Tunisie - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/tunisie/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Wed, 21 Jan 2026 09:37:28 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Tunisie - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/tunisie/ 32 32 L’avocat Seifeddine Makhlouf placé en garde à vue à Tunis https://mondafrique.com/international/lavocat-seifeddine-makhlouf-place-en-garde-a-vue-a-tunis/ https://mondafrique.com/international/lavocat-seifeddine-makhlouf-place-en-garde-a-vue-a-tunis/#respond Wed, 21 Jan 2026 09:37:27 +0000 https://mondafrique.com/?p=145670   Extradé vers la Tunisie après un an et demi de détention administrative en Algérie, l’ancien député et président de la coalition Al-Karama a été aussitôt placé en garde à vue par le parquet de la République auprès du Tribunal de première instance. Malgré une demande d’asile déposée auprès du Haut Commissariat aux Réfugiés et […]

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Extradé vers la Tunisie après un an et demi de détention administrative en Algérie, l’ancien député et président de la coalition Al-Karama a été aussitôt placé en garde à vue par le parquet de la République auprès du Tribunal de première instance.

Malgré une demande d’asile déposée auprès du Haut Commissariat aux Réfugiés et une protection temporaire accordée le temps de l’examen de son dossier, les autorités algériennes l’avaient extradé par voie terrestre le 18 janvier, avait annoncé son avocat algérien Saïd Zahi sur son compte Facebook. Il avait regretté cette décision alors que son client et confrère tunisien « fait face à plusieurs peines de prison en raison de son activité politique et de défense des droits”.  

Déjà condamné à plusieurs peines, l’avocat et homme politique est désormais retenu par les autorités judiciaires en attendant la suite des procédures légales. Ancien député et vice-président du parti islamiste Al Karama, Seïfeddine Makhlouf, avait été condamné en son absence, le 13 janvier 2026, à cinq ans d’emprisonnement par la Chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tunis dans une affaire d’atteinte à la sûreté intérieure, pour la divulgation présumée de secrets relevant de la défense nationale, la transmission d’informations confidentielles relatives à des enquêtes judiciaires et des accusations non étayées visant des agents de l’État. 

Une longue série de condamnations

Depuis la levée de son immunité parlementaire, l’avocat a enchainé les poursuites et les condamnations : un an d’emprisonnement pour une altercation avec la députée Abir Moussi en 2021, un an de prison, en juin 2022, pour atteinte à la dignité de l’armée – assorti d’une interdiction d’exercer la profession d’avocat pendant cinq ans – quatorze mois d’emprisonnement, en janvier 2023, pour des insultes envers des policiers deux ans plus tôt et vingt mois en appel, en juin 2023, pour des menaces adressées au procureur de la République de Sidi Bouzid.

Avocat depuis 2009, il s’est fait connaître comme avocat des personnes accusées de terrorisme, ce qui lui avait valu le surnom d’ “avocat des terroristes”. Candidat à l’élection présidentielle de 2019, il avait obtenu 4,37 % des voix au premier tour avant d’être élu député de la première circonscription de Tunis. Président de la coalition islamiste Al-Karama, il avait été arrêté en transit à l’aéroport d’Annaba en Algérie alors qu’il tentait de rejoindre Doha, où vit sa famille. 

L’extradition algérienne critiquée

Le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) a regretté l’extradition de Makhlouf par l’Algérie. Dans un communiqué, il a rappelé que Me Makhlouf avait été « condamné à trois mois de prison ferme par un tribunal algérien [ndlr, pour être entré clandestinement dans le pays.], peine qu’il a purgée, puis il a été ensuite placé dans un centre d’hébergement à la disposition du Haut-Commissariat aux réfugiés, où des demandes d’admission auprès de plusieurs pays ont été refusées, notamment par le Qatar et la Turquie, malgré le fait qu’il ait toujours été politiquement proche des régimes de ces pays. » Selon le CRLDHT, « il s’apprêtait à quitter l’Algérie vers le Royaume-Unis où sa demande de regroupement familial avait été traitée et avait obtenu une réponse favorable, lorsque soudain les autorités algériennes ont brutalement changé d’avis pour le livrer au régime de Kaïs Saïed. »

 

 

 

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Tunisie, le triste anniversaire de l’immolation d’un jeune vendeur de Sidi Bouzid https://mondafrique.com/a-la-une/le-17-decembre-2010-un-jeune-vendeur-de-sidi-bouzid-se-suicidait/ Wed, 17 Dec 2025 08:37:38 +0000 https://mondafrique.com/?p=144256 Le moment déclencheur de la "Révolution arabe" de 2011 que fut l'immolation de Mohamed Bouazizi a joué un rôle central dans le discours de légitimité de Kaïs Saïed

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Qui penserait encore à commémorer le 17 décembre 2010 et le geste désespéré d’un jeune vendeur de fruits de Sidi Bouzid à l’origine de ce qui allait devenir la révolution tunisienne, à l’origine du plus grand ébranlement politique du monde arabe depuis les années 1960 ? Quinze ans plus tard, la réalité est bien trop amère pour penser honorer encore ce symbole défraîchi.

Selim Jaziri (correspondance Tunis)

L’énergie populaire des premiers jours de la Présidence de Kaïs Saïed
L’énergie populaire des premiers jours de la Présidence de Kaïs Saïed

Le moment déclencheur de la « Révolution arabe » de 2011 que fut l’immolation de Mohamed Bouazizi a joué un rôle central dans le discours de légitimité de Kaïs Saïed, qui l’oppose au début de son rêgne  au 14 janvier 2011, le jour de la fuite de l’ex Président Ben Ali vers l’Arabie Séoudite où il terminera sa vie. À ses yeux, le dénouement plus institutionnel que populaire représente le début de la captation de l’élan révolutionnaire et de la rente démocratique au profit des partis politiques, de l’UGTT, de la société civile nourrie de financements étrangers, et de toute l’armada d’experts en « transitologie » accourus d’Europe et des États-Unis pour « guider » les Tunisiens dans leur « transition démocratique ».

Une révolution dans la révolution

L’élection de Kaïs Saïed, le 13 octobre 2019, devait beaucoup à l’agrégation de frustrations disparates accumulées pendant la décennie. Dégradation des conditions de vie, tractations partisanes indignes, blocage institutionnel, résistance administrative aux réformes, la classe politique dans son ensemble ne s’est certes guère montrée à la hauteur de la tâche historique.

Issu de la périphérie du système politique, Kaïs Saïed promettait de revenir à l’élan populaire originel de la révolution, sorti lui aussi des marges des régions qui concentrent historiquement les bénéfices de la prospérité économique. Une fraîcheur qui s’exprimait encore dans le premier sit-in de la Kasbah, fin janvier 2011, où les jeunes étaient venus des régions intérieures pour pousser vers la sortie les derniers représentants du régime. C’est un moment fondateur dans la trajectoire de Kaïs Saïed, durant lequel il a noué les contacts d’où allaient naître les réseaux de « jeunes » qui ont porté sa candidature quelques années plus tard, et les théoriciens d’extrême gauche qui ont inspiré sa proposition politique. Un projet de « démocratie par la base » censée transformer un modèle économique structurellement injuste par une construction institutionnelle dans laquelle les élus les plus proches de la population joueraient un rôle central. Une sorte de révolution dans la révolution en quelque sorte, dont Kaïs Saïed se proposait de n’être que l’accoucheur.

Le 25 juillet 2021, quand il a gelé le Parlement, destitué le gouvernement et accaparé tous les pouvoirs, il n’y avait plus grand monde pour défendre une démocratie démonétisée et Kaïs Saïed avait carte blanche pour mettre en œuvre son projet.

Quatre ans après, en guise de révolution, les Tunisiens ont été embarqués dans une autre « transition » qui diffère à une échéance incertaine les bénéfices d’une transformation politique dont on peine à comprendre les contours, pendant que la situation du pays et les conditions de vie ne cessent de se dégrader. Tout ce qui assure les conditions de pérennité d’un régime est en crise. Le hiatus entre le discours de l’entrée dans une nouvelle ère et l’impression de fin de règne est de plus en plus flagrant.

