Uranium gate, les dérives de l’ex-président Issoufou

Le nom de l’ex-président nigérien apparait par deux fois sur la liste des personnes qui ont touché des rétrocommissions lors de l’achat en 2011 par Orano de 2500 tonnes d’uranium à la Société des patrimoines des mines du Niger (SOPAMIN)(1).

Connue sous le nom d’Uranium Gate, l’achat avait été automatiquement suivi de la revente de cette quantité d’uranium, provoquant une perte de près de 101 millions de dollars pour Areva (devenu Orano) alors dirigé Anne Lauvergeon, assistée de Sebastian de Montessus, chargé du département mines chez le groupe français du nucléaire.

Sous le nom de code de T3, l’ex-président a bénéficié d’un premier versement de 2,6 millions de dollars virés sur le compte d’une banque de Dubai. Les enquêteurs américains et français soupçonnent également Mahamadou Issoufou d’avoir été le destinataire, toujours sous le nom de code de T3, d’un second versement de 800.000 euros virés sur un compte domicilié dans une banque genevoise. Au total, l’ancien président nigérien, dont les relations d’amitiés avec Anne Lauvergeon sont notoirement connues, aurait touché pas moins de 3,4 millions de dollars.    

Les mensonges du clan Issoufou 

Les conditions de la vente de cette importante quantité d’uranium de la SOPAMIN à Areva avaient suscité d’autant plus d’incompréhension dans les milieux spécialisés qu’elle ne correspondait pas à la pratique habituelle. En effet, en tant qu’actionnaires, Areva et l’Etat du Niger via la SOPAMIN se répartissaient, au prorata de leur poids dans l’actionnariat, les quantités d’uranium sorties du sous-sol nigérien. Chaque actionnaire était ensuite libre de se rapprocher du client le mieux offrant. Face à l’incompréhension suscitée par cette vente flash et opaque à Areva, Hassoumi Massaoudou, fidèle du président Issoufou, et son directeur de cabinet au moment des faits, avait écarté tout préjudice financier subi par le Niger dans cette opération. Il avait même prétendu qu’une partie des bénéfices tirés par l’Etat nigérien avait servi à acquérir des équipements militaires pour la garde présidentielle pour près de 800 millions de FCFA (soit plus de 1,3 million d’euros)

Toutefois, ces affirmations étaient restées invérifiables, les retombées financières de la transaction, qui rattrape aujourd’hui l’ex-président Issoufou et avec lui son directeur de  l’époque, n’avait pas été inscrite au budget de l’Etat nigérien. Une partie des sommes qui aurait pu revenir au Niger est donc finalement allée sous forme de rétro commissions versées à des personnalités, dont l’ex-président.

Une autre partie aurait été versée sur le compte de compte de la SOPAMIN domicilié dans une banque parisienne et sur lequel l’ancien directeur de cabinet du président Issoufou et actuel ministre nigérien des Affaires étrangères avait la signature.  

Un homme d’argent 

L’uranium gate avait provoqué une levée de boucliers au Niger, dans les rangs de la société civile et les partis d’opposition. En dépit d’énormes lacunes que présentaient la version du pouvoir, l’affaire n’avait pas été judiciarisée au Niger. Pour les Nigériens, l’espoir d’une levée de voile sur l’uranium gate était venu de la décision de la justice française d’ouvrir une enquête visant l’ancienne équipe dirigeante d’Areva, dont Anne Lauvergeon et Sebastian de Montessus, un proche de l’ex-président nigérien et qui était alors directeur Mines d’Areva.

En attendant les développements judiciaires en France mais aussi aux Etats-Unis où la justice s’est aussi saisie de cette affaire, les Nigériens commencent déjà à voir plus clair sur l’origine de l’enrichissement éclair de leur ex-président. Entre appartement luxueux acheté dans le 15 ème arrondissement de Paris, voitures de luxe, villas avec héliport en construction sur les rives du fleuve Niger à Niamey, comptes en banque garnis en France, au Niger, en Afrique du Sud et à Dubaï, Mahamadou Issoufou a bâti en dix années au pouvoir (2011-2021) une fortune estimée au bas mot entre 10 et 15 millions d’euros. Outre l’uranium gate, différents milieux de la société civile nigérienne soutiennent que la signature de gré à gré, dans le cadre du Sommet de l’UA organisé en juillet 2019 à Niamey,  de partenariats publics-privés (PPP) avec la Turquie pour la rénovation de l’aéroport international Diori Hamani (152 millions d’euros), l’Hôtel Radisson Blu (37 millions d’euros), l’Hôtel des finances (37 millions d’euros) ont pu alimenter l’origine de la fortune colossale de Mahamadou Issoufou. Depuis son départ de la tête de l’Etat, l’ex-président, devenu, entre autres, médiateur de la CEDEAO au Burkina Faso, président du panel onusien sur le Sahel, mène grand train, voyageant presque exclusivement sur des vols affrétés pour des conférences en Afrique, en Europe, aux Etats-Unis et dans le Golfe. De Bruxelles à Paris et Washington, en passant par Abidjan et Dakar, partout où il passe, les ambassadeurs du Niger sont sommés de mettre à sa disposition un véhicule « digne de son rang ». En clair, leur propre véhicule de fonction.  

