Sénégal - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/senegal/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Mon, 02 Feb 2026 09:45:34 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Sénégal - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/senegal/ 32 32 France-Sénégal. Des échanges privilégiés mais de plus en plus bousculés https://mondafrique.com/economie/france-senegal-des-echanges-privilegies-mais-de-plus-en-plus-bouscules/ https://mondafrique.com/economie/france-senegal-des-echanges-privilegies-mais-de-plus-en-plus-bouscules/#respond Mon, 02 Feb 2026 09:45:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=146290 Entre fantasmes et réalités, les relations entre la France et le Sénégal continuent de susciter l’intérêt. Elles étaient sur la table, lors de la visite à Dakar, la semaine dernière, de la ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger. […]

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Entre fantasmes et réalités, les relations entre la France et le Sénégal continuent de susciter l’intérêt. Elles étaient sur la table, lors de la visite à Dakar, la semaine dernière, de la ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger. Retour en chiffres sur une coopération qui reste, certes, privilégiée, mais de plus en plus bousculée.

Par Mor Amar 

Dakar, le 26 janvier 2026. Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, avec le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse (COJOJ).

Plus de 33% de parts de marchés pour les entreprises chinoises, contre 05% seulement pour les françaises. C’est ce qui ressort du rapport de l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop) pour l’année 2021. L’écart est fulgurant. Il illustre à merveille le décalage entre la réalité de l’économie sénégalaise et le discours souverainiste, qui tend à surestimer la place des entreprises françaises sur le marché sénégalais.

En 2021, informe le rapport de l’Autorité en charge des marchés publics, sur un montant total de près de 1713 milliards de FCFA (plus de 2,6 milliards d’euros) représentant les marchés immatriculés (hors secret défense et combustibles SAR et Senelec), les entreprises chinoises se sont taillées la part du lion : près de 561 milliards de FCFA (plus de 855 millions d’euros), soit 33% du volume. Et sur environ 825 milliards de FCFA, qui constituent la part globale des entreprises étrangères, les chinoises représentent 68% contre 09% seulement pour leurs concurrentes françaises, devancées même par les entreprises émiraties (12% de l’enveloppe).

Qu’est-ce qui explique cette suprématie chinoise ? Dr Cheikhna Hamallah Ndiaye, économiste stratégique et expert en commande publique, apporte une réponse : « La montée en puissance des entreprises chinoises repose sur une combinaison cohérente de facteurs financiers, techniques et stratégiques, observables tant au Sénégal que dans l’ensemble de la sous-région ouest-africaine, avec souvent des
crédits concessionnels ou semi-concessionnels beaucoup plus intéressants. »

Une érosion des parts françaises

Pendant ce temps, les parts de marchés des entreprises françaises s’érodent de plus en plus. Pour Dr Hamallah, ce repli, qu’il faut cependant relativiser, s’explique par le fait que les entreprises françaises proposent généralement des offres financières moins compétitives, avec des schémas de financement moins intégrés.

Depuis le rétablissement des relations diplomatiques avec le Sénégal, le 25 octobre 2005 sous le Président Abdoulaye Wade – qui s’était aussi largement ouvert aux pays arabes – l’empire du milieu n’a eu de cesse de se déployer et de conquérir le marché sénégalais. Très rapidement, il a réussi à devenir l’un des partenaires principaux du pays, reléguant dans certains domaines à l’arrière-plan la France
jusque-là maîtresse principale du jeu.

Selon la note de conjoncture de l’Agence nationale des statistiques et de la démographie (ANSD) pour 2024, les principaux pays fournisseurs du Sénégal ont été la République Populaire de Chine (11,8%), la France (10,1%), la Russie (8,1%), les
Émirats Arabes Unis (5,7%), la Belgique (5,6%), l’Inde (4,6%) et le Nigeria (4,4%). De 2020 à 2024, la France et la Chine ont trôné, à tour de rôle, à la tête de ce classement des fournisseurs du Sénégal. La France disparaît, cependant, dans le classement des destinations des produits sénégalais, alors que la Chine fait partie du Top 05.

Un code des marchés très protecteur des entreprises locales

Par ailleurs, contrairement à une idée répandue tendant à faire croire que les entreprises sénégalaises sont livrées à la concurrence avec les géants étrangers, l’analyse des statistiques sur les marchés publics montre une réalité très différente. Bien que le pays reste très ouvert à des partenaires très variés, les entreprises sénégalaises et communautaires (entreprises appartenant à un des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, UEMOA) arrivent à tirer leur épingle du jeu, en remportant plus de 50% de ces marchés.

Selon le dernier rapport de l’autorité des marchés, qui couvre l’année 2023, 50% du volume des marchés au Sénégal revient aux entreprises sénégalaises et 09% aux entreprises maliennes, soit un total de 59% pour les entreprises issues de l’espace UEMOA. Dans les rapports précédents, les entreprises sénégalaises et communautaires remportaient jusqu’à plus de 60% des parts de marchés.
Pour Dr Hamallah Ndiaye, c’est parce que la majorité de la commande publique correspond à des marchés de faible ou moyenne valeur (fournitures courantes,services, petits travaux). « Ce sont des segments sur lesquels les entreprises locales disposent d’un avantage comparatif naturel. Ces dernières ont surtout des difficultés sur les grands marchés de travaux, ou les marchés qui requièrent une certaine
technicité et une capacité financière importante », explique-t-il.

Aussi, le Code des marchés publics prévoit un certain nombre de dispositions pour promouvoir la préférence nationale et protéger ainsi les entreprises sénégalaises. Citons, parmi ces mécanismes, les marges de préférence, les dispositifs de soutien aux PME, la promotion de l’allotissement et les marchés réservés.

Quid de la défense et de la sécurité ?


L’autre grief qui revient très souvent sur la place publique, c’est la coopération militaire. Là encore, le Sénégal est accusé par certains d’être un valet à la solde de la France. Un haut officier de l’Armée sénégalaise s’inscrit en faux contre cette accusation : « Il y a eu trop de fantasmes et de clichés autour des relations de coopération avec la France, en particulier sur la question des bases », estime-t-il.

Pour lui, dans ce domaine, le Sénégal entretient d’excellents rapports non seulement avec la France, mais aussi avec d’autres pays comme le Maroc et les États-Unis. En Casamance par exemple, dans les années 1990, au plus fort de la crise irrédentiste, les soldats se battaient avec des M16 et des véhicules cargos offerts par les Américains et des munitions marocaines. « Il nous arrivait de manquer de
munitions et c’est le Maroc qui nous aidait, parce qu’il faut le reconnaître, nous étions un pays très pauvre, sans moyens, qui faisait aussi face à l’ajustement structurel (années 80-90 : NDLR) », témoigne l’officier, insistant sur l’importance de la coopération dans le domaine militaire.

Cela dit, malgré ces relations privilégiées, le Sénégal n’a jamais sous-traité sa sécurité ni à la France ni à aucun autre pays. « Nous nous sommes battus tout seuls et on en a payé le prix fort en Casamance. J’ai perdu mes meilleurs amis sur le front », confie-t-i, avant d’ajouter: « Alors, qu’on ne nous donne pas de leçons de souveraineté. Nous avons des dirigeants suffisamment compétents et patriotes. Il
ne faut pas insulter l’histoire. »

Achats d’équipements militaires 

En ce qui concerne les achats d’équipements militaires, ils font l’objet de très peu de publicité. Les contrats étant généralement couverts par le secret-défense, ils échappent au contrôle de l’Agence en charge de la commande publique. Une chose reste toutefois certaine : les contrats qui suscitent le plus de polémiques impliquent généralement les Russes, les Turcs, ou les Israéliens.

Lors des périodes de troubles politiques 2021-2024, l’actuel Premier ministre, alors président du parti souverainiste Les patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) avait d’ailleurs mis en garde le président turc Recep Tayyip Erdogan qu’il soupçonnait d’armer son adversaire au pouvoir, Macky Sall. « L’essentiel du dispositif de répression actuellement au Sénégal : les engins roulants lourds, les grenades lacrymogènes, etc. l’essentiel de ce matériel provient de la Turquie….. », accusait Ousmane Sonko, invitant le président Erdogan « à cesser tout approvisionnement en matériels similaires jusqu’à ce que le pays finisse de traverser cette zone de turbulences ». Dans le cas contraire, ajoutait le chef des patriotes, « il se serait constitué complice des agissements du Président Macky Sall,
puisqu’il lui aura fourni les armes qui ont permis de tirer sur le peuple sénégalais ». Arrivé au pouvoir, il a magnifié les relations entre les deux pays lors d’une visite très médiatisée à Ankara.

La question des bases militaires

Avec la France, l’accusation a souvent porté sur la présence militaire permanente incarnée par les bases militaires, mais aussi les sujets mémoriels qui suscitent rancœurs et déchirures. Depuis juillet 2025, la page des bases militaires est tournée, avec la restitution des dernières emprises le 17 juillet 2025.

