Sénégal - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/senegal/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Wed, 25 Mar 2026 11:50:01 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.4 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg Sénégal - Mondafrique https://mondafrique.com/tag/senegal/ 32 32 Les banques d’Afrique à la rescousse du Sénégal https://mondafrique.com/economie/les-banques-dafrique-a-la-rescousse-du-senegal/ https://mondafrique.com/economie/les-banques-dafrique-a-la-rescousse-du-senegal/#respond Wed, 25 Mar 2026 08:37:17 +0000 https://mondafrique.com/?p=149396 Il y a 11 jours, le Sénégal devait assurer une échéance de 471 millions d’euros pour l’ensemble des eurobonds (obligations en euros) émis par l’État. Beaucoup attendaient ce que l’on nomme le défaut, c’est-à-dire l’incapacité du pays débiteur à payer sa dette à la date due. Il n’en a rien été. Dakar persiste dans sa […]

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Il y a 11 jours, le Sénégal devait assurer une échéance de 471 millions d’euros pour l’ensemble des eurobonds (obligations en euros) émis par l’État. Beaucoup attendaient ce que l’on nomme le défaut, c’est-à-dire l’incapacité du pays débiteur à payer sa dette à la date due. Il n’en a rien été. Dakar persiste dans sa volonté de reprofiler sa dette sans céder aux pressions des créanciers qui lui demandent de la restructurer.

Par Paolo Vieira

La France, en particulier, est irritée de voir le Sénégal honorer sa dette de marché, celle que l’on paye sous forme d’eurobonds, et différer le remboursement des prêts bilatéraux publics comme ceux de l’Agence Française de Développement. Mais ce n’est pas le sujet immédiat. Depuis que le régime de Macky Sall lui a laissé une dette cachée, systématiquement ignorée par le FMI et la Banque centrale ouest-africaine (BCEAO), la nouvelle équipe Faye-Sonko a décidé de trouver des ressources pour rembourser les créanciers privés. C’est par cette volonté et cette capacité à payer les échéances des obligations en euros que Dakar entend retrouver une meilleure appréciation de son risque souverain par les agences de notation.

Le coup de main des Africains 

La Banque ouest-africaine de Développement (BOAD), et son président Serge Ekué en particulier, a joué un rôle clé dans cette stratégie alternative. Le reprofilage nécessitait de passer par une technique nommée « swap ». Cela permet d’échanger une dette à court terme, par exemple, contre une dette plus longue, dont les échéances seront plus lointaines.

En 2025, le Sénégal a conclu un accord avec l’Africa Finance Corporation (AFC), basée au Nigeria, qui lui a permis de lever jusqu’à 350 millions d’euros de financement. Fondée en 2007, l’Africa Finance Corporation est dotée maintenant de 12 milliards de dollars US d’actifs grâce aux apports de 37 investisseurs, majoritairement des États et des institutions multilatérales africaines. Cette grande institution financière africaine, aidée par les Néerlandais, a pour mission de prêter aux États du continent et de leur ouvrir un accès privilégié à l’ensemble des financements souverains dont elle dispose (y compris les solutions de SWAP en devises fortes et les facilités de refinancement de la dette). L’AFC bénéficie de conditions compétitives grâce aux immunités diplomatiques et à son statut de créancier privilégié. 

Le Sénégal a reçu un premier versement de 105 millions d’euros en échange (swap) de la remise à l’AFC de l’équivalent de 150 millions d’euros en obligations libellées en franc CFA et de paiements d’intérêts de 3,5 à 4% au-dessus du taux de base. En juin 2025, le pays a signé un swap supplémentaire de trois ans avec First Abu Dhabi Bank, qui lui a permis d’emprunter 300 millions d’euros en donnant en échange (swap) à la plus grande banque des Émirats arabes unis le titre sur environ 400 millions d’euros d’obligations et en payant un taux variable majoré d’environ 5%.

Visite d’une délégation d’investisseurs émiratis à Dakar, le 10 décembre 2025.

La stratégie de service de la dette du nouveau Sénégal défie cette hydre que l’on nomme communauté internationale, une galaxie de bailleurs et de partenaires qui sont souvent des lâcheurs. C’est ainsi que le Président Macron a envoyé en février son conseiller Jeremy Robert réclamer à Dakar les créances de l’Agence française de développement (AFD) tandis que le FMI demande toujours une restructuration de l’ensemble de la dette. Sonko continue de s’opposer à ce front. Et le Sénégal semble avoir trouvé des alliés régionaux pour la mise en œuvre de sa solution. Mais pour combien de temps ?

Eurobonds first

Quelques jours avant la date cruciale du paiement des eurobonds en mars 2026, le président Macron et Rémy Rioux, le patron de l’AFD, ont perdu leur sang-froid à propos de la dette sénégalaise. Le Trésor français demande instamment le règlement de plusieurs impayés, notamment envers l’Agence française de développement (AFD), dont la facture s’élève entre 20 millions et 30 millions d’euros.

C’est assez extraordinaire quand on sait le rôle néfaste joué par l’AFD dans l’endettement du Sénégal de Macky Sall. En 2026, l’AFD va de mal en pis et la trésorerie de l’État français est tendue en raison de son propre endettement. Il faut donc faire payer le débiteur sénégalais quand la dette vient à échéance, encore plus quand des arriérés s’accumulent, au risque de devoir provisionner des pertes et montrer un bilan comptable dégradé de l’AFD.

Au total, le Sénégal a émis 5 milliards de dollars US d’eurobonds sur les marchés internationaux des capitaux de 2009 à 2024. Dakar doit à présent payer les intérêts et les coupons, voire l’intégralité en fin de terme. La priorité immédiate de la présidence sénégalaise était de rembourser, ce mois de mars 2026, les 488 millions de dollars US d’obligations de marché dus à des créanciers privés extérieurs. Les assurances données par Dakar que ces eurobonds seraient bien payés ont permis la remontée des titres de créances émis par le Sénégal à 82% de leur valeur faciale depuis janvier 2026, contre la très forte décote à 68% de leur valeur faciale en décembre 2025. Ce rebond de la valeur réelle des titres internationaux sénégalais a rassuré les marchés financiers internationaux et les agences de notation. De son côté, le FMI maintient son opposition au refus sénégalais d’une restructuration classique de la dette et ne décaisse donc aucune facilité de crédit. Le président Macron et d’autres bailleurs de fonds bilatéraux se sont ralliés à cette position.

Au rendez-vous

Dans ce contexte, le paiement des échéances d’eurobonds en mars 2026 semblait tenir de la prouesse, sinon du miracle. Pourtant, c’est chose faite. Répondant aux critiques et aux doutes aussitôt soulevés côté adverse, un proche d’Ousmane Sonko, le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement Cheikh Tidiane Dieye, s’est réjoui mardi, sur sa page Facebook, de ce que le Sénégal avait payé « à temps et avec la manière. »

« Hier, certains annonçaient que le Sénégal ferait défaut et ne pourrait pas honorer ses engagements. (…) Aujourd’hui, les mêmes s’accrochent à un article déséquilibré, confus et largement tendancieux du Financial Times pour reconnaître, certes, que le Sénégal a honoré ses engagements, mais en insinuant qu’il l’aurait fait grâce à des emprunts non déclarés au marché ou au FMI. (…) Ils ne savent plus quoi dire ni quoi inventer (…) pour ne pas s’écrouler de honte et continuer à entretenir leur rêve de voir le Sénégal s’effondrer, s’agenouiller. (…) Je le dis tout net : aucun emprunt n’a été caché. Tout a été programmé dans la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT), inscrit dans les lois de finances et approuvé par l’Assemblée nationale. »

Le mystère togolais

Les fameux emprunts non-déclarés qu’évoque Cheikh Tidiane Dieye ne sont qu’une composante de la stratégie de reprofilage de la dette souveraine. Le Sénégal nouveau est allé, des mois durant, sur le marché monétaire et financier de l’organisation financière régionale, l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest  (dit UMOA-Titres), pour près de 510 milliards de FCFA (777,490 millions d’euros). Ces adjudications de titres sénégalais fournissent au Trésor du Sénégal des liquidités pour s’acquitter de la dette des eurobonds. Celui qui a sauvé la mise du Sénégal, après la vaine sollicitation des banques ivoiriennes et sénégalaises, c’est finalement le Togo.

En janvier 2026, lors de la mise aux enchères des titres UEMOA, le Togo a acquis 154 milliards FCFA (234,771 millions d’euros) de titres de créances offerts par le Sénégal. Les observateurs attendaient les dernières enchères du Trésor sénégalais sur le marché UMOA-Titres du 20 février pour savoir si la levée de fonds de l’État du Sénégal rencontrerait l’adhésion des souscripteurs et du mystérieux investisseur togolais. Le résultat a été apparemment satisfaisant. L’État sénégalais a réussi à cette date une émission simultanée de Bons et Obligations assimilables du Trésor (BAT/OAT), levant 87,99 milliards FCFA (134 millions d’euros), soit près de 8 milliards FCFA de plus que l’objectif initial. Par contre, les autres pays de la région ont été moins demandeurs et ce sont les investisseurs sénégalais qui ont souscrit pour 61,75 milliards FCFA (94 millions d’euros) , soit 70,17% des montants retenus. Ce n’est pas forcément bon signe. Que s’est-il passé ? Pourquoi le Togo a- t-il reculé par rapport à sa position dominante de janvier 2026 ?

Lors de l’adjudication du 16 janvier 2026, il était apparu qu’un seul acheteur togolais avait acquis 51 milliards de FCFA (77,7 millions d’euros) de dette à un an. Et le 30 janvier 2026, récidive pour 60 milliards (91,4 millions d’euros) en une seule adjudication, toujours au Togo. Le 6 février 2026, le Togo compte pour 60 milliards d’achat de titres sénégalais sur une offre de 143 milliards. En quelques semaines, la place financière de Lomé aura donc consacré 300 millions de dollars US à l’achat de papiers du Sénégal qui, pourtant, n’a pas encore reçu la Facilité Élargie de Crédit du FMI, et est harcelé par les pays qui ont pourtant accéléré la dynamique d’endettement de Macky Sall.

