Syrie - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/syrie/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Thu, 12 Mar 2026 14:35:28 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Syrie - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/syrie/ 32 32 La ligne rouge d’Ankara dans la guerre contre l’Iran https://mondafrique.com/moyen-orient/la-ligne-rouge-dankara-dans-la-guerre-contre-liran/ https://mondafrique.com/moyen-orient/la-ligne-rouge-dankara-dans-la-guerre-contre-liran/#respond Fri, 13 Mar 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148452 Derrière la guerre contre l’Iran, une bataille se dessine: celle des périphéries, des minorités et des lignes rouges régionales. Pour Ankara, l’affaiblissement de Téhéran reste acceptable tant qu’il ne passe pas par le retour de la carte kurde. Une chronique de Roula Merhej, née à Hama et exilée en France sous le régime d’Hafez el-Assad, […]

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Derrière la guerre contre l’Iran, une bataille se dessine: celle des périphéries, des minorités et des lignes rouges régionales. Pour Ankara, l’affaiblissement de Téhéran reste acceptable tant qu’il ne passe pas par le retour de la carte kurde.

Une chronique de Roula Merhej, née à Hama et exilée en France sous le régime d’Hafez el-Assad, spécialiste des dynamiques géopolitiques du Moyen-Orient.

La guerre qui oppose aujourd’hui l’Iran à la coalition menée par les États-Unis et Israël ne se joue pas uniquement dans le ciel du Moyen-Orient ni dans les eaux du détroit d’Ormuz, dont les perturbations rappellent à quel point l’équilibre énergétique mondial reste fragile. Elle se joue aussi dans les marges du territoire iranien, dans ces zones périphériques où les fractures ethniques, politiques et économiques peuvent devenir des leviers stratégiques. Lorsqu’une guerre ne produit pas de rupture politique décisive par la seule puissance militaire, la tentation apparaît souvent d’ouvrir d’autres fronts. Les regards se tournent alors vers les périphéries du pays visé, là où l’autorité de l’État peut être contestée. Dans le cas iranien, ces marges prennent plusieurs formes : les régions kurdes à l’ouest, les Arabes du Khuzestan au sud, ou encore certaines minorités situées le long des frontières. Mais dans cette équation, un acteur observe ces dynamiques avec une attention particulière : la Turquie. Puissance régionale majeure, membre de l’OTAN mais très attachée à son autonomie stratégique, Ankara peut tolérer une pression accrue sur l’Iran. Elle ne peut en revanche accepter que cette pression passe par un réarmement kurde. Car derrière la guerre contre Téhéran se profile une question bien plus ancienne pour la Turquie : celle du nationalisme kurde et de ses répercussions régionales.

Pour Washington, la tentation d’utiliser la carte kurde n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs décennies, les Kurdes ont été considérés dans certaines capitales occidentales comme des partenaires potentiels dans des régions où les États étaient affaiblis ou hostiles aux intérêts occidentaux. Cette logique s’est notamment illustrée en Irak après la guerre du Golfe en 1991, puis plus récemment en Syrie dans la lutte contre l’État islamique. Les Forces démocratiques syriennes, dominées par les milices kurdes des YPG, ont constitué l’un des partenaires militaires les plus efficaces de la coalition internationale contre l’organisation djihadiste. Pour les États-Unis, cette alliance répondait avant tout à une logique opérationnelle : disposer d’une force locale capable de mener les combats terrestres sans engager massivement de troupes américaines. Mais cette stratégie s’est toujours accompagnée d’une ambiguïté fondamentale. Les Kurdes ont souvent été des partenaires tactiques dont l’importance dépendait des priorités stratégiques du moment. L’évolution récente de la situation syrienne l’illustre bien. À mesure que Washington réduisait son engagement militaire dans le nord-est du pays, les forces kurdes ont été contraintes de redéfinir leur avenir politique et sécuritaire. Leur intégration progressive dans les structures de l’État syrien a constitué un tournant important pour Ankara. La disparition d’une entité kurde autonome armée à la frontière turque a été perçue comme un facteur de stabilisation.

Ankara face au spectre d’un réarmement kurde

Du point de vue américain, l’intérêt stratégique est compréhensible. L’Iran demeure un État centralisé mais profondément hétérogène et certaines régions périphériques entretiennent depuis longtemps des relations complexes avec le pouvoir central. Dans un contexte de guerre et de pression internationale accrue, ces zones peuvent apparaître comme des points de fragilité potentiels. La logique est simple : si la pression extérieure ne suffit pas à affaiblir le régime, une dynamique interne pourrait accélérer son érosion. Mais cette approche se heurte immédiatement à une réalité régionale majeure : la sensibilité extrême de la Turquie à toute militarisation kurde.

La question kurde demeure en effet l’un des dossiers les plus sensibles de la sécurité nationale turque. Depuis le conflit engagé dans les années 1980 avec le PKK, toute dynamique susceptible de renforcer des mouvements kurdes armés dans le voisinage immédiat de la Turquie est perçue comme un risque stratégique. C’est dans cette logique que le soutien militaire américain aux forces kurdes en Syrie avait suscité une opposition ferme d’Ankara, les milices kurdes syriennes étant considérées comme étroitement liées au PKK. Les opérations militaires turques menées dans le nord de la Syrie visaient précisément à empêcher l’émergence d’un espace kurde autonome le long de la frontière méridionale du pays. La guerre contre l’Iran ravive aujourd’hui une inquiétude comparable. La question kurde dépasse en effet les frontières d’un seul État : les équilibres qui se dessinent en Syrie, en Irak ou en Iran finissent souvent par avoir des répercussions directes en Turquie. Dans ce contexte, l’hypothèse d’un réarmement des Kurdes iraniens pourrait réactiver une dynamique régionale que la Turquie s’efforce depuis des décennies de contenir.

La position turque est cependant souvent mal comprise. Les Kurdes ne constituent pas un bloc homogène aux yeux d’Ankara. La Turquie a montré à plusieurs reprises qu’elle pouvait entretenir des relations pragmatiques avec certains acteurs kurdes, notamment en Irak, lorsque ceux-ci s’inscrivent dans des équilibres politiques compatibles avec ses intérêts. Ce qu’elle refuse, en revanche, c’est la transformation de mouvements kurdes armés en partenaires militaires légitimes d’une stratégie occidentale. Autrement dit, Ankara peut composer avec des Kurdes intégrés à des structures étatiques ou à des arrangements politiques locaux ; elle ne peut accepter des forces kurdes réarmées dans un espace frontalier susceptible de reconnecter les différentes dimensions de la question kurde régionale.

Khuzestan, Ormuz et les autres leviers de la pression

Cela ne signifie pas pour autant que la Turquie soit totalement libre de ses choix face à Téhéran. Lorsque l’on parle de pression iranienne sur Ankara, il ne s’agit pas d’une domination directe, mais d’un ensemble de leviers qui obligent la Turquie à agir avec prudence : une frontière commune sensible, les dynamiques kurdes transfrontalières, certaines dépendances énergétiques et les réseaux d’influence iraniens en Irak et en Syrie. À cela s’ajoute un levier plus indirect mais tout aussi réel : le détroit d’Ormuz. Lorsque l’Iran perturbe ce passage stratégique, les effets dépassent largement la région et se répercutent sur l’ensemble de l’économie mondiale à travers les prix de l’énergie et les flux commerciaux. Dans ces moments, ce n’est pas seulement l’équilibre régional qui est mis sous tension, mais une part essentielle de la stabilité énergétique globale.

Dans ce contexte, la pression sur l’Iran pourrait aussi passer par d’autres dynamiques que la seule question kurde. Ces derniers jours, un message attribué à un groupe de tribus arabes du Khuzestan a circulé sur les réseaux sociaux. Cette province pétrolière du sud-ouest de l’Iran, où vit une importante population arabe, constitue l’un des centres énergétiques du pays. Le texte appelle à une transformation politique de l’Iran et à la fin de la République islamique, tout en rejetant explicitement toute logique séparatiste. Cette nuance est essentielle : contrairement à la question kurde, souvent associée à des revendications d’autonomie territoriale, le signal venu du Khuzestan s’inscrit dans une logique de contestation politique interne. Pour les puissances occidentales, une telle dynamique pourrait apparaître comme un moyen d’exercer une pression supplémentaire sur le régime iranien sans raviver la question kurde.

La guerre actuelle révèle ainsi une réalité plus profonde du Moyen-Orient : les conflits ne se jouent pas seulement entre États, mais dans l’équilibre fragile entre identités et rivalités régionales. Dans cet échiquier mouvant, la Turquie occupe une position singulière. Membre clé de l’OTAN et puissance militaire majeure de l’Alliance sur son flanc sud, Ankara dispose d’un poids stratégique que peu d’acteurs régionaux peuvent ignorer. Mais cette position constitue aussi une contrainte. Car si la Turquie peut tenter d’influencer la stratégie occidentale et d’en infléchir les contours, elle ne peut pas non plus se permettre d’entrer dans une confrontation directe avec ses alliés. La Turquie peut s’accommoder de l’affaiblissement de l’Iran et même y voir un rééquilibrage régional. Mais si la guerre devait emprunter la voie de la carte kurde, la Turquie se retrouverait face à un dilemme : défendre ses intérêts vitaux sans se heurter frontalement à ses partenaires occidentaux. Au Moyen-Orient, les lignes rouges ne se situent jamais là où on les attend. Et dans cette guerre, celle d’Ankara rappelle qu’une stratégie visant à affaiblir l’Iran pourrait aussi révéler les fragilités des équilibres occidentaux dans la région.

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Liban–Syrie : mémoire, proxies et nouvel ordre incertain au Levant https://mondafrique.com/moyen-orient/liban-syrie-memoire-proxies-et-nouvel-ordre-incertain-au-levant/ Sat, 14 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147154 Entre l’onde de choc du 7 octobre 2023 et la chute de Bachar el-Assad en 2024, le Levant bascule. Au cœur des recompositions : l’Iran, la Syrie et un Liban toujours prisonnier d’héritages sécuritaires, démographiques et confessionnels explosifs. Une chronique de Roula Merhej, née à Hama et exilée en France sous le régime d’Hafez el-Assad, spécialiste des […]

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Entre l’onde de choc du 7 octobre 2023 et la chute de Bachar el-Assad en 2024, le Levant bascule. Au cœur des recompositions : l’Iran, la Syrie et un Liban toujours prisonnier d’héritages sécuritaires, démographiques et confessionnels explosifs.

