De nouveaux témoignages contre Tariq Ramadan

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Aux deux plaintes récentes pour viol déposées contre lui s’ajoutent des témoignages dans la presse suisse ce week end. Quatre femmes assurent dans La Tribune de Genève avoir été harcelées et même avoir eu des relations sexuelles avec l’islamologue, déjà visé par deux récentes plaintes pour viol, alors qu’elles étaient adolescentes.

 Le 13 octobre, la présidente de l’association Libératrices, Henda Ayari, porte plainte contre Tariq Ramadan pour viol, agressions sexuelles, violences volontaires, intimidation. Les faits qui remontent en 2012  qui ont été reprise dans de nombreux journaux ont enflammé les réseaux sociaux qui semblent totalement clivés. Depuis, deux autres plaintes pour viol ont été déposées.

Parallèlement un livre intitulé « le double discours. Tariq Ramadan le jour, Tariq Ramadan la nuit » vient d’être publié (1). Le très copieux ouvrage, écrit par Lucia Canovi, une Française convertie, vivant en Algérie, consacre plusieurs chapitres à la vie privée de l’islamologue, intitulés « vie privée et droit à l’information », « le chasseur et ses proies », ou encore « sur la piste du chasseur ». Pendant de longs mois, Lucia Canovi, qui se présente comme agrégée de lettres modernes, a recueilli les témoignages de dizaines de musulmanes qui affirment avoir été abusées par Tariq Ramadan.

Un vocabulaire cru.

Le professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford qu’est Ramadan est traité par ses « victimes » de « pervers sans aucune morale », de « sinistre individu ». Selon ces femmes, Tariq Ramadan passerait ses journées sur des sites de rencontres. Il leur proposerait le mariage, affirmant qu’il vient de divorcer « devant dieu et devant les hommes ». N’est-il pas considéré dans le monde musulman comme un homme particulièrement pieux ? Un érudit ? Un savant ? Ces jeunes femmes sont vite séduites. Mais la rencontre tournerait rapidement au cauchemar. En février dernier, interviewée par Mondafrique, Lucia Canovi justifiait son intention d’évoquer la vie privée de l’islamologue. A la question « Ne craignez-vous pas qu’il vous fasse un procès ? », elle répondait : « Un procès sera l’occasion de faire enfin sortir au grand jour les témoignages et les informations choquantes qui ont été maintenus dans l’ombre jusqu’à aujourd’hui ».

Les très nombreux partisans de l’islamologue sur les réseaux sociaux crient déjà au scandale et à la manipulation. Ils le font notamment sur le site Oumma.com. D’autant que le livre « Le double discours », à force de vouloir systématiquement enfoncer Ramadan sur un peu plus e 600 pages, est clairement à charge et souvent approximatif.

Plus discrètement, il y a quelques jours, l’écrivain suisse Jean-Michel Olivier, prix Interallié, auteur de « L’amour nègre », confiait sur sa page Facebook son peu d’estime pour Tariq Ramadan. Il rappelait : « Nous avons travaillé dans le même collège à Genève et collaboré souvent ensemble. Jusqu’à ce qu’il se fasse virer pour les raisons que vous savez ». Une certitude, ses frasques étaient connues dans la très pudique Cité de Calvin et à l’opposé de la morale qu’il professe en permanence. Ce Tartuffe s’est-il laissé aller à des agressions sexuelles? Rien pou l’instant ne le démontre avec certitude mais des témoignages existent, de plus en plus nombreux

« Un voyage en eaux troubles »

Il y a quelques années, le site Bakchich avait rencontré Majda, une ancienne maîtresse de Ramadan, alors âgée de 30 ans. D’origine marocaine, elle vivait à Bruxelles. L’islamologue s’était présenté à elle comme « le guide qui l’emmènera vers la lumière ». Après leur rupture, elle souhaitait révéler « sa vraie nature à ce public qui le vénère et qu’il trompe sans vergogne ». Elle annonçait la sortie d’un ouvrage, qui n’est finalement jamais paru. Majda avait accumulé quantité de mails et d’enregistrements particulièrement compromettants pour le petit-fils d’Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans égyptiens.