Une imposture permanente 

À coup de campagnes de communication chèrement payées, dont une partie essentielle assurée par l’agence Image 7 de la communicante Anne Meaux, l’amie de Anne Lauvergeon, elle-même proche de Mahamadou Issofou, l’ex-président a réussi à vendre à l’étranger la figure d’un homme politique intègre et irréprochable au point où certains de ses compatriotes se demandent souvent si leurs interlocuteurs étrangers leur parlent bien de la même personnalité. Derrière la façade et l’affichage, l’ex-président a été l’artisan d’une répression implacable contre ses opposants.   

L’ancien président aura également été un grand fossoyeur des libertés, notamment à travers la loi sur la cybercriminalité qui a permis de jeter derrière les barreaux des journalistes, des acteurs de la société civile et des activistes, dont l’influenceuse Samira Sabou détenue puis condamnée avec sursis sur une plainte de Sani Mahamadou Issoufou, fils de son père. Alors que sa bonne gouvernance est célébrée à l’étranger, l’ex-président a laissé en héritage un clientélisme d’Etat, de lourds dossiers de corruption et de détournement de deniers publics, dont le plus emblématique porte sur un préjudice de près de 78 milliards (environ 117 millions d’euros) au détriment du ministère nigérien de la Défense, connue aussi sous le nom de « MDN gate ». Uranium gate, MDN gate et bien d’autres affaires ont été laissées en héritage par l’ex-président qui a eu le génie de projeter une toute autre image de lui à l’étranger 

(1) C’est une lettre confidentielle « Africa Intelligence » (AI) qui a révélé la présence du nom de l’ancien président nigérien Mahamadou Issoufou parmi les bénéficiaires des rétro commissions dans la vente/achat opaque de 2500 tonnes d’uranium en 2011 par le groupe français Orano (ex Areva)

La revue de presse de Norbert Navarro (22-09), les juntes militaires à l’épreuve du pouvoir!

3 COMMENTS

  1. Je plains Anne Meaux et tous ces individus cupides qui en France se nourrissent du sang des Africains martyrisés depuis des générations et des générations.

    Quant à Mahamadou Issoufou, ce sera bientôt NOWHERE TO HIDE pour lui car si Bazoum revient au pouvoir, il lui règlera définitivement son compte et si Tiani ne l’emprisonne pas, personne au Niger ne le lui pardonera… si les Français dans l’atiéké de qui il a mis du sable et déclenché un tsunami dont ils ne se relèveront pas, ne lui règlent pas son compte entre-temps en contribuant à l’envoyer en prison, ou pire, à la CPI, car Mahamadou Issoufou a trop de cadavres dans son placard. Sad. Very sad.

    Le pauvre. Lui que les Français, comme à leurs habitudes avec les dictateurs incultes d’Afrique, ont toujours flatté en le présentant comme « un stratège hors pair » n’a rien vu de tout cela quand il complotait contre Bazoum qui lui-même complotait contre Issoufou. Mahamadou Issoufou a été plus rapide mais… à ses propres dépens. Triste fin pour tous les deux. Ainsi finissent les traîtres et les marionnettes.

    .

  2. Avec tout ce que vous avez décrit sur Mahamadou Issoufou, dans votre article, d’un diable qui ne ménage aucun effort pour apparaître comme un saint à l’international, ça montre clairement et sans approximations quelconques que, Mahamadou Issoufou est le frère jumeau et portrait jumeau du satrape Paul Kagame.