Une chronique de Roula Merhej, née à Hama et exilée en France sous le régime d’Hafez el-Assad, spécialiste des dynamiques géopolitiques du Moyen-Orient.

Roula Merhej

 

Deux événements marquants ont redistribué les cartes au Levant : le massacre du 7 octobre 2023, quand le Hamas a mené une attaque terroriste sans précédent sur Israël, et la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, balayé par une offensive rebelle menée par Hayat Tahrir al-Sham qui a porté Ahmed al-Sharaa au pouvoir à Damas. Un dénominateur commun : l’Iran. Cette puissance révolutionnaire qui, depuis 1979, a tissé sa toile politico-militaire au Levant, en faisant de la Syrie et du Liban les piliers de sa profondeur stratégique. Aujourd’hui, malgré les frappes israéliennes et américaines, l’Iran joue sa survie et se tient prêt à tirer les ficelles de ses proxys, en l’occurrence le Hezbollah au Liban.

Mais pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui entre Beyrouth et Damas, impossible de faire l’impasse sur l’héritage de domination qui structure encore tous les enjeux. Avant de traiter de la relation libano-syrienne, il est primordial d’évoquer la mémoire de domination de la Syrie sur le Liban. Cette présence syrienne, amorcée en 1976 par Hafez el-Assad pendant la guerre civile libanaise, ne s’est pas contentée d’être militaire : elle s’est muée en tutelle totale, structurant la vie politique et sécuritaire libanaise jusqu’au retrait militaire de 2005. Une occupation de fait, pour reprendre les mots d’une partie des Libanais. Pas seulement des troupes : des appareils sécuritaires omniprésents, l’arbitrage de tous les équilibres institutionnels, la mainmise sur chaque décision dans un État déjà fragmenté. Le départ des soldats en 2005 n’a rien effacé jusqu’à la chute du régime d’Assad en décembre 2024 : il a laissé des réseaux, des réflexes et surtout des dossiers humains béants qui empoisonnent encore tout « nouveau départ ».

Mais par-delà les jeux d’influence régionaux, de cette histoire héritée émergent aujourd’hui trois dossiers explosifs qui conditionnent toute tentative de normalisation : les disparus libanais jamais retrouvés, les prisonniers syriens à échanger et l’onde de choc démographique des réfugiés qui menace l’équilibre même du Liban. Le plus toxique reste celui des disparus libanais en Syrie. Pas de chiffre officiel, mais les estimations convergent : environ 700 Libanais enlevés ou disparus pendant la période de la présence syrienne. Pendant ce temps, les détenus syriens au Liban, eux, font l’objet d’accords bien concrets : en ce début de février 2026, Beyrouth et Damas ont signé un transfert de plus de 300 prisonniers syriens condamnés, alors que quelque 2.500 Syriens restent dans les prisons libanaises.

Mémoire et recomposition régionale

L’asymétrie est criante : les transferts se négocient et se signent, tandis que la vérité sur les disparus reste suspendue dans le vide. Une hiérarchie politique des dossiers révélatrice. Mais sous cette asymétrie visible se joue une partie plus complexe : qui instrumentalise qui dans cette reconfiguration régionale ? Damas, désormais adossé au soutien des pays du Golfe et des puissances sunnites régionales, pourrait instrumentaliser les fractures confessionnelles libanaises pour affaiblir le Hezbollah et régler ses comptes avec l’axe iranien. En retour, Beyrouth détient le levier démographique : plus d’un million de réfugiés syriens dont le sort peut fragiliser ou conforter le régime d’Al-Sharaa.

À cette mémoire vive s’ajoute une réalité démographique massive. Fin 2025, l’UNHCR compte 532.357 réfugiés syriens enregistrés au Liban, alors que le gouvernement libanais en estime 1.120.000. Les chiffres divergent mais ne changent en rien la conclusion : l’équilibre social, économique et politique libanais a explosé sous la pression, et la question du retour est devenue existentielle. Depuis décembre 2024, plus de 360.000 Syriens seraient retournés au pays. Des chiffres administratifs qui témoignent d’un mouvement réel, sans garantir qu’il soit définitif.

Et pourtant, la diplomatie feint de reprendre. En octobre 2025, le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad al-Shibani se rend à Beyrouth, première visite de ce niveau depuis la chute d’Assad. À l’ordre du jour : frontières, prisonniers, réfugiés. Damas, de retour sur la scène internationale, veut se montrer en État responsable, parlant le langage du partenariat. Mais au Liban, toute normalisation passe par les mémoires, les disparus et les fractures confessionnelles.

Et ces fractures, justement, convergent toutes vers un acteur : le Hezbollah. C’est là que le Hezbollah redevient central. Son engagement militaire aux côtés d’Assad durant la guerre syrienne a durablement marqué la perception du Liban dans une partie de la société syrienne, notamment sunnite. Il a renforcé l’image d’une guerre menée au nom d’un alignement régional, celui de Téhéran. Le dernier levier stratégique iranien au Levant, le « parti de Dieu », se joue ainsi au Liban, parce que le Liban reste cet espace unique où se croisent puissance de feu, légitimité politique et profondeur logistique.

Car le ressentiment syrien envers le Hezbollah est réel et dangereux : pour une large partie de la population syrienne, notamment sunnite, il n’est pas un parti de la résistance mais la milice iranienne qui avait sauvé Assad et massacré des Syriens. Plus préoccupant encore : ce ressentiment est porté par les combattants de HTS eux-mêmes, désormais intégrés dans l’armée syrienne, dont nombre sont d’anciens membres d’al-Qaïda. Une Syrie sous al-Sharaa qui renforcerait les sunnites libanais (Tripoli en tête) comme contrepoids au Hezbollah ? Le scénario est malheureusement plausible, même explosif, en vue des rebondissements quotidiens qui se produisent dans la région, notamment depuis ces deux dernières années.

Dans ce contexte explosif, l’asymétrie entre les deux pays se creuse. La Syrie sous Ahmed al-Sharaa sort progressivement de son isolement et revient sur la scène internationale où se négocient investissements, levée de sanctions et sécurité régionale. Le Liban, lui, relégué au second plan et portant le poids de toutes ces années, reste prisonnier d’une souveraineté inachevée : frontière floue, État décrédibilisé et fragilisé, présence d’acteurs armés non étatiques, bombardements israéliens dans le sud, pression démographique sans précédent… Quant aux Accords d’Abraham, ils dessinent, qu’on les approuve ou qu’on les rejette, l’une des nouvelles architectures régionales. Mais rien n’indique, à ce stade, un basculement libanais vers cette normalisation.

Dès lors, une question s’impose : le Liban et la Syrie s’installent-ils dans les contours d’un nouvel ordre régional, ou ne font-ils que recycler, sous des acteurs renouvelés, les mêmes logiques de tutelle, de proxy et de souveraineté empêchée ?

 

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Que fait le Hezbollah en Syrie? https://mondafrique.com/moyen-orient/que-fait-le-hezbollah-en-syrie/ Wed, 04 Feb 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146441 Une lecture préliminaire de la scène libanaise laisse penser que le Hezbollah aurait reçu des instructions de sa référence iranienne pour s’impliquer dans la guerre à venir, en défense des intérêts de l’Iran. Cette hypothèse a été renforcée le 1er février par l’avertissement du guide suprême iranien, Ali Khamenei, affirmant que «toute guerre que mèneraient […]

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Une lecture préliminaire de la scène libanaise laisse penser que le Hezbollah aurait reçu des instructions de sa référence iranienne pour s’impliquer dans la guerre à venir, en défense des intérêts de l’Iran. Cette hypothèse a été renforcée le 1er février par l’avertissement du guide suprême iranien, Ali Khamenei, affirmant que «toute guerre que mèneraient les États-Unis contre l’Iran se transformerait en une guerre régionale de grande ampleur», tout en promettant «une riposte ferme à toute agression».

Une analyse signée Ahmad Ayache pour Houna Loubnan repris du site Ici Beyrouth


© Ici Beyrouth

Le 1er février, le ministère syrien de l’Intérieur a publié un communiqué confirmant un nouvel engagement du Hezbollah en Syrie, comme si la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024 n’avait pas mis fin à son intervention sur le sol syrien. Cette annonce survient alors que des discussions sur le désarmement du Hezbollah à l’échelle du Liban commencent à se profiler à moyen terme. Dès lors, que révèle le comportement de la formation pro-iranienne à travers ce nouvel engagement en Syrie?

Selon le ministère syrien, « les unités de sécurité dans le rif de Damas, en coordination avec le service de renseignement général, ont mené une série d’opérations ciblées contre une cellule impliquée dans plusieurs attaques visant le quartier de Mazzeh et son aéroport militaire. Ces opérations ont permis de démanteler entièrement la cellule et d’arrêter tous ses membres ».

Le communiqué ajoute que « les enquêtes préliminaires ont révélé des liens avec des entités étrangères, et que les missiles, plateformes de lancement et drones saisis provenaient du Hezbollah. Les suspects ont reconnu avoir préparé de nouvelles attaques avec des drones avant d’être arrêtés ».

Cette évolution sécuritaire majeure et ses conséquences sur les relations en reconstruction entre le Liban et la Syrie nécessite une réaction officielle libanaise, au minimum du ministère de l’Intérieur, afin d’enquêter et de prendre les mesures appropriées.

La situation se complique avec des informations récentes de sources américaines selon lesquelles le Hezbollah disposerait de «250 passages terrestres avec la Syrie pour le trafic et mènerait des opérations de contrebande via les ports et les côtes du Liban-Sud». Ces rapports s’ajoutent aux informations relayées par la chaîne Al-Hadath, selon lesquelles «la liste des cibles israéliennes au Liban n’inclut pas les infrastructures de l’État et qu’Israël a informé Washington que toute attaque menée par le Hezbollah serait confrontée à une riposte, comme en 2024».

Les sources d’Al-Hadath ont également indiqué que « l’ambassadeur américain à Beyrouth a demandé des délais concernant les armes du Hezbollah, mais ces délais ne sont pas illimités ».