La puce à l’oreille d’Emmanuel Macron

C’est beaucoup d’argent pour le Sénégal, et pour le Togo aussi, et c’est sans doute ce qui a mis la puce à l’oreille du Trésor français. L’économiste Martin Kessler, directeur exécutif du Finance for Development Lab, qui avait déjà relativisé le montant de la dette cachée en prétendant que les actifs correspondant aux emprunts dissimulés existaient bel et bien, s’est intéressé il y a peu à la situation de la dette domestique. Avec Abdoulaye Ndiaye, il a rédigé une note hostile à la stratégie sénégalaise de reprofilage, qui recommande plutôt la restructuration accélérée de la dette extérieure, car, pour lui, continuer à lever des fonds sur le marché régional menacerait la santé des banques commerciales de la région et la stabilité de la zone Franc.

Le président Macron s’est rallié à ce point de vue et il a tenté de constituer, comme il en a le secret, un front commun des créanciers bilatéraux. En Chine, il en a été question avec la China Exim Bank, en marge de la visite du Président français en décembre 2025. Pékin est le premier détenteur de la dette bilatérale du Sénégal, à hauteur de 43 %. Mais la Chine ne s’aligne pas sur les pays occidentaux pour le traitement de la dette, d’autant plus que le Club de Paris, ce groupe informel de créanciers supposé trouver des solutions coordonnées de
gestion de la dette, n’est plus qu’un zombie. La France, elle-même, quand elle harcèle le Sénégal d’un côté, n’hésite pas de l’autre, le 11 février 2026, à abandonner unilatéralement ses créances sur l’Éthiopie et à accorder au gouvernement d’Addis-Abeba 80 millions d’euros et 1,5 million d’euros d’assistance technique.

Qui était donc, dans le pré carré français, ce bienfaiteur du Togo allant à l’encontre de la volonté de Paris ?  Devant l’importance des souscriptions émanant du Togo, après avoir éliminé l’implication de deux puissantes institutions bancaires du continent (Oragroup et
Ecobank), certains ont fini par s’interroger sur le rôle la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD), basée à Lomé. La BOAD a répondu qu’elle ne pouvait pas commenter les transactions sur le marché UMOA-Titres et qu’il fallait s’adresser à l’autorité des marchés compétente. Or, celle-ci est aux abonnés absents et la Banque centrale ouest-africaine (BCEAO) dont elle dépend ne réagit pas à la surchauffe des adjudications étatiques répétées qui pompent les ressources bancaires de la zone.

Un banquier affranchi

Rencontre entre le président de la BOAD (à gauche) et le ministre des Finances et du Budget du Sénégal.

Depuis cinq ans, le Béninois Serge Ekué, qui préside la BOAD, a complètement transformé la relation de sa banque avec les États membres en proposant des solutions à leurs difficultés. Il s’affranchit ainsi de la Banque centrale régionale, de la France et des prétentions de la délégation de l’Union européenne à Ouagadougou. Les accords de la BOAD avec le Sénégal et le Niger ont ainsi permis au dernier quadrimestre 2025 de monter pour ces deux pays des Special Purpose Vehicles (SPV), des fonds spécifiques (moyen utilisé, par exemple, en France pour garer les actifs du Crédit Lyonnais) qui permettent de lever de nouvelles liquidités pour régler les créances les plus urgentes.

Ce schéma s’est montré tout à fait indiqué au regard de la trajectoire sénégalaise privilégiant les échéances d’eurobonds. L’État du Sénégal a ainsi signé un protocole d’accord avec la BOAD pour créer un cadre stratégique dédié à la valorisation des actifs publics. Ce mécanisme s’appuie sur le Fonds de Valorisation des Actifs du Sénégal, dont les objectifs sont de diversifier les sources de financement, de soutenir la trajectoire économique du pays et de renforcer la mobilisation des ressources grâce aux recettes issues des infrastructures nationales (centrales électriques en particulier).

Le rendez-vous difficile du paiement des coupons des eurobonds en mars 2026 a été tenu in extremis par le Sénégal. On le doit beaucoup à la collaboration entre Cheikh Diba, le ministre des Finances et du Budget de ce pays, et la BOAD, belle endormie réveillée par Serge Ekué. Mais la partie n’est pas terminée car la BOAD se trouve désormais dans le collimateur de Paris et du FMI.

Sénégal. La solution du casse-tête de la dette

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Le Sénégal face à l’intransigeance des compagnies pétrolières https://mondafrique.com/economie/le-senegal-face-a-lintransigeance-des-compagnies-petrolieres/ https://mondafrique.com/economie/le-senegal-face-a-lintransigeance-des-compagnies-petrolieres/#respond Tue, 24 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=149254 Auteur de Pétrole et gaz, chronique d’une spoliation publié en 2017 pour dénoncer la gestion des ressources naturelles par le régime de l’époque, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko continue de bander les muscles pour réviser les contrats mais se heurte à la dure réalité du secteur. Par Mor Amar Beaucoup de bruit mais très […]

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Auteur de Pétrole et gaz, chronique d’une spoliation publié en 2017 pour dénoncer la gestion des ressources naturelles par le régime de l’époque, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko continue de bander les muscles pour réviser les contrats mais se heurte à la dure réalité du secteur.

Par Mor Amar

Beaucoup de bruit mais très peu de résultats. Alors que le Premier ministre Ousmane Sonko multiplie les sorties pour crier au scandale dans les contrats pétroliers, les majors, elles, restent imperturbables. « Les compagnies attendent encore d’être saisies par la Commission en charge de la renégociation. Pour le moment, ce n’est pas encore cas. Tout se déroule conformément aux engagements contractuels », assure une source au fait des dossiers.

Cette sérénité tranche d’avec les diatribes à répétition du chef du gouvernement sénégalais. Le 12 mars 2024, il a encore fait face à la presse pour revenir sur la lancinante question. Ceux qui s’attendaient à des avancées concrètes dans le domaine spécifique des contrats pétroliers ont dû déchanter. À défaut de résultats tangibles sur le gaz de GTA (Grand Tortue Ahmeyim), exploité par British Petroleum, et le pétrole de Sangomar opéré par l’australienne Woodside, le PM s’est contenté de défoncer des portes déjà ouvertes.

Carte des blocs gaziers et pétroliers (ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines).

La vérité sur Yaakaar Teranga et GTA

Deux dossiers ont été brandis par le chef du gouvernement comme des trophées de guerre dans sa croisade contre les compagnies pétrolières et gazières. Il s’agit, d’une part, du dossier Yaakaar Teranga (le gisement de gaz le plus important du pays mais qui n’a pas encore connu de décision d’investissement) et d’autre part des perspectives pour Grand Tortue Ahmeyim (gisement déjà en exploitation au nord du pays avec BP).

Pour Yaakaar Teranga, le Premier ministre sénégalais a annoncé la reprise du bloc d’ici au plus tard fin juin, en raison notamment de manquements dans le renouvellement du permis de l’opérateur. « Dans les semaines à venir, aussi bien Kosmos (compagnie américaine) que Petrosen (l’opérateur national) sortiront et l’État va reprendre le permis ; il verra avec qui il travaillera. Ce sera certainement avec notre opérateur national », a déclaré Ousmane Sonko, précisant que les réserves déjà prouvées sur ce bloc permettront au Sénégal d’alimenter sa politique industrielle au moins sur les 30 prochaines années. 

En ce qui concerne le gaz de GTA, le Premier ministre a surtout dénoncé le caractère léonin du contrat et les retombées financières trop faibles pour l’État du Sénégal. « En attendant les discussions au fond, la priorité c’est l’approvisionnement de nos besoins locaux en gaz naturel à partir de ce bloc », a-t-il martelé. L’opération, selon lui, va permettre d’engranger un gain de 940 milliards de francs CFA (1 433 millions d’euros) sur la période 2025-2040 et des gains fiscaux de 1090 milliards francs CFA (1 661 millions d’euros). L’objectif, d’après lui, est de distribuer du gaz à toutes les entreprises qui en auraient besoin et de soutenir la politique d’industrialisation du pays à travers une baisse significative des prix de l’énergie. Il a par ailleurs souligné que l’État était en contact avec tous les opérateurs, même si ce n’est pas forcément par le biais de la Commission en charge des renégociations.

Les compagnies sereines et imperturbables

Du côté des compagnies, on ne veut surtout pas nourrir la polémique. Selon des sources proches de Kosmos, la réalité sur Yaakaar Teranga est que le permis arrive à terme en juillet 2026. « Il n’y a rien d’extraordinaire. Nous avons essayé de travailler avec Petrosen et l’État pour avoir un autre partenaire après le départ de BP (en 2023) ; nous avons aussi essayé de travailler sur un autre concept. Malheureusement, on n’a trouvé ni partenaire ni un accord sur le concept », dédramatise notre interlocuteur, tout en renvoyant au dernier communiqué en date, début mars, qui annonçait déjà la décision de retrait de la compagnie. 

Les discussions sur les modalités de retrait, soutient-il, se poursuivent normalement et en toute sérénité entre les experts des deux parties (Kosmos et Petrosen). « Il n’y a vraiment aucun problème à ce niveau et il ne devrait y avoir aucun problème. Tout a été fixé à l’avance dans les contrats », indique la source.

Le même constat vaut pour GTA avec BP. En vérité, le contrat de recherche et de partage de production réserve aux deux États ayant le bloc en partage (le Sénégal et la Mauritanie) la possibilité de s’approvisionner en gaz naturel à partir de cette exploitation. Mais pour en bénéficier, encore faut-il posséder les équipements pour acheminer le produit. Ce qui est loin d’être le cas. « Les États ont des parts qui leur reviennent. Maintenant ce n’est pas aux compagnies de tout leur offrir sur un plateau en or. C’est aux États de trouver les moyens d’acheminer leur part et d’alimenter leur marché domestique. C’était ça, l’idée du Réseau gazier du Sénégal. Il n’y a aucun problème à ce niveau », confie une autre source. 

La « résiliation » de quelques permis

Pour attirer les majors, le Sénégal avait mis en place un régime attractif avec un Code pétrolier datant de 1999. En 2014, le pays trouve ses premiers gisements et amorce son entrée dans le cercle des pays producteurs d’hydrocarbures. Depuis, le sujet fait l’objet de toutes sortes de controverses, avec à la clé la révision du Code pétrolier en 2019. Alors opposant, Ousmane Sonko en fait sa bataille et publie même un pamphlet intitulé Pétrole et gaz, chronique d’une spoliation (Fauves Éditions, 2017). Estimant que le Président Macky Sall a bradé les ressources, le fiscaliste promet de tout casser s’il accède au pouvoir. Ce fut l’un de ses sujets de prédilection durant sa quête du pouvoir.