Ce n’est pas la première fois : en 2010 déjà, le Président Abdoulaye Wade avait récupéré les bases. Mais dans la foulée, suite à des négociations entre les deux pays, il avait été convenu de remettre les emprises à la disposition des partenaires français moyennant le paiement d’un loyer. Cette décision n’avait pas plu à Paris. Après le départ de Wade, remplacé par Macky Sall en 2012, le sujet est revenu sur la table, confie une source militaire.

Confronté à certaines menaces, le Sénégal avait décidé d’acheter des avions de chasse coréens. Il a alors sollicité la France pour la formation des pilotes. « Ils nous ont dit : Vous ne pouvez pas nous demander de payer pour les emprises et vouloir qu’on vous forme gratuitement vos pilotes », raconte-t-il. Les Français ont refusé et ils ont aussi convaincu leurs alliés européens de faire de même. Alors que le Sénégal était prêt à payer pour la formation de ses pilotes, ils ont fixé des prix hors de portée. « Nous nous sommes alors rapproché des Italiens ; ils ont fait des propositions encore plus salées. Nous avons compris que les Français étaient derrière, même si nous ne pouvions pas le prouver.»

Un réchauffement sous Macky Sall

La première visite de Macky Sall, les 17 et 18 avril 2012, a permis de réchauffer l’axe Dakar-Paris. Sur invitation de Nicolas Sarkozy, le Président Sall, élu le 25 mars 2012 à un premier mandat, réserve à la France sa première visite en dehors du continent. Outre les questions budgétaires, les accords militaires étaient au cœur des discussions. La visite a permis au président sénégalais de décrocher la formation de ses pilotes, mais ce n’était pas tout à fait gratuit. 

« En contrepartie, nous sommes revenus sur l’accord de Wade (relativement à l’occupation des emprises). Nous avons juste enlevé `à titre onéreux’ et mis à la place `à titre gratuit’. C’est la seule chose qui a changé. Et ils nous ont formé nos pilotes », poursuit l’officier, soulignant le niveau de vulnérabilité et de dépendance sur certaines questions.

Pour Dr Yoro Dia, politologue et ancien collaborateur de Macky Sall, cela fait longtemps que le Sénégal n’est plus le pré carré de la France ou d’une quelconque autre puissance. Les « pseudos souverainistes », comme il les appelle, sont les seuls à ne pas s’en être rendu compte. Pour lui, les seules limites à la souveraineté aujourd’hui sont d’ordre économique et ou technologique. Et cela vaut pour tous les pays du monde.

Les atouts de la France

Malgré les critiques et remises en cause, la France reste tout de même assez bien ancrée au Sénégal, grâce à une présence très ancienne. Sur le plan économique, cette présence est marquée par des mastodontes comme Total dans les hydrocarbures, Eiffage dans les bâtiments et travaux publics, Soboa et Auchan dans le domaine de l’alimentation, pour ne citer que quelques exemples.

Aujourd’hui, selon les chiffres de l’ambassade de France au Sénégal, le nombre d’entreprises françaises dans le pays est estimé à 340 unités, dont de nombreuses joint-ventures avec des entreprises sénégalaises. En termes de stock d’investissements directs, la France reste ainsi le premier partenaire du Sénégal avec 16%. Ce qui témoigne, selon la source diplomatique, de la « fiabilité et de la qualité » de l’investissement direct étranger de la France, adossé à « une vision à long terme, promouvant la création d’entreprises formelles, le recrutement de Sénégalais et le transfert de savoir-faire ». Cette vision se démarque ainsi des opérations d’export pur, sans grand impact sur l’économie locale.

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La mort de l’actrice Halima Gadji bouleverse le Sénégal https://mondafrique.com/loisirs-culture/la-mort-dhalima-gadji-a-37-ans-bouleverse-le-senegal/ https://mondafrique.com/loisirs-culture/la-mort-dhalima-gadji-a-37-ans-bouleverse-le-senegal/#respond Wed, 28 Jan 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146023 Décédée en France dans des circonstances encore inexpliquées, l’actrice sénégalaise Halima Gadji laisse derrière elle une carrière marquante et une onde de choc dans le monde culturel africain. La mort de Halima Gadji a été annoncée dans la nuit du lundi 26 au mardi 27 janvier 2026. L’actrice sénégalaise est décédée à l’âge de 37 […]

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Décédée en France dans des circonstances encore inexpliquées, l’actrice sénégalaise Halima Gadji laisse derrière elle une carrière marquante et une onde de choc dans le monde culturel africain.

La mort de Halima Gadji a été annoncée dans la nuit du lundi 26 au mardi 27 janvier 2026. L’actrice sénégalaise est décédée à l’âge de 37 ans en France, selon une information confirmée par l’Agence de presse sénégalaise (APS). À ce stade, les circonstances exactes de son décès demeurent floues, suscitant incompréhension et émotion au Sénégal comme au sein de la diaspora.

Quelques heures avant l’annonce de sa mort, Halima Gadji était encore active sur les réseaux sociaux. Dans la journée du lundi 26 janvier, elle avait publié un message sur Facebook pour relayer le lancement du casting de la saison 2 de Nouvelle Reine, une production diffusée sur Canal+ Afrique. « Si tu es ambitieuse, authentique, prête à représenter ta culture et à vivre une aventure unique, c’est le moment de tenter ta chance », écrivait-elle. Après cette publication, plus aucun signe de vie n’a été signalé.

Dans la soirée, des rumeurs sur sa disparition ont commencé à circuler en ligne, avant d’être confirmées officiellement par l’APS. Selon l’agence, l’actrice serait décédée « des suites d’un malaise en France ». Aucun autre détail n’a été communiqué par les autorités françaises ou sénégalaises, ni par son entourage, concernant les circonstances précises du décès. Cette absence d’informations a alimenté de nombreuses interrogations, sans qu’aucune hypothèse ne soit à ce jour étayée.

L’APS a toutefois rappelé que le parcours personnel de l’actrice avait été marqué ces dernières années par des périodes difficiles. L’agence évoque notamment des épisodes de dépression ayant affecté sa carrière. « La vie n’a pas été de tout repos aussi pour cette jeune artiste qui, à plusieurs reprises, a été rattrapée par des crises de dépression qui ont régulièrement perturbé sa carrière », écrit l’APS, sans établir de lien direct avec son décès. Aucune déclaration officielle ne permet pour l’instant d’en savoir davantage.

Au Sénégal, la disparition d’Halima Gadji a provoqué une vive émotion. Très connue du grand public, elle s’était imposée comme l’un des visages majeurs de la télévision sénégalaise. Elle avait été révélée par son rôle de Marième Dial dans la série Maîtresse d’un homme marié, une production populaire qui avait suscité de nombreux débats de société. Qualifiée par l’APS de « série à polémique, mais à succès », cette fiction avait contribué à installer durablement l’actrice dans le paysage audiovisuel national.

Ce rôle avait marqué un tournant décisif dans sa trajectoire, faisant d’elle l’une des actrices les plus sollicitées de sa génération. À travers ses personnages, Halima Gadji abordait des thématiques sensibles liées aux rapports de genre, à la famille ou aux normes sociales, tout en conservant une forte proximité avec le public. Le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme du Sénégal lui a rendu hommage dans un message publié le 27 janvier sur Facebook, saluant une artiste engagée et profondément attachée aux valeurs culturelles de son pays.

Née en 1989 à Dakar, Halima Gadji avait grandi entre les quartiers de la Médina et de Sacré-Cœur. Issue d’une famille aux origines sénégalaises et marocaine-algérienne, elle s’était orientée très jeune vers le mannequinat avant de se tourner vers la comédie. Selon l’APS, elle avait commencé les castings dès l’âge de 15 ans avec la volonté affirmée de faire carrière dans le milieu artistique.

Actrice, mannequin, consultante mode et entrepreneuse, elle menait plusieurs projets de front, incarnant une figure féminine moderne et indépendante. Sa disparition laisse aujourd’hui un vide important dans le paysage culturel sénégalais, alors que de nombreuses questions demeurent sans réponse sur les circonstances de sa mort.

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Comment la « plus belle CAN de l’histoire » a échappé au Maroc https://mondafrique.com/a-la-une/comment-la-plus-belle-can-de-lhistoire-a-echappe-au-maroc/ https://mondafrique.com/a-la-une/comment-la-plus-belle-can-de-lhistoire-a-echappe-au-maroc/#respond Sat, 24 Jan 2026 06:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145818 Présentée comme la plus belle de l’histoire, la CAN 2025 s’est achevée dans la confusion, dimanche à Rabat, et se poursuit en coulisses depuis, alors que le Sénégal célèbre son deuxième titre de champion d’Afrique. Il ne s’agit pas ici de refaire la finale, perdue à Rabat par le Maroc, mais plutôt de décrypter comment […]

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Présentée comme la plus belle de l’histoire, la CAN 2025 s’est achevée dans la confusion, dimanche à Rabat, et se poursuit en coulisses depuis, alors que le Sénégal célèbre son deuxième titre de champion d’Afrique. Il ne s’agit pas ici de refaire la finale, perdue à Rabat par le Maroc, mais plutôt de décrypter comment on en est arrivé là, et de quoi ce dénouement dans le chaos est-il le nom.  

