Un otage libéré, mais le Mali est dans l’impasse

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Les pourparlers entre le gouvernement malien et les groupes rebelles du nord se sont achevées la semaine dernière sans que les parties ne soient parvenues à un accord. La question du statut territorial du nord Mali, véritable noeud de la crise, reste inexorablement en suspend. Dans rapport publié le 18 novembre, International Crisis Group souligne notamment les difficultés de la médiation internationale menée par Alger à proposer des solutions innovantes. Une nouvelle session devrait s’ouvrir en janvier 2015.

Les négociations entre le gouvernement malien et les groupes rebelles du Nord ont été suspendues en fin de semaine dernière à Alger sans qu’un accord n’ait été trouvé. Réunies autour de la table depuis septembre, les parties ont, une fois de plus, échoué à résoudre les questions de fond au coeur la crise malienne. La mise en place d’un Etat fédéral réclamée par les rebelles du nord reste une ligne rouge pour les autorités de Bamako. En parallèle, ces dernières ne proposent aucun compromis recevable pour le camp adverse.

L’Etat malien, « un corps malade »

Remis aux belligérants par la médiation internationale sous la conduite de la diplomatie algérienne, le document intitulé « éléments pour un accord pour la paix et la réconciliation au Mali » devait pourtant faire figure d’ébauche pour un futur accord de paix. Il a cependant été rejeté par la coordination des mouvements de l’Azawad qui a déploré que le texte ne reflétait aucune de ses positions. Selon le dernier rapport d’International Crisis Group « Mali : dernière chance à Alger », les propositions servant de base à la rédaction d’un accord final sont loin d’être satisfaisantes.

« Le gouvernement malien se félicite officiellement de la diligence algérienne mais rechigne à entériner un texte qui, à ses yeux, fait trop de concessions à ses adversaires et l’obligerait en outre à une délicate réforme constitutionnelle. En coulisses, une partie de la médiation internationale exprime également de sérieux doutes sur la capacité d’un texte qui renoue avec les vieilles recettes de ramener la paix (…) Il prône ainsi une décentralisation poussée et une présence accrue de l’administration au Nord en négligeant combien l’Etat malien est un corps malade qui constitue moins la solution que l’origine du problème. Il recommande comme par le passé une représentation accrue des populations du nord au sein de l’administration centrale comme si, pour acheter à nouveau la paix, l’Etat n’avait d’autre choix que de distribuer des prébendes. Les populations ne réclament pas plus d’Etat, elles attendent une autre forme de gouvernance et de présence de l’autorité publique ». Une analyse partagée par plusieurs officiels à Bamako mais que le président IBK ne peut considérer sans risquer de se mettre à dos une grande partie du pays fortement hostile à toute partition du territoire.

Le 27 novembre, une autre synthèse intitulée « projet d’accord pour la paix et la réconciliation au Mali » a été rédigée. Présenté comme une nouveauté, le texte fournit plusieurs clarifications concernant les thématiques de sécurité et de développement mais « demeure très semblable au premier et n’apporte aucun outillage neuf pouvant régler les problèmes de fond »  rapporte un diplomate occidental.

Alger à la manoeuvre

Par ailleurs, la multiplication des groupes d’intérêts au nord Mali et à la table des négociations constitue une réalité supplémentaire que la médiation ne peut éluder quitte à ralentir l’avènement d’un accord. « Chaque communauté ou groupement d’intérêts tente de se garantir une place à la table des négociations. La création d’un groupe armé constitue l’un des moyens d’y parvenir. (…) A Alger, les nouveaux mouvements ont envoyé des représentants mais ne participent pas officiellement aux discussions. Ces mouvements (…) sont susceptibles de relancer les violences sur le terrain. Les groupes se réclamant du jihad se trouvent dans cette situation. Certes, une partie a réintégré le jeu politique à travers les mouvements politico-militaires présents à Alger. Cela ne suffit pas nécessairement à ce que leur point de vue ou leurs intérêts soient entendus. La question de la laïcité ou le sort dirigeants comme Iyad Ag Ghali ne peuvent être éludés à Alger au risque de compromettre l’application de l’accord avant même sa signature. »

Selon certaines sources, les autorités algériennes, qui considèrent le nord Mali comme une zone d’influence privilégiée, pourraient elles-mêmes être favorables à un éventuel retour d’Iyad Ag Ghali sur la scène politique s’il s’affichait comme repenti. Une position qui s’explique notamment par la proximité que le leader d’Ansar Eddine entretient avec les responsables algériens mais aussi par ses orientations non indépendantiste. De fait, Alger a toujours eu la volonté de transformer le Sahel en une chasse gardée pour éviter la création d’un Etat aux confins du Mali et du Niger susceptible d’alimenter les revendications de ses propres minorités (Berbères, Kabyles, Touaregs). Une posture traditionnelle qui, dans le contexte des négociations, est un avantage pour la diplomatie malienne. Hostile aux revendications des groupes rebelles, les responsables maliens sont par ailleurs soupçonnés par certains observateurs de « préférer » les islamistes radicaux qui ont des intérêts différents de ceux du MNLA. « Pour Bamako, c’est tout sauf le MNLA. Quitte à jouer la carte djihadiste. Ce qui finira par coûter cher » rapporte un haut responsable sahélien.

Toujours est-il que l’influence capitale exercée encore aujourd’hui par Iyad Ag Ghali et ses hommes oblige les acteurs de la médiation à le prendre en compte. Selon ICG, « à Alger, il faudra dresser une frontière plus nette entre ceux qui réintègrent le jeu politique et ceux qui continuent à être désignés comme terroristes (1). Discuter de la place de l’islam dans le politique est peut-être une manière de faciliter ces distinctions. Une partie de la médiation internationale rechigne toujours à aborder cette question sensible ».

(1) Toujours selon le rapport d’ICG : « avec la reprise des hostilités à Kidal, la distinction déjà difficile entre mouvements signataires et groupes plus radicaux tenus en marge du processus politique s’est compliquée. La rupture de la confiance entre les belligérants est telle que la perspective d’un cantonnement rapide permettant de mieux établir cette distinction s’est un peu éloignée. Le cas de Yoro Ould Dahi, ancien cadre du Muajo passé au MAA, est un bon exemple des frontières incertaines entre « groupes terroristes » et mouvements acceptés dans le jeu politique. Il est arrêté le 30 juillet par les forces françaises qui le suspectent d’être impliqué dans un attentant ayant tué un français le 14 juillet dans la région d’al-Moustarat. Il est relâché quelques jours plus tard par la gendarmerie malienne. Yoro est alors un élément clé du dispositif militaire des mouvements armés qui s’opposent à une offensive conjointe du MAA, MNLA, HCUA dans la région de Tabankort.

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