Une vie politique verrouillée

Depuis bientôt trois ans, la vie politique se résume à une interminable chronique judiciaire dont le summum est le simulacre de procès d’un invraisemblable « complot » sorti de l’imagination policière, jugé en appel le 28 novembre. Les arrestations, dans les jours suivant le prononcé du verdict, de la poétesse et opposante Chaïma Aïssa, enlevée en pleine rue au cours d’une manifestation, de l’avocat Ayachi Hammami, figure historique unanimement respectée de la lutte pour la démocratie, et d’Ahmed Nejib Chebbi, engagé depuis les années 1960 dans le combat politique contre la dictature, sonnent le glas de toute vie politique hors des limites définies par le projet du Président.

Très combatif, Ayachi Hammami a entamé une grève de la faim dès le premier jour de son incarcération. « Réjouissons-nous, le temps de la lutte a commencé », avait-il lancé dans un message vidéo enregistré par anticipation. Il appelle à présent l’ensemble des détenus politiques à observer trois jours de grève de la faim, les 22, 23 et 24 décembre pour protester « contre les procès injustes, les peines arbitraires et les décisions de détention abusives ». L’indignation soulevée par son arrestation galvanise la mobilisation.

La condamnation à 12 ans de prison, le 12 décembre, d’Abir Moussi, dirigeante du Parti destourien libre, héritier du RCD (le parti du pouvoir sous Ben Ali), a achevé d’unifier par-delà les divergences idéologiques, l’ensemble des acteurs politiques de la transition démocratique dans un même front contre le régime. Cependant, même unie, cette opposition née ne bénéficie pas d’un surcroît de popularité dans une population majoritairement désabusée à l’égard de la politique.

Une justice aux ordres

L’appareil judiciaire, sous la direction d’une ministre, Leïla Jaffel, particulièrement zélée, a démontré sa soumission aux injonctions de l’exécutif et aux objectifs politiques du régime. Dans des affaires politiques, certains juges d’instruction n’hésitent pas à avouer aux prévenus qu’ils n’ont aucune marge de manœuvre sur l’orientation de leur dossier. Les magistrats qui ont émis des critiques sur la sévérité des peines ou les manquements à la procédure sont convoqués devant les services d’inspection du Ministère pour répondre de leurs propos, a révélé lundi dernier, l’Association des magistrats tunisiens.

La Ligue tunisienne des droits de l’homme s’est vue à plusieurs reprises refuser le droit de visite en prison par l’administration pénitentiaire suite à ses déclarations sur l’état de santé des détenus en grève de la faim. Le Ministère de la Justice a néanmoins démenti l’annulation de ce droit garanti par une convention de 2015, mais exigé de la Ligue qu’elle respecte son devoir de neutralité. Autrement dit, qu’elle ne communique plus sur la situation des détenus.

Des mobilisations sans horizon

Dans la société, les foyers de mécontentement et les troubles sociaux se multiplient. Des émeutes ont éclaté à Kairouan le week-end dernier, suite à la mort d’un jeune homme après avoir été violemment passé à tabac par la police. À Gabès, la mobilisation pour l’arrêt de l’activité et la délocalisation du Groupe chimique tunisien se poursuit. La présidence a formé une commission d’experts pour proposer des solutions à court et à moyen terme. Mais aucune de ses mobilisations, sporadiques ou organisées, ne montefaute d’une alternative désirable. Les organisateurs de la mobilisation de Gabès, très lucides sur l’état de l’offre politique, tiennent à distance toute tentative d’instrumentalisation qui nuirait à leurs objectifs.

La révolution qui n’a pas eu lieu

Les difficultés du pouvoir à régler la crise de Gabès sont à l’image de l’absence de stratégie économique à long terme, pour le phosphate et en général. Selon une source proche de la délégation européenne à Tunis, les autorités tunisiennes ont été approchées par les Européens qui souhaitent remplacer les importations russes et sont prêts à donner la priorité à la Tunisie. Ils ont proposé de financer la remise à niveau de l’ensemble de la filière phosphate tunisienne, de l’extraction à la transformation, mais n’ont trouvé aucun interlocuteur apte à donner suite à la proposition. Cette errance stratégique n’est pas nouvelle. Depuis la révolution, les gouvernements ne sont pas parvenus à formuler une vision stratégique claire.

On touche là au cœur du problème auquel la révolution Kaïs Saïed entendait s’attaquer : répartir le pouvoir de décision économique à l’échelle locale, à travers une pyramide partant de conseils locaux, pour que les régions intérieures, qui détiennent les ressources (les terres agricoles, l’eau, le phosphate, et la main-d’œuvre bon marché) ne soient plus seulement mises au service de la compétitivité internationale des régions du littoral qui détiennent le pouvoir politique et où s’accumule le capital, mais puissent concevoir un modèle au service de l’ensemble de la nation.

Projet séduisant sur le papier, mais qui dévoile vite une difficulté majeure : comment articuler une addition de projets locaux et une stratégie nationale ? En théorie, le lieu de cette synthèse est le Conseil des régions et des districts, créé par la Constitution de 2022. Mais sur un plan pratique, on retrouve la contradiction essentielle du saïedisme : un projet de répartition horizontal et ascendant du pouvoir, mis en œuvre de manière verticale et descendante. En l’occurrence, le plan de développement 2026-2030, censé définir les orientations stratégiques qui guident les choix budgétaires, est élaboré par le Ministère de l’économie, donc, par l’exécutif.

 

Colmatage budgétaire

Il est prématuré de juger de ses résultats. Pour le moment, la Loi de finances 2026 additionne les mesures destinées à colmater les brèches : prise en charge par l’État des cotisations patronales pour l’emploi de diplômés chômeurs pendant cinq ans, prêts à taux préférentiel pour l’investissement dans les régions les moins développées, abandon des dettes douanières de l’Office du commerce et des pénalités fiscales de la Société tunisienne de sucre, allègement de la fiscalité pour la Compagnie des phosphates de Gafsa, aides à l’investissement agricole…

Rien qui dessine de réformes en profondeur en mesure de relancer réellement un investissement au plus bas depuis plusieurs années et d’enrayer le déficit commercial record cette année (plus de 20 milliards de dinars) malgré la baisse des prix du pétrole et de l’alimentation.

Les sociétés communautaires, outil clé du modèle de Kaïs Saïed, conçues pour absorber le chômage et valoriser les ressources locales bénéficient de mesure s de faveur : exonération fiscale, accès prioritaire à la commande publique et aux terres domaniales.

Le débat parlementaire a donné l’occasion, pour la première fois depuis leur élection, de faire entendre leur mécontentement à l’égard du travail du gouvernement, d’auditionner chaque ministre venu défendre son budget, au lieu, comme les années précédentes, d’accepter de remettre à plus tard la concrétisation de « l’État social » promis par Kaïs Saïed. Mais cette impatience, si elle ouvre un espace de contestation, reste dans le cadre du projet présidentiel.

Les députés ont obtenu une série d’allègements de dettes, d’exonérations de taxes, de titularisation de contractuels de la fonction publique… dont la Ministre des Finances a annoncé que l’État serait dans l’incapacité de les financer.

Pendant ce temps, les lois récemment votées touchant directement à la vie économique produisent les effets pervers attendus. La loi sur les chèques qui interdit leur utilisation comme instrument de crédit déguisé a fragilisé les petits commerçants, multiplié les paiements en liquide et favorisé l’utilisation des traités, l’explosion des impayés, puisque leur recouvrement est soumis à de longues procédures judiciaires à la différence des chèques. L’interdiction des CDD et de la sous-traitance pénalise ceux qu’elle entendait protéger : les employeurs ont tendance à préférer demander à leurs employés de créer un statut de travailleur indépendant plutôt que de les salarier. Résultat, ceux-ci basculent dans l’informel.

 

Ligne de fracture géopolitique

Il se dégage de ce tableau une impression paradoxale de dislocation et d’impasse. Combien de temps le régime peut-il tenir dans ces conditions ? Kaïs Saïed ne suscite plus depuis longtemps l’enthousiasme qui est la condition de reproduction du charisme, très particulier dans son cas, qui autorise à s’affranchir impunément des règles.

Son arrivée au pouvoir est contemporaine de la vague des coups d’État post-démocratique au Sahel, nourrie par le rejet souverainiste de l’ingérence occidentale et un discours de reconquête de la démocratie par le peuple. Ce moment s’épuise faute de réaliser les objectifs d’indépendance stratégique, les bénéfices économiques se font attendre, et en fait d’approfondissement de la démocratie, on assiste surtout à une confiscation du pouvoir.

Mais surtout le vent géopolitique tourne et la Tunisie se retrouve de plus en plus isolée à tenter une expérience politique, à l’armature théorique incertaine, dans un Maghreb embarqué dans les dynamiques de recomposition régionale.

