Tunisie, des élections, oui, mais pourquoi faire?

Protesters demonstrate against Tunisian President Zine al-Abidine Ben Ali in Tunis January 14, 2011. Tunisian President Ben Ali stepped aside on Friday after failing to quell the worst anti-government unrest in his two decades in power. As the prime minister stepped in until promised elections can be held, Ben Ali's whereabouts were unclear. Al Jazeera television said he had left the country. REUTERS/Zohra Bensemra (TUNISIA - Tags: POLITICS CIVIL UNREST)
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Skander Ounaies, professeur à l’Université de Carthage.espère que les élections présidentielles dont le premier tour aura lieu le 15 septembre appelle à « un tournant décisif » sur le terrain économique et social

La Tunisie se prépare à vivre des élections présidentielles (Septembre) et législatives (Octobre) réellement décisives pour son avenir, en ce sens que :

– soit on aura compris, qu’il faudra  absolument prendre un tournant décisif  au niveau  politique, et  économique ;

– soit, alors le pays continuera sa stagnation, dans un environnement en dynamique réellement instable et inconnue (Algérie, Libye), avec toutes les peurs et incertitudes  à venir.

Un tournant, quel tournant ?

Il s’agira de revoir, en premier lieu, un système politique qui rend le pays quasiment  ingouvernable, puisque les pouvoirs exécutifs sont répartis entre le Président de la République et le Chef du Gouvernement, avec une Assemblée qui joue au «  tourisme politique » (les députés pouvant allégrement changer de partis, sans aucune restriction légale), ceux que la majorité d’entre eux ne s’est pas privée de faire, avec tous les blocages qui en  ont résulté .

Ceci ne sera possible que par un referendum  (qui pourrait être demandé par le futur Président de la République), ou  par une majorité parlementaire (difficile à obtenir), qui serait favorable à la refonte du système politique.

De tous temps, les alchimistes ont cherché à transformer le plomb en or. Ils n’y sont pas parvenus, et même si cela avait été le cas, celui qui aurait trouvé la formule du Graal, aurait été tout simplement … suicidé, vu les énormes enjeux pour tous les Pouvoirs (financier, politique, religieux,). En revanche, en Tunisie notre « classe  » politique, pourrait s’inscrire dans l’Histoire, puisqu’ avec de l’Or, la révolution de Janvier 2011 et tous les Espoirs qu’elle a suscités,  cette classe n’a su faire que  du désespoir, de la pauvreté, et de la dette, en somme, du plomb.

Une autorité de l’Etat en berne

  En effet, la situation économique réelle du pays est  dramatique, avec un taux de chômage qui stagne à prés de 15%, une inflation qui tourne autour de 7% (produits administrés inclus), une dette publique qui avoisine les 90% du PIB, si on prend en considération le poids des entreprises publiques déficitaires, une dette extérieure évaluée à prés de 40 milliards de dollars, soit prés de 86% du PIB pour l’année 2018.La question qui se pose désormais est la suivante :le peuple tunisien pourra-t-il faire face à la crise extrêmement sévère qui s’annonce:

-crise des finances publiques et extérieures ?

-crise de l’autorité de l’Etat ?

– crise sociétale, quel modèle d’éducation voulons nous pour nos enfants ? Quel modèle  de solidarité sociale (soins, retraites) ?

A toutes ces questions, surtout d’ordre économique, un peuple, le peuple grec, a su répondre, par des sacrifices, lourds, il est vrai et surtout du travail. Dans le cas de la Tunisie, saurons nous engager des réformes qui seront très douloureuses  en termes économiques et sociaux (chômage),  vu les différents reports effectués par les gouvernements successifs. Ne nous faisons aucune illusion, nous n’y échapperons pas.  

Malheureusement, la « classe politique  » à venir, un « copié-collé » de l’actuelle avec sa pauvreté intellectuelle, son aveuglement face aux désastres de tous genres qui menacent gravement le pays, ne présagent rien de bon pour un combat, qui nous menace dans notre existence même, environnement géopolitique inclus.

Sans illusions

Personnellement, je ne me fais, désormais, aucune illusion sur les résultats des prochaines élections, législatives surtout, car elles donneront lieu, comme d’habitude, à un contingent de personnes, généralement incultes, sans culture économique minimale, sans  vision aucune, avec pour compétence première, la docilité. Toute cette « nouvelle  classe»  ne pourra, alors, rien apporter de nouveau au pays, dont l’environnement géopolitique est des plus volatiles, et des plus dangereux, avec la  crise qui perdure en Algérie, et la guerre qui s’éternise en Libye.

Pour une sortie de crise qui prendra du temps, qui se fera dans la douleur, il faudra une nouvelle génération d’Hommes et de Femmes avec des idées nouvelles, une vision d’avenir. Ils devront  être choisis sur leur volonté d’aller de l’avant, sans composer avec personne, et ayant pour seul but de laisser à la jeunesse, un pays apaisé, relativement égalitaire, où les chances de percer peuvent être offertes à tous.

Un Etat digne de ce nom.

Nous en sommes, actuellement, très loin.

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