Les trésors archéologiques de Gaza à l’abri à Genève !

L’unique musée archéologique de Gaza a été réduit en cendres par l’armée israélienne. Mais tout n’est pas perdu: 500 pièces archéologiques pesant 24 tonnes et racontant 5 000 ans d’histoire échappent à la guerre et aux destructions. Les raisons ? Elles sont entreposées dans les gigantesques Ports Francs de Genève depuis… 2007. Ces trésors n’ont pas pu quitter la Suisse depuis une exposition internationale intitulée « Gaza à la croisée des civilisations » qui s’est tenue au Musée d’art et d’histoire de la cité de Calvin. 

Par Ian Hamel, à Genève

Cinq cent pièces archéologiques sont entreposées dans les gigantesques Ports Francs de Genève depuis… 2007

C’est un récit qu’il faut commencer par la fin. Le quotidien Le Temps a raconté le 16 février une très triste histoire. Jawdat Khoudary, un homme d’affaires palestinien féru d’archéologie avait fait construire sur ses deniers un musée à Blakhiyah, sur le site de l’ancienne cité grecque d’Anthédon, ouvert en août 2008. Dans un ouvrage qui lui a été consacré, il expliquait : « Les israéliens veulent nous réduire au stéréotype du terrorisme. Moi, je veux redonner le goût du beau à mes compatriotes, leur insuffler de l’espoir » (1). Mais avec la guerre, Jawdat Khoudary a été contraint de fuir sa maison et son musée pour se réfugier d’abord à Gaza City. Il a ensuite puis quitter l’enclave palestinienne.         

Il y a quelques jours, le collectionneur a reçu des photos et des vidéos du quartier de Blakhiyah. « Tout a été écrasé ou brûlé (…) Ils ont détruit pour détruire », dit-il des Israéliens dans le quotidien suisse (2). Des centaines de vases, de statues antiques, de pièces de monnaie, des amphores, ont été réduites en poussière. Elles racontaient 5 000 ans d’histoire. Égyptiens, Cananéens, Assyriens, Perses, Grecs, Romains, Byzantins se sont succédés à Gaza. Fort heureusement, une partie des pièces archéologiques collectées depuis quarante ans par Jawdat Khoudary ont échappé au désastre. Elles sont rangées dans des caisses depuis 2007 dans Les Ports Francs et Entrepôts de Genève. Installé dans la zone industrielle de la Praille, ce coffre-fort géant recèle la plus grande concentration d’œuvres d’art du monde. 

     

Mahmoud Abbas à Genève                                                                                                                                 

Revenons maintenant à 2007. Genève croit à la paix entre Israéliens et Palestiniens. La socialiste Micheline Calmy-Rey, présidente de la Confédération, et l’écologiste Patrice Mugny, à la mairie de Genève, déplacent des montagnes. Ils font venir 500 pièces archéologiques du Proche-Orient et invitent Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne sur les bords du lac Léman. L’exposition « Gaza à la croisée des chemins » rencontre un succès international. 

« C’était une porte ouverte sur l’avenir, sur le dialogue, la réconciliation », raconte la presse locale. Dans l’euphorie, la Suisse va jusqu’à former de jeunes conservateurs palestiniens.            

Cinq millénaires d’histoire

Un an plus tard, la situation se dégrade. Le Hamas prend le contrôle de la bande de Gaza. Les islamistes ne souhaitent guère promouvoir ce passé préislamique. Ce n’est pas le moment de renvoyer ces trésors qui pèsent pas moins de 24 tonnes sur les bords la Méditerranée. Il faut donc les conserver, et pas n’importe où, en raison de leur valeur inestimable. Ils vont donc être entreposés aux Ports Francs.

Mais ce n’est pas gratuit. La ville de Genève et la Confédération mettent la main à la poche (3). Malgré tous les efforts de Jawdat Khoudary pour faire revenir sa collection, le retour se heurte à toutes les administrations, celles des Israéliens, du Hamas, et de l’Autorité palestinienne. Cette dernière préférerait que les pièces archéologiques viennent enrichir le futur musée de Ramallah, en Cisjordanie.

Finalement, les bureaucraties ont permis de sauver ses trésors, qui racontent une histoire vieille de cinq millénaires. Malheureusement, plus personne n’a pu les contempler depuis 2008. Si les colonnes antiques, les vases égyptiens, les statues grecques, retrouvaient un jour l’air libre, où faudrait-il les exposer ?  

  • Béatrice Guelpa, « Gaza, debout face à la mer : le défi de Jawdat Khoudary », Éditions Zoé, 2009.
  • Luis Lema, « Quand les trésors archéologiques de Gaza ressurgissent à Genève », Le Temps, 16 février 2024.
  • Luis Lema, « A Genève, le trésor devenu boulet », Le Temps, 1er mars 2019.