D’un côté, l’axe Rabat – Tel Aviv, en passant par Benghazi, Le Caire et Abu Dhabi se consolide, connecté au projet de Washington d’intégration régionale. L’Algérie tente de maintenir l’Égypte, la Libye du Maréchal Haftar et les Émirats Arabes Unis à distance. Dans cette logique, une Tunisie indépendante de cet axe pro-occidental est essentiellement une zone tampon. Mais l’Algérie elle-même a mis la Russie à distance et mise sur les investissements américains pour exploiter son gaz de schiste et conserver son rang de géant africain de l’énergie.

Dans le même temps, dans le cadre de son implantation africaine orientée vers la recherche d’une profondeur stratégique face à l’hégémonie américaine, et accessoirement d’uranium, l’Iran déploie à la fois les partenariats économiques et un soft power, notamment religieux. C’est dans le cadre de cette stratégie que s’inscrit le rapprochement entre Téhéran et Tunis, mais dont la portée reste essentiellement symbolique.

La Tunisie se retrouve sur une ligne de fracture instable, à la marge des grands enjeux. Elle a perdu ce qui un temps a constitué son capital symbolique : la possibilité de démocratisation au sein du monde arabe. Son principal atout stratégique énergétique et sécuritaire, c’est son emplacement sur les routes migratoires qu’elle est chargée de contrôler pour le compte de l’Union européenne.

 

Le rôle de l’armée

L’avenir politique de la Tunisie semble dépendre de l’évolution des équilibres au sein de cette reconfiguration. Pour le moment, le nouvel ambassadeur américain à Tunis semble avoir laissé de côté ses exigences sur la démocratie et le ralliement de la Tunisie aux Accords d’Abraham.

Les acteurs internes sont connectés avec ces dynamiques extérieures. Les organisations démocratiques cherchent le soutien européen. Les Émirats arabes unis continuent de soutenir les héritiers de l’ancien régime. Des liens et des réseaux qui nourrissent la paranoïa de Kaïs Saïed et la traque judiciaire des opposants connectés à ses réseaux.

L’Armée elle, structurellement la plus sensible à l’influence américaine, veille essentiellement à protéger l’État. Si elle n’a jamais joué un rôle politique de premier plan, et n’y aspire probablement pas, c’est souvent elle qui, à la marge, fait pencher la balance dans les moments d’incertitude. Son abstention en janvier 2011 avait isolé un Ben Ali délégitimé et le Ministère de l’Intérieur honni face à la colère populaire. Le 25 juillet 2021, elle a donné un coup de pouce opérationnel discret mais décisif pour appuyer le coup de force de Kaïs Saïed, qu’elle voyait comme un recours dans un moment de déliquescence.

Si l’expérimentation de Kaïs Saïed, pour le moment mal engagée, devait échouer, si la donne géopolitique devait soit s’apaiser, soit au contraire basculer de manière décisive en faveur d’un camp, et si une alternative politique convaincante devait se dessiner, l’armée pourrait être amenée, à la faveur d’une mobilisation populaire suffisamment large et diversifiée, à décider du sort du pays.

Ce moment peut arriver rapidement comme le processus peut se maintenir des années. En attendant, à l’ombre des arbres de la petite place face au gouvernorat de Sidi Bouzid, des jeunes sans perspectives continuent de vendre des fruits et légumes, comme le faisait un certain Mohamed Bouazizi avant de savoir qu’il allait bouleverser la Tunisie et le monde arabe.

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Un documentaire de 2011 sur la Tunisie des oubliés https://mondafrique.com/video/video-la-tunisie-des-oublie/ Thu, 13 Nov 2025 04:27:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=98653 l faut revoir ce document tourné durant le printemps 2011 dans la Tunisie de l'Intérieur, peu après la fuite de l'ex dictateur, le général Ben Ali, vers l'Arabie Saoudite

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Il faut revoir ce document tourné durant le printemps 2011 dans la Tunisie de l’Intérieur, peu après la fuite de l’ex dictateur, le général Ben Ali, vers l’Arabie Saoudite et peu avant les élections de l’automne qui donnèrent la majorité des suffrages aux islamistes et à leurs alliés sociaux démocrates et nationalistes.

Nous étions au début de ce qu’on a appelé le Printemps arabe. Tous les espoirs étaient alors permis d’une réconciliation des valeurs de la démocratie et des préceptes coraniques. La parenthèse est terminée, la Tunisie n’est plus ce formidable laboratoire d’un pays réconcilié avec lui même. « L’Islam et la laïcité ne se contredisent aucunement », expliquait pourtant dans ce film le grand intellectuel Mohamed Talbi disparu depuis.

Un film de Saïd Bakhtaoui et Nicolas Beau pour la chaine LCP

 

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TikTok favorise la diffusion de la musique arabe https://mondafrique.com/loisirs-culture/tiktok-favorise-la-diffusion-de-la-musique-arabe/ Sun, 13 Jul 2025 07:20:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=88644 Pour la musique arabe contemporaine, il y a un avant et un après TikTok.  Dans la région MENA (Moyen Orient, Afrique du Nord), plusieurs artistes arabes ont atteint une dimension internationale grâce  à la plateforme Tik Tok. L’artiste palestinien Saint Levant produit régulièrement des vidéos spécialement conçues pour Tik Tok.  Yassmin Ibrahim utilise la plate-forme […]

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Pour la musique arabe contemporaine, il y a un avant et un après TikTok. 

CULVER CITY, CA – OCTOBER 13: General view of the TikTok headquarters on October 13, 2020 in Culver City, California. (Photo by AaronP/Bauer-Griffin/GC Images)

Dans la région MENA (Moyen Orient, Afrique du Nord), plusieurs artistes arabes ont atteint une dimension internationale grâce  à la plateforme Tik Tok. L’artiste palestinien Saint Levant produit régulièrement des vidéos spécialement conçues pour Tik Tok.  Yassmin Ibrahim utilise la plate-forme pour effectuer des interprétations acoustiques mais aussi pour se construire un personnage décontracté capable d’humour sur lui-même.

Elyanna, une chanteuse palestino-chilienne, qui a commencé sur TikTok, se produira aux Etats Unis, au festival de Coachella qui va débuter le mois prochain.  Elle sera la première interprète orientale à interpréter ses chansons entièrement en arabe sur la scène principale du festival. Cette aartistefait partie d’une nouvelle génération d’interprètes qui, grâce à Tk Tok, font connaître la musique arabe au-delà des frontières géographique de leur pays d’origine. 

Le rappeur tunisien Balti a collaboré avec Elyanna sur la chanson à succès « Ghareeb Alay », et ont tous deux gagné en popularité, tandis que d’autres artistes arabes et de la diaspora expérimentent également de nouveaux sons et styles.

En utilisant des hashtag populaires tels que #arabicmusic ou #arabictiktok, les jeunes du monde entier peuvent découvrir et partager la musique arabe avec un large public. Les videos courtes, filmées verticalement qui répondent à la capacité d’attention (courte) des jeunes générations a permis à des artistes de toucher un large public arabe/musulman, mais aussi au-delà.

26 millions d’utilisateurs en Arabie

Turquie, Arabie saoudite, Égypte, Irak fournissent les plus grosses audiences musicales de TikTok, avec les États-Unis et l’Indonésie. Rien qu’en Arabie saoudite, l’application compte 26,39 millions d’utilisateurs, soit le plus grand nombre de la région. L’Irak et l’Égypte comptent tous deux plus de 23 millions d’utilisateurs, tandis que les Émirats arabes unis en comptent près de 6 millions.

Des artistes pop et de mahraganat (musique électro égyptienne très écoutée) comme Mohamed Ramadan ou Omar Kamal, des étoiles montantes comme Yassmin Ibrahim et les musiciens de Bsmalla Alaa… tous se tournent vers TikTok qui leur assure des audiences surmultipliées 

La musique arabe e Israel

L’industrie mondiale de la musique assiste à ce brutal changement de perspective qui  voit la musique arabe la plus récente franchir les frontières. 