La sempiternelle question des armes du Hezbollah

Vendredi dernier, l’ambassade des États-Unis au Liban, en collaboration avec le Commandement central américain, a publié un communiqué précisant que «le cadre de coordination militaire établi dans l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024 reste en vigueur, avec les mêmes objectifs, participants et commandement. La prochaine réunion du comité de surveillance du cessez-le-feu (le mécanisme) se tiendra à Naqoura le 25 février 2026, suivie de réunions les 25 mars, 22 avril et 20 mai, servant de forum principal de coordination militaire entre les parties». Cette déclaration fixe un délai de quatre mois, jusqu’en mai, pour la «coordination militaire entre les parties concernées», incluant les États-Unis, le Liban, Israël, la France et les Nations unies. Elle révèle également les intentions du Hezbollah, qui a lancé hier une campagne contre le chef de la délégation libanaise du mécanisme, l’ambassadeur Simon Karam.

Les médias affiliés au Hezbollah ont rapporté que l’ambassadeur Karam présenterait «une nouvelle proposition lors de la prochaine réunion du mécanisme, concernant un projet demandant à Israël de se retirer d’un site occupé et de libérer certains prisonniers, facilitant au Liban de passer à la deuxième phase du monopole des armes au nord du Litani».

Les médias n’ont pas précisé le contenu de la «nouvelle proposition» que l’ambassadeur Simon Karam devrait présenter lors de la prochaine réunion du mécanisme, prévue le 25 février, comme annoncé dans le communiqué de l’ambassade des États-Unis.

Ibrahim Moussawi, président de l’organe médiatique du Hezbollah, a critiqué la nomination d’un diplomate civil à la tête de la délégation libanaise, jugeant cette décision aussi grave que celle du plan du monopole des armes».

Il a rappelé la position du Hezbollah: «Le comité du mécanisme a une mission purement technique, limitée exclusivement au sud du Litani. Toute extension visant à faciliter l’intervention israélienne en dehors de cette zone dépasse ses compétences et fait l’objet d’un rejet et d’une condamnation catégorique».

Au-delà de ce communiqué, il s’agit de noter l’opposition du Hezbollah au mécanisme mis en place par les États-Unis pour gérer la crise libanaise, détachée de la crise iranienne, qui atteint désormais un tournant décisif et laisse présager une guerre régionale. Après une lecture préliminaire de la scène libanaise, il ressort clairement que le Hezbollah aurait reçu des instructions de Téhéran pour participer à cette guerre, hypothèse confirmée par Khamenei lui-même, qui a promis de «transformer toute guerre menée par les États-Unis contre l’Iran en un conflit régional de grande ampleur», tout en assurant «une riposte ferme à toute agression».

L’agence semi-officielle iranienne Mehr a souligné hier que «la probabilité d’un conflit militaire entre l’Iran et les États-Unis est une des principales préoccupations des pays de la région, des Émirats du Golfe à l’Égypte et la Turquie, comme le montrent les échanges des dernières 48 heures entre responsables régionaux et américains, européens, chinois et russes».

On revient ainsi au point de départ, avec l’accusation officielle du ministère syrien de l’Intérieur visant le Hezbollah pour les récents événements survenus au cœur de la capitale syrienne.

À la lumière de l’évolution rapide de la situation région, il apparaît que Téhéran continue de considérer son «ancien terrain de jeu», ou ce qu’Abdallah II de Jordanie qualifiait il y a quelques années de «croissant chiite », comme une zone d’influence où il exerce via ses relais, notamment le Hezbollah.

Khamenei a lui-même donné le ton: étendre le feu iranien à toute la région. Et c’est exactement ce que le Hezbollah est en train de faire en Syrie.

 

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Syrie : l’heure de vérité pour l’intégration kurde https://mondafrique.com/moyen-orient/syrie-lheure-de-verite-pour-lintegration-kurde/ Sat, 31 Jan 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146212 Fragile cessez-le-feu, pressions turques, repositionnement américain et prisons de Daech : dans le Nord-Est syrien, l’heure n’est plus à l’autonomie kurde, mais à une intégration sous contrainte, aux lourds enjeux sécuritaires, politiques et régionaux. Une chronique de Roula Merhej, née à Hama et exilée en France sous le régime d’Hafez el-Assad, spécialiste des dynamiques géopolitiques […]

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Fragile cessez-le-feu, pressions turques, repositionnement américain et prisons de Daech : dans le Nord-Est syrien, l’heure n’est plus à l’autonomie kurde, mais à une intégration sous contrainte, aux lourds enjeux sécuritaires, politiques et régionaux.

Une chronique de Roula Merhej, née à Hama et exilée en France sous le régime d’Hafez el-Assad, spécialiste des dynamiques géopolitiques du Moyen-Orient.

Roula Merhej

Le nord-est syrien traverse une transition sous haute tension. Le 18 janvier 2026, Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes, a signé avec Damas un cessez-le-feu, qui vient tout juste d’être prolongé jusqu’au 8 février 2026. Il tient, mais il reste fragile, parce qu’il n’est pas une simple pause militaire : il ouvre un bras de fer politique sur l’intégration des SDF au sein de l’État syrien et, éventuellement, sur l’avenir de toute la région.

Les États-Unis ont salué cette séquence et appelé explicitement au respect de la trêve, en présentant l’intégration comme l’option « raisonnable ». Ce soutien américain est bien plus qu’un simple communiqué : c’est un pivot stratégique. Depuis que Damas se positionne comme partenaire de la coalition dans la lutte contre Daech, le rôle « indispensable » des Kurdes, tel qu’il s’était imposé depuis 2014, perd de sa centralité. Le parapluie qui protégeait l’autonomie se transforme en injonction à se fondre dans le cadre étatique.

Cette trêve s’accompagne d’une rapide reprise en main du terrain par l’armée syrienne. Le contrôle des zones riches en pétrole et en gaz dans le Nord et l’Est change l’équation, car il déplace la question kurde du registre identitaire vers celui des ressources et de la souveraineté économique. Parallèlement, un autre acteur, silencieux mais décisif, voit sa force croître : la Turquie. Ankara maintient une pression constante contre l’architecture politico-militaire kurde, et pèse sur chaque négociation, chaque redéploiement et chaque marge de compromis.

De la trêve militaire au bras de fer politique

Dans cette Syrie d’après 2024, la centralisation est devenue l’obsession du pouvoir. Elle s’explique aussi par un contexte politique lourd : les massacres visant des Alaouites en mars 2025, puis les exactions contre des Druzes en juillet 2025, ont laissé une trace durable. Dans un pays traumatisé par son passé, Ahmed el-Charaa doit démontrer qu’il contrôle l’appareil de force et qu’il peut unifier sans fracturer davantage, sous peine d’être rapidement décrédibilisé, ou de voir son agenda politique menacé par ceux qui l’ont appuyé dans le pari d’un nouveau Moyen-Orient.

Mais au-delà de tout ce que ce conflit implique en drames, la priorité sécuritaire immédiate reste la même : les prisons et les camps liés à l’État islamique. Dans le Nord-Est, on parle d’environ 9 000 détenus considérés comme combattants ou cadres présumés de l’EI, tandis que des camps abritent des dizaines de milliers de personnes. Des évasions signalées lors des combats ont ravivé une inquiétude très concrète dans les capitales occidentales : la crainte de voir se reconstituer des réseaux clandestins sur le terrain syrien, mais aussi de voir circuler à nouveau des profils particulièrement dangereux, dont certains sont des ressortissants européens, ce qui constitue un risque direct pour l’Europe.

C’est dans ce contexte que Washington privilégie la désescalade et la stabilisation, y compris par le transfert de détenus vers l’Irak et par des appels répétés à ce que les États reprennent leurs ressortissants, plutôt que la consolidation d’une autonomie kurde maximale. Or beaucoup d’États, dont la France, restent frileux. Les raisons sont aussi sensibles qu’explosives : le risque sécuritaire et politique d’un retour sur le territoire national, les difficultés à réunir des preuves recevables pour juger, les débats autour de la déchéance de nationalité et, plus largement, des dilemmes diplomatiques qui repoussent sans cesse les décisions.

C’est à partir de ce constat qu’il faut remonter la chaîne des événements. Ce conflit renvoie à une question plus ancienne : comment un État syrien centralisateur cohabite-t-il avec un fait kurde transfrontalier, réparti entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie ?

Avant de parler d’intégration, de lignes rouges turques et de prisons de Daech, il faut se souvenir qu’il a existé une Syrie où un Kurde pouvait incarner l’État au sommet. Husni al-Barazi n’est pas un « slogan nostalgique ». Ministre de l’Intérieur en 1926, puis Premier ministre en 1942, d’origine kurde, il rappelle qu’il a existé une Syrie où l’idée de patrie pouvait primer sur les appartenances. Sous mandat français, la vie parlementaire n’était certes pas souveraine, mais elle a été assez réelle pour fabriquer un imaginaire national qui se voulait au-dessus des confessions.

Autonomie kurde, centralisation syrienne : un malentendu durable

Ce souvenir rappelle le présent par contraste. Le Rojava, lui, naît d’une urgence. Dès 2011, l’État syrien se retire par endroits, le conflit se fragmente, puis l’État islamique impose sa logique de terreur. Dans le Nord-Est, les Kurdes ne cherchent pas d’abord à « fonder » une utopie : ils bâtissent une survie. Sécuriser les villes, tenir les routes, organiser une administration minimale, protéger les familles, combler le vide.

À partir de 2014, tout s’accélère parce que leur allié et soutien est clair : les États-Unis. Washington entraîne, arme et appuie les forces kurdes, et contribue à les structurer avec l’appui aérien de la coalition. Cette efficacité change leur statut et leur destin. Elle apporte des moyens et une couverture internationale, mais elle installe aussi une dépendance. Une autonomie pensée comme locale se retrouve aspirée par une guerre qui oblige à suivre l’ennemi jusqu’à Raqqa, puis jusqu’aux zones de Deir ez-Zor.

C’est là que naît le malentendu central. Beaucoup de Kurdes ne voulaient pas aller au-delà de leurs zones historiques. Mais la logique militaire, et la logique américaine, poussent plus loin. L’autonomie cesse d’être seulement kurde : elle devient aussi la gestion de territoires mixtes et arabes, avec une question qu’aucune armée ne règle à elle seule : comment gouverner sans être perçu comme une force imposée ?

