Tunisie, la Garde Nationale décapitée

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Le vaste mouvement suscité par le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, au sein de la garde nationale, qui fut le fief de Lotfi Brahem, ministre de l’Intérieur révoqué, montre l’ampleur du contentieux entre les deux hommes.

Officiellement, le ministre de l’Intérieur tunisien, Lotfi Brahem, dont « Mondafrique » a révélé les ambitions politiques et les liens avec les Emiratis, aurait été chassé du gouvernement pour une simple affaire de vigilance des postes de surveillances des côtes tunisiennes d’où partent les embarcations des jeunes migrants. Or le journal « Jeune Afrique » vient de raconter, via le syndicat des forces de sécurité intérieure, qu’un important mouvement de mutation a été effectué dans la nuit du 16 au 17 juin, soit après le renvoi du ministre. Il concerne les chefs de différents districts de la Garde Nationale, dont Lotfi Brahem a été le patron. Lors de ce vaste mouvement, le propre bras droit de l’ancien ministre était évincé.

Circulez, il n’y a rien à voir

Aucun communiqué gouvernemental n’est venu expliquer la nature de ces mutations. Malgré ce silence troublant, il est clair que le contentieux entre le chef du gouvernement et son ministre de l’Intérieur est d’une ampleur inégalée et témoigne d’une crise profonde au sein du pouvoir tunisien.

L’absence d’informations a provoqué nécessairement toutes les spéculations possibles sur les réseaux sociaux. Un ancien conseiller de Donald Trump, Walid Phares, a évoqué la possibilité que les islamistes d’Ennahdha aient pu profiter du départ de Lotfi Brahem, qu’ils n’aimaient pas, pour assurer des promotions à leurs sympathisants au sein du ministère de l’Intérieur et notamment de la Garde Nationale. Cette hypothèse du politologue américain a provoqué un déferlement de commentaires  sur Internet.

Plus que jamais, « Mondafrique » maintient l’analyse qui est la sienne sur le départ de Lotfi Braham, qui a été confirmée à Alger par la presse arabisante proche des services. Ce sont les desseins politiques de l’ancien ministre de l’Intérieur, révélés au Palais de Carthage, qui expliqueraient le renvoi du ministre de l’Intérieur, Lotfi Braham, qui était pourtant défendu jusqu’à présent par le président tunisien, Beji Caïd Essebsi.

Pour autant, « Mondafrique » n’a jamais utilisé le terme de « coup d’Etat » pour décrire les manoeuvres politiciennes de l’ancien ministre. Pour qu’il y ait un « coup d’Etat », il faut une intervention militaire. Or pour l’instant, l’armée tunisienne est légitimiste face à un président lucide et démocratiquement élu, proche du commandement militaire dont certains représentants ont été nommés au Palais de Carthage.

 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)