Le journal israélien Haaretz note une percée de la musique arabe en Israël grâce à TikTok. « Les chansons « Wesh Jabak », du chanteur libyen Joudy Alhouti, et « Bum Bum », de Mohamed Ramadan , ont lancé la tendance l’été dernier. Et le dernier exemple en date est « Baby » avec la chanteuse libanaise Sara Al Zakaria, qui a conquis le TikTok local ces derniers mois. De jeunes hommes et femmes israéliens, y compris des femmes soldats, peuvent être vus en train de réciter la chanson sans réfléchir sur le site. Ils sourient à la caméra, dansent avec leurs amis – parfois en uniforme et portant leurs armes ; d’autres fois à la maison ou lors de fêtes. Même des femmes juives visiblement religieuses, les cheveux couverts, se joignent à la fête. »

« Hassan El Shafei  » doit beaucoup à TikTok
« Hassan El Shafei « 

La coupe du Monde au Qatar

Tik Tok n’est pas seul en cause dans ce grand franchissement des barrières. Des événements mondiaux comme la Coupe du monde au Qatar ont servi de puissant vecteur d’exportation de la musique arabe vers un public plus large. Des artistes locaux chantent et célèbrent la compétition et peuvent ainsi acquérir une notoriété qui va au delà des frontières de leur pays.

Netflix offre également la possibilité aux musiciens arabes de mettre en avant leurs créations dans ses séries originales ou documentaires musicaux consacrés à la scène musicale arabe tels que « Jinn », « Hassan El Shafei  » ou encore « Hip Hop Na ». Ces productions peuvent aider à promouvoir différents genres et styles musicaux auprès d’un public international.

Les plateformes de streaming telles que Spotify et Anghami ont aussi rendu plus accessible la musique arabe et ont brisé les barrières conventionnelles de cultures musicales liées à un territoire ethnique ou anthropologique. 

La musique arabe, via les plates formes sociales internationales, vont-elels modifier en profondeur les très conservatrices sociétés islamiques?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’incroyable destin de l’homme d’affaires tunisien Chafik Jarraya https://mondafrique.com/politique/splendeur-declin-de-chafik-jarraya-roi-de-contrebande-tunisienne/ Sun, 11 May 2025 03:30:23 +0000 https://mondafrique.com/?p=17291 La Cour d’appel de Tunis a ramené, dans une décision du 9 mai, la peine de prison de l’homme d’affaires Chafik Jarraya de 101 ans à 4 ans, une information confirmée par son avocat Fayçal Jdellou. Il a bénéficié de la confusion des peines prononcées le 26 décembre 2024, dans une quinzaine d’affaires distinctes de […]

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La Cour d’appel de Tunis a ramené, dans une décision du 9 mai, la peine de prison de l’homme d’affaires Chafik Jarraya de 101 ans à 4 ans, une information confirmée par son avocat Fayçal Jdellou. Il a bénéficié de la confusion des peines prononcées le 26 décembre 2024, dans une quinzaine d’affaires distinctes de corruption et de falsification, dont le cumul atteignait 95 ans, et six ans dans six autres dossiers.

Détenu depuis 2017, il pourrait donc être libéré, mais il reste en détention provisoire dans l’attente d’un procès devant la chambre spécialisée dans les affaires de terrorisme pour « collaboration avec une armée étrangère en temps de paix », reporté au mois de juin.

Chafik Jarraya avait été arrêté le 23 mai 2017 pour « trafic d’armes et intelligence avec une puissance étrangère et complot contre l’État ». Il avait en effet établi des relations d’affaires avec le libyen Abdelhakim Belhaj, l’un des leaders du mouvement islamiste Fajr Libya qui avait pris le contrôle de Tripoli et de l’ouest du pays après la chute de Kadhafi, lui permettant de développer ses activités transfrontalières avec la Libye, alors que le commerce informel prospérait. Les soupçons de liens entre commerce informel et trafic d’armes avaient justifié son arrestation, ainsi que celle deux cadres sécuritaires accusés d’avoir permis la libération de jihadistes en échange de renseignements obtenus grâce aux relations de Chafik Jarraya. Accusation dont ils ont été innocentés en avril 2019. L’homme d’affaires avait été innocenté à son tour six mois plus tard, mais maintenu en détention pour des affaires de corruption.

Mais c’est surtout son soutien à la tentative de Hafedh Caïd Essebsi, fils du président Béji Caïd Essebsi, de prendre le contrôle du parti Nidaa Tounes, qui lui avait valu l’hostilité de son rival, l’ambitieux Youssef Chahed, alors Chef du gouvernement, qui l’avait fait arrêter sous couvert d’une opération « main propre ».

Chafik Jarraya était devenu, avant 2011, l’une des figures de la corruption du régime de Ben Ali. C’est lui qui avait initié Imed Trabelsi (le neveu de Leïla Trabelsi) aux affaires en lui permettant, au début des années 2000, de prendre le monopole de l’importation de bananes d’Amérique latine, point de départ de la montée en puissance du clan Trabelsi qui avait mis la main sur l’économie tunisienne. Et tremplin aussi pour Chafik Jarraya, qui y avait gagné au passage le surnom de « Chafik Banana ».

Après 2011, il avait réussi à se recycler en mettant ses relations au service des nouveaux maîtres du pays, Ennandha d’abord, puis Béji Caïd Essebsi. Et se pensait intouchable en raison du capital de vilains petits secrets qu’il détient sur les uns et les autres.

Alors qu’on le pensait définitivement hors circuit, il est cité avec insistance comme l’auteur d’un des témoignages anonymes sur lesquels reposent les accusations dans l’affaire du « complot ». Une allégation niée par son avocat.
Il est tentant de voir dans la réduction de sa peine, une mesure de clémence pour service rendu, lui permettant une nouvelle fois de rebondir. Mais dans l’attente de la conclusion de son prochain procès, rien ne permet d’en être sûr.

                                                                                Selim Jaziri

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                  Splendeur et déclin de Chafik Jarraya

Surnommé « Chafik Banana », ou encore « monsieur Banane »; en raison des premiers succès commerciaux de ce modeste enfant de Sfax dans la vente des fruits et légumes, Chafik Jarraya force le respect par le parcours incroyable qui fut le sien. Mêlé aux pires turpitudes financières lors de ses débuts en Libye en compagnie du clan Trabelsi, du nom de l’épouse de l’ex président Ben Ali, Leila Trabelsi, ce bandit souriant traversa sans encombres le printemps arabe de 2011.

L’ancien allié d’une dictature qui emprisonna et tortura des milliers d’islamistes noua une solide alliance avec les proscrits d’hier et passa ainsi à travers les gouttes des ennuis judiciaires qui auraient du l’attendre.

L’intermédiaire obligé

Au mieux avec les dirigeants islamistes d' »Ennahdha » qu’il arrosa généreusement une fois ceux ci parvenus au pouvoir en 2012 et 2013, le généreux homme d’affaires noua également une alliance solide avec Abdelhakim Belhadj, un des chefs libyens du mouvement « Fajr Libya », qui rêgna en maitre sur les milices et les puits de pétrole de la région de Tripoli avant de ses consacrer aujourd’hui aux ventes d’armes en compagnie de ses amis turcs.

En l’absence de toute relation diplomatique entre la Tunisie et la Libye dans les années post printemps arabe, « monsieur Banane » devint l’intermédiaire obligé entre Tunis et Tripoli et joua le « monsieur Bons Offices » entre les deux capitales. Ce qui ne l’empêcha pas de vendre  de nombreux biens immobiliers aux anciens cadres du régime de Khadafi réfugiés en Tunisie avec des sacs remplis de dollars. De l’art de joindre l’utile et l’agréable….

C’est l’époque où l’on découvre l’ami Jerraya dans les cafés de l’avenue Bourguiba proposant l’échappée belle, tous frais payés, chez ses « frères » libyens. Ainsi Isabelle Mandraud, responsable à l’époque du Maghreb au journal « Le Monde », répondit à l’invitation qui déboucha sur un livre qui fera date et qui était consacré au parcours d’Abdelhakim Belhadj. Le titre, largement mensonger, « du jjihad aux urnes » est à mettre au crédit des efforts de communication de Jerraya.

Pour peu que les islamistes tunisiens quittent le pouvoir fin 2013, et ce communicant hors pair se rapproche du fils du nouveau président tunisien, Hafedh Caïd Essebsi, à qui son père confie la direction du mouvement, Nidaa Tounes, fondé en 2012. Hafedh et Chafik font la paire, ne se quittent plus et concluent ensemble, à l’ombre de l’Etat, de juteux contrats.

Tout allait donc pour le mieux dans le royaume enchanté de Chafik Jerraya, jusqu’à ce jour fatal où il s’est bêtement embrouillé avec son nouvel associé, le fils du Président. Et de là vont naitre tous ses ennuis…..

