
    Je lis : »Pour complaire à ses amis et voisins, on a même vu le président tunisien recevoir avec tous les honneurs le leader du Polisario….

    Cette phrase ne donne pas la vraie information aux lecteurs qui ne suivent pas forcément ce qui se passe en Afrique.
    Je rappelle à l’auteur et pour informer les lecteurs que le président Tunisien Kaïs Saïed n’a pas reçu le leader du Polisario en visite à la Tunisie. Il l’a reçu, lors du 8ème Sommet de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique. Cette conférence créée en 1993, réunit le Japon et l’Union Africaine. Le leader du Polisario a été reçu en Tunisie en qualité de membre fondateur de l’Union Africaine.
    Comme d’habitude les articles de cet auteur attaquent souvent l’Algérie mais ne parlent jamais d’autres pays où se déroulent de vrais évènements qui méritent d’être rapportés pour informer ses lecteurs. Voici, ci-joint des liens d’articles qui peuvent informer l’auteur, peut être il serait intéresser d’informer ses lecteurs.
    https://www.lexpressiondz.com/internationale/le-chef-d-orchestre-passe-aux-aveux-365143
    https://www.lexpressiondz.com/internationale/interdisons-aux-marocains-l-acces-a-l-hemicycle-365144

Les commentaires sont fermés.