Par Patrick Juillard

Pouvait-on rêver de plus belle finale pour conclure dimanche cette CAN 2025, saluée la veille comme « la plus belle de l’histoire » par nul autre que le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe ? Certes, l’instance panafricaine a coutume de brandir de tels superlatifs après chaque édition, mais c’était cette fois plus mérité que lors de précédentes occurrences de cette communication triomphaliste. Et puis le titre n’allait-il pas se jouer entre le Maroc, pays organisateur et première nation africaine à se glisser dans le dernier carré d’une Coupe du monde, trois ans plus tôt au Qatar, et le Sénégal, finaliste pour la troisième fois en quatre tournois et premier challenger du Maroc au classement mondial ? Cette finale du ranking FIFA allait opposer les deux premières têtes de série de l’épreuve, les deux seules à avoir eu le privilège de jouer tous leurs matchs dans un même stade, à Rabat pour le Maroc et à Tanger pour le Sénégal. Comme un train qui arrive à l’heure.

Un train qui arrive à l’heure, mais…

Et c’est précisément à cause d’un TGV arrivé dans les temps que la pression, déjà intense comme avant toute finale, avait commencé à entrer dans la zone rouge, l’avant-veille de la rencontre. Annoncée sur les réseaux sociaux, l’arrivée de l’équipe du Sénégal en gare de Rabat avait été l’occasion d’instants de pagaille et de cohue, avec un afflux de supporters des deux camps au moment de la sortie des joueurs et de leurs encadrants, en l’absence criante du moindre cordon de sécurité. Dans la nuit, la Fédération sénégalaise de football publiait un communiqué furibard contre les organisateurs de la CAN, dénonçant non seulement une « absence manifeste de dispositif de sécurité adéquat lors de l’arrivée de la délégation sénégalaise à la gare ferroviaire de Rabat », mais aussi l’attribution d’un hôtel 4 étoiles plutôt qu’un 5 étoiles et celle d’un terrain d’entraînement situé sur les installations mêmes du… Maroc. Comme si à la veille d’une finale de l’Euro contre la France à Saint-Denis, l’Italie (ou tout autre adversaire) avait dû s’entraîner à Clairefontaine. 

Le lendemain matin, alors que le flou persistait sur le lieu d’entraînement de son équipe –  la séance eut finalement lieu au complexe olympique, non loin du stade Moulay Abdellah  –, le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, haussait le ton. « Je pense que les enjeux du football ne doivent pas nous amener à faire certaines choses. Aujourd’hui, c’est l’image de l’Afrique qui est en jeu. Je parle en tant qu’Africain. Ce qui s’est passé avec les joueurs est anormal. Une équipe comme le Sénégal ne peut pas se retrouver au milieu de la foule populaire. Mes joueurs étaient en danger. Tout pouvait se passer, face à des personnes mal intentionnées », taclait le technicien, habituellement plus mesuré. Le message était clair : le Sénégal n’était pas là pour se laisser marcher sur les pieds. 

Thiaw-Regragui, stratèges de la tension


Comme en écho, le sélectionneur du Maroc, Walid Regragui, promettait un stade bouillant à ses adversaires : « Je veux que le Sénégal sente que ce n’est pas le Stade des Martyrs (à Kinshasa, où le Sénégal a affronté et battu la RDC en éliminatoires du Mondial 2026, ndlr). Pour venir nous battre au Maroc, c’est très compliqué, très dur. Le Cameroun s’en est rendu compte et le Nigeria aussi. Il faudra une équipe du Sénégal très forte pour venir nous battre chez nous. »

La suite allait montrer à quel point il ne s’agissait pas de paroles en l’air. Car cette tension ne venait pas de nulle part ; elle était montée progressivement au fil des différents tours. Avant cette veille de match explosive, la CAN 2025 avait été gagnée par les doutes sur la qualité de l’arbitrage, avec une curieuse non-utilisation du VAR dans plusieurs situations litigieuses, lors des matchs Maroc-Tanzanie (8e de finale), Cameroun-Maroc et Algérie-Nigeria (quarts de finale). De cette mise en cause légitime du niveau des sifflets retenus par la CAF découla un soupçon d’arbitrage « maison », en faveur du pays hôte de cette CAN premium en termes d’infrastructures et d’organisation. 

Au risque d’alimenter ce qu’il disait vouloir dénoncer, Walid Regragui avait lui-même longuement abordé le sujet, le 13 janvier en conférence de presse, énumérant les décisions défavorables à son équipe. « Contre la Tanzanie où tout le monde a essayé de faire croire qu’il y avait penalty parce qu’il y avait un joueur de 20 kilos contre un autre de 120 kilos (sic). En Angleterre, jamais ça ne se siffle », avait-il notamment argumenté, avant d’appeler à un arbitrage de qualité pour la suite du tournoi. 

Infantino sort de ses gonds

En finale, ce fut globalement le cas au cours d’un affrontement de haute tenue, jusqu’au terrible enchaînement qui allait faire dérailler la rencontre à l’orée du temps additionnel de la seconde période. La suite est connue : sortis du terrain pour protester contre ce qu’ils considéraient comme une injustice, les joueurs du Sénégal et leur staff allaient revenir sur la pelouse pour terminer la rencontre. Un penalty manqué de Brahim Diaz et une prolongation victorieuse plus loin, Sadio Mané, Pape Gueye et les Lions de la Teranga remportaient une deuxième Coupe d’Afrique. 

Terminée dans la nuit de dimanche à lundi, la CAN 2025 se poursuit sur le terrain disciplinaire. Le tir de barrage est concentré sur le Sénégal et son sélectionneur, Pape Thiaw, accusé d’avoir ordonné à ses joueurs de quitter le terrain et d’avoir donné une mauvaise image de l’Afrique, malgré ses excuses a posteriori. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, qualifie d’« inacceptable » ce comportement et appelle la Confédération africaine de football à prendre les « mesures appropriées », passant sous silence, comme beaucoup d’observateurs, les dérapages enregistrés côté marocain, avec les tentatives répétées de subtiliser la serviette du gardien sénégalais Edouard Mendy. De son côté, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) annonce au lendemain de la finale saisir les instances compétentes de la CAF et de la FIFA. 

Le Sénégal peut-il perdre la CAN sur tapis vert ?

Pendant que les joueurs du Sénégal étaient accueillis en héros à Dakar, les juristes du sport refaisaient le match et se demandaient si, au-delà des sanctions disciplinaires et financières qui leur pendent au nez, les Lions de la Teranga et leur sélectionneur risquaient plus gros. Le fait que l’arbitre de la finale, M. Ndala, n’ait pas sifflé la fin de la rencontre après le retour temporaire des Sénégalais aux vestiaires, les met à l’abri d’une défaite par forfait, prévue par les articles 82 et 84 du règlement de la CAF. La finale est allée à son terme, le coup de sifflet final valant homologation du résultat. 

Le Maroc pourrait s’engouffrer dans une autre brèche, située dans le texte de la loi 12 de l’IFAB. Celle-ci pose qu’un joueur quittant             « délibérément le terrain sans l’autorisation de l’arbitre » doit être averti. Or, au moins trois joueurs sénégalais ayant suivi leur coach aux vestiaires étaient déjà sous le coup d’un carton jaune : Lamine Camara, El Hadji Malick Diouf et Ismaïla Sarr. Un second avertissement, synonyme d’expulsion, aurait dû leur être attribués. Les deux derniers nommés auraient ainsi laissé leurs coéquipiers à neuf pour la prolongation. Reste à savoir quelle lecture les juridictions sportives feront de l’interruption de la rencontre et du caractère temporaire du retrait de l’équipe sénégalaise. 

Plus globalement, la déconvenue subie par le Maroc a fait naître un important sentiment d’injustice à travers le pays. Non tant à cause de la victoire du Sénégal, fut-ce dans ces conditions chaotiques, qu’en raison des efforts consentis par le Royaume pour offrir à l’Afrique la meilleure édition jamais organisée. Comme si ces indéniables efforts avaient fini par laisser croire que la seule récompense possible était la victoire de l’équipe nationale à cette CAN, cinquante ans après sa seule victoire dans cette compétition. « Le Maroc doit-il encore se sacrifier pour le football africain ? », s’interrogeait ainsi le média Le Desk dans un éditorial au lendemain du match. La question risque en effet de se poser, au moment où les lignes bougent en coulisses autour de l’attribution des prochaines éditions de la CAN, désormais organisée sur un rythme quadriennal.

