Le futur ambassadeur en Centrafrique piégé par un fils raciste

Jean-Marc Grosgurin, ambassadeur à Conakry, est pressenti pour être nommé à Bangui. Seul souci, son fils policier vient de tenir des propos racistes. Ce qui fragilise son éventuelle nomination en Afrique où les liens familiaux comptent tant

Une enquête de Michael Pauron

C’est une histoire peu banale qui secoue la Police nationale et, par ricochet, le Quai d’Orsay. Le 2 juillet, le journal d’information en ligne actu.fr (groupe Ouest-France), a révélé que des sanctions seraient prises, à Rouen contre deux adjoints à la sécurité (ADS, contractuels de la police nationale). Dont le fils de Jean-Marc Grosgurin, ambassadeur de France en Guinée Conakry. Lequel, contacté par Mondafrique et par actu.fr, n’a pas répondu.

La raison? Le fiston appartiendrait à un groupe whatsapp dans lequel plusieurs policiers et ADS ont échangé des dizaines de messages racistes, antisémites, sexistes et homophobes.

Un père n’est naturellement pas responsable des agissements d’un fils majeur. Mais en Afrique où les liens familiaux et claniques sont très forts, la nomination de Jean Marc Grosgurin poserait quelques sérieux problèmes d’image.

« Procès de nègre »

Ce groupe, baptisé Althing, découvert fin 2019, a déjà valu à trois gardiens de la paix de passer devant le conseil de discipline, suite à la plainte d’un de leur collègue visé par certains propos racistes. Une affaire racontée en détail par Médiapart en juin

Selon actu.fr, le fils Grosgurin, une vingtaine d’années, aurait notamment commenté un procès d’assise en ces termes : « Une famille de negre (sic) font (sic) une soirée alcoolisée devant du foot. Fin de soirée bagarre entre 2 negres du senegal cousins. Un meurt sous les coups. Voila super on paye pour ce genre de procès de negres (sic). » Son excellence a dû apprécier.

Sur les rangs pour la Centrafrique

Cette affaire intervient en plein mercato diplomatique, et au terme de la mission à Conakry de Jean-Marc Grosgurin. Dans le cadre de ce grand mouvement dans les chancelleries, son nom circule déjà, à Bangui comme à Paris, pour remplacer Eric Gérard dans la capitale centrafricaine.

Ce dernier, 57 ans, revient en « Centrale » à partir du 1er août, moins de deux ans après sa nomination dans la capitale centrafricaine. Saint-cyrien passé par le GIGN, ex consul général à Marrakech en 2013, puis à Alger en 2017, Gérard obtient une belle promotion, dans un service qu’il avait déjà côtoyé en 2007.

Des rejetons un peu cancres

L’affaire de Rouen ne devrait pas affecter outre mesure la carrière de Jean-Marc Grosgurin. D’autres rejetons de personnalités ont fait des siennes sans entraver la carrière de leurs parents. Comme le fils de Laurent Fabius, Thomas, condamné pour abus de confiance alors que son père était ministre des Affaires étrangères.

Ou encore Gabriel Reveyrand de Menthon, fils du diplomate Michel Reveyrand de Menthon et de l’ex ministre des Affaires sociales et de la Santé Marisol Touraine, condamné à de la prison ferme pour extorsion de fonds.

Un habitué des crises


Grosgurin est par ailleurs un habitué des crises – certes plus diplomatiques que familiales… Arrivé à Conakry en 2016, ce cadre Orient arabisant, diplômé de l’institut national des langues et des civilisations orientales, est passé par Beyrouth et Doha, où il a été conseiller.

Il rejoint finalement Dakar, où il a été nommé consul général en 2008, véritable marche-pied pour devenir ambassadeur. Avant de rejoindre le Yémen, où il est propulsé ambassadeur en 2014 au début de la guerre civile, Jean-Marc Grosgurin a fait un crochet à Bangui, en mission de renfort durant la crise de 2013.

Bangui n’a plus la cote

A 52 ans, si sa nomination se confirmait, le diplomate rejoindrait donc une ville qu’il connaît déjà un peu. Et un pays longtemps considéré par Paris comme sa chasse gardée, mais où la chancellerie française vit, depuis huit ans, un turnover inédit dans l’histoire de la françafrique.

Après le départ précipité de Serge Mucetti, en 2013, se sont succédé Charles Malinas (de 2013 à juillet 2016), Christian Bader (2016-2018), et Eric Gérard. Le prochain ambassadeur nommé à Bangui sera ainsi le quatrième à serrer la main du président centrafricain Faustin Archange Touadéra, depuis son élection en mars 2016. Bangui la Coquette n’a décidément plus la cote au Quai d’Orsay.