Trump a remodelé la carte du Moyen Orient

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Donald Trump n’est plus, mais son œuvre lui survivra dans un Moyen Orient recomposé par sa diplomatie improbable.

Une chronique de Xavier Houzel

Ce Président américain désormais honni a fait pourtant de la diplomatie « en creux » et des rimes sans le faire exprès. Il appelait un chat un chat. Il est allé à reculons dans l’Histoire, la croyant réversible, et il a surpris les doctes.

Grâce à lui, the current horrendous situation will change par l’opération d’élixirs, de cols de montagne et de passages secrets. Il existait un chemin allant de Damas à Jérusalem, progressant de krak en krak vers Alamut, tracé pour se guider à l’aide de miroirs, que l’Américain a emprunté les yeux bandés. Pendant ce temps-là, d’autres s’attardaient à monter des tours de Babel – comme la magnifique usine à gaz dont les plans sont développés dans le Syrian Observer du 20 janvier – et des conférences de paix pour carpes et lapins.                                                                         

À l’idée que l’Iran rentrerait dans l’ordre et que les Frères musulmans passeraient de mode, et n’ayant plus avantage à entretenir la dissension, le Qatar s’est réconcilié avec l’Arabie saoudite

L’hypocrisie qui nimbait de sa brume la péninsule arabique a été dissipée par Donald Trump. Sa démarche doit son succès à la vision des choses et à l’entregent du prince héritier d’Abu Dhabi (MBZ); elle le doit à l’inexpérience de son puissant alter ego saoudien et à ses « gaffes de jeunesse »; elle le doit aussi à la bonne éducation de monsieur gendre (Jared Kushner) et à ses recettes (Cf.Luc 16,9-15 : Faites-vous des amis avec les richesses d’iniquité).

À l’idée que l’Iran rentrerait dans l’ordre et que les Frères musulmans passeraient de mode, et n’ayant plus avantage à entretenir la dissension, le Qatar s’est réconcilié avec l’Arabie saoudite : le Conseil de coopération du Golfe (GCC) resurgit. Dorénavant, c’est avec un GCC en majesté que l’Iran composera. L’OLP, le Hamas, les réfugiés palestiniens de la diaspora ont perdu de leur poids ; ils gênent. Les prochaines élections verront le départ de Mahmoud Abbas dans les oubliettes de l’histoire, comme un falot sur le lac de Tibériade (mer de Galilée, lac de Kinneret ou encore lac de Génézareth d’eau douce et d’une superficie de 160 km2 au nord-est d’Israël).

C’est à un retour de la Syrie sur la scène mondiale que l’on assiste. La Ligue Arabe a réintégré Damas dans ses rangs. Après les Émirats Arabes Unis, le royaume de Bahreïn et le sultanat d’Oman ont rouvert leurs ambassades damascènes. Si n’était la pandémie, Damas serait le dernier endroit où l’on cause. Parce que sans la Syrie, l’Orient ne serait ni Proche ni Moyen. Damas détient plusieurs cartes maîtresses : celles du Golan et du Liban dont il est le poumon (i.e. celles de l’eau du Jourdain et du Litani, dont Israël aimerait détourner le cours), celles du Tigre et de l’Euphrate agissant comme deux cordons ombilicaux. La Syrie et l’Irak se partagent une frontière de 600 kilomètres. Leurs populations comprennent une importante communauté Kurde. Les Syriens tolèrent toutes les religions. Ils sont souvent infiniment cultivés. Il n’y a que le gouvernement Français à feindre de l’avoir oublié.

Le président Macron espère relancer les négociations dans un cadre plus large que celui du processus d’Astana, où ne figurent que la Russie, la Turquie et l’Iran. Son Administration utilise la méthode Coué : « La France a un rôle, c’est de continuer à parler avec tout le monde. » Mais, justement ! La France ne parle pas à la Syrie. 

C’est la raison pour laquelle Paris n’a pas sa place dans le processus d’Astana. Et c’est dommage, et pour la France, et pour la recherche d’une solution durable dans un Moyen-Orient instable!

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