Un nouvel ambassadeur d’Algérie à Paris pour rompre avec le passé

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La nomination imminente d’un nouvel ambassadeur d’Algérie en France, Abdallah Baali, marque la volonté des autorités algériennes de tourner le dos à l’ère Bouteflika et de refonder les relations entre les deux pays sur des bases plus neutres

Personne n’ignorait à Paris comme à Alger que les jours de l’actuel ambassadeur, Abdelkader Mesdoua, inconditionnel du clan Bouteflika, étaient comptés. Pour autant, l’homme fort du pouvoir à Alger et chef d’état major, Gaïd Salah, réputé proche de la Russie et à un moindre degré des Etats Unis, n’est pas apparu pressé de prendre langue avec les autorités françaises.

Renouer avec Paris

Ces derniers mois, l’Elysée, au mieux avec un bon nombre d’oligarques, n’avait pas cessé en effet d’encourager en sous main les adversaires de l’institution militaire. Au point que le chef d’état major, lorsqu’il désignait à la vindicte, « les agents de l’étranger » mettait en cause l’influence supposée du « Hibz França », l’expression qui désigne en Algérie sans tendresse particulière « le parti de la France ».

La nomination comme nouvel ambassadeur d’Abdallah Baali, diplomate chevronné et incontesté, en poste aux Etats Unis entre 2008 et 2015 après avoir représenté l’Algérie à l’ONU pendant dix ans, marque une double volonté de l’entourage de Gaïd Salah. Il s’agit tout d’abord de renouer avec Paris, partenaire incontournable, malgré les préjugés hostiles du pouvoir français et de la majorité de communauté kabyle à Paris à l’égard du nouveau cours de la politique algérienne.

Il s’agit ensuite d’imposer de nouvelles bases aux relations entre Paris et Alger qui ne doivent plus, indique un diplomate algérien, être marquées par « des petits arrangements entre amis ».

Paris-Alger, ex chasse gardée

Sous le règne d’Abdelaziz Bouteflika, brutalement interrompu en mars dernier, c’est peu de dire que les relations entre la France et l’Algérie étaient un domaine réservé de la Présidence algérienne. L’ancien chef de l’Etat, qui était parvenu à tisser des liens privilégiés avec François Hollande puis avec Emmanuel Macron, veillait de près au profil des diplomates nommés à Paris.

C’est ainsi qu’en 2017, Abdelkader Mesdoua, proche collaborateur d’Abdelkader Messahel, alors ministre des Affaires étrangères et fidèle serviteur du clan Boutefflika, est nommé ambassadeur en France. Sans talent particulier mais d’une légitimité sans faille,, ce diplomate originaire comme les Bouteflika de l’Ouest algérien la région, défendra, l’hiver dernier, le projet d’un cinquième mandat, avec le soutien discret de l’Elysée.

Un attaché militaire aux ordres

Plus significatif est la nomination surprenante, à la fin de la même année 2017, d’un attaché militaire, Tarek Amirat. Il s’agit en effet d’un simple commandant venu de l’ambassade d’Algérie en Italie et censé dans ses nouvelles fonctions diriger quelques colonels en poste à Paris. Ce militaire doit sa nomination à ce poste exposé à sa proximité avec le général Tartag, aujourd’hui emprisonné mais qui à l’époque dirigeait, depuis la Présidence et à son service, les services secrets algériens.

Lorsque les mobilisations populaires, cet hiver, se multiplient en Algérie, des réunions se tiennent à Paris entre les services français de la DGSE et l’attaché militaire algérien. Comment sauver le soldat Bouteflika? Telle est en substance le principal sujet de préoccupation de ces discrets colloque quitte à encourager les projets de Said Bouteflika de décréter l’état d’urgence et de pousser vers la sortie le chef d’état major, Gaïd Salah. Autant de plans séditieux qui valent aujourd’hui à Said Bouteflika et au général Tartag d’être poursuivis pour complot contre la sécurité de l’Etat.

Le malheureux attaché militaire, qui avait commis la faut de transmettre ses rapports au seul général Tartag, sans en informer également la DCSA (renseignement militaire algérien) devait être rappelé au printemps en Algérie pour être finalement poursuivi par la justice militaire et emprisonné à Blida.

Il semblerait que le nouvel ambassadeur emmène dans ses fourgons l’attaché militaire qui a travaille à ses cotés à l’ambassade d’Algérie à Washington. Autant dire que les Français auront quelques difficultés à orienter, voire à diviser, la nouvelle équipe de diplomates algériens qui s’installe, ces jours ci, dans la capitale française.

Un entretien avec le nouvel ambassadeur algérien à Paris

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)