    Ce dernier aussi en effet comme je l’ai dit dans ce magazine dans deux autres articles, ne ménage aucun effort d’apparaître le modèle, le leader d’une « Afrique qui gagne et d’un Rwanda qui est né de ses cendres après le genocide».
    Or au fond c’est la catastrophe, et la descendante spectaculaire aux enfers au Rwanda, qui n’est jamais vue par l’international ou qu’on ne veut pas voir à l’international quand les responsables sont vivants, et qu’on ne voit qu’après la mort du satrape et on entendra des paroles: « mais on ne savait pas; on se fiait des rapports de nos ambassadeurs sur place qui nous disait que tout allait bien, etc… », et ce sont les pauvres populations qui entre temps payent le prix pendant le vivant du kleptocrate Issoufou ou du satrape Kagame, donc les mêmes populations qu’on viendra secourir avec des aides humanitaires pour « les soulager » après des années de dictature, corruption, et mauvaise gouvernance (aides humanitaires qui sont de la moquerie, car on ne soulage pas un peuple victime de la dictature et mauvaise gouvernance pendant des décennies avec des aides humanitaires surtout quand cette dictature et cette mauvaise gouvernance étaient connues en feignant de ne pas connaître, par ceux qui viennent « soulager » avec des aides humanitaires), après la mort du satrape qui est encore au pouvoir officiellement, comme le cas de Kagame ou après la fin du pouvoir officiel du kleptocrate comme c’est le cas de Issoufou.

    En tout cas avec ce dossier de l’uranium gate (l’affaire du ministère de la Defense, l’affaire du pétrole dans le coup d’État et d’autres affaires négatives), ça n’arrange pas les choses pour le kleptocrate Issoufou, pour ceux qui veulent le voir derrière les barreaux.

    En outre, franchement c’est affligeant de tels détournements et bradage de ressources naturelles pour le profit d’un seul homme et son petit clan, dans un pays comme le Niger où l’extrême pauvreté est record.
    Ainsi honnêtement ce mec (Issoufou père) mérite une peine lourde de prison.

    Et c’est une avancée que ces choses commencent à être connues dans le monde; ces choses qui ont longtemps été cachées du grand monde, ça montre quelque part que la stratégie de Issoufou père, de la communication pour embellir son image ne tient plus totalement, ou c’est peut-être la France qui commence à lâcher des dossiers négatifs sur lui Issoufou, depuis qu’ils ont compris que Issoufou n’était pas aussi loyal à l’Élysée, avec son rôle dans le coup d’État, c’est aussi possible.

    Mais dans tous les cas c’est une bonne chose que ces détournements de fonds soient connus par tout le monde, pour que cette image positive que Issoufou bénéficie à l’international soit écornée, et qu’il ne soit plus reçu en grande pompe à l’étranger et qu’il ne soit plus invité ou moins invité, pour qu’il pourrisse, rires, et soit « nobody ou un machin de Issoufou » avec le temps, malgré ses comptes bancaires garnis (s’il les aura encore aussi, rires, car au risque que ça soit gelé si la justice nigérienne ou internationale demande ça avec ces enquêtes, donc il se peut qu’il soit « nobody » à l’international sans compte bancaires garnis, et donc un rat d’église, et avec les invitations à l’international qui se feront rares comme c’est déjà actuellement depuis que son rôle dans le coup d’État a été connu comme vous l’aviez dit dans l’article lui concernant sur l’affaire du pétrole et le coup d’État, et il risque d’être déprimé, rires).

    Issoufou est entrain de connaître le même sort que le dictateur sanguinaire Kagame; celui-ci est entrain de voir des livres qui sont publiés par ses ex fervents défenseurs, qui déballent tout sur sa face sombre, ses ex membres de son régime qui organisent des rebellions à l’est de la RDC pour lui renverser et le font savoir clairement, l’exemple du général Kayumba, ses principaux parrains qui le lâchent (USA, Grande Bretagne) et bien d’autres malheurs qui lui arrivent et qui montrent sa fin, qu’il ne voit pas ou qu’il ne veut pas voir.
    À titre d’exemple de ce lâchement par ses principaux parrains, pendant cette période de l’assemblée générale de l’ONU, les Usa viennent d’imposer des sanctions au Rwanda en le classant dans la liste noire des pays encourageant les enfants soldats, et de ce fait les Usa ne verseront plus des aides militaires au Rwanda et ne coopéreront plus militairement pour l’heure avec le Rwanda.

