Une expo à Rouen (France) sur la résilience des artistes libanais

Nasri Sayegh - Stèle(s)

L’Abbaye de Jumièges, près de Rouen, met à l’honneur le Liban dans le cadre d’une exposition photographique « Au bord du monde vivent nos vertiges » témoignant de la capacité de créations des artistes libanais face à un contexte d’effondrement. À l’appui une rencontre avec les commissaires d’expositions et le témoignage d’un des artistes.

Un article de Fabienne Touma

Une exposition de photos ayant pour thème « Au bord du monde vivent nos vertiges » prend procession du logis abbatial de l’abbaye de Jumièges, près de Rouen depuis le 9 juillet et jusqu’au 6 novembre 2022. Elle réunit des photographes et vidéastes libanais pour aller à la découverte du renouveau des écritures photographiques et des pratiques contemporaines de cet art au Liban. Les artistes nous embarquent dans un voyage poétique entre réel et imaginaire.

Clémence Cottard-Hachem
Laure d’Hauteville

 

 

 

 

 

 

Les commissaires d’expositions Clémence Cottard-Hachem et Laure d’Hauteville expliquent à Mondafrique lors d’une interview, qu’elles questionnent à travers cette exposition les limites de la photographie, de la représentation, de la narration, de la sublimation et surtout de la création dans un contexte de catastrophes et d’effondrement dont est victime le pays du cèdre. Elles optent donc pour une écriture structurale et une mise en scène spatiale. Le public pourra ainsi découvrir une exposition qui va au-delà de la photographie. L’exposition, poursuivent Clémence Cottard-Hachem et Laure d’Hauteville, devient presque une immense installation qui remet tout en question.

 

Joana Hadji Thomas & Joreige – A State
Caroline Tabet – Vies intérieures – antérieures
Tanya Traboulsi – Beirut Recurring Dream
Cachard & Buchakjian – Agenda1979

 

 

 

 

 

 

Cette exposition en trois section (Géographies liquides, Passerelles temporelles et Chants de visions) est surtout métaphorique jusque dans son titre « Au bord du monde vivent nos vertiges ». Un bord du monde, celui du Liban qui touche à l’extrême par sa situation, ses crises et son effondrement politique. L’expression « Au Liban on vit dans un autre monde » ressassé souvent par les libanais, est ce monde dans lequel « vivent nos vertiges » ; les vertiges de la vie en tant que libanais, ceux de l’angoisse, de l’incertitude, de la peur, etc. « Le but étant ainsi de faire vivres ses idées et ses pensées qui enivrent les artistes, de leur donner un sens à travers une vision autre, plus contemporaine » ajoutent les commissaires d’expositions. C’est aussi la revendication d’une résistance, celle de l’imagination et de la création face aux multiples paradoxes et défis du pays : partir ou rester, richesse et pauvreté, douceur et cruauté, vérités et absurdités, etc.

 

Hakim & Haddad – A Stretch of Water
Joanna Andraos – Anatomie des sentiments
Roger Moukarzel – Pièces

 

 

 

 

 

Paul Gorra, l’un des artistes interviewé par Mondafrique, témoigne de ce contexte compliqué qui l’a toujours inspiré dans son travail. Toujours attentif par ce qui l’entoure, le photographe, à l’aide d’un appareil des année 50, capture « l’essence » du temps sans pour autant basculer dans le style du reportage. Il tente de « s’évader du temps et du silence » à travers son objectif. « J’essaye de rendre mes photos intemporelles », précise l’artiste, puisqu’au Liban l’histoire se répète. « Mes photos stimulent une réflexion sur les maux, les sensations et les émotions », poursuit Paul.

Nahr Beirut, Monteverde, 2020. De la série MMXX 60 x 60 cm © Paul Gorra
De la série L’Ombre du Monde. 40 x 40 cm © Paul Gorra

 

 

 

 

 

 

Guidé par une « pratique instinctive », il ne présente l’image que telle quelle, sans la modifier ou y apporter des retouches. « On dit que le photographe fait une photographie mais la caméra a aussi son caractère », explique Paul à Mondafrique. Il fait apparaitre un monde nouveau qu’il réarrange par sa simple vision et par la boite magique qu’est son appareil, puisant aussi son inspiration des mythes et légendes des lieux qu’il perçoit.

Pour lui « la photographie est un moyen, presque un prétexte, pour prendre le temps d’observer le monde, pour apprendre à lire les images et les signes. » Mais parfois ce qui nous entoure pousse à la réadaptation. « Après le 4 août 2020, photographier l’horreur et les dégâts n’avait pas d’intérêt pour moi. Je sentais le besoin de réapproprier ma pratique de la photographie. J’ai donc commencé à photographier surtout la nuit, les paysages, l’urbanisme, les enseignes etc. C’est ainsi qu’est né ma collection « l’ombre du monde ». Donc un photographe doit toujours s’adapter et renouveler sa création en étant conscient et réceptif à ce qui l’entoure » confie le photographe. Une pensée qui prend tout son sens dans cette exposition. « Les artistes survivent aussi et s’adaptent, surtout dans un contexte de crise et d’effondrement comme celui que nous vivons au Liban », conclut Paul Gorra.

« Au bord du monde, vivent nos vertiges » Le Liban à l’honneur au Logis abbatial de l’abbaye de Jumièges du 9 juillet au 6 novembre 2022.

Gilbert Hage – Toufican Zombies
Lara Tabet – The River
Rami el Sabbagh – Lb

 

 

 

 

 

 

Commissaires d’exposition : Clémence Cottard Hachem et Laure d’Hauteville

Artistes : Joanna Andraos, Gregory Buckakjian, Valérie Cachard, Jack Dabaghian, Rami el-Sabbagh, Paul Gorra, Tarek Haddad, Joana Hadjithomas, Gilbert Hage, Laetitia Hakim, Khalil Joreige, Roger Moukarzel, Nasri Sayegh, Lara Tabet, Caroline Tabet, Tanya Traboulsi

Jack Dabaghian – La mort du cèdre

 

 

 

 

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