La jeune femme évoquait un personnage ambigu, nourri de duplicité, qui se moquant de l’islam comme de sa première djellaba. « Je ne l’ai jamais vu prier une seule fois en privé. Manger hallal ? “Hallal ou pas, ce n’est qu’un détail“, répète-t-il. Ramadan passe le plus clair de son temps à draguer, à piéger ses proies à coups de promesses et de mensonges envoyés par mail ou par sms », lâchait Majda. Toutefois, il n’y avait pas eu de plainte de sa part. Son histoire tumultueuse restait une affaire privée.

Les femmes en bikini en enfer

L’auteur de cet article, qui a publié en 2007 un ouvrage intitulé « La vérité sur Tariq Ramadan » (2) n’avait pas souhaité à l’époque aborder dans son livre la vie privée de cette star de la communauté musulmane francophone. Avec la plainte déposée devant la justice, la situation a changé, malgré les menaces professées par Ramadan contre tout adversaire..

Pour avoir évoqué le côté obscur du personnage (en particulier sur sa thèse universitaire refusé par un premier jury à Genève), l’auteur de ces lignes a été copieusement insulté et menacé. Comme tous ceux qui se permettent d’émettre des avis quelque peu critiques sur le personnage. « Les insultes ? Je ne prends même plus de temps de les lire. En revanche, Tariq Ramadan n’ose pas m’affronter directement. J’ai dénoncé ses multiples mensonges dans l’un de mes livres. Il gomme systématiquement le caractère militaire et violent des Frères musulmans », avait dénoncé Mohamed-Chérif Ferjani, islamologue et universitaire lyonnais, dans un article paru sur le site Mondafrique en juin 2015, intitulé « La face cachée de Tariq Ramadan ».

Menteuses, forcément menteuses

Depuis la sortie de son livre il y a dix ans, l’auteur a recueilli les témoignages de plus d’une dizaine de musulmanes qui affirment avoir été abusées par Tariq Ramadan. Mais elles ne portaient pas plainte et souhaitaient conserver l’anonymat, de peur de représailles, sur leurs familles, et même parfois sur leurs enfants. Lorsqu’elles s’aventuraient sur Internet, elles étaient aussitôt harcelées, traitées de « menteuses » et de « prostituées ». L’islamologue est parvenu à faire croire à certains jeunes des banlieues que si on osait le critiquer, c’était en fait avec l’arrière-pensée de « salir la communauté musulmane » tout entière.

Tariq au paradis

La mère de Tariq, de ses quatre autres frères et de sa sœur, est la fille aînée d’Hassan Al-Banna, le fondateur de la Confrérie. Elle a toujours inculqué à ses enfants qu’ils étaient forcément des seigneurs. Et que les autres musulmans devaient les servir. Quand certaines jeunes femmes téléphonaient au Centre islamique de Genève, propriété des Ramadan, pour dénoncer les agissements de l’islamologue, elles se voyaient répondre qu’elle brûleraient dans les flammes de l’enfer tandis que le beau Tariq irait forcément au paradis…

En public, l’homme inféodé au Qatar prône toujours un mode de vie très strict. Dans une conférence intitulée « Les grands péchés », il s’en est pris violemment aux musulmans qui fréquentent les piscines et osent regarder les femmes en bikini. Dans une autre conférence, l’islamologue a montré du doigt un jeune couple qui se tenait la main sans être marié. « Vous franchissez la ligne jaune », leur avait-il lancé d’un air sévère.

(1) Sur Amazon, 604 pages.

(2) La vérité sur Tariq Ramadan. Sa famille, ses réseaux, sa stratégie. Éditions Favre, 358 pages.

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