Deux fractures s’ouvrent alors. Avec Damas d’abord, qui lit toute autonomie comme une souveraineté concurrente. Avec une partie des populations locales ensuite, qui vivent l’autorité des forces dominantes comme un ordre sécuritaire plus que comme un contrat politique. Le Rojava n’est plus seulement un récit de résistance : c’est un système sous pression, jugé sur sa capacité à protéger.

Dans l’ombre de cette confrontation, le PKK revient sans cesse comme mot-clé, comme accusation, comme justification. Pour Ankara, tout ce qui relève du PYD, du YPG et, par extension, d’une partie de l’architecture SDF au Nord-Est est lu à travers ce prisme. Qu’il y ait des liens historiques et idéologiques ne dit pas tout, mais cela suffit à rendre le récit turc puissant et exportable : ce front n’est pas seulement syrien, il est existentiel. Et dès que ce récit s’impose, il rétrécit l’espace du compromis.

C’est aussi pour cela que la Turquie apparaît comme l’un des gagnants relatifs de la séquence. Non pas parce qu’elle a tout gagné, mais parce qu’elle a imposé le cadre : l’équation kurde comme priorité sécuritaire, l’autonomie comme menace, la marge de manœuvre internationale comme variable d’ajustement. Ankara garde sa boussole : empêcher qu’un fait kurde autonome se consolide à sa frontière.

Reste enfin la question qui, aujourd’hui, domine toutes les autres, parce qu’elle touche à la sécurité immédiate et à la crédibilité du projet d’unité : que vaut une intégration si, dans l’armée syrienne actuelle, des combattants islamistes ou issus de factions jihadistes se retrouvent en position d’autorité, au point de libérer d’autres extrémistes, volontairement ou par complaisance ? Autrement dit, la Syrie est-elle en train de recycler des réseaux nés de la guerre, de rebâtir un État sur un modèle à la turque, ou de reconduire, sous d’autres formes, l’architecture politique du régime précédent ?

Dans cette région où se mêlent communautés, ressources énergétiques et positionnement stratégique, le choix n’est pas moral : il est stratégique. Il déterminera si l’unité syrienne sera reconstruite ou imposée, au prix de conflits prolongés susceptibles de déstabiliser davantage la région.

 

 

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« Les troupes américaines pourraient quitter la Syrie », affirme le Wall Street Journal https://mondafrique.com/moyen-orient/les-troupes-americaines-pourraient-quitter-la-syrie-affirme-le-wall-street-journal/ Mon, 26 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145930 Après la percée foudroyante de l’armée régulière syrienne dans le nord-est contre les combattants kurdes des « Forces démocratiques syriennes » qui sont alliés des Etats-Unis, le Pentagone envisage la possibilité d’un retrait du millier de soldats américains stationnés dans la région  Le Proche-Orient dans la presse anglophone Par Bruno Philip Le pari était risqué mais le nouvel […]

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Après la percée foudroyante de l’armée régulière syrienne dans le nord-est contre les combattants kurdes des « Forces démocratiques syriennes » qui sont alliés des Etats-Unis, le Pentagone envisage la possibilité d’un retrait du millier de soldats américains stationnés dans la région 

Le Proche-Orient dans la presse anglophone

Par Bruno Philip

Le pari était risqué mais le nouvel homme fort de Syrie, Ahmed Al-Chaara, l’a gagné : après avoir délogé il y a une quinzaine de jours les combattants kurdes de la coalition des « Forces démocratiques syriennes » (FDS) des quartiers d’Alep qu’ils contrôlaient encore, son armée s’est emparée la semaine dernière des villes clefs de Raqqa et de Deir Ezzour, dans le nord-est du pays. L’offensive, foudroyante, a pris de court tous les observateurs et fait voler en éclats la coalition des FDS. Si l’ensemble du nord-est n’est pas encore totalement sous contrôle des soldats de l’armée régulière, l’offensive est un succès majeur pour Al-Chaara, ancien djihadiste et ex-membre d’Al-Qaïda, qui a renversé le régime de Bachar Al-Assad il y a un an.

L’offensive était également risquée vis-à-vis des Américains, qui maintiennent des troupes dans la région pour prolonger le processus d’élimination des combattants de Daech, toujours très présents. Certes, M. Al-Chaara a été reçu par Donald Trump à la Maison Blanche en novembre 2025, s’attirant les compliments du président qui, devant les journalistes, remarqua, en désignant son invité : « Je l’aime bien ». Il a réitéré la semaine dernière, alors que se poursuivait l’avancée des forces régulières vers le nord-est, en affirmant : « Le président [Al-Chaara] travaille dur »… Il n’en reste pas moins que les FDS sont des alliés des États-Unis et que les forces américaines collaborent sur le terrain avec cette coalition que vient de défaire le régime d’Al-Chaara.

Les États-Unis doivent donc désormais décider de la marche à suivre face à ces événements qui se sont précipités de manière inattendue dans un laps de temps très court. Si l’on en croit le Wall Street Journal, « Washington envisage un retrait total des troupes américaines de Syrie ». Selon le grand journal new-yorkais, qui affirme tenir ces informations de sources « officielles » non précisées, une telle décision marquerait un tournant : elle « mettrait fin à une opération américaine en Syrie qui dure depuis dix ans et qui a débuté en 2014 suite à l’intervention de l’ancien président Barack Obama dans la guerre civile ».

Les FDS représentent une coalition dominée par les éléments kurdes des « Unités de protection du peuple » (YPG), auxquels se sont ajoutés des combattants arabes de l’« Armée syrienne libre », naguère principale force anti-régime durant le début de la guerre civile syrienne, ainsi que des tribus locales et d’autres combattants de confession chrétienne. L’intelligence stratégique d’Al-Chaara a été de faire se retourner de son côté les tribus arabes, leur défection ayant alors affaibli la coalition et permis les avancées de ces derniers jours.

Le Wall Street Journal rappelle, pour contextualiser son « scoop » – pour l’instant, l’information d’un retrait américain n’a pas été confirmée officiellement – qu’« environ 1 000 soldats américains sont déployés en Syrie, principalement dans des installations du nord-est, où ils sont stationnés aux côtés des Forces démocratiques syriennes (FDS). Une poignée d’entre eux sont stationnés à la garnison d’Al-Tanf, dans le sud du pays. La mission principale de ces militaires est d’empêcher la résurgence de l’État islamique, et ils mènent fréquemment des patrouilles et des opérations conjointes avec les FDS. Jusqu’à l’offensive du week-end dernier, les FDS, qui ont aidé les États-Unis à vaincre le califat de l’EI en 2019, étaient chargées de la garde d’environ 9 000 prisonniers de l’EI dans des centres de détention du nord-est du pays. »

Washington face au dilemme kurde

L’information du Wall Street Journal émane en fait de trois responsables américains affirmant que le Pentagone a fini par s’interroger « sur la pertinence de la mission militaire américaine en Syrie après la défaite des FDS » : les forces syriennes ont repris aux FDS une base militaire, des installations pétrolières et un barrage sur l’Euphrate, affaiblissant ainsi la position de négociation du groupe kurde quant à l’avenir de ses milliers de combattants. Dans le cadre du cessez-le-feu qui a suivi, les FDS ont cédé le contrôle des villes de Raqqa et de Deir Ezzour, et le gouvernement de Chaara a pris le contrôle de points de passage frontaliers stratégiques et d’installations pétrolières dans le nord-est de la Syrie. Les Kurdes ne contrôlent désormais plus que les villes de Kobané et de Hassaké, où, toujours selon le WSJ, « vivent d’importantes populations kurdes et où le groupe armé pourrait s’enraciner plutôt que de se dissoudre ».

Si une telle dissolution devait se produire, les Américains ne verraient ainsi plus aucune raison de maintenir des soldats états-uniens en Syrie. L’une des difficultés, met cependant en garde le quotidien, citant anonymement ces mêmes responsables, « réside dans la collaboration avec l’armée de Chaara : cette force est infiltrée par des sympathisants djihadistes, notamment des soldats liés à Al-Qaïda et à l’EI, ainsi que d’autres impliqués dans des crimes de guerre présumés contre les Kurdes et les Druzes ».

Des exemples de frictions peuvent déjà alerter quant à la suite des événements : les forces de Chaara se sont rapprochées dangereusement près des troupes américaines durant l’offensive en cours et les soldats américains ont abattu un drone du gouvernement syrien alors que les combattants de ce dernier attaquaient une base des FDS où sont stationnés des éléments des forces américaines…

Autre problème qui concerne toute la région et, potentiellement, l’Europe : le sort de milliers de prisonniers de l’« État islamique », même si les Américains ont commencé leur transfert mercredi dernier vers l’Irak (7 000 sur 9 000 détenus jusque-là prisonniers dans le nord-est syrien). Mais ce transfert représente aussi une raison de plus de revoir à la baisse, au minimum, la présence de troupes américaines dans le secteur. Le Wall Street Journal cite le directeur du programme Syrie au Middle East Institute de Washington, Charles Lister, selon lequel « le principal facteur qui a maintenu la présence militaire américaine en Syrie au cours de l’année écoulée, ce sont les centres de détention et les camps » ; « Nous devrions donc nous interroger sur la viabilité de la présence des troupes américaines en Syrie. »

L’objectif principal de l’armée américaine en Syrie reste néanmoins de vaincre définitivement Daech, dont la menace demeure forte dans la région. Reste donc à voir si le « scoop » du Wall Street Journal se matérialise dans les faits à court ou moyen terme après cette reprise quasi totale de la Syrie par les soldats du nouveau régime.

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Syrie : « La souveraineté n’est pas consentie, elle est administrée » https://mondafrique.com/moyen-orient/syrie-ce-que-revele-la-guerre-contre-daech-sur-le-nouveau-pouvoir/ Tue, 13 Jan 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145125 La coopération militaire occidentale avec la Syrie d’Ahmed el-Charaa révèle une souveraineté profondément contrainte. Derrière la lutte contre Daech, se dessinent des fractures internes, l’affaiblissement des Kurdes, une recomposition régionale favorable à Ankara et les limites structurelles de l’efficacité militaire. Un entretien avec Roula Merhej, née à Hama et exilée en France sous le régime […]

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La coopération militaire occidentale avec la Syrie d’Ahmed el-Charaa révèle une souveraineté profondément contrainte. Derrière la lutte contre Daech, se dessinent des fractures internes, l’affaiblissement des Kurdes, une recomposition régionale favorable à Ankara et les limites structurelles de l’efficacité militaire. Un entretien avec Roula Merhej, née à Hama et exilée en France sous le régime d’Hafez el-Assad, spécialiste des dynamiques géopolitiques du Moyen-Orient.


