Tunisie, les ambitions déçues de Lotfi Brahem

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L’ancien ministre de l’Intérieur démissionnaire, Lotfi Brahem, a péché par orgueil, en croyant que grâce à ses nouveaux amis du Golfe, il allait devenir le maitre du jeu politique à Tunis. Mondafrique a révélé au printemps les liens privilégiés qui se sont tissés entre les Emiratis et les Séoudiens et ce représentant d’une partie des forces sécuritaires tunisiennes. 

A aucun moment pourtant et contrairement à ce que des médias malveillants ont voulu accréditer, notre media n’a prétendu que l’ancien ministre songeait à prendre le pouvoir à la faveur d’un « coup d’état », qui suppose l’utilisation brutale des forces de l’armée et de la police contre un pouvoir légitime. Le jeu politique tunisien, après sept ans de transition démocratique, est devenu plus subtil que sous le rêgne du président Ben Ali. Les alliances de sérail, les manipulations médiatiques et le pouvoir de l’argent sont devenus suffisamment présents dans le jeu politique tunisien pour déstabiliser les équipes en place et favoriser de nouveaux projets politiques pour le pays.

La violence des réactions qui ont suivi la publication de cet article, sans parler du déferlement d’insultes, démontre que notre site voyait juste en évoquant le non dit du processus démocratique tunisien. A savoir la volonté d’une partie des élites tunisiennes, encouragées par les monarchies pétrolières du Golfe, d’écarter les islamistes du pouvoir et de casser l’alliance objective qui s’était nouée entre le président Béli Bejo Caïd Essebsi et le chef d’Ennahdha, Rached Ghannouchi.

La crise politique qui sévit actuellement en Tunisie jusqu’au sommet du pouvoir, malgré une situation sécuritaire et économique très grave, démontre que les questions décisives pour la poursuite du processus démocratique tunisien n’ont toujours pas été tranchées. 

Voici cet article légèrement remanié par souci de clarté et pour faire taire les interprétations fallacieuses qui ont pu en être données.

                                         Nicolas Beau, directeur de la rédaction de Mondafrique

Le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, qui n’a jamais apprécié son ministre de l’Intérieur, Lotfi Brahem, dont il suspectait la loyauté, a obtenu finalement sa tête auprès du président tunisien, Beji Caïd Essebsi, qui l’avait pourtant nommé voici neuf mois.

Officiellement, des erreurs dans les dispositifs de surveillance des côtes tunisiennes par l’Intérieur, qui expliqueraient le terrible naufrage de migrants dans la nuit du 2 au 3 juin au large de Kerkennah (79 morts), justifieraient la révocation de Lotfi Brahem. Qui peut croire à cette fable? La vraie raison, expliquent en privé des diplomates occidentaux, tient à la rencontre nocturne qui eut lieu récemment sur l’ile de Djerba entre le ministre et le chef des services secrets émiratis, un peu avant le sommet sur la Libye organisée par Emmanuel Macron le 29 mai.                                                             

Lors de cette discrète rencontre, le Tunisien et l’Emirati ont mis au point la feuille de route qui devait conduire à des changements à la tête de l’Etat: révocation du Premier ministre, Youssef Chahed et possible nomination à la tête du gouvernement de l’ancien ministre de la Défense de Ben Ali, Kamel Morjane ou d’un autre sécuritaire présentable et hostile aus islamsites d’Ennahdha.

De tels scénarios n’excluaient pas la mise à l’écart du président Beji, pour raisons médicales. Un peu à la façon dont le vieux président Bourguiba avait été écarté par le fringant général Ben Ali. Seule différence et de taille entre les deux périodes de l’histoire récente de la Tunisie, le Président Beji a été démocratiquement élu à la tète de l’Etat en 2014 et sa légitimité reste importante, ne serait ce qu’aux yeux principaux partenaires occidentaux du pays. De façon plus anecdotique, le président Beji qui n’est pas un perdreau de l’année en politique a tout fait pour retarder la mise sur piex de l’instance prévue par la constitution de prononcer éventuellement l’incapacité médicale du chef de l’état.