    Mais le satrape Kagame têtu qu’il est, ne lit pas les signes que les planètes ne s’alignent plus sur lui (croyant en sa bonne communication mensongère à ses parrains et à l’international), et au lieu de partir tôt, il veut un quatrième mandat, il finira comme Mobutu (qui a commencé à chuter quand exactement les Usa l’ont lâché, comme ça se passe avec lui maintenant Kagame), qui ironiquement lui-même Kagame avait contribué à sa chute.
    Ou pire Kagame sera tué vues ses crimes atroces de sang restés impunis, et vu le nombre des gens qui veulent sa peau, donc il risque de ne pas avoir la chance de Mobutu de partir vivant.
    Et Ironiquement comme lui Kagame avait contribué à renverser Mobutu avec Kabila père et sa rébellion des Kadogos, la manivelle de renversement du satrape Kagame risque de partir dans le sens inverse cette fois-ci, c’est à dire de la RDC, Tsishekedi (via son intense lobby qu’il fait actuellement aux Usa pour anéantir Kagame), et la rébellion du général kayumba vers le Rwanda, je l’avais dit une fois dans une vidéo de Nyamsi Wa Kameroun qui parlait de ce sujet.

    Un autre signe de la fin, le satrape Kagame a mis à la retraite ses généraux loyaux, ceux-là même qui l’ont placé au pouvoir et qui ont tué pour lui, comme James Kabarebe. Or ce dernier est très dangereux. Cette mise à la retraite a coïncidé avec le coup d’État au Gabon, beaucoup ont interprété ça comme une façon pour le dictateur sanguinaire Kagame, de se prévenir des Coups d’État.

    Mais moi j’ai interprété ça comme un signe de disgrâce et de règlement de compte, car dans le Rwanda de Kagame quand il écarte ses fidèles c’est pour leur régler le compte. Je tire cette analyse du livre de la journaliste Michaela Wrong, livre intitulé: « Rwanda: Assassins sans Frontières », que j’ai déjà parlé ici récemment dans ce magazine, dans d’autres commentaires.
    C’est ce qui s’est passé avec Patrick, l’ancien fidèle des fidèles de présidenta Wa Kagame Paul (comme on l’appelle au Rwanda dans les journaux officiels en kynyarwanda, rires). Patrick était un ancien directeur de renseignements du satrape Kagame et était le directeur du « Bureau Congo (RDC) », organe officieux qui était chargé du pillage de la RDC. Eh oui ça étonnera certains fervents de Kagame, ce bureau a existé, moi-même j’étais étonné de lire ça pour la première fois.
    Patrick est tombé en disgrâce car il n’était plus d’accord avec le satrape Kagame surtout sur les affaires de tueries des opposants, qui obsède Kagame. Alors Patrick est parti en exil en Afrique du Sud, et étant là-bas il a déjoué plusieurs tentatives d’assassinats, et finalement il a été retrouvé mort dans une chambre d’hôtel en Afrique du Sud, œuvre de Kagame. Je ne donnerai pas de détails ici qui montrent que c’était Kagame qui était derrière ça, le livre cité ci-dessus donné des détails sur ça, comment kagame et Louise Mushikiwabo (ancienne ministre des affaires étrangères de Kagame et actuelle secrétaire de l’OIF), une des faucons du cercle de Kagame, ont revendiqué cet assassinat en paraboles dans leurs déclarations publiques, et se sont réjouis de ça en public aussi. Donc pour les intéressés, je vous conseille d’acheter le livre et il est très passionnant à lire.

    Alors les principaux parrains du dictateur sanguinaire Kagame (USA, Grande Bretagne) commencent à découvrir ces choses sombres de kagame avec preuves à l’appui, dont ils savaient déjà d’autres, et tout cela ne les réconforte plus de soutenir ouvertement et continuellement un satrape comme kagame, il faut le remplacer et c’est ce que nous voyons maintenant. Voyons….!

  3. Vous estimez la fortune d’Issoufou Mahamadou à 10 à 15 millions d’euros? Il doit bien rire dans son coin car ce ne sont là que des broutilles au regard de la gestion opaque et familiale du pétrole nigérien dont personne au Niger ne sait où passent les recettes depuis plus de 10 ans. Et que dire de l’or de Samira (région de Tillabery) sur lequel plane l’omerta au Niger? Savez-vous aussi que Mahamadou Issoun a « emprunté », au nom de l’État nigérien 2.000 milliards de francs CFA (2 mille milliards) auprès d’une banque chinois au nom de l’État nigérien et que nul au Niger, ne sait ce qu’est devenu cet argent? Savez-vous que c’est après s’être interrogé sur la destination de cet argent que tous les déboires de l’opposant Hama Amadou ont commencé?

    Si vous pensez que Mahamadou Issoufou peut se satisfaire de 15 millions d’euros, vous ne connaissez vraiment pas le caractère mégalomaniaque et boulimique du personnage.

    Le plus dommage c’est qu’en France c’est seulement aujourd’hui qu’on fait semblant de découvrir tout cela alors qu’on savait tout, y compris les généreuses commissions versées à Anne Meaux et puisées dans les caisses du pays le plus misérable du monde.

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