  Roula Merhej

Le fait qu’Ahmed el-Charaa autorise des frappes étrangères sur son territoire consacre-t-il un nouveau modèle de souveraineté dite « consentie » ?

Lors de sa dernière visite à Washington, Ahmed el-Charaa a signé un accord officialisant l’entrée de la Syrie dans la coalition mondiale contre Daech. Rappelons que c’était l’une des conditions sine qua non pour la levée des sanctions économiques sur la Syrie. Partant de cette logique, on est face à une souveraineté extrêmement contrainte. Dans une Syrie en pleine reconstruction et en proie à des conflits internes, parler de « souveraineté consentie » serait presque excessif.

Ahmed el-Charaa ne choisit pas réellement : il accepte. Il accepte parce que son régime est encore fragile, en proie à des conflits intérieurs et économiquement exsangue après quatorze ans de guerre civile et cinquante années de dictature.

Dans ce cadre, l’autorisation donnée aux frappes occidentales ne relève pas d’un acte souverain classique, mais d’une collaboration sous contrainte stratégique. C’est aussi une façon de démontrer de la crédibilité sur la scène politique internationale.

C’est moins une souveraineté « consentie » qu’une souveraineté administrée, dans laquelle l’État syrien délègue une partie de sa sécurité pour survivre politiquement.

Où s’arrête réellement la coopération antiterroriste ?

Elle s’arrête là où commence la réalité des rapports de force.

Ahmed el-Charaa n’a pas la capacité politique ni militaire de désigner seul des cibles ou de redéfinir le périmètre de la lutte antiterroriste.

Toute extension de cette coopération est, de fait, conditionnée par un double aval : celui de la Turquie, qui contrôle une large partie de l’espace opérationnel au nord de la Syrie, et celui des États-Unis, qui restent l’architecte central du dispositif sécuritaire régional.

La lutte antiterroriste n’est donc pas pilotée depuis Damas, mais arbitrée à l’extérieur.

El-Charaa est davantage un exécutant qu’un prescripteur. Son rôle consiste à s’inscrire dans un cadre déjà défini, non à l’élargir — du moins pour les trois à cinq prochaines années à venir.

La limite réelle de la coopération est avant tout géopolitique.

Elle s’arrête là où les intérêts turcs commencent, notamment sur la question kurde, et surtout lorsque les priorités américaines changent.


Ahmed el-Charaa

II – L’AMBIGUÏTÉ DU RÉGIME SYRIEN

Comment crédibiliser une guerre contre Daech quand certains combattants visés sont d’anciens compagnons de combat du président syrien actuel ?

C’est avant tout un exercice de realpolitik et de communication stratégique.

Contrairement à une lecture simpliste, Ahmed el-Charaa et les réseaux djihadistes qu’il combat aujourd’hui ne sont pas des ennemis idéologiques originels. Il a fait le choix stratégique de se séparer d’al-Qaida pour recentrer son combat sur un objectif qu’il jugeait prioritaire : la libération de Damas du régime Assad, soutenu et financé par l’Iran.

Cette rupture ne marque pas un abandon de l’islam politique, mais le rejet du djihad global et du projet d’islamisation du monde porté par al-Qaida.

Dans ce cadre, el-Charaa a réussi à rallier à sa cause une partie d’anciens djihadistes autour d’un projet national syrien.

Cette capacité de recomposition lui donne une force politique à court terme, mais elle fragilise la crédibilité d’une rupture idéologique profonde, en l’absence de réformes sécuritaires et institutionnelles tangibles.

III – RISQUES INTERNES

Ces frappes peuvent-elles aggraver les fractures locales et nourrir une radicalisation souterraine ?

Oui, et le calendrier est loin d’être une simple coïncidence. La proximité entre les frappes franco-britanniques du 3 janvier dernier et la reprise violente des combats à Alep entre les forces kurdes et les forces gouvernementales ne doit pas être perçue comme un hasard sur le terrain.

En coordonnant leurs opérations avec un pouvoir syrien réhabilité diplomatiquement par Washington, les Occidentaux valident de facto la mission d’Ahmed el-Charaa : reprendre le contrôle du nord du pays, tout en s’alignant sur les priorités sécuritaires turques.

Ce signal est un recul clair du soutien occidental aux Kurdes au profit de Damas.

En lâchant les alliés d’hier et en intervenant aux côtés d’un pouvoir dominé par une majorité sunnite conservatrice, la France et le Royaume-Uni apparaissent comme les soutiens d’une recomposition politique excluante.

Les minorités — Kurdes, Alaouites, Druzes et chrétiennes — peuvent y voir la confirmation qu’elles ne font plus partie de l’équation sécuritaire, ce qui pourrait renforcer des logiques de repli, voire des appels à des formes de protection extérieure, notamment du côté druze.


 Druzes et Kurdes

Enfin, subsiste l’effet de trahison au sein des franges sunnites les plus radicalisées, autrefois proches idéologiquement d’Ahmed el-Charaa.

Pour ces groupes, la coopération avec l’aviation occidentale valide le narratif de la collaboration.

L’idéologie ne disparaît pas sous les frappes : elle se déplace, se durcit et s’enracine dans la clandestinité, nourrissant une radicalisation plus diffuse et plus difficile à contenir.

Qui contrôle réellement le terrain après les frappes ?

Les frappes nettoient, mais elles ne tiennent pas le terrain.

Les forces d’Ahmed el-Charaa sont fragmentées et mobilisées sur plusieurs fronts, notamment face aux forces kurdes à Alep.

Sans présence sécuritaire durable, les zones frappées risquent de devenir des espaces vacants. On assiste alors à une logique de dispersion : Daech se dissout, se reconfigure ailleurs et attend.

Le risque n’est pas le retour d’un État fort, mais une fragmentation territoriale chronique favorable au terrorisme et, par conséquent, à l’impossibilité de la création de l’unité nationale.

IV – EFFICACITÉ MILITAIRE

Les frappes aériennes peuvent-elles éradiquer Daech durablement ?

Non. L’histoire militaire contemporaine montre que les frappes aériennes peuvent contenir une menace, mais rarement l’éliminer. Elles détruisent des capacités matérielles, pas des structures idéologiques.

La chute du « califat » territorial entre 2014 et 2019 a certes affaibli Daech, mais ne l’a pas éliminé.

Sans réforme profonde de l’appareil sécuritaire syrien, cette stratégie peut-elle réussir ?

Non. Sans forces de sécurité unifiées, professionnelles et contrôlées politiquement, toute victoire restera temporaire et illusoire.

La stabilisation passe par la gouvernance, la justice et l’administration locale, pas uniquement par la puissance aérienne.

V – LECTURE RÉGIONALE

Comment ces frappes sont-elles perçues par les acteurs régionaux ?

Elles sont perçues comme un signal politique structurant, bien au-delà de la lutte contre Daech.

En menant ces frappes en coordination avec Damas et sans contrepartie visible en faveur des Kurdes, la coalition occidentale contribue de facto à leur affaiblissement politique et militaire.

Ce faisant, elle valide la lecture turque du dossier syrien : celle qui fait des forces kurdes non plus des partenaires tactiques, mais une variable d’ajustement acceptable. Ankara est ainsi rassurée sur ses priorités sécuritaires.

Dans le monde arabe sunnite, ces frappes sont lues comme une normalisation accélérée du nouveau pouvoir syrien, dans un contexte régional de plus en plus défavorable à l’Iran.

À Téhéran, elles confirment une marginalisation qui s’accélère vertigineusement, d’autant plus qu’avec les révoltes grandissantes le régime paraît être en fin de vie.

Israël, enfin, les analyse sous un prisme strictement sécuritaire : tout affaiblissement des acteurs non étatiques qui ne bénéficie pas à l’Iran est perçu positivement.

Quel est le rôle réel de la France dans ce nouvel ordre régional ?

La France dispose aujourd’hui d’une marge de manœuvre limitée, reflet d’un affaiblissement plus large de l’Europe au Moyen-Orient. Paris continue d’intervenir militairement et diplomatiquement, mais ne façonne plus l’architecture sécuritaire de la région.

Les priorités stratégiques et le tempo sont largement définis par les États-Unis, tandis que certaines lignes rouges, notamment israéliennes, s’imposent sans véritable capacité européenne à les infléchir.

Dans ce cadre, la France apparaît davantage comme un partenaire opérationnel fiable que comme un acteur décisionnel central. Cette position réduit sa capacité à peser sur la recomposition politique de long terme et alimente l’idée d’une Europe présente mais marginalisée, active mais sans véritable levier stratégique.

Il est enfin essentiel de souligner que, tandis que l’attention internationale reste largement focalisée sur le Moyen-Orient, la menace djihadiste poursuit sa progression en Afrique — en République démocratique du Congo, au Nigeria, au Tchad ou encore en Somalie — dans un relatif angle mort stratégique occidental.

 

 

 

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Le New York Times révèle l’exil doré des al-Assad à Moscou https://mondafrique.com/moyen-orient/le-new-york-times-a-retrouve-la-trace-des-al-assad-a-moscou/ Mon, 05 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=144708 Un an après la chute de leur régime, l’ancien dictateur syrien Bachar al-Assad et son frère Maher coulent des jours paisibles dans le confort d’hôtels et de résidences de luxe de la capitale russe. Tout en ayant laissé tomber certaines de leurs « petites mains » loyales qui les ont longtemps servi… Le Proche-Orient et la presse […]

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Un an après la chute de leur régime, l’ancien dictateur syrien Bachar al-Assad et son frère Maher coulent des jours paisibles dans le confort d’hôtels et de résidences de luxe de la capitale russe. Tout en ayant laissé tomber certaines de leurs « petites mains » loyales qui les ont longtemps servi…

Le Proche-Orient et la presse anglophone, par Bruno Philip

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La scène se passe à Moscou, l’année dernière, quelques semaines après la chute du régime de Bachar al Assad et de sa fuite, le 8 décembre 2024 : installé à une table du restaurant de luxe « Sixty », situé au 62 ème étage d’un gratte-ciel de Moscou, un Syrien expatrié de longue date dans la capitale russe est abordé par un serveur : « Ne prenez pas de photos de la salle ce soir », lui intime-t-on poliment, mais fermement. Le Syrien, que le New York Times a récemment rencontré, comprend rapidement la raison de cette curieuse injonction : à quelques mètres de lui, assis à une table du restaurant, l’ancien tyran de Syrie, Bachar al-Assad, est en train de dîner tranquillement. 