En tout état de cause, l’élection présidentielle de 2019 où Lotfi Brahem aimerait être candidat pourrait conforter les chances des anti islamsites de reprendre la main sur le pouvoir.

Recompositions politiques

Parallèlement, Lotfi Brahem s’est rapproché d’un certain nombre de politiques tunisiens, notamment Ridha Belhaj, un des fondateurs de Nida Tounes, le parti présidentiel, qu’il a quitté voici deux ans pour créer son propre mouvement « la Tunisie d’abord’. Les deux hommes et d’autres encore, dont certains financés par les Emiratis, cherchent à recomposer l’échiquier politique tunisien. Ainsi ont-ils tenté, ces derniers jours, une alliance improbable avec le fils du Président tunisien, Hafedh Caïd Essebsi, patron très contesté de Nida Tounes et au plus mal avec Youssef Chahed, le premier ministre. Autant de sombres calculs qui finalement n’ont point abouti.

Premiers scuds

Homme de l’ombre, Lotfi Brahem caresse depuis fort longtemps de grandes ambitions. Peu de temps avant qu’il soit nommé ministre de l’Intérieur tunisien par Beji Caïd Essebsi, et alors qu’il n’était que le patron de la garde nationale, l’équivalent de la gendarmerie en France, une campagne de dénigrement l’avait présenté comme le nouveau Ben Ali, prêt à tenter un coup de force sécuritaire dans une Tunisie en proie au désordre économique et sécuritaire. Etait-ce prémonitoire? Un document distribué sous le manteau et que Mondafrique a pu consulter présentait le simple patron de la Garde Nationale comme l’épicentre de réseaux souvent jeunes et entreprenants, mais nostalgiques de l’ordre ancien qui règnait sous la dictature.

L’offensive provenait de certains syndicats policiers, désireux de défendre le pré carré policier, appuyés par des hommes de l’ombre qui avaient leurs entrées au ministère de l’Intérieur.

La campagne de dénigrement avait totalement cessé avec la nomination de Lofti Brahem en septembre 2017 comme ministre de l’Intérieur. Le colonel major sut, à ce poste sensible, reconquérir l’estime de nombreux cadres policiers. Alors qu’il avait conquis une position de force sur l’échiquier tunisien, le voici chassé de son poste et victime de ses ambitions précipitées.

L’axe Beji-Ghannouchi 

Le plan que le ministre démissionaire avait concocté visait avant tout à écarter définitivement de la vie politique tunisienne les islamistes du mouvement Ennahdha, pourtant arrivés en tête aux dernières élections municipales et qui depuis les Présidentielles de 2014, ont conclu un pacte avec le président tunisien.

De telles perspectives ne pouvaient que réjouir les Emiratis, leurs alliés séoudiens et égyptiens et l’entourage du président Trump, sinon l’administration américaine elle-même, qui comme souvent, a plusieurs fers sur le feu en Tunisie. Autant de pays unis dans leur combat contre les Frères Musulmans et dans l’appui en Libye au général Haftar, axes principaux de leurs actions militaires et diplomatiques.

La manoeuvre pourtant n’a pas abouti. Les services français, allemands et algériens ont eu vent de l’opération en préparation et les autorités légitimes furent prévenues. Le Premier ministre Youssef Chahed, adepte de la guerre éclair, a saisi cette formidable occasion pour obtenir la tête de son adversaire de toujours, Lotfi Brahem, longtemps protégé pourtant en haut lieu.

On ne voit pas dans ces conditions comment le couple Beji-Chahed qui a l’air de tenir contre vents et tempêtes ne reconduirait pas l’alliance avec les islamistes de Ghannouchi qui, désormais relooké et plus fringant que jamais, est sans doute le grand vainqueur de cette ultime péripétie du théatre politique tunisien, gangrené par l’argent émirati.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)
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Nahor
Invité
Nahor