Aujourd’hui aux affaires, Sonko multiplie les actes mais semble se heurter à une réalité plus complexe. Voilà deux ans qu’il parle des contrats pétroliers mais les acquis restent timides. Aucun progrès concret n’est imputable exclusivement aux renégociations dans ce domaine des contrats pétroliers. Aussi bien pour Yaakaar Teranga que pour GTA, il ne s’agit que de l’application des clauses des contrats que lui-même n’a eu de cesse de remettre en cause.

Il en est de même pour la plupart des permis d’exploration repris par le gouvernement ou en voie de l’être, à savoir notamment Diender, Djiffère offshore, Kayar offshore peu profond, Saint-Louis offshore peu profond, Rufisque offshore… Si ce n’est un permis qui arrive à expiration, c’est généralement des opérateurs qui ont manqué à leurs obligations contractuelles.

Inquiétudes et interrogations sur l’avenir du secteur

Selon un expert qui a préféré s’exprimer sous couvert de l’anonymat, l’État a, en tout cas, intérêt à apaiser ses relations avec les compagnies. « Dans ce secteur, le plus important, c’est la crédibilité. Les investisseurs, quand ils veulent entrer dans un pays, ils vont voir comment ça s’est passé avec les autres, d’autant plus que nous sommes dans des projets complexes qui prennent des années. »

Sur Yaakaar Teranga – bloc en voie de reprise par l’État – les réserves prouvées restent significatives, mais les différents partenaires ont été confrontés à des exigences très élevées de l’État. Depuis Macky Sall, le gouvernement exige une stratégie tournée vers l’approvisionnement du marché domestique. En 2023, BP, qui en était titulaire, quitte le bloc à cause, notamment, de désaccords sur le concept. Ses parts ont alors été partagées entre Kosmos et la société nationale Petrosen. Cette dernière s’était engagée à trouver un nouveau partenaire stratégique, mais à l’arrivée, profitant de l’expiration de son permis et du durcissement de l’État, la compagnie américaine décide de suivre les traces de BP en restituant le bloc à son tour.

L’expiration de certains permis favorable à Sonko

Pour Sonko, c’est le scénario idéal car son gouvernement pourra tout reprendre et développer le bloc conformément aux nouvelles orientations. « Aujourd’hui, aussi bien pour le phosphate, pour le pétrole que pour le gaz, nous ne sommes plus dans une logique de signer des concessions à des partenaires et de se donner rendez-vous dans 25 ans », prévient le Premier ministre. Le Sénégal compte bien développer des stratégies qui tiennent compte de ses aspirations et il travaillera à trouver des partenaires qui vont accepter de s’inscrire dans ce cadre. 

Une grande question demeure : qui va accepter de s’engager dans ce bloc après les départs de BP et de Kosmos ? Pour rappel, le développement du bloc requiert un investissement de 4 à 6 milliards de dollars pour un pays dont le budget est environ de 13 milliards de dollars.

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CAF : le match rejoué… sur les réseaux sociaux https://mondafrique.com/decryptage/caf-le-match-rejoue-sur-les-reseaux-sociaux/ https://mondafrique.com/decryptage/caf-le-match-rejoue-sur-les-reseaux-sociaux/#respond Thu, 19 Mar 2026 16:19:01 +0000 https://mondafrique.com/?p=149028 Deux mois après le coup de sifflet final, le match continue… mais cette fois sur les réseaux. Entre indignation et ironie bien sentie, la décision de la CAF de prendre le trophée au Sénégal pour l’attribuer au Maroc a offert aux internautes un terrain de jeu inépuisable. Florilège des meilleures punchlines.  • « Ainsi, le […]

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Deux mois après le coup de sifflet final, le match continue… mais cette fois sur les réseaux. Entre indignation et ironie bien sentie, la décision de la CAF de prendre le trophée au Sénégal pour l’attribuer au Maroc a offert aux internautes un terrain de jeu inépuisable. Florilège des meilleures punchlines. 

• « Ainsi, le Maroc devient le premier pays à gagner une Coupe d’Afrique dans une salle de réunion. »

• « La blague du siècle », « Un scandale mondial » : la presse internationale n’en revient pas… Les Sénégalais répondent : « Merci pour la pub gratuite, maintenant on crée notre propre CAN ».

• « La CAF, c’est comme un arbitre qui siffle penalty pour l’équipe adverse après le match… et qui dit : « Désolé, j’ai oublié de compter les pots-de-vin pendant la prolongation. » Résultat : le Sénégal gagne sur le terrain, perd au tribunal, et tout le monde sait que la vraie coupe est maintenant exposée dans un bureau à Rabat, avec une petite plaque : « Sponsorisé par l’influence marocaine – merci pour le chèque ! » »

• « Les Sénégalais fondent le trophée, recyclent les médailles en bijoux pour les Lionnes et envoient les cendres par colis express à la CAF. Comme ça, même le Maroc n’aura rien à mettre dans sa vitrine. Propre, écolo, définitif. »

Si de nombreuses vannes étaient déjà bien senties, celles à connotation historique ont sans conteste été les plus savoureuses – et les plus pimentées.

• « La CAF annonce que c’est finalement Soumangourou Kanté qui a gagné la bataille de Kirina en 1235. L’ergot de coq sur la flèche n’était pas sec. Soundjata Keita doit lui remettre l’Empire du Mali. »

Les Sénégalais excellent à transformer l’indignation en sarcasme historique ultra-pointu – du troll intellectuel de haut vol. En voici quelques exemples dans le même esprit :

• « La CAF vient d’annoncer que l’Égypte de Ramsès II n’a jamais vraiment gagné la bataille de Qadesh en 1274 av. J.-C. : les Hittites avaient simplement quitté le champ un peu tôt pour protester contre l’arbitrage divin. Hattousili III récupère donc le titre de pharaon d’Afrique du Nord sur forfait. Ramsès doit rendre son obélisque et ses chars. »

• « Après réexamen du dossier, la CAF déclare que Carthage a gagné la deuxième guerre punique en -202. Hannibal n’a pas franchi les Alpes pour rien : Rome a abandonné le terrain à Zama en se plaignant d’un éléphant non déclaré. Scipion l’Africain doit restituer l’Afrique proconsulaire au vainqueur moral. »

• « Décision rétroactive majeure : la CAF retire la victoire à Alexandre le Grand à Gaugamèles en -331. Darius III avait protesté contre un hors-jeu perse mal sifflé par les dieux ; le Macédonien est déclaré forfait. L’Empire perse reprend donc l’Asie, la Grèce et le titre de plus grand conquérant de l’Antiquité. »

• « La CAF, après appel, accorde la victoire finale de la guerre de Cent Ans à la France en 1453. Les Anglais avaient quitté le terrain d’Azincourt trop tôt pour cause de flèches non conformes au règlement. Jeanne d’Arc reste la vraie championne, mais Henri VI récupère la couronne sur tapis vert. »

• « Ultime révision historique : la CAF annonce que les Gaulois ont gagné la bataille d’Alésia en -52. Vercingétorix n’a pas rendu les armes ; César a simplement mal interprété le siège comme un abandon. Rome doit rendre la Gaule et les deux étoiles sur le maillot impérial. »

• « La CAF déclare que le Brésil a perdu la finale de 1950 contre l’Uruguay sur tapis vert rétroactif. Le Maracanazo n’était qu’une protestation contre un penalty imaginaire ; les Brésiliens ont quitté le terrain moralement. L’Uruguay récupère donc la coupe Rimet avec 75 ans de retard. »

• « La CAF a tranché : Napoléon n’a jamais gagné Austerlitz. Les Austro-Russes avaient simplement quitté le plateau de Pratzen pour contester l’arbitrage des neiges. La troisième coalition reprend donc l’Europe centrale et le titre de maître du continent. »

En conclusion, la meilleure vanne sélectionnée par Mondafrique :

• « La CAF annonce que c’est finalement Soumangourou Kanté qui a gagné la bataille de Kirina en 1235. L’ergot de coq sur la flèche n’était pas sec. Soundjata Keita doit lui remettre l’Empire du Mali. »

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Guerre en Iran: réactions africaines contrastées https://mondafrique.com/limage-du-jour/guerre-en-iran-reactions-africaines-contrastees/ Thu, 05 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148043 Quatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues. Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette […]

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Quatre jours après les frappes israélo-américaines contre l’Iran, les réactions africaines se répartissent en quatre catégories : fermes, prudentes, très réservées et silencieuses. Des positions parfois inattendues.

Contrairement aux réactions qui avaient surpris le monde après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prises de position des organisations et des capitales africaines n’ont, cette fois, guère marqué les esprits.

Positions tranchées

Parmi les réactions les plus claires figure celle du Sénégal. Dakar a exprimé sa vive préoccupation face à l’escalade et condamné l’usage de la force, considéré comme une violation du droit international et une menace pour la souveraineté des États. Le gouvernement a appelé à un cessez-le-feu immédiat et au retour au dialogue. Le Premier ministre Ousmane Sonko a dénoncé une « liquidation du droit international», tout en alertant sur les conséquences économiques potentielles pour l’Afrique.

L’Afrique du Sud a également adopté une position ferme. Pretoria condamne explicitement une violation du droit international et rejette la notion de « légitime défense préventive », restant fidèle à sa diplomatie et à son positionnement au sein des BRICS.

Le Tchad a lui aussi réagi clairement en exprimant sa « profonde tristesse » après la confirmation de la mort du Guide suprême Ali Khamenei, en partageant la douleur du peuple iranien et réaffirmant l’attachement du pays aux principes de paix et de solidarité internationale. Puis, dans un second message, sûrement pour ne pas se mettre à dos les Émirats arabes unis, N’Djamena a condamné avec fermeté la riposte iranienne contre plusieurs pays du Golfe et a qualifié ces attaques d’« inacceptables ».

