Afrique, une présence russe grandissante (volet 1)

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Dans sa note « Sociétés militaires privées russes en Afrique subsaharienne : atouts, limites, conséquences », le chercheur Sergey Sukhankin analyse l’expansion de la Russie en Afrique depuis 2014, alors qu’elle avait quasiment disparu des radars depuis la chute de l’Union soviétique.

Par Michael Pauron

La Russie n’a pas de « stratégie africaine globale » et n’enregistrera pas « d’avancées décisives à long terme » : telle est l’une des conclusions de Sergey Sukhankin, dans une note publiée en septembre par l’Institut français de recherche internationale (IFRI), et intitulée « Sociétés militaires privées russes en Afrique subsaharienne : atouts, limites, conséquences ».

Le chercheur estime toutefois qu’il faut prendre cette présence au sérieux, tout en rappellant que le contexte est bien différent de celui de la guerre froide, quand Moscou affrontait idéologiquement l’Occident sur le continent, notamment en Angola. Les moyens financiers injectés par la Russie sont bien moindres. Et, « à ce stade, le retour de la Russie en Afrique, particulièrement prononcé après 2014, apparaît comme une réaction [à la présence d’autres puissances] plutôt que comme la manifestation d’une stratégie globale tournée vers l’avenir ».

Un volet légal, un volet illégal

Aujourd’hui, la Russie se base sur deux volets pour s’implanter : un volet « légal », à travers la coopération militaro-technique (fourniture d’armes, formation, protection d’infrastructures…) ; et un volet « illégal », avec les opérations troubles de sociétés militaires privées (SMP), dont la bien connue Wagner. Sur le premier point, il souligne que 19 accords de coopération ont été signés entre 2014 et 2020.

« Les accords qu’elle a conclus avec l’Angola, la Guinée, la Guinée Bissau, le Mali et la Mauritanie sont particulièrement préoccupants pour l’occident, car ils visent notamment à tirer parti de l’aide militaire octroyée pour obtenir en échange des droits miniers et des partenariats dans le domaine de l’énergie », explique le chercheur. Ce modèle de « concessions contre protection » n’est pas sans rappeler le fameux « pétrole contre infrastructures » chinois.

Le second point est désormais bien connu. Si les liens directs entre les SMP telles que Wagner – liée à Evgueni Prigojine, un proche de Vladimir Poutine – et l’armée russe ne sont pas formellement établis, ils sont plus que probables : elles ont bel et bien combattu aux côtés de ces dernières en Syrie. En Libye, la présence de ces mercenaires russes aux côtés du maréchal Haftar n’est plus à démontrer.

Compétences bon marché

Les SMP russes séduisent en Afrique, où leurs compétences sécuritaires réputées bon marché sont appréciées, alors que le continent est en proie à de nombreux mouvements insurrectionnels. Pourtant, comme le rappelle Sergey Sukhankin, ces mercenaires ne seraient pas si efficaces face à des ennemis technologiquement bien équipés. Il en veut pour preuve les revers enregistrés près de Deir ez-Zor en 2018 (Syrie) et dans la banlieue de Tripoli en 2019 (Libye).

Malgré tout, le recours à ces « troupes de choc » privées à un avantage : il laisse à Moscou la possibilité de nier une éventuelle implication du gouvernement – une stratégie également adoptée par la Chine. Le groupe Wagner a été utilisé « dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne en sa qualité de relais officieux de la coopération militaire entre la Russie et les États locaux », note le chercheur.

Dans le prochain volet de notre enquête, Mondafrique se penchera sur le cas de la Centrafrique et du Sahel, le pré carré français dont la Russie cherche à exclure l’ancien colonisateur

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