Le chercheur Michael Ayari: « le déni de réalité » du pouvoir tunisien »

Dans un brillant entretien avec le journaliste de l’hebdomadaire « le Point », Benoit Delmas, le chercheur d’ICG (International Crisis Group), Michael Ayari, livre une analyse lucide de la réalité pathétique d’un pouvoir tunisien frappé par « un déni de la réalité ».

Le mardi 16 mai, un journaliste tunisien de Radio Mosaïque FM a été condamné à cinq ans de prison ferme pour ne pas avoir dévoilé ses sources. Ce qui confirme les dérives ultra autoritaires du président Kais Saied et la preuve que la justice tunisienne est définitivement aux ordres du Palais de CarthagePour le Syndicat des journalistes tunisiens , « il s’agit de la plus lourde peine infligée à un journaliste en Tunisie ». Remarquons que les autorités françaises promptes à dénoncer la moindre atteinte à la liberté de la presse en Russie ou en Turquie n’a pas cette réactivité quand il s’agit de journalistes du Maghreb ou d’Afrique francophone?

Une répression tous azimuts

La répression s’abat un peu au hasard des humeurs du Président tunisien aussi bien contre d’anciens collaborateurs  comme Nadia Akacha, qui fut cheffe de cabinet de Kaïs Saïed que des opposants politiques à l’instar de l’ancien patron des islamistes, Rached Ghannouchi, qui a écopé seulement d’un an de prison. L’ex chef du mouvement Ennahdha, aujourd’hui dissous, doit cette relative clémence aux Algériens, fort bien introduits à Tunis et qui ont toujours entretenu des bonnes relations avec le courant islamiste tunisien jugé suffisamment pragmatique et sophistiqué. Hélas pour lui, dix autres procès l’attendent.Apparemment la culture politique de l’actuel dictateur tunisien, qui ne cherche à passer aucune alliance, ni compromis au sein de la société civile ou politique, n’est pas aussi étendu que celle de ses amis algériens

Dans un entretien très instructif, le chercheur Michael Ayari, un des meilleurs spécialistes de la Tunisie dont les analyses sont scrutées dans les chancelleries occidentales,  juge que le discours d’État du président Kais Saied, depuis son coup de force de juillet 2921, « récupère la substance des récits nationaliste et nationaliste arabe et dans une certaine mesure communiste et islamiste ». Et d’ajouter: cette doxa  » sous-entend qu’il est nécessaire de réaliser une véritable indépendance du pays (…) et réaffirme sans cesse le caractère souverain de l’État (…) » Dans ces condition, conclut notre chercheur, « tout ce qui est mauvais provient de l’extérieur de la communauté internationale et n’appartient pas au « peuple ». Qu’il s’agisse des migrants, des étrangers, des i-nationaux ou de la communuaté juive, une xénophobie à peine dissimulée imprègne l’approche  de la Présidence tunisienne. 

La faute à l’étranger

La Tunisie est au bord de l’effondrement, l’État ne boucle qu’avec peine ses mois qu’avec l’aide d’Alger, le chômage atteint officiellement 16% de la population. Et bien le camp présidentiel, selon Michael Ayari, impute cette crise sans précédent « aux coalitions gouvernementales précédentes, aux organisations financières internationales et aux États occidentaux ».

Il suffit, selon Michale Ayari, de se débarrasser des clandestins sub sahariens, d’exploiter les richesses nationales pillées par l’étranger et de prendre l’argent aux riches corrompus, forcément corrompus, pour sauver le pays. 

Ce que Michale Ayari définit, de façon sévère, comme « un discours d’État assumé qui fait vibrer la corde patriotique et donne du sens aux frustrations les plus diverses ». Dans les premiers temps en effet de son règne qui a débuté par un score brillant à l’élection présidentielle non fraudée de juillet 2019, la « chakchouka » idéologique anti occidentale, façon Kaïs Saied, lui  a valu un grand succès auprès d’une opinion tunisienne plus attachée qu’on ne le pense à Paris à ses racines arabes et islamiques.

Pour combien de temps? Les élites ont su en 2011 se débarrasser d’un Ben Ali déclinant et instrumentalisé par son entourage. Face à la dictature actuelle, médiocre copie de la précédente, le peuple  tunisien devrait rapidement tourner lapage.   

 

 

 

 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

4 COMMENTS

  1. Tout a fait,en naahda c’est un parti terroristes…..le plus gros malheur de la Tunisie, c’est d’avoir cru que la bête est devenue apprivoiser,, alors qu’elle n’a jamais été aussi féroce…..tout les attentats en Tunisie ont été l’œuvre de ceux ci

  2. Cher lecteur (lectrice) Est ce que vous pourrier travailler un peu vos arguments au lieu de cracher votre venin Bonne journée

  3. Il est payé combien celui qui as rédigé cet article plein de contre vérité et de mensonges. La propagande d’ennahda contre l’Etat Tunisien continu. Des pseudos intellectuels qui n’ont plus d’éthique intellectuel et qui se permettent de raconter n’importe quoi sur la Tunisie et le président Kais.
    Heureusement le peuple tunisien est conscient de tous ces manipulations étrangères et ne cèdent pas.

  4. Le déni de c’est de ne pas reconnaître que enahda et un parti terroristes qui c’est servis de la Tunisie pour c’est activités terroristes le déni c’est de faire croire que la Tunisie été une démocratie sous le règne d’enahda le déni c’est de ne pas reconnaître les assassinats de Mr brahmi est de chokri belhid le déni c’est de pas reconnaître que la fausse constitution tunisienne à été écrite par noha Feldman le jour ou Les frères musulmans terroristes d’enahda on mis leur pied en Tunisie le cauchemar des tunisiens à commencer.

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