« Les relations entre nos deux pays peuvent être bonnes ou mauvaises mais jamais banales » résumait l’ancien président algérien Houari Boumedienne. Une citation qui dénote la complexité des relation entre les deux pays depuis 1962 en forme de montagnes russes.

Des crises successives ont jalonné le parcours des relations entre les deux pays, de la crise du vin en 1967-1968, du pétrole en 1971, l’émigration qui continue à marquer l’espace médiatique. Ces crises étaient inhérentes au rapport strictement interne entre deux États. Les deux dernières années étaient une période de tension jamais égalée. La reconnaissance par le président français, Emmanuel Macron, la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental, a provoqué une levée de bouclier du coté Algérien.
Le retour de l’ambassadeur de France
Ce retour annoncé aujourd’hui ne peut effacer les litiges en suspend d’un coup de gomme sur le récit historique. Il marque néanmoins une volonté des deux pays de retrouver un nouveau départ pour un retour à la normal. Il fallait trouver une manœuvre où chaque protagoniste retrouve son compte sans perdre la face. La réconciliation s’est fait sur l’autel d’un drame colonial, celui de 08 mai 1945 survenu à Setif, Guelma, Kheratta. Y-a-t-il mieux qu’un passé partagé et une mémoire commune pour se parler ?
Le geste est significatif, d’autant plus, l’ambassadeur marque son retour en compagnie de la ministre déléguée aux armées Alice Rufo où elle a participé à la commémoration des « événements du 08 mai 1945 » à Setif. Une commémoration à forte charges symbolique de réconciliation. Une décision du président français de témoigner la volonté de la France de solder les contentieux et de « restaurer un dialogue efficace » assure le communiqué de l’Élysée.
Avant le retour de l’ambassadeur, le vendredi 08 mai 2026, il eut des visites de la présidente de l’association France Algérie Ségolène Royal, celle du président du patronat français prélude à un désamorçage commerciale et économique de la situation qui a durée presque deux années. Le blocage des relations n’était pas dans l’intérêt des deux pays. Une France qui se ferme et une Algérie qui regarde ailleurs, alors que plus de 12 % de la population française est liée à l’Algérie de manière directe ou indirecte à travers un passé commun dont difficile à négliger.
Les moyens de rétorsions économiques et commerciales, imposées par Alger, ont certes fait perdre à la France sa position de partenaire privilégié au détriment de l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne. Le climat politique et médiatique dominer par la droite et l’extrême droite française n’a pas facilité la tâche de la réconciliation. Le dénouement de l’affaire Sensal, grâce à l’intervention du chancelier allemand, la visite du ministre de l’intérieur à Alger, en février passé, annonçant la reprise de la coopération sécuritaire, le traitement du dossier des OQTF, ainsi que le cas du journaliste Christophe Gleizes sont autant de signes d’apaisement pour un retour progressif à la normale.
La sécurité avant l’économie.
Le Ministre de l’intérieur français, Laurent Nunes, a annoncé ce jeudi 07 mai 2026, la reprise du retour de 140 algériens en situation irrégulière avec l’accord d’Alger et cela depuis sa visite du mois de février passé. « Il reste 700 cas dans les centres de rétention administrative, mais la situation est revenu à la normal ». Cela signifie que son homologue algérien a donné le feu vert du rapatriement après l’échec de l’appel du président Algérien, en janvier de cette l’année, aux « harraga » de rentrer volontairement au pays. Le dossier épineux des OQTF est devenu un fond de commerce lucratif pour la droite et l’extrême droite française. Ce dossier sera soldé au cours de l’année avec les 700 cas encore présents dans les centres de rétention administratifs.
Si le dossier des OQTF est traité de manière transparente, la coopération sécuritaire liée au Sahel est couvert du sceau du secret. Les dernières évolutions des événements au Mali traduisent une certaine inquiétude de Paris qui ne voit les évènements qu’à travers la fenêtre algérienne. Depuis son retrait, la présence militaire française est remplacée par l’Africacorps Russe, anciennement Wagner, mais aussi une coopération avec les turcs.
L’Algérie partage 1400 Km avec le Mali qu’elle considère faisant partie de sa profondeur stratégique. Reda El Yamouni, chercheur à l’Institut néerlandais de relations internationales Clingendael, résume la position algérienne de manière objective : « Même si, côté sécuritaire, les Algériens ne sont ni trop visibles ni trop impliqués, ils doivent être au courant de tout ce qu’il s’y passe, pour leur propre sécurité ». La France est consciente qu’en dehors de ses allies de la CEDAO elle ne peut s’appuyer que sur Alger pour pouvoir retrouver un lien sécuritaire avec le Sahel.