Le  Maroc, lui s’est rangé sans surprise du côté de Washington et de Tel Aviv. Rabat n’a formulé aucune critique des frappes américano-israéliennes et a exprimé sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes. Une posture attendue et cohérente avec son alignement sur les États-Unis et sur Israël depuis la signature des accords d’Abraham.

Le camp des prudents

Dans le camp des prudents, l’Union africaine a exprimé sa « profonde préoccupation » face à l’escalade et appelé à la désescalade, évoquant les risques pour la stabilité mondiale, les marchés énergétiques et la sécurité alimentaire. La CEDEAO a adopté un ton similaire, mettant en garde contre les conséquences économiques pour l’Afrique de l’Ouest. D’autres pays ont réagi de la même manière, comme le Ghana, la Sierra Léone ou la Côte d’ivoire.

L’étrange retenue d’Alger

Plus surprenante est la prudence extrême de l’Algérie. Alger s’est contentée de regretter l’échec des négociations menées à Oman et d’appeler à la retenue, tout en exprimant sa solidarité avec les États arabes visés par les ripostes iraniennes, sans condamnation directe des frappes initiales. Une position qui tranche avec sa tradition diplomatique de non-alignement affirmé et ses bonnes relations avec Téhéran. La Tunisie s’est alignée sur son voisin.

Le silence bavard de l’AES

Enfin, le silence de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) reste l’un des faits les plus marquants. Un mutisme d’autant plus notable que ces trois pays ont développé une coopération militaire avec l’Iran, notamment dans le domaine des drones. Deux jours avant le déclenchement du conflit, le ministre burkinabè de la Défense se trouvait encore à Téhéran. Cette absence de réaction est parlante, elle signifie que les États de l’AES souhaitent ne pas remettre en cause leur récente reprise du partenariat entre Washington.

Au final, toutes les réactions, quelles soient prudentes ou silencieuses s’expliquent par la volonté de ne pas froisser Washington afin de ne pas subir les foudres de l’imprévisible Donald Trump.

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Sénégal. La solution du casse-tête de la dette https://mondafrique.com/a-la-une/senegal-la-recette-du-casse-tete-de-la-dette/ Mon, 02 Mar 2026 05:36:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147808 Face aux députés, le ministre des Finances et du Budget du Sénégal est revenu tout récemment sur les leviers sur lesquels il compte s’appuyer pour sortir du piège de la dette. Par Mor Amar C’est une année épouvantable. Un marathon éprouvant pour les services du ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba. Plus de […]

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Face aux députés, le ministre des Finances et du Budget du Sénégal est revenu tout récemment sur les leviers sur lesquels il compte s’appuyer pour sortir du piège de la dette.

Par Mor Amar

C’est une année épouvantable. Un marathon éprouvant pour les services du ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba. Plus de 2672 milliards de francs CFA. Voilà le montant global du service de la dette extérieure, d’après la loi de finances initiale pour l’année 2026. Le pic des paiements est annoncé pour ce mois de mars, avec plus de 509 milliards de francs CFA à rembourser, rien que sur la dette extérieure, et plus de 237 milliards au titre de la dette intérieure. Mais l’urgence, pour Dakar, c’est de mobiliser près de 490 millions d’euros en mars pour satisfaire en priorité les souscripteurs d’eurobonds, afin de rassurer les marchés sur ses capacités à remplir ses obligations.

Comment le pays compte t-il procéder ? Face aux députés, le 24 février 2026, lors de la session des questions d’actualité avec le gouvernement, le ministre des Finances est revenu sur la stratégie. « Depuis fin 2024, nous travaillons sur la gestion active de la dette bancaire locale. Nous avons ainsi invité les banques à titriser certaines créances. Cela a permis de négocier les termes de financement, d’améliorer le profil de maturité, de gagner des espaces budgétaires à hauteur de plus de 500 milliards rien que sur l’année 2025 », a expliqué Cheikh Diba, ajoutant que son gouvernement compte faire exactement la même chose en ce qui concerne la dette extérieure.

Dakar privilégie le paiement des eurobonds

Pour réussir ce pari, le gouvernement compte s’appuyer sur des institutions de garantie comme la Banque africaine de développement (BAD), l’Assurance pour le développement du commerce et de l’investissement en Afrique (Atidi), la Multilateral investment garantee agency (Miga-groupe banque mondiale)… Optimiste, Cheikh Diba pense que ce soutien autorisera la mobilisation de ressources à des coûts beaucoup plus faibles que les coûts d’endettement actuels, avec des maturités plus longues.

Le gouvernement compte ainsi réduire le service de la dette et libérer des espaces de trésorerie, sans avoir recours à la restructuration. « Si nous y parvenons avec la discipline budgétaire que nous avons enclenchée depuis 2024, cela va permettre d’avoir une dette soutenable », rassure le ministre des Finances, qui se projette déjà sur les autres mois.

En effet, si les esprits sont rivés sur l’échéance de mars 2026, il n’en demeure pas moins que le gouvernement restera sous tension toute l’année. Les montants à payer sur la partie dette extérieure restent très importants, avec plus de 234 milliards de francs CFA au mois d’avril, 114 milliards en mai, plus de 220 milliards pour le mois de juin, 257 milliards en juillet, 227 milliards au mois d’août, 170 milliards en septembre, 278 milliards en octobre, 178 milliards en novembre et enfin plus de 272 milliards pour le mois de décembre, soit au total 2672 milliards, contre plus de 2825 milliards au titre de la dette intérieure.

Pression de la France et de certains créanciers

Loin de la sérénité affichée devant les écrans, les techniciens vivent dans le stress au quotidien. La décision de privilégier le paiement des eurobonds ne fait pas que des heureux. Certains créanciers, comme la France, commencent d’ailleurs à manœuvrer pour un traitement diligent de leurs créances. Le trésor français, selon plusieurs médias, a d’ailleurs écrit pour réclamer le règlement d’impayés. Paris aurait même dépêché début février un émissaire à Dakar pour traiter de cette affaire. D’autres créanciers stratégiques comme la China Afreximbank sont également dans l’attente d’un traitement pressant.  

Certains créanciers ont d’ailleurs rejoint la position du Fonds monétaire international (FMI) qui estime, depuis le début, qu’une restructuration est nécessaire. Le gouvernement du Sénégal n’est toujours pas de cet avis. Pour Cheikh Diba, ce n’est certainement pas par orgueil. « Nous estimons qu’il y a une solution scientifique, économique et technique, qui nous permettra de gérer cette question. C’est la gestion active de la dette. Du point de vue quantitatif, le résultat est presque le même que pour la restructuration. Et nous ne subissons pas les conséquences d’une restructuration », a martelé le ministre des Finances et du Budget. 

Dakar en défaut sur les investissements et des engagements sociaux

En vérité, analyse un spécialiste, le gouvernement a décidé de ne pas faire défaut et de ne pas demander une restructuration pour les dettes qui lui semblent essentielles, à savoir les eurobonds, les dettes auprès du marché financier de l’UEMOA et des banques commerciales.

En revanche, le gouvernement est déjà en défaut sur plusieurs programmes d’investissements importants pour le développement économique (Programme spécial de désenclavement, Programme de modernisation des infrastructures judiciaires, Programme d’urgence de développement communautaire, dette aux entreprises du BTP…). Il a dû également suspendre plusieurs programmes sociaux dont les bourses de sécurité familiales et accumule des arriérés pour les étudiants….

La grande question, selon notre interlocuteur, c’est de savoir « jusqu’à quel point le gouvernement va continuer de suffoquer le développement économique du pays », en privilégiant le paiement de cette dette colossale au détriment des projets de développement.

Les points d’achoppement avec le FMI

Pendant ce temps, les négociations avec le FMI tirent en longueur. Si des progrès notoires ont été enregistrés sur les mesures correctrices relatives au misreporting, les deux parties peinent à accorder leur violon sur la viabilité de la dette, nécessaire pour la signature d’un nouveau programme. Face au parlement, le ministre Diba a reconnu quelques divergences en particulier sur le cadrage macroéconomique.  « Nous, nous pensions que les hypothèses du Fonds sont pessimistes, eux ont trouvé nos projections trop optimistes. Le résultat est que le FMI estime que nous ne pouvons trouver les financements dont nous avons besoin sans restructuration », explique le ministre qui s’empresse de rassurer : « Nous travaillons à rapprocher nos positions. Le vendredi passé, le Fonds a mis à jour son cadrage macroéconomique qu’il nous a envoyé. Dans les prochains jours, nous pourrons en discuter et arriver à un résultat qui va permettre de finaliser ces discussions. »

Depuis la survenue de la crise, le ministre des Finances et du Budget se démène ainsi comme un diable pour trouver une solution avec les partenaires internationaux. Quant à son patron, le Premier ministre Ousmane Sonko, il ne cesse de tirer sur ces partenaires. Pour lui, l’institution ne travaille pas au développement des pays africains. Ce qui intéresse le FMI, selon le PM Sénégalais qui cite l’économiste américain Jeffrey Sachs, ce n’est pas le développement des pays africains, c’est plutôt que ces pays restent pauvres et sages.

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Sénégal-France. Les dessous de la visite du ministre des Transports https://mondafrique.com/international/senegal-france-les-dessous-de-la-visite-du-ministre-des-transports/ Sat, 28 Feb 2026 19:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147895 Fin du contrat de la SNCF dans le cadre de l’exploitation du Train express régional de Dakar, « contentieux » avec Air Sénégal, dettes envers des entreprises françaises, séminaire intergouvernemental à venir : le ministre sénégalais des Transports terrestres et aériens, Yankhoba Diémé, revient sur les sujets qui ont occupé sa mission à Paris les […]

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Fin du contrat de la SNCF dans le cadre de l’exploitation du Train express régional de Dakar, « contentieux » avec Air Sénégal, dettes envers des entreprises françaises, séminaire intergouvernemental à venir : le ministre sénégalais des Transports terrestres et aériens, Yankhoba Diémé, revient sur les sujets qui ont occupé sa mission à Paris les 26 et 27 février 2026.

Par Mor Amar

Le ballet diplomatique se poursuit entre Paris et Dakar. Il y a quelques jours, plusieurs médias avaient annoncé la visite à Dakar du conseiller Afrique d’Emmanuel Macron, Jérémie Robert. Le vendredi 26 février 2026, le ministre sénégalais des Transports terrestres et
aériens était, à son tour, à Paris, pour rencontrer son homologue français Philippe Tabarot.