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Venance Konan: « Omar Sy ou l’assimilation à la française » https://mondafrique.com/international/venance-konan-omar-sy-ou-lassimilation-a-la-francaise/ https://mondafrique.com/international/venance-konan-omar-sy-ou-lassimilation-a-la-francaise/#respond Sat, 24 Jan 2026 05:50:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145821 Certains commentaires entendus à l’occasion de la CAN 2025 ont inspiré à Venance Konan une chronique aigre-douce pour Mondafrique sur le racisme – à peine – voilé qui se dissimule derrière la définition de l’assimilation à la française. Vous vous sentez un peu français parce que votre pays a été colonisé par la France et […]

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Certains commentaires entendus à l’occasion de la CAN 2025 ont inspiré à Venance Konan une chronique aigre-douce pour Mondafrique sur le racisme – à peine – voilé qui se dissimule derrière la définition de l’assimilation à la française.

Vous vous sentez un peu français parce que votre pays a été colonisé par la France et que vous parlez français, mangez de « la vache qui rit », buvez du vin de Bordeaux et portez des nœuds papillons ? C’est bien. Mais pour être vraiment considéré comme un bon Français, c’est plus compliqué que cela. Laissez-moi vous raconter l’histoire d’Omar Sy, un Français bien comme il faut, que vous connaissez peut-être. Il est né français, en France, a grandi en France, parle le français sans accent et il est devenu un comédien à grand succès qui a remporté le Globe de cristal du meilleur acteur en 2012, le prix du meilleur acteur ex aequo avec son partenaire François Cluzet au festival international du film de Tokyo et le César du meilleur acteur la même année.

Omar Sy dans les vestiaires des Lions de la Teranga, le soir de la victoire.

Français bien comme il faut ? Oui, mais à quelques détails près. Omar Sy est donc français. Même si son nom ne sonne pas franchement gaulois. Sa couleur non plus. Il est grand, mais pas blond, et pas blanc du tout. Il a plutôt la couleur noire d’un Sénégalais, comme l’est d’ailleurs son père. En principe dans la grande France, pays de la liberté, de la fraternité et de l’égalité, cela ne devrait pas poser de problème. D’ailleurs selon les sondages, Omar Sy est depuis de longues années l’une des personnalités préférées des Français. Mais voilà ! Il s’appelle Omar Sy et il est Noir. Et pour compliquer davantage son cas, il est musulman. Alors, peut-on être Noir, musulman, porter un nom et un prénom pas européens ou judéo-chrétiens et être un bon Français ? Pour certains Français, plutôt proches de l’extrême-droite, ce n’est pas très évident. Ainsi, Omar Sy a été interpellé par un journaliste de la chaîne CNews pour avoir célébré la victoire de l’équipe du Sénégal sur le Maroc lors de la récente Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Précisons que le Sénégal n’avait pas battu la France mais le Maroc.

« Français à part entière et non entièrement à part »

Voici les propos du journaliste : « le fait que Omar Sy, qui est dans le classement du JDD (Journal du dimanche) la troisième personnalité préférée des Français, soit présent au stade du Maroc et fasse la fête avec les joueurs du Sénégal dans les vestiaires pose une question sur notre capacité à assimiler. Il est français et si un des Français les plus appréciés du peuple français a le besoin d’aller célébrer la victoire de son pays d’origine, cela pose question sur notre méthode d’assimilation. » Voici donc. Pour certains Français, si vous êtes Français avec une origine d’un autre pays, vous devriez rompre totalement avec ce pays, ou ne manifester aucune empathie pour lui si vous voulez être considéré comme Français à part entière et non comme Français entièrement à part.

Que dire alors de Manuel Valls, l’ancien Premier ministre français, d’origine espagnole, qui a cherché à se faire élire en Espagne ? On me rétorquera sans doute que l’Espagne est un pays européen et que ce n’est pas la même chose. Que dire alors de madame Salomé Zourabichvilli, l’ancienne présidente de la Géorgie, qui avait la nationalité française, était ambassadrice de la France en Géorgie, puis est devenue ministre des Affaires étrangères de ce pays avant d’en être la Présidente ? Cela n’avait dérangé personne en France. Pourquoi ? Peut-être parce qu’elle était caucasienne. Et que dire de ces Français qui vont faire la guerre en Palestine aux côtés des Israéliens ?

Et chez les anglo-saxons ? 

Bon, ne chipotons pas trop. Chaque pays a ses mœurs propres. Allons voir un peu ce qui se passe ailleurs. Aux États Unis, par exemple, le président de la Banque mondiale est un Américain d’origine indienne qui affiche fièrement son appartenance à la communauté Sikh à travers la barbe et le turban. Je ne sais pas si cet état de chose perdurera avec le grand blond qui occupe la Maison-Blanche actuellement. Au Canada, un officier de la police montée d’origine Sikh a été autorisé à porter son turban. De même que des joueurs de l’équipe de football. En Grande Bretagne, le pays n’avait pas hésité à se donner un premier ministre d’origine indienne qui n’avait pas caché son appartenance à la religion hindoue qu’il pratiquait ostensiblement. Et le ministre de l’Économie et des Finances de sa prédécesseur était originaire d’Afrique. En 2024, toujours en Grande Bretagne, un Noir avait été nommé ministre des Affaires étrangères.  Et aucun sourcil ne s’était levé dans ce pays. C’est d’ailleurs en Grande Bretagne que l’Ivoirien Tidjane Thiam fut nommé directeur général de la compagnie d’assurance Prudential, poste qu’il n’aurait jamais obtenu s’il était resté en France, pays dont il porte aussi la nationalité.

En France, il y eut une levée de boucliers du côté de l’extrême droite lorsque le pourtant français Pap Ndiaye fut nommé ministre de l’Éducation nationale. Il était Français, certes, mais son nom et sa couleur trahissaient une origine située un peu trop loin de l’Europe à leur goût. Les maires de Londres et de New York sont des musulmans. Dire qu’en France le port de l’abaya ou du simple voile donne de l’urticaire à bon nombre de personnes !

Selon les sondages, l’extrême droite a toutes les chances de prendre le pouvoir lors de la prochaine élection présidentielle en France. Dans la France qui arrive, les choses risquent d’être encore plus compliquées pour les Français et aspirants français à la peau un peu trop foncée.

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CAN : Brahim Diaz, de héros à zéro au milieu du chaos https://mondafrique.com/decryptage/can-brahim-diaz-de-heros-a-zero-au-milieu-du-chaos/ https://mondafrique.com/decryptage/can-brahim-diaz-de-heros-a-zero-au-milieu-du-chaos/#respond Tue, 20 Jan 2026 13:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145639 Entre Brahim Diaz et le Maroc, la belle histoire de la CAN 2025 s’est achevée sur un penalty manqué, dimanche, en conclusion d’une finale perdue face au Sénégal. Retour sur ces moments de chaos qui ont vu le buteur des Lions de l’Atlas passer de héros à zéro, au moment où la partie, incertaine, basculait […]

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Entre Brahim Diaz et le Maroc, la belle histoire de la CAN 2025 s’est achevée sur un penalty manqué, dimanche, en conclusion d’une finale perdue face au Sénégal. Retour sur ces moments de chaos qui ont vu le buteur des Lions de l’Atlas passer de héros à zéro, au moment où la partie, incertaine, basculait dans le temps additionnel de la seconde période.
 
Par Patrick Juillard 

90e+2 : le Sénégal ouvre le score par Ismaïla Sarr. Problème : l’arbitre, M. Ndala, a préalablement sifflé une faute de Seck sur Hakimi. L’action est interrompue, le but n’est pas accordé et le VAR (assistance vidéo) ne peut être consulté. L’examen des images aurait dû conduire l’arbitre congolais à accorder le but.

90e+8 : accrochage sur Diaz, dans la surface de réparation sénégalaise. Appelé par le VAR, l’arbitre accorde un penalty au Maroc.

Dans la foulée, le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, demande à ses joueurs de quitter le terrain pour protester contre ces décisions, jugées inéquitables. Les supporters du Sénégal, rassemblées dans une section de la tribune opposée, tentent de pénétrer sur le terrain. Des coups sont échangés et plusieurs blessés sont à dénombrer. Le protocole FIFA, qui interdit au diffuseur de montrer ce type d’images, favorise la prolifération des rumeurs. 

L’échange Sadio Mané-Claude Le Roy

Dans ce chaos, un homme se distingue : Sadio Mané, la star des Lions de la Teranga, refuse de quitter le terrain. Après un bref échange avec Claude Le Roy, présent au bord de la pelouse en tant que consultant télé – «À ta place, j’irais chercher mes potes », lui conseille le coach chevronné – l’attaquant demande à ses coéquipiers de revenir. « On va jouer comme des hommes ! Allez, venez », lance l’ancien joueur de Liverpool. 

