Soixante patrons algériens voient leurs fonds bloqués par la Tunisie

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Le développement spectaculaire du marché noir à la frontière tuniso-algérienne provoque une tension entre les deux pays 
Les autorités tunisiennes viennent de procéder au gel des avoirs financiers d’une soixantaine d’hommes d’affaires algériens. Depuis des années, ces derniers  avaient pris l’habitude de traiter avec les banques tunisiennes. Et cette « coopération » s’est accrue ces derniers mois
Des contrebandiers richissimes
Ces nouveaux riches qui ont prospéré depuis le printemps arabe en 2011 sont très liés aux réseaux de la contrebande transfrontalière qui rapporte chaque année des centaines de millions d’euros. Avec l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat tunisien ces quatre dernières années, des trafic juteux ont affecté les produits alimentaires, mais aussi le carburant, les voitures de luxe, le béton ou la ferraille qui s’échangent au marché noir.
Dans un premier temps, personne n’a trouvé à redire à ce passage à une économie souterraine. Les Tunisiens récupéraient de la devise. Et les hauts responsables des secteurs militaires transfrontaliers et des douanes algériennes, royalement entretenus par ces réseaux mafieux, applaudissaient même des deux mains
La fin de la récréation
Mais avec la chute du baril de pétrole, l’Algérie a besoin de nouvelles ressources. Le fisc algérien s’est mis récemment à pourchasser ces fortunes colossales qui transitent par le secteur informel.
Après une gentille amnistie fiscale, les autorités algériennes ont élevé le ton et menacé de dévaluer leur monnaie. Or les hommes d’affaires algériens ont impérativement besoin d’un dinar algérien fort pour l’échanger à bon compte contre le dinar tunisien, puis le placer.
La vindicte des autorités algériennes les a poursuivis jusqu’en Tunisie où ils n’étaient plus à l’abri d’une coopération judiciaire entre Tunis et Alger.
Dubaï, paradis fiscal
Du coup, ces businessmans ont transféré une partie de leurs avoirs tunisiens vers des banques établies à Dubaï. Ce mouvement de capitaux a fortement irrité les autorités tunisiennes. « Il nous faut, explique-t-on à Tunis, réduire cette fuite en devises au moment où nous cherchons désespérément des ressources financières ».
Dans la liste des soixante hommes d’affaires dont les avoirs sont gelés, on trouve des noms très proches de cercles du pouvoir algérien. A l’image de Brahim Djemaï, le frère de Mohmed Djemaï, le président du groupe parlementaire du FLN d’Amar Saâdani ou d’Abdelah Menas  ou d’Ismaïl Bouras, des richissimes businessmans originaires de Tébessa, la ville algérienne proche de la frontière tunisienne.
D’où la décision de ces nantis d’organiser une nouvelle fuite vers Dubaï, un paradis fiscal qui n’entretient aucune coopération judiciaire avec l’Algérie. Le gel de leurs fonds met fin à ce beau rève d’un exil fiscal doré à Tunis.
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