Au cœur de ces rencontres, à Dakar comme à Paris, il y a la lancinante question de la dette du Sénégal, en particulier celle due aux entreprises françaises. Interpellé sur les raisons de cette visite révélée par Africa Intelligence, le ministre sénégalais, Yankhoba Diémé, nous a expliqué : « Permettez-moi d’abord de préciser que cette visite est en prélude au Séminaire intergouvernemental (SIG) entre la France et le Sénégal qui va, en principe, se tenir fin mars 2026 à Dakar. Elle permet de déblayer un peu le terrain et de préparer au plan technique les dossiers qui nous engagent. »

Dans le cadre de cette mission, le ministre s’est fait accompagner de ses directeurs généraux les plus importants, au cœur des dossiers les plus sensibles qui lient Dakar et Paris dans le domaine des transports : le directeur général de la compagnie Air Sénégal, celui du Conseil exécutif des transports urbains durables (Cetud) en charge du Bus Rapide Transit (BRT) de Dakar, celui de la SenTer (en charge de la gestion du patrimoine du Train express régional), ainsi qu’un représentant du ministère des Finances et du Budget et l’ambassadeur du Sénégal à Paris. « Nous avons discuté de beaucoup de sujets : de l’exploitation du TER, d’Air Sénégal, mais aussi de l’exploitation du BRT avec le CETUD, entre autres», a précisé le ministre.

La dette au cœur des discussions

Dans sa livraison du 26 février, AI informait que cette visite intervient dans un contexte marqué notamment par « un bras de fer entre Air Sénégal et BPI » qui aurait engagé une action en justice afin de mettre la main sur deux appareils (A 330) d’Air Sénégal dont elle a garanti le financement. Le média relevait aussi les arriérés importants accumulés par la compagnie sénégalaise auprès de plusieurs entreprises françaises dont Servair (entreprise spécialisée dans le catering, majoritairement détenue par Air France-KLM), Aéroports de Paris, etc.

À propos du contentieux avec BPI, le ministre relativise et estime que le problème se situe davantage auprès des partenaires britanniques et allemands qu’avec la banque française. « Le contentieux concerne le groupe BPI et le groupe des assureurs qui sont les Britanniques et les Allemands. Ce contentieux concerne les deux A 330 qui assurent la liaison Dakar-Paris. Contrairement à ce que l’on dit, BPI est plus dans les
dispositions, avec l’appui des autorités françaises, d’en finir avec cette affaire », explique Monsieur Diémé. Selon lui, ce sont plutôt les autres parties, notamment britanniques et allemandes, qui sont dans ce qu’il considère comme un « jusqu’au boutisme »

« Je parle de jusqu’au boutisme parce que oui, il y avait des arriérés et des impayés. Aujourd’hui, tous les arriérés ont été réglés, mais les gens continuent de s’acharner. Et nous ne comprenons pas pourquoi », se désole M. Diémé, qui souligne que si ça ne dépendait que de BPI, le dossier aurait été clos. Il en donne pour preuve les deux ATR sur lesquels la banque française avait totalement le contrôle et qui sont épargnés par ce contentieux.

«Acharnement» britannique et allemand

Dakar regrette un acharnement des partenaires britanniques et allemands. Il soupçonne, à l’arrière plan, le rapprochement avec le géant
américain Boeing, qui pourrait fournir à Air Sénégal une dizaine d’avions. « Nous craignons que ce clin d’œil et cette confiance de Boeing soit l’un des éléments déterminants  qui font que certains veulent se braquer et décréter la mise à mort de la compagnie nationale. C’est plus une question d’affaires qui se pose, mais ils se battent vainement », fulmine le ministre des Transports qui relève l’engagement fort
des plus hautes autorités sénégalaises pour la survie de la compagnie nationale.

Au-delà de ce contentieux avec BPI, Air Sénégal doit de l’argent à plusieurs autres entreprises. Le ministre s’est félicité de cette rencontre qui a permis d’aborder « franchement » certaines questions et de s’entendre sur les modalités de traitement. En ce qui concerne les arriérés dus par Air Sénégal à des entreprises françaises, il assure qu’ils s’élèvent à moins de 10 milliards de francs CFA. Les parties ont arrêté un
échéancier pour les paiements, dit-il. Pour le ministre, il n’y a rien d’alarmant dans la situation que vit actuellement le pavillon sénégalais. «Parler de la dette comme ça, ça ne veut pas dire grand-chose. La dette de Air Sénégal ne fait pas le cinquième de la dette des grandes compagnies africaines que nous avons l’ambition de dépasser. L’essentiel est de bâtir une compagnie performante et nous travaillons dans cette dynamique. Nous avons tout pour y parvenir », a-t-il affirmé. 

Toujours au chapitre de la dette, il y a aussi celle découlant de l’exploitation du Train express régional chiffrée à environ 15 milliards de francs CFA. Là aussi un moratoire aurait été accordé avec un calendrier de paiement stabilisé lors de cette mission. 

Le renouvellement du contrat de la SNCF en question

Les parties ont également discuté du contrat de la SNCF pour l’exploitation du Train express régional qui arrive à terme au mois de mai prochain. Ils ont évoqué des phases d’extension du TER, c’est à dire la phase 2 qui relie Diamniadio au principal aéroport du pays (en phase test), mais aussi la phase 3 qui devrait permettre au train de desservir Thiès, située à environ 70 km de Dakar.

Ces derniers mois, les appréhensions se sont multipliées sur d’éventuelles velléités des autorités sénégalaises de choisir un autre partenaire pour l’exploitation du Train express régional. Mais avec cette visite, Dakar semble privilégier l’expertise parisienne. « Comme c’est la SNCF qui gère le TER via sa filiale la SETER et que le contrat prévoit la possibilité d’un renouvellement, nous travaillons sur cette piste, mais nous n’excluons aucune option. Ce qui est clair, c’est que les termes seront renégociés et les intérêts du Sénégal seront préservés », indique le ministre qui précise que plusieurs candidats tapent à la porte, sans oublier l’expertise locale acquise grâce au transfert de compétences et de technologie. « Actuellement, dans l’exploitation du TER, il n’y a que sept expatriés. Nous nous préparons donc à toutes les éventualités. Mais c’est quand même une bonne chose de pouvoir travailler avec des partenaires stratégiques.

Tous ces dossiers, selon Diémé, ont été abordés sans pression, de façon proactive et responsable. À noter que le TER est présenté comme le transporteur officiel des Jeux Olympiques de la jeunesse qui se tiennent au Sénégal au mois d’octobre prochain.

Le ministre sénégalais des Transports terrestres et aériens a, enfin, reçu l’Agence française de développement, ainsi que Meridiam qui est actionnaire à 70% de la société de gestion du BRT. Pour témoigner de l’esprit convivial qui continue de prévaloir dans les relations entre Paris et Dakar, le ministre Yankhoba Diémé s’est félicité d’un financement de 10 millions d’euros mis à disposition par l’AFD pour les besoins des études de la phase 3 du TER.

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Série Epstein-Afrique (4). Sénégal, le pari manqué du financier https://mondafrique.com/politique/serie-epstein-afrique-4-senegal-le-pari-manque-du-financier/ Sat, 14 Feb 2026 05:16:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147044 Avec près de 800 apparitions dans les Epstein files, le Sénégal fait partie des pays africains les plus concernés (après l’Afrique du Sud) par ce dossier aux ramifications planétaires. Cité plus de 500 fois, Karim Wade, le fils d’Abdoulaye Wade, est au centre des écrits de Jeffrey Epstein concernant le Sénégal. En effet, l’homme d’affaires […]

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Avec près de 800 apparitions dans les Epstein files, le Sénégal fait partie des pays africains les plus concernés (après l’Afrique du Sud) par ce dossier aux ramifications planétaires. Cité plus de 500 fois, Karim Wade, le fils d’Abdoulaye Wade, est au centre des écrits de Jeffrey Epstein concernant le Sénégal. En effet, l’homme d’affaires voyait en lui un futur Président. 

Par Mor Amar

Au centre de plus de 500 e-mails, Karim Wade est sans doute la personnalité politique sénégalaise la plus exposée. Au Sénégal, ses rapports avec le sulfureux homme d’affaires suscitent pas mal d’interrogations et de zones d’ombre, même si jusque-là, aucun fait compromettant n’est apparu. La relation entre les deux hommes est amicale et nourrie par des dons financiers importants, des services de mise en relation et des projets d’affaires.

Des rapports privilégiés 

Epstein semble avoir beaucoup misé sur celui qui fut le ministre de l’Énergie et de la Coopération internationale d’Abdoulaye Wade. Dans un mail du 29 novembre 2016 adressé à l’influent Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton puis directeur du Conseil économique national de la Maison Blanche sous Barack Obama, Epstein présentait son ami Wade comme « l’une des personnalités les plus importantes d’Afrique de l’Ouest », qui deviendrait, à coup sûr, Président de la République en 2019 ou 2024. (Karim Wade, alors tout juste libéré après trois ans d’emprisonnement, ne participera pas, finalement, à ces élections, étant déclaré inéligible par le Conseil constitutionnel).

Epstein était convaincu que la condamnation de Karim Wade visait surtout à l’empêcher d’être candidat. « Il se trouve actuellement au Qatar, où il attend son retour au pouvoir, qui est presque garanti. C’est le plus charismatique et le plus rationnel de tous les Africains, et il a leur respect », écrivait Epstein très élogieux. Il répondait à une question de Summers lui demandant « qui est le type avec qui » il lui avait « arrangé un rendez-vous ». 

Dès sa sortie de prison le 24 juin 2016, par l’effet d’une grâce présidentielle, Karim a renoué avec Epstein. En atteste une conversation du 26 juin, moins de 48 heures après sa libération suivie de son « exil » à Doha, au Qatar, à bord d’un jet privé affrété par les plus hautes autorités de ce pays du Golfe où il est installé depuis lors.     