Après le retour des Sénégalais sur le terrain, la partie peut reprendre. L’interruption a duré 15 minutes et 22 secondes. Brahim Diaz frappe le penalty et le manque en tentant une panenka (ndlr, du nom du joueur tchèque qui inventa ce geste, consistant à lober le gardien, plongeant d’un côté ou de l’autre du but, d’un petit ballon fouetté). Le Maroc vient de gâcher une occasion historique…

94e : le Sénégal, revigoré, a entamé la prolongation pied au plancher et marque sur une frappe surpuissante de Pape Gueye. Il reste alors près de trente minutes aux Marocains pour inverser la tendance, mais ce ne sera jamais le cas. Les Lions de la Teranga remportent la CAN 2025, la deuxième de l’histoire du pays après l’édition 2021. 

Passé de héros à zéro le temps d’un penalty manqué, Brahim Diaz va recevoir sa médaille de soulier d’or (meilleur buteur) de la compétition sous les sifflets d’un stade Prince-Moulay-Abdellah vidé d’une grande partie de ses spectateurs. Après avoir marqué à chacune des cinq premières sorties des  Lions de l’Atlas, l’ailier droit du Real Madrid a flanché au pire moment, à l’image de son équipe, incapable de marquer dans le jeu tant en demi-finales contre le Nigeria qu’en finale face au Sénégal. 

Brahim Diaz, un échec en forme de fardeau 

Devenu international marocain après avoir porté les couleurs de l’Espagne, le natif de Malaga va devoir vivre toute sa carrière avec ce penalty raté, dans un pays déjà échaudé par les tentatives avortées d’Hakim Ziyech (contre le Bénin, lors des huitièmes de finale de la CAN 2019) et d’Achraf Hakimi (contre l’Afrique du Sud lors de ceux de la CAN 2023). 

Le lendemain, Brahim Diaz s’adresse au public dans un post sur Instagram. « Hier, j’ai échoué et j’en assume l’entière responsabilité. Je vous présente mes excuses les plus sincères, écrit le héros malheureux de la finale. J’ai mal au cœur. J’ai rêvé de ce titre grâce à tout l’amour que vous m’avez donné, à chaque message, à chaque marque de soutien qui m’a fait sentir que je n’étais pas seul. Je me suis battu de toutes mes forces, avec mon cœur avant tout. Il me sera difficile de m’en remettre, car cette blessure ne guérit pas facilement, mais je vais essayer. Pas pour moi, mais pour tous ceux qui ont cru en moi et pour tous ceux qui ont souffert avec moi. »

La théorie du complot pour réécrire l’histoire

Mais le mal est fait. La presse n’est pas tendre avec Brahim Diaz. TelQuel évoque même une « panenka atroce». Parmi les observateurs du football africain, une théorie a ses adeptes : le joueur aurait volontairement manqué son geste, dans le but d’éviter un chaos plus grand encore. Une variante complotiste circule également : c’est SAR le prince Moulay Rachid qui en aurait donné l’ordre, dans le souci de ne pas voir le Maroc gagner la CAN sur un but litigieux.

On peut voir dans cette théorie diffusée, sans la moindre preuve, par certains proches du régime, une manière commode de justifier une défaite a posteriori. D’autres, plus rationnels et plus nombreux, estiment que le contexte explosif et le quart d’heure d’attente avant d’exécuter la sentence ont sorti l’intéressé de son match et provoqué son échec. 

Alors qu’il lui avait adressé une soufflante depuis son banc de touche avant de le remplacer, le sélectionneur du Maroc, Walid Regragui, sera plus clément pour son joueur au moment de sa conférence de presse d’après-match : « Brahim a frappé un tir au but contre le Mali et l’a marqué. Aujourd’hui, il l’a loupé. Ça fait partie du football. »

Tous les entraîneurs ne sont pas du même avis. Ancien occupant du banc du Maroc, aujourd’hui assis sur celui de l’Arabie Saoudite, Hervé Renard livre un verdict sans appel. « On a le droit de rater un penalty, mais, en pareil cas, je suis catégorique et je n’ai aucune complaisance, déclare le technicien français dans un entretien au Parisien. C’est un manque de respect pour tout un pays et tout un peuple en quête d’un succès depuis 50 ans. » Brahim Diaz va devoir être fort, très fort, pour revenir plus fort.

 

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CAN 2025 : le Maroc face à son destin https://mondafrique.com/societe/can-2025-le-maroc-face-a-son-destin/ Sun, 18 Jan 2026 10:44:05 +0000 https://mondafrique.com/?p=145548 Tout un peuple n’attend que cela : en quête d’un titre continental depuis 1976, le Maroc affronte le Sénégal ce dimanche (20h00) à Rabat en finale de la CAN 2025. Ambiance fébrile à quelques heures de ce rendez-vous historique entre les deux meilleures équipes africaines du moment.     Par Patrick Juillard    Vendeur de drapeaux, […]

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Tout un peuple n’attend que cela : en quête d’un titre continental depuis 1976, le Maroc affronte le Sénégal ce dimanche (20h00) à Rabat en finale de la CAN 2025. Ambiance fébrile à quelques heures de ce rendez-vous historique entre les deux meilleures équipes africaines du moment.  
 
Par Patrick Juillard 
 
Vendeur de drapeaux, d’écharpes, de casquettes et d’objets destinés aux supporters du Maroc et des autres équipes de la CAN 2025, Mehdi ne chôme pas en cette veille de finale entre les Lions de l’Atlas et le Sénégal. Dans son magasin « Au beau fanion », à quelques encablures de la mosquée Al-Badr, dans le vivant quartier d’Agdal, le jeune homme arbore un sourire discret. « Au début, c’était surtout les gens des pays francophones qui venaient acheter, des drapeaux aux couleurs de leur pays ou des maillots du Maroc, dit-il. Aujourd’hui, ce sont surtout des Marocains, de toutes tranches d’âge, hommes et femmes. Tout le monde veut montrer qu’il supporte son équipe. »

La folie des billets

Les affaires se portent donc bien, mais en ville, pourtant, la fièvre monte tout doucement. Que l’on ne s’y trompe pas, toutefois : le jour J, à l’heure H, le stade Prince Moulay-Abdellah grondera et poussera son équipe comme un seul homme, et les quelques supporters du Sénégal n’existeront que visuellement dans ce vacarme patriotique. Tout le monde veut en être, tous ceux qui n’ont pas (encore) de place en cherchent désespérément.
 
Quoiqu’en disent les organisateurs et les autorités locales, le marché noir carbure non-stop pour tous ceux qui ne veulent pas se contenter pas de suivre le match dans les fanzones et les cafés, où l’IPTV tourne à plein régime depuis un mois. Les heureux détenteurs brandissent parfois leur ticket comme un trophée. « C’est un billet à 300 dirhams (environ 30 euros) et le gars me le faisait à 4000 (400 euros), mais je l’ai acheté à 2000 dirhams », racontait jeudi un jeune et débrouillard habitant de la capitale à L’Équipe. Depuis, les prix ont continué de grimper sur ce marché informel, alimenté par le système D et les messageries cryptées. 

Des petits fours aux 100 décibels 

Peut-être le revers d’une médaille, celle de la fidélité ? Après avoir tancé le public en début de CAN – « Si le public vient juste pour manger les petits fours, on n’a rien à faire de lui », avait-il déclaré – le sélectionneur Walid Regragui n’a cessé, depuis, de saluer sa montée en puissance. Celle-ci a été synchrone avec celle de l’équipe qu’il dirige, en quête d’un second sacre continental, cinquante ans après le trophée ramené d’Éthiopie.
 
« Contre le Nigeria [en demi-finale], nos supporters sont montés à 100 décibels, a rappelé l’ancien joueur de Grenoble et d’Ajaccio. Je veux que le Sénégal sente que ce n’est pas le stade des Martyrs [à Kinshasa, où le Sénégal a affronté et battu la RDC cet automne en éliminatoires du Mondial 2026, ndlr]. Pour venir nous battre au Maroc, c’est très compliqué, très dur. Le Cameroun s’en est rendu compte et le Nigeria aussi. Ce n’est pas Dortmund, le Parc [des Princes] ou Marseille. Il faudra une équipe du Sénégal très forte pour venir nous battre chez nous. » 

 Aux portes du Top 10 mondial

Battu en 1988 par le futur vainqueur camerounais, le Maroc entend, cette fois, être roi en son Royaume. Doté d’un effectif de qualité à tous les postes, le pays hôte de cette 35e édition recueillerait ainsi les fruits de sa régularité dans cette finale du triomphe de la logique, entre le pays africain leader au classement mondial de la FIFA (le Maroc, 11e) et son premier challenger continental (le Sénégal, 19e).
 