Coup de tonnerre

Par une belle journée de mai 2017 dans ce quartier des Berges du lac, dont il possède une bonne partie de l’immobilier, notre flamboyant homme d’affaires est interpellé. Qui plus est, il est mis au secret par la justice militaire, qui n’a de comptes à rendre qu’au chef de l’Etat. Et elle l’inculpe d’intelligence avec l’ennemi et de trahison, dans un contexte de terrorisme qui fait de lui l’homme à abattre.

L’opération de communication organisée autour de cette arrestation est parfaitement orchestrée. Sans attendre, le jeune Premier ministre, Youssef Chahed, entame une vaste croisade contre l’argent sale. « C’est la corruption ou l’Etat, déclare-t-il, la corruption ou la Tunisie. J’ai choisi la Tunisie et l’Etat ». Autant de déclarations qui lui assurent une popularité soudaine dans une opinion publique touchée de plein fouet par la crise et lasse de voir la corruption s’installer au coeur de l’Etat.

Depuis une année au moins, la hache de guerre avait été déterrée entre Chafik Jerraya et l’entourage présidentiel. « Le Premier ministre n’est pas en mesure de mettre une chèvre en prison », avait-il déclaré, fanfaron et sur de son impunité puisqu’assis sur son tas de secrets. C’était sans compter sur l’action de Sihem Bensedrine, l’ancienne opposante à Ben Ali devenue la présidente de « l’Instance Vérité et Dignité » chargée d’enquèter sur les atteintes aux droits humains sous la dictature. Or dans les premiers mois de 2017, cette opposante déterminée de la corruption ambiante et adversaire du président Beji était décidée à élargir son champ de compétence et à s’intéresser, au delà des droits de l’homme, aux malversations économiques. Ce qu’elle fit dans les premiers jours du mois de mai 2017 en interrogeant dans sa prison Imed Trabelsi, le neveu de la femme de Ben Ali, qui se disait prèt à livrer quelques secrets de fabrication.

Panique au Palais de Carthage

Dans l’entourage du président Beji, on craint le pire. Dans la foulée, Sihem Bensedrine que rien n’arrête s’apprèterait à interroger Chefik Jerraya, Et ce dernier, imprévisible et rancunier, pourrait bien raconter les frasques commises avec Hafedh, le fils de Beji. Il fallait agir rapidement. La décision est prise au sommet de l’Etat d’en appeler à la justice militaire plus facile à manipuler  et de faire passer Jerraya pour un ennemi de la patrie.

Encore fallait-il trouver l’affaire pendable qui permettrait à la justice militaire de « doubler » ainsi l' »Instance Vérité et Dignité » et de prévenir tout bavardage inutile. C’est ainsi qu’un dossier va être monté de toutes pièces pour habiller la mise en cause de Chafik Jerraya. Plus grave, deux grands patrons de l’anti terrorisme au ministère de l’Intérieur vont payer de leur liberté la minable cabale montée contre Jerraya. Il s’agit d’Imed Achour et de Sabbeur Laajili qui avaient été nommés en décembre 2015 respectivement directeur général des services spéciaux et chef de la brigade anti terroriste nationale. Après l’année noire des attentats en 2015, ces deux patrons de la police antiterroriste ont permis de reconstruire l’appareil sécuritaire.

Ce sont eux deux notamment qui purent contrer l’offensive des commandos djihadistes venus de Libye qui avaient investi, le 7 mars 2016, la ville frontière de Ben Gardane. Or ces deux grands flics sont aujourd’hui en prison accusés eux aussi de trahison en raison de leur supposée complicité avec Chafik Jerraya. Cette situation inédite provoque un profond malaise au sein des forces sécuritaires tunisiennes qui sept ans après le départ du président Ben Ali et l’éviction de nombreux cadres de la police liés au régime passé, commençaient à se réorganiser enfin.

Une mascarade judiciaire

Venons en aux faits qui leur sont reprochés. Avec l’accord de leur ministre, à l’époque Najem Gharsali qui devrait être lui aussi mis en examen prochainement, Imed Achour et Sabbeur Laajili avaient reçu à sa demande Chafik Jerraya. Lequel leur avait proposé, avec la rouerie qui lui est propre et son sens aussi des réseaux, de les mettre en relation avec ses amis islamistes libyens de « Farj Libya »i. Ces derniers en effet détenaient à la maison d’arrêt de Sebrata, un des fiefs djihadistes en Libye, des jeunes tunisiens susceptibles d’être interrogés et de dévoiler leurs secrets.

Dans une pure logique de renseignement, les deux patrons de l’anti terrorisme acceptèrent le deal qui leur permit en effet d’obtenir de précieuses informations sur les cellules dormantes de l’Etat Islamique. En 2016, de nombreuses arrestations de djihadistes furent possibles qui doivent beaucoup à ces discrets échanges entre les milices de Farj Libya et le ministère tunisien de l’Intérieur. Et c’est cela qui leur est aujourd’hui reproché bien à tort dans ce qui s’apparente à une mascarade judiciaire.

La face cachée de l’affaire Jerraya, la voici: l’Etat tunisien n’a pas hésité à décapiter ses services anti terroristes pour faire taire un chef contrebandier. Ce n’est pas glorieux !

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Tunisie, rendez nous l’ex président Zine Ben Ali ! https://mondafrique.com/libre-opinion/tunisie-rendez-nous-ben-ali/ https://mondafrique.com/libre-opinion/tunisie-rendez-nous-ben-ali/#comments Tue, 22 Apr 2025 04:13:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=86345 Des dizaines de personnalités – pêle mêle des opposants démocrates, des journalistes indépendants, des hommes d’affaires, des islamistes conservateurs et pour des raisons mystérieuses, le français Bernard Henri Lévy-  sont poursuivies dans le cadre d’un hypothétique  complot contre l’État mis en avant par le président tunisien, Kaïs Saïed, saisi par une espèce de paranoia messianique […]

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Des dizaines de personnalités – pêle mêle des opposants démocrates, des journalistes indépendants, des hommes d’affaires, des islamistes conservateurs et pour des raisons mystérieuses, le français Bernard Henri Lévy-  sont poursuivies dans le cadre d’un hypothétique  complot contre l’État mis en avant par le président tunisien, Kaïs Saïed, saisi par une espèce de paranoia messianique qui laisse loin derrière, en termes d’atteintes aux libertés,  le régime despotique qu’avait instauré l’ex Président Ben Ali entre 1987 et 2011 (1). « La culpabilité des mis en cause a été établie par l’histoire, a-t-il déclaré devant les cadres du ministère de l’Intérieur, avant de l’être par les tribunaux ».

Voici le président tunisien, Kaïs Saïed, qui, sur fond d’une faillite économique retentissante et d’un populisme crapuleux contre les migrants, détecte chaque jour ou presque des complots et des tentatives d’assassinat pour expliquer les pénuries grandissantes ou les résistances à ses dérives autocratiques.

Où s’arrêtera la folle spirale répressive du chef de l’État tunisien qui a accaparé l’essentiel du pouvoir depuis son coup de force du 25 juillet 2021? Certes, ses récentes attaques indignes contre les migrants sub-sahariens, sources de tous les maux, lui valent un regain momentané de popularité auprès de certaines franges de la population tunisienne. Kaïs Saîed a même rallié  ainsi le soutien du gouvernement italien d’extrême droite trop heureux de le voir contenir les flux migratoires. Pour le reste, le président tunisien, déja lâché par les  Américains, est de plus en plus isolé sur le plan international. À l’exception du soutien discret  des régimes syrien et iranien et de l’engagement à ses cotés des services secrets algériens devenus omniprésents à Tunis.

Zine Ben Ali , président entre 1987 et 2011, n’a pas eu l’intelligence politique d’ouvrir son régime à la démocratie, mais il a eu au moins le mérite de moderniser son pays

Emmanauel Macron, en retard d’un train

Dans un tel contexte délétère, on assiste au grand silence de Paris alors que certains ressortissants français-BHL et d’autres-, sont poursuivis par une justice aux ordres. Au nom d’une hypothétique stabilité régionale et par peur d’un retour  sur le devant de la scène des islamistes du mouvement Ennahdah, qui furent aux commandes en 2012 et 2013. Ces notables pieux exercèrent alors le pouvoir pour pour le meilleur, grace à une capacité d’intégration politique, emais ausi pout le pire, qui prit la forme d’un bilan économique calamiteux. 