L’interlocuteur du « NYT », qui a témoigné en demandant que son identité soit protégée, n’a pas donné de précisions à propos des autres convives présents à ces agapes : peut-être l’épouse du dictateur déchu, Asma, soignée pour une grave leucémie ? ou son frère Maher, que des photos publiées dans le quotidien new yorkais montrent en train de lire dans un bar à hookah très chic du centre de Moscou …? 

Le New York Times avait publié à l’automne dernier une enquête impressionnante dont nous avions fait le compte rendu dans une revue de presse, le 29 octobre : les fins limiers du « Times » avaient réussi à reconstituer les circonstances de la fuite de nombreux sbires du régime et aussi celle de Bachar et de ses proches. L’article avait même indiqué les lieux confirmés ou probables de l’exil de ces hauts responsables civils et militaires du régime déchu. Souvent, c’était la Russie, parfois le Liban et, dans quelques cas très rares, la Syrie !

Dans le « papier » consacré à la vie de Bachar et Maher à Moscou, le journal explique être parvenu à pister ces derniers grâce à des témoignages de connaissances de l’ancienne famille « régnante » et aussi par le biais de réseaux sociaux « difficiles à tracer ». Les reporters du New York Times ont ainsi « pu entrevoir la vie de luxe et d’impunité » que vivent l’ancien dictateur et sa famille. 

Voici comment a été reconstitué les premiers moments de la nouvelle existence de ces exilés de haut vol dont la fortune leur avaient précédemment permis d’acquérir propriétés et appartements à Moscou : « Sous étroite surveillance des services de sécurité russes », écrit le « NYT », « ils ont d’abord séjourné dans des appartements luxueux gérés par l’hôtel Four Seasons, dont le prix peut atteindre 13 000 dollars la semaine. De là, le président déchu et sa famille ont emménagé dans un penthouse en duplex de la Federation Tower, le même gratte-ciel où se trouve le restaurant « Sixty.” Plus tard, M. al-Assad a été transféré dans une villa située dans la banlieue isolée de Rublyovka, à l’ouest de Moscou ». 

Exil doré, silence imposé 

Les « invités » du président Vladimir Poutine, la Russie ayant été de longue date l’un des précieux alliés du régime syrien, vivent certes sous la « protection » des agents de sécurité russe mais cette vigilance est néanmoins assortie d’un certain nombre de restrictions. Aucun des membres de la famille al-Assad n’est autorisé à s’exprimer et leur parole est contrôlée : quand Hafez, le fils de Bachar, âgé de 24 ans (il étudie à Moscou) osa « poster « un texte sur l’arrivée de son père en Russie et, plus tard, une vidéo de lui en train de marcher dans les rues de la capitale russe, le « post » en question fut prestement retiré. Le fils de l’ex président n’a plus rien publié depuis sur les réseaux sociaux…

Quant à Maher al-Assad, chef de la 4ème division blindée de l’armée du régime, qui est accusé de crimes contre l’humanité pour avoir ordonné en 2013 l’attaque chimique de la Ghouta, près de Damas, des sources du NYT indiquent l’avoir vu entrer dans une résidence luxueuse d’un quartier huppé de la « city » moscovite. Le frère de Bachar est également soupçonné d’avoir été à la tête d’un réseau de trafic de captagon, une amphétamine très puissante, qui aurait pu rapporter à Maher et ses complices des « milliards de dollars »

Les al-Assad disposent donc d’une fortune considérable, ce qui explique leur train de vie : en fin d’année dernière, Bachar a organisé une grande fête dans une villa de Moscou pour célébrer le 22ème anniversaire de sa fille Zein ; quant à la fille de Maher, Sham, elle aussi âgée de 22 ans, elle vient de les fêter dans un restaurant français étoilé de Dubaï, dîner qui s’est conclu sur un yacht privé dans la baie de l’émirat. 

Luxe et impunité 

Mais la fortune, c’est bien connu, n’empêche pas la mesquinerie : le serviteur personnel de Bachar a été sans façon remercié par son ancien patron peu après leur arrivée en commun à Moscou. Les journalistes du New York Times ont retrouvé un collègue de cet homme qui leur a raconté que le majordome de Bachar avait dû fuir Damas si précipitamment qu’il n’avait même pas eu le temps d’emporter des affaires de rechange. Logé pour la nuit au « 4 Seasons », dans une suite située non loin de son ex « boss », il eut, le lendemain, la désagréable surprise de recevoir une note si « salée » qu’il ne pouvait la payer. Il décrocha alors son téléphone pour demander de l’aide à Bachar. Qui ne lui répondit jamais. 

Aux dernières nouvelles, l’homme est parvenu à revenir en Syrie où il vit caché dans un village alaouite, en montagne, espérant qu’il ne sera pas un jour repéré par des hommes du nouveau pouvoir de l’ancien djihadiste Ahmed al-Charaa. Réaction au « Times » du collègue de l’ex serviteur de Bachar, cet homme qui lui portait les valises et lui ouvrait les portes : « Bachar vit normalement sa vie, comme si de rien n’était ; il nous humiliait quand il était à Damas et il nous a trahi quand il est parti ». 

 

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L’attentat de Daech à Damas sert des intérêts qui restent obscurs https://mondafrique.com/moyen-orient/lattentat-de-daech-a-damas-sert-des-interets-qui-restent-obscurs/ Sat, 28 Jun 2025 21:37:08 +0000 https://mondafrique.com/?p=136286 Le terrible attentat perpétré, le 22 juin à Damas, par deux kamikazes dans l’église grecque orthodoxe de Mar Elias a exacerbé le climat de terreur qui règne au sein de la communauté chrétienne syrienne. Cet acte terroristee, qui a coûté la vie à au moins 25 personnes, a remis sur le devant de la scène […]

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Le terrible attentat perpétré, le 22 juin à Damas, par deux kamikazes dans l’église grecque orthodoxe de Mar Elias a exacerbé le climat de terreur qui règne au sein de la communauté chrétienne syrienne. Cet acte terroristee, qui a coûté la vie à au moins 25 personnes, a remis sur le devant de la scène la vieille menace que constitue Daech qui a été souvent instrumentalisé pour servir les intérèts troubles des grandes forces géo-politiques de la région.

Badih Karhani 

Bien que le groupe terroriste ait semblé affaibli ces dernières années, une nouvelle structure jihadiste, « Saraya Ansar al-Sunna », a revendiqué l’attaque, promettant de poursuivre les minorités alaouite, chiite et druze, ainsi que les partisans du régime syrien. Mais derrière ce nom, se cache une réalité plus complexe.

Un nom aux résonances suspectes

Le nom « Ansar al-Sunna » n’est pas anodin. Historiquement associé à la mouvance jihadiste sunnite, il aurait eu plus de sens durant les années les plus intenses du conflit syrien, où des groupes comme Jabhat al-Nosra dominaient certaines régions. Mais aujourd’hui, alors que le pouvoir syrien est majoritairement sunnite et soutenu localement et internationalement, le recours à cette rhétorique semble déplacé – voire artificiel.

Certains analystes n’hésitent pas à voir dans cette appellation l’empreinte d’un discours fabriqué à l’extérieur du contexte syrien, avec des accents libanais bien marqués.

Daech, des connexions troubles

L’histoire de Daech, depuis sa genèse sous Abou Moussab al-Zarqaoui jusqu’à son expansion en Syrie et en Irak, montre des connexions ambigües entre le groupe et des services de renseignement régionaux. À l’époque de sa formation, le groupe comptait dans ses rangs de nombreux anciens officiers baathistes, notamment irakiens, qui ont structuré l’organisation comme une entité militaire et sécuritaire efficace.

Des documents et témoignages crédibles suggèrent que certaines antennes médiatiques de Daech émettaient depuis la Syrie, sous protection des services syriens. Une réalité qui jette une ombre sur les prétentions d’indépendance idéologique du groupe.

Chaque fois que le régime syrien d’Assad ou son allié iranien traversaient une période de tension, Daech semblait réapparaître opportunément, comme pour détourner l’attention ou créer une nouvelle donne sécuritaire. Ce n’est pas un hasard si plusieurs experts comparent le groupe à une entreprise à actionnariat multiple, où chacun tire profit à sa manière du chaos généré.

L’attaque de Damas survient dans un contexte régional chargé, entre pressions économiques sur l’Iran, incertitudes au Liban, et équilibres fragiles en Irak. Le retour de Daech pourrait donc servir plusieurs agendas, bien au-delà des slogans religieux.

Vigilance et lucidité

Il ne faut pas sous-estimer la capacité de nuisance de Daech, mais il est tout aussi important de comprendre qui tire profit de sa réactivation. La lutte contre le terrorisme passe aussi par la mise à nu de ses manipulateurs, et par une lecture lucide des dynamiques régionales qui transforment les groupes jihadistes en outils au service de puissances bien réelles.
 
 

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Syrie, d’une économie de guerre à la construction d’un proto État https://mondafrique.com/moyen-orient/la-syrie-passe-dune-economie-de-guerre-a-la-construction-dun-etat/ Tue, 29 Apr 2025 17:36:51 +0000 https://mondafrique.com/?p=132592 Après sa prise de contrôle de la majeure partie de la région d’Idlib, Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), le mouvement qui a renversé le clan Assad et imposé son leader Abou Mohammad al-Joulani à la tète de l’2tat syrien, est passé d’un simple groupe islamiste à un véritable appareil étatique en charge de plusieurs millions de […]

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Après sa prise de contrôle de la majeure partie de la région d’Idlib, Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), le mouvement qui a renversé le clan Assad et imposé son leader Abou Mohammad al-Joulani à la tète de l’2tat syrien, est passé d’un simple groupe islamiste à un véritable appareil étatique en charge de plusieurs millions de citoyens. Il a donc dû remettre sur pied une économie détruite par des années de guerre tout en changeant les modes de ressources de son financement interne.