Il lui faudra d’abord vaincre une équipe remontée contre les organisateurs : vendredi, l’arrivée de la délégation du Sénégal à la gare TGV de Rabat, pourtant annoncée publiquement, s’est faite sans cordon de sécurité et le lendemain, un nouveau lieu d’entraînement a été alloué au dernier moment aux Lions de la Teranga, désireux de ne pas effectuer leur dernière séance sur les installations du complexe Mohammed V, habituellement dédié au Maroc.
 
Il s’agira ensuite de chasser les soupçons de favoritisme, prompts à se déchaîner à la moindre erreur d’arbitrage. Enfin, Walid Regragui et ses joueurs devront surmonter la (relative) malédiction du pays organisateur au 21e siècle : depuis 2000, seules la Tunisie (2004), l’Égypte (2006) et la Côte d’Ivoire (2024) ont triomphé à domicile.

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Série Sénégal (2/2), un Premier ministre insoumis et incontrôlable https://mondafrique.com/politique/serie-senegal-2-2-un-premier-ministre-insoumis-et-incontrolable/ Wed, 14 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145201 Adepte du rapport de force, implacable contre ses adversaires, Ousmane Sonko est loin d’être borné et sait manœuvrer quand les circonstances le recommandent.  Chef habitué à donner des ordres, il s’accommode mal de sa position de numéro 2.  Par Mor Amar L’homme se fiche pas mal de la collégialité du gouvernement dont il est pourtant […]

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Adepte du rapport de force, implacable contre ses adversaires, Ousmane Sonko est loin d’être borné et sait manœuvrer quand les circonstances le recommandent.  Chef habitué à donner des ordres, il s’accommode mal de sa position de numéro 2. 

Par Mor Amar

L’homme se fiche pas mal de la collégialité du gouvernement dont il est pourtant le chef. Il a le don d’être en même temps l’homme fort de l’exécutif sénégalais et l’opposant principal au régime. Le 1er janvier 2025, lendemain du discours à la Nation du président de la République appelant à l’unité nationale et à la responsabilité, il profite d’un meeting politique, dans le centre du pays, pour s’adonner à l’un de ses exercices favoris : endosser une robe de procureur pour vilipender des adversaires et critiquer le fonctionnement de la justice.        

Cette fois, il s’insurge contre des velléités supposées de libération d’un délinquant qui aurait détourné 100 milliards de francs CFA. « On vient de poser la première pierre d’un lycée moderne d’une capacité de 1500 élèves – avec toutes les commodités – qui va coûter 3,5 milliards de francs CFA. Imaginez combien de lycées on aurait pu construire avec 100 milliards qu’un seul individu a mis dans sa poche ! Et il y a des gens qui veulent coûte que coûte le faire sortir de prison », dénonce t-il, sans attendre les conclusions de l’enquête.   

C’est presque dans les mêmes termes qu’il avait auparavant accusé des membres de son propre gouvernement avec lesquels il nourrit des divergences politiques, laissant croire que c’est le président de la République qui les maintient dans son équipe alors qu’ils sont soupçonnés de détournements. Voilà Ousmane Sonko, président du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef). Il est Premier ministre ; il s’érige, quand il veut, ministre de la Justice, ou procureur de la République, décidant qui doit être en prison et qui mérite d’humer l’air de la liberté.  

« Je ne suis pas lié par le poste de Premier ministre »

Et pour justifier ses sorties incendiaires et fracassantes contre son propre camp, contre les institutions et contre le président de la République qu’il n’hésite pas à présenter, parfois sournoisement, comme le protecteur de délinquants présumés, il aime répéter avec beaucoup de fierté et de suffisance : « Moi, je ne suis pas lié par un poste de Premier ministre…. Si le Président n’est pas content de moi, il me limoge et je retourne à l’Assemblée nationale. »        

La ligne est claire. L’enfant de Ziguinchor (sud du Sénégal) veut s’approprier tout ce que l’exécutif actuel fait de bien et se démarquer de tout ce qu’il y a de négatif. En véritable « homme d’État » comme il s’autoproclame, il promet de combattre le mal d’abord de l’intérieur. Mais si les corrections escomptées ne sont pas apportées, alors il porte le combat sur la place publique.     

Adepte du rapport de force

Chez Ousmane Sonko, le rapport de force est le mode par excellence de règlement des conflits. Soit vous vous soumettez, soit il essaie de vous soumettre en mobilisant l’arme redoutable que constitue son armée de militants et d’activistes. Sa seule boussole reste le baromètre de l’opinion publique. Même son ami Bassirou Diomaye Faye n’échappe pas à cette règle, qui a fonctionné à merveille sous Macky Sall.

Avec le Président actuel, il n’a pas agi différemment. Il a essayé, à travers le « tera-meeting » (meeting géant) du 8 novembre 2025, de lui poser un certain nombre de conditions qui devaient s’imposer après cette date. Parmi elles : le maintien à son poste de la coordinatrice de la coalition « Diomaye président » Aïssatou Mbodj, le départ des ministres dans son viseur, des poursuites contre des dignitaires de l’ancien régime et un coup de balai dans la magistrature pour faire partir les juges qu’il accuse d’être corrompus et qui bloqueraient, dit-il, certaines affaires lui tenant à cœur.

Le ras-le-bol du Président

D’habitude calme et très conciliant, le président de la République a, cette fois, réagi de manière cinglante à cette nouvelle manifestation de défiance, que d’aucuns qualifient de trop. Il n’a cédé à aucune exigence de Sonko et, de plus, il a confirmé ce qui n’était encore qu’un projet: le limogeage de la coordinatrice de la coalition et son remplacement par Mme Aminata Touré, accusée par Sonko de malversations.

Et pendant 72 heures, voire une semaine, tout le Sénégal a bruissé de rumeurs sur le départ ou le maintien du Premier ministre. Un compromis précaire a été finalement trouvé, suite à une médiation intense à laquelle ont pris part des camarades du parti, des personnalités religieuses et même des membres de la famille. Le Premier ministre reste, mais il doit cesser ses attaques directes et ad hominem contre le chef de l’État.

Futé et pas borné, l’opposant Sonko savait être à l’écoute de certains proches collaborateurs et membres du bureau politique. Mais aujourd’hui, tout puissant Premier ministre et homme fort du régime, il semble de moins en moins ouvert à la contradiction. Sa dernière trouvaille : refonder le bureau politique qui ne serait plus à son goût. Certains responsables ne le défendent pas assez, selon ses dires.  

Dans cette optique, il a créé une nouvelle instance, le Conseil national, qui est au parti ce que l’Assemblée nationale est à l’État. « D’ici quelques jours, je ferai parvenir au Conseil national ma proposition pour le nouveau bureau politique. Il pourra le valider totalement ou partiellement », avait-il annoncé en juillet 2025, précisant que le Conseil serait composé des membres du bureau politique et des élus (députés, présidents de conseil départemental et maires). Depuis, il s’est abstenu de toute communication publique sur la question.

Campagne électorale 2019. (Photo Pastef)

Une ascension fulgurante

Fondateur et premier secrétaire général du Syndicat autonome des agents et inspecteurs des impôts et domaines (Said), Ousmane Sonko a été révélé au grand public sénégalais au début du mandat de Macky Sall. Ce dernier venait de déclencher la traque des biens supposés mal acquis de dignitaires du régime vaincu d’Abdoulaye Wade, dont un certain Tahibou Ndiaye, directeur général du Cadastre sous Wade et inspecteur des impôts très influent dans cette administration.

Parmi les plus fervents défenseurs de Tahibou Ndiaye, il y avait, ironie de l’histoire, Ousmane Sonko, devenu président d’honneur du Said. Ce titre l’a surexposé sur la scène médiatique, jusqu’à la naissance en 2014 du parti Pastef, dont les rênes lui ont été confiés par ses amis. 

Nouveau chef de parti, l’inspecteur des impôts s’érige en lanceur d’alerte, dévoilant plusieurs affaires nébuleuses dans la gouvernance des affaires financières et fiscales. Considéré comme un délateur par ses adversaires, il est perçu comme un diseur de vérité par de nombreux Sénégalais. Sa radiation de la fonction publique en 2016, pour manquement à son obligation de réserve, en fit une victime de plus du régime de Sall, lui valant encore plus de sympathie dans le cœur de beaucoup de ses compatriotes.

Mais c’est à la présidentielle de 2019, alors que les principaux opposants de Sall étaient exclus de la course, que son ascension s’est accélérée. Il est arrivé troisième avec près de 700 000 voix, soit 15,67% du total des suffrages exprimés, derrière Idrissa Seck et Macky Sall qui avait remporté le scrutin dès le premier tour. Né en 1974 à Thiès d’un père casamançais et d’une mère baol-baol, Sonko a grandi et étudié à Ziguinchor dont il est par la suite devenu le maire. 

Depuis, il fait et défait les rois et impose son tempo à toute la classe politique sénégalaise, malgré ses affaires de mœurs et autres déboires judiciaires qui n’ont fait que renforcer sa notoriété.  