Quand Epstein mobilisait tout Washington pour faire pression sur Dakar 

Les échanges entre Epstein et Karim Wade remontent au moins à l’année 2010, si l’on en croit les documents rendus publics le 30 janvier par le ministère américain de la Justice. Ils sont très fréquents entre 2010 et 2012, avant l’arrestation de Karim Wade, en avril 2013, suivie de sa condamnation en mars 2015 pour enrichissement illicite. Lâché par plusieurs de ses amis, Karim a pu compter sur Epstein qui ne l’a pas abandonné dans sa longue bataille judiciaire contre le régime de Macky Sall.

À sa demande, le financier américain lui fait un don de 100 000 dollars US (environ 55 millions de francs CFA) pour s’attacher les services du cabinet Nelson Mullins à Washington. L’objectif est d’obtenir le soutien des États-Unis pour pousser le Sénégal à donner suite à la décision du Groupe de travail des Nations Unies qui avait déclaré « arbitraire » la détention de Karim Wade. 

Le 20 janvier 2016, Epstein informe les proches de Wade qu’il a payé la note. Les documents montrent également des traces de transactions avec Me Seydou Diagne, un avocat de Karim Wade, pour un montant avoisinant 500 000 dollars US, soit plus de 237 millions de francs CFA. Officiellement, si l’on en croit les Epstein Files, il s’agirait du paiement d’honoraires relatifs à l’assistance juridique dans le cadre du suivi des opérations et des investissements.

Ce qui est curieux pour un observateur, c’est que Karim Wade, condamné pour s’être enrichi illicitement de plus de 69 milliards de francs CFA et condamné à rembourser cette somme ainsi qu’une amende du même montant, semblait alors dans l’incapacité de financer sa défense.

En avril 2016, Bob Crowe, associé au cabinet Partners Nelson Mullins, informe Epstein d’une réunion fructueuse au Département d’État le même jour. « Mon contact travaille en coulisses pour aider à faire pression sur Macky Sall et son administration. Notre ambassadeur apporte également son aide », assure le lobbyiste. Et d’ajouter : « Nous travaillons également avec le Département d’État pour que la détention de Wade soit mise en évidence dans le rapport sur les droits de l’homme au Sénégal pour l’exercice 2017. »

Les résultats d’un lobbying intense

Du côté du Congrès, les résultats semblent moins positifs, à cause de la publication, au même moment, des Panama Papers. Mais les lobbyistes engagés par Epstein s’accrochent. Le 19 mai 2016, dans une lettre adressée à Élisabeth Feliho (assistante de Karim Wade), Vinoda Basnayake, du cabinet Nelson Mullins, annonce une délégation du Congrès au Sénégal. « Cela pourrait être une occasion importante pour rencontrer certains membres très influents du personnel chargés de la politique étrangère », écrit-il à Féliho.

Dans ce cadre, pour faciliter la rencontre, les lobbyistes se sont rapprochés de Yebbie Watkins, l’un des membres du personnel, proche collaborateur de l’influent James Clayburn – responsable au sein du Caucus noir. L’objectif est non seulement de faire connaître l’histoire de Karim Wade à certains leaders du Congrès mais aussi de placer les projecteurs sur son cas.

C’est dans ce contexte que le fils de l’ancien Président est libéré dans la nuit du 23 au 24 juin. En sus du lobbying américain exercé à la demande d’Epstein, d’autres réseaux locaux – en particulier les marabouts – ainsi que qataris ont également pesé dans les tractations.

Macky Sall, Khalifa Sall et Jean-Claude Mimran

Les autres courriers de Jeffrey Epstein liés au Sénégal sont rares. Les recherches sur l’ex président Macky Sall ne font ressortir que 37 résultats, presque tous liés directement à l’affaire Karim Wade. Il y est soit critiqué pour avoir fait emprisonner« arbitrairement » un opposant politique, soit interpellé par le biais d’intermédiaires. Il en va de même pour Khalifa Ababacar Sall, à l’époque maire de Dakar, dont les relations avec Karim Wade étaient exécrables.

Quant à Cheikh Kanté (l’ancien directeur général du Port autonome de Dakar), il est cité dans un mail entre Epstein et le top management de DP Word – l’opérateur principal du Port autonome de Dakar – en l’occurrence Mohammed Sharaf, alors bras droit du PDG de l’entreprise émiratie, le Sultan Bin Sulayem, autre ami d’Epstein et proche de Karim Wade (plus de 4700 occurrences dans les Epstein files.) 

La dernière personnalité du Sénégal qui apparaît furtivement dans l’une des conversations est le patron de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS), le milliardaire français Jean-Claude Mimran, cité comme participant à un dîner, le 10 décembre 2009, avec le prince Andrew. L’expéditeur du mail, dont le nom est masqué, informe Epstein qu’il va « dîner avec Andrew ce soir » et qu’il a également invité le magnat sénégalais du sucre, l’un des hommes les plus puissants du pays.

 

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France-Sénégal. Des échanges privilégiés mais de plus en plus bousculés https://mondafrique.com/economie/france-senegal-des-echanges-privilegies-mais-de-plus-en-plus-bouscules/ Mon, 02 Feb 2026 09:45:33 +0000 https://mondafrique.com/?p=146290 Entre fantasmes et réalités, les relations entre la France et le Sénégal continuent de susciter l’intérêt. Elles étaient sur la table, lors de la visite à Dakar, la semaine dernière, de la ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger. […]

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Entre fantasmes et réalités, les relations entre la France et le Sénégal continuent de susciter l’intérêt. Elles étaient sur la table, lors de la visite à Dakar, la semaine dernière, de la ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger. Retour en chiffres sur une coopération qui reste, certes, privilégiée, mais de plus en plus bousculée.

Par Mor Amar 

Dakar, le 26 janvier 2026. Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, avec le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse (COJOJ).

Plus de 33% de parts de marchés pour les entreprises chinoises, contre 05% seulement pour les françaises. C’est ce qui ressort du rapport de l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop) pour l’année 2021. L’écart est fulgurant. Il illustre à merveille le décalage entre la réalité de l’économie sénégalaise et le discours souverainiste, qui tend à surestimer la place des entreprises françaises sur le marché sénégalais.

En 2021, informe le rapport de l’Autorité en charge des marchés publics, sur un montant total de près de 1713 milliards de FCFA (plus de 2,6 milliards d’euros) représentant les marchés immatriculés (hors secret défense et combustibles SAR et Senelec), les entreprises chinoises se sont taillées la part du lion : près de 561 milliards de FCFA (plus de 855 millions d’euros), soit 33% du volume. Et sur environ 825 milliards de FCFA, qui constituent la part globale des entreprises étrangères, les chinoises représentent 68% contre 09% seulement pour leurs concurrentes françaises, devancées même par les entreprises émiraties (12% de l’enveloppe).

Qu’est-ce qui explique cette suprématie chinoise ? Dr Cheikhna Hamallah Ndiaye, économiste stratégique et expert en commande publique, apporte une réponse : « La montée en puissance des entreprises chinoises repose sur une combinaison cohérente de facteurs financiers, techniques et stratégiques, observables tant au Sénégal que dans l’ensemble de la sous-région ouest-africaine, avec souvent des
crédits concessionnels ou semi-concessionnels beaucoup plus intéressants. »

Une érosion des parts françaises

Pendant ce temps, les parts de marchés des entreprises françaises s’érodent de plus en plus. Pour Dr Hamallah, ce repli, qu’il faut cependant relativiser, s’explique par le fait que les entreprises françaises proposent généralement des offres financières moins compétitives, avec des schémas de financement moins intégrés.

Depuis le rétablissement des relations diplomatiques avec le Sénégal, le 25 octobre 2005 sous le Président Abdoulaye Wade – qui s’était aussi largement ouvert aux pays arabes – l’empire du milieu n’a eu de cesse de se déployer et de conquérir le marché sénégalais. Très rapidement, il a réussi à devenir l’un des partenaires principaux du pays, reléguant dans certains domaines à l’arrière-plan la France
jusque-là maîtresse principale du jeu.

Selon la note de conjoncture de l’Agence nationale des statistiques et de la démographie (ANSD) pour 2024, les principaux pays fournisseurs du Sénégal ont été la République Populaire de Chine (11,8%), la France (10,1%), la Russie (8,1%), les
Émirats Arabes Unis (5,7%), la Belgique (5,6%), l’Inde (4,6%) et le Nigeria (4,4%). De 2020 à 2024, la France et la Chine ont trôné, à tour de rôle, à la tête de ce classement des fournisseurs du Sénégal. La France disparaît, cependant, dans le classement des destinations des produits sénégalais, alors que la Chine fait partie du Top 05.

Un code des marchés très protecteur des entreprises locales

Par ailleurs, contrairement à une idée répandue tendant à faire croire que les entreprises sénégalaises sont livrées à la concurrence avec les géants étrangers, l’analyse des statistiques sur les marchés publics montre une réalité très différente. Bien que le pays reste très ouvert à des partenaires très variés, les entreprises sénégalaises et communautaires (entreprises appartenant à un des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, UEMOA) arrivent à tirer leur épingle du jeu, en remportant plus de 50% de ces marchés.

Selon le dernier rapport de l’autorité des marchés, qui couvre l’année 2023, 50% du volume des marchés au Sénégal revient aux entreprises sénégalaises et 09% aux entreprises maliennes, soit un total de 59% pour les entreprises issues de l’espace UEMOA. Dans les rapports précédents, les entreprises sénégalaises et communautaires remportaient jusqu’à plus de 60% des parts de marchés.
Pour Dr Hamallah Ndiaye, c’est parce que la majorité de la commande publique correspond à des marchés de faible ou moyenne valeur (fournitures courantes,services, petits travaux). « Ce sont des segments sur lesquels les entreprises locales disposent d’un avantage comparatif naturel. Ces dernières ont surtout des difficultés sur les grands marchés de travaux, ou les marchés qui requièrent une certaine
technicité et une capacité financière importante », explique-t-il.

Aussi, le Code des marchés publics prévoit un certain nombre de dispositions pour promouvoir la préférence nationale et protéger ainsi les entreprises sénégalaises. Citons, parmi ces mécanismes, les marges de préférence, les dispositifs de soutien aux PME, la promotion de l’allotissement et les marchés réservés.

Quid de la défense et de la sécurité ?


