Vladimir Poutine, un modèle pour l’Afrique

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Le style Poutine passe bien chez les dictateurs africains. En voila un qui ne s’embarrasse ni de démocratie, ni des droits de l’homme.

Du Congo à l’Algérie et à Libye, la cote de la Russie en Afriquene cesse de progresser au détriment souvent de la France. La mainmise de Poutine sur la Centrafrique réussie en quelques mois est spectaculaire de ce retour de l’ex Union Soviétique.

En terrain connu

Il n’est pas question seulement, dans cette affaire, de géopolitique. Le style Poutine passe fort bien chez es dictateurs africains. Combien d’entre eux ont assisté avec ravissement à l’élection présidentielle triomphale de Poutine en mars 2018. Les voici, hélas, en terrain connu. Les nouvelles règles de la démocratie de façade qui se sont imposé dans bon nombre de pays africains sont respectées avec un talent certain par Poutine et ses amis:mise en scène d’opposants de pacotille, persécution des vrais adversaires, transport des populations vers les bureaux de vote, en car et aux frais du Prince, vers les bureaux de vote, abstention massive et enfin résultats largement fraudés.

Voici un chef d’Etat, Vladimir Poutine, au discours tranquillement anti occidental, qui ne l’embarrasse pas de longues disgressions sur les droits de l’homme et la démocratie. Un Président décomplexé, qui renvoie les ONG et les institutions internationales dans leurs buts. Et un leader charismatique, au physique avantageux et musclé que lui envient les les vieillissants Bongo, Biya et Sassou, au pouvoir depuis le début du siècle. Avec en prime, un vrai talent à faire croire au monde entier qu’il est populaire dans son pays, puisque même le quotidien « le Monde » à Paris, qu’on a connu plus sourcilleux, saluait cet hiver un plébiscite en sa faveur.

Poutine, une cure de viagra

Autant dire que bon nombre de potentats africains qui s’accrochent au pouvoir voient en Poutine un modèle. Une échappée à Moscou, une rencontre avec le tsar de toutes les Russies, et voici les « sages » africains ragaillardis comme après une cure de viagra. Le Tsar serait bien le dernier en effet à leur reprocher leurs présidences à vie, leurs réécritures de la constitution, leurs mandats à répétition et leurs petits arrangements avec la morale publique. L’essentiel, leur glisse Poutine qui n’estpas avare de conseils, est ailleurs: l’apologie de la Nation, la haine des pressions étrangères, la glorification du chef et de son clan, la confiance en une oligarchie sélectionnée qui pille à son aise les richesses du pays et la lutte, enfin, contre les terroristes. « Vous avez vos djihadistes, leur confie-t-il complice, et bien moi j’ai mes tchétchènes. Unissons nos efforts ».

Et cela marche au Congo, en Centrafrique, en Afrique du Sud, en Libye, en Algérie ou encore dans d’innombrables pays d’Afrique. Sans envoyer ses espions et ses conseillers militaires, comme cela était courant à l’ère soviétique, Vladimir Poutine marque des points chaque jour, en formant à Moscou les élites africaines et en prenant au passage de gros marchés d’armement.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)