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Série Sénégal (1/2), un Président conciliant mais intransigeant https://mondafrique.com/a-la-une/serie-senegal-1-2-un-president-conciliant-mais-intransigeant/ Tue, 13 Jan 2026 05:50:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145072 Navigant en pleine tempête, attaqué de toutes parts y compris par son propre camp, le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye reste imperturbable. D’une sérénité et d’un calme déconcertants,  il temporise, fixe les règles et impose son propre rythme, même à son Premier ministre et ami Ousmane Sonko, habitué à dicter ses conditions au Landerneau politique. […]

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Navigant en pleine tempête, attaqué de toutes parts y compris par son propre camp, le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye reste imperturbable. D’une sérénité et d’un calme déconcertants,  il temporise, fixe les règles et impose son propre rythme, même à son Premier ministre et ami Ousmane Sonko, habitué à dicter ses conditions au Landerneau politique.

Par Mor Amar

L’image est terrible. Elle montre un Président presque seul, boudé par les principaux responsables de sa famille politique, à l’occasion de la première projection du film documentaire qui retrace son parcours sur le chemin du pouvoir : De la Prison au Palais, d’Abdou Karim Ndoye. « J’ai vraiment eu de la peine pour lui. La salle était à moitié vide. Chez les responsables du parti, il y avait juste les membres de son cabinet, le ministre de la Culture, celui de la Jeunesse, le président de l’Assemblée nationale», confie un participant à l’événement, qui s’est tenu le 12 décembre à Dakar, au Sea Plazza.     

Mais l’absence la plus remarquable, la plus commentée, c’est celle du Premier ministre Ousmane Sonko. Si ce dernier s’est emmuré dans un silence assourdissant, se gardant de tout commentaire sur le film, ses partisans, eux, n’ont pas caché leur mécontentement, certains n’hésitant pas à parler de « falsification » de l’histoire. Fidèle parmi les fidèles du Premier ministre, le député Cheikh Bara Ndiaye accuse, ironique : « D’habitude, les chefs de bandits meurent à la fin du film. Mais ce chef, lui, il est sorti à la fin du film et refuse de mourir ; on veut nous l’imposer comme le héros de l’histoire. » 

Diomaye n’est plus Sonko. Diomaye, c’est Diomaye

Nous sommes loin de l’époque où Sonko était Diomaye. Plus qu’un slogan, cette affirmation était, pourtant, une réalité pour tous ceux qui connaissent la relation quasi fusionnelle entre les deux hommes. Ils sont tous les deux juristes de formation et ont tous les deux rejoint l’École nationale d’administration après avoir obtenu leur maîtrise dans des universités différentes, à des périodes différentes. Le cadet, Diomaye, a retrouvé son « frère » Ousmane au sein de l’administration fiscale en 2006 et il est devenu l’un de ses meilleurs amis.      

La même année, une mutation se produit dans cette administration. Un syndicat vient d’être porté sur les fonts baptismaux par la bande d’Ousmane Sonko qui en devient le premier secrétaire général. Diomaye en prendra les rênes vers 2018, à la suite de Waly Diouf Bodiang, l’actuel directeur général du Port autonome de Dakar.   

En 2014, la bande crée le parti Pastef (Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité, devenu par la suite Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité). Ousmane Sonko en est le premier président et la figure emblématique, Diomaye l’un des architectes et idéologues, homme de l’ombre auquel le leader confie la plupart des missions délicates et complexes.

Cette complicité dans la vie politique et professionnelle s’est aussi prolongée dans la vie privée des deux responsables. Marié à deux épouses et père de quatre enfants, Bassirou Diomaye Faye a donné le nom d’un de ses garçons à Ousmane Sonko, alors que la fille qu’il a baptisée pendant qu’il était président de la République porte le nom de la mère du président de Pastef.   

Au-delà de la confiance de Sonko

Portrait craché d’Ousmane Sonko du point de vue du style et du discours, Bassirou Diomaye Faye ne bénéficiait pas seulement de la confiance de son mentor. Il avait aussi le soutien de la base affective de Pastef. Même si, statutairement, l’actuel ministre du Pétrole, des Mines et de la Géologie, Birame Souleye Diop, a toujours été numéro 02 du parti, Diomaye était de fait le second de Sonko, le préféré des militants et des sympathisants, en raison de sa pertinence, de sa constance, mais surtout de son courage et de sa proximité avec leur leader. Ces aspects ont été décisifs lors de la désignation par le Pastef de Diomaye Faye comme candidat à la présidentielle de 2024. Ce dernier était alors soutenu par des franges importantes du parti, malgré des désaccords internes et, peut-être, une certaine réticence d’Ousmane Sonko, éliminé de la course par ses déboires judiciaires. 

Lors de la première conférence de presse à leur sortie de prison, les deux hommes sont revenus sur ces divergences qui ne les ont jamais vraiment séparés. Ousmane Sonko : « Un jour, je discutais avec Diomaye et Birame Souleye chez moi. À l’époque, la répression était inouïe. A un moment je leur ai dit : ‘je le jure, si jamais nous prenons le pouvoir, ces gens vont voir’…» Diomaye le coupe et lui dit : « non président. Si nous prenons le pouvoir, il n’y aura ni chasse aux sorcières ni vengeance, il y aura justice.» À la veille de leur sortie de prison, rapporte Ousmane Sonko, il a interpellé Diomaye sur le même sujet, mais la réponse de ce dernier n’a pas varié.   

Un duo rattrapé par des divergences anciennes

Pour sa part, Bassirou Diomaye Faye avait révélé qu’en réalité, sur beaucoup de questions, les deux hommes ont des points de vue différents. Sur un air taquin mais empreint de sincérité, il avait dit : « …Président vous m’avez demandé de ne pas parler d’Amadou Ba (candidat de la majorité sortante). Mais comme généralement vous me dites que je suis têtu, et qu’on n’est jamais d’accord, même si nous sommes toujours ensemble (rires), il faut que je vous complète….. »

Diomaye Faye recevant les voeux de son Premier ministre Ousmane Sonko, le 2 janvier. (Photo page Facebook de la Présidence du Sénégal.)

Aujourd’hui encore, les désaccords refont surface avec, notamment, le traitement des affaires judiciaires. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase de colère du Premier ministre, c’est son nouveau revers contre l’ancien ministre de Macky Sall Mame Mbaye Niang, dans la plainte pour diffamation qui l’avait empêché d’être candidat.

À la suite du rejet du rabat d’arrêt qu’il avait déposé, le Premier ministre a non seulement accusé les magistrats d’être corrompus mais il s’en est pris vigoureusement au président de la République qui manquerait, selon lui, d’autorité.     

La contradiction originelle ou principale

Réputé moins spontané, plus froid et calme dans les prises de parole et de décision, Diomaye prendra prétexte de la réception des conclusions du dialogue national sur le système politique pour répondre aux attaques. Il souligne alors qu’il a passé onze mois en prison pour avoir critiqué l’instrumentalisation de la justice par l’exécutif et qu’il ne veut donc pas reproduire les mêmes méthodes. « Quand on veut la justice, il faut la libérer. (…) Cela ne veut pas dire laisser les juges faire ce qu’ils veulent, mais nous ne pouvons nous permettre de faire la même chose que nos prédécesseurs. »    

C’était le premier clash direct et ouvert entre le président de la République et son Premier ministre. Pour beaucoup, c’est aussi la contradiction principale entre les deux têtes de l’exécutif sénégalais. Le premier a démissionné de ses responsabilités au sein du parti et s’engage à se placer au dessus de la mêlée ; le second prône la prééminence du parti sur l’État et n’hésite jamais à monter au créneau pour critiquer les décisions de justice et mettre la pression sur les magistrats et les fonctionnaires. 

Cette contradiction dans la gestion des affaires judiciaires a précipité l’émergence d’autres contradictions, en particulier politiques. Les élections territoriales, prévues en janvier 2027, s’annoncent ainsi palpitantes au sein de la majorité présidentielle, d’autant plus que même s’il a démissionné des instances, le Président continue de s’impliquer.       

2029 : une bataille avant l’heure

Souvent accusé de s’éloigner du parti qui l’a porté aux affaires, Diomaye apparaît plutôt, à la lumière des faits, comme un stratège qui continue de tisser sa toile à l’intérieur même du parti. Dans toutes ses sorties, à l’intérieur comme en dehors du pays, il rencontre les militants, aborde avec eux les questions politiques comme la préparation des élections locales à venir, leur prodigue des conseils, notamment pour désigner leurs candidats le plus tôt possible, confiait le chef de cabinet du Président, Ousmane Barro, lors d’une émission sur la web TV Seneweb.  

Il faut noter que si Ousmane Sonko reste le leader emblématique, Diomaye a été pendant longtemps au cœur de la vie du parti, le trait d’union entre la base et le sommet. Élu président de la République, il a nommé tous les coordinateurs départementaux pour en faire des chargés de mission.  