M. Beau, je prends en considération vos arguments quant à vos engagements passés en tant qu’auteur et journaliste, mais quant aux allégations que vous faites dans l’article ci-dessus, vous n’êtes nullement appuyé par des précisions, (ex. l’avis d’un spécialiste du renseignement…): surtout l’accusation gratuite de la corruption supposée venir des Emirats, alors que tout le peuple tunisien est témoin au quotidien de la corruption flagrante et des ingérences venant du Qatar et de la Turquie d’Erdogan… Pourquoi ne soulignez-vous pas ces réalités et le liens fréro-islamistes de Hafedh Caïd-Essebsi, qui réellement « gangrènent » le pays, outre que son parti complètement de mèche avec les islamistes du parti-pieuvre Ennahdha, super-financée par le Qatar depuis 2011? Pourquoi taisez vous aussi l’importance énorme de l’affaire de 8 milliards de dollars déposés depuis le Qatar chez la Banque de l’Habitat de Tatouine, opérations confirmées par un employé selon l’enquête du journal en ligne Kapitalis?? Il… Read more »

eagle noire
Invité
eagle noire

j’ais des questions si Nicolas beau me répondre 1 / que fais votre ambassadeur chaque fois a mon plaisir chez chikh ganouchi?je pense qui es devenu islamiste hhhhhhh 2/ comment lotfi brahim va faire un coud état avec le fils de beji !!!!!!?????? tu peux me dire comment un ministre intérimaire ( ministre de droit ) dans un seul jour désigne des cadre et des directeurs et Licenciement des cadre au ministère de l’intérieur es qu’il sais d’avance le gentilles et les méchants  » révise toi tes idée c’est chahid qui va faire le coud état ah je dois dire que la France qui va faire le coud état avec la main de chahid et avec les monsanges de Nicolas beau » tu crois que le peuple tunisien est débile ,il sais tout . 3 / les forces européennes et le voleur banque Fonds monétaire international vous voulais signer L’Accord de… Read more »

SAIDI
Invité
SAIDI

Juste une simple question, Lotfi BRahem que fait – il et où est – il maintenant ??

Ridha frih
Invité
Ridha frih

Ah censure quand tu nous tiens !

Qui de nous ne reconnait pas qu’il existe des journalistes aux ordres de l’état. D’ailleurs la majeure partie des médias se sont littéralement rangés du côté des puissants & Dollars.

kameleon78
Invité

Nicolas Beau travaille pour l’agenda des islamistes en 2019. Son article est dénué de fondement, il n’apporte aucune preuve à ces allégations contre Lotfi Brahem. C’est un mercenaire des islamistes tunisiens.

Riidha frih
Invité
Riidha frih

Un bon journal, c’est une nation qui se parle à elle-même Arthur Miller

Nicolas beau connu être un journaliste corrompu qui écrire » de faux infod ».

Nourany
Invité
Nourany

Nahor ou la gauche réactionaire et microscopique, votre commentaire en dit long sur votre état d’esprit … Vaincus par les urnes et vendus aux émiratis et alliers contre nature avec le wahabisme et le hizbollah sous prétexte de résitance. Oui Brahm est un ancien tortionnaire et moi en personne j’ai eu affaire à lui à Monastir au locaux de la garde Nationale
Nicolas Beau est un grand journaliste , il travaille avec des gens qui connaissent le terrain

Nahor
Invité
Nahor

Un article écrit par Nicolas Beau, qui a toujours fais les yeux doux aux islamistes, même au temps de massacres terroristes perpétrés en Algérie (inutile de remémorer les liens entre le FIS, le GIA et la mouvance islamiste tunisienne, dont un certain Ali Larîdh), au nom de la « lutte contre la dictature », par son livre « Notre ami Ben Ali », avec Jean Pierre Tuquoi, publié finalement en Tunisie et diffusé même sur Internet -pour saluer la « révolution » que l’ayatollah Khameney vite appela « islamique », depuis Téhéran, en 2011. Toutefois, dans son livre, (p.35 de l’édition tunisienne), M. Beau a eu le mérite de reporter certains faits, qui sont certainement restés inaperçus par la masse des observateurs de la vie politique envenimée en Tunisie; je cite ex texto: « En septembre 1979, les islamistes organisent des manifestations monstres sur les campus pour marquer les débuts du XVe siècle de l’Hégire. « L’islam, déclare Ghannouchi,… Read more »

Mourad Teyeb
Invité
Mourad Teyeb

Brahem a été officiellement LIMOGÉ, pas «démissionnaire» ! (ligne 1)