Si le Mali est rentré en crise avec l’Algérie, après la destruction par l’armée algérienne d’un drone appartenant aux FAMA à Tinzawaten à la limite des frontières Algéro-malienne, les deux autres États (Niger et Burkina) composant l’AES (alliance des états du Sahel) maintiennent des relations cordiales avec Alger.
La coopération sécuritaire de Paris avec Alger s’élargit en Libye et les contours de la méditerranée. Le 06 mars passé, la France comme l’Algérie, au côté de la Turquie, Soudan, Malte, Niger, Grèce , Espagne, Italie, Tunisie, ont participé à la réunion des responsables du renseignement militaire pour le Sahel et la méditerranée. Alger a dépêché le Général Abbas Ibrahim, lequel a proposé un partenariat avec les pays présents pour une coordination sécuritaire dans le domaine du terrorisme, le criminalité organisée transfrontalière et la contre bande dans toutes ces formes dans un cadre géopolitique perturbé.
Reconstruire le partenariat économique et commerciales
Les acteurs économiques sont conscients de leur mise à l’écart du marché algérien imposé par des choix politiques. Au moment, où l’euphorie du retour de l’ambassadeur bat son plein, le président algérien était à Ankara pour une visite d’État en Turquie. Pas moins de douze protocoles d’accords de coopération ont été signé affectant différents secteurs économiques et commerciaux.
Comme pour le sécuritaire, c’est le côté algérien qui lance l’invitation au président du MEDEF Patrick Martin de se rendre en Algérie. En effet, Kamel Moula, président du CREA (Conseil du Renouveau Économique Algérien), qui a accueilli son homologue français le 26 avril passé. Le président du Medef a affirmé « vouloir contribuer à une détente entre la France et l’Algérie », à l’occasion de sa visite à Alger, « dans un contexte diplomatique encore fragile ».
Le patron des patrons français reste optimiste évoquant un réel potentiel, mais au préalable « contribuer à la stabilisation de nos relations est essentiel ». Il reconnaît une baisse significative « de nos exportations, d’autres prennent nos », mais il constate un nouveau champ d’investissement en Algérie, «de très belles entreprises françaises implantées là-bas, souvent dirigées par des binationaux», ce que l’Italie, l’Allemagne, ou les turcs.
Ségolène Royal en Missi Dominici
Segolène Royal pavec le journaliste Christophe Gleizes
Depuis sa prise en main de l’association France Algérie (AFA le 19 décembre 2025), l’ancienne candidate à l’élection présidentielle multiplie ses contacts avec Alger. Dés Janvier 2026, elle se rend à Alger à l’invitation de de la chambre algérienne de commerce et de l’industrie (CACI) pour une visite de travail de 5 jours du 26 au 30 janvier. Cette première visite revêt un caractère de relance politique mais aussi économique. Reçu par le président algérien au palais d’El Mouradia est un signe de bonne volonté.
La récente visite à Alger, de la présidente de l’AFA, a relancé le cas du journaliste sportif Christophe Gleizes emprisonné depuis mai 2024. Ségolène Royal a rendu visite au journaliste à la prison de Kola en lui ramenant de la lecture et en prime une photo souvenir ce qui a suscité une réaction de certains opposants qui considèrent que les détenus algériens ne reçoivent pas le même traitement. Tout laisse à entendre que le cas du journaliste sera traité au niveau politique et pas judiciaire. Le retrait du pourvoi en cassation par le journaliste est un signe qui ne trompe pas. Cela ouvrira, peut être, la voie à une amnistie présidentielle.
Alger cherche, elle aussi, qu’on trouve un dénouement pour son agent consulaire emprisonné en France dont la justice vient de prolonger d’un ans sa détention sans jugement. Ce qu’il lui ferme la voie d’une grâce présidentielle.
La présidente de l’AFA tend a jouer un rôle de passerelle dans la relance politique et économique de son pays avec l’Algérie. Le 10 mai, elle rend visite au pavillon algérien de la foire de Paris dégustant des produits du terroir algérien. Elle a plaidé « pour une refonte historique des relations bilatérales, axée sur le respect mutuel et le devoir de mémoire ».