Né le 25 mars 1980 dans une grande famille politique, d’un grand-père et d’un père socialistes (parti de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf qui a régné sur le Sénégal de l’indépendance, en 1960, jusqu’en 2000), l’actuel Président a, pendant longtemps, refusé de s’engager en politique. Mais il a finalement été rattrapé par le virus. 

Très coriace dans l’adversité, il sait aussi être très conciliant et capable de dépassement. Au plus fort de la crise, il prenait parfois, seul, des initiatives de médiation avec le pouvoir de Macky Sall. Dans un parti Pastef où la seule constance reste Ousmane Sonko, il lui est même arrivé de contacter le fils de l’ancien président pour tenter de négocier une sortie de crise.

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Trump et l’interdiction de visas : business et rivalité avec la Chine https://mondafrique.com/decryptage/trump-et-linterdiction-de-visas-business-et-rivalite-avec-la-chine/ Sat, 10 Jan 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145058 L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques. Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas […]

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L’administration américaine a imposé de nouvelles restrictions de visas, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, au détriment, notamment, de plusieurs pays d’Afrique. L’accès au territoire américain se transforme ainsi en levier diplomatique pour servir des intérêts économiques et stratégiques.

Depuis juin 2025, l’administration de Donald Trump a instauré l’interdiction de la délivrance des visas à de nombreux pays, dont plusieurs en Afrique. Le dispositif a été étendu en janvier 2026 avec l’ajout de nouveaux États. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger se voient ainsi placés sous interdiction totale de visas, tandis que d’autres, comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal, intègrent pour la première fois la liste des pays soumis à des restrictions partielles.

Officiellement, ces mesures sont justifiées par des impératifs de contrôle migratoire et de sécurité nationale. Officieusement, elles s’inscrivent dans une logique plus large de diplomatie transactionnelle. Plusieurs pays du continent, à l’instar du Congo Brazzaville, redoutant un bras de fer avec Washington, privilégient la négociation bilatérale pour tenter de sortir du dispositif. Ils font appel à des avocats et des lobbyistes installés à Washington, qui se font chèrement payer. S’engagent alors des tractations qui dépassent largement la question des visas : ouvertures aux entreprises américaines, coopération stratégique, accès aux matières premières et aux minerais critiques. Bien entendu, en toile de fond, l’objectif principal de la Maison Blanche consiste à contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent.

D’autres pays, à l’inverse, ont opté pour une réponse plus ferme, fondée sur la réciprocité. C’est le cas du Tchad, soumis à une interdiction complète de visas depuis 2025, ainsi que des trois pays de l’Alliance des États du Sahel. Cette ligne de conduite n’est pas sans créer un certain embarras à Washington, qui cherche parallèlement à préserver son influence et ses coopérations sécuritaires afin de ne pas abandonner à d’autres puissances une région jugée stratégique.

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L’opposition sénégalaise affaiblie par la détention de ministres de Macky Sall https://mondafrique.com/politique/lopposition-senegalaise-affaiblie-par-la-detention-de-trois-anciens-ministres-de-macky-sall/ Sat, 31 May 2025 01:54:47 +0000 https://mondafrique.com/?p=134315 Mansour Faye, ex super ministre de la solidarité, (voir image ci dessus), Moustapha Diop, Aïssatou Sophie Gladima, ces cadres de l’opposition sénégalaise sont emprisonnés. Une situation qui affaiblie opposition qui était déjà divisée à cause de plusieurs défections. Pendant ce temps, le parti au pouvoir semble être sur un boulevard à quelques mois des élections […]

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Mansour Faye, ex super ministre de la solidarité, (voir image ci dessus), Moustapha Diop, Aïssatou Sophie Gladima, ces cadres de l’opposition sénégalaise sont emprisonnés. Une situation qui affaiblie opposition qui était déjà divisée à cause de plusieurs défections. Pendant ce temps, le parti au pouvoir semble être sur un boulevard à quelques mois des élections locales. 

Ibrahima Dieng

 Des membres de l’opposition rassemblés autour du Front de résistance démocratique
Des membres de l’opposition rassemblés autour du Front de résistance démocratique

 Le monde s’effondre sur l’Alliance pour la République, la formation de l’ancien président de la République du Sénégal Macky Sall. En refuge au Maroc depuis la perte du pouvoir, il assiste lointain et impuissant à l’arrestation de l’un de ses plus grands lieutenants. Son ancien ministre Mansour Faye est emprisonné ce lundi 26 février 2025, suite à son face à face avec le procureur de la Haute Cour de Justice. 

Acteur politique et maire de Saint-Louis, l’ancienne capitale du Sénégal, il est placé sous mandat de dépôt dans le cadre d’une enquête pour surfacturation portant sur environ 4,5 millions d’euros (3 milliards de FCFA) dans un marché public de riz destiné à l’aide alimentaire durant la pandémie de Covid-19. Mansour Faye est accusé de graves irrégularités financières liées à la gestion de ces fonds d’urgence.

Mansour Faye a toujours été considéré comme un superministre. Ministre de la Solidarité nationale, ensuite ministre des Infrastructures, des transports terrestres et du Désenclavement, il est l’un des rares ministres à rester en poste durant les 12 années de règne de Macky Sall. Étant également le grand frère de l’ancienne première dame, Marieme Faye, il a toujours été considéré comme un successeur légitime de Macky Sall. 

Une opposition affaiblie

Macky Sall l'ex président sénégalais qui est passé longtemps pour une personnalité mesurée et ouverte a raté sa sortie et s'est montré incapable à partir du Maroc d'incarner une opposition crédible
Macky Sall l’ex président sénégalais qui est passé longtemps pour une personnalité mesurée et ouverte a raté sa sortie et s’est montré incapable à partir du Maroc d’incarner une opposition crédible

Aujourd’hui avec l’arrestation de Mansour Faye, l’opposition sénégalaise est dans une phase compliquée. Ce dernier était l’un des plus virulents contre l’actuel régime de Bassirou Diomaye Faye depuis l’éloignement de Macky Sall. Actuellement l’APR est délestée de ses plus hauts cadres. « Je ferai face à ce régime qui veut liquider tous les opposants. Nous allons résister. Et nous allons combattre l’arbitraire. Personne ne peut nous faire peur », disait Mansour Faye, quelques jours après son arrestation. 

En dehors de lui, l’opposition est également orphelin de quelques autres ténors. L’ancien ministre de l’Industrie et du Développement industriel Moustapha Diop, qui dispose d’une belle cote politique est également emprisonnée. Il est poursuivi pour une affaire présumée de détournement de deniers publics portant sur 1,4 million d’euros (930 millions de FCFA) dans le cadre de l’utilisation des fonds destinés à la lutte contre la Covid-19.

L’ancienne ministre de l’Énergie, Aissatou Sophie Gladima, amie et camarade de promotion de Macky Sall est également emprisonnée cette semaine. Elle est poursuivie pour détournement présumé portant sur un préjudice de 294 000 euros (193 millions FCFA). L’affaire concerne les Fonds Force-COVID pour l’érection d’un centre gravimétrique à Kédougou (dans la frontière malienne) destiné aux orpailleurs impactés par la pandémie.

Derrière les barreaux, elle ne cesse de clamer son innocence. « Ma cliente est innocente et se suffit largement de ce qu’elle a toujours gagné. Présentement, elle vit cette épreuve avec beaucoup de dignité », a rapporté son avocat Me Michel Basse. 

Aujourd’hui l’opposition sénégalaise est plus que fragilisée par cette énième arrestation après le cadre de l’Alliance pour la République Farba Ngom, en prison depuis deux mois. 

Le pouvoir sur un boulevard 

Actuellement au Sénégalais, l’on s’interroge sur le réel pouvoir de l’opposition. Car tellement c’est le grand vide. Ainsi, le pouvoir semble être sur un boulevard. Les opposants les plus virulents sont en prison. Pendant ce moment, les grands acteurs tels qu’ Idrissa Seck et Khalifa Sall ont accepté de répondre à l’appel au dialogue lancé par le president de la République Bassirou Diomaye Faye. 

Ce dialogue prévu le mercredi 28 mai 2025 a déjà fini de semer la division au sein de l’opposition. Dans un parti comme l’Alliance pour la République si certains ont refusé de participer, d’autres acceptent de s’asseoir sur la table du président de la République. C’est le cas de la présidente du groupe parlementaire de l’opposition, Aïssata Tall Sall. 

Maintenant à 18 mois des élections locales, le parti au pouvoir Pastef semble filer tout droit vers une victoire car l’opposition est affaiblie et divisée. En novembre 2024, cette formation politique avait raflé 131 des 165 sièges disponibles, un sept mois après après conquis le pouvoir avec 54% des votes.

 

 

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