Tunisie, la posture moderniste de Youssef Chahed

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La nomination, le 5 novembre, d’un ministre de confession juive, René Trabelsi, comme ministre du tourisme est la dernière astuce que tente un Premier ministre à bout de souffle pour séduire ses partenaires occidentaux.

Le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, en remaniant le 5 novembre son gouvernement contre l’avis du Président de la République, Beji Caid Essebsi, tente une nouvelle fois un passage en force acrobatique. Pourquoi pas? Cela jusqu’à présent lui a réussi. Sauf que la cohabitation entre la Présidence et le chef du gouvernement, déja calamiteuse, atteint avec ce gouvernement imposé un dangereux point de rupture.

Plus pathétique, Youssef Chahed croit faire preuve d’habileté en nommant un tunisien de confession juive, René Trabelsi, aux fonctions de ministre de tourisme. Le Buzz international autour d’un remaniement sans relief est venu effectivement de ce choix inhabituel en pays musulman. Youssef Chahed est en effet pour l’instant soutenu par la France et l’Europe, un soutien resté constant qui lui permet de se maintenir au pouvoir, malgré une situation politique et économique désastreuse.

Pour conforter cette indulgence occidentale qui est sa bouée de sauvetage, Youssef Chahed prend une posture moderniste et cherche à montrer son ouverture d’esprit. Encore faudrait-il, pour être convaincant sur ce terrain qu’il contraigne ses alliés islamistes de voter un bon nombre de réformes de société, comme l’égalité homme-femme en matière d’héritage qu’a proposé, mais sans succès, le Président de la République.

Tristes calculs

René Trabelsi était-il un choix judicieux? Cet homme d’affaires est connu pour avoir soutenu constamment le président Ben Ali lorsque ce dernier était encore au pouvoir avant janvier 2011. L’ancien dictateur tunisien, il est vrai, cherchait à redorer son blason en montrant une réelle sollicitude pour la communauté juive. Il le faisait sans doute par calcul, mais il l’a fait. Pour autant, cette posture n’a jamais fait de l’ancien président  ni un démocrate, ni un honnête homme aux yeux  du peuple tunisien qui devait le renverser un certain 14 janvier 2011.

La promotion d’un fidèle de Ben Ali comme signe ultime d’ouverture? On peut mieux faire. Le choix de rené Trabelsi signe surtout l’enterrement définitif de la Révolution tunisienne

 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

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Anouar Houerbi Auteurs de commentaires récents
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Anouar Houerbi
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Anouar Houerbi

De part leur statut la prise de position des juifs dans l’échiquier politique a toujours été délicate dans tous les pays arabes et cela inhérent aux considérations religieuses, historiques surtout après la création de l’entité sioniste Israël;ceci étant et ce n’est pas pour défendre Mr René Trabelsi il serait exagéré de dire que la nomination de celui ci à la tète d’un ministère de moyenne importance surtout pour les raisons que vous avez évoqué est un enterrement définitif de la révolution tunisienne alors que vous trouvez dans des portefeuilles ministériels plus importants des lieutenants et architectes de la politique de Ben Ali en citant comme exemples le ministre des finances R Chalhoum de l’éducation H Ben Salem le revenant K Morjane et j’en passe.