Plus grave, Emmanuel Macron a apporté en novembre 2023 son soutien à « son ami Kaïs Saïed » et a souhaité que « le changement politique en cours (???) puisse aller jusqu’à son terme ». Une façon, alors que le Président tunisien élimine méthodiquement le moindre contre pouvoir démocratique, d’effacer l’immense espoir démocratique du printemps tunisien en 2011, date de la fuite de l’ex Président Ben Al vers l’Arabie Saoudite, une confortable maison de retraite pour autocrates fatiqués.  

La diplomatie française sous la houlette d’Emmanuel Macron reproduit les errements de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy face à feu Ben Ali, mais en pire. Le tournant messianique pris désormais par le régime de Kaïs Saied est autrement plus dévastateur que la gouvernance autoritaire du général Ben Ali. C’est avec une telle  posture que la France de Macron  prépare le revirement anti français d’une opinion publique tunisienne certes francophile, mais attachée aux acquis démocratiques de cette dernière décennie.

Le niveau baisse

De Ben Ali à Kaïs Saied, le niveau a considérablement baissé. Le premier était un vrai dictateur, le second en est une pâle copie, sans colonne vertébrale, ni réels soutiens au sein de l’État. Certes, Zine Ben Ali, en bon militaire, ne possdait pas un logiciel démocratique. Mais il a eu au moins le mérite de moderniser son pays, au point d’être le premier chef d’état en Afrique à signer un accord de libre échange économique avec l’Europe. À l’époque, les taux de croissance oscillaient autour de 6%, sauf à la toute fin de son règne et on trouvait du pain et des médicaments dans les souks tunisiens. .

En revanche, Kaïs Saied, confronté à une crise économique sans précédent, semble dépassé, incapable même de boucler un accord avec le FMI. Le président tunisien ne sait que dénoncer l’affairisme, la corruption, les migrants ou encore le parlementarisme, mais sans formuler le moindre projet, ni pondre la moindre réforme. 

Un fascisme d’opérette

Les deux dictateurs diffèrent par leur capacité de négociation respective. Le premier était capable d’incarcérer et de torturer des milliers d’islamistes, mais il a su négocier avec d’autres forces sociale, qu’il s’agisse de ses partenaires occidentaux, de certains opposants ralliés au régime ou encore de la puissante UGTT, le grand syndicat tunisien qui aura constitué un contre pouvoir incontournable depuis l’Indépendance de La Tunisie.

Premier flic du pays, le général Ben Ali savait contrôler l’appareil sécuritaire, voire sanctionner certains dérapages en excluant 2000 policiers du ministère de l’Intérieur en dix sept ans. Seul contre tous face au peuple tunisien dont il flatte la part sombre, Kais Saied navigue à vue. On le découvre incapable du moindre compromis, toute critique s’apparentant désormais à un complot..

Malgré la corruption du clan présidentiel et les dérives de l’appareil policier, qui avaient gangrené la Tunisie de 1987 à 2011, le Président Ben Ali tenait son pays, certes d’une main de fer, mais en s’appuant sur une technocratie efficace. Ce n’est plus le cas de Kaïs Saïed qui glisse par dérives successives vers un fascisme d’opérette, que notre ancien professeur de droit constitutionnel semble incapable d’organiser, et encore moins de revendiquer clairement, tans le pouvoir tunisien est désormais hors sol..

(1) Le signataire de cette libre oponion, co-auteur avec Jean Pierre Tuquoi et Catherine Graciet, de deux livres sur la dictature tunisienne -« Notre ami Ben Ali » et « la Régente de Carthage »- ne peut pas être suspecté de la moindre indulgence pour le bilan global du régime défunt de l’e dictateur.

(2) Lire dans « le Monde » (daté 02/03) l’excellente contribution de Hatem Nafti, « le régime de Kais Saied ,n’a pas changé de nature, mais de degré de répression ».

https://mondafrique.com/la-terreur-se-repand-en-tunisie/

  

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Le nouvel ambassadeur américain Bill Bazzi met la Tunisie sous pression https://mondafrique.com/international/le-nouvel-ambassadeur-americain-bill-bazzi-met-la-tunisie-sous-pression/ Wed, 02 Apr 2025 04:27:22 +0000 https://mondafrique.com/?p=130946 Le président Donald Trump poursuit sa recomposition en profondeur de la diplomatie américaine, en désignant Bill Bazzi, le maire de Dearborn Heights dans le Michigan, l’un de ses fervents soutiens, comme nouvel ambassadeur « en treillis militaire » à Tunis, en remplacement de Joey R. Hood, en fonction depuis février 2023. Que sait-on de ce nouvel « ambassadeur […]

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Le président Donald Trump poursuit sa recomposition en profondeur de la diplomatie américaine, en désignant Bill Bazzi, le maire de Dearborn Heights dans le Michigan, l’un de ses fervents soutiens, comme nouvel ambassadeur « en treillis militaire » à Tunis, en remplacement de Joey R. Hood, en fonction depuis février 2023. Que sait-on de ce nouvel « ambassadeur en treillis militaire » comme aiment certains à le décrire.

L’annonce d’une relance des Accords d’Abraham alors que Donald Trump à désigné un proche, le libano-américain Bill Bazzi, pour le représenter à Tunis, va mettre à l’épreuve la solidité de la position tunisienne face à Israël.

 Selim Jaziri

Le choix de Trump comme ambassadeur des États-Unis à Tunis – en remplacement de Joey Hood, en poste depuis février 2023 et jusqu’en juillet prochain – est tout sauf anodin. Bill Bazzi, jusque là maire de Dearborn Heights, Michigan, dans l’agglomération de Détroit, fait partie, en effet, du cercle de confiance du Président américain.

Récompense

« Bill », Bilal Bazzi, chiite originaire du sud-Liban, a servi 21 ans dans le corps des Marines, notamment au sein de la police militaire, en tant que chef du renseignement, et comme responsable de la sécurité des données, avant de travailler dans les des compagnies privées (Ford et Boeing). Sa nomination est une manière de récompenser le rôle très actif qu’il a joué durant la campagne présidentielle en faveur de Trump, auprès de la plus importante communauté arabo-musulmane des États-Unis. Contribution qui s’est avérée décisive pour emporter ce « swing state », avec 80 000 voix d’avance sur 5,6 millions d’électeurs. A Dearborn Heights, le ticket Biden-Harris l’avait emporté  en 2020, avec 69% des voix, en 2024, Trump a battu Kamala Harris par 44% contre 38% (et 15% pour la candidate écologiste Jill Stein). Amer Ghalib, maire d’une municipalité voisine, Hamtramck, a été nommé en poste au Koweït pour les mêmes raisons.

Les électeurs arabes avaient bien sûr sanctionné l’administration Biden pour son soutien sans faille au génocide à Gaza, et Kamala Harris pour son incapacité à accorder la moindre considération aux voix palestiniennes et à se démarquer de la ligne du Président sortant durant sa campagne.

Mais Donald Trump était également parvenu à convaincre une partie des électeurs arabes, avec l’appui de relais comme Bill Bazzi et Amer Ghalib, qu’il était en mesure de mettre fin à la guerre et d’instaurer une paix durable au Proche Orient.

Relancer les Accords d’Abraham

On connaît la conception trumpienne de la paix, elle consiste à épouser les contours du rapport de force et à se conformer aux intérêts américains, pas à fonder un ordre stable sur un principe de justice. C’est la logique des Accords d’Abraham qu’il avait lancés à partir de l’été 2020 : ils consistent à promouvoir la normalisation entre les États arabes et Israël, tout en entérinant la colonisation de la Cisjordanie avec ses terres et ses ressources aquifères, le contrôle israélien sur la Vallée du Jourdain et l’annexion de Jérusalem-Est, en échange d’un futur État palestinien morcelé et sans réelle souveraineté. En d’autres termes il s’agit de dissoudre les droits politiques palestiniens dans les promesses d’investissements saoudiens, émiratis et qataris, et d’enterrer ainsi définitivement la question palestinienne. Le Maroc, les Émirats arabes unis, Bahrein et le Soudan ont conclu un tel accord. Les Saoudiens étaient sur le point de le faire avant l’attaque du 7 octobre.