L’autre grief qui revient très souvent sur la place publique, c’est la coopération militaire. Là encore, le Sénégal est accusé par certains d’être un valet à la solde de la France. Un haut officier de l’Armée sénégalaise s’inscrit en faux contre cette accusation : « Il y a eu trop de fantasmes et de clichés autour des relations de coopération avec la France, en particulier sur la question des bases », estime-t-il.

Pour lui, dans ce domaine, le Sénégal entretient d’excellents rapports non seulement avec la France, mais aussi avec d’autres pays comme le Maroc et les États-Unis. En Casamance par exemple, dans les années 1990, au plus fort de la crise irrédentiste, les soldats se battaient avec des M16 et des véhicules cargos offerts par les Américains et des munitions marocaines. « Il nous arrivait de manquer de
munitions et c’est le Maroc qui nous aidait, parce qu’il faut le reconnaître, nous étions un pays très pauvre, sans moyens, qui faisait aussi face à l’ajustement structurel (années 80-90 : NDLR) », témoigne l’officier, insistant sur l’importance de la coopération dans le domaine militaire.

Cela dit, malgré ces relations privilégiées, le Sénégal n’a jamais sous-traité sa sécurité ni à la France ni à aucun autre pays. « Nous nous sommes battus tout seuls et on en a payé le prix fort en Casamance. J’ai perdu mes meilleurs amis sur le front », confie-t-i, avant d’ajouter: « Alors, qu’on ne nous donne pas de leçons de souveraineté. Nous avons des dirigeants suffisamment compétents et patriotes. Il
ne faut pas insulter l’histoire. »

Achats d’équipements militaires 

En ce qui concerne les achats d’équipements militaires, ils font l’objet de très peu de publicité. Les contrats étant généralement couverts par le secret-défense, ils échappent au contrôle de l’Agence en charge de la commande publique. Une chose reste toutefois certaine : les contrats qui suscitent le plus de polémiques impliquent généralement les Russes, les Turcs, ou les Israéliens.

Lors des périodes de troubles politiques 2021-2024, l’actuel Premier ministre, alors président du parti souverainiste Les patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) avait d’ailleurs mis en garde le président turc Recep Tayyip Erdogan qu’il soupçonnait d’armer son adversaire au pouvoir, Macky Sall. « L’essentiel du dispositif de répression actuellement au Sénégal : les engins roulants lourds, les grenades lacrymogènes, etc. l’essentiel de ce matériel provient de la Turquie….. », accusait Ousmane Sonko, invitant le président Erdogan « à cesser tout approvisionnement en matériels similaires jusqu’à ce que le pays finisse de traverser cette zone de turbulences ». Dans le cas contraire, ajoutait le chef des patriotes, « il se serait constitué complice des agissements du Président Macky Sall,
puisqu’il lui aura fourni les armes qui ont permis de tirer sur le peuple sénégalais ». Arrivé au pouvoir, il a magnifié les relations entre les deux pays lors d’une visite très médiatisée à Ankara.

La question des bases militaires

Avec la France, l’accusation a souvent porté sur la présence militaire permanente incarnée par les bases militaires, mais aussi les sujets mémoriels qui suscitent rancœurs et déchirures. Depuis juillet 2025, la page des bases militaires est tournée, avec la restitution des dernières emprises le 17 juillet 2025.

Ce n’est pas la première fois : en 2010 déjà, le Président Abdoulaye Wade avait récupéré les bases. Mais dans la foulée, suite à des négociations entre les deux pays, il avait été convenu de remettre les emprises à la disposition des partenaires français moyennant le paiement d’un loyer. Cette décision n’avait pas plu à Paris. Après le départ de Wade, remplacé par Macky Sall en 2012, le sujet est revenu sur la table, confie une source militaire.

Confronté à certaines menaces, le Sénégal avait décidé d’acheter des avions de chasse coréens. Il a alors sollicité la France pour la formation des pilotes. « Ils nous ont dit : Vous ne pouvez pas nous demander de payer pour les emprises et vouloir qu’on vous forme gratuitement vos pilotes », raconte-t-il. Les Français ont refusé et ils ont aussi convaincu leurs alliés européens de faire de même. Alors que le Sénégal était prêt à payer pour la formation de ses pilotes, ils ont fixé des prix hors de portée. « Nous nous sommes alors rapproché des Italiens ; ils ont fait des propositions encore plus salées. Nous avons compris que les Français étaient derrière, même si nous ne pouvions pas le prouver.»

Un réchauffement sous Macky Sall

La première visite de Macky Sall, les 17 et 18 avril 2012, a permis de réchauffer l’axe Dakar-Paris. Sur invitation de Nicolas Sarkozy, le Président Sall, élu le 25 mars 2012 à un premier mandat, réserve à la France sa première visite en dehors du continent. Outre les questions budgétaires, les accords militaires étaient au cœur des discussions. La visite a permis au président sénégalais de décrocher la formation de ses pilotes, mais ce n’était pas tout à fait gratuit. 

« En contrepartie, nous sommes revenus sur l’accord de Wade (relativement à l’occupation des emprises). Nous avons juste enlevé `à titre onéreux’ et mis à la place `à titre gratuit’. C’est la seule chose qui a changé. Et ils nous ont formé nos pilotes », poursuit l’officier, soulignant le niveau de vulnérabilité et de dépendance sur certaines questions.

Pour Dr Yoro Dia, politologue et ancien collaborateur de Macky Sall, cela fait longtemps que le Sénégal n’est plus le pré carré de la France ou d’une quelconque autre puissance. Les « pseudos souverainistes », comme il les appelle, sont les seuls à ne pas s’en être rendu compte. Pour lui, les seules limites à la souveraineté aujourd’hui sont d’ordre économique et ou technologique. Et cela vaut pour tous les pays du monde.

Les atouts de la France

Malgré les critiques et remises en cause, la France reste tout de même assez bien ancrée au Sénégal, grâce à une présence très ancienne. Sur le plan économique, cette présence est marquée par des mastodontes comme Total dans les hydrocarbures, Eiffage dans les bâtiments et travaux publics, Soboa et Auchan dans le domaine de l’alimentation, pour ne citer que quelques exemples.

Aujourd’hui, selon les chiffres de l’ambassade de France au Sénégal, le nombre d’entreprises françaises dans le pays est estimé à 340 unités, dont de nombreuses joint-ventures avec des entreprises sénégalaises. En termes de stock d’investissements directs, la France reste ainsi le premier partenaire du Sénégal avec 16%. Ce qui témoigne, selon la source diplomatique, de la « fiabilité et de la qualité » de l’investissement direct étranger de la France, adossé à « une vision à long terme, promouvant la création d’entreprises formelles, le recrutement de Sénégalais et le transfert de savoir-faire ». Cette vision se démarque ainsi des opérations d’export pur, sans grand impact sur l’économie locale.

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La mort de l’actrice Halima Gadji bouleverse le Sénégal https://mondafrique.com/loisirs-culture/la-mort-dhalima-gadji-a-37-ans-bouleverse-le-senegal/ Wed, 28 Jan 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=146023 Décédée en France dans des circonstances encore inexpliquées, l’actrice sénégalaise Halima Gadji laisse derrière elle une carrière marquante et une onde de choc dans le monde culturel africain. La mort de Halima Gadji a été annoncée dans la nuit du lundi 26 au mardi 27 janvier 2026. L’actrice sénégalaise est décédée à l’âge de 37 […]

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Décédée en France dans des circonstances encore inexpliquées, l’actrice sénégalaise Halima Gadji laisse derrière elle une carrière marquante et une onde de choc dans le monde culturel africain.

La mort de Halima Gadji a été annoncée dans la nuit du lundi 26 au mardi 27 janvier 2026. L’actrice sénégalaise est décédée à l’âge de 37 ans en France, selon une information confirmée par l’Agence de presse sénégalaise (APS). À ce stade, les circonstances exactes de son décès demeurent floues, suscitant incompréhension et émotion au Sénégal comme au sein de la diaspora.

Quelques heures avant l’annonce de sa mort, Halima Gadji était encore active sur les réseaux sociaux. Dans la journée du lundi 26 janvier, elle avait publié un message sur Facebook pour relayer le lancement du casting de la saison 2 de Nouvelle Reine, une production diffusée sur Canal+ Afrique. « Si tu es ambitieuse, authentique, prête à représenter ta culture et à vivre une aventure unique, c’est le moment de tenter ta chance », écrivait-elle. Après cette publication, plus aucun signe de vie n’a été signalé.

Dans la soirée, des rumeurs sur sa disparition ont commencé à circuler en ligne, avant d’être confirmées officiellement par l’APS. Selon l’agence, l’actrice serait décédée « des suites d’un malaise en France ». Aucun autre détail n’a été communiqué par les autorités françaises ou sénégalaises, ni par son entourage, concernant les circonstances précises du décès. Cette absence d’informations a alimenté de nombreuses interrogations, sans qu’aucune hypothèse ne soit à ce jour étayée.

L’APS a toutefois rappelé que le parcours personnel de l’actrice avait été marqué ces dernières années par des périodes difficiles. L’agence évoque notamment des épisodes de dépression ayant affecté sa carrière. « La vie n’a pas été de tout repos aussi pour cette jeune artiste qui, à plusieurs reprises, a été rattrapée par des crises de dépression qui ont régulièrement perturbé sa carrière », écrit l’APS, sans établir de lien direct avec son décès. Aucune déclaration officielle ne permet pour l’instant d’en savoir davantage.

Au Sénégal, la disparition d’Halima Gadji a provoqué une vive émotion. Très connue du grand public, elle s’était imposée comme l’un des visages majeurs de la télévision sénégalaise. Elle avait été révélée par son rôle de Marième Dial dans la série Maîtresse d’un homme marié, une production populaire qui avait suscité de nombreux débats de société. Qualifiée par l’APS de « série à polémique, mais à succès », cette fiction avait contribué à installer durablement l’actrice dans le paysage audiovisuel national.

Ce rôle avait marqué un tournant décisif dans sa trajectoire, faisant d’elle l’une des actrices les plus sollicitées de sa génération. À travers ses personnages, Halima Gadji abordait des thématiques sensibles liées aux rapports de genre, à la famille ou aux normes sociales, tout en conservant une forte proximité avec le public. Le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme du Sénégal lui a rendu hommage dans un message publié le 27 janvier sur Facebook, saluant une artiste engagée et profondément attachée aux valeurs culturelles de son pays.