Marie de La Roche Saint-André

En effet, après la dissociation avec Al-Qaïda de Jabhat al-Nosra et la fondation de HTS, le groupe ne pouvait plus compter sur ses anciens donateurs. D’autant que la stratégie de réhabilitation de HTS au niveau international par son leader Abou Mohammad al-Joulani, passait également par la mise en place de modes plus traditionnels de financement.

Des butins de guerre à la zakat

Dès le début de sa formation, HTS est largement autofinancé et va utiliser des méthodes proches du jihadisme traditionnel pour trouver des fonds (enlèvements, rançons, contrebande). En 2018, selon un rapport du Middle East Institute daté de 2021, il aurait gagné 149 millions de dollars grâce à des butins de guerre pris au régime syrien et à d’autres factions de l’opposition.

Le groupe aurait également touché au moins 94 millions de dollars grâce à des accords d’échange de prisonniers avec le régime d’une part, mais également avec des pays étrangers comme l’Iran et le Liban. En plus de ces accords, HTS va monnayer le retour de corps de combattants tués au combat à l’Iran et au Hezbollah.

En 2013, Jabhat al-Nosra était connu pour ses pillages de sites historiques et la contrebande d’objets archéologiques. Il est possible que HTS ait gardé ces pratiques au début de la formation du groupe. Selon la National Public Radio, il bénéficierait également de dons de Syriens fortunés, basés à l’étranger, qui s’opposent depuis longtemps à Bachar el-Assad.

Avec la mise en place du Gouvernement de salut syrien (GSS) dans le nord-ouest du pays, HTS va développer des ressources financières plus traditionnelles. Selon le spécialiste de HTS Aaron Y. Zelin, le GSS va mettre en place une véritable bureaucratie, en délivrant des services comme le recensement et la délivrance de papiers d’identité, en plus de l’eau et l’électricité. En échange, il va mettre en place des impôts et notamment la “zakat”, un impôt spécifique sur les productions.

La zakat (aumône) est imposée aux agriculteurs et aux chefs d’entreprises comme les commerçants, son montant varie selon les productions. D’abord collectée par la police religieuse, la zakat va ensuite être gérée par le département de la Zakat au sein du GSS.

À titre d’exemple, selon le rapport du Middle East Institute, en août 2019 un décret a été émis ordonnant aux agriculteurs de payer 5% de la valeur totale de leur récolte en tant qu’impôt, sous peine d’emprisonnement. Puis en novembre de la même année, un décret a ordonné aux producteurs d’olives de payer soit 10% de leur récolte, soit 10% de l’huile d’olive qu’ils produisent.

En plus des impôts de production, HTS va mettre en place des loyers pour les personnes déplacées qui sont installées sur des terrains publics. En septembre 2020, le loyer annuel d’une tente était de 50 livres turques. Le GSS va en outre interdire aux citoyens d’acheter ou de vendre des terres ou des biens appartenant à l’État.

Entre fin 2018 et fin 2019 selon un rapport du Washington Institute daté de 2020, HTS va saisir des maisons et des biens de ceux qu’il qualifie “d’apostats et de chabihas”, des termes vagues qui englobent les minorités religieuses qui ont fui la région, mais également toute personne ayant des liens avec le régime. À titre d’exemple, au moins 550 maisons et magasins appartenant à des chrétiens dans la ville d’Idlib ont été saisis.

Des villages chiites comme Al-Fua et Kafarya ont également fait les frais de cette politique. En outre, plusieurs centaines de propriétés de recrues de l’armée syrienne, d’employés du gouvernement syrien et de membres du parti Baas vont être saisies. Grâce à ce système, HTS va pouvoir récompenser ses membres en leur attribuant une maison ou un terrain.

La prise du poste frontière de Bab el-Hawa en juillet 2017 va constituer un tournant dans les finances du groupe. En effet, il va hautement bénéficier de l’instauration de droits de douanes pour les biens et marchandises, à la fois pour les livraisons d’aides et pour le commerce. HTS toucherait entre 3 et 7 dollars par tonne de marchandise selon les experts, ce qui aboutirait selon les estimations à entre 10 et 15 millions de dollars par mois. Des taxes sont également prélevées à chaque checkpoint de la région.

Ces revenus vont permettre au groupe de payer le salaire de ses combattants et d’acquérir des armes, tout en économisant pour les batailles futures.

Revitaliser l’économie d’Idlib

Avec la mise en place du GSS, l’économie à Idlib va redémarrer peu à peu, grâce à une série de mesures. À partir de juin 2020, la livre syrienne est remplacée par la livre turque afin de lutter contre la forte dépréciation de la monnaie syrienne.

À la même période, l’agence monétaire du groupe décide d’interdire l’achat de livres syriennes et les transferts d’argent liquide vers et depuis les zones du régime. Ils vont en outre délivrer des licences pour les bureaux de change et de transfert d’argent afin de s’assurer que leurs directives sont appliquées.j“L’économie à Idlib était meilleure que dans les zones du régime, qui avaient les effets combinés des sanctions et de la corruption”, affirme à Ici Beyrouth Thomas Pierret, chercheur au CNRS et spécialiste de Syrie, ajoutant que “à ldlib, l’économie n’était pas sous sanctions et a tiré avantage de la proximité avec la Turquie. La Turquie a apporté une aide au niveau des infrastructures comme pour l’électricité et Internet”.

Même constat pour le spécialiste de HTS Aymenn Jawad al-Tamimi, qui explique que “près du poste-frontière de Bab el-Hawa, vous trouverez de nombreux concessionnaires automobiles et autres commerces, et des projets d’expansion avec une zone industrielle sont en cours. De même, la ville de Sarmada, au nord d’Idlib, est réputée pour être un lieu de shopping agréable dans les quartiers d’Alep anciennement sous contrôle du régime”.

Cependant, ils soulignent également la présence de nombreuses personnes dans les camps de réfugiés qui étaient largement tributaires de l’aide internationale. De son côté, un expert syrien de HTS qui a requis l’anonymat estime que “les dernières années, HTS a construit des centres commerciaux à Idlib, décoré certaines rues et aménagé quelques carrefours, pour donner une impression de prospérité, mais seule une minorité d’habitants y avait accès”.

“Le reste de la population vivait dans la misère, que ce soit dans les camps – qui abritaient plus d’1 million de personnes – ou ailleurs. La plupart des gens vivaient sous le seuil de pauvreté, les opportunités de travail étaient rares, les salaires étaient bas et les loyers élevés”, ajoute-t-il.

Une économie monopolisée

Selon le rapport du Middle East Institute, à la tête de la stratégie économique de HTS se trouve Moustafa Qadid, le cerveau qui va assurer la mainmise du groupe sur l’économie de la région d’Idlib. Nommé à la tête du département économique de HTS, une agence indépendante du GSS, il va mettre en ordre le secteur d’échange et de transfert d’argent en créant la société Al-Waseet, qui va taxer tous les magasins du secteur.

Il a également la charge de l’Agence monétaire générale pour la gestion de la trésorerie et la protection des consommateurs créée en 2017 qui délivre les licences pour les bureaux de change. Selon le Middle East Institute, le capital d’Al-Waseet aurait dépassé les 30 millions de dollars, avant d’être transformé en Sham Bank en 2018.

Après l’opération Rameau d’olivier en 2018, où l’armée turque prend le contrôle de la région d’Afrin, Qadid va créer la société Watad Petroleum, une société en charge du commerce des dérivés du pétrole dans la région suite à l’interruption des livraisons du pétrole des FDS. La société obtient des droits exclusifs pour importer des dérivés du pétrole et du gaz de Turquie.

Partenaire du GSS, Watad Petroleum va avoir la charge de réguler les prix concernant la distribution de gaz et de pétrole dans la région d’Idlib. En juin 2019, son bénéfice mensuel était de 1,67 million de dollars américains.

Le monopole de Watad Petroleum va susciter de nombreux mécontentements à Idlib, tant en termes de fermetures de commerces que de prix du pétrole. Pour calmer les choses, deux autres sociétés vont être créées dans la région en décembre 2020 (Kaf Company et Al-Shahba). Si cela casse le monopole de Watad, beaucoup d’habitants d’Idlib estiment qu’elles appartiennent également à Qatani.

À partir de 2020, HTS va également mettre en place SYR Connect, un nouveau monopole sur Internet. L’entreprise devient alors l’unique fournisseur et distributeur des services Internet dans le nord-ouest syrien.

L’accumulation des taxes et la présence de monopoles ont suscité le mécontentement d’une partie de la population. Certains estimaient, en effet, que les taxes étaient une forme d’extorsion qui n’avait pas pour objectif d’améliorer les conditions de vie.

Cependant, la proximité de la Turquie et l’absence de sanctions internationales ont permis à la région de bénéficier de meilleurs services que les régions voisines, même si elle restait malgré tout dans une économie de pays en guerre.

 

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La difficile réhabilitation internationale du président Assad https://mondafrique.com/decryptage/notre-serie-sur-la-syrie-2-la-tentative-de-rehabilitation-du-president-assad/ Fri, 05 Jul 2024 16:22:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=97170 L’accueil très chaleureux qu’ont réservé les Chinois au Président Assad, qui est venu durant l’été 2023avec son épouse, participer à l’ouverture des jeux asiatiques, montre à quel point le régime syrien,  dont l’image était totalement dégradée en raison d’une répression sanglante contre son peuple, est en train de sortir de son isolement international. Outre Pékin […]

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L’accueil très chaleureux qu’ont réservé les Chinois au Président Assad, qui est venu durant l’été 2023avec son épouse, participer à l’ouverture des jeux asiatiques, montre à quel point le régime syrien,  dont l’image était totalement dégradée en raison d’une répression sanglante contre son peuple, est en train de sortir de son isolement international. Outre Pékin qui voit dans le régime syrien un pion utile dans sa stratégie moyen-orientale, des puissances régionales comme la Turquie et l’Arabie Séoudite, adversaires traditionnels de la Syrie, tentent de trouver une normalisation de leurs relations avec Damas. Ce processus n’est pas gagné d’avance! 