Bien que les paramètres de ce « deal du siècle » outrageusement favorable à Israël aient contribué à convaincre le Hamas de renverser la table et de lancer son opération, Donald Trump a annoncé vouloir le relancer lors d’un Iftar à la Maison banche, le 27 mars, en présence de représentants de la communauté musulmane, et notamment de « Bill » Bazzi. « Nous tenons nos promesses envers la communauté musulmane, a-t-il déclaré lors de ce dîner. Mon administration mène une diplomatie active pour instaurer une paix durable au Moyen-Orient, en s’appuyant sur les accords d’Abraham, qui constituent une avancée historique… ».

C’est donc cette stratégie que le nouveau diplomate est chargé d’appliquer à Tunis, dans un contexte dramatisé par la mise en œuvre d’un plan de déportation de masse des habitants de la bande de Gaza totalement détruite, de la préparation de l’annexion d’une partie de la Cisjordanie et de la liquidation de la question des réfugiés.

La Tunisie en position de faiblesse

Bill Bazzi est un proche de Massad Boulos, lui aussi libanais, conseiller du Président pour les affaires arabes (et accessoirement beau-père de sa fille Tiffany Trump). Donald Trump a également choisi deux autres Libanais pour des postes sensibles : Thomas Barrack à Ankara et Michel Issa à Beyrouth. Plus qu’une récompense, la désignation de Bill Bazzi, semble donc éminemment politique et indique que la nouvelle administration américaine a des projets pour la Tunisie.

La pression sur Tunis pour avancer vers une normalisation avec Israël risque donc de s’accroître alors que les prétentions de Kaïs Saïed à affirmer la souveraineté nationale et à marquer sa distance avec le camp occidental reposent sur une base matérielle et une donne géopolitique qui lui laissent, en réalité, peu de marge de manœuvre.

Sa fragilité financière rend la Tunisie dépendante des contributions extérieures, et notamment de l’Arabie saoudite, globalement alignée sur les objectifs de l’administration Trump dans la région.

L’armée tunisienne ne cesse, elle, de renforcer son intégration au dispositif stratégique américain en Afrique. Elle est équipée et formée par les États-Unis, elle participe aux exercices de l’AFRICOM. Tunis a accueilli en décembre dernier le forum « Silent Warrior » organisé par l’armée américaine, qui réunit les forces chargées des opérations spéciales sur le continent.

Sur un plan régional, le « Front du refus » opposé à la normalisation avec Israël est de plus en plus dégarni. La priorité des nouveaux dirigeants syriens est désormais d’obtenir la levée des sanctions américaines et d’être sortis de la liste des organisations terroristes, alors que le potentiel militaire de la Syrie a été quasiment intégralement détruit par Israël dans les semaines qui ont suivi la chute de Bachar el Assad. L’Iran, privé du relais du Hezbollah, est dans le collimateur des États-Unis.

La normalisation avec Israël est le cauchemar de l’Algérie qui y verrait la dilapidation de son héritage anticolonial et une défaite face au rival marocain, solidement amarré à la rive atlantique. Mais Alger n’a plus que la Tunisie pour échapper son encerclement stratégique et n’a plus guère d’autre option que de renforcer aussi ses liens avec les États-Unis, jugés plus fiables que la Russie pour sécuriser le Sahel et investir dans l’exploitation des ressources énergétiques.

Rhétorique et groupuscule face à une lame de fond

Kaïs Saïed a beau avoir inscrit dans le Préambule de la Constitution de 2022 le droit à l’autodétermination du peuple palestinien et la libération de « sa terre volée ». La Tunisie considère tout rapprochement avec Israël comme un crime de haute trahison. La présidence s’en tient à une ligne diplomatique pointilleuse pour éviter tout ce qui constituerait une reconnaissance de « l’entité sioniste », y compris l’emploi du terme « normalisation ». Kaïs Saïed pourra-t-il dépasser le stade rhétorique?

En novembre 2023, il avait demandé au Président de l’Assemblée Ibrahim Bouderbala de retirer le texte sur la criminalisation de toute forme de relation avec « l’entité sioniste », en cours d’examen, en raison « des effets négatifs [qu’il] représente […] sur la sécurité extérieure de la Tunisie et ses intérêts ». Il n’aurait pu évoquer plus clairement les pressions étrangères. De fait, le projet maximaliste aurait abouti à la criminalisation de milliers d’individus engagés dans des relations personnelles.

Déjà, durant la rédaction de la Constitution votée en 2014, les députés avaient dû renoncer sous la pression de Human Rights Watch, mais surtout de l’Allemagne et des États-Unis à voter les articles proscrivant la normalisation « avec le sionisme et l’État sioniste ».

L’ensemble des forces politiques est opposée à la normalisation, mais sa criminalisation ne fait pas consensus et certains acteurs ne souhaitent pas mettre à mal les partenariats avec les pays occidentaux. On imagine mal Kaïs Saïed céder sur une question quasi-existentielle à ses yeux, mais même lui doit composer. Habib Bourguiba en son temps se méfiait des positions maximalistes et ménageait ses alliés américains. Ben Ali avait entamé une discrète coopération économique et sécuritaire avec Israël. La normalisation est historiquement une ligne rouge pour l’UGTT, mais l’organisation syndicale a perdu l’essentiel de sa puissance depuis 2021 et n’a plus le rôle de co-gestion de l’État qu’elle avait hérité de sa contribution au mouvement national avant l’indépendance.
L’opposition de la rue serait suffisante pour contrer une pression américaine ? La sympathie pour la cause palestinienne est très largement partagée dans l’opinion tunisienne, mais le mouvement anti-normalisation organisé peine à dépasser le stade groupusculaire et la mobilisation populaire depuis le début du génocide à Gaza est sans commune mesure avec les manifestations qu’on a pu voir à Rabat par exemple. Du reste, comme à l’époque de Ben Ali, le régime se méfie de manifestations qui pourraient rapidement se tourner contre lui.

Alors que s’accélère une recomposition régionale dont le futur Ambassadeur s’annonce comme l’un des messagers, et dans laquelle l’administration est prête à engager toute sa force, la Tunisie n’aura plus beaucoup de profondeur stratégique pour maintenir un rempart où les brèches se multiplient, et contenir cette lame de fond.

 

 

 

 

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Tunisie, souvenons nous de Khémaïs Toumi, amoureux de la liberté https://mondafrique.com/libre-opinion/tunisie-khemais-toumi-lamoureux-de-la-liberte/ Sun, 23 Feb 2025 03:35:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=20801 Alors que la Tunisie s’enfonce à nouveau dans une nuit sans fin avec la dictature aveugle de Kaïs Saied, souvenons nous de cette figure incontournable de l’opposition au régime du général Ben Ali que fut Khémaïs Toumi qui s’est s’éteint à Tunis dans la nuit du 20 au 21 juin 2018. L’hommage de Frédéric Brun […]

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Alors que la Tunisie s’enfonce à nouveau dans une nuit sans fin avec la dictature aveugle de Kaïs Saied, souvenons nous de cette figure incontournable de l’opposition au régime du général Ben Ali que fut Khémaïs Toumi qui s’est s’éteint à Tunis dans la nuit du 20 au 21 juin 2018.
L’hommage de Frédéric Brun et Nicolas Beau.
Notre ami Khémaïs nous a quittés en cette nuit sans lune. Le monde s’est soudainement assombri. Khémaïs était en effet un  forcené de la liberté, un amoureux de l’amitié, un pourfendeur de l’injustice. Jusqu’à la déraison…

Excès de vie !

Comment oublier ces journées de l’après Ben Ali où tout semblait possible! La joie de ce grand opposant qui regagnait la Tunisie en janvier 2011 au mépris des mandats d’arrêt qui n’avaient pas encore été effacés des ordinateurs de la police de la dictature! La table ouverte, les emportements salvateurs, les discussions fiévreuses qu’il animait, entre deux coupes de champagne, dans la suite louée à l’hôtel Sheraton, devenu durant l’hiver 2011 la joyeuse agora d’une Tunisie trop longtemps cadenassée et enfin réconciliée avec elle même.
Les tirs de barrages de quelques juges corrompus et insensibles au nouvel élan révolutionnaire l’empêchèrent de retrouver ses biens. Jamais Khémaïs ne fut saisi par le découragement ou le ressentiment. A l’attaque! Le monde de demain sera meilleur, il le croyait, et il avait la belle habitude de rêver sa vie.
Les accidents vasculaires qui l’avaient frappé n’entamèrent guère son optimisme. La maladie qu’il traitait par le mépris eut finalement raison de lui. C’est que malgré l’immense énergie qu’il a toujours manifestée, son état de fragilité lui était devenu insupportable. Mourir pour mourir, Khémaïs a choisi de mourir libre, avant que la dépendance ne le guette.