Née en 1989 à Dakar, Halima Gadji avait grandi entre les quartiers de la Médina et de Sacré-Cœur. Issue d’une famille aux origines sénégalaises et marocaine-algérienne, elle s’était orientée très jeune vers le mannequinat avant de se tourner vers la comédie. Selon l’APS, elle avait commencé les castings dès l’âge de 15 ans avec la volonté affirmée de faire carrière dans le milieu artistique.

Actrice, mannequin, consultante mode et entrepreneuse, elle menait plusieurs projets de front, incarnant une figure féminine moderne et indépendante. Sa disparition laisse aujourd’hui un vide important dans le paysage culturel sénégalais, alors que de nombreuses questions demeurent sans réponse sur les circonstances de sa mort.

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Comment la « plus belle CAN de l’histoire » a échappé au Maroc https://mondafrique.com/a-la-une/comment-la-plus-belle-can-de-lhistoire-a-echappe-au-maroc/ Sat, 24 Jan 2026 06:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145818 Présentée comme la plus belle de l’histoire, la CAN 2025 s’est achevée dans la confusion, dimanche à Rabat, et se poursuit en coulisses depuis, alors que le Sénégal célèbre son deuxième titre de champion d’Afrique. Il ne s’agit pas ici de refaire la finale, perdue à Rabat par le Maroc, mais plutôt de décrypter comment […]

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Présentée comme la plus belle de l’histoire, la CAN 2025 s’est achevée dans la confusion, dimanche à Rabat, et se poursuit en coulisses depuis, alors que le Sénégal célèbre son deuxième titre de champion d’Afrique. Il ne s’agit pas ici de refaire la finale, perdue à Rabat par le Maroc, mais plutôt de décrypter comment on en est arrivé là, et de quoi ce dénouement dans le chaos est-il le nom.  

Par Patrick Juillard

Pouvait-on rêver de plus belle finale pour conclure dimanche cette CAN 2025, saluée la veille comme « la plus belle de l’histoire » par nul autre que le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe ? Certes, l’instance panafricaine a coutume de brandir de tels superlatifs après chaque édition, mais c’était cette fois plus mérité que lors de précédentes occurrences de cette communication triomphaliste. Et puis le titre n’allait-il pas se jouer entre le Maroc, pays organisateur et première nation africaine à se glisser dans le dernier carré d’une Coupe du monde, trois ans plus tôt au Qatar, et le Sénégal, finaliste pour la troisième fois en quatre tournois et premier challenger du Maroc au classement mondial ? Cette finale du ranking FIFA allait opposer les deux premières têtes de série de l’épreuve, les deux seules à avoir eu le privilège de jouer tous leurs matchs dans un même stade, à Rabat pour le Maroc et à Tanger pour le Sénégal. Comme un train qui arrive à l’heure.

Un train qui arrive à l’heure, mais…

Et c’est précisément à cause d’un TGV arrivé dans les temps que la pression, déjà intense comme avant toute finale, avait commencé à entrer dans la zone rouge, l’avant-veille de la rencontre. Annoncée sur les réseaux sociaux, l’arrivée de l’équipe du Sénégal en gare de Rabat avait été l’occasion d’instants de pagaille et de cohue, avec un afflux de supporters des deux camps au moment de la sortie des joueurs et de leurs encadrants, en l’absence criante du moindre cordon de sécurité. Dans la nuit, la Fédération sénégalaise de football publiait un communiqué furibard contre les organisateurs de la CAN, dénonçant non seulement une « absence manifeste de dispositif de sécurité adéquat lors de l’arrivée de la délégation sénégalaise à la gare ferroviaire de Rabat », mais aussi l’attribution d’un hôtel 4 étoiles plutôt qu’un 5 étoiles et celle d’un terrain d’entraînement situé sur les installations mêmes du… Maroc. Comme si à la veille d’une finale de l’Euro contre la France à Saint-Denis, l’Italie (ou tout autre adversaire) avait dû s’entraîner à Clairefontaine. 

Le lendemain matin, alors que le flou persistait sur le lieu d’entraînement de son équipe –  la séance eut finalement lieu au complexe olympique, non loin du stade Moulay Abdellah  –, le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, haussait le ton. « Je pense que les enjeux du football ne doivent pas nous amener à faire certaines choses. Aujourd’hui, c’est l’image de l’Afrique qui est en jeu. Je parle en tant qu’Africain. Ce qui s’est passé avec les joueurs est anormal. Une équipe comme le Sénégal ne peut pas se retrouver au milieu de la foule populaire. Mes joueurs étaient en danger. Tout pouvait se passer, face à des personnes mal intentionnées », taclait le technicien, habituellement plus mesuré. Le message était clair : le Sénégal n’était pas là pour se laisser marcher sur les pieds. 

Thiaw-Regragui, stratèges de la tension


Comme en écho, le sélectionneur du Maroc, Walid Regragui, promettait un stade bouillant à ses adversaires : « Je veux que le Sénégal sente que ce n’est pas le Stade des Martyrs (à Kinshasa, où le Sénégal a affronté et battu la RDC en éliminatoires du Mondial 2026, ndlr). Pour venir nous battre au Maroc, c’est très compliqué, très dur. Le Cameroun s’en est rendu compte et le Nigeria aussi. Il faudra une équipe du Sénégal très forte pour venir nous battre chez nous. »

La suite allait montrer à quel point il ne s’agissait pas de paroles en l’air. Car cette tension ne venait pas de nulle part ; elle était montée progressivement au fil des différents tours. Avant cette veille de match explosive, la CAN 2025 avait été gagnée par les doutes sur la qualité de l’arbitrage, avec une curieuse non-utilisation du VAR dans plusieurs situations litigieuses, lors des matchs Maroc-Tanzanie (8e de finale), Cameroun-Maroc et Algérie-Nigeria (quarts de finale). De cette mise en cause légitime du niveau des sifflets retenus par la CAF découla un soupçon d’arbitrage « maison », en faveur du pays hôte de cette CAN premium en termes d’infrastructures et d’organisation. 

Au risque d’alimenter ce qu’il disait vouloir dénoncer, Walid Regragui avait lui-même longuement abordé le sujet, le 13 janvier en conférence de presse, énumérant les décisions défavorables à son équipe. « Contre la Tanzanie où tout le monde a essayé de faire croire qu’il y avait penalty parce qu’il y avait un joueur de 20 kilos contre un autre de 120 kilos (sic). En Angleterre, jamais ça ne se siffle », avait-il notamment argumenté, avant d’appeler à un arbitrage de qualité pour la suite du tournoi. 

Infantino sort de ses gonds

En finale, ce fut globalement le cas au cours d’un affrontement de haute tenue, jusqu’au terrible enchaînement qui allait faire dérailler la rencontre à l’orée du temps additionnel de la seconde période. La suite est connue : sortis du terrain pour protester contre ce qu’ils considéraient comme une injustice, les joueurs du Sénégal et leur staff allaient revenir sur la pelouse pour terminer la rencontre. Un penalty manqué de Brahim Diaz et une prolongation victorieuse plus loin, Sadio Mané, Pape Gueye et les Lions de la Teranga remportaient une deuxième Coupe d’Afrique. 

Terminée dans la nuit de dimanche à lundi, la CAN 2025 se poursuit sur le terrain disciplinaire. Le tir de barrage est concentré sur le Sénégal et son sélectionneur, Pape Thiaw, accusé d’avoir ordonné à ses joueurs de quitter le terrain et d’avoir donné une mauvaise image de l’Afrique, malgré ses excuses a posteriori. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, qualifie d’« inacceptable » ce comportement et appelle la Confédération africaine de football à prendre les « mesures appropriées », passant sous silence, comme beaucoup d’observateurs, les dérapages enregistrés côté marocain, avec les tentatives répétées de subtiliser la serviette du gardien sénégalais Edouard Mendy. De son côté, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) annonce au lendemain de la finale saisir les instances compétentes de la CAF et de la FIFA. 

Le Sénégal peut-il perdre la CAN sur tapis vert ?

Pendant que les joueurs du Sénégal étaient accueillis en héros à Dakar, les juristes du sport refaisaient le match et se demandaient si, au-delà des sanctions disciplinaires et financières qui leur pendent au nez, les Lions de la Teranga et leur sélectionneur risquaient plus gros. Le fait que l’arbitre de la finale, M. Ndala, n’ait pas sifflé la fin de la rencontre après le retour temporaire des Sénégalais aux vestiaires, les met à l’abri d’une défaite par forfait, prévue par les articles 82 et 84 du règlement de la CAF. La finale est allée à son terme, le coup de sifflet final valant homologation du résultat. 

Le Maroc pourrait s’engouffrer dans une autre brèche, située dans le texte de la loi 12 de l’IFAB. Celle-ci pose qu’un joueur quittant             « délibérément le terrain sans l’autorisation de l’arbitre » doit être averti. Or, au moins trois joueurs sénégalais ayant suivi leur coach aux vestiaires étaient déjà sous le coup d’un carton jaune : Lamine Camara, El Hadji Malick Diouf et Ismaïla Sarr. Un second avertissement, synonyme d’expulsion, aurait dû leur être attribués. Les deux derniers nommés auraient ainsi laissé leurs coéquipiers à neuf pour la prolongation. Reste à savoir quelle lecture les juridictions sportives feront de l’interruption de la rencontre et du caractère temporaire du retrait de l’équipe sénégalaise. 

Plus globalement, la déconvenue subie par le Maroc a fait naître un important sentiment d’injustice à travers le pays. Non tant à cause de la victoire du Sénégal, fut-ce dans ces conditions chaotiques, qu’en raison des efforts consentis par le Royaume pour offrir à l’Afrique la meilleure édition jamais organisée. Comme si ces indéniables efforts avaient fini par laisser croire que la seule récompense possible était la victoire de l’équipe nationale à cette CAN, cinquante ans après sa seule victoire dans cette compétition. « Le Maroc doit-il encore se sacrifier pour le football africain ? », s’interrogeait ainsi le média Le Desk dans un éditorial au lendemain du match. La question risque en effet de se poser, au moment où les lignes bougent en coulisses autour de l’attribution des prochaines éditions de la CAN, désormais organisée sur un rythme quadriennal.

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