Tunisie, l’ombre de Ben Ali sur la justice transitionnelle

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Sous la présidence de Sihem Ben Sedrine, l’Instance Vérité et Dignité (IVD), chargée de rétablir la justice pour les victimes des dictatures de Bourguiba et Ben Ali, a présenté ses recommandations le 14 et 15 décembre. Un parcours semé d’embuches, comme l’explique Mounira El Bouti dans sa chronique

L’Instance Vérité et Dignité (IVD) qui a vu le jour en 2014 avait pour mission de solder le passé autoritaire du pays en établissant la vérité sur les violences commises par l’Etat tunisien sous les dictatures de Bourguiba et Ben Ali. 63000 témoignages ont été collectés et un document identifiant les bénéficiaires de la réparation de la Nation fait état de 10000 victimes, selon la présidente de l’Instance, Sihem Ben Sedrine.

                                Un parcours ardu

Maillon essentiel de la transition démocratique, l’instance n’a guère trouvé ses marques. Ce n’est pas seulement la question du financement qui a fait débat, mais même la durée de vie de l’Instance remise en question en mars 2018. Le Parlement tunisien s’est alors opposé à la prolongation du mandat de l’IVD. Pour rappel, la prolongation en question a été soumise au vote des parlementaires. Les élus de la majorité, notamment ceux du mouvement présidentiel,  Nidaa Tounes, s’y étaient opposés, après des débats houleux et une cacophonie sans précédent. Il est à noter, toutefois, que lors de ce vote, l’hémicycle a été boudé par l’opposition de gauche et les islamistes d’Ennahdha, pourtant victimes de la dictature.

Malgré les séances d’audition de l’IVD retransmises en direct à la télévision nationale dans un moment d’émotion historique, les Tunisiens en savent très peu sur la justice transitionnelle, synonyme pour beaucoup de dédommagements payés par le contribuable.« Nous allons payer de nos poches, entend-on, pour indemniser les islamistes et les barbus qui nous gouvernent et nous volent depuis le début de ce qu’on appelle révolution»

L’IVD n’a pas misé sur la communication et la sensibilisation du peuple qui ignore même  les objectifs de la justice transitionnelle. D’où le risque d’être manipulés par les partisans de l’ancien régime qui ne veulent à aucun prix de ces remises en causes. Il est dommage que l’IVD n’aie pas trouvé les mécanismes pour éduquer la société et enseigner aux générations futures que la paix ne peut pas survenir sans justice et passe par une réconciliation avec le passé.

Il est étonnant donc que les Tunisiens ne montrent pas plus d’intérêt pour ces moments historiques où la justice triomphe, et où les victimes dénoncent leur bourreaux en direct à la télévision, un moment fort dans l’histoire d’un pays.

                La propagande, encore et toujours    


La dernière audition publique de l’IVD s’est penchée sur les mécanismes ayant permis aux dictatures du pass contrôler l’information et assurer leur propagande, en Tunisie et à l’étranger. Ironie du sort, la manipulation de l’information sévit encore aujourd’hui et prend pour cible, la justice transitionnelle à travers la personne de sa présidente, Sihen Ben Sedrine, accusée d’être à la solde des islamistes d’Ennahdha.

Rien d’étonnant quand on sait que ceux qui obéissaient aux oukases du pouvoir de Ben Ali, via les injonctions de l’ancien ministre de l’information Abdelwahab Abdallah, sont encore à la tête d’institutions médiatiques. Le constat est tel que la transition démocratique se voit menacée aujourd’hui par ceux qui la diabolisent sous prétexte que l’époque Ben Ali aurait été plus performante sur le plan économique et sécuritaire.

          La Révolution remise en cause

Le régime de Ben Ali est tombé un 14 janvier 2011. Depuis la Révolution qui est un processus en marche, qui peut durer des décennies et qui passe toujours par une période de déséquilibre. La soif de la liberté n’est-elle pas à l’origine du désordre?

Nous devons au moins à Sihem Ben Sedrine le respect pour sa lutte contre la dictature. G’est grâce à de tels parcours nous sommes libres aujourd’hui. Cette révolution a apporté et apportera bien plus qu’un accès àYoutube et aux réseaux sociaux. Elle nous a apporté un vent de liberté qui a soufflé sur ce petit pays où l’exception démocratique s’est produite. Honte auxesbires de l’ancien régime n’ont pas honte de critiquer la révolution sans aucune déférence pour les martyrs, les opposants politiques, les exilés et les blessés, 

La justice transitionnelle s’est fixée pour but tout à la fois de restaurer la dignité desvictimes, d’instaurer la confiance entre les groupes antagonistes, de favoriser les changements institutionnels nécessaires à une nouvelle relation au sein de la population permettant l’établissement d’un État de droit sans pour autant avaliser les pratiques d’impunité totale ou partielle.
C’est ainsi que la société tunisienne reviendra à un fonctionnement pacifié et démocratique.

« l’ignorance n’a jamais libéré quelqu’un des chaînes du passé, la connaissance si » Pierre Hazan

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bouraoui
Invité
bouraoui

non cette IVD doit arrêter de mâcher ce chewing-gum avec narcissisme la réconciliation ne va pas durer une éternité
qu’on tourne la page et qu’on continuer à travailler avec les forces vives de la nation le budget déja alloué à cette instance est un fardeau pour l’Etat