Le devoir d’amitié

Sa souveraineté d’homme l’a toujours rendu inclassable. Ce qui en fit un des opposants les plus irréductibles au général Ben Ali. Nombreux sont les adversaires de la dictature, même si certains l’ont oublié, qui lui doivent une fière chandelle financière. Les ouvrages comme « Notre ami Ben Ali » paru en 1999 ou « La Régente de Carthage » publié en 2009 n’auraient jamais existé sans sa force de persuasion et son sens politique. C’est Khémaïs qui eut la fantastique intuition que la dénonciation de la corruption du régime serait plus efficace que les pétitions en faveur des droits de l’homme qui, hélas, n’émouvaient plus personne.
Les amis de Ben Ali ne s’y trompèrent pas qui virent en Khémaïs Toumi l’homme à abattre. Via les réseaux de Charles Pasqua, le défunt ministre français de l’Intérieur qui n’avait rien à refuser à la dictature, le palais de Carthage fit tout pour obtenir son extradition en décembre 2002. Heureusement, des magistrats français courageux ne marcheront pas dans cette mascarade judiciaire et éviteront à Khémaïs, mais de peu, d’aller croupir dans les geôles tunisiennes.

Une générosité romanesque

Le citoyen du monde qu’il resta toute sa vie avait la passion de la fraternité. Seules ses deux filles, Nour et Yasmina, qu’il chérissait par dessus tout, pouvaient le détourner de son devoir d’amitié. Notre jeunesse en Tunisie ou en France, nos combats politiques qui ont suivi auront été indissociables de cette force d’entrainement qu’il manifesta dans des cercles d’amitiés toujours renouvelés. Sa générosité était inépuisable, surtout dans les pires moments de la vie. Le nombre et la qualité des personnalités qu’il a soutenues est impressionnante. Au détriment de sa propre survie financière, lui qui n’avait besoin de rien, sauf du superflu.
Libertaire aux accents bonapartistes, Khémaïs ne comptait ni son temps, ni son argent pour séduire des milieux les plus divers, dont certains sentaient le souffre et d’autres le jasmin. Ce grand militant percevait les enjeux politiques avec une intuition particulière et l’acuité des anciens trotskistes. Notre ami se mettait en danger constamment, et pas seulement au volant de sa voiture, mais dans des aventures quotidiennes politiques, personnelles ou professionnelles. Ce qui nous fascinait par dessus tout, nous qui avons adopté des existences plus conformes.
« Il y a une faille en toute chose, a chanté Leonard Cohen, c’est par là qu’entre la lumière ». Khémaïs était cette tache de lumière qui nous réconfortait dans un monde trop gris.
Qu’il repose en paix auprès de ses parents dans le cimetière de Grombalia au sud-est de Tunis.

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La lourde condamnation de Rached Ghannouchi, le leader islamiste tunisien https://mondafrique.com/politique/larrestation-de-ghannouchi-le-faux-pas-de-trop/ https://mondafrique.com/politique/larrestation-de-ghannouchi-le-faux-pas-de-trop/#comments Thu, 06 Feb 2025 07:54:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=89332 Des journalistes et plusieurs personnalités politiques tunisiennes, dont le plus célèbre des opposants au président Kaïs Saïed, Rached Ghannouchi, ont été condamnées mercredi 5 février à de lourdes peines de prison pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Le verdict a aussitôt été critiqué par des proches d’accusés et par le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), […]

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Des journalistes et plusieurs personnalités politiques tunisiennes, dont le plus célèbre des opposants au président Kaïs Saïed, Rached Ghannouchi, ont été condamnées mercredi 5 février à de lourdes peines de prison pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Le verdict a aussitôt été critiqué par des proches d’accusés et par le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), qui l’ont qualifié de « politique » et d’« injuste ».

M. Ghannouchi, 83 ans et chef du parti islamo-conservateur Ennahda qui fut l’homme clé de ce qu’on a appelé le printemps arabe où il aura montré de vraies qualités de modération et de capacité de compromis;  a été condamné à vingt-deux ans de prison, ont annoncé à l’Agence France-Presse (AFP) deux avocats. Condamné dans plusieurs autres affaires, il se trouve déjà derrière les barreaux.

Nicolas Beau, le directeur de Mondafrique, en entrtien avec Rached Ghannouchi avant que le président Kaïs Saïed réprime violemment tous les partis politiques d’opposition

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La lourde condamnation contre le leader islamiste tunisien qui fut l’homme fort du pays après le départ du défunt président Ben Ali du pouvoir enterre définitivement le printemps arabe né en 2011, marqué par la participation au pouvoir du mouvement Ennahdha de Ghannouchi et l’espoir d’un alliage des valeurs démocratiques et des valeurs islamistes.

Miné apparemment par la maladie et enfermé dans la solitude du Palais de Carthage avec un soutien sans conviction de l’armée tunisienne, une crise économique gravissime, un appareil sécuritaire tout puissant qui est l’ultime survivance d’un État, le Président tunisien abandonné à lui même et à ses dérives, avec le soutien des Algériens, des Iraniens et des Syriens du moins jusqu’à la chute du tyran de Damas.

Kaïs Saîed se prive avec cette déclaration de guerre à la mouvance islamiste, de tout compromis avec une force qui tout comme le puissant syndicat de l’UGTT, est capable de canaliser la révolte populaire qui, un jour, pourrait l’emporter comme elle a balayé le général Ben Ali et les siens.

L’arrestation du leader islamiste provoque un séisme sans précédent au sein d’une société tunisienne désemparée et fracturée.  Sans passé politique ni projet pour des lendemains sombres, le président tunisien, en situation d’apesanteur, tente quelques dernières cartouches démagogiques comme la condamnation de tout opposant et la chasse aux migrants sub sahariens, comme l’explique un ancien ministre: « Des hordes d’immigrés clandestins provenant d’Afrique subsaharienne déferlent sur la Tunisie. Ils sont à l’origine de violences, de crimes et d’actes inacceptables. […] dans le but de métamorphoser la composition démographique de la Tunisie et de la transformer seulement en un Etat africain qui n’appartienne plus au monde arabo-islamique ».

Le Président tunisien, qui n’est clairement pas à niveau, est désormais sur un siège éjectable ! 

 

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Sept influenceurs tunisiens maintenus en détention https://mondafrique.com/confidentiels/sept-influenceurs-tunisiens-maintenus-en-detention/ Fri, 24 Jan 2025 09:26:29 +0000 https://mondafrique.com/?p=125670 La justice tunisienne poursuit ses actions contre les créateurs de contenus jugés inappropriés sur les réseaux sociaux. Parmi les huit influenceurs qui comparaissaient devant la cour d’appel, sept restent finalement en prison en attendant un verdict définitif prévu pour le 5 février.  Afifa Ben Abdallah, influenceuse populaire sur TikTok, est la seule à avoir été […]

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La justice tunisienne poursuit ses actions contre les créateurs de contenus jugés inappropriés sur les réseaux sociaux. Parmi les huit influenceurs qui comparaissaient devant la cour d’appel, sept restent finalement en prison en attendant un verdict définitif prévu pour le 5 février. 

Afifa Ben Abdallah, influenceuse populaire sur TikTok, est la seule à avoir été libérée après avoir purgé deux mois de détention. Initialement condamnée à un an et demi de prison, sa libération a été confirmée ce mercredi par son avocat, Mounir Ben Salha.

La Cour d’appel de Tunis a en revanche décidé de maintenir la détention provisoire de sept autres créateurs de contenus. Ces derniers, condamnés en première instance à des peines allant jusqu’à cinq ans, contestent les accusations d’atteinte aux bonnes mœurs et d’incitation à des comportements immoraux. La décision finale de la cour est attendue pour le 5 février.

Ces mesures s’inscrivent dans le cadre d’une campagne initiée le 27 octobre dernier, trois semaines après la réélection de Kaïs Saïed. Un communiqué du ministère de la Justice avait annoncé que des poursuites pénales seraient engagées contre « toute personne qui se livre intentionnellement à la production, à la diffusion ou à la publication d’informations, images ou vidéos de nature à porter atteinte aux valeurs morales ». Une action qui divise l’opinion publique tunisienne, entre protecteurs des préceptes islamiques et défenseurs de la liberté d’expression.

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