À l’occasion de sa première visite en près de vingt ans dans l’Empire du milieu, le président syrien, Bachar al-Assad, a rencontré son homologue chinois, Xi Jinping. Ce dernier a annoncé, vendredi, un « partenariat stratégique » entre les deux pays.

Dès le début de la guerre en Syrie, Ankara avait pris fait et cause pour la rébellion sunnite syrienne. La Turquie a ainsi accueilli les cadres de l’Armée syrienne libre (ASL) et de l’opposition civile. Ce qui avait naturellement provoqué l’hostilité de Damas. Depuis, le président Erdogan a pris ses distances avec les forces djihadistes. Dans un deuxième temps, l’irrédentisme kurde qui avait transformé le Nord de la Syrie en base arrière avait amené l’armée turque  lancer quatre opérations militaires dans le nord de la Syrie entre 2016 et 2020. Autant de positions du Président Ankara qui expliquent les très mauvaises relations qu’entretenaient les deux pays. 

La main tendue d’Erdogan

Aujourd’hui, la volonté d’Ankara de renouer avec Damas par l’intermédiaire de Moscou, bute sur le refus de Bashar al Assad d’accepter l’occupation d’une partie de son territoire par la Turquie. Par l’intermédiaire d’une milice djihadiste appelée « Armée nationale syrienne » (ANS), composée d’anciens de l’Etat islamique et de volontaires syriens, la Turquie a organisé une zone tampon entre les Kurdes du Rojava syrien et les Kurdes de Turquie. Elle ne dédaigne pas de compléter cette occupation du territoire syrien par des bombardements aériens quand le besoin s’en fait sentir.

Le 9 aout 2023, Bashar al Assad a refusé toute rencontre avec le président turc Tayyip Erdogan tant que les troupes d’Ankara occuperaient le nord-ouest de la Syrie. « Notre objectif est le retrait (de la Turquie) du territoire syrien, tandis que l’objectif d’Erdogan est de légitimer la présence de l’occupation turque en Syrie », a déclaré Assad à l’agence Reuters. « Par conséquent, la réunion ne peut pas avoir lieu dans les conditions d’Erdogan. » « Pourquoi Erdogan et moi nous rencontrerions-nous ? Pour boire un coup ? »

En juillet, Erdogan avait déclaré qu’il était prêt à rencontrer Assad mais pas à changer de politique. « La porte est ouverte … Assad veut que la Turquie quitte le nord de la Syrie. C’est hors de question. Nous combattons le terrorisme là-bas », a riposté le président turc. Le président syrien a clairement indiqué qu’aucune réunion n’aurait lieu dans les circonstances actuelles. « Aucune condition préalable signifie une réunion sans ordre du jour, a-t-il déclaré. Aucun ordre du jour signifie aucune préparation ; pas de préparation signifie aucun résultat, alors pourquoi Erdogan et moi nous rencontrerions-nous ? »

Après les propos de Bachar al-Assad sur un retrait impératif des forces turques pour initier une normalisation des relations bilatérales, le ministre turc de la Défense Yasar Guler a rejeté la demande syrienne.  « La Turquie veut sincèrement la paix mais nous avons aussi des sensibilités. Il est impensable pour nous de nous retirer sans assurer la sécurité de nos frontières et de notre peuple», a-t-il déclaré à la télévision nationale le 13 août.Outre l’occupation du nord de la Syrie, la Turquie a un autre sujet de discussion avec Assad : les réfugiés.  La Turquie accueille environ 3,6 millions de réfugiés syriens, ce qui déclenche des attitudes xénophobes au sein de la population turque. 

Le prince héritier Mohammed ben Salmane accueille Bachar al-Assad pour son retour au sein de la Ligue arabe. Mais il attend des contreparties de la part de la Syrie. Jeddah, 19 mai 2023.

MBS à la manoeuvre

Après avoir dépensé des dizaines de millions de dollars à soutenir des milices arabes sunnistes– et le plus souvent djihadistes – en Syrie contre l’Iran et le Hezbollah, l’Arabie saoudite a souhaité au printemps derneir que Damas réintègre la Ligue arabe. Son objectif reste de convaincre le président Assad de s’éloigner de ses alliés iraniens. L’Arabie Saoudite est consciente de la supériorité militaire de l’Iran qui est de plus associé en Syrie à la Russie. Elle sait aussi que la présence de l’Iran en Syrie fait obstacle à son grand projet d’union régionale arabe auquel Israel serait associé.

N’ayant pas les moyens d’éjecter les Iraniens par la force, l’Arabie tente de convaincre Assad de le faire à sa place. En d’autres termes, elle a entrepris de convaincre Assad que certes l’Iran et la Russie ont sauvé la mise de son régime, certes encore l’Iran et la Russie ont financé l’administration syrienne et son armée, et surtout, l’Iran et la Russie ont aidé la famille Assad a retrouver le contrôle de 90% de son territoire. Mais pour les Saoudiens, tout cela appartient au passé : l’avenir, la paix, la prospérité sont du côté arabe. Une chose est sure en effet, ni l’Iran ni la Russie ne dépenseront un dollar pour reconstruire le pays et lui donner un avenir. Les Etats pétroliers du Golfe en revanche… ont les moyens d’investir dans l’économie syrienne.

Mohamed Ben Salmane, prince régnant d’Arabie a donc commencé un travail de longue haleine qui consiste à convaincre le despote syrien qu’il doit redessiner ses priorités diplomatiques. Les deux parties vont devoir démontrer leur volonté réciproque de surmonter les obstacles nombreux sur ce processus de normalisation, notamment au Liban, terre d’influence pour les deux pays. Les choix MBS et Assad sont très éloignés sur le candidat idéal pour l’actuelle élection présidentielle qui se joue au pays du Cèdre depuis presque un an.

Sleimane Frangié, ami d’enfance du Président Assad, est soutenu par le Hezbollah et n’est pas franchement le candidat favori des Séoudiens pur la Présidentielle.libanaise

 

Le Liban, pierre d’achoppement 

Pour l’Arabie Saoudite, le régime syrien devrait tout d’abord donner un gage de bonne volonté en respectant la décision du Tribunal international sur l’assassinat de Rafic Hariri. Le 18 août 2020, le Tribunal Spécial pour le Liban a rendu son verdict dans le procès des auteurs présumés de l’attaque à la voiture piégée qui a visé, le 14 février 2005, le convoi de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, provoquant sa mort et celle de 21 autres personnes. Dans leur jugement (que beaucoup de commentateurs à l’époque ont jugé timoré), les juges de la chambre de première instance ont reconnu à l’unanimité la culpabilité de Salim Ayyash, membre du Hezbollah. Ils ont acquitté trois autres membres de l’organisation chiite, et ont indiqué n’avoir aucune preuve de l’implication du leadership du Hezbollah ou du régime syrien dans cette attaque et n’avoir pas non plus de preuve suffisante de l’implication de l’ancien accusé, Mustapha Badreddine, haut responsable du Hezbollah tué en Syrie en 2016.   

Un engagement de la Syrie contre Salim Ayyash serait pour l’Arabie Saoudite un premier geste qui serait apprécié à sa juste valeur.

L’Arabie saoudite et la Syrie doivent aussi se donner les moyens d’agir ensemble pour contrôler la situation intérieure dans les arènes libanaise et irakienne, de résoudre les crises et de désamorcer les conflits. Cela conduira les deux parties à redéfinir leurs politiques régionales conformément aux intérêts arabes. 

Ce calibrage ne sera pas une tâche facile au cours de l’étape à venir et nécessitera du temps et de la confiance entre les deux parties pour poursuivre le dialogue et échanger des informations sur des questions coopératives et litigieuses. 

La vraie difficulté de ce processus est bien entendu militaire. La Syrie a certes récupéré 90% de son territoire, mais des pans entiers de ces 90% sont sous le contrôle russe ou iranien. La Russie contrôle elle-même directement des pans entiers de ce que l’on appelle la « Syrie utile ». Ces zones ont une grande valeur stratégique non seulement en raison de leur situation sur la bande côtière et le long des régions frontalières, mais aussi en raison de leur abondance de ressources telles que le phosphate et le gaz. Ces zones sous contrôle russe comprennent des quartiers de Damas et de sa campagne, mais aussi des villes comme Homs, Lattaquié et Tartous. 

Il existait depuis longtemps un désaccord russo-iranien sur les zones d’influence en Syrie qui est passé au second plan quand les Russes et les Iraniens ont commencé à coopérer dans la guerre russo-ukrainienne. Certaines zones du nord de la Syrie sont sous contrôle turc tandis que d’autres restent sous le contrôle du régime syrien. En outre, certaines parties d’Idlib continuent d’être contrôlées par l’opposition syrienne.

Joe Biden fait de la résistance

Les sanctions américianes représentent l’obstacle le plus sérieux à l’avancement des relations saoudo-syriennes, en particulier dans les domaines économique et commercial. Washington s’oppose fermement à la normalisation des relations avec le régime syrien et le justifie en pointant l’absence d’avancées réelles et durables vers une solution politique conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité, un projet de résolution américain adopté en décembre 2015. La résolution prévoit d’autoriser l’aide humanitaire à atteindre les zones assiégées, la mise en place d’un gouvernement de transition et la tenue d’élections libres sous la supervision de l’ONU. 

Washington justifie également sa position de rejet sur la normalisation avec Damas qui n’a pas répondu aux appels internationaux pour libérer les prisonniers politiques, permettre le retour en toute sécurité des réfugiés, poursuivre les auteurs de crimes de guerre en Syrie et traduire les responsables en justice.

Washington a imposé des sanctions à la Syrie en vertu du Caesar Act, que l’ancien président américain Donald Trump a promulgué le 20 décembre 2020, pour cinq ans après la date de promulgation. Il prévoit l’imposition de sanctions à tout gouvernement, entreprise ou individu qui traite directement ou indirectement avec le régime syrien. La loi permet également aux États-Unis d’imposer des sanctions à tout gouvernement, entreprise ou individu qui traite avec le régime syrien dans quatre secteurs vitaux : l’énergie, l’aviation, la finance, la banque, la construction et l’ingénierie.

Ce qui rend la coopération saoudienne avec la Syrie sur des projets de reconstruction très acrobatique.

La Syrie, un pays en ruines

 

 

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