Le 11 avril, une conférence de Nils Andersson: « Les guerres annoncées »

Le Groupe de Réflexion sur l’Algérie a le plaisir de vous convier à une conférence du GRAL dont l’invité est l’ancien éditeur et essayiste Nils Andersson. Il  présentera son ouvrage paru récemment et  intitulé:   – Les guerres annoncées – le capitalisme ,c’est la guerre –
 
Cette conférence en distanciel se tiendra le vendredi 11 avril  2025 à 20 h ,heure de Paris et  19h Alger . 
 
La diffusion sera assurée par Alternatv, notre partenaire le média , sur Youtube et les réseaux sociaux :

La chronique de Martine Boudet,                                                                                                                                              Professeure agrégée de lettres et membre du Conseil scientifique d’Attac France.

« Le capitalisme c’est la guerre » se voulait un constat, confirmant la nature du capitalisme qui, comme le crie Jean Jaurès le 25 juillet 1914, « porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. ». Le « nouvel ordre mondial », né à la fin de la guerre froide, ne fut pas l’ère de paix annoncée par George Bush père ni la « fin de l’Histoire » proclamée par Francis Fukuyama, mais un temps continu de guerres. Guerres menées par les États-Unis et ses alliés occidentaux pour, sous couvert de mandats de l’ONU et avec l’OTAN comme fer de lance, affirmer leur hégémonie et imposer le mode politique et sociétal occidental. Une période historique très brève, partant de la chute du Mur en 1989, s’achevant avec celle de Kaboul en 2021, lors de laquelle est annoncé le retour aux guerres interétatiques. D’où le titre Les guerres annoncées qui, au contraire du volume I, n’aborde pas un temps historique clos, mais un temps dont les évolutions sont imprévisibles.

 Le retour aux guerres interétatiques fut réalité, Les guerres annoncées retrace, partant de la « Rous » de Kiev, les politiques occidentales de démantèlement économique de la Russie après la chute du Mur, du refus de son appartenance à la « Maison Europe » sollicitée par Gorbatchev, et de l’extension de l’OTAN à ses frontières, faisant entendre les raisons qui ont amené, entre autres facteurs, à l’agression impérialiste de la Russie contre l’Ukraine. Une grande attention est aussi apportée dans cet essai à la guerre à Gaza, en rappelant, du Royaume de Judée au « partage » de la Palestine en 1947, les déchirures de l’Histoire, la politique de colonisation et d’apartheid d’Israël, qui ont conduit le Hamas à un acte terroriste de résistance en 2023, celui-ci étant à l’origine de la guerre génocidaire à l’encontre des Gazaouis, avec la complicité et le soutien armé du monde occidental.

 Dans ces enchaînements de faits, bien qu’annoncé, le retour des guerres interétatiques fut un réveil brutal pour les Européens qui avaient connu une longue période de paix pour soi, entre soi, en regardant sur les écrans des images de guerres réécrites filtrées, aseptisées, accompagnées d’un discours moralisateur et justicier. Plus encore, ces conflits se déroulent sur le continent et à sa périphérie. La déstabilisation est d’autant plus grande qu’en ce début de XXIe siècle, le monde a basculé d’un Occident hégémonique à un monde pluri-polaire, un monde traversé par une contradiction majeure, que personne n’imaginait il y a seulement trente ans, la Chine contestant cinq siècles de domination occidentale. Contradiction qui s’élargit à des rapports concurrentiels entre le « Global Nord » et un « Global Sud » qui, de quémandeur de rapports économiques plus équitables dans la seconde moitié du XXe siècle, est devenu un acteur de plein droit, revendiquant une co-gouvernance du Monde et contestant la loi du dollar. L’avenir dira si certains pays membres des BRICS (1) sont à même de construire des recours dans cette perspective.

 Une contradiction, comme toutes les contradictions inter-impérialistes, chargée de nuées noires porteuses de guerres, dont il faut avoir conscience de ses conséquences militaires, écologiques et humaines effrayantes, pour que 17 % de la population mondiale maintienne sa domination sur les 83 % « restants ». La pire des réponses s’avérant celle dans laquelle nous enferment les théories du « grand remplacement », de « l’effondrement » ou du « choc des civilisations », qui se manifeste par le « deux poids deux mesures » distinguant les morts selon qu’ils soient blancs, Arabes ou Africains, faisant de l’autre un « ennemi » alors que, brutalement dit, nous ne sommes plus seuls au monde. Ces théories ethnonationalistes, soutenues par des discours politiques et médiatiques et sur la base desquelles désormais des pouvoirs d’extrême droite sont largement investis, sont source de peurs et d’égoïsmes qui transforment l’Europe en bunker.

 Peurs et égoïsmes accrus par la désinformation, des déclarations agressives et antagonistes, des discours de guerre conditionnant les opinions publiques : banalisation des armes nucléaires devenant des bombinettes, par des propagandistes qui jouent avec le globe comme Charlie Chaplin dans Le Dictateur. Peurs et égoïsmes que justifient les préparatifs à une guerre majeure que planifient toutes les armées, seuls se différencient les moyens et capacités économiques, financiers, technologiques, scientifiques et humains des États. (Ir)résistibles logiques, ressenties dans le reste du monde comme la perpétuation de rapports suprématistes, racistes et colonialistes qui inexorablement conduisent à ce que « Nos soldats partent et ils partent gaiement », comme l’écrivait Le Figaro en 2014.

Nous sommes confrontés à trois périls, celui, écologique, qui menace l’humanité, celui, géostratégique, d’un déséquilibre mondial qui peut conduire à une guerre aux conséquences inimaginables, celui de l’extrême droite historique qui gangrène nos sociétés. Ces trois menaces interpellent notre capacité et notre volonté à s’y opposer. Pour neutraliser l’inexorabilité de la conflictualité guerrière et de la crise climatique, la résistible montée du racisme et des fascismes, pour créer d’autres rapports entre « The Global Nord and the rest », que faire ? Ce sont les interrogations ainsi que les propositions alternatives des guerres annoncées. Parmi lesquelles la plus grande vigilance à l’égard de la politique de l’OTAN et la réhabilitation des prérogatives de la maison ONU et de ses agences internationales.

(1) BRICS est un groupe de neuf pays qui se réunissent en sommet annuel : le Brésil, la Russie , l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, plus l’Iran, l’Egypte, les Emirats arabes unis et l’Ethiopie.

Les ouvrages de Nils Andersson: Le capitalisme c’est la guerre, Ed. Terrasses, 2020. Les guerres annoncées, Le capitalisme c’est la guerre II, Ed. Terrasses, 2024.

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Nicolas Beau
Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)