La présidentielle malgache du 7 novembre se joue sur la pauvreté

La prochaine élection présidentielle à Madagascar aura lieu les 9 novembre et 20 décembre prochains. A ce stade, elle devrait surtout voir s’affronter le président sortant, Andry Rajoelina, au pouvoir depuis 2019, dont le bilan en matière de lutte contre la pauvreté est réel, et Siteny Randrianasoloniaiko, surnommé « Siteny », plusieurs fois champion de judo de l’Ile et qui multiplie des propositions irréalistes.

Le candidat de l’opposition été formé en Afrique du Sud puis aux États-Unis avant de rentrer à Madagascar pour y développer des activités dans les télécommunications, les médias et l’immobilier. Pourtant sa campagne mêche par un excès de démagogie, il promet plus qu’in ne pourra tenir dans un pays marqué par des décenies de pauvreté extrème

Partout dans le monde, beaucoup de personnes de la société civile décident de franchir le rubicond et de se lancer en politique, fort d’une expérience citoyenne qu’ils pensent pouvoir exploiter pour la fonction politique. C’est souvent ce qui plaît à l’opinion mais cela ne suffit pas. Âgé de 50 ans, actuel président de l’Union africaine de Judo, il est également déjà député et compte bien mettre un terme au règne de Rajeolina.

Confiant et sûr de lui, l’opposant Siteny est persuadé que le renouvellement de la classe politique est l’arme numéro un pour provoquer le changement. Contestant le bilan de l’actuel président, il refuse de reconnaître que le chantier de la lutte contre l’extrême pauvreté a été activement mis en place à Madagascar depuis plusieurs années, parce que les résultats tardent à survenir. C’est parfois la fraicheur et la jeunesse qui conduisent à penser que l’on peut résoudre les problèmes civilisationnels d’un pays en quelques années seulement. Ainsi, il déclarait récemment que « L’élection présidentielle représente un énorme potentiel de changement pour Madagascar. Avec le renouvellement complet de la classe politique, nous pourrons enfin sortir Madagascar de dizaines d’années de mauvaise gestion qui ont aggravé la pauvreté, la malnutrition et la corruption sur l’île. »[1] Soit.

Or, la réalité est autre. La Banque mondiale qui soutient sans faille le pays depuis plusieurs années, pour comprendre que les projets évoluent timidement mais sûrement. Sous l’impulsion du gouvernement les infrastructures se développent grandement et le potentiel à venir est énorme. Disposant de ressources impressionnantes en matière d’agriculture, de tourisme et de minerais, la Grande Ile affichait encore un taux de pauvreté de 81% en 2022. Pourquoi ? Car l’île est abonnée aux malheurs climatiques avant tout : cyclones à répétition, rizières inondées, Sud enclavé avec des périodes de sécheresse sans fin. Selon les Nations Unies, Madagascar fait partie des trois pays les plus frappés par le changement climatique. Un pouvoir ne peut lutter seul contre cela et depuis l’indépendance, des décennies d’inaction ont conduit à cette situation.

La confiance des partenaires internationaux

Il a fallu malgré les difficultés attirer la confiance des institutions internationales et montrer patte blanche. Pendant longtemps, avec ses 29 millions d’habitants, l’île était confrontée aux mêmes problèmes structurels que le monde africain et le continent indien: « Le combat pour la sécurité alimentaire est devenu une urgence absolue depuis des années, renforcé dans un contexte mondial instable : face aux catastrophes naturelles, aux conséquences de la pandémie, à la crise économique mondiale, à la guerre en Ukraine et l’inflation en découlant. La Banque Mondiale a donc été sollicitée par l’actuel Président afin de mettre en place le « Plan Emergence Madagascar. »[2]

Présent dernièrement à Paris pour le Sommet pour un Nouveau Pacte Financier Mondial, Rajoelina a pris la parole et rencontré à nouveau ses partenaires. Des pays comme le Japon apportent un soutien actif en matière de développement de l’agriculture durable. C’est une tâche toute sauf facile et aux résultats à long terme. Actuellement, Madagascar vise à se hisser au niveau des pays émergents et à rattraper au plus vite son retard de développement accumulé depuis des décennies.

 

Avec un taux de croissance de 4%, le pays résiste plutôt bien aux multiples crises traversées. De nombreuses délégations de la Banque Mondiale se sont rendus régulièrement à Antananarivo pour faire un point sur les projets en cours, en matière d’agriculture, de sécurité alimentaire, d’industrialisation, et d’infrastructures. L’opposant au Président actuel le charge en l’accusant de ne pas en faire assez, l’accuse régulièrement de ne pas lutter assez efficacement contre la corruption. Rome ne s’est pas faite en un jour. Ce sont des attaques classique d’un candidat, se vendant comme l’homme providentiel et cherchant à s’imposer au détriment d’un autre en multipliant les promesses. Il faut vendre du concret, pas du rêve.

Il y a deux ans, le Fonds Monétaire International (FMI), a alloué 332 millions de dollars destinés à la mise en place d’infrastructures sociales et routières, au développement des énergies renouvelables, à l’accès à l’eau potable, à la lutte contre la malnutrition ainsi qu’aux actions de développement. Les institutions internationales sont très strictes en matière de soutien au développement et en matière d’impérieuse transparence financière du bénéficiaire de ses fonds. Pourquoi continueraient-elles si le pouvoir n’utilisait pas ses fonds à ces fins prévues ? Hélas, les catastrophes naturelles à répétition conduisent souvent comme dans le mythe de Sisyphe à faire et refaire encore. Les drames naturels ne jouent jamais en faveur des gouvernants en place n’importe où sur la planète.

Lui propose une décentralisation du pouvoir, un accès à l’eau plus important pour les Malgaches. Or, les projets actuels, soutenus à nouveau par les institutions financières internationales existent : Madagascar veut devenir le grenier de l’Océan indien et fournir la région en produits agricoles. Il faut des infrastructures pour cela. Une des grandes fiertés récentes de Madagascar, c’est le fameux package « titre vert », qui cherche à créer un climat favorable aux investissements privés dans le secteur agricole. 38 millions d’hectares de terres arables sur l’île : c’est cette véritable manne agricole qui devrait sortir durablement les habitants malgaches de la pauvreté.

[1] Interview réalisée en juin 2023

[2] [2] https://mondafrique.com/societe/la-lutte-contre-la-pauvrete-extreme-